Mendoza, Santiago y Valparaíso

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo à Buenos Aires, je ne peux malheureusement illustrer le début de cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

25 septembre 2014, Mendoza

10h30 : J’arrive enfin à Mendoza, quatrième ville d’Argentine derrière Buenos Aires, Córdoba et Rosario, après un voyage de près de 15h. J’ai réussi à me reposer sans trop de mal. Vive les bus argentins ! Je fais un saut rapide au point Info de la gare routière pour dégoter une carte de la ville puis j’achète dans la foulée un ticket de bus pour Santiago (du Chili !), ma prochaine destination. Je réserve une place dans un bus prévu samedi à 8h45 (300 pesos), sans assurance de pouvoir partir ce jour-là, le col entre Mendoza et la capitale chilienne au beau milieu de la Cordillère des Andes étant fermé jusqu’à demain inclus pour cause de mauvais temps. Pas de chance ! Décidément, la roue semble avoir tourné depuis quelques jours…

Je me mets ensuite en route pour le centre-ville et le premier hébergement sur ma liste : l’hostal Alamo, côté numéro un sur TripAdvisor. Sans mon précieux Footprint, je m’en remets intégralement à ce site d’avis et de conseils touristiques réputé dans le monde des voyageurs. Il me faut une demi-heure à bon rythme pour rejoindre l’adresse en question – située rue Necochea – que je trouve sans mal grâce à la carte que l’on m’a remise. Mendoza me plaît d’emblée. C’est une jolie ville, ornée de toutes parts d’impressionnantes allées de platanes. Je n’ai jamais vu une chose pareille : toutes les rues sans exception semblent avoir été plantées d’arbres ayant aujourd’hui atteint de belles dimensions. On dirait une ville « forêt»  tellement les arbres dominent le paysage urbain. Incroyable !

Mendoza, une ville « forêt »

Mendoza, une ville « forêt »
Source : C. Quezada Valdés ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

La nuitée en dortoir de quatre avec le petit déjeuner inclus coûte 130 pesos. Située à seulement quelques rues du cœur de la ville – la Place de l’Indépendance – l’auberge est bien positionnée. Elle semble par ailleurs conviviale et bien tenue. Adjugé, vendu ! Je n’ai de toute façon aucune envie de continuer à arpenter les rues avec mes sacs. Je pose donc mes valises à l’hostal Alamo. La chambre est petite mais très propre et confortable. Un lit superposé est déjà occupé. J’investis le second en optant pour le lit inférieur.

Allégé, je ressors rapidement pour trouver un endroit où déjeuner car j’ai les crocs. Je trouve mon bonheur dans un petit resto self-service situé le long de la rue Mendocinas, non loin de la place centrale. 30 pesos me suffisent pour satisfaire ma faim avec un menu entièrement végétarien. Le ventre plein, je retourne à l’hostal et m’allonge deux bonnes heures en m’abritant des regards derrière mon couvre-lit que j’ai coincé entre le matelas du dessus et l’armature des lits superposés. Pratique ! Le moral n’est pas vraiment bon ; cette histoire de vol m’a scié les pattes pour un moment…

Je m’octroie après la sieste une petite séance sur l’unique ordinateur de l’hostal pour aller sur Internet, très frustré de ne plus pouvoir le faire sur ma propre « bécane ». La frustration est d’autant plus forte que les autres voyageurs présents dans la salle pianotent tranquillement sur leurs ordinateurs portables. Certains doivent certainement être en train de bichonner leur blog… Dur dur.

Je fais la rencontre en fin de journée de l’un de mes colocataires, un jeune allemand de 19 ans. Il m’invite ce soir à le rejoindre pour dîner avec un petit groupe dont il a fait la connaissance aujourd’hui. J’accepte en me disant que ça devrait m’aider à me changer les idées. Je me retrouve avec cinq jeunes ayant à peine la vingtaine, avec qui j’ai l’impression de ne pas avoir grand-chose en commun… Je ne peux m’empêcher de penser : « Mais, qu’est-ce que je fous là ?».

Nous dînons dans un immense restaurant de type self-service, offrant un impressionnant éventail de plats. Les viandes sont bien entendu à l’honneur ; nous sommes en Argentine ! Le repas à volonté coûte 100 pesos sans les boissons. Il faut ajouter à cela les propinas (pourboire) que ne manquent pas de demander de façon parfois insistante les cuisiniers postés derrière leurs fourneaux. Le buffet étant à volonté et représentant un extra dans mon budget, j’ai du mal à contenir ma gourmandise et finis par trop manger. L’addition payée, j’attends avec impatience que l’on décolle mais une personne du groupe se fait désirer en prenant tout son temps pour finir son assiette… Je finis par quitter prématurément l’assemblée pour rentrer car je n’en peux plus. J’ai vraiment du mal à voir le bon côté des choses ces derniers temps. Un rien m’agace…

Il est minuit passé lorsque je peux enfin me glisser sous les draps et rejoindre les bras de Morphée.

 26 septembre 2014, Mendoza

J’enfile short et baskets ce matin après le petit-déjeuner pour aller me défouler un peu. Je prends en courant la direction du Parc San Martín, situé une dizaine de rues à l’ouest de la Plaza Independencia. Il fait frais au sortir de l’hostal mais le soleil et surtout l’effort font rapidement monter le thermomètre ! J’ai la pêche ce matin et envie de m’en mettre plein les pattes. Je cours environ 45 minutes à bon rythme et m’octroie même une petite séance de taekwondo sur la rive du bassin artificiel ornant le parc. Même après cinq mois d’inactivité, je suis toujours capable d’effectuer les huit premiers poomsés sans trop de difficultés !

Je suis de retour à l’hostal vers 9h30. Je ressors après la douche en direction de la Plaza Independencia, le sourire aux lèvres d’avoir réussi à me dépenser un peu ce matin. Rien de telle qu’une séance de course à pied pour bien démarrer sa journée et se sentir planer pendant quelques heures… Je retourne au terminal en fin de matinée pour demander à la compagnie de reculer d’une journée mon départ pour Santiago.

Elle accepte sans rechigner et sans frais supplémentaire. Bonne nouvelle ! Je pars donc pour le Chili dimanche matin à 8h45 et non samedi comme c’était prévu au départ ! Pourquoi ce changement ? Parce qu’il va m’éviter de devoir passer un dimanche complet à Santiago, ville qui m’intéresse uniquement parce que j’espère pouvoir y acheter un nouvel ordinateur et un nouvel appareil photo. En arrivant dimanche soir, j’évite ainsi les temps morts et pourrai faire le tour des magasins dès lundi matin.

Je déjeune à nouveau au petit self de la rue Mendocinas. Vingt pesos me suffisent aujourd’hui pour manger à ma faim. Quelle bonne adresse ! Je visite ensuite plusieurs librairies pour dégotter un livre sur l’Île de Pâques, destination vers laquelle je m’envolerai – si tout se passe comme prévu – avec hâte d’ici une semaine. En vain, je rentre bredouille…

La tristesse et la frustration ayant repris le dessus, je me réfugie dans mon lit en début d’après-midi pour y faire un semblant de sieste. À part écrire un peu dans mon journal – à l’ancienne (style sur papier) – et répondre à quelques mails, je ne fais pas grand-chose du reste de l’après-midi…

19h30 : Jacqui, la très sympathique argentine que j’avais rencontrée à Machu Picchu et qui habite justement dans le coin, me rejoins devant l’hostal. Je suis vraiment content de la retrouver ! Ça fait du bien de voir un visage amical connu. Nous nous rendons à pied jusqu’à l’appartement de son frère en faisant quelques courses en route pour le « goûter »  (il est déjà 20h !). Ah les argentins, de vrais espagnols ! Nous mangeons vite fait chez son frère (absent) puis ressortons, cette fois-ci en voiture, pour retrouver un couple d’amis de Jacqui : María Navidad et Franco.

J’assiste dans le froid à la fin d’un match de hockey sur gazon artificiel dans lequel joue Franco. Nous dînons ensuite dans un endroit un peu spécial ressemblant vaguement à une auberge espagnole où l’on ferait la fiesta en permanence. Nous passons tous les quatre un agréable moment, même si j’avoue avoir du mal à suivre efficacement toutes les conversations à cause du bruit ambiant. Je suis fatigué et, même si j’essaie de faire bonne figure, le spleen ne me lâche pas.

Il est 1h du matin passé lorsque Jacqui me dépose devant mon hostal. Nous nous quittons en nous promettant de nous revoir au moins une fois avant mon départ dimanche matin. Je file au lit sans demander mon reste !

 27 septembre 2014, Mendoza

Et une très mauvaise journée de plus à mon compteur ! J’ai le moral à zéro aujourd’hui, rongé par les idées noires. Je tente de courir à nouveau ce matin mais abandonne au bout d’une vingtaine de minutes car, contrairement à hier, la motivation n’y est pas. Je finis par rentrer à pied jusqu’à l’hostal depuis le Parc San Martín.

Mon resto étant malheureusement fermé aujourd’hui, je déjeune dans un fast-food (Kingo) aux airs de MacDo situé au coin de la Plaza Independencia. Je passe une grande partie de l’après-midi à me morfondre et à manger des cochonneries. Je publie le tout dernier article de mon blog, celui que j’ai intitulé « Sucre et le Cratère de Maragua »  et que j’avais intégralement édité à Puerto Iguazú avant le vol. J’accompagne la publication d’un petit message pour annoncer à mes lecteurs que cet article sera le dernier. Après tous les efforts que j’avais consentis pour accoucher de ce « bébé » puis l’alimenter au fil de mon périple, être contraint de le laisser en plan de la sorte est un crève-cœur. J’éprouve un douloureux sentiment d’échec, mêlé d’une profonde haine pour les voleurs qui m’ont piégé.

Je me pose en début de soirée à la terrasse d’un café du Paseo Sarmiento, rue piétonne attenante à la place centrale. La tristesse que je ressens doit se lire facilement sur mon visage ; le moral est au plus bas.

19h45 : Je retrouve Jacqui au coin de la rue San Martín et de la rue Lavalle et passe une très bonne soirée en sa compagnie à la table d’un immense restaurant comparable à celui dans lequel j’ai mangé avant-hier. Le repas à volonté coûte ici 125 pesos. C’est naturellement sans compter les boissons. On se régale et on se confie aussi… Passer ma soirée ce soir avec Jacqui est un vrai réconfort. Je la serre fort dans mes bras au moment de lui dire au revoir en me disant que je ne la reverrai probablement jamais… Jacqui fera définitivement partie des plus belles rencontres de ce voyage.

Minuit : Extinction des feux !

28 septembre 2014, Santiago

Je quitte l’hostal Alamo ce matin vers 7h45. Il me faut une demi-heure à bon rythme pour rejoindre la gare routière. ¡Hasta siempre linda Mendoza! Adieu, jolie Mendoza ! Tes jolies rues ornées de ces superbes avenues arborées vont me manquer…

Je réussis à changer les 144 pesos argentins qu’il me restait en poche contre des pesos chiliens (5600 CLP) auprès de l’une des compagnies de bus du terminal. Le taux est très médiocre mais je préfère me débarrasser de tous mes pesos argentins, probablement très difficiles à échanger ailleurs vue la conjoncture actuelle. Je retrouve avec plaisir des pièces dans mon porte-monnaie. En Argentine, c’est devenu une denrée rarissime et je n’ai – sans exagérer – manipulé que deux pièces de monnaie pendant tout mon séjour dans le pays. Les billets, souvent très fatigués (surtout les petites coupures), sont pour ainsi dire devenus la seule monnaie d’échange. Je fais les gros yeux quand on me remet mes premiers pesos chiliens. C’est en effet la première fois que je vois des pièces de 500 ! Les chiliens aiment les zéros visiblement. Il va désormais falloir que je m’habitue à compter en milliers : le billet de 1000 pesos ne vaut en effet pas plus d’1,30€…

9h : Le bus part enfin avec un petit quart d’heure de retard. Profitant d’un bus à moitié plein, je réussis à changer de siège pour me retrouver à ma place favorite : premier étage, premier rang. Je vais pouvoir me régaler du paysage montagnard à travers le pare-brise panoramique ! Nous quittons rapidement Mendoza pour nous enfoncer bientôt au creux de la Cordillère des Andes en empruntant une profonde vallée entaillée par le Río Mendoza.

Le paysage est splendide, surmonté d’un magnifique ciel bleu. La vallée, dominée par de très hauts sommets enneigés, est bordée d’à-pics vertigineux et d’éboulis gigantesques. L’échelle est vraiment démesurée ! Je sais que l’Aconcagua, le plus haut sommet des trois Amériques réunies (6 962 m), trône quelque part plus au Nord. Mais j’ai beau le chercher, il ne daigne pas se montrer.

Nous atteignons après trois petites heures de route le complexe transfrontalier réunissant les services d’immigration argentins et chiliens. Il y a encore de la neige à cette altitude (près de 3000 m) et des gens dévalent même une piste de ski à quelques centaines de mètres de là.

Le bus se met en file d’attente derrière d’autres véhicules de tous acabits. Il y a beaucoup de monde devant nous et ça n’avance franchement pas vite. Des enfants braillent dans le bus… Ma patience va être mise à dure épreuve, je le sens ! Mon moral, au quatrième sous-sol, ne m’aide en rien à relativiser la situation. L’attente est interminable. C’est de loin le pire passage de frontière que j’ai réalisé jusqu’à présent ! Un véritable calvaire. Il ne faut au final pas moins de 4h pour faire tamponner nos passeports et être contrôlés (bagages à main) avant de pouvoir enfin redécoller et commencer à entamer la descente vers Santiago…

16h : Nous quittons enfin le poste frontière. Quel soulagement ! Je souffle de nous voir enfin repartir et quitter cet enfer. Mais, à mon grand agacement, le bus s’arrête à nouveau une demi-heure plus tard, bloqué devant l’entrée d’un passage couvert pour laisser passer une file interminable de véhicules de toutes sortes (dont beaucoup de camions) arrivant dans l’autre sens. Nous sommes arrêtés 40 minutes supplémentaires !

Avec tous ces retards, le stress commence sérieusement à monter car je vais arriver à Santiago bien après l’heure prévue et risque fort de devoir arpenter de nuit les rues du centre-ville. Cette idée m’enchante guère, d’autant que plusieurs passagers résidant à Santiago me mettent en garde : « Faites attention après 21h dans les rues du centre-ville car elles commencent à devenir mal famées !». Ma veine…

Santiago du Chili, by night

Santiago du Chili, by night
Source : Wikipedia 2015 [licence CC BY 2.0]

19h30 : Le bus atteint enfin sa destination finale, un terminal de bus qui m’étonne par sa taille vue celle de la ville. Il est tout petit et les bus sont serrés comme des sardines le long des quais. Je m’attendais à atterrir dans une gare routière immense, à l’instar de celle de Buenos Aires… Il me faut dix bonnes minutes pour récupérer mon gros sac placé en soute. Ouf, le cadenas n’a pas sauté au passage de douane ! J’essaie ensuite de retirer des pesos chiliens dans l’un des distributeurs – plutôt douteux – de la gare routière. Sans succès. Ils sont tous hors d’usage ou à sec. Super, les ennuis continuent ! J’espère que je pourrai retirer de l’argent plus tard sans trop de soucis.

Je prends le métro pour rejoindre le centre-ville, en ciblant la station la plus proche du premier hébergement sur ma liste, déniché sur le site Internet de Lonely Planet, une auberge de jeunesse située rue Mosquito (Andes Hostel). Je n’ai avec moi que deux adresses, sélectionnées en plein cœur de la ville pour des raisons purement logistiques : avoir accès facilement au métro et aux boutiques du centre-ville pour faire plus facilement les magasins. J’espère que le prix d’une place en dortoir sera correct.

L’auberge se trouve heureusement à deux pas de la bouche de métro et mon « transfert »  se passe sans encombre. La nuit en dortoir de six avec petit déjeuner inclus est à 23$ : ce n’est pas franchement donné (relativement à tous les hébergements dans lesquels j’ai séjourné) mais ça reste acceptable. Je me pose, vraiment soulagé d’être arrivé à bon port et de pouvoir me relâcher un peu après cette affreuse journée. La roue a vraiment tourné depuis ce dimanche maudit à Buenos Aires. En tout cas, c’est comme ça que je perçois les choses ces temps-ci. Miné par ce qui m’est arrivé, je suis toujours incapable de positiver et de profiter à nouveau du voyage. Tout m’agace, tout me fait broyer du noir… Marre des grandes villes et des concentrations humaines ! Vivement l’Île de Pâques, bon sang !

Je pose mes affaires dans le dortoir – content de constater qu’il est pour l’instant vide – puis ressors pour aller manger un bout et apaiser ma grande faim. Je me pose dix minutes dans un chinois pour avaler un bol de riz et boire une bière puis m’offre une grosse coupe de gelato chez un glacier situé juste à côté de l’auberge pour me remonter un peu le moral. J’ai vu plus « diet »  comme dîner mais tant pis.

Je me couche juste après la douche, vraiment soulagé que cette journée se termine !

29 septembre 2014, Santiago

Je me réveille vers 8h ce matin et prends mon petit déjeuner – copieux mais sans grand plus – à l’auberge, avant de sortir en ville pour commencer ma quête : remplacer mon matériel photographique et informatique, l’unique raison pour laquelle je suis forcé de rester quelques jours dans cette ville. Ma priorité reste cependant l’appareil photo, sans lequel je ne me vois pas poursuivre mon voyage.

Je visite trois magasins du centre-ville spécialisés dans la photo puis prends le métro pour me rendre au centre commercial Arauco, situé au nord-est de la ville, dans une zone peuplée de gratte-ciels. Quelle horreur cette ville, tellement grise et impersonnelle ! N’ayant pas de carte avec moi, je trouve le centre commercial en demandant mon chemin dans la rue à la sortie du métro. Il se trouve à vingt minutes de marche de la station dans une tour ultra-moderne, totem clinquant du consumérisme à l’occidentale. Beurk ! Je déteste être là.

Je visite un magasin Sony et deux « sections » de grandes enseignes locales (Falabella et Paris), tous les trois spécialisés dans le matériel photo. Les magasins Paris et Falabella, qui s’apparentent aux Galeries Lafayette, s’étalent chacun sur trois étages à chaque extrémité du centre commercial. Je prends quelques notes sur différents modèles de reflex et de compacts dans un petit carnet pour pouvoir comparer les prix et faire quelques recherches sur Internet. Je sens que je vais avoir du mal à faire un choix parmi tous ces modèles. Je passe deux bonnes heures dans le centre commercial puis retourne prendre le métro pour rejoindre le centre-ville.

Centre commercial ultra moderne à Santiago

Centre commercial ultra moderne à Santiago
Source : Xamuhinamorix ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

15h30 : Le moral est toujours très bas, mon aversion pour fourmilière très haute. Je me rends à la Poste Centrale, située Plaza de Armas, en fin d’après-midi pour retirer un colis envoyé en poste restante depuis la maison. Le colis est, à mon grand soulagement, bien arrivé et je peux le retirer rapidement en présentant simplement mon passeport. Me voilà avec un nouveau stock de lentilles de contact journalières pour les trois prochains mois !

La Place d’Armes, le cœur du cœur de la mégapole, m’apparaît ridiculement petite pour une si grande ville. Elle est en travaux et des cloisons temporaires empêchent de voir ce qui se trame en son centre. Les autres voyageurs m’ont souvent dit depuis le début de mon voyage que Santiago présentait peu d’intérêt, que c’était une mégapole sans grande saveur. Même si mon moral altère indéniablement mon jugement, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec cette description… C’est une ville terne en comparaison d’autres grandes cités que j’ai pu aborder précédemment en Amérique du Sud, comme Quito, Buenos Aires, Mendoza et même La Paz.

Ma soirée présente peu d’intérêt si ce n’est une discussion sympathique avec une américaine (Weddy) au moment du dîner (un plat de pâtes que je me prépare vite fait dans la cuisine de l’auberge). Elle est étudiante dans le domaine de l’immigration et voyage au Chili pour réaliser un volontariat. Elle m’a l’air particulièrement futée et ambitieuse ; je la verrais bien intégrer un jour les hautes sphères du gouvernement américain…

Je me mets au lit vers 21h30, rempli de tristesse. Je haie cette ville et cette étape de mon voyage. Vivement que les vents me soient à nouveau favorables. Vivement l’Île de Pâques !

30 septembre 2014, Santiago

La série noire continue. Je passe encore une fois une très mauvaise journée.

Je retourne dans l’après-midi au centre commercial (Parque Arauco), en empruntant le même itinéraire que la veille. La foule, le bruit, la pollution… Toutes ces nuisances de la ville m’insupportent au plus haut point et me minent profondément. J’ai parfois l’impression d’être en mode « survie » dans cette ville. Mes idées noires ne me quittent pas.

Ma mission : revisiter les mêmes magasins que la veille pour prendre les références d’autres appareils photos mais aussi pour acheter une tablette tactile afin de pouvoir me connecter à Internet plus facilement.

Je ne supporte plus l’ordinateur en libre-service de l’auberge de jeunesse (impossible de consulter Internet efficacement ; le navigateur se réinitialise au bout d’un rien de temps et l’auberge refuse de changer quoi que ce soit). Je m’imagine par ailleurs très mal continuer à « fonctionner » avec les antiquités que je trouverai presque invariablement dans les hébergements que je fréquenterai par la suite, pour peu qu’ils disposent bien d’un ordinateur en libre-service. J’ai abandonné l’idée de racheter un ordinateur portable car toutes les bécanes que j’ai rencontrées – sans exception – ont un clavier espagnol et les prix sont assez prohibitifs (j’avais acheté le mien sur Internet et avait pu bénéficier du meilleur rapport qualité/prix à ce moment-là). Je sens que cet achat – peut-être un peu compulsif – va me remonter le moral.

