Buenos Aires… ou le revers de fortune

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo – voir l’histoire ci-dessous -, je ne peux malheureusement illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs). Soyez patient, les photos reviendront très bientôt… 😉

21 septembre 2014, Buenos Aires

9h30 : Le bus commence à entrer dans Buenos Aires, une mégapole totalisant pas moins de 13 millions d’habitants – soit un peu plus que l’agglomération parisienne – dispersés sur plus de 2000 km² ! Il ne lui faudra pas moins d’une heure, sans embouteillage notable, pour rejoindre le terminal, niché au cœur de la cité ! J’éprouve dès l’entrée de la ville une légère appréhension à devoir bientôt quitter le confort et la sécurité du bus…

10h30 : Le bus atteint son terminus (gare routière de Retiro), situé non loin de la zone portuaire. Il n’a qu’une demi-heure de retard par rapport à l’horaire annoncé à Salta. Rien de bien méchant après un trajet de 17h… J’ai pour une fois plutôt bien dormi dans le bus, siège cama aidant ! Je me remets rapidement en mode « mule » chargé de mes deux sacs puis me rends au point Info de l’immense gare routière. J’en ressors avec une carte détaillée de la ville, annotée des endroits à voir absolument pendant mon séjour et de ceux à éviter car mal famés.

La ville, à perte de vue ; Buenos Aires

Buenos Aires, à perte de vue…
Source : Wikipedia, 2013 [Creative Commons CC BY 2.0]

J’achète ensuite un ticket de bus pour Mendoza, ma prochaine étape (bus cama, 815 pesos), me disant qu’il serait bête de devoir revenir au terminal pour réserver ce trajet. Le départ est pour mercredi prochain à 20h. Me voilà donc avec un peu plus de 3 jours devant moi pour découvrir les charmes de cette ville dont j’ai entendu beaucoup de bien ; on l’appelle d’ailleurs « la París de Sudamérica » (la Paris d’Amérique du Sud) ! J’ai prévu d’y retrouver Diana, l’allemande très sympa que j’avais rencontrée à Huaraz au Pérou, ainsi que Nam et Teresa, dont j’ai fait la connaissance tout récemment à Puerto Iguazú. Mon séjour s’annonce donc plutôt bien !

11h30 : Je quitte le terminal et prends, après quelques tâtonnements, la direction du centre-ville. J’ai sélectionné quelques hostals à l’aide de mon guide. Le secteur où ils se trouvent me semble suffisamment proche pour que je m’y rende à pied. Pas facile de se repérer lorsqu’on débarque dans une nouvelle ville de cette taille ; même avec la carte, je galère un moment avant de savoir où je me trouve exactement sur le papier et quelle direction prendre. Je longe un joli parc – El Parque Retiro – planté de grands arbres aux branches tortueuses et élancées tranchant superbement sur le fond de gratte-ciels. Un vrai tableau d’artiste. Un figuier gigantesque trône également dans le parc. Je me dis qu’il faudra que je revienne me balader dans le coin pour photographier cet endroit…

J’emprunte ensuite la rue Maípu, qui file tout droit vers la poignée d’auberges que j’ai présélectionnées. Cette ligne droite est une aubaine ; pas besoin de sortir la carte à tout bout de champ ! Les rues de la ville sont étrangement vides. Bizarre… Ah mais non, j’avais oublié, c’est dimanche aujourd’hui ! Je reste malgré tout étonné de voir si peu d’agitation dans une si grande ville, avec cette météo (il fait un temps magnifique)… Les sacs pèsent lourds sur mes épaules mais j’avance d’un bon pas, tout en commençant à m’imprégner de cette ville et à l’apprécier.

Après une petite demi-heure de cette randonnée urbaine, je finis par tomber sur la rue de la première auberge sur ma liste : la rue Hipólito Yrigoyen. Je suis à une dizaine de mètres de la porte de l’auberge quand soudain, je sens de grosses gouttes d’une consistance bizarre tomber sur ma tête. Je me passe la main dans les cheveux : mais qu’est-ce que c’est que ce truc gris-brun qui ressemble un peu à de la boue ? Quelqu’un qui vient-il de jeter quelque chose par la fenêtre sans se soucier de savoir s’il y avait un passant en-dessous ?

