De Quilotoa à Chugchilán

Quilotoa, 22 juin 2014

5h30. Réveil aux aurores ce matin. Je retrouve Jessica, Ida et Mark sur la place centrale de Zumbahua à 6h45. Direction : Quilopungo, sur la route de Quilotoa, où nous allons passer la matinée à recevoir des locaux pour leur faire passer une sorte de visite médicale. On rejoint en camioneta un bâtiment qui s’apparente à une école désaffectée, située au bord de la route.

8h. Les premiers « patients » arrivent. Je suis en charge de consigner nom, prénom, âge, taille et poids. Enfants, parents, vieillards : je fais passer une cinquantaine de personnes au total. Un bel éventail de la population locale. Certains ne parlent pas Espagnol. Je me fais aider par ceux qui le parlent. 1,71 m : record de taille ! Les équatoriens sont petits, c’est un fait. Après avoir été mesuré et être monté sur la balance, chacun passe à tour de rôle entre les mains expertes de Jessica, Ida, Mark, Jon et Clay pour un petit check-up : rythme cardiaque, pression artérielle, souffle, glycémie, vue (très mauvaise de manière générale). Des médicaments de base (paracétamol, etc.) et, pour les enfants, des vitamines, une brosse à dent et du dentifrice leurs sont distribués. Il est surtout question ici de détecter des problèmes graves et de sensibiliser la population aux gestes de base pour une bonne santé.

Volontariat médical avec Clay, Jon, Jessica, Ida et Mark ; Quilopungo

Volontariat médical avec Clay, Jon, Jessica, Ida et Mark
Quilopungo

11h, ça commence franchement à se tasser. Je quitte les lieux vers 11h30 car je veux rejoindre Quilotoa vers midi pour avoir le temps de faire le tour du cratère à pied. Petite pointe de nostalgie au moment de quitter le groupe… Me revoilà seul à nouveau.

Je marche un peu sur la route puis fais signe à une voiture de s’arrêter. Le conducteur me demande 1$. Je négocie le trajet 0,25$. Vu que ça ne leur coûte rien du tout, ils acceptent souvent un tel rabais sur leurs « prétentions salariales ». Je ne paierai finalement rien du coup car il se trouve que j’ai fait passer le conducteur sur la balance ce matin et qu’il m’a reconnu…

Je reste dans le premier hostal sur lequel je tombe : l’Hosteria Alpaca, situé à l’entrée du hameau. Je réussis à négocier une place en demi-pension dans une chambre à trois lits (je serai seul à l’occuper), avec salle de bain et poêle (un plus qui fait vraiment la différence !), pour la modique somme de 15$ (au lieu de 25$). Ce n’est visiblement pas la haute saison, c’est pourquoi il est si facile de faire descendre les prix. Plutôt fier de moi sur ce coup-là.

L’après-midi sera riche en vues panoramiques et en émotions. Il me faut un peu moins de 5 heures pour parcourir le tour du cratère de Quilotoa dans le sens des aiguilles d’une montre, en suivant sa ligne de crête. Je traverse quelques passages vertigineux avec le lac à plusieurs centaines de mètres en contrebas… Avec de jolis coups de vent par moments, ça décoiffe !

Cratère de Quilotoa

Le cratère et son lac aux mille reflets
Quilotoa

Cette boucle est incontestablement l’un des sentiers les plus beaux que j’ai jamais empruntés : à ma droite, des vues sublimes sur le lac et les hautes parois du cratère ; à ma gauche, des panoramas superbes sur la campagne équatorienne environnante.