Je prends les références d’un compact numérique estampillé « expert » – le Cyber-shot DSC-RX 100 M2 – dans le magasin Sony du centre commercial pour pouvoir lire des avis à son sujet sur Internet. J’ai en effet également abandonné l’idée de me racheter un reflex pour me rabattre sur un compact. Même si la conjoncture est ici plus intéressante qu’en Argentine, les prix des reflex de qualité restent vraiment prohibitifs et le risque de me faire voler de nouveau au cours des neuf mois de voyage à venir n’est pas négligeable. Il me faudrait par ailleurs un sac à dos adéquat, accompagné idéalement d’un étui de protection. Cet achat attendra mon retour en France… L’idée m’enchante guère ; je sais que la frustration sera souvent là de ne pas pouvoir photographier avec un reflex, et ce même si le compact a ses avantages (légèreté, faible encombrement, prix inférieur et donc moins de stress à l’idée de me le faire voler…).

La journée se termine mieux qu’elle n’a commencé. Je dîne en effet ce soir avec Christine, une fille sympathique originaire d’Amérique du Sud et rencontrée dans le dortoir. Nous passons tous deux un agréable moment dans un resto bien animé d’un joli quartier branché de Santiago. Pour la première fois depuis le début de mon séjour ici, j’ai l’impression de découvrir un coin sympa de la ville…

Extinction des feux vers 22h.

1er octobre 2014, Santiago

Je fais quelques recherches ce matin sur les compacts que j’ai vus dans les magasins prospectés ces derniers jours et finis par arrêter mon choix – parce qu’il le faut bien – sur le Sony Cybershot DSC RX 100 M2 (ils auraient pu lui donner un nom un peu plus sexy !) à 400 000 pesos chiliens, soit près de 530€ tout de même. Ce compact « expert » récolte de bons avis sur la toile ; j’espère que je ne serai pas déçu…

Je retourne donc une troisième fois au centre commercial Parque Arauco en milieu de journée. Le chemin, je commence à le connaître à force… La conseillère avec qui j’avais échangé hier à propos du compact n’est pas encore là. Je profite de ce temps mort pour aller acheter une pochette de protection pour ma tablette (13€) puis retourne chez Sony. Pas de chance… le modèle n’est plus en stock ! Je suis maudit.

Heureusement, un autre exemplaire est présent en vitrine. Il n’aurait soi-disant été placé en exposition que depuis trois jours. La vendeuse me propose de prendre celui-ci. Je lui demande une ristourne que refuse son chef. Il m’informe toutefois d’un bon plan : demander une carte touristique à l’accueil du centre commercial pour pouvoir bénéficier d’une réduction de 10% sur l’appareil photo (40 000 pesos soit près de 50€, ce n’est pas rien). Je m’empresse d’aller chercher la fameuse carte puis reviens procéder à l’achat de l’appareil. Je l’accompagne d’une seconde batterie – dont je ne regretterai pas du tout l’achat – et d’une carte mémoire de 16 Go pour un total de 403 000 pesos chiliens. Il ne me reste plus qu’à acheter un étui de protection pour mon nouveau joujou puis prendre la direction du retour. Il est 15h lorsque je quitte le centre commercial. J’espère ne plus jamais avoir à y remettre les pieds !

A mon retour à l’auberge, je subis une nouvelle déconvenue : le câble d’alimentation n’est plus dans la boîte. J’avais pourtant vérifié son contenu avec la vendeuse au comptoir du magasin ! Deux possibilités : soit je l’ai perdu, soit je l’ai oublié sur le comptoir. Je suis décidément « à côté de mes pompes » ces temps-ci… Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol ! N’ayant absolument aucune envie de retourner au centre commercial, je décide de dégoter le câble en centre-ville. J’en trouve un pour 5000 CLP dans un magasin spécialisé en informatique.

Mais, en rentrant une nouvelle fois à l’hostal, je me rends compte d’un nouveau problème : le chargeur ne peut pas être branché directement au secteur ; il me faut un adaptateur (objet que je n’ai pas encore racheté). Je ressors donc une énième fois et trouve le truc en question dans un petit magasin spécialisé en matériel électrique. J’effectue les branchements dès mon retour. Ouf, ça fonctionne ! Quel stress accumulé tout au long de la journée !

18h passé : J’enfile ma tenue de sport pour aller me dégourdir les jambes en ville et évacuer toute cette tension. Je découvre en courant un bel endroit au nord de l’auberge : le Parc métropolitain de Santiago, situé sur le Cerro San Cristóbal. La vue sur la capitale depuis le sommet est imprenable. Je n’imaginais pas Santiago aussi gigantesque et peuplée d’autant de gratte-ciels. Le temps est doux et ensoleillé, délicieusement printanier. C’est un bonheur de courir dans ces conditions, pour peu que l’on fasse abstraction du trafic routier ou de la nappe de pollution grisâtre qui plane au-dessus de la ville… Ah, les joies de l’urbanisation outrancière et des sur-concentrations humaines !

Santiago du Chili, vue depuis le Cerro San Cristóbal

Santiago du Chili, vue depuis le Cerro San Cristóbal
Source : D. Alpern ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

Je réussis à courir une bonne heure en tout, avec des pauses en marche rapide pour gravir la colline. Je me régale à monter-descendre en trottinant, et à plusieurs reprises, les escaliers menant à l’imposante statue de la Vierge (14 m de haut) qui trône au sommet. Cette séance sportive me fait un bien fou ! Mon moral remonte en flèche et je positive de nouveau. Ayant fini de reconstituer – tant bien que mal et du mieux que je le pouvais – mon équipement, j’ai ce soir l’impression de pouvoir me concentrer de nouveau sur mon voyage et être plus réceptif à ce qu’il y a autour de moi…

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Vierge trônant au sommet du Cerro San Cristóbal
Source : McKay Savage ; Wikipedia 2015 [licence CC BY 2.0]

Il fait presque nuit lorsque je rejoins l’auberge. Je rejoins la salle-à-manger juste après ma douche car un dîner gratuit y est organisé. Nous avons droit à une belle assiette de pâtes accompagnée d’un verre de vin. Plutôt cool ! Je discute un moment avec Yanna, une allemande, et Livia, une brésilienne toute mignonne, avant de remonter me coucher. La journée se termine mieux qu’elle n’a commencé.

2 octobre 2014, Santiago

[Mes photos reviennent enfin à compter de ce jour ! :-) ]

Je me lève tôt ce matin pour me rendre à Valparaíso, une ville portuaire très colorée située au nord-ouest de Santiago. Influencé par le film Diarios de Motocicleta – dans lequel le jeune Ernesto Guevara (le futur Ché) et son ami Alberto Granado font un bref passage dans la ville – j’avais prévu d’y faire étape depuis le début de mon voyage. Avec tout ce temps gâché à « faire les magasins », je n’aurai qu’un petit jour pour découvrir cette jolie ville réputée parmi les voyageurs… Dommage, mais c’est déjà ça.

Je prends mon petit déjeuner à 7h30 tapantes, heure d’ouverture du service. Œufs brouillés, céréales trempés dans du lait, tartines beurrées à la confiture, café… Ce n’est pas un petit déj’ de luxe mais ça nourrit son homme. Je quitte l’auberge peu avant 8h pour m’engouffrer dans les tunnels du métro et rejoindre la gare routière (Pajaritos).

Pas de temps mort : je grimpe dans un bus en partance pour Valparaíso dès mon arrivée au terminal. L’aller me coûte 6000 pesos (près de 8€). C’est cher mais ça ne m’étonne plus ici. Le temps est au brouillard ce matin, frais, avec un petit air automnal. Pas terrible pour profiter de la riche palette valparaisienne… La météo sera peut-être plus clémente là-bas, qui sait ?

10 h : Je débarque après une bonne heure et demie de route au terminal de Valparaíso. Pas de brouillard mais un ciel tout gris et bien bas. L’air est frais ici aussi ; je supporte la veste coupe-vent par-dessus ma polaire. Premières impressions : la ville est plus étendue que ce à quoi je m’attendais, s’étirant sur des kilomètres le long de la côte pacifique et grimpant sans pitié jusqu’au sommet des fameux cerros, ces collines aux maisons multicolores qui font toute la réputation de Valparaíso. C’est une ville portuaire d’importance visiblement – j’apprendrai un peu plus tard que c’est en fait le premier port du pays – dotée d’un vaste dock où d’énormes cargos viennent vider et recharger leur marchandise.

Je tombe sur un marché de produits frais peu après ma sortie du terminal et en profite pour me prendre un demi-kilo de fraises dont je me délecte en chemin. C’est un bonheur de manger des fruits frais. Ça change de Santiago où je n’ai pas trouvé grand-chose de bon à manger. Un euphémisme… Les santiaguinos raffolent à l’évidence des hot-dogs, burgers dégueu et autres cochonneries en tous genres, tant et si bien que cette malbouffe semble être la norme un peu partout dans les artères du centre-ville.

Aujourd’hui est un jour spécial car, outre le fait d’être mon dernier jour sur le continent sud-américain, je retrouve la joie de pouvoir prendre des photos. Mon nouvel appareil photo m’a tout l’air d’être un bon compact mais il ne remplace pas mon reflex, loin de là. Le petit zoom intégré me frustre rapidement. Mon objectif 18-105 mm va beaucoup me manquer… Tout comme le fait de ne pas avoir de viseur et de devoir allumer systématiquement l’appareil pour pouvoir cadrer, ce qui oblige à consommer de la batterie à chaque fois. La dynamique tonale ne me semble par ailleurs pas géniale et il est difficile d’apprécier les contrastes et tonalités dans certaines conditions de lumière (encore une fois l’absence d’un viseur fait cruellement défaut).

Je me balade dans les petites rues de Valparaiso au gré de mes envies. Ça monte, ça descend. J’emprunte de longs escaliers très pentus longeant de vieux funiculaires parfois hors d’usage : les fameux funiculaires de Valparaíso. On ne m’a pas menti ; c’est vraiment une cité à la fois jolie et très originale. Il semble que toutes les couleurs de la palette de l’artiste sont représentées au moins une fois dans cette ville ! Les murs arborent très souvent des graffiti divers et variés s’apparentant parfois à de véritables œuvres d’art. Le blanc laiteux du ciel adoucit les couleurs, leur conférant une belle tonalité pastel, tout en enveloppant la ville d’une certaine morosité. Il y a peu de monde dans les rues et les touristes se comptent presque sur les doigts de la main (ce qui n’est pas pour me déplaire).

Je déniche, dans une petite boutique du centre-ville, une carte de l’Île de Pâques qui me sera bien utile pour arpenter ce petit bout du monde qu’il me tarde tant de découvrir.

Une riche palette de couleurs ; Valparaíso

Une riche palette de couleurs
Valparaíso

Une bâtisse très originale : le musée d'art moderne Baburizza ; Valparaíso

Une bâtisse très originale : le musée d’art moderne Baburizza
Valparaíso

L'heure de l'enfouissement des lignes n'a pas encore sonné ; Valparaíso

L’heure de l’enfouissement des lignes n’a pas encore sonné !
Valparaíso

Graffiti couvrant un pan de mur entier ; Valparaíso

Graffiti couvrant un pan de mur entier
Valparaíso

Escalier flanquant l'un des nombreux funiculaires de la ville ; Valparaíso

Escalier flanquant l’un des nombreux funiculaires de la ville
Valparaíso

Les chats du Kafe ; Valparaíso

Les chats du Kafe
Valparaíso

Malgré le cachet général de la ville, certains recoins restent particulièrement sales et délabrées. De vieux immeubles aux façades sombres et délavées font vraiment grise mine dans le paysage urbain, dénotant une certaine pauvreté. Mais délabrement a parfois son charme…

Des immeubles qui ternissent un peu le tableau ; Valparaíso

Des immeubles délabrés ternissant un peu le tableau…
Valparaíso

Deçà delà, des atmosphères pseudo-tropicales ; Valparaíso

Deçà delà, des atmosphères pseudo-tropicales…
Valparaíso

J’ai beau avoir la possibilité de prendre des photos, les limites de mon nouvel appareil, conjuguées peut-être à la mélancolie du ciel, ont raison de ma bonne humeur matinale. Je replonge progressivement dans les mauvaises pensées. J’ai vraiment du mal à positiver depuis mon vol.  J’ai beau me répéter que ça pourrait être pire, j’ai vraiment perdu gros dans cette affaire ! Ce voyage était pour moi une véritable expérience « photo » et la voilà gâchée à cause d’une combinaison de malchance et de manque de discernement… Enfin, c’est comme ça, je me résous à verser dans le fatalisme et à me dire que c’est arrivé parce que ça devait arriver…

13h : Je me pose dans un restaurant du centre-ville, me laissant convaincre par un rabatteur… Mauvais choix : le repas (ceviche, merlu, purée) est vraiment médiocre. Je me sens particulièrement seul aujourd’hui. Naturellement, tout le monde autour de moi est accompagné. Je pars peu après la fin du repas, sans laisser de pourboire au serveur qui me mendigotait pourtant un petit bonus (qui se mérite…).

J’avais initialement prévu de rester à Valparaíso jusqu’en fin d’après-midi mais j’ai envie de rentrer à l’auberge. J’ai en effet l’impression d’avoir déjà fait le tour de la ville; ce qui est loin d’être le cas… La motivation n’y est plus tout simplement. J’ai le sentiment aujourd’hui d’être à mille lieues de l’entrain que j’avais pendant les trois premiers mois de mon voyage. Zut, zut et re-zut, c’est vraiment trop bête ! Je rejoins donc le terminal et achète un ticket retour (pour seulement 2500 pesos ! Allez comprendre la différence avec l’aller…) pour un départ à 15h.

17h : Je suis de retour à l’auberge. Je ressors rapidement pour faire quelques courses puis réorganise mes deux sacs en prévision d’un départ très matinal demain à 4h pour rejoindre l’aéroport. Je me couche aux environs de 21h, après un dîner de pâtes pris à l’auberge et une bonne douche.

Demain, si tout va bien, je m’envolerai enfin pour l’Île de Pâques ! J’ai réservé les services d’un taxi partagé via la réception de l’hôtel pour assurer mon transport jusqu’à l’aéroport. J’espère que tout se passera comme prévu…

Buenos Aires… ou le revers de fortune

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo – voir l’histoire ci-dessous -, je ne peux malheureusement illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs). Soyez patient, les photos reviendront très bientôt… 😉

21 septembre 2014, Buenos Aires

9h30 : Le bus commence à entrer dans Buenos Aires, une mégapole totalisant pas moins de 13 millions d’habitants – soit un peu plus que l’agglomération parisienne – dispersés sur plus de 2000 km² ! Il ne lui faudra pas moins d’une heure, sans embouteillage notable, pour rejoindre le terminal, niché au cœur de la cité ! J’éprouve dès l’entrée de la ville une légère appréhension à devoir bientôt quitter le confort et la sécurité du bus…

10h30 : Le bus atteint son terminus (gare routière de Retiro), situé non loin de la zone portuaire. Il n’a qu’une demi-heure de retard par rapport à l’horaire annoncé à Salta. Rien de bien méchant après un trajet de 17h… J’ai pour une fois plutôt bien dormi dans le bus, siège cama aidant ! Je me remets rapidement en mode « mule » chargé de mes deux sacs puis me rends au point Info de l’immense gare routière. J’en ressors avec une carte détaillée de la ville, annotée des endroits à voir absolument pendant mon séjour et de ceux à éviter car mal famés.

La ville, à perte de vue ; Buenos Aires

Buenos Aires, à perte de vue…
Source : Wikipedia, 2013 [Creative Commons CC BY 2.0]

J’achète ensuite un ticket de bus pour Mendoza, ma prochaine étape (bus cama, 815 pesos), me disant qu’il serait bête de devoir revenir au terminal pour réserver ce trajet. Le départ est pour mercredi prochain à 20h. Me voilà donc avec un peu plus de 3 jours devant moi pour découvrir les charmes de cette ville dont j’ai entendu beaucoup de bien ; on l’appelle d’ailleurs « la París de Sudamérica » (la Paris d’Amérique du Sud) ! J’ai prévu d’y retrouver Diana, l’allemande très sympa que j’avais rencontrée à Huaraz au Pérou, ainsi que Nam et Teresa, dont j’ai fait la connaissance tout récemment à Puerto Iguazú. Mon séjour s’annonce donc plutôt bien !

11h30 : Je quitte le terminal et prends, après quelques tâtonnements, la direction du centre-ville. J’ai sélectionné quelques hostals à l’aide de mon guide. Le secteur où ils se trouvent me semble suffisamment proche pour que je m’y rende à pied. Pas facile de se repérer lorsqu’on débarque dans une nouvelle ville de cette taille ; même avec la carte, je galère un moment avant de savoir où je me trouve exactement sur le papier et quelle direction prendre. Je longe un joli parc – El Parque Retiro – planté de grands arbres aux branches tortueuses et élancées tranchant superbement sur le fond de gratte-ciels. Un vrai tableau d’artiste. Un figuier gigantesque trône également dans le parc. Je me dis qu’il faudra que je revienne me balader dans le coin pour photographier cet endroit…

J’emprunte ensuite la rue Maípu, qui file tout droit vers la poignée d’auberges que j’ai présélectionnées. Cette ligne droite est une aubaine ; pas besoin de sortir la carte à tout bout de champ ! Les rues de la ville sont étrangement vides. Bizarre… Ah mais non, j’avais oublié, c’est dimanche aujourd’hui ! Je reste malgré tout étonné de voir si peu d’agitation dans une si grande ville, avec cette météo (il fait un temps magnifique)… Les sacs pèsent lourds sur mes épaules mais j’avance d’un bon pas, tout en commençant à m’imprégner de cette ville et à l’apprécier.

Après une petite demi-heure de cette randonnée urbaine, je finis par tomber sur la rue de la première auberge sur ma liste : la rue Hipólito Yrigoyen. Je suis à une dizaine de mètres de la porte de l’auberge quand soudain, je sens de grosses gouttes d’une consistance bizarre tomber sur ma tête. Je me passe la main dans les cheveux : mais qu’est-ce que c’est que ce truc gris-brun qui ressemble un peu à de la boue ? Quelqu’un qui vient-il de jeter quelque chose par la fenêtre sans se soucier de savoir s’il y avait un passant en-dessous ?

Une femme, qui marchait à bonne distance derrière moi, se met soudain à pointer du doigt un balcon en me disant qu’elle a vu le coupable : un pigeon. « ¡Que asco, que asco! » me répète-t-elle (C’est dégoûtant, c’est dégoûtant !). Un pigeon qui se soulage juste au-dessus de moi : plutôt comique pour un début à Buenos Aires…

Cette femme – une argentine lambda d’une quarantaine d’années – propose très rapidement de m’aider à me nettoyer en sortant de son sac à main une petite bouteille d’eau et du papier toilette. La porte de l’auberge est à dix mètres. Je ne vais quand même pas arriver couvert de fientes à la réception ; ce ne serait pas terrible… Je décide donc de défaire mes deux sacs et découvre l’ampleur des dégâts : mes cheveux, mes épaules, mon sursac et les jambes de mon pantalon sont couverts de « fientes ». Il ne m’a pas loupé ce sagouin de pigeon !

La bonne samaritaine m’aide à essuyer le gros des fientes tandis qu’un homme, situé de l’autre côté de la rue, à 15-20 mètres de nous, entre à son tour en scène. Il pointe le balcon en répétant : « ¡Mira, la paloma, la paloma! » (Regarde, le pigeon, le pigeon !). Il se trouve juste à côté de fourgonnettes ; ça doit être un déménageur ou un livreur j’imagine. Tout va très vite et je n’ai pas le temps d’analyser la scène dans les moindres détails.

J’essuie mes cheveux, mes épaules, mon sursac (heureusement étanche) et le derrière de mon pantalon avec le papier toilette imbibé d’eau tout en plaisantant de cette « anecdote » avec la femme. J’en oublie, en l’espace de quelques secondes, l’essentiel : mon petit sac, posé à côté de moi sur le trottoir.

Soudain, je me retourne et – vision d’horreur – mon petit sac s’est volatilisé. Je me rends compte immédiatement que je viens de me faire piéger et que tout cela n’était qu’un tour pour me distraire et me subtiliser mes affaires. Mon monde s’effondre. Je crie – non je vocifère – « Mon sac ! » (étonnant comme le français prend le dessus dans ce genre de situation à haut stress) à l’homme qui pointait le pigeon du doigt. Il fait comme si il n’avait rien vu en agitant les bras et commence à quitter la scène, sans vraiment se presser. La femme, elle, s’éloigne d’un bon pas mais sans se carapater non plus. Quant à celui ou celle qui s’est emparé de mon sac pendant que j’avais le dos tourné, je ne l’ai tout bonnement jamais vu !

Je me rendrai compte a posteriori qu’ils avaient parfaitement choisi l’endroit où orchestrer ce coup monté : plusieurs camionnettes étaient garées l’une derrière l’autre, de l’autre côté de la rue – une rue étroite et peu fréquentée (il n’y avait que nous à ce moment-là donc pas de témoin oculaire) -, et un parking souterrain se trouvait à seulement quelques pas… Une configuration idéale pour disparaître sans laisser de trace.