Une femme, qui marchait à bonne distance derrière moi, se met soudain à pointer du doigt un balcon en me disant qu’elle a vu le coupable : un pigeon. « ¡Que asco, que asco! » me répète-t-elle (C’est dégoûtant, c’est dégoûtant !). Un pigeon qui se soulage juste au-dessus de moi : plutôt comique pour un début à Buenos Aires…

Cette femme – une argentine lambda d’une quarantaine d’années – propose très rapidement de m’aider à me nettoyer en sortant de son sac à main une petite bouteille d’eau et du papier toilette. La porte de l’auberge est à dix mètres. Je ne vais quand même pas arriver couvert de fientes à la réception ; ce ne serait pas terrible… Je décide donc de défaire mes deux sacs et découvre l’ampleur des dégâts : mes cheveux, mes épaules, mon sursac et les jambes de mon pantalon sont couverts de « fientes ». Il ne m’a pas loupé ce sagouin de pigeon !

La bonne samaritaine m’aide à essuyer le gros des fientes tandis qu’un homme, situé de l’autre côté de la rue, à 15-20 mètres de nous, entre à son tour en scène. Il pointe le balcon en répétant : « ¡Mira, la paloma, la paloma! » (Regarde, le pigeon, le pigeon !). Il se trouve juste à côté de fourgonnettes ; ça doit être un déménageur ou un livreur j’imagine. Tout va très vite et je n’ai pas le temps d’analyser la scène dans les moindres détails.

J’essuie mes cheveux, mes épaules, mon sursac (heureusement étanche) et le derrière de mon pantalon avec le papier toilette imbibé d’eau tout en plaisantant de cette « anecdote » avec la femme. J’en oublie, en l’espace de quelques secondes, l’essentiel : mon petit sac, posé à côté de moi sur le trottoir.

Soudain, je me retourne et – vision d’horreur – mon petit sac s’est volatilisé. Je me rends compte immédiatement que je viens de me faire piéger et que tout cela n’était qu’un tour pour me distraire et me subtiliser mes affaires. Mon monde s’effondre. Je crie – non je vocifère – « Mon sac ! » (étonnant comme le français prend le dessus dans ce genre de situation à haut stress) à l’homme qui pointait le pigeon du doigt. Il fait comme si il n’avait rien vu en agitant les bras et commence à quitter la scène, sans vraiment se presser. La femme, elle, s’éloigne d’un bon pas mais sans se carapater non plus. Quant à celui ou celle qui s’est emparé de mon sac pendant que j’avais le dos tourné, je ne l’ai tout bonnement jamais vu !

Je me rendrai compte a posteriori qu’ils avaient parfaitement choisi l’endroit où orchestrer ce coup monté : plusieurs camionnettes étaient garées l’une derrière l’autre, de l’autre côté de la rue – une rue étroite et peu fréquentée (il n’y avait que nous à ce moment-là donc pas de témoin oculaire) -, et un parking souterrain se trouvait à seulement quelques pas… Une configuration idéale pour disparaître sans laisser de trace.

Courir après l’homme ou la femme, j’y ai pensé – j’en ai rêvé – mais impossible car j’avais toujours avec moi l’autre sac, le plus encombrant… Et ces voleurs n’attendaient probablement que ça : me voir prendre en chasse l’un d’entre eux pour ensuite voler l’autre sac que j’aurais dû abandonner pour cette course poursuite… Certes il était moins « vital » pour moi que le petit sac mais le risque de perdre les deux en cherchant à récupérer l’un d’entre eux était trop grand. Si j’en avais eu la possibilité (dans l’hypothèse où j’étais accompagné), c’est cette femme que j’aurais cherché à rattraper et à étriper. C’est elle à qui j’ai fait confiance et qui m’a dupé. Je l’ai étranglé plusieurs fois après ça… dans mes rêves.

Tout se déroule en quelques secondes, de l’instant où je me rends compte que mon sac s’est volatilisé au moment où tout le monde a quitté la scène. Et moi, je me retrouve seul au milieu de la rue, effondré. Quelle malchance j’ai eue, quel idiot j’ai été ! Je me mets à fulminer contre ces rats des villes, vraiment doués pour piéger les petits touristes solitaires et vulnérables en vadrouille loin de chez eux…

Je viens de perdre ce que j’avais de plus précieux : mon matériel photo (reflex et ses deux objectifs, étui, cartes mémoires, etc.), mon ordinateur (et tout ce qu’il contenait dont plusieurs logiciels nécessaires au développement de mes photos et à l’édition des articles pour mon blog) et 15 jours de photos (dont le fabuleux Salar de Uyuni, la somptueuse Quebrada de Humahuaca et surtout les incroyables Chutes d’Iguazú). La pilule est vraiment dure à avaler !