Incroyable nuance de vert, Quilotoa

Et toujours cette incroyable nuance de vert !
Quilotoa

J’aperçois des gens en train de travailler la terre au fond du cratère. Il est impressionnant de voir à quel point la terre est précieuse ici et jusqu’où les gens sont prêts à aller pour la cultiver. Le vent souffle fort et il ne fait pas chaud du tout (j’ai sur moi polaire, veste coupe-vent et écharpe). Il doit faire moins de 10 degrés. J’ai une petite montée d’adrénaline vers 16h30 avant d’attaquer le partie la plus haute car le point d’où je suis parti me semble encore loin. Et si j’avais un peu sous-estimé la durée de cette boucle ? J’ai l’impression d’être seul sur le cratère (je n’ai croisé depuis le départ qu’une poignée de randonneurs…).

La terre se cultive jusqu'au fond du cratère, Quilotoa

La terre se cultive jusqu’au fond du cratère !
Quilotoa

Mes craintes se dissipent lorsque j’atteins le point culminant du Quilotoa, à 3940 m d’altitude. Record battu ! De ce belvédère, j’ai la chance de pouvoir admirer le canyon de Zumbahua qui m’a tant fasciné ces deux derniers jours. La descente ne présente aucune difficulté et c’est finalement vers 17h30, bien avant la tombée de la nuit, que je boucle ce tour mémorable. Un « must » que je recommande vivement à quiconque est avide de grands espaces et de sensations fortes.

Le canyon, Zumbahua

Le canyon
Zumbahua (tout au fond à gauche !)

L’hostal s’est bien rempli pendant mon absence. Une douzaine de personnes sont confortablement installées au coin du feu, le plupart rivées sur un match de la Coupe du Monde (qui a lieu cette année au Brésil). Je sympathise rapidement avec Hassen et Aurélie, deux français vraiment chouettes parcourant l’Amérique du Sud depuis plusieurs mois et ayant, naturellement, une foule d’anecdotes à raconter et de bons conseils à partager. Je fais aussi la connaissance d’Anaïs, voyageuse toulousaine en solo depuis 6 mois, qui les accompagne depuis deux semaines.

Intérieur chaleureux de l'Hosteria Alpaca, Quilotoa

Intérieur chaleureux de l’Hosteria Alpaca
Quilotoa

J’allume un feu dans mon poêle. L’atmosphère de ma chambre change instantanément. Les braises qui commencent à se former au fond du poêle font vite grimper le thermomètre. Le dîner est copieux et achève en beauté cette journée merveilleusement riche en rencontres et découvertes…

Le poêle, Hosteria Alpaca, Quilotoa

Le poêle
Hosteria Alpaca, Quilotoa

Un lit douillet au coin du feu, Hosteria Alpaca, Hameau de Quilotoa

Un lit douillet au coin du feu
Hosteria Alpaca, Hameau de Quilotoa

Chugchilán, lundi 23 juin 2014

7h, je me lève. L’atmosphère de ma chambre s’est sensiblement rafraîchie pendant la nuit. Je rallume le poêle. Le petit déjeuner est servi à 8h à la grande table de l’hostal, tenu par une famille vraiment très sympathique et aux petits soins pour ses hôtes. Au menu : salade de fruits frais (banane, melon, pastèque…), céréales et yogourt, lait, pain, confiture, le tout arrosé d’un délicieux jus de fruits mixés et d’un bon café.

10h. Je quitte l’atmosphère chaleureuse de l’hostal un peu à reculons ; j’étais si bien ici ! Direction : Chugchilán, petit village situé au nord du cratère. J’emprunte le même sentier que la veille et commence à longer le cratère. La météo n’est pas terrible : la crète est partiellement dans le brouillard et le ciel est très chargé. Je ne serais pas étonné qu’il pleuve ce matin. La signalétique étant plus que fragmentaire dans le secteur et ne sachant pas trop à quel moment je dois bifurquer, je m’égare après quelques centaines de mètres. Je tombe sur une petite maison et demande mon chemin à son propriétaire. Celui-ci me propose de me conduire sur le sentier. Je lui suis, sachant pertinemment qu’il me demandera quelque chose une fois que nous serons arrivés. 5 minutes de grimpette plus tard, je suis de nouveau sur le sentier. Je concède 1$ à mon « guide » pour son service (il m’en demandait 5 !). Cette petite expérience me confirme qu’il faut ici se méfier des gens qui veulent te rendre service : ce n’est jamais gratuit ici et ça peut même te revenir très cher si tu te laisses faire…