Courir après l’homme ou la femme, j’y ai pensé – j’en ai rêvé – mais impossible car j’avais toujours avec moi l’autre sac, le plus encombrant… Et ces voleurs n’attendaient probablement que ça : me voir prendre en chasse l’un d’entre eux pour ensuite voler l’autre sac que j’aurais dû abandonner pour cette course poursuite… Certes il était moins « vital » pour moi que le petit sac mais le risque de perdre les deux en cherchant à récupérer l’un d’entre eux était trop grand. Si j’en avais eu la possibilité (dans l’hypothèse où j’étais accompagné), c’est cette femme que j’aurais cherché à rattraper et à étriper. C’est elle à qui j’ai fait confiance et qui m’a dupé. Je l’ai étranglé plusieurs fois après ça… dans mes rêves.

Tout se déroule en quelques secondes, de l’instant où je me rends compte que mon sac s’est volatilisé au moment où tout le monde a quitté la scène. Et moi, je me retrouve seul au milieu de la rue, effondré. Quelle malchance j’ai eue, quel idiot j’ai été ! Je me mets à fulminer contre ces rats des villes, vraiment doués pour piéger les petits touristes solitaires et vulnérables en vadrouille loin de chez eux…

Je viens de perdre ce que j’avais de plus précieux : mon matériel photo (reflex et ses deux objectifs, étui, cartes mémoires, etc.), mon ordinateur (et tout ce qu’il contenait dont plusieurs logiciels nécessaires au développement de mes photos et à l’édition des articles pour mon blog) et 15 jours de photos (dont le fabuleux Salar de Uyuni, la somptueuse Quebrada de Humahuaca et surtout les incroyables Chutes d’Iguazú). La pilule est vraiment dure à avaler !

C’est sans compter bien d’autres choses utiles : mon sac à dos (un sac The North Face vraiment au top), une carte de crédit, ma carte d’identité, mes deux permis de conduire, mon carnet de santé international, deux clés USB (l’une contenant toutes mes musiques et l’autre tous mes papiers ainsi que mon dossier « blog »), ma lampe frontale Petzl, mes deux paires de lunettes de soleil (une paire normale et une paire à ma vue), mon téléphone portable (des plus basiques heureusement), mon guide Footprint couvrant toute l’Amérique du Sud (un précieux compagnon depuis le début de mon voyage), mon porte-monnaie (heureusement peu fourni ce jour-là ; il ne contenait que quelques centaines de pesos) et d’autres petites choses de moindre importance mais bien pratiques (et parfois difficiles à remplacer tel que mon Opinel ou – c’est bête à dire mais – tout simplement mes boules Quies…).

Je m’en veux de ne pas avoir gardé sur moi la carte mémoire des photos « en cours ». J’avais pourtant établi une procédure à suivre avant mon départ : toujours retirer la carte mémoire de l’appareil lors des transits pour la cacher sur moi, quand je n’ai pas d’autre choix que de trimbaler toutes mes affaires et suis le plus vulnérable à une attaque. Ça m’apprendra à m’être relâché, à avoir abaissé mon niveau de vigilance et surtout à ne pas avoir respecté le protocole que j’avais mis en place !

Certaines de mes mesures ont été efficaces cependant car j’ai toujours avec moi mon passeport, une carte de crédit, la plupart de mon argent liquide (près de 3000 pesos), la carte mémoire de mes deux premiers mois et demi de voyage et mes numéros d’urgence… Ils étaient tous cachés sur moi : dans un petit étui porté autour du cou (sous le t-shirt) et dans mes poches secrètes (deux poches cousues à l’intérieur du pantalon et une ceinture zip « ni vu ni connu »). Mon protocole sécurité n’a pas failli complètement !

Outre le fait d’avoir fait confiance à cette femme, la grosse erreur que j’ai commise a été de poser mon petit sac à terre et ne l’oublier quelques secondes. Je m’étais juré d’en prendre soin comme à la prunelle de mes yeux mais, comme avec un enfant, quelques secondes d’inattention et ça peut tourner au drame. On a beau avoir entendu parler de ces « trucs » de voleurs maintes et maintes fois, on finit par se faire avoir quand même… Me voilà vacciné de ce tour en tout cas ! Me voilà aussi plus aigre face à l’acte de vol et aux voleurs de manière générale.

Plutôt comique quand j’y repense après coup : c’est moi le pigeon dans l’histoire !

Je sonne à la porte de l’hostal. On m’ouvre. Je suis dans tous mes états ; je fulmine. J’explique à la réceptionniste ce qui vient de se passer en parlant tout noir des voleurs. Je suis hors de moi mais réussis tout de même à me calmer au bout de quelques temps car s’énerver ne servira à rien et surtout il faut que j’agisse vite.

Je demande à la réceptionniste de veiller sur mon gros sac (désormais devenu plus précieux…) et lui demande la direction du commissariat de Police le plus proche. Elle me dit que deux policiers sont postés à deux rues de là. Je cours – littéralement – à leur rencontre. Ils montrent peu d’intérêt pour mon cas, à l’évidence blasés de voir un énième touriste s’être fait bêtement avoir et sachant pertinemment que les voleurs sont déjà loin et qu’il n’y a plus rien à faire… Ils me disent d’aller au commissariat du quartier où s’est produit le vol, situé sept rues « plus bas » (vers le sud). Sept rues ?! Pfffff, c’est pas vrai… Je me mets à courir dans la rue pour ne pas perdre une minute car je dois faire opposition sur ma carte de crédit au plus vite.

Je trouve sans trop de mal le commissariat. Je suis reçu par une fille peu aimable, elle aussi du genre blasé, ne faisant preuve d’aucune empathie. Impossible, me dit-elle d’appeler la France depuis le commissariat… La plainte attendra ; je ressors en vitesse pour trouver un téléphone. Mission difficile aujourd’hui car nous sommes dimanche et les endroits ouverts sont rares. Je trouve un « locutorio » (bureau de tabac équipé de cabines téléphoniques) ouvert mais je ne parviens pas à joindre le numéro pour faire opposition.

Je quitte le locutorio puis tourne et vire un petit moment pour trouver une autre cabine. Rien. Je finis par entrer dans un hostal pour demander à pouvoir appeler la France moyennant paiement en expliquant brièvement ce qui s’est passé. La réceptionniste, très compréhensive, accepte sans rechigner. Je réussis à joindre le numéro et à faire opposition. Gros soulagement. La fille de l’accueil ne me fait même pas payer l’appel. Il y a des gens vraiment sympas tout de même !

Légèrement rasséréné, je retourne au commissariat pour déposer plainte. Un jeune couple d’américains vient de se faire braquer par un voleur muni d’une arme à feu, en voulant retirer de l’argent à un distributeur non loin de là ! Décidément, Buenos Aires n’a pas l’air d’être une ville très sûre… La jeune fille, très choquée, est dans tous ses états. Ils ne maîtrisent à l’évidence pas bien l’espagnol et la communication est difficile avec les gens du commissariat. Je propose mon aide à ces derniers mais ils refusent. Décidément peu aimables… Ils feront finalement appel à un traducteur.

Ma plainte en main, je rejoins l’hostal Portal del Sur où j’ai laissé mon gros sac et, n’ayant plus vraiment le choix, décide d’y rester. Après ce que je viens de vivre, difficile de repartir à la recherche de la meilleure auberge… La nuit en dortoir est à 130 pesos. Je demande une faveur à la réceptionniste : j’aimerais être dans un dortoir vide pour enfin pouvoir me poser et parce que je n’ai envie de voir personne.

On me conduit dans une petite chambre à quatre lits superposés au deuxième étage de l’établissement qui en compte cinq ! Je n’aime pas beaucoup l’endroit (trop grand et « peuplé ») et encore moins la chambre, sombre et bruyante. Elle donne sur le patio accueillant une sorte de petit salon où discutent quelques voyageurs. Je pose mes affaires en leur disant tout haut – « Heureusement que je vous ai encore, vous… » – puis file prendre une douche pour évacuer autant la sueur que l’énorme stress occasionné par ce vol.

Une fois rafraîchi, je ressors rapidement pour retourner au terminal (à une bonne demi-heure de marche) et voir si la compagnie de bus accepterait de réémettre un ticket pour la place que j’ai réservée juste avant la catastrophe. Aucun problème. Je suis soulagé, le voyage en bus vers Mendoza coûtant tout de même près de 80€. Ça m’aurait vraiment fait mal de devoir débourser cette somme une seconde fois !

Je rentre ensuite à l’hostal pour aller sur Internet et envoyer un message à la maison pour les avertir de ce qui vient de se passer. Aïe aïe aïe, la disparition de mon ordinateur et d’une connexion wifi va être dure à encaisser… Les ordinateurs de l’auberge sont en mauvais état ; les claviers – forcément en espagnol – aux touches presque effacées fonctionnent au petit bonheur la chance. C’est une horreur pour écrire un message ! Je fulmine. Tout ça me déprime profondément.

Une belle surprise fait cependant irruption dans mon brouhaha mental : Nam et Teresa me rendent visite par surprise ! Ça fait du bien de les voir ! Je leur explique ce qui vient de m’arriver. J’envie leur « insouciance »; j’aimerais pouvoir profiter comme eux de la découverte de cette jolie capitale qu’est Buenos Aires. Nous passons une petite demi-heure à la terrasse de l’auberge à partager un maté (infusion traditionnelle très consommée ici), face au paysage urbain, avant de sortir pour dîner. Même si leur compagnie m’apporte du réconfort, j’ai le moral dans les chaussettes. Nam insiste pour me payer le dîner. Franchement sympa ce Nam !

22h : Nam et Teresa me raccompagnent tous deux devant mon auberge. Nous nous reverrons plus tard. Je me mets rapidement au lit mais le sommeil est long à venir. L’étage est vraiment bruyant et les rideaux peinent à retenir la lumière du patio qui s’infiltre insidieusement dans ma chambre. Ainsi s’achève la pire journée depuis le début de mon aventure…

22 septembre 2014, Buenos Aires

6h : Je me lève aux aurores ce matin. J’ai mal dormi, hanté par la scène du vol et la perte de mon précieux matériel. J’ai repassé l’événement des dizaines de fois dans ma tête et, à chaque fois, la voleuse passait un sale quart d’heure ! Je profite de cette heure très matinale pour aller sur l’un des deux ordinateurs en libre-service de l’auberge et rédiger quelques mails. Mon ordinateur portable, qui s’est avéré si pratique les trois premiers mois, me manque cruellement.

Je consulte également les commentaires postés sur mon blog suite à la publication de mon article « La Paz et son marché aux sorcières » (que j’avais édité à Puerto Iguazú). Dire que ce sera probablement le dernier ! Car sans mon ordi et mon reflex, il m’est désormais impossible de poursuivre sur ma lancée et proposer un contenu de qualité. Je préfère laisser tomber ce « bébé » et me recentrer sur mon voyage plutôt que de perdre un temps précieux à faire quelque chose de médiocre (difficultés à écrire en passant d’un ordinateur à l’autre et surtout avec un clavier qui n’est pas en français, connexions lentes, etc.).

 

8h : Le petit déjeuner commence tout juste à être servi au cinquième étage de l’auberge, bien trop grande et impersonnelle à mon goût. C’est médiocre, du vite-fait. C’est décidé, je quitte les lieux ce matin ! Ça m’évitera aussi de devoir repasser fréquemment dans la rue où je me suis fait volé hier, souvenir encore trop frais et douloureux.

Je plie donc rapidement bagages – le peu qu’il me reste – pour migrer vers l’hostal où Nam a pris résidence depuis son arrivée en ville (et que j’ai visité brièvement hier) : l’hostal Rayuela, situé trois rues plus au sud. L’endroit, sans être exceptionnel, me convient davantage. Je serai dans un dortoir de six, presque vide à l’heure de mon arrivée.

J’y dépose mes affaires puis en ressors pour commencer à remplacer une partie des choses qui m’ont été volées. Mission difficile lorsqu’on est loin de chez soi, dépourvu du moindre repère, sans ses bonnes adresses. Ici, en centre-ville, il va me falloir chiner, me rendre de boutique en boutique en espérant trouver ce que je cherche…

Muni d’une carte détaillée du cœur de la ville remise par la réception de l’hostal, je me rends dans un premier temps Rue Florida. On y trouverait toutes sortes de magasins apparemment. La priorité pour moi ce matin est de trouver un sac à dos qui puisse tenir la distance pour les 9 mois de voyage qu’il me reste à vivre et voir si je peux dégoter un ordinateur portable bon marché et un nouvel appareil photo (je vais voir pour un reflex dans un premier temps).

Le centre-ville, comme dans toute mégapole digne de ce nom, est un vrai labyrinthe de rues qui se ressemblent et où il est facile de se perdre, même avec l’aide d’une carte. Arrivé à une intersection, où tourner ? Quelle rue prendre ? La carte est une aide précieuse mais ne garantit malheureusement pas toujours d’être dans la bonne direction ! Euh, c’est le nord ou le sud par ici, l’est ou l’ouest par là ? Je demande à plusieurs reprises ma route pour compléter ma lecture de la carte et finis par tomber sur cette fameuse rue Florida. Il y a pas mal de boutiques en effet.

J’en trouve une spécialisée dans les sacs à dos. Ma chance ! La vendeuse, très gentille, me montre divers modèles disposant d’une poche destinée à l’ordinateur portable, un critère de choix important étant donné que j’ai dans l’idée d’acheter un nouvel ordi. Les prix sont élevés. Je finis par me décider – ou devrais-je dire me résigner – à prendre un sac d’une marque que je ne connais pas en promotion pour la somme de 399 pesos (soit près de 40€). L’ardoise commence à se remplir…

Dire que j’avais passé tant de temps à choisir mon sac à dos en comparant les offres sur Internet pour obtenir le meilleur rapport qualité/prix ! Ce sac The North Face, je l’adorais. Il était vraiment de très bonne facture, ergonomique et des plus pratiques pour transporter à la fois mon ordinateur portable et mon reflex – dans son étui avec ses deux objectifs ! -, sans encombrement majeur. Ce sac de remplacement fait vraiment pâle figure en comparaison. Je doute qu’il aille jusqu’au bout mais je n’ai pas trop le choix ; il me faut un sac pour accueillir tout ce qu’il me reste à acheter ! « Ah, saletés de voleurs ! ». La pilule est vraiment amère et ne passe pas.

Je poursuis mes emplettes en achetant un petit carnet de notes (dont j’ai besoin pour gérer quotidiennement mon budget), un stylo, un cadenas à clés, un porte-monnaie et un étui pour mes lunettes de vue, que je portais heureusement sur le nez au moment du vol.

Calle Florida, Buenos Aires

Calle Florida
Buenos Aires – Source : Wikipedia, 2013 [Creative Commons CC BY 2.5 ar]

Ces achats mineurs effectués, je me rends, toujours en tâtonnant et en demandant fréquemment ma route, à la Galería Jardín, une galerie commerciale spécialisée dans la vente de matériel informatique concentrant un nombre impressionnant de boutiques. Je me dis que je vais peut-être y trouver mon bonheur.

Je me renseigne auprès de plusieurs boutiques mais les prix sont vraiment très élevés et, surtout, tous les ordinateurs ont un fichu clavier espagnol ! Hors de question que je mette plus de 300€ dans un portable, qui plus est s’il n’est pas doté d’un clavier français ! 300€, c’est le prix maximum que j’avais consenti à mettre dans l’ordinateur portable que l’on m’a volé, justement au cas où je me le fasse chaparder… Un bon choix !

J’apprends que les prix pratiqués en Argentine seraient 20 à 30% plus chers qu’au Chili, ma prochaine destination. Je décide donc de repousser cet achat éventuel, sans grand espoir de trouver un clavier en français ou, en dernier recours, en anglais (toujours pas pratique pour les accents…).

Je dégote dans cette galerie commerciale une clé USB de 8 Go bien pratique pour voyager (très fine et pouvant être attachée à un porte-clés). Elle est chère mais j’en ai absolument besoin pour pouvoir faire imprimer certains documents et avoir sur moi les scans importants, notamment au cas où on piraterait mon compte de messagerie informatique… Encore une fois, envisager le pire !

Dernière chose sur ma liste ce matin : passer dans une boutique Nikon pour me renseigner sur le prix des reflex. 21 000 pesos (près de 2000€) pour un D7000, le successeur du D90 que j’avais acheté avec son zoom standard à un peu plus de 1000€. La différence est énorme ! Là aussi, je verrai ce que donnent les tarifs au Chili. Je commence à me dire qu’il va falloir que j’abandonne l’idée de me racheter un reflex pour me rabattre sur un compact. Un crève-cœur pour moi…

Le moral dans les chaussettes, je retourne à nouveau au terminal pour demander à avancer mon départ. J’aimerais en effet quitter la ville au plus vite pour laisser derrière moi cet événement malheureux et aller de l’avant mais on me refuse le changement. Franchement pas sympa ! Je retourne vers l’hostal dépité, le moral à zéro. Je m’arrête en chemin dans un restaurant self-service bien fourni et bon marché. Je me remplis l’estomac pour seulement 50 pesos.

14h30 : Je suis de retour à l’auberge. J’y passe le reste de l’après-midi à me morfondre une bonne partie du temps. Je réussis tant bien que mal à remettre mon tableau de suivi « Budget » à jour (heureusement sauvegardé sur Google Drive) en m’aidant de mon journal pour retracer les 15 jours qui viennent de s’écouler…

20h30 : Je ressors pour aller dîner en compagnie de Nam et Teresa, accompagnée ce soir de Priscillia, une jeune et jolie française de 25 ans qui vient d’entamer un voyage de 3 mois vers l’Équateur, en sens inverse de ce que je viens de parcourir. Cela nous donne naturellement matière à discuter.

Nous nous rendons dans une ‘parilla’ (qui se traduit par « grill » en français), l’un de ces fameux restaurants argentins où les mets à l’honneur sont les viandes grillées ou ‘asados’. Il paraît que la viande en Argentine est excellente ; je ne demande qu’à tester. Je commande un ‘vacio’ de bœuf (bavette) mais suis déçu par qu’on m’apporte : il y a plus de gras que de viande ! Heureusement, le vin qui l’accompagne est excellent, lui.

Je passe un bon moment avec mes trois compères d’un soir mais me sens néanmoins très fatigué, souvent perdu dans mes pensées, un peu éteint… Je les suis malgré moi dans un bar quelques rues plus loin. – je préférerais à ce moment nettement rentrer mais je ne connais malheureusement pas le chemin du retour et n’ai aucune carte sur moi. Je suis donc dépendant du bon vouloir de Teresa et Nam, mes guides dans le dédale des rues de Buenos Aires ce soir. Des amis de Teresa nous ont rejoints. Je suis vaguement la conversation avec une seule hâte, que ça se termine pour pouvoir rentrer et me coucher. La libération n’arrivera qu’à 1h15…

1h30 du matin: Je suis de retour à l’hostal, soulagé que cette longue journée se termine. Je constate en entrant dans le dortoir que nous ne sommes que deux cette nuit. Tant mieux, ça devrait être calme. Je me glisse rapidement dans mon drap de sac (que je préfère utiliser quand la propreté des draps me semble douteuse) et m’endors sans trop de peine, exténué.

 23 septembre 2014, Buenos Aires

8h00 : Même si j’ai plutôt bien dormi, le réveil est difficile ce matin. Je passe une petite heure sur Internet – les ordinateurs en libre-service sont malheureusement ici aussi des antiquités ! – avant de prendre mon petit-déjeuner à l’hostal (là encore très moyen) puis me rends en ville pour compléter mes achats.

Convaincu par la formule de la veille, je retourne manger au même self de la rue Maípu. Le ciel est à la pluie ce matin et j’essaie de rester au sec en longeant les immeubles. Je passe deux petites heures dans un coin du restaurant à l’abri du mauvais temps pour écrire. Il pleut à verse quand j’en sors. Du coup, je me pose un peu plus loin dans un café pour me remettre à couvert. Je me replonge alors dans mon journal en sirotant un thé…

J’achète sur le chemin du retour une lampe frontale pour remplacer ma précieuse Petzl. Je dépense 100 pesos dans un magasin orienté chasse et pêche pour une babiole dont la fermeture du compartiment de piles cassera à la première ouverture ! Le matériel de qualité que j’avais semble irremplaçable en Argentine…

18h : Je retrouve Diana à l’hostal Portal del Sur, où j’ai passé ma première nuit… et à deux pas duquel je me suis fait volé. Elle a débarqué en ville ce matin. Je lui fais la surprise et la trouve là où Teresa et Nam m’ont surpris avant-hier, dans le recoin alloué aux ordinateurs en libre-service. Retrouvailles. Nous nous étions dit au revoir le 16 juillet dernier à Huaraz, juste avant que je parte pour le trek de Huayhuash, sans assurance de se revoir un jour. Voilà chose faite !