C’est sans compter bien d’autres choses utiles : mon sac à dos (un sac The North Face vraiment au top), une carte de crédit, ma carte d’identité, mes deux permis de conduire, mon carnet de santé international, deux clés USB (l’une contenant toutes mes musiques et l’autre tous mes papiers ainsi que mon dossier « blog »), ma lampe frontale Petzl, mes deux paires de lunettes de soleil (une paire normale et une paire à ma vue), mon téléphone portable (des plus basiques heureusement), mon guide Footprint couvrant toute l’Amérique du Sud (un précieux compagnon depuis le début de mon voyage), mon porte-monnaie (heureusement peu fourni ce jour-là ; il ne contenait que quelques centaines de pesos) et d’autres petites choses de moindre importance mais bien pratiques (et parfois difficiles à remplacer tel que mon Opinel ou – c’est bête à dire mais – tout simplement mes boules Quies…).

Je m’en veux de ne pas avoir gardé sur moi la carte mémoire des photos « en cours ». J’avais pourtant établi une procédure à suivre avant mon départ : toujours retirer la carte mémoire de l’appareil lors des transits pour la cacher sur moi, quand je n’ai pas d’autre choix que de trimbaler toutes mes affaires et suis le plus vulnérable à une attaque. Ça m’apprendra à m’être relâché, à avoir abaissé mon niveau de vigilance et surtout à ne pas avoir respecté le protocole que j’avais mis en place !

Certaines de mes mesures ont été efficaces cependant car j’ai toujours avec moi mon passeport, une carte de crédit, la plupart de mon argent liquide (près de 3000 pesos), la carte mémoire de mes deux premiers mois et demi de voyage et mes numéros d’urgence… Ils étaient tous cachés sur moi : dans un petit étui porté autour du cou (sous le t-shirt) et dans mes poches secrètes (deux poches cousues à l’intérieur du pantalon et une ceinture zip « ni vu ni connu »). Mon protocole sécurité n’a pas failli complètement !

Outre le fait d’avoir fait confiance à cette femme, la grosse erreur que j’ai commise a été de poser mon petit sac à terre et ne l’oublier quelques secondes. Je m’étais juré d’en prendre soin comme à la prunelle de mes yeux mais, comme avec un enfant, quelques secondes d’inattention et ça peut tourner au drame. On a beau avoir entendu parler de ces « trucs » de voleurs maintes et maintes fois, on finit par se faire avoir quand même… Me voilà vacciné de ce tour en tout cas ! Me voilà aussi plus aigre face à l’acte de vol et aux voleurs de manière générale.

Plutôt comique quand j’y repense après coup : c’est moi le pigeon dans l’histoire !

Je sonne à la porte de l’hostal. On m’ouvre. Je suis dans tous mes états ; je fulmine. J’explique à la réceptionniste ce qui vient de se passer en parlant tout noir des voleurs. Je suis hors de moi mais réussis tout de même à me calmer au bout de quelques temps car s’énerver ne servira à rien et surtout il faut que j’agisse vite.

Je demande à la réceptionniste de veiller sur mon gros sac (désormais devenu plus précieux…) et lui demande la direction du commissariat de Police le plus proche. Elle me dit que deux policiers sont postés à deux rues de là. Je cours – littéralement – à leur rencontre. Ils montrent peu d’intérêt pour mon cas, à l’évidence blasés de voir un énième touriste s’être fait bêtement avoir et sachant pertinemment que les voleurs sont déjà loin et qu’il n’y a plus rien à faire… Ils me disent d’aller au commissariat du quartier où s’est produit le vol, situé sept rues « plus bas » (vers le sud). Sept rues ?! Pfffff, c’est pas vrai… Je me mets à courir dans la rue pour ne pas perdre une minute car je dois faire opposition sur ma carte de crédit au plus vite.

Je trouve sans trop de mal le commissariat. Je suis reçu par une fille peu aimable, elle aussi du genre blasé, ne faisant preuve d’aucune empathie. Impossible, me dit-elle d’appeler la France depuis le commissariat… La plainte attendra ; je ressors en vitesse pour trouver un téléphone. Mission difficile aujourd’hui car nous sommes dimanche et les endroits ouverts sont rares. Je trouve un « locutorio » (bureau de tabac équipé de cabines téléphoniques) ouvert mais je ne parviens pas à joindre le numéro pour faire opposition.