Je poursuis mon chemin jusqu’à une plate-forme ensablée. Il se met à pleuvoir. Je sors l’artillerie : veste de pluie et sur-sac. J’aperçois soudain trois randonneurs arrivant en sens inverse. L’un d’entre eux porte une veste rose vif. Ce ne peut être qu’Anaïs, Hassen et Aurélie, partis avant moi ce matin pour faire le tour du cratère. Ils rebroussent chemin à cause de la météo. Ils sont tentés pour descendre jusqu’à Chugchilán. J’étais parti pour faire la route seul, nous serons finalement quatre ! Nous atteignons au bout de 2h environ la communauté de Guayama. Les sourires sont rares ici à notre passage. Nous nous posons sur le terrain de sport pour pique-niquer puis repartons sur le coup de 13h30.

Canyon du Toachi, entre Quilotoa et Chugchilán

Canyon du Toachi
Entre Quilotoa et Chugchilán

 

Nous atteignons la marge d’un profond canyon entaillé par le Toachi qui file vers le Nord. Le panorama est superbe. Il nous faut emprunter un sentier en lacets, traverser la rivière (sur un pont de fortune fait de troncs d’eucalyptus) puis remonter sur le versant rive gauche pour atteindre finalement le village de Chugchilán. Une belle rando au final, plus longue que prévue, ponctuée de discussions intéressantes avec mes trois compagnons d’un jour.

Hasse, Aurélie et Anaïs

Hassen, Aurélie et Anaïs, mes trois compagnons d’un jour
Canyon du Toachi entre Quilotoa et Chugchilán

Je m’attendais à débarquer dans un joli village. C’est tout le contraire. Je trouve l’endroit glauque et l’accueil de ses habitants plutôt réservé pour ne pas dire froid. Hassen, Aurélie et Anaïs trouvent tant bien que mal une camioneta. Le trajet jusqu’à Quilotoa est hors de prix comparé à tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent : tous demandent 25$ ! Hassen réussit tout de même à négocier le service pour 20$ ce qui leur revient à un peu moins de 7$ par personne. On se dit au revoir. J’étais très heureux de partager cette randonnée avec eux.

17h, j’arrive à l’hostal Mama Hilda, l’un des quatre gîtes du village, et ne regrette vraiment pas mon choix. C’est un endroit soigné, agrémenté de jolis massifs d’arbustes en fleurs. Des peintures, accompagnées de citations à caractère environnemental, sont disséminées un peu partout sur les murs et apportent une touche vraiment originale à l’ensemble. Un hamac invite au farniente devant chaque porte de chambre… mais il fait malheureusement trop froid pour vraiment en profiter. Dommage.

Hostal Mama Hilda, Chugchilán

Invite au farniente…
Hostal Mama Hilda, Chugchilán

Dario, le propriétaire, me fait faire le tour du jardin, en me donnant le nom de chaque espèce (il semble qu’on ait tous les deux un goût commun pour les plantes). Il me fait visiter aussi les deux grandes salles communes, meublées et décorées avec soin. Ce n’est décidément pas la haute saison dans le secteur : j’aurai l’hostal pour moi tout seul ce soir !