Nous discutons un bon moment tous les deux, installés sur deux fauteuils dans le patio. Ça fait du bien de partager mes mésaventures mais aussi de parler d’autre chose… Voilà déjà 9 mois que Diana est en vadrouille en Amérique du sud [NB. Son voyage durera finalement près d’un an et demi ] ! Dire que je n’en suis qu’à un peu plus de 3 et qu’il m’en reste le triple ! Même si mon vol m’a mis un sacré coup au moral, cette perspective me redonne le sourire et l’envie d’avancer…

20h30 : Nam et moi quittons notre hostal pour passer chercher Priscillia puis Diana, que j’ai invitée à nous rejoindre ce soir. Nous nous posons dans une pizzeria de renom à Buenos Aires (El Cuartito, si mes souvenirs sont exacts). Et quelle pizzeria ! Je crois que je n’ai jamais mangé de pizzas de cette qualité. Je passe un super moment en compagnie de mes trois camarades autour de deux pizzas énormes et délicieuses. Le resto, réparti sur trois étages (!), est bondé. Je comprends tout à fait pourquoi !

Trois heures plus tard, je me mets au lit avec un moral meilleur que celui des derniers jours…

24 septembre 2014, Buenos Aires

Je passe aujourd’hui encore une très mauvaise journée. Je suis fatigué des gens par centaines dans les rues, du bruit, du trafic… Bref, ras-la-casquette de la grande ville ! Ras-le-bol de Buenos Aires !

Je sors ce matin pour retourner au commissariat où j’ai déposé plainte après mon vol pour obtenir un ou deux exemplaires originaux supplémentaires en prévision des papiers que je devrais refaire une fois rentré en France. Je file ensuite au ‘Comisaría del Turista’ (Commissariat du Touriste) pour demander s’il serait possible de traduire ma plainte en français. « Non », me répond-t-on, « Il vous faudra faire appel à un traducteur ». Hors de question que je paie une traduction en plus des frais que me coûtera très certainement la réfection des papiers ! Je traduirai moi-même cette fichue plainte…

Je me charge ensuite d’échanger 40$ contre des pesos argentins auprès d’un « changeur de rue », posté parmi des dizaines dans la rue Florida. Ils piaillent tous « cambio, cambio, cambio » si vite et machinalement que ça en est drôle, pour ne pas dire ridicule. Je suis cette fois-ci beaucoup plus à l’aise pour changer mon argent que je ne l’étais à Salta.

Je porte mon sac à dos devant moi sur le ventre, à la manière d’un certain nombre de passants. Il faut croire que les voleurs – ces rats de la ville – ont rendu les gens plus méfiants ici qu’ailleurs, moi le premier après ce qui m’est arrivé !

J’ai porté une boule au ventre toute la journée ; la pilule passe décidément très mal. Je viens de passer trois jours à Buenos Aires mais n’aurai presque rien vu de la capitale et en aurai encore moins profité. Peu m’importe, elle est associée à ce vol et je n’ai qu’une hâte, en partir ! Mon aversion à vivre dans une grande ville est à son comble. Je me dis à ce moment-là que les hommes ne sont pas faits pour vivre entassés les uns sur les autres et suis convaincu que cette promiscuité les rends systématiquement paranos, dégénérés ou trop sûrs d’eux. Je vois décidément tout en noir aujourd’hui…

Je retourne manger une dernière fois au self de la rue Maípu, peu avant midi, puis me pose à l’hostal sur mon lit (à l’insu de la réception, le check-out ayant été fait ce matin). Je suis profondément déprimé…

16h30 : Je retrouve Diana devant le Portal del Sur. Nous passons un petit moment dans un café assez huppé du centre-ville où des couples dansent le fameux tango argentin. Nous nous disons au revoir une heure plus tard devant le portique du métro. J’ai en effet décidé d’emprunter les transports publics pour me rendre à la gare routière. Je dois poireauter une bonne heure avant de pouvoir grimper dans le bus et m’installer pour la nuit au premier rang à l’étage supérieur…

20h : Le bus part. Adieu Buenos Aires et bon vent ! Je suis soulagé de quitter ce lieu, d’aller enfin de l’avant en reprenant la route. Les kilomètres qui commencent à défiler sont comme un exutoire. J’ai perdu gros lors de cette étape mais l’essentiel est toujours là : l’envie d’aller de l’avant et de découvrir ce que me réserve la suite du voyage !

L’Iguazú et ses chutes de légende

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo (affaire à suivre très, très prochainement) et des photos que j’avais prises les deux semaines qui ont précédé, je ne peux – sauf exception – illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

Puerto Iguazú, 16 septembre 2014

5h du matin : Partis de Salta hier après-midi à 16h, nous atteignons notre première escale après 13h de bus sans avoir fait une seule pause. Nous voilà à Resistencia, ville située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière paraguayenne. Nous changeons de bus et c’est reparti pour 6h de route jusqu’au prochain transbordement !

C’est dans la ville de Posadas, située sur les bords du Río Paraná au pied de l’excroissance argentine qui s’insinue – à l’évidence pour des raisons historiques et non géographiques – entre le Paraguay et le Brésil, que s’opère le dernier changement de bus. Je me retrouve une troisième fois à la même place mais cette fois – à ma grande joie – sans ronfleur à mes côtés. J’ai même les quatre sièges rien que pour moi !

11h : Pas de temps mort, on repart dans la foulée ! Contrairement aux deux précédents, le bus fait des crochets très fréquents pour se rendre aux gares routières des villes traversées. Peu de gens montent ou descendent ; le bus est presque vide. Le paysage se tropicalise à mesure que l’on remonte vers Puerto Iguazú. La végétation luxuriante tranche franchement avec la terre rouge brique qui borde parfois la route et recouvre les chemins. J’ai vraiment hâte d’arriver !

16h30 : Je débarque à Puerto Iguazú avec une petite demi-heure de retard par rapport à l’horaire annoncé. Rien de bien méchant après un voyage aussi long. 24h30 de bus : voilà un voyage à noter dans mes annales ! L’atmosphère au sortir du bus est chaude et humide. Bienvenue en zone tropicale ! Puerto Iguazú est une « petite » ville de 30 000 habitants, ostensiblement tournée vers le tourisme. Ce dernier gravite autour des célébrissimes Chutes d’Iguazú, situées à une vingtaine de kilomètres au Sud-Est, en pleine forêt tropicale. Je me mets en quête de trouver un hébergement dès ma sortie du bus. Je visite dans un premier temps trois hostals situés dans un quartier résidentiel à quelques encablures de la gare routière mais ne suis pas très emballé pour rester dans l’un d’entre eux. Les chambres sont très humides, sentent le renfermé et doivent grouiller de moustiques… La petite « balade » dans la moiteur tropicale le long de rues bordées d’arbres tropicaux me replonge en Guadeloupe.

Je garde ces trois adresses sous le coude et change de secteur. Je visite deux autres hostals, bien plus accueillants, le long de l’Avenue Córdoba, au nord de la gare routière. Mon choix finit par se porter sur l’un d’entre eux : l’hostal Garden Stone, situé à cinq minutes du centre-ville. Je réserve un lit dans un dortoir de six avec climatisation et casiers. Le petit-déjeuner est inclus et à volonté. Nous ne sommes que trois pour l’instant. Un petit jardin tropical sépare les chambres et dortoirs des autres parties communes (cuisine, salle à manger et salon), ouvertes sur la luxuriance du jardin.

En discutant avec le réceptionniste de l’hostal, j’apprends que les conditions météorologiques devraient se dégrader dans les jours qui viennent. Le retour de la pluie est prévu pour jeudi (après-demain)… Vraiment dommage. J’avais dans l’idée de me reposer demain avant de me rendre aux chutes. Si je ne change pas mes plans, je risque fort de me retrouver sous des trombes d’eau (sans possibilité de prendre la moindre photo) voire tout bonnement de ne pas pouvoir visiter les chutes que les autorités pourraient décider de fermer par précaution. C’est donc décidé, je visite les chutes – côté argentin – demain ! Pour m’y rendre, je prendrai le premier bus, à 8h20.

La décision étant prise, je me libère rapidement de mes affaires puis ressors pour me rendre en toute légèreté au centre-ville afin d’y trouver un endroit pour manger. Qu’il est bon de pouvoir sortir en short et en T-shirt le soir sans ressentir le moindre inconfort à cause de la température ! Vive les tropiques ! Après avoir tourné-viré un peu dans les rues du centre-ville, je me pose dans une pizzéria pour dîner. Une adresse à oublier… Ce n’est pas terrible mais ça nourrit son homme. Un jeune garçon vient me quémander de l’argent pendant que je suis en train de manger. Je lui offre une part de ma pizza qu’il accepte volontiers…

De retour à l’hostal, je passe un petit moment sur mon ordinateur avant de m’endormir sans trop de mal, malgré l’excitation de découvrir les chutes demain.

17 septembre 2014, Puerto Iguazú

Je suis debout ce matin à 6h45 pour prendre mon petit-déjeuner dès 7h et pouvoir ainsi partir au plus tôt. Je quitte l’hostal vers 7h30 après avoir acheté à la réception un ticket pour la « Gran Aventura », un circuit en véhicule tout-terrain dans la forêt semi-tropicale suivi d’une remontée du Río Iguazú jusqu’aux chutes. Même si ce n’est pas donné (430 pesos soit un peu moins de 40€), je me dis qu’approcher et découvrir les chutes par la rivière doit vraiment valoir le coût ! Je passe dans un premier temps acheter mon ticket de bus au terminal. L’aller-retour me coûte 80 pesos (environ 7€). La nourriture et l’eau étant bien évidemment hors de prix dans l’enceinte du parc, je me mets ensuite en quête de trouver de quoi boire et manger : une grande bouteille d’eau, quelques bananes (paradoxalement très chères ici) et un paquet de cacahuètes devraient faire l’affaire.

8h20 : Le bus part. Il ne lui faut pas plus d’une petite demi-heure pour rejoindre le site. Voyager en basse saison a du bon : il n’y a pas la moindre queue devant les portiques. Le ticket d’entrée me coûte 215 pesos (près de 20€). Le parc, immense, a des airs de Jurassic Park. Je me rends tout de suite au point Info pour demander une carte et retirer mon ticket pour la Gran Aventura en présentant le « voucher » acheté ce matin auprès de l’hostal. Le prochain départ est à 9h, soit dans seulement quelques minutes.

J’embarque dans un véhicule tout terrain – une sorte de truck-minibus à ciel ouvert – qui emprunte bientôt une piste sinueuse au beau milieu de la forêt tropicale. Jurassic Park me revient à nouveau à l’esprit, et je ne suis pas le seul ! Un T-Rex va-t-il soudainement émerger des fourrés et nous poursuivre sur la piste ? Notre guide alterne les explications sur le milieu naturel en Espagnol puis en Anglais, au rythme lent de notre véhicule. Nous avons la chance de pouvoir observer furtivement quelques jolis oiseaux. L’air est doux, l’ambiance sonore magnifique… J’exulte de plaisir à l’idée de me trouver ici, si près des chutes d’Iguazú, au beau milieu de la « jungle » tropicale.

9h30 : Nous atteignons le terminus de la piste, sur la rive ouest du Río Iguazú. Nous enfilons tous un gilet de sauvetage avant d’embarquer sur un zodiac. L’atmosphère dans le bateau est électrique. Les gens sont surexcités par les émotions fortes qu’ils s’apprêtent à vivre et je ne fais pas exception… Le groupe qui nous suivait nous rejoint dans l’embarcation qui compte à présent une bonne quarantaine de personnes. Le zodiac met les gaz, c’est parti ! Nous remontons à toute vitesse la rivière, un large cours d’eau aux eaux troubles et aux berges jonchées d’énormes rochers que surplombe l’épaisse forêt tropicale. J’ai enlevé mon t-shirt prévision de la douche que je risque de prendre. Malgré un soleil généreux, je frissonne.

Soudain, au détour d’un méandre, après environ 5 kilomètres, elles apparaissent comme par magie. Les voilà enfin, les Chutes d’Iguazú ! Il n’y a pas de mot pour exprimer l’émotion ressentie au moment d’apercevoir cette merveille… Le zodiac se dirige vers l’attraction principale des chutes : la fameuse Garganta del Diablo (Gorge du Diable), un immense gouffre en forme de fer à cheval allongé où se déversent, sur une longueur de plus d’un kilomètre et une hauteur de plus de 80 mètres, des dizaines – si ce ne sont pas des centaines – de chutes d’eau ! Un endroit où Mère Nature exprime avec force et fracas toute sa puissance et sa majesté. Nous approchons très près du Salto de los Tres Mosqueteros (saut des trois mousquetaires) et nous faisons rincer en beauté par le nuage de gouttelettes généré en continu au pied de la chute. Que c’est beau !

La magie de l'eau : El Salto de los Tres Mosqueteros ; Chutes d'Iguazú

La magie de l’eau : El Salto de los Tres Mosqueteros
Chutes d’Iguazú

Je suis subjugué par tant de beauté, tant de puissance ; j’en aurais presque les larmes aux yeux… Les nuages effilés sur fond de ciel bleu et les oiseaux qui virevoltent dans les fumées d’eau émaillent à merveille ce tableau d’artiste [ci-dessus l’unique photo qui a réchappé au vol de mon reflex…]. J’aimerais que le zodiac aille plus en avant dans la Garganta del Diablo mais il fait bientôt demi-tour… pour notre plus grand bien, la gorge pouvant s’avérer très dangereuse. Un accident mortel est d’ailleurs survenu récemment lors d’une virée de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une petite déception : se trouver au cœur de cette débauche d’eau, encerclé par un défilé presque ininterrompu de chutes plus impressionnantes les unes que les autres doit être absolument fabuleux !

Après ce pur moment d’exception, nous changeons de secteur pour approcher le Saut San Martín, une chute d’eau gargantuesque située entre l’île San Martín (à ma grande déception fermée) et un long rideau de chutes en haut desquelles je pourrai visiblement accéder à pied plus tard. Un immense nuage de fines gouttelettes se renouvelle sans cesse au son du tonnerre des éléments. Un spectacle de toute beauté. Le capitaine du zodiac nous conduit au plus près du nuage pour un rinçage lui aussi de toute beauté ! Je suis trempé de la tête aux pieds. Nous rions tous aux éclats et en redemandons. Le deuxième passage finit de me tremper jusqu’aux os. La plupart des passagers se font prendre en photo sur une petite plateforme installée à cet effet à la proue du bateau. Je me passe volontiers de ce « selfie », préférant me concentrer sur le paysage de folie qui m’entoure.

Nous sommes débarqués peu après au pied du sentier inférieur. Je me pose une minute sur un rocher pour essorer mes chaussettes, sécher un peu sous le soleil du matin et renfiler mon T-shirt. Je commence ensuite ma visite à pied en parcourant le sentier inférieur. Jamais je n’ai vu une telle débauche d’eau ! Le nombre de chutes est tout bonnement ahurissant ! Je suis émerveillé, tout simplement émerveillé. Je multiplie les prises de vue avec des cadrages souvent identiques pour être sûr de capturer la « bonne photo », sans bougé et avec la meilleure combinaison oiseaux / filés d’eau possible car ces deux éléments évoluent en permanence. Comme à Machu Picchu, la grande majorité des gens ne font que se tirer le portrait et, comme à Machu Picchu, ça finit rapidement par m’agacer… Observez le paysage au lieu de vous regarder le nombril ! J’accède à un belvédère au pied du Saut Bossetti, un superbe rideau d’eau très régulier s’écoulant sur une belle hauteur. Mon reflex ne reste pas sec bien longtemps et je suis obligé d’essuyer l’objectif très souvent, pour ne pas dire après chaque prise de vue.

Chutes d'Iguazu, côté argentin

Chutes d’Iguazu, côté argentin (à droite : le Saut Bossetti)
Source : Chensiyuan, Wikipedia 2010 – GNU Free Licence

Je poursuis en empruntant plusieurs escaliers et passerelles pour accéder au niveau supérieur. Je me fais surprendre en chemin par un groupe de coatis à queue annelée, de petits mammifères omnivores de la taille d’un gros chat présentant, comme leur nom l’indique, un long appendice caudal annelé. Ils me rappellent vaguement la mangouste. Munis d’un long museau, ils sont dotés un odorat ultra-développé. Des panneaux mettent en garde les visiteurs contre ces adorables bestioles car elles présentent un comportement chapardeur et agressif. Ma banane à la main ne leur échappe pas en effet. Les voyant très vite humer l’air et commencer à trotter dans ma direction, je mets les voiles ! Un peu plus loin, c’est un petit singe – forcément adorable – qui s’approche de moi en fixant ma banane. Je me dépêche de l’engloutir tout en lui disant « ¡No tengo nada para ti chiquito! » (Je n’ai rien pour toi mon petit !). Désintéressé, il s’empresse de retrouver sa bande. Vraiment mignonnes ces petites bêtes, tellement proches de nous autres les humains…

J’atteins bientôt le niveau supérieur et son réseau de passerelles qui permettent de longer le haut des chutes en direction du Salto San Martín. Les sentiers sont tous balisés et bordés de glissières pour éviter à la fois les accidents et les errances dans le milieu naturel fragile. Le Río Iguazú, avant de faire le grand saut, effectue un impressionnant volte-face en dessinant un méandre en épingle à cheveux. De petites îles effilées ponctuent la largeur de ce cours d’eau aux allures de fleuve, en formant une sorte de peigne irrégulier en amont des chutes. La rivière, qui avant de plonger dépasse allègrement 1 kilomètre de largeur par endroit, est réduite à un mince filet d’à peine 200 m à l’aval des chutes.

Vue aérienne des chutes d'Iguazú

Vue aérienne des chutes d’Iguazú
Réalisation : N. Pettini, 2015

Des ponts ont été construits le long des passerelles pour passer d’île en île. Les structures ont l’air vraiment solides… et pourtant, certaines n’ont pas résisté à la dernière crue historique du Rio Iguazú. En juin 2014, la montée des eaux, qui a atteint des sommets (46 000 m3 par seconde soit 30 fois plus que le débit moyen de la rivière), a en effet détruit la passerelle d’accès au belvédère de la Garganta del Diablo ainsi que les plateformes d’observation elles-mêmes. C’est vraiment dommage car ce promontoire au-dessus du gouffre, l’attraction réputée comme étant la plus sensationnelle du côté argentin, avait de quoi faire rêver… Pour rajouter à la frustration, l’île San Martín est elle aussi inaccessible, probablement aussi à cause de cette crue centennale. Une excellente raison de revenir un jour quand tout sera – espérons-le – de nouveau ouvert !

Le panorama qui s’offre à la vue depuis le terminus du sentier supérieur est absolument splendide. Je suis notamment captivé par la vue plongeante sur le Salto San Martín et le gigantesque rocher flanquant le saut sur l’un de ses côtés. Un cadrage « parfait » attire mon attention. Je veux absolument obtenir l’effet de filé qui sied si bien aux photos de cascades. Un trépied m’aurait grandement facilité la tâche. Je dois cependant composer sans ce précieux support en cherchant le meilleur compromis sensibilité/vitesse/ouverture tout en m’efforçant de trembler le moins possible. Je prends un grand nombre de photos en rafale pour obtenir la meilleure combinaison filé / oiseaux / embruns possible. J’ai ma photo : deux oiseaux côte à côte en train de remonter la chute qui explose en un milliard de gouttelettes tel un feu d’artifice… [Un cliché qui, à mon grand regret, ne restera gravé que dans ma mémoire…]. Malgré cette frénésie photographique, je m’efforce d’oublier de temps en temps mon appareil photo pour m’imprégner de ces visions incroyables, d’une rare beauté, en faisant abstraction de l’agitation qui règne autour de moi…

Repu du spectacle (pour un temps) et un tantinet lassé par la foule et les gens qui se tirent interminablement le portrait, je redescends au niveau inférieur pour me rendre sur le sentier Macuco. J’ai besoin de faire une pause et de m’extraire un moment pour revenir « rafraîchi » auprès des chutes. Il me faut marcher un petit quart d’heure pour atteindre l’entrée du sentier, un large ruban s’enfonçant au cœur de la forêt tropicale. Le panonceau indique un temps de marche aller-retour de 2h30. Il est 14h ; je me donne deux heures.

Je m’applique à marcher avec lenteur à l’aller pour observer la faune et la flore. Il y a peu de monde. Je tombe après quelques centaines de mètres sur ma première belle découverte : une fourmi de couleur noire, gigantesque. Je n’ai jamais rien vu de tel ; elle doit bien faire entre 2 et 3 cm de longueur ! Je découvrirai a posteriori, via une petite recherche sur Internet, qu’il s’agissait très probablement d’un spécimen de Paraponera clavata, l’une des plus grandes fourmis au monde ! Présente en Amérique du Sud et atteignant jusqu’à trois centimètres, elle est l’espèce d’hyménoptère (ordre regroupant entre autres les abeilles, les guêpes et les frelons) dont la piqûre est réputée la plus douloureuse dans le monde. On l’appelle d’ailleurs fourmi balle de fusil ! Elle est aussi utilisée en Amazonie lors de rituels initiatiques particulièrement sadiques… Heureusement que j’ai su tenir mes distances avec elle ; cette « petite » bête m’aurait gâché le reste de la journée à coup sûr !

Je croise un peu plus loin d’immenses papillons aux ailes bleu métallique voletant furtivement dans le sous-bois. Je les reconnais : ce sont des morphos. Certaines espèces peuvent atteindre jusqu’à 20 cm d’envergure ! J’entends des oiseaux chanter ou crier dans les feuillages, sans parvenir à les apercevoir. D’autres papillons attisent ma curiosité en produisant un son étrange m’évoquant des crépitements électriques… Cette balade ravive en moi le désir de me rendre un jour au cœur de la forêt équatoriale, loin des routes, des villes et des centres touristiques, pour « vivre la jungle », la vraie.