Je quitte le locutorio puis tourne et vire un petit moment pour trouver une autre cabine. Rien. Je finis par entrer dans un hostal pour demander à pouvoir appeler la France moyennant paiement en expliquant brièvement ce qui s’est passé. La réceptionniste, très compréhensive, accepte sans rechigner. Je réussis à joindre le numéro et à faire opposition. Gros soulagement. La fille de l’accueil ne me fait même pas payer l’appel. Il y a des gens vraiment sympas tout de même !

Légèrement rasséréné, je retourne au commissariat pour déposer plainte. Un jeune couple d’américains vient de se faire braquer par un voleur muni d’une arme à feu, en voulant retirer de l’argent à un distributeur non loin de là ! Décidément, Buenos Aires n’a pas l’air d’être une ville très sûre… La jeune fille, très choquée, est dans tous ses états. Ils ne maîtrisent à l’évidence pas bien l’espagnol et la communication est difficile avec les gens du commissariat. Je propose mon aide à ces derniers mais ils refusent. Décidément peu aimables… Ils feront finalement appel à un traducteur.

Ma plainte en main, je rejoins l’hostal Portal del Sur où j’ai laissé mon gros sac et, n’ayant plus vraiment le choix, décide d’y rester. Après ce que je viens de vivre, difficile de repartir à la recherche de la meilleure auberge… La nuit en dortoir est à 130 pesos. Je demande une faveur à la réceptionniste : j’aimerais être dans un dortoir vide pour enfin pouvoir me poser et parce que je n’ai envie de voir personne.

On me conduit dans une petite chambre à quatre lits superposés au deuxième étage de l’établissement qui en compte cinq ! Je n’aime pas beaucoup l’endroit (trop grand et « peuplé ») et encore moins la chambre, sombre et bruyante. Elle donne sur le patio accueillant une sorte de petit salon où discutent quelques voyageurs. Je pose mes affaires en leur disant tout haut – « Heureusement que je vous ai encore, vous… » – puis file prendre une douche pour évacuer autant la sueur que l’énorme stress occasionné par ce vol.

Une fois rafraîchi, je ressors rapidement pour retourner au terminal (à une bonne demi-heure de marche) et voir si la compagnie de bus accepterait de réémettre un ticket pour la place que j’ai réservée juste avant la catastrophe. Aucun problème. Je suis soulagé, le voyage en bus vers Mendoza coûtant tout de même près de 80€. Ça m’aurait vraiment fait mal de devoir débourser cette somme une seconde fois !

Je rentre ensuite à l’hostal pour aller sur Internet et envoyer un message à la maison pour les avertir de ce qui vient de se passer. Aïe aïe aïe, la disparition de mon ordinateur et d’une connexion wifi va être dure à encaisser… Les ordinateurs de l’auberge sont en mauvais état ; les claviers – forcément en espagnol – aux touches presque effacées fonctionnent au petit bonheur la chance. C’est une horreur pour écrire un message ! Je fulmine. Tout ça me déprime profondément.

Une belle surprise fait cependant irruption dans mon brouhaha mental : Nam et Teresa me rendent visite par surprise ! Ça fait du bien de les voir ! Je leur explique ce qui vient de m’arriver. J’envie leur « insouciance »; j’aimerais pouvoir profiter comme eux de la découverte de cette jolie capitale qu’est Buenos Aires. Nous passons une petite demi-heure à la terrasse de l’auberge à partager un maté (infusion traditionnelle très consommée ici), face au paysage urbain, avant de sortir pour dîner. Même si leur compagnie m’apporte du réconfort, j’ai le moral dans les chaussettes. Nam insiste pour me payer le dîner. Franchement sympa ce Nam !