Jolie fleur sur un arbuste du jardin de l'hostal, Hostal Mama Hilda, Chugchilán

Fleur de Tibouchina urvilleana
Hostal Mama Hilda, Chugchilán

De jolies citations peintes sur les murs de l'hostal

De jolies citations peintes sur les murs de l’hostal
Hostal Mama Hilda, Chugchilán

De jolies citations peintes sur les murs de l'hostal, Hostal Mama Hilda, Chugchilán

« L’art, la gloire, la liberté s’étiolent, mais la nature restera toujours belle. »
Hostal Mama Hilda, Chugchilán

19h. J’entre dans la salle à manger. La cuisinière est aux fourneaux et ce qu’elle est en train de préparer me donne l’eau à la bouche. Le poêle est allumé et rayonne dans toute la pièce. J’ai droit à un vrai festin ce soir : soupe, omelette, pommes de terre frites, gateau… J’avale tout ce que m’apporte la cuisinière (dont j’ai malheureusement oublié le prénom) et me remplis l’estomac (un peu trop d’ailleurs). Je passe un très bon moment, seul, à profiter de ce copieux repas, même s’il aurait été bien plus agréable de le partager avec d’autres convives !

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11 commentaires

  1. Dieu, que tu nous impressionnes, photos magnifiques, écriture magique, et en même temps des rencontres inattendues, imprévues. C’est génial, on dévore ton récit. Nous pensons très souvent à toi. Prends bien soin de toi. La petite famille à côté de chez toi. Ppjojo

  2. Salut mon Nini,
    Magnifique, merveilleux, grandiose… Des photos sublimes, un récit qui se dévore… Tu me fais voyager, tu me fais rêver… MERCI !!!!!
    Et pleins de bisoussss ! Ah, j’allais oublier… A bac à bueu…

  3. Salut Nico !
    WAOUHHHHH … ça fait rêver … et ça donne SUPER envie de retourner en Amérique Latine !!!
    Comme me l’avait dit une Amie Chilienne avant mon départ vers sa terre natale qu’elle avait abandonné avec sa famille sous Pinochet : « Ouvre Grands les Yeux et laisse Toi porter ! »
    Bon Vent au Pérou … et un Grand Sourire à Tous les Péruviens (sans oublier les Péruviennes bien sûr !). Hasta luego …

    • Salut Laurent ! Merci pour ton commentaire. Je ne manquerai pas de transmettre ton sourire aux péruviens et péruviennes, peuple que je trouve plutôt accueillant jusqu’à présent ! De mon côté, je te souhaite de belles virées vers de jolies destinations exotiques, qui, te connaissant, ne manqueront pas d’arriver incessamment sous peu 😉 Hasta luego !

  4. Quelle belle aventure tu vis là. Encore mille merci à toi de nous la faire partager ! On a vraiment l’impression de voyager à tes côtés. C’est génial !
    J’attends avec impatience la suite !
    A très vite !
    Bonne route !
    Gros Bisous
    Nadège

  5. Salut Nico, je viens de parcourir ton blog, j’en ai pris plein les yeux… Bravo!!! Nous pensons à toi et espérons te revoir en pleine forme et souriant comme sur les photos. Petite info: j’ai eu mon 2e dan… Bon vent!!!

  6. Hola Nicolas,

    Je lis avec plaisir que ton voyage se poursuit toujours aussi bien avec toutes ces découvertes naturelles, culturelles et humaines … même si ces dernières ne sont pas aussi fréquentes et longues que tu aimerais !
    Ce cratère de Quilotoa a vraiment l’air grandiose ! Surtout s’il arrive à rivaliser avec Mafate et la tour de Turghiu ! 😉

    Merci encore pour tes photos et tes récits toujours aussi agréables à lire. C’est un peu comme si on voyageait avec toi, cachés discrètement dans ton sac à dos.

    Bonne route pour la suite et surtout prend soin de toi.
    François

    • Salut François, je confirme : le Quilotoa est digne de rivaliser avec les paysages de Mafate même s’il n’en a pas l’envergure… Les parois du cratère m’ont d’ailleurs fait un peu penser aux remparts du cirque, en beaucoup moins hauts cependant… 😉 Bises

  7. Que de belles rencontres !!!! Que de magnifiques paysages !!!! Quelle aventure !!!! Profites à fond
    ton ASAAM

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