J’atteins, après une bonne heure de marche, l’objectif de la balade : une chute d’eau au cœur de la forêt. Des gens se baignent à ses pieds. Réminiscence d’une randonnée jusqu’aux Chutes Moreau, au cœur de la forêt humide guadeloupéenne… J’irais bien me rafraîchir moi aussi mais l’heure tourne ! Il est 15h10. Je fais demi-tour en pressant cette fois-ci le pas pour retrouver les chutes d’Iguazú au plus vite et pouvoir en profiter jusqu’à la dernière goutte avant fermeture (18h).

Je parcours une boucle que je n’avais pas encore empruntée puis redescends sur le sentier inférieur où je prends le plus beau cliché de cette journée. Le cadrage est parfait ; la photo a un air de monde perdu… Je retourne une seconde et dernière fois au terminus du sentier supérieur pour reprendre quelques vues avec la belle lumière de fin d’après-midi mais surtout pour emmagasiner un peu plus… Je suis l’un des derniers à prendre la direction de la sortie, un peu triste de devoir quitter un lieu aussi vibrant en sachant bien que je n’y reviendrai pas de si tôt…

18h15 : Je franchis le portique et grimpe, 10 minutes plus tard, dans un bus en partance pour Puerto Iguazú. Je viens de passer une journée d’une rare intensité… J’apprends ce soir en consultant Internet qu’il existait un peu plus au nord des chutes tout aussi incroyables, sinon plus, dont le débit était le plus important au monde. La Cascade des Sept Chutes – en réalité un complexe de 7 groupes de chutes regroupant 19 cascades principales et près de 300 sauts mineurs – a malheureusement été englouti en 1982 suite à la mise en eau du réservoir du barrage d’Itaipú, construit sur le cours du Río Paraná (dont l’Iguazú est un affluent). Un autre « monde perdu » rasé de la carte au profit du développement. Les hommes font parfois de drôles de choses…

18 septembre 2014, Puerto Iguazú

Je ne sors presque pas de l’hostal aujourd’hui, météo oblige. Le temps, comme prévu, est à la pluie qui se met à tomber en fin de matinée et empire au fil des heures. L’épisode pluvieux se transforme rapidement en tempête tropicale ! L’orage gronde tout l’après-midi et jusque dans la nuit, accompagné d’impressionnantes trombes d’eau… J’ai vraiment fait le bon choix en visitant les chutes hier !

J’en profite pour rattraper mon retard sur le blog en éditant l’article « La Paz et son marché aux sorcières ». Je ne fais qu’une grosse pause en milieu de journée pour sortir déjeuner au centre-ville avec Nam, un voyageur australien d’origine vietnamienne, et Eduardo, un porteño (habitant de Buenos Aires) en vacances dans le secteur. Nous nous posons sur la terrasse d’un café-resto du centre-ville, protégés de la pluie derrière un écran plastique transparent. Je passe un très bon moment en leur compagnie à discuter de choses et d’autres (dans la langue de Nam, l’anglais).

19 septembre 2014, Puerto Iguazú

La pluie a fait rage toute la nuit, accompagnée de coups de tonnerre violents. Quand il pleut, il pleut ici ! Ça me rappelle les trombes d’eau qui s’abattaient fréquemment sur le toit de tôles de ma petite maison au pied de la Soufrière…

Même schéma que la veille ; je travaille comme un acharné sur le blog et réussis à éditer « Sucre et le cratère de Maragua » avant de peaufiner mon récit sur ma folle épopée dans le Far West bolivien.

Je déjeune de nouveau avec Nam aujourd’hui. Teresa, une allemande très sympa, et son amie nous accompagnent dans un restaurant du centre-ville. Ce soir, c’est à l’hostal que je prends mon dîner (pâtes à emporter), toujours en compagnie de Nam.

Même si la météo a été exécrable, je viens de passer deux jours « off » très agréables et surtout très productifs !

20 septembre 2014, quelque part entre Puerto Iguazú et Buenos Aires

La suite du programme s’annonce chargée. La météo étant de nouveau favorable, j’ai décidé de visiter ce matin le côté brésilien des chutes d’Iguazú. Ayant déjà acheté mon billet pour Buenos Aires (départ à 17h ce soir), j’aurai relativement peu de temps pour profiter de la visite.

8h : Mon petit-déjeuner dans le ventre, je grimpe dans le premier bus en partance pour le côté brésilien des chutes. Comme la dernière fois, l’aller-retour me coûte 80 pesos (environ 7€). A mon grand étonnement, le bus est presque vide : nous ne sommes que cinq ! Tant mieux, le passage de la frontière n’en sera que plus rapide ! Il faut tout de même compter une heure pour atteindre l’entrée du site, les formalités de sortie et d’entrée de part et d’autre de la frontière faisant perdre un peu de temps…

Changement de décors discret mais notable en passant le pont Tancredo Neves (ou pont International de la Fraternité) qui enjambe la rivière entre Puerto Iguazú et Foz do Iguaçu : la langue ! On passe en effet comme par magie de l’Espagnol au Portuguais. La monnaie est également différente. Au Brésil, on paye avec le Réal ! L’entrée du site n’étant payable qu’en réaux brésiliens (R$), je dois retirer des billets dans un distributeur automatique sur place. Pressentant que je risque d’être à court de dollars américains au cours de mon séjour en Argentine et sachant qu’il m’est possible d’échanger des réaux auprès de la réception de l’hostal à un taux avantageux, je retire une belle liasse de billets au distributeur (800 R$, soit près de 270 US$). L’entrée du parc national me coûte 50 R$ (une quinzaine d’euros).

Les chutes étant situées à une dizaine de kilomètres de l’entrée du parc, il faut emprunter une navette (gratuite) pour rejoindre le site même des chutes. Je ne m’attendais pas à une telle configuration… Le trajet me semble interminable (20-25 min). Il est déjà près de 10h lorsque je débarque sur place. Le calcul est vite fait ; je n’ai que deux heures devant moi pour profiter de la visite car je dois impérativement prendre le bus retour de 13h pour Puerto Iguazú. Hors de question de le rater, je manquerais mon départ pour Buenos Aires…

J’emprunte dans un premier temps un sentier longeant la rive est qui offre de merveilleux points de vue sur le fabuleux rideau de chutes émaillant le côté argentin. Le spectacle est grandiose. Je me retrouve face au Saut des Trois Mousquetaires, au pied duquel le zodiac nous avait conduits trois jours plus tôt. Surmonté par d’autres chutes, il est absolument sublime en vue plongeante. Les deux rideaux de chutes successifs forment une sorte de « double marche » géante, à couper le souffle. Le clou du spectacle reste toutefois à venir…

Car me voilà bientôt dans la Gorge du Diable ! Et là, il est difficile de décrire ce que l’on peut ressentir face à une telle puissance, une telle majesté. J’emprunte une passerelle pour rejoindre une plateforme permettant de s’approcher au plus près du gouffre. J’ai pris soin d’enfiler ma veste de pluie pour parer aux embruns vaporisés en continu par les tonnes d’eau qui s’abattent tout autour. J’atteins la plateforme en me faisant asperger d’un seul côté (le gauche) et me fraye – tant bien que mal – un chemin jusqu’à la glissière, au plus près de la gorge.

L'incroyable Garganta del Diablo ou Gorge du Diable, Chutes d'Iguazú

L’incroyable Garganta del Diablo ou Gorge du Diable
Chutes d’Iguazú (côté brésilien) – Source : Martin St-Amant – Wikipedia 2007 [licence CC BY-SA 3.0]

Le spectacle est époustouflant. Je me trouve au bord du précipice, au beau milieu de la double marche qu’emprunte la rivière pour passer du niveau supérieur au niveau inférieur, encerclé par une débauche presque ininterrompue de chutes d’eau. Un spectacle de toute beauté, rare et précieux. Je suis captivé.

La foule qui s’agite autour de moi (selfies et compagnie) m’agace un peu mais il en faudrait plus pour vraiment venir gâcher cette féerie. Je prends beaucoup de photos, en essuyant la lentille frontale de mon objectif entre chaque prise, tout en m’efforçant de vivre l’instant présent et de m’imprégner de ce lieu magique. Je reste de longues minutes ainsi face au défilé de chutes, comme perché en équilibre au-dessus de celle qui déverse ses flots juste sous mes pieds… Rares sont les endroits sur Terre où la Nature s’exprime avec tant de majesté.

Des oiseaux virevoltent par centaines, peut-être par milliers, au cœur de la gorge. J’en vois certains passer comme par magie derrière les chutes, tour de passe-passe uniquement possible aux endroits où le filet d’eau n’est pas trop dru. J’apprendrai un peu plus tard que ces voiliers hors pair sont en fait des martinets à tête grise (Cypseloides senex) et qu’ils nichent sur les parois, derrière les chutes. Je resterais bien là pendant des heures mais les gens sont nombreux à vouloir s’émerveiller.

Je quitte à reculons la plateforme et me fais de nouveau rincer par les embruns, cette fois-ci du côté droit. Je m’aperçois qu’il est possible d’emprunter un ascenseur pour atteindre un belvédère panoramique. Naturellement, il faut faire la queue. L’heure tourne mais ça devrait le faire ! Je suis en haut un bon quart d’heure plus tard. La vue est sublime, forcément. Un arc-en-ciel apparaît par intermittence au pied de la chute la plus proche, au gré des caprices du soleil. Il apporte une touche parfaite à mon cadrage. Quel bonheur je vais prendre à développer toutes ces photos ! [et quelle frustration j’éprouverai à toutes les perdre sauf une…]

12h10 : Il est temps de « décrocher » pour prendre une navette et rejoindre l’entrée du parc. Je quitte les chutes avec un petit pincement au cœur, un peu frustré par cette visite « express » (2h) et déjà nostalgique… Je grimpe, comme prévu, dans le bus de 13h (Cruzero del Norte) permettant de rentrer à Puerto Iguazú. Mon passeport s’est noirci de quatre nouveaux tampons aujourd’hui ! De retour en ville, je passe me remplir l’estomac avant de rentrer à l’hostal pour y faire mes sacs et changer mes réaux contre des dollars américains. Je quitte les lieux peu avant 16h30 pour me rendre à la gare routière.

17h : Le bus part. ¡Adiós Puerto Iguazú! Je reviendrai. S’ensuit un long trajet vers la capitale argentine. Le bus est très confortable et le service impeccable : j’ai droit à un dîner chaud, un oreiller et une couverture et – c’est rare – de bons films. Comme à mes habitudes, j’ai opté pour un siège à l’étage, au premier rang, côté fenêtre, à la seule exception près qu’il s’agit d’un siège cama (inclinable à un angle facilitant le sommeil, sans être totalement à l’horizontale).

La Quebrada de Humahuaca

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo (affaire à suivre très prochainement) et des photos que j’avais prises les deux semaines qui ont précédé, je ne peux malheureusement illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

Humahuaca, 10 septembre 2014

9h30 : Je quitte le confort de l’hôtel Mitru, où je me sentais presque comme chez moi, en compagnie du quatuor avec qui j’ai dîné hier soir. Je serais bien resté encore une journée à profiter des commodités de l’hôtel et de la douce atmosphère de Tupiza, mais il faut que j’avance ! Direction : la gare routière, située à seulement quelques minutes de marche de l’hôtel. Nous partons tous pour Villazón, petite ville pelotonnée contre la frontière, tout comme son homologue argentin, La Quiaca, notre porte d’entrée en Argentine !

Nous nous faisons alpaguer dès notre arrivée par des rabatteurs répétant inlassablement leur mantra : « Villazón, Villazón, ya sale Villazón » ! Frénétiques, ils nous sautent presque dessus pour nous conduire vers leur combi, un peu comme si nous étions leur aubaine du jour. C’est la première fois que j’observe une telle ferveur chez des rabatteurs ! Nous remplissons cinq sièges ; il faut en combler deux autres pour que notre chauffeur se décide à décoller. Dix minutes d’attente plus tard, nous voilà partis pour une bonne heure de route. Les paysages sont toujours aussi jolis aux abords de Tupiza. J’aurais vraiment aimé passer plus de temps dans cette petite ville pour pouvoir découvrir les merveilles que recèlent ses environs. J’y reviendrai !

Le relief s’adoucit puis s’aplanit franchement à l’approche de Villazón. Le paysage perd tout de suite de son attrait… Notre taxi nous dépose vers 11h à proximité de la gare routière. Avant de passer la frontière, j’ai une chose très importante à faire : me procurer des dollars, beaucoup de dollars ! En effet, le taux de change officiel du dollar américain est actuellement d’un dollar ($) pour 8,4 pesos argentins (ARS) mais la chose à savoir, et qui peut rapporter gros, c’est que le taux sur le marché noir oscille entre 12 et 14 ARS pour 1$, soit 40 à 65% de plus que le taux officiel ! Autrement dit, avec 100 $ sur le marché noir on obtient 1200 à 1400 pesos, alors que dans les bureaux de change on n’obtient pas plus de 800 pesos… D’où l’importance d’apporter beaucoup de dollars avec soi en entrant dans le pays car, bien sûr – et contrairement aux pays que je viens de visiter-, les distributeurs automatiques ne délivrent pas cette monnaie tant recherchée… J’ai en poche l’adresse du seul distributeur de la ville à délivrer des dollars américains. Aucun problème pour trouver la banque, elle se trouve à deux pas de la gare routière. Mais voilà, le distributeur est hors service ! C’est bien ma veine ! Comment je vais faire maintenant pour obtenir ces fichus dollars ?

Je décide de retirer 1500 Bs. (en trois coups, la machine refusant de délivrer des montants supérieurs à 500 Bs.) puis de me rendre dans la Calle Argentina, où abondent les bureaux de change. Je crains un taux médiocre mais ce n’est pas si mal que ça : 7 Bs. contre 1$. Le taux officiel étant de 6,9 Bs. pour 1$, je perds 10 Bs. pour obtenir 100 $. Un petit euro contre 100 dollars, le sacrifice est raisonnable. De toute façon, je n’ai pas le choix. J’échange donc mes bolivianos contre des dollars puis retourne au distributeur pour retirer à nouveau, cette fois-ci 1800 Bs. de manière à obtenir au final un pécule de 500 $. C’est la somme que je compte, peu ou prou, dépenser pendant les deux prochaines semaines en Argentine. Le petit stress de ces allers-retours une fois passé – je balade en effet sur moi de jolies liasses de billets -, je retrouve le quatuor au bureau de l’immigration, côté bolivien. Je fais tamponner mon passeport par les autorités du pays sortant puis fais quelques pas pour me présenter au bureau situé juste à côté pour obtenir le droit d’entrée en Argentine. Un passage de frontière rapide et sans anicroche. Tant mieux !

Mes quatre camarades d’un jour grimpent dans un taxi posté juste après la frontière pour rejoindre la gare routière. Le chauffeur refusant plus de 4 passagers, je décide de me rendre au terminal à pied, sachant d’après la carte de mon guide (vraiment pratique ce guide Footprint !) qu’il n’est pas très loin. J’arrive un petit quart d’heure plus tard et me fait très vite houspiller par les rabatteurs. Tim, Stacey, Sam et Kate sont prêt à embarquer pour Salta. Leur bus, qui est sur le point de partir, passe par ma prochaine destination, Humahuaca. Je me dépêche de mettre mon sac à dos en soute. Pas le temps d’acheter un ticket, je grimpe dans le bus ; je paierai en cours de route. Le hasard faisant bien les choses, je me retrouve au premier étage, à côté de Stacey et Tim, au premier rang. La vue panoramique est franchement un gros plus !

Nouveau changement de fuseau horaire : j’avance ma montre d’une heure. Il est 14h à Buenos Aires !

Le paysage côté argentin n’est plus du tout le même. La route file en ligne droite sur des kilomètres au milieu d’une vaste étendue plane bordée de hautes collines. Le bus s’arrête au bout d’une heure pour un contrôle anti-drogue opéré par la Gendarmería Nacional Argentina (GNA). On nous fait tous descendre du bus, accompagnés de nos bagages à main mais aussi de nos bagages de soute, pour une fouille. Combien de temps ça va prendre tout ce bazar ? Étonnamment, moins que ce que je craignais. Comme la grande majorité des passagers, je ne suis pas retenu bien longtemps ; on fouille à peine mes affaires. Je n’éveille pas les soupçons visiblement. Il va falloir que je m’habitue à ces arrêts impromptus car ce genre de contrôle est fréquent m’a-t-on dit en Bolivie… Nous repartons après « seulement » une petite demi-heure.

16h : Me voilà fraîchement débarqué à Humahuaca, petite ville hébergeant 12 000 âmes, célèbre pour sa superbe quebrada (vallée encaissée) aux couleurs et aux formes incroyables. J’ai décidé de poser mes valises ici pour justement aller observer de mes propres yeux cette merveille. Je décide de poser mes bagages à l’hostal La Antigua ce soir. Quatre-vingt pesos (soit un peu plus de 7€) la nuitée pour un lit en dortoir avec le petit déjeuner inclus ; le prix me semble tout à fait correct. Je suis reçu par Ainitze, une jolie basque dans la trentaine, très accueillante. Elle vit et travaille ici depuis un an. Elle ne vient pas d’Espagne mais de la « partie conquise par l’Espagne ». Ce sont ses mots ; on sent que c’est une basque pure souche, à l’identité nationaliste bien affirmée. Elle utilise le « vos » pour dire « tu », typiquement argentin, et a – je suppose – perdu la « zeta », cette sonorité purement espagnole qui consiste à placer la langue entre les dents, un peu en zozotant, pour prononcer les z et les c. Il n’y a pas grand monde aujourd’hui à l’hostal : un groupe de cinq argentines de Buenos Aires et Sena, une turque qui parle l’espagnol avec un accent étrangement français (qu’elle ne parle pourtant pas). Je dors ce soir dans un dortoir de 6 que je partage avec Sena. Cet hostal a un petit air de maison de famille… je m’y sens bien.

Je dépose mes affaires, distribue mes dollars dans différentes cachettes (dont ma ceinture secrète !) puis file en ville pour me renseigner sur les options existant pour se rendre au « Cerro de los 14 colores » (Montagne aux 14 couleurs), le site d’exception qui m’a conduit à faire escale ici. Il n’y a que deux petites agences ici et toutes les deux proposent un simple transport vers le site pour un prix assez prohibitif, tout du moins si je pars seul. Mon seul espoir est de trouver demain d’autres personnes pour partager le taxi et les frais avec moi… On verra bien si la chance me sourit.

18h : Décidé à garder ma bonne résolution, je pars courir une bonne demi-heure sur une voie de chemin de fer désaffectée, bordée d’arbustes épineux dépouillés de leurs feuilles. Des chiens se mettent à aboyer ça et là sur mon passage. Toute une ambiance !

Je dîne à l’hostal ce soir (dîner préparé par Ainitze) puis raconte en détail à mon journal la journée qui vient de s’écouler… Il est 23h30 : extinction des feux !

Humahuaca, 11 septembre 2014

7h30 : Je me lève puis prends mon petit déjeuner à l’hostal avant de me mettre en quête de trouver un transport pour Uquía, un petit village qu’il me plairait de découvrir, situé à une dizaine de kilomètres au sud d’Humahuaca. Je me balade un peu dans la ville avant de partir et y découvre notamment le monument dédié aux Héros de l’Indépendance. Il trône en promontoire au-dessus de la ville, non loin de la petite place centrale qui ne manque pas de charme. Je dégotte vers 9h45 un bus en partance pour le sud s’arrêtant à Uquía. C’est parfait ! Se déplacer en Amérique du Sud de place en place est si facile !

Je débarque vers 10h à Uquía, petite bourgade construite presque intégralement en briques d’adobe. Le soleil inonde de ses rayons un magnifique ciel bleu. La température est idéale. Je me sens bien, comme un doux matin de printemps ensoleillé… Je visite l’église sans m’y attarder avant de me diriger vers la Quebrada de las Señoritas, une formation rocheuse rouge brique, aux formes d’érosion particulièrement étonnantes. De près, on a l’impression d’être face à d’immenses termitières faites d’innombrables galeries courant de bas en haut. La roche, incroyablement tendre, s’effrite sans peine entre les doigts. C’est très joli mais j’arrive un peu tard. Le soleil est déjà trop haut dans le ciel et la lumière est trop crue… Je me promène une bonne heure et demie dans le massif puis retourne vers le village. Je croise en chemin Pablo, un argentin de Buenos Aires en vacances dans le secteur d’Humahuaca et accompagné d’un ami français que je rencontre un peu plus loin. Trois minutes de discussion et me voilà déjà avec une nouvelle adresse à Buenos Aires. Les argentins sont décidément très accueillants (j’avais déjà obtenu spontanément deux adresses d’argentins rencontrés le jour de mon départ à Paris et Madrid).

Je me poste devant l’abri de bus situé face au village, le long de la Ruta Nacional 9 qui relie Buenos Aires à la frontière bolivienne (2000 km de long !). Il est midi. Étrangement, il y a peu de passages sur cette route… Un bus doit théoriquement passer tôt ou tard mais je décide de faire du stop pour gagner du temps. Bingo ! Une voiture s’arrête dès mon premier lever de pouce ! C’est un taxi. Il me demande 10 pesos pour rejoindre Humahuaca. J’enchéris par un « ¿Cinco? ». Il accepte. Cinq minutes plus tard, je suis de retour dans la petite cité tranquille. Je passe acheter des carottes, des tomates et des mandarines au marché couvert et en fais mon déjeuner tout en discutant avec deux jeunes argentines résidant à l’hostal. A 13h, Carlos, le fils de la propriétaire, m’annonce qu’un taxi part très prochainement pour le Cerro. Mais il est encore bien trop tôt ; la lumière ne sera pas bonne une fois sur place et, sans elle, les couleurs seront fades et mes photos médiocres… Je décline l’offre, en espérant que la chance me sourira un peu plus tard.