22h : Nam et Teresa me raccompagnent tous deux devant mon auberge. Nous nous reverrons plus tard. Je me mets rapidement au lit mais le sommeil est long à venir. L’étage est vraiment bruyant et les rideaux peinent à retenir la lumière du patio qui s’infiltre insidieusement dans ma chambre. Ainsi s’achève la pire journée depuis le début de mon aventure…

22 septembre 2014, Buenos Aires

6h : Je me lève aux aurores ce matin. J’ai mal dormi, hanté par la scène du vol et la perte de mon précieux matériel. J’ai repassé l’événement des dizaines de fois dans ma tête et, à chaque fois, la voleuse passait un sale quart d’heure ! Je profite de cette heure très matinale pour aller sur l’un des deux ordinateurs en libre-service de l’auberge et rédiger quelques mails. Mon ordinateur portable, qui s’est avéré si pratique les trois premiers mois, me manque cruellement.

Je consulte également les commentaires postés sur mon blog suite à la publication de mon article « La Paz et son marché aux sorcières » (que j’avais édité à Puerto Iguazú). Dire que ce sera probablement le dernier ! Car sans mon ordi et mon reflex, il m’est désormais impossible de poursuivre sur ma lancée et proposer un contenu de qualité. Je préfère laisser tomber ce « bébé » et me recentrer sur mon voyage plutôt que de perdre un temps précieux à faire quelque chose de médiocre (difficultés à écrire en passant d’un ordinateur à l’autre et surtout avec un clavier qui n’est pas en français, connexions lentes, etc.).

 

8h : Le petit déjeuner commence tout juste à être servi au cinquième étage de l’auberge, bien trop grande et impersonnelle à mon goût. C’est médiocre, du vite-fait. C’est décidé, je quitte les lieux ce matin ! Ça m’évitera aussi de devoir repasser fréquemment dans la rue où je me suis fait volé hier, souvenir encore trop frais et douloureux.

Je plie donc rapidement bagages – le peu qu’il me reste – pour migrer vers l’hostal où Nam a pris résidence depuis son arrivée en ville (et que j’ai visité brièvement hier) : l’hostal Rayuela, situé trois rues plus au sud. L’endroit, sans être exceptionnel, me convient davantage. Je serai dans un dortoir de six, presque vide à l’heure de mon arrivée.

J’y dépose mes affaires puis en ressors pour commencer à remplacer une partie des choses qui m’ont été volées. Mission difficile lorsqu’on est loin de chez soi, dépourvu du moindre repère, sans ses bonnes adresses. Ici, en centre-ville, il va me falloir chiner, me rendre de boutique en boutique en espérant trouver ce que je cherche…

Muni d’une carte détaillée du cœur de la ville remise par la réception de l’hostal, je me rends dans un premier temps Rue Florida. On y trouverait toutes sortes de magasins apparemment. La priorité pour moi ce matin est de trouver un sac à dos qui puisse tenir la distance pour les 9 mois de voyage qu’il me reste à vivre et voir si je peux dégoter un ordinateur portable bon marché et un nouvel appareil photo (je vais voir pour un reflex dans un premier temps).

Le centre-ville, comme dans toute mégapole digne de ce nom, est un vrai labyrinthe de rues qui se ressemblent et où il est facile de se perdre, même avec l’aide d’une carte. Arrivé à une intersection, où tourner ? Quelle rue prendre ? La carte est une aide précieuse mais ne garantit malheureusement pas toujours d’être dans la bonne direction ! Euh, c’est le nord ou le sud par ici, l’est ou l’ouest par là ? Je demande à plusieurs reprises ma route pour compléter ma lecture de la carte et finis par tomber sur cette fameuse rue Florida. Il y a pas mal de boutiques en effet.

J’en trouve une spécialisée dans les sacs à dos. Ma chance ! La vendeuse, très gentille, me montre divers modèles disposant d’une poche destinée à l’ordinateur portable, un critère de choix important étant donné que j’ai dans l’idée d’acheter un nouvel ordi. Les prix sont élevés. Je finis par me décider – ou devrais-je dire me résigner – à prendre un sac d’une marque que je ne connais pas en promotion pour la somme de 399 pesos (soit près de 40€). L’ardoise commence à se remplir…

Dire que j’avais passé tant de temps à choisir mon sac à dos en comparant les offres sur Internet pour obtenir le meilleur rapport qualité/prix ! Ce sac The North Face, je l’adorais. Il était vraiment de très bonne facture, ergonomique et des plus pratiques pour transporter à la fois mon ordinateur portable et mon reflex – dans son étui avec ses deux objectifs ! -, sans encombrement majeur. Ce sac de remplacement fait vraiment pâle figure en comparaison. Je doute qu’il aille jusqu’au bout mais je n’ai pas trop le choix ; il me faut un sac pour accueillir tout ce qu’il me reste à acheter ! « Ah, saletés de voleurs ! ». La pilule est vraiment amère et ne passe pas.