Je passe le début de l’après-midi dans mon dortoir. Je suis tout seul à présent, Sena ayant émigré vers la Bolivie ce matin. Je passe un moment très agréable dans « ma chambre », à écrire face à la fenêtre. Vers 15h, je vois un 4×4 se garer devant l’hostal. Yes ! Je sais qu’il vient pour moi et file au-devant du chauffeur. Il emmène un couple d’argentins sur le site et me propose de les accompagner. Ça me semble encore un tantinet trop tôt mais je me dis que l’occasion est trop belle pour la refuser ! «¡Vámonos! Ce service nous revient chacun à 100 soles (au lieu de 300 si je partais seul). Je suis aux anges, je vais enfin pouvoir admirer de mes propres yeux cette merveille géologique.

Il faut une petite demi-heure de piste cahoteuse pour atteindre le belvédère, situé à une altitude respectable de 4300 m ! C’est ébahi que je découvre cette longue enfilade de plissements en dents de scie incroyablement bariolée. Pour une merveille, c’est une merveille ! J’exulte de bonheur en voyant de mes propres yeux cette prouesse de la Nature qui, j’en a l’intime conviction, n’a pas son équivalent autre pas dans le Monde. Moises, notre chauffeur, nous accorde trois petits quarts d’heure pour profiter du panorama. La lumière est encore un peu crue à mon goût mais l’heure est en fait idéale car les ombres commencent à s’étirer sur le relief, ternissant un peu le tableau. Je photographie cette œuvre géante tout en me répétant à haute voix « Mais quelle merveille ! ».

Cerro de los Catorce Colores, une pure merveille géologique ; Humahuaca

Cerro de los Catorce Colores, une pure merveille géologique
Humahuaca (Source : Wikipedia, 2014 – Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International)

17h15 : Nous rebroussons chemin. Il ne faut à notre chauffeur qu’une petite demi-heure pour parcourir les 27 kilomètres nous séparant d’Humahuaca. La piste étant en mauvais état, ça secoue drôlement dans la voiture (qui ne va pas faire long feu avec un traitement pareil) ! De retour à l’hostal, je prends un goûter improvisé en compagnie des cinq étudiantes en médecine. Franches rigolades. Je leur propose de dîner ensemble. Elles acceptent volontiers.

Je retrouve les filles vers 21h30 pour sortir dîner dans le centre d’Humahuaca. Deux de leurs amis nous ont rejoints. S’ensuit une soirée sympathique autour de quelques pizzas. Je suis loin de tout comprendre car les discussions fusent à toute vitesse et je ne suis pas encore habitué à l’accent porteño (de Buenos Aires). La transformation du « ll » et du « y » en « ch » dans tous les mots me perturbe un peu. Par exemple, les gens de Buenos Aires ne disent pas « llamar » (appeler) mais « chamar ». Il faut s’y habituer…

Minuit : Je me glisse dans mon sac de couchage, content de pouvoir enfin rejoindre les bras de Morphée.

Humahuaca, 12 septembre 2014

Je me lève tôt ce matin pour retourner à Uquía et admirer avec la belle lumière du matin la Quebrada de las Señoritas. Je réussis sans problème à trouver un bus en partance pour le sud et arrive vers 8h10 dans le village, soit deux heures plus tôt qu’hier. Ces deux heures de différence changent tout. Le soleil est levé depuis peu et embrase de ses doux rayons les impressionnantes formations rocheuses de la quebrada. Je m’enfonce aujourd’hui beaucoup plus loin dans le paysage, jusqu’à atteindre un canyon très encaissé. Je suis émerveillé par ces formes d’érosion et m’aventure jusqu’où ma curiosité et ma prudence me dictent d’aller. Quelle bonne idée j’ai eue de revenir sur le site ! J’aurais manqué ce paysage de folie sinon… Je suis très prudent dans ma découverte car les parois de la structure sont vraiment très friables et le sol, fait de sables et d’alluvions grossiers, instable et glissant. Étant seul, je n’ai pas très envie de finir enseveli ou de me casser une cheville… Je redouble donc de prudence.

En redescendant le goulot dans lequel je m’étais aventuré, je tombe sur un passage très étroit et très profond. Il n’est pas sans m’évoquer certains canyons en fente que l’on rencontre aux États-Unis (Antelope Canyon étant de loin le plus connu). J’y rentre sans trop de difficulté en jouant des épaules et suis ébahit d’être au cœur de ce goulot creusé au fil des ans par les eaux torrentielles. En ressortant, j’aperçois un rocher coincé entre les parois à 6-8 mètres de hauteur… Cette vision m’évoque immédiatement le film « 127 heures », l’histoire vraie d’un jeune alpiniste américain parti s’aventurer seul dans les canyons de l’Utah et qui, par manque de prudence combiné à de la malchance, se retrouve le bras droit écrasé par un rocher au fin fond d’un canyon en fente pas plus étroit qu’un passage de porte, loin de tout. 127, c’est le nombre d’heures (soit 6 jours et 5 nuits) au bout desquelles, assoiffé et épuisé, persuadé que les secours ne viendront plus, il décide de s’amputer l’avant-bras à l’aide d’un couteau de poche, non sans mal…

Je rebrousse chemin peu avant midi. Je n’ai pas vu l’heure passer tellement j’ai été absorbé par cet endroit. 12h30 : je grimpe dans un taxi pour Humahuaca (et paye à nouveau la course 5 pesos).

L’après-midi est dédiée en grande partie à l’écriture. J’achète aujourd’hui à Ainitze un joli bracelet rouge portant quatre perles, pour 30 pesos (un peu moins de 3 €). Elle me le fabrique sur commande en direct. Je suis impressionné par sa rapidité d’exécution et la qualité du résultat : elle a tout appris seule en suivant des tutoriels sur la Toile ! Je sais déjà à qui je vais offrir ce petit bijou…

Je dîne ce soir à l’hostal en compagnie de Soledad et Florencia, deux des cinq argentines en volontariat médical à Humahuaca. Les trois autres sont parties passer le week-end à Salta. Nous sortons acheter pommes de terre, poivrons, oignons, courgettes et riz pour préparer un plat végétarien. Je passe un très bon moment à cuisiner puis partager le repas avec elles. J’ai en revanche toujours du mal à comprendre les porteños lorsqu’ils parlent normalement : trop rapide et il faut s’habituer au « ch »… J’éclate de rire quand je les entends appeler le cebolla (oignon), « cebocha » (phonétiquement très proche de « ces beaux chats » en français).

Le rythme argentin est décidément bien différent des pays que j’ai visités précédemment. Je suis de nouveau au lit vers minuit…

Salta, 13 septembre 2014

Je quitte l’hostal La Antigua ce matin à 9h15 après avoir dit au revoir à Ainitze, Carlos, Soledad et Florencia. Petit pincement au cœur en laissant derrière moi cette maison où je me sentais bien… Direction : Salta, située 230 km plus au sud. J’ai entendu et lu beaucoup de bien sur cette ville (on la surnomme d’ailleurs « Salta la Linda » qui signifie « Salta la Belle ») ; j’espère qu’elle tiendra ses promesses…

9h45 : Le bus part avec un petit quart d’heure de retard. J’ai décidé sur les conseils d’Ainitze de faire le trajet en deux étapes en changeant de bus à mi-course, à San Salvador de Jujuy, afin d’éviter les contrôles intempestifs et chronophages opérés sur les bus en provenance de la frontière. Le trajet se déroule sans encombre et j’arrive à la gare routière flambant neuve de Salta aux environs de 16h30. Je récupère une carte au point Info puis quitte le terminal pour rejoindre le centre-ville et trouver un hébergement. Les deux premières auberges de jeunesse sur ma liste affichent complet. Ça commence bien ! Il faut dire que Salta est en fête ces jours-ci : on y célèbre le Seigneur et la Vierge du Miracle – traduction : Jésus et la Vierge Marie – pour qui on attribue l’arrêt soudain (un 15 septembre) d’une série de tremblements de terre survenus au 17ème siècle. Depuis plus de 300 ans, des idoles à leur effigie sont brandies chaque année à cette même période dans le cœur de la ville. Je ne l’ai appris que ce matin, dans le bus, en lisant le topo sur la ville fourni par mon guide. Ça m’apprendra à fouiller un peu plus les infos sur mes futures destinations ! J’espère que je vais trouver un hostal sans trop de mal tout de même…

Quelque chose de très correct se présente au quatrième essai : El Quara, une auberge de jeunesse. Ce n’est vraiment pas le grand luxe (un lit en dortoir 11 places avec petit-déj inclus), mais le prix est tout doux : 80 pesos (environ 7,5 €). Vus les tarifs que j’observe depuis mon entrée dans le pays, je vais devoir m’habituer à dormir en dortoir, dans les auberges de jeunesse dont je ne raffole pas. Certes elles permettent de faire beaucoup de rencontres, mais elles sont souvent bruyantes et pas franchement faites pour se reposer…

17h30 : Je pose mes affaires et prend un maté en compagnie de Virginia (de la réception) et Fabio, un jeune français posé ici depuis trois semaines. Il est temps ensuite pour moi de partir à la découverte du centre-ville et de sa place centrale. Salta est la première ville au look vraiment européen que je visite depuis le début de mon voyage. Personnellement, je ne lui trouve pour le moment rien de bien spécial. C’est une jolie ville, certes, mais sans plus.

Je fais un petit tour sur la place et dans quelques rues proches puis retourne à l’hostal pour lire mes mails et commencer à éditer le prochain article pour mon blog. Je suis très en retard ; il faut que je rattrape tout ça !

Je ressors vers 20h30 pour trouver un endroit où manger. Mission difficile. Les prix sont décidément vraiment plus élevés ici qu’en Bolivie… Il y a du monde dans le cœur de la ville, en particulier devant la Cathédrale où une messe est donnée et retranscrite sur des écrans géants et par l’intermédiaire de haut-parleurs. Ambiance garantie ! Je fais le tour de la place en longeant ses quatre côtés puis m’engouffre dans une rue attenante… Mauvaise idée ! Je fais demi-tour pour éviter de me faire engloutir par une procession religieuse prenant toute la largeur de la rue.

Toujours pas de resto dans mes prix ; je reprends le chemin de l’hostal et finis par trouver quelque chose d’abordable dans un petit resto sans prétention : un sandwich contenant bifteck, jambon, œuf, tomate, salade et fromage fondu, le tout accompagné d’une petite assiette de frites. Un drôle de mélange mais le goût est plutôt au rendez-vous et mon estomac ne crie plus famine ; exactement ce dont j’avais besoin. Je profite du temps mort de la préparation pour écrire.

De retour à l’hostal, je finis d’éditer l’article « Le lac Titicaca… côté Pérou ! ». Je me glisse dans mon drap de sac (les draps du lit m’ont l’air louche…) vers minuit et demi et finis tant bien que mal par trouver le sommeil.

Salta, 14 septembre 2014

8h : Je me lève vraiment tard ce matin par rapport à mes habitudes. L’hostal s’est couché peu de temps avant mon réveil. Visiblement, c’était soirée « beuverie » cette nuit…

Je sors en milieu de matinée pour renflouer mon porte-monnaie avec des pesos. On m’a dit qu’il y a avait des « vendeurs de pesos » sur la place, pratiquant un taux de change oscillant entre 13 et 13,5 ARS pour 1 $. Le ciel est couvert aujourd’hui, comme s’il allait se mettre à pleuvoir. J’atteins le cœur de la ville après 5 minutes de marche. La place s’est remplie de monde depuis hier. Des pèlerins affluent de tous les alentours, à pied ou à vélo, pour venir célébrer le Seigneur et la Vierge du Miracle. Des idoles au kitsch clinquant sont exhibées à la queue leu leu dans les rues de la ville. Toute une atmosphère !

Je parviens sans mal à échanger 100 dollars en coupures de 10 et 20 contre 1300 pesos, soit environ 450 de plus que ce que j’aurais obtenu dans un bureau de change ! J’avoue être un peu mal à l’aise en échangeant les billets ; l’impression de m’approvisionner auprès d’un dealer de je-ne-sais-quoi… Mon malaise est d’autant plus grand lorsque mon dealer se met à hausser le ton avec une passante, visiblement outrée par ce genre de pratique, alors même qu’il recompte ses billets. On m’a dit à l’hostal que ces « passes » d’argent étaient tolérées par les autorités, alors je ne m’en fais pas trop quand même. Tous les étrangers y ont recours, du moins tous ceux que j’ai rencontrés et qui ont visité le pays… Voilà une bonne chose de faite !

Mes 1300 pesos en poche, je peux à présent me rendre à la gare routière pour acheter un ticket (que je sais très cher) vers ma prochaine destination : les Chutes d’Iguazu ! J’opte pour un départ dès demain, Salta ne m’appelant pas franchement à rester plus longtemps contrairement aux Chutes qui me crient de venir les rejoindre. Je choisis de partir avec la compagnie de bus Tigre Iguazú (la deuxième assurant le voyage étant Flecha Bus). Le temps de trajet me fait peur – 24h – et le prix aussi : 965 pesos soit près de 90 euros ! C’est de loin le ticket le plus cher jamais payé depuis le début de mon voyage. Moi qui ne voulait plus dépasser 12h de bus d’affilée, je vais me retrouver avec le double !

Je passe une grande partie du reste de la journée à publier sur mon blog et à développer mes photos, un gros travail car il faut sélectionner les photos à publier parmi des centaines puis les travailler une par une sur Lightroom, mon logiciel « chambre noire ». Je publie en milieu de journée mon 15ème article : « Le lac Titicaca… côté Pérou ! » et enchaîne en éditant le 16ème.

Je m’octroie une bonne pause en milieu d’après-midi pour échanger à nouveau 100 $ contre des pesos. Je crains d’avoir sous-estimé mon budget en Argentine et de manquer de dollars en fin de séjour… on verra bien ! Je visite brièvement la Cathédrale de Salta, au centre des célébrations. Elle est bondée de pèlerins en train de prier d’une façon très solennelle. Je n’ai jamais assisté, de mémoire, à une telle ferveur religieuse. Je dois faire la queue à pas de fourmi pour faire le tour de la nef et rejoindre, avec une pointe de soulagement, la sortie. Ce genre d’événement n’est résolument pas ma tasse de thé ; je quitte les lieux et rentre à l’hostal.

Je ressors de nouveau en soirée pour manger un morceau. Mission difficile. Aucun supermarché n’est ouvert car nous sommes dimanche. Je dégote dans une boutique un petit sandwich et quelques gâteaux secs pour la modique somme de 20 soles. Rien de bien transcendant. Manger sainement avec un budget « routard » est mission quasi-impossible ici. Je me dis qu’il va bel et bien falloir me résoudre à faire de vraies courses pour pouvoir cuisiner moi-même…

L’hostal ce soir est un véritable capharnaüm. Un groupe de 25 pèlerins (principalement des enfants) est arrivé pendant mon absence… Les 11 lits de mon dortoir sont occupés, comme tous ceux de l’hostal a priori. J’imagine que tous les hébergements de la ville enregistrent complet ce soir, demain étant le 15 septembre (jour du fameux miracle). Les auberges de jeunesse ne sont décidément pas faites pour se reposer en paix. Je rêve ce soir d’une petite chambre rien que pour moi, juste pour avoir mon intimité et être tranquille…

Salta, 15 septembre 2014

Je me lève tôt ce matin pour aller me dégourdir les jambes. Je prends rapidement mon petit-déjeuner à l’auberge et enfile illico short, t-shirt et baskets pour aller courir en direction du Cerro San Bernardo, la colline surplombant Salta à l’est. Je monte et descends deux fois un long escalier de pierre, comptant un peu plus de 1000 marches, pour accéder au sommet de la colline. Il fait un temps sublime, ensoleillé et doux, comme un beau matin de printemps… J’alterne course et marche rapide (pour monter mille marches en courant non-stop, il me faudrait un peu plus d’entraînement…) et m’en mets plein les pattes. Courir « à la fraîche » de bon matin, c’est incomparable ! Le sommet de la colline, accessible également en voiture et en téléphérique, est paré d’un joli jardin à l’atmosphère tropicale. Les oiseaux chantent ; il y a peu de monde ; on domine toute la ville… Que c’est agréable ! Si j’habitais à Salta, je ferais à coup-sûr ces allers-retours au moins deux fois par semaine !

Je me décrasse pendant pratiquement une heure et demie puis retourne à l’hostal en trottinant pour prendre une bonne douche et libérer mon lit car le check-out est à 11h ce matin. Je me rends ensuite une dernière fois au centre-ville pour faire quelques courses en prévision du long trajet en bus qui m’attend. Je trouve heureusement un supermarché digne de ce nom ouvert en ce jour férié, le fameux jour du Miracle. J’en profite aussi pour acheter quelques denrées qui feront mon déjeuner ce midi : un pique-nique urbain pris sur un banc dans une rue piétonne du centre-ville…

De retour à l’hostal, je passe deux petites heures sur mon blog avant de mettre les voiles. Il est 15h20. Marcelo, le garde de nuit propose gentiment de me déposer à la gare routière avec sa vieille voiture brinquebalante. J’avais prévu d’y aller à pied mais un tel geste ne peut se refuser. Il me confie pendant le trajet avoir été avocat et avoir tout perdu suite à une « affaire ». Il se retrouve aujourd’hui gardien de nuit dans une auberge de jeunesse où il semble avoir établi ses quartiers (il a son coin à lui dans le dortoir). Les revers de fortune…

16h : Le bus pour Puerto Iguazú part. C’est parti pour un long périple routier de près de 1500 km et (surtout) 24h non-stop ! Préférant sacrifier le confort d’un siège cama au rez-de-chaussée pour pouvoir jouir des centaines de kilomètres de « pampa » qui vont défiler sous mes yeux, j’ai opté pour un siège semi-cama à l’étage avec la vue panoramique. Le déplacement est à la base du voyage alors je ne veux pas me priver de pouvoir l’apprécier comme il se doit. Je me réjouis de n’avoir personne à côté de moi les premiers kilomètres, espérant que ça dure au moins quelques heures car j’ai envie de calme. Mais ça ne dure malheureusement pas… Après une heure, le bus embarque d’autres passagers et je me retrouve avec un vieux ronfleur à quelques dizaines de centimètres de mon oreille gauche. Mes boules Quies ont beau être de marque française (la marque Quies justement !) et drôlement efficaces (auto-gonflantes), elles ne parviennent pas à étouffer totalement les ronronnements de mon voisin. Heureusement, les deux passagers assis à côté de nous descendent quelques heures plus tard. Je saute sur l’occasion pour changer de siège et gagner en confort.

Les kilomètres défilent sur une route presque toute droite filant vers l’est et traversant un paysage extrêmement plat et monotone. Mes pensées vont bon train… accompagnées d’une excitation grandissante à l’idée d’être bientôt face aux célébrissimes Chutes d’Iguazú !

Le Far-West bolivien (2/2)

Atullcha, 6 septembre 2014

7h15 : Je me lève bien reposé et le sourire aux lèvres de savoir qu’une nouvelle journée de paysages grandioses m’attend. Modesta nous a préparé des pancakes pour le petit déjeuner… Miam !

8h : Nous quittons Huaylljara pour continuer notre remontée vers le Nord où nous attend bien sagement le fameux Salar de Uyuni, dernière étape de ce périple. Nous repassons près de la Laguna Colorada, dont la surface a partiellement gelé pendant la nuit. Les flamants semblent avoir déserté le lac ; je n’en vois presque plus. Mais où ont-ils bien pu passer ? Comment font-ils pour supporter un froid pareil sans l’épaisse fourrure des lamas ? Et comment parviennent-ils à s’alimenter quand, au cœur de l’hiver, les lagunes gèlent intégralement ? Autant de questions qui me viennent et restent sans réponse…

Reflets sur la Laguna Colorada ponctuée de quelques flamants, Lípez

Reflets sur la Laguna Colorada ponctuée de quelques flamants
Lípez

Laguna Colorada, depuis sa rive nord ; Lípez

Laguna Colorada, depuis sa rive nord
Lípez

Nous faisons un arrêt en surplomb du lac, sur la rive opposée à celle où nous étions hier. La vue est tout aussi splendide. Séance photo pour tout le monde.

J’aimerais rester là une journée entière pour admirer l’évolution du lac et de ses habitants au fil des heures… Mais non, il faut repartir. Direction : El Árbol de Piedra (L’Arbre de Pierre), un énorme rocher dont la forme très originale a été modelée par l’action de la pluie et du vent. Un arbre ? J’y vois plutôt un gros champignon en trompette, mais bon… Nous posons tous à tour de rôle à côté de ce géant puis reprenons la piste.

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El Árbol de Piedra
Lípez

Entrelacs impressionnant de pistes ; Lípez

Entrelacs impressionnant de pistes
Lípez

Nous traversons une vaste étendue désertique (le désert de Siloli), avec sur notre gauche un paysage d’une rare beauté. Il semble tout droit sorti d’un tableau impressionniste. Etant du mauvais côté de la voiture, je demande à Freddy de s’arrêter car il me faut impérativement une photo de cet endroit ! Je suis en extase tellement les couleurs et les lignes sont harmonieuses. Je rêverais de pouvoir m’approcher de ces volcans, arpenter leurs flancs, gravir leurs sommets, explorer leurs moindres recoins… mais il faut repartir. Grrr! Que c’est frustrant de passer ainsi en coup de vent !

Une véritable toile d'artiste... ; Désert de Siloli (Lípez)

Une véritable toile d’artiste…
Désert de Siloli (Lípez)

Encore une fois, une harmonie parfaite entre ciel et terre... ; Désert de Siloli (Lípez)

Toujours cette belle harmonie entre ciel et terre
Désert de Siloli (Lípez)

Après avoir quitté la Réserve Eduardo Avaroa, nous passons à proximité de la Laguna Ramaditas puis faisons escale sur les rives de la Laguna Honda. Au moment de repartir, nous avons la chance d’admirer à quelques mètres du 4×4 un renard des Andes. Peu farouche, ce bel animal est à l’évidence habitué à ce qu’on lui jette de la nourriture depuis la fenêtre… A défaut d’être vraiment exceptionnelle, cette rencontre inattendue n’en reste pas moins magique !

Renard des Andes ; Laguna Honda (Lípez)

Une jolie rencontre : le Renard des Andes
Laguna Honda (Lípez)

Nous passons un peu plus loin la Laguna Charcota pour débarquer juste après sur les rives de la Laguna Hedionda. Freddy nous accorde un bon quart d’heure autour du lac qui, contrairement au précédent, héberge une vaste population de flamants. J’ai le loisir d’en observer de près en m’aventurant à gué sur le bandeau de vase entourant le plan d’eau. Même constat que la veille : ces volatiles sur échasses ne pense qu’à manger !

Joli quatuor de flamants de James en plein festin ; Laguna Hedionda (Lípez)

Joli quatuor de flamants de James en plein festin !
Laguna Hedionda (Lípez)

Un flamant de James, tout en élégance ; Laguna Hedionda (Lípez)

Un flamant de James, tout en élégance…
Laguna Hedionda (Lípez)

La Vigogne, une petite perle au milieu du désert ; Laguna Hedionda (Lípez)

La Vigogne, une petite perle au milieu du désert de sel et de roche…
Laguna Hedionda (Lípez)

 

APARTÉ :

A partir d’ici et jusqu’au 1er octobre 2014 inclus, sauf exception, le récit ne sera malheureusement plus agrémenté de mes photos en raison du vol de mon appareil photo et de la perte d’une partie de mes précieuses images (dont celles qui étaient censées suivre). Vous en saurez plus prochainement. En espérant que le récit sans image ne vous semblera pas trop lourd à digérer…

 

Il est près de midi lorsque nous atteignons la Laguna Cañapa, comblée en grande partie par des sels et elle aussi envahie de flamants. Des nuages effilés paradent dans le ciel bleu, ajoutant du relief à un paysage qui est loin d’en manquer… Nous prenons notre pause déjeuner en surplomb du lac, face à un panorama somptueux. Pour ne rien gâcher, Modesta nous a préparé un copieux pique-nique (poulet, pommes de terre, riz et crudités). Nous repartons rassasiés.

La route est encore longue pour atteindre la rive sud du Salar de Uyuni, notre point de chute ce soir. Nous faisons un arrêt pour observer des vagues de lave pétrifiées puis poursuivons sur une large piste tirant tout droit, que l’on pourrait confondre facilement avec une route non asphaltée. Notre Freddy se lâche en y faisant des pointes à 100 à l’heure ! Autour de nous, des volcans tous azimuts. J’en compte à un moment donné plus de quinze ! Je suis béat, extatique, fasciné par un tel paysage, une telle démesure. Ça a dû être l’enfer sur Terre ici quand ces géants crachaient leur feu. Je pense ne pas me tromper en affirmant que le Lípez est l’une des régions volcaniques les plus vastes au monde… Un gigantesque champ de bataille volcanique !

Nous croisons au milieu de ce désert de laves et de scories un cycliste solitaire. Même si son périple semble fou (des pistes chaotiques, une signalétique quasi inexistante, des points de ravitaillement rares…), je l’envie. Au fond de moi, je nourris déjà l’espoir de revenir un jour dans ces paysages d’un autre monde pour les vivre autrement, d’une façon plus lente, plus douce… plus respectueuse aussi. En vélo, à pied ? La graine d’un périple un peu particulier serait-elle en train de germer ?

Nous traversons en milieu d’après-midi la voie de chemin de fer reliant Uyuni à Calama (Chili). Un trait d’union entre deux pays qui ne s’apprécient guère… La Bolivie nourrit en effet encore une vive rancune contre le Chili depuis la Guerre du Pacifique (19è siècle) qui l’a privée de sa façade côtière. La vision de cette voie de chemin de fer tirée au cordeau au milieu de nulle part est pour le moins insolite et intemporelle.

Nous faisons plus loin un arrêt au beau milieu d’une coulée de lave pétrifiée, tranchante comme du corail. L’endroit porte le nom évocateur de « Ejército de Corales » (Armée de Coraux). Impressionnant !

Nous poursuivons sur les étendues brunes et planes, entrecoupées d’oueds, du Salar de Chiguana ; un petit aperçu « en fausses couleurs » de son grand frère résidant plus au nord. Notre 4×4 crève en plein milieu de ce désert. Les centaines de kilomètres avalées sur des pistes chaotiques ont eu raison du pneu arrière gauche… Il ne faut pas plus de dix minutes à notre Freddy, rompu à ce genre d’exercice, pour le changer. Espérons que ce remplaçant, un pneu « légèrement » usagé, tiendra le coup… car nous n’avions que lui ! Nous reprenons la route. Notre pilote s’autorise quelques écarts de conduite et fait du hors-piste, souillant par la même un milieu naturel resté jusque-là intact. Je ne dis rien mais n’en pense pas moins…

17h : Nous atteignons une « île » posée au milieu du désert, ponctuée de cactus pétrifiés ressemblant vaguement à des coraux. Je me demande bien comment ces fossiles ont pu se former… Nous payons 20 Bs. pour pouvoir pénétrer sur le site et découvrir les deux principales attractions de l’île. Nous visitons dans un premier temps une petite grotte portant le nom étrange de Gruta de las Galaxias (Grotte des Galaxies). Les rideaux de dentelle qui la tapissent seraient des algues marines pétrifiées… On a un peu l’impression d’être au cœur d’un gruyère. Encore une fois, nous n’y restons pas plus de cinq petites minutes, c’est vraiment dommage. Nous découvrons juste après une caverne hébergeant une quinzaine de tombeaux creusés à même le sol (Cementerio de los Chullpas). L’endroit dégage une atmosphère étrange. Ces deux visites valaient le détour, je ne regrette pas d’avoir dépensé ces 20 Bs…

18h : Nous atteignons la localité d’Atullcha et notre troisième hébergement, situé sur la rive sud du Salar de Uyuni. Le grand désert de sel est là, face à nous, mais ce n’est pour l’instant qu’un pâle aperçu de ce qui nous attend. Le grand spectacle est pour demain ! Notre toit ce soir est des plus originaux. L’hôtel a été construit presque intégralement avec le matériau extrait du salar : le sel ! Les murs, les tables, les chaises, les tables de nuit, tout (ou presque) est ici fait de sel. Je ne peux m’empêcher de goûter à un petit bout de ma table de nuit, juste pour vérifier… C’est bien du sel ! C’est le grand luxe ce soir : j’ai une chambre à trois lits pour moi tout seul et nous avons tous droit à une douche bien chaude moyennant une dizaine de bolivianos (ils doivent avoir un sacré réservoir car nous sommes plus de 20 à en profiter…). Après trois jours sans se laver, ce coup de chaud et de frais fait un bien fou.

Le dîner qui s’ensuit clôture en beauté cette merveilleuse journée : une soupe de légumes suivie d’un bon plat de spaghetti, le tout agrémenté de discussions animées avec les différents membres du groupe élargi « Tupiza Tours ».

21h : Je me glisse dans mon sac de couchage, ravi par cette sublime journée qui s’achève et impatient de découvrir le Salar au petit matin.

Tupiza, 7 septembre 2014

6h : Nous sommes les premiers à quitter l’hôtel de sel pour partir à l’assaut du Salar. Le jour pointe tout juste à l’horizon. Il fait froid sous le ciel dégagé encore parsemé d’étoiles. Freddy empreinte une piste bien marqué à la lumière des phares, évoluant sur un terrain brunâtre et assez chaotique. Le Salar tel que je me l’imaginais apparaît comme par magie au bout de quelques kilomètres : plat comme une patinoire, intégralement recouvert de sel et s’étirant à perte de vue sur tous les horizons. Freddy met les gaz sur cette surface parfaitement plane et incroyablement homogène. Mais comment la nature a-t-elle pu niveler une aire aussi vaste (près de 11 000 km² soit plus de cent fois la superficie de la ville de Paris !) ? Dame Nature m’étonnera toujours ! Freddy lâche de temps en temps le volant, visiblement heureux de ne plus devoir être aussi attentif aux aspérités du terrain… Il suit une piste bien marquée par le passage répété des 4×4 mais peut en dévier à tout moment et faire sa propre trace dans le désert de sel.

J’apprends en surfant sur le Web que le Salar de Uyuni fut il y a de cela quelques millénaires un immense lac dont la profondeur avoisinait 100 m. L’évaporation du lac a progressivement concentré les sels et formé cette immense étendue immaculée que nous connaissons aujourd’hui. Le volume total de sel serait de 64 milliards de tonnes (avec une épaisseur variant de 2 à 120 m) ! Ça en fait des kilos de sel de table et des hôtels de sel ! J’ignore en revanche si le Salar continue à produire du sel… Si ce n’est pas le cas, au rythme actuel des exploitations (environ 25 000 t par an), il faudrait plus de 2,5 millions d’années pour épuiser la totalité des réserves. Ça va, il y a de la marge ! D’après Freddy, l’exploitation du sel est réservée au seul marché bolivien (sel alimentaire et matériau de construction). Notre guide nous apprend aussi que les constructions faites de sel se dégradent pendant la saison des pluies et qu’il faut en conséquence régulièrement les maintenir en l’état. Une maison qui fond quand il pleut, si c’est pas original ça !

Nous avalons les kilomètres sans trop nous en rendre compte tellement ce désert est immense. Notre cap ? Une île sombre posée au milieu de cette océan de blancheur. Le soleil ne va pas tarder à émerger sur notre droite. Freddy arrête la voiture au beau milieu de nulle-part et nous sortons dans le froid. Marcher sur le Salar… Une expérience aussi unique que celle de rouler dessus ! Je suis étonné de poser le pied sur une surface dure comme du béton ; je m’attendais à quelque chose d’un peu plus mou. Le Salar est une œuvre géante peinte par un mathématicien de génie. Des polygones ornent toute la surface. Ils ont, dans leur immense majorité, 5 à 6 côtés. Les carrés existent mais il faut vraiment bien les chercher ! Le plus extraordinaire peut-être, c’est qu’il n’y a pas un seul accroc dans cette maille gigantesque qui doit pourtant compter plusieurs milliards de polygones !

Les rayons du soleil levant effleurent de leur pâle lueur la surface du Salar, mettant en relief l’incroyable maille qui se propage dans toutes les directions. Quelle merveille ! Les volcans, visibles dans le lointain à l’horizon, entrent eux aussi en scène, rougeoyant dans cette belle lumière du matin. Tout le monde semble absorbé par la boule de gaz qui monte peu à peu dans le ciel ; moi, je suis dos à notre étoile pour profiter des doux rayons qu’elle darde sur ce paysage inouï.

Le spectacle ne dure que quelques minutes. Le Soleil ne nous attend pas, il grimpe, il grimpe dans le ciel bleu… Notre planète tourne vite tout de même (je viens d’apprendre que nous tournons tous autour du centre de La Terre à une vitesse de plus 1600 km/h) ! Nous remontons dans la voiture pour poursuivre notre route vers l’île qui grandit lentement mais sûrement devant nous. Il est près de 7h15 lorsque nous accostons sur ce confetti posé au milieu du désert de sel : l’île (ou pseudo-île) d’Inkawasi. Nous devons payer un droit d’entrée (30 Bs.) avant de pouvoir nous promener au milieu des magnifiques cactus candélabres qui ont colonisé ce petit bout du monde. Leurs dimensions m’impressionnent, aussi bien en hauteur qu’en largeur.

Les vues sur le Salar depuis ce promontoire sont superbes, même si elles sont souvent ternies par les nombreuses traces de 4×4 qui rayonnent dans toutes les directions. Le sol de l’île, recouvert de coraux pétrifiés, est très râpeux. Je me balade pendant une bonne heure, essayant de capturer quelques belles images de cet endroit on ne peut plus singulier, avant de descendre rejoindre mes camarades pour le petit déjeuner. Des tables de sel alignées au pied de l’île, face au Salar : sympa comme cadre pour prendre son petit déj’ ! Étant levé depuis 5h15 et n’ayant rien avalé depuis, j’ai la dalle ! Un bon café accompagné de quelques tranches de gâteau, de céréales et de yogourt me calent l’estomac pour quelques heures.

Rassasié, je quitte le groupe pour m’aventurer un peu sur le Salar avant que nous ne repartions. Les montagnes visibles à l’horizon semblent flotter telles des oasis au milieu du désert… Les polygones me fascinent. J’essaie de trouver des motifs originaux dans la maille et en dégote quelques-uns. Je tombe notamment sur le trèfle à quatre feuilles du Salar : le polygone à quatre côté, autrement dit le carré ! J’en dégotte un, un seul. Le Salar respire en quelque sorte par ces rides de sel incroyablement organisées. Encore une fois, Dame Nature fait drôlement bien les choses. Je me mets à imaginer que ces formes géométriques sont probablement une projection au niveau macroscopique de la structure atomique des cristaux de sel. Comment ça fonctionne ? Aucune idée mais j’aimerais bien qu’on me l’explique un de ces jours…

En saison des pluies (de décembre à mars voire au-delà), certaines parties du Salar se recouvrent d’une fine pellicule d’eau (quelques dizaines de centimètres d’épaisseur) et se transforment en véritables miroirs géants. J’ai vu des images de ce fabuleux spectacle ; c’est comme si la Terre devenait ciel et que tous les repères étaient abolis. Absolument incroyable. Il faudra que je revienne un jour à cette époque rien que pour voir ça !

Freddy passe me récupérer avec le 4×4 ; un homme seul perdu au milieu de ce désert est vite repéré ! Nous parcourons plusieurs dizaines de kilomètres sur une très large piste que les passages répétés de centaines de véhicules ont entaillé jour après jour. On pourrait presque parler d’autoroute du Salar. J’aperçois des nids de poule sur notre route. « ¡ Son ojos de sal ! » (« Ce sont des yeux de sel !») me dit Freddy. Nous stoppons à nouveau au beau milieu de nulle-part. Freddy s’agenouille au bord d’un de ces yeux de sel, de petits trous d’eau de quelques dizaines de centimètres de profondeur, et en sort un trésor : d’énormes cristaux aux formes incroyablement géométriques (cubiques). On croirait qu’ils ont été usinés dans un laboratoire de haute précision tellement ils sont parfaits ; je suis fasciné.

Nous passons ensuite à la traditionnelle séance « fotos locas », les fameuses « photos folles » que l’on voit défiler devant son écran lorsqu’on fait une recherche « images » du Salar sur Internet. Les repères étant abolis sur le Salar,  il est facile de créer des effets délirants. Nous finissons la séance par une photo de nous tous en train de bondir dans les airs… Plutôt réussie ! [la seule photo qu’il me reste de cet endroit d’exception suite au vol de mon appareil photo en Argentine…]

Photo de groupe ; Salar de Uyuni

Photo de groupe
Salar de Uyuni

Nous regrimpons dans le 4×4 pour rejoindre la rive est du Salar, en faisant une courte pause au niveau du premier hôtel de sel jamais construit et du monument érigé pour le Dakar qui, cette année, est passé en Bolivie. Il est midi passé, c’est l’heure du déjeuner. Mais avant de manger, on a droit à un petit tour dans le marché artisanal du coin. J’y retrouve par le plus pur des hasards Redora et Tobby, un couple d’australiens rencontrés pour la première fois à Riobamba (Équateur) et que j’ai déjà recroisés une fois par la plus pure des coïncidences au Pérou (dans un petit supermarché de Huaraz) ! Incroyable, je n’en reviens pas ! C’est la deuxième fois que nous nous retrouvons sur le Gringo Trail (l’axe qu’empruntent la plupart des voyageurs en Amérique du Sud) sans nous être donnés rendez-vous. Le monde est drôlement petit ! J’ai le sentiment qu’on risque de se recroiser une troisième fois, en Argentine peut-être…

A la fin du repas, nous avons le plaisir d’évaluer le tour, notre guide et notre cuisinière. Freddy remporte la médaille d’or avec un 10/10. Notre cuisinière, avec un 8/10, est quant à elle très déçue et visiblement vexée. Elle me le fait remarquer, me disant qu’elle risque de perdre des points auprès de l’agence pour ses prochaines « missions » à cause de cette mauvaise note (elle voulait au moins un 9). Je comprends son inquiétude vis-à-vis de l’agence mais je trouve qu’on l’a notée plutôt justement ; elle n’a tout de même pas toujours été des plus agréables… Je suis personnellement très satisfait du tour et me suis régalé. Tupiza Tours est donc une agence que je ne peux que recommander à ceux qui auraient envie de vivre cette belle aventure.

13h : Nous quittons définitivement le Salar pour rejoindre Uyuni, toute proche. D’après le peu que j’en vois, c’est une ville salle et triste, sans aucun charme. Je suis vraiment content d’avoir choisi la belle Tupiza comme base pour réaliser le tour. Rien à voir ! Nous déposons Emma, Barry, Annika et Paul qui restent à Uyuni ce soir. Freddy reçoit de chacun de nous la somme de 50 bolivianos (soit 250 Bs. au total, une jolie petite somme) pour la qualité de son service. Nous offrons également chacun 25 Bs. à Modesta pour la remercier. Je dis au revoir à tout le monde, non sans une pointe de nostalgie, avant de remonter dans la voiture. Freddy passe prendre un couple de Français fraîchement débarqués à Uyuni pour réaliser le tour depuis Tupiza demain.

S’ensuit un voyage retour d’un peu plus de 4h. Il n’existe aucune route asphaltée entre Uyuni et Tupiza. C’est donc encore une fois sur une piste, souvent très sinueuse, que nous avalons les 210 kilomètres restants. Un bus se serait renversé très récemment quelque part sur la piste et il y aurait eu des morts… Pas très rassurant. Même si le sommeil se fait parfois sentir, je résiste pour profiter pleinement de ce voyage. Des paysages d’une étonnante diversité se succèdent à nouveau. Les derniers kilomètres, à l’approche de Tupiza, sont les plus beaux. Le soleil de fin d’après-midi enflamme en effet les parois de roches rouges et les feuillages, créant des tableaux que je ne peux malheureusement pas toujours saisir avec mon reflex depuis le 4×4 (je sollicite quelques arrêts vers la fin du parcours mais j’évite d’abuser de la patience de Freddy et des deux autres passagers qui ont l’air pressé d’arriver à destination…).

1400 kilomètres parcourus en 4 jours quasiment sans fouler une seule fois l’asphalte et en traversant des paysages d’une diversité et d’une richesse inouïe. Voilà une bien belle aventure qui m’a profondément marqué et que je ne suis pas prêt d’oublier !

Vue aérienne de la zone parcourue

Vue aérienne de la zone parcourue
Réalisation : N. Pettini, 2015

Je retrouve, par chance, ma chambre à l’hôtel Mitru. Qu’il est bon de se poser un peu ! Je ressors après une douche bien chaude pour aller dîner en ville. Une fois rentré, je ne résiste pas bien longtemps à l’appel de mon lit et file me glisser sous les couvertures pour une bonne nuit de sommeil…

Tupiza, 8 septembre 2014

Une journée « off » pour récupérer du tour et surtout écrire, écrire, écrire… Il me faudrait trois jours pleins pour rattraper mon retard de ces dernières semaines. Je choisis de raconter, à chaud, les quatre jours que je viens de vivre. Je me collerai après aux semaines qui ont précédé…

Tupiza, 9 septembre 2014

Même schéma que la veille, je ne bouge pas beaucoup de l’hôtel. Ça fait du bien de se poser quelques jours et d’oublier un peu ses affaires… Je sors en fin de matinée faire un petit tour au centre-ville. La place centrale est vraiment très sympa, ornée de grands arbres. Je suis surpris d’y trouver une herbe drue et bien verte (ça me rappelle la pelouse de la maison au printemps…). Bien entendu, c’est sans compter un arrosage copieux quasi quotidien ! Plusieurs vendeurs de livres se partagent les sous-bois de la place. Il règne à Tupiza l’ambiance décontractée des petites villes de province… Les gens vaquent paisiblement à leurs occupations quotidiennes : passer à la banque, faire ses courses, racheter du crédit pour son téléphone portable, s’asseoir sur un banc pour faire une pause sur le chemin de la maison… Et moi, je les observe discrètement, me disant que j’ai bien de la chance d’être ici, maintenant, un peu hors du temps…

16h : Je décide d’utiliser aujourd’hui mes belles baskets jaune fluo pour ce à quoi elles sont normalement destinées : le sport ! Je sors courir une petite demi-heure dans les rues de Tupiza. Il est temps en effet que je me remette un peu en forme ; ces dernières semaines ont été trop pépères à mon goût…

Je dîne ce soir avec deux couples anglophones dans mes âges (Stacey et Tim, un couple de néo-zélandais ; Kate et Sam, un couple d’irlandais) et passe une soirée vraiment très agréable en leur compagnie. Les discussions tournent naturellement autour du voyage, de nos destinations passées et à venir, et des merveilles que comptent nos pays respectifs. Je remarque avec plaisir pendant la soirée que je suis capable de suivre et d’alimenter une conversation en anglais sans réelles difficultés… Que j’ai hâte d’atterrir en Nouvelle-Zélande et d’être baigné quotidiennement dans la langue de Shakespeare !