Je poursuis mes emplettes en achetant un petit carnet de notes (dont j’ai besoin pour gérer quotidiennement mon budget), un stylo, un cadenas à clés, un porte-monnaie et un étui pour mes lunettes de vue, que je portais heureusement sur le nez au moment du vol.

Calle Florida, Buenos Aires

Calle Florida
Buenos Aires – Source : Wikipedia, 2013 [Creative Commons CC BY 2.5 ar]

Ces achats mineurs effectués, je me rends, toujours en tâtonnant et en demandant fréquemment ma route, à la Galería Jardín, une galerie commerciale spécialisée dans la vente de matériel informatique concentrant un nombre impressionnant de boutiques. Je me dis que je vais peut-être y trouver mon bonheur.

Je me renseigne auprès de plusieurs boutiques mais les prix sont vraiment très élevés et, surtout, tous les ordinateurs ont un fichu clavier espagnol ! Hors de question que je mette plus de 300€ dans un portable, qui plus est s’il n’est pas doté d’un clavier français ! 300€, c’est le prix maximum que j’avais consenti à mettre dans l’ordinateur portable que l’on m’a volé, justement au cas où je me le fasse chaparder… Un bon choix !

J’apprends que les prix pratiqués en Argentine seraient 20 à 30% plus chers qu’au Chili, ma prochaine destination. Je décide donc de repousser cet achat éventuel, sans grand espoir de trouver un clavier en français ou, en dernier recours, en anglais (toujours pas pratique pour les accents…).

Je dégote dans cette galerie commerciale une clé USB de 8 Go bien pratique pour voyager (très fine et pouvant être attachée à un porte-clés). Elle est chère mais j’en ai absolument besoin pour pouvoir faire imprimer certains documents et avoir sur moi les scans importants, notamment au cas où on piraterait mon compte de messagerie informatique… Encore une fois, envisager le pire !

Dernière chose sur ma liste ce matin : passer dans une boutique Nikon pour me renseigner sur le prix des reflex. 21 000 pesos (près de 2000€) pour un D7000, le successeur du D90 que j’avais acheté avec son zoom standard à un peu plus de 1000€. La différence est énorme ! Là aussi, je verrai ce que donnent les tarifs au Chili. Je commence à me dire qu’il va falloir que j’abandonne l’idée de me racheter un reflex pour me rabattre sur un compact. Un crève-cœur pour moi…

Le moral dans les chaussettes, je retourne à nouveau au terminal pour demander à avancer mon départ. J’aimerais en effet quitter la ville au plus vite pour laisser derrière moi cet événement malheureux et aller de l’avant mais on me refuse le changement. Franchement pas sympa ! Je retourne vers l’hostal dépité, le moral à zéro. Je m’arrête en chemin dans un restaurant self-service bien fourni et bon marché. Je me remplis l’estomac pour seulement 50 pesos.

14h30 : Je suis de retour à l’auberge. J’y passe le reste de l’après-midi à me morfondre une bonne partie du temps. Je réussis tant bien que mal à remettre mon tableau de suivi « Budget » à jour (heureusement sauvegardé sur Google Drive) en m’aidant de mon journal pour retracer les 15 jours qui viennent de s’écouler…

20h30 : Je ressors pour aller dîner en compagnie de Nam et Teresa, accompagnée ce soir de Priscillia, une jeune et jolie française de 25 ans qui vient d’entamer un voyage de 3 mois vers l’Équateur, en sens inverse de ce que je viens de parcourir. Cela nous donne naturellement matière à discuter.

Nous nous rendons dans une ‘parilla’ (qui se traduit par « grill » en français), l’un de ces fameux restaurants argentins où les mets à l’honneur sont les viandes grillées ou ‘asados’. Il paraît que la viande en Argentine est excellente ; je ne demande qu’à tester. Je commande un ‘vacio’ de bœuf (bavette) mais suis déçu par qu’on m’apporte : il y a plus de gras que de viande ! Heureusement, le vin qui l’accompagne est excellent, lui.

Je passe un bon moment avec mes trois compères d’un soir mais me sens néanmoins très fatigué, souvent perdu dans mes pensées, un peu éteint… Je les suis malgré moi dans un bar quelques rues plus loin. – je préférerais à ce moment nettement rentrer mais je ne connais malheureusement pas le chemin du retour et n’ai aucune carte sur moi. Je suis donc dépendant du bon vouloir de Teresa et Nam, mes guides dans le dédale des rues de Buenos Aires ce soir. Des amis de Teresa nous ont rejoints. Je suis vaguement la conversation avec une seule hâte, que ça se termine pour pouvoir rentrer et me coucher. La libération n’arrivera qu’à 1h15…

1h30 du matin: Je suis de retour à l’hostal, soulagé que cette longue journée se termine. Je constate en entrant dans le dortoir que nous ne sommes que deux cette nuit. Tant mieux, ça devrait être calme. Je me glisse rapidement dans mon drap de sac (que je préfère utiliser quand la propreté des draps me semble douteuse) et m’endors sans trop de peine, exténué.

 23 septembre 2014, Buenos Aires

8h00 : Même si j’ai plutôt bien dormi, le réveil est difficile ce matin. Je passe une petite heure sur Internet – les ordinateurs en libre-service sont malheureusement ici aussi des antiquités ! – avant de prendre mon petit-déjeuner à l’hostal (là encore très moyen) puis me rends en ville pour compléter mes achats.

Convaincu par la formule de la veille, je retourne manger au même self de la rue Maípu. Le ciel est à la pluie ce matin et j’essaie de rester au sec en longeant les immeubles. Je passe deux petites heures dans un coin du restaurant à l’abri du mauvais temps pour écrire. Il pleut à verse quand j’en sors. Du coup, je me pose un peu plus loin dans un café pour me remettre à couvert. Je me replonge alors dans mon journal en sirotant un thé…

J’achète sur le chemin du retour une lampe frontale pour remplacer ma précieuse Petzl. Je dépense 100 pesos dans un magasin orienté chasse et pêche pour une babiole dont la fermeture du compartiment de piles cassera à la première ouverture ! Le matériel de qualité que j’avais semble irremplaçable en Argentine…

18h : Je retrouve Diana à l’hostal Portal del Sur, où j’ai passé ma première nuit… et à deux pas duquel je me suis fait volé. Elle a débarqué en ville ce matin. Je lui fais la surprise et la trouve là où Teresa et Nam m’ont surpris avant-hier, dans le recoin alloué aux ordinateurs en libre-service. Retrouvailles. Nous nous étions dit au revoir le 16 juillet dernier à Huaraz, juste avant que je parte pour le trek de Huayhuash, sans assurance de se revoir un jour. Voilà chose faite !

Nous discutons un bon moment tous les deux, installés sur deux fauteuils dans le patio. Ça fait du bien de partager mes mésaventures mais aussi de parler d’autre chose… Voilà déjà 9 mois que Diana est en vadrouille en Amérique du sud [NB. Son voyage durera finalement près d’un an et demi ] ! Dire que je n’en suis qu’à un peu plus de 3 et qu’il m’en reste le triple ! Même si mon vol m’a mis un sacré coup au moral, cette perspective me redonne le sourire et l’envie d’avancer…

20h30 : Nam et moi quittons notre hostal pour passer chercher Priscillia puis Diana, que j’ai invitée à nous rejoindre ce soir. Nous nous posons dans une pizzeria de renom à Buenos Aires (El Cuartito, si mes souvenirs sont exacts). Et quelle pizzeria ! Je crois que je n’ai jamais mangé de pizzas de cette qualité. Je passe un super moment en compagnie de mes trois camarades autour de deux pizzas énormes et délicieuses. Le resto, réparti sur trois étages (!), est bondé. Je comprends tout à fait pourquoi !

Trois heures plus tard, je me mets au lit avec un moral meilleur que celui des derniers jours…

24 septembre 2014, Buenos Aires

Je passe aujourd’hui encore une très mauvaise journée. Je suis fatigué des gens par centaines dans les rues, du bruit, du trafic… Bref, ras-la-casquette de la grande ville ! Ras-le-bol de Buenos Aires !

Je sors ce matin pour retourner au commissariat où j’ai déposé plainte après mon vol pour obtenir un ou deux exemplaires originaux supplémentaires en prévision des papiers que je devrais refaire une fois rentré en France. Je file ensuite au ‘Comisaría del Turista’ (Commissariat du Touriste) pour demander s’il serait possible de traduire ma plainte en français. « Non », me répond-t-on, « Il vous faudra faire appel à un traducteur ». Hors de question que je paie une traduction en plus des frais que me coûtera très certainement la réfection des papiers ! Je traduirai moi-même cette fichue plainte…

Je me charge ensuite d’échanger 40$ contre des pesos argentins auprès d’un « changeur de rue », posté parmi des dizaines dans la rue Florida. Ils piaillent tous « cambio, cambio, cambio » si vite et machinalement que ça en est drôle, pour ne pas dire ridicule. Je suis cette fois-ci beaucoup plus à l’aise pour changer mon argent que je ne l’étais à Salta.

Je porte mon sac à dos devant moi sur le ventre, à la manière d’un certain nombre de passants. Il faut croire que les voleurs – ces rats de la ville – ont rendu les gens plus méfiants ici qu’ailleurs, moi le premier après ce qui m’est arrivé !

J’ai porté une boule au ventre toute la journée ; la pilule passe décidément très mal. Je viens de passer trois jours à Buenos Aires mais n’aurai presque rien vu de la capitale et en aurai encore moins profité. Peu m’importe, elle est associée à ce vol et je n’ai qu’une hâte, en partir ! Mon aversion à vivre dans une grande ville est à son comble. Je me dis à ce moment-là que les hommes ne sont pas faits pour vivre entassés les uns sur les autres et suis convaincu que cette promiscuité les rends systématiquement paranos, dégénérés ou trop sûrs d’eux. Je vois décidément tout en noir aujourd’hui…

Je retourne manger une dernière fois au self de la rue Maípu, peu avant midi, puis me pose à l’hostal sur mon lit (à l’insu de la réception, le check-out ayant été fait ce matin). Je suis profondément déprimé…

16h30 : Je retrouve Diana devant le Portal del Sur. Nous passons un petit moment dans un café assez huppé du centre-ville où des couples dansent le fameux tango argentin. Nous nous disons au revoir une heure plus tard devant le portique du métro. J’ai en effet décidé d’emprunter les transports publics pour me rendre à la gare routière. Je dois poireauter une bonne heure avant de pouvoir grimper dans le bus et m’installer pour la nuit au premier rang à l’étage supérieur…

20h : Le bus part. Adieu Buenos Aires et bon vent ! Je suis soulagé de quitter ce lieu, d’aller enfin de l’avant en reprenant la route. Les kilomètres qui commencent à défiler sont comme un exutoire. J’ai perdu gros lors de cette étape mais l’essentiel est toujours là : l’envie d’aller de l’avant et de découvrir ce que me réserve la suite du voyage !

Bookmarquez le permalien.

4 commentaires

  1. Salut Nico,
    Je suis profondément déçu en apprenant ce malheureux incident, car je sais combien la photo te tient à cœur et que tu aurais aimé rapporter l’intégralité de ton voyage en souvenirs photos. J’espère néanmoins qu’à côté de ça, toute cette belle aventure que tu as vécu aura estompé ce triste chapitre de ton périple, et que tu n’en gardera que le meilleur. Au plaisir de te relire !

    • Salut Julien,
      Merci pour ton commentaire. L’incident – et surtout ses conséquences – a été très dur à digérer et j’ai mis du temps à vraiment m’en remettre (voir notamment l’article qui va bientôt suivre…) mais le voyage ne s’est pas arrêté pour autant et la photo a continué a faire partie de l’aventure. La suite dans les prochains numéros 😉
      A bientôt Ju et au plaisir de te relire dans d’autres commentaires ! Bises
      Nico

  2. CC Nico, tu as vécu une triste aventure sur Buenos aires. Je pense que tu as raison et que les gens ne sont pas fait pour vivre entassés et ce que tu as écris est d’une incroyable vérité, c’est impressionnant comme l’être humain peut-être perfide. Dommage car tu aurais pu apprécier cette ville avec cet architecture magnifique vu les photos. J’attends le reste de tes récits avec impatience en espérant plus joyeuses pour toi !! bises

    • Merci Jenny :) Ma mauvaise expérience a terni après coup mon regard sur cette ville, c’est certain. Qui sait, j’y retournerai peut-être un jour et ce sera certainement dans un tout autre état d’esprit, beaucoup plus ouvert et positif… J’espère que ta petite famille – mari, enfants, sœur, neveux et nièces – se porte comme un charme ! Je t’embrasse. A bientôt
      Nico

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