23h : Je me couche tard ce soir en comparaison des derniers jours écoulés… Demain, c’est décidé, je quitte les charmes de la belle Tupiza et de la Bolivie, pour ceux de l’Argentine ! Se profile donc un nouveau passage de frontière ! J’envisage de passer la nuit prochaine à Humahuaca, histoire d’aller admirer le lendemain sa fameuse « Quebrada » qui fait toute la réputation de cette petite localité du nord-ouest argentin. Il va falloir quitter le confort de l’hôtel – et quel confort ! – pour se remettre en mode « transit ». Un petit air d’aventure, de nouveau !

Le Far West bolivien (1/2)

Tupiza, 3 septembre 2014

6h30 : Je grimpe dans un taxi appelé par la réceptionniste de l’hostal pour rejoindre la nouvelle gare routière de Potosí, trop éloignée du centre-ville pour que je puisse m’y rendre (raisonnablement) à pied. La course me coûte 10 bolivianos, un prix assez élevé que seul cet horaire plutôt matinal semble justifier… Je me suis bien habillé ce matin car l’air est vif à 4070 m d’altitude ! Le nouveau terminal est à dix mille lieues de celui dans lequel j’ai débarqué hier ; c’est une grande bâtisse au look très moderne qui détonne franchement dans le paysage urbain quelque peu défraîchi de Potosí.

Je trouve sans mal un bus en partance pour Tupiza en faisant le tour des compagnies assurant ce trajet. Le départ est à 8h00 ; j’ai donc devant moi près d’une heure et demie à tuer ! Le seul café-restaurant du terminal est fermé. J’aimerais bien me poser quelque part pour prendre un semblant de petit déjeuner… Je trouve mon bonheur devant le terminal, dans un petit stand de rue tenu par une mère et sa fille. Je m’y pose en compagnie d’une poignée de locaux avec qui j’échange quelques mots en espagnol. L’atmosphère est chaleureuse, attisée par le contact humain et le poêle de la cuisinière !

Je quitte après vingt minutes la petite assemblée pour retourner dans l’enceinte du terminal. Le hall n’est pas chauffé. On se les pèle ! Les rabatteurs des différentes compagnies hèlent en boucle, tel un mantra, les prochains départs. Leurs voix font écho dans l’immense bâtisse. Toute une ambiance !

8h30 : Le bus met apparemment du temps à faire son plein de voyageurs et part avec trente minutes de retard par rapport à l’horaire annoncé… C’est parti pour 6h de voyage ! Six heures d’un défilé de collines desséchées s’enchaînant à l’infini… Ce paysage quelque peu monotone s’égaye à l’approche de Tupiza, une jolie petite ville du sud bolivien environnée de superbes reliefs rougeâtres forgés par une érosion féroce.

Je débarque aux environs de 14h. Le centre-ville de Tupiza n’est qu’à deux pas du terminal. Le ciel est toujours aussi bleu mais il fait en revanche bien plus chaud qu’a Potosí. J’ai présélectionné deux hébergements dans mon guide : l’Hotel Mitru et l’Hotel La Torre, situés à seulement quelques pas l’un de l’autre. Je commence par visiter le premier, supposément plus cher car c’est le mieux côté de la ville. Le réceptionniste me propose deux options : une chambre double avec salle-de-bain privée pour 150 Bs. et une chambre « twin » avec salle-de-bain partagée à 80 Bs., le petit déjeuner à volonté étant inclus dans les deux cas. Mon choix est vite fait : ce sera la chambre twin ! Je suis chanceux : la chambre, en plus d’être propre et confortable, donne sur une très jolie cour intérieure, à deux pas de la piscine (chauffée !) de l’hôtel. La salle-de-bain n’est qui plus est partagée qu’avec la chambre d’en-face. Comme quoi, il ne faut hésiter à prospecter dans les hébergements supposés être (un peu) au-dessus de son budget…

Je pose mes affaires et ressors illico pour me renseigner sur les tours en 4×4 permettant de découvrir le Lípez et le Salar de Uyuni, deux attractions naturelles phares du pays, et même d’Amérique du Sud ! Je décide de me rendre dans un premier temps à l’agence Grano de Oro, celle qui, d’après mes recherches sur la Toile, a reçu ces dernières années les meilleurs échos. Je la trouve à deux rues de l’hôtel après avoir tâtonné un peu ; une petite agence sans prétention d’apparence un peu « vieillotte ». J’ai très envie de réaliser le circuit de 5 jours qui permet, le dernier jour, de réaliser l’ascension du Tunupa (5321 m), un volcan situé sur la rive nord du Salar. Mais voilà, je suis seul et il me faut, comme à chaque fois, soit me rattacher à un groupe soit casser la tirelire. Aucun départ pour ce tour de 5 jours n’est prévu prochainement. Trois personnes se sont en revanche inscrites pour le tour classique (4 jours). Le départ est après-demain, ce qui me ferait patienter seulement un jour…

Je garde cette option sous le coude et file rendre visite à la seconde agence sur ma liste : Tupiza Tours, qui récolte elle aussi globalement de bons avis. Elle se trouve dans l’enceinte de l’hôtel Mitru mais, contrairement à ce que j’ai cru au début, n’y est pas rattachée administrativement. Même rengaine : pas de tour de 5 jours prévu prochainement. Il faut dire que la haute saison est passée et ça se voit ; je n’ai pas vu beaucoup de touristes dans les rues de Tupiza depuis mon arrivée… Je peux néanmoins, si je le souhaite, partir dès demain pour le tour classique de 4 jours et 3 nuits qui s’achève, le dernier jour, par la découverte du célèbre Salar de Uyuni. Vues les circonstances, ayant très peu de chance de pouvoir embarquer pour le circuit long, je décide, un peu résigné, d’embarquer dès demain pour le tour classique. Son prix est de 1400 Bs., auquel il faudra rajouter 235 Bs. pour payer les divers droits d’entrée qui nous seront demandés au fil du parcours (dont pas moins de 150 Bs. pour l’entrée de la Réserve Eduardo Avaroa). Je sors retirer l’argent qu’il me manque dans l’un des rares distributeurs automatiques de la ville puis paye l’intégralité de la somme à l’agence. Me voilà inscrit pour un départ demain à 7h45. Voilà une sacrée bonne chose de faite ! Je peux enfin me poser et souffler un peu. Je troque ma tenue de « voyageur en transit » pour celle du voyageur en mode “on pique une tête !”. Les dix minutes passées dans la piscine me font un bien fou. Je me prends une bonne douche chaude ensuite et me pose un peu devant l’écran de mon ordinateur portable pour consulter mes mails et noircir quelques pages supplémentaires dans mon journal.

Je ressors en début de soirée pour dîner dans un petit restaurant local. Une journée encore bien remplie s’achève…

Quetena Chico, 4 septembre 2014

7h30 : Je file prendre mon petit déjeuner au restaurant de l’hôtel. C’est un buffet à volonté, alors je fais le plein (de mon estomac il va sans dire) ! Je me présente un petit quart d’heure plus tard devant l’agence Tupiza Tours pour embarquer dans le 4×4 que je vais partager avec deux couples (trois anglais et un irlandais). Notre chauffeur – et guide -, Freddy, nous salue avec le sourire. C’est bon signe, il a l’air sympa ! L’avantage d’être la cinquième roue du carrosse, c’est que j’ai le privilège d’être assis devant, à côté du chauffeur. J’aurai donc, au moins au début, une vue frontale et latérale sur le défilé de paysages qui m’attend.

8h : Et c’est parti pour un périple de 1400 kilomètres à travers les paysages fantastiques du sud-ouest bolivien ! Nous quittons le bitume dès la sortie de Tupiza pour une piste serpentant au milieu de paysages magnifiques, dignes du Far West américain. Nous faisons très rapidement un premier arrêt pour admirer les arêtes verticales rougeoyantes de la Quebrada de Palala. L’arrêt ne dure pas plus de 5 minutes… Un peu plus loin, Freddy s’arrête à nouveau pour que nous puissions nous extasier devant le Sillar, un superbe massif de roches érodées. Le périple commence on ne peut mieux ; nous ne sommes en effet qu’à quelques kilomètres de Tupiza et les attractions ont déjà l’air de s’enchaîner à merveille ! Nous ne sommes pas seul… Je me rends vite compte que nous sommes en fait 4 groupes – répartis dans 4 voitures – de la même agence à nous suivre. J’espère que l’on ne va pas croiser trop de monde par la suite…

Le Sillar : une érosion incroyable !

Le Sillar : une érosion incroyable !
Tupiza

S’ensuit une longue chevauchée à vive allure sur une piste s’enfonçant dans un paysage immense et sauvage. Je suis surpris de la vitesse à laquelle roule Freddy, notre chauffeur ; nous oscillons entre 60 et 90 km/h avec des pointes à 100 km/h ! Je n’y connais pas grand-chose en véhicules tout-terrain, mais je pense que notre carrosse est vraiment d’excellente facture pour supporter pareil traitement. Il est par ailleurs très confortable. On ressent les secousses certes, mais sans que ça en soit gênant. Le système de filtration de l’air est, qui plus est, particulièrement efficace. Même si la ventilation est en marche, la poussière, abondamment soulevée par les autres voitures, n’entre pas dans l’habitacle. Enfin, quand les fenêtres sont toutes bien fermées…

Les collines s’étirent à perte de vue. J’aperçois parfois au loin, au gré des caprices du relief, des tronçons de pistes. Ça me donne une idée de notre cap. Çà et là, des troupeaux de lamas paissent paisiblement et en toute liberté. Ils portent tous de jolies boucles d’oreille aux vives couleurs, un signe distinctif entre propriétaires.

Troupeau de lama paissant dans la maigre végétation de l'altiplano bolivien

Troupeau de lama paissant la maigre végétation de l’altiplano bolivien
Lípez

12h : Nous atteignons San Antonio de Lípez, un village posé au milieu du désert. Les maisons sont construites en briques d’adobe et arborent de jolis toits de chaume. L’église du village, elle aussi construite en adobe, sort plutôt de l’ordinaire avec son clocher imitant la Tour de Pise. L’heure de la pause déjeuner a sonné. Modesta, une mama bolivienne bien en chair et au caractère bien trempé, sera notre cuisinière attitrée pendant le tour. Elle nous a concocté un repas tout simple fait de crudités, de pâtes et de viande. C’est loin d’être un repas gastronomique mais c’est bien suffisant pour repartir le ventre plein.

Habitation en briques d'adobe et toit de chaume

Habitation en briques d’adobe et toit de chaume
Village de San Antonio de Lípez (Lípez)

Tour de l'église, Village de San Antonio de Lípez

Tour de l’église
Village de San Antonio de Lípez

Fontaine et corde à linge ; Village de San Antonio de Lípez

Fontaine et corde à linge
Village de San Antonio de Lípez

Nous redécollons juste après le déjeuner. L’après-midi est avant tout dédiée à avaler les kilomètres pour rejoindre la Réserve nationale de faune andine Eduardo Avaroa. Le soleil tape vraiment dur en milieu de journée, du fait de l’altitude et d’un ciel parfaitement dégagé. L’ayant de mon côté toute l’après-midi, j’essaie de m’en protéger du mieux que le peux, craignant ses effets néfastes à une telle altitude…

Un regonflage s'impose après plusieurs heures de piste... Lípez

Un regonflage s’impose après plusieurs heures de piste…
Lípez

L'aventure ! Lípez

L’aventure !
Lípez

Nous faisons peu de pauses : un arrêt pour visiter un village fantôme en ruines suivi d’une halte pour admirer le lac Morejón, avec le volcan Uturuncu (6008 m d’altitude) en toile de fond.

Village ruiné ; Lípez

Village ruiné
Lípez

Des paysages immenses... ; Lípez

Des paysages immenses…
Lípez

Une diversité de textures et de couleurs incroyable ! Lípez

Une diversité de textures et de couleurs incroyable !
Lípez

Laguna Morejón et Volcan Uturuncu (6008 m) ; Lípez

Laguna Morejón et Volcan Uturuncu (6008 m)
Lípez

Descente vers Quetena Chico ; Lípez

Descente vers Quetena Chico
Lípez

Sur la piste... non loin de Quetena Chico ; Lípez

Sur la piste… non loin de Quetena Chico
Lípez

Nous roulons tout l’après-midi au rythme de mes salsas, bachatas et autres musiques préférées. J’ai en effet pensé à emmener avec moi une clé USB avec un pot-pourri de mes sons favoris. Mes compagnons de virée et mon chauffeur – qui nous a ce matin bercé avec ses chansons rétros (années 80-90 !) et latinos – semblent plutôt apprécier.

18h : Nous franchissons l’entrée de la réserve après que chacun a payé son ticket d’entrée (150 Bs. soit environ 16 €). Nous voilà enfin arrivés, après 10 heures de route, à Quetena Chico. Il fait presque nuit lorsque nous découvrons ce petit village de 800 âmes, situé à une altitude respectable de 4191 m d’altitude. Notre hébergement est plutôt spartiate ; rien d’étonnant vu le dénuement de cette contrée reculée. Je partage ce soir une chambre de 5 avec les membres de mon groupe : Annika, Barry, Ema et Paul. Avec trois anglais et un irlandais, la langue de Shakespeare est de rigueur. Ayant une oreille bien plus coutumière de l’accent américain, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre tout ce qu’ils disent. Je me débrouille cependant sans trop de mal à échanger avec eux. Pas de douche ce soir, l’hostal (ou ce qui s’y apparente) en étant dépourvu.

Volcan au nord du village de Quetena Chico peu avant le coucher du soleil ; Lípez

Volcan au nord du village de Quetena Chico peu avant le coucher du soleil
Lípez

Le dîner est précédé d’un petit goûter (quelques gâteaux arrosés de thé, chocolat ou café). Il règne autour de la table une très bonne ambiance. Je fais la connaissance des membres des autres groupes, tous franchement sympas : Abby et Chris (deux tasmaniens, espèce rarissime !) ; Pilar et Ricardo (deux espagnols) ; Charlette, Ben, Nadia et Joe (quatre néo-zélandais) ; et enfin Matthias et Tanya (deux allemands). A part Pilar et Ricardo, qui doivent être dans leur cinquantaine, nous avons tous entre 25 et 35 ans. Il y a deux cuisinières pour nourrir tous les affamés. Modesta cuisine pour neuf personnes : mon groupe et les quatre néo-zélandais ; sa collègue pour sept. Étant le seul de la tablée à maîtriser suffisamment l’espagnol, je suis rapidement désigné traducteur officiel de la tribu ! On me confie des petits services à demander à notre guide ou aux cuisinières. Adorant ces deux langues, ce n’est pas pour me déplaire.

Le froid tombant comme un couperet dès que le soleil a pris ses quartiers de nuit, la chaleur des couvertures nous appellent peu après le repas. Il n’est même pas 21h quand tout le monde est déjà bien au chaud, à l’abri dans son sac de couchage sous un maximum de couvertures…

Huaylljara, 5 septembre 2014

6h15 : Je me lève avant les autres ce matin pour assister au lever du soleil. Dur dur de s’extirper du sac de couchage ; il fait un froid de chien dans la chambre, non chauffée. Je m’habille en quatrième vitesse en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas troubler le sommeil de mes camarades de chambrée. Le thermomètre doit à peine dépasser le zéro entre les murs ; il est bien en-dessous à l’extérieur !  Le froid me saisit dès que je franchis la porte de l’hostal. C’est pas possible, on doit friser les -15/-20°C ! Brrr.

Volcan Quetena et le village qui porte son nom, Quetena Chico (Lípez)

Volcan Quetena et le village qui porte son nom, au petit matin
Quetena Chico (Lípez)

Je ne vois aucun point de vue intéressant dans les environs immédiats de l’hostal. Je décide donc de prendre de la hauteur en empruntant un petit sentier que j’aperçois au loin, plein est. Je dois pour cela enjamber un petit cours d’eau s’écoulant au pied de la colline. Sa surface est intégralement gelée, confirmant que le mercure a dû descendre bien bas cette nuit ! Après une petite montée rendue assez éprouvante par les effets combinés de l’altitude et surtout du froid, je découvre un immense plateau inondé de petites touffes de graminées aux couleurs chatoyantes dans le soleil levant. Je me pèle tout en me régalant de ce spectacle aussi joli qu’éphémère et en prenant quelques photos. Dix minutes plus tard, je redescends et rejoins l’hostal qui commence à s’agiter doucement.

Fabuleuse lumière du matin... ; Quetena Chico (Lípez)

Fabuleuse lumière du matin…
Quetena Chico (Lípez)

7h30 : La troupe est réunie autour d’un bon petit déjeuner et les discussions animées vont bon train. Le programme étant chargé aujourd’hui, nous suivons avec diligence les instructions de notre guide-chauffeur et sommes prêts au départ à 8h tapantes. C’est reparti pour une nouvelle journée de piste et de merveilleuses découvertes ! Des dires de Freddy, cette seconde journée va être beaucoup plus intéressante que la précédente (qui m’a déjà beaucoup plu). J’ai hâte de voir ça !

Nous voilà donc reparti à travers les somptueux paysages du sud-ouest bolivien. De jolis nuages effilés se promènent dans le ciel, agrémentant de leurs fines dentelles les fabuleux reliefs colorés de ce bout du monde. Notre soleil mène tranquillement sa course dans un bleu d’une pureté incroyable, que seules ces altitudes respectables semblent savoir peindre. Que c’est beau ! Je prends vraiment mon pied à parcourir du regard ces toiles qui s’enchaînent sans discontinuer.

Un ciel tout en poésie... Lípez

Un ciel tout en poésie…
Volcan Quetena (Lípez)

Volcan Quetena ; Lípez

Volcan Quetena
Lípez

Seul bémol à mon bonheur : les pistes générées par le passage répété des 4×4. Elles ternissent un peu le tableau par leur nombre et leur caractère désorganisé. Elles courent un peu partout dans le paysage, au gré des caprices des chauffeurs. Je le fais remarquer à Freddy, qui me répond que les véhicules sont parfois contraints de dévier de la piste principale pour contourner un obstacle, après de fortes pluies notamment. C’est tout à fait compréhensible mais, tout de même, oh combien de ces empreintes disgracieuses pourraient être évitées si les itinéraires – principaux et secondaires – étaient matérialisés une bonne fois pour toute et suivis par tous ! Des panneaux « interdisant » de s’écarter de la piste principale ont été placés çà et là. L’effort de sensibilisation est louable mais s’avère, à l’évidence, loin d’être suffisant.

Notre premier arrêt est une « pause lama ». Un troupeau est en train de paître tranquillement sur une zone humide. Souhaitant tirer le portrait de l’une de ces peluches, je jette mon dévolu sur un bébé lama, particulièrement mignon sur ses gambettes élancées. Je le traque gentiment avec mon objectif. Intimidé, il court se réfugier dans les jupes bien rembourrées de sa mère…

Bébé lama, tellement mignon sur ses longues gambettes... Lípez

Tout ce qui est petit est mignon
Lípez

Lamas paissant sur une zone humide ; Lípez

Lamas pâturant sur une zone humide
Lípez

Nous repartons. Je demande à Freddy de s’arrêter quelques kilomètres plus loin pour pouvoir photographier un corral bondé de lamas. L’élevage du lama semble être la seule activité pastorale existante dans ce vaste secteur.

Corral de lamas perdu au milieu de nulle part, Lípez

Corral de lamas
Quetena Chico (Lípez)

Le Sud Lípez, où nous nous trouvons à présent, est une gigantesque région volcanique peuplée de dizaines de monstres éteints (le sont-ils vraiment ?), arborant des formes et des couleurs diverses. On observe ou on devine régulièrement d’anciennes coulées de lave dans le paysage, sur les flancs des volcans ou à leur base. La diversité des formations rocheuses est époustouflante, pour ne pas dire délirante. J’aimerais avoir en poche un doctorat de volcanologie pour comprendre tout ce qui a pu se passer ici !

Volcan Quetena et anciennes coulées de lave, Lípez

Volcan Quetena et anciennes coulées de lave
Lípez

Nous nous arrêtons plus loin en surplomb du lac Hedionda Sur pour admirer le vaste panorama. Freddy nous conduit quelques minutes plus tard en pourtour du plan d’eau. Des flamants roses s’affairent frénétiquement à collecter, à l’aide de leur large bec spécialisé, les micro-organismes qui peuplent le lac. Dommage qu’ils ne soient pas plus près de nous… Les nuages se reflètent joliment dans le miroir d’eau, créant un joli tableau aux couleurs pastel.

Laguna Hedionda Sur, Lípez

Laguna Hedionda Sur
Lípez

Flamants sur la Laguna Hedionda Sur, Lípez

Flamants sur la Laguna Hedionda Sur
Lípez

Un peu plus loin, c’est sur les rives du Kollpa, un lac recouvert de cristaux de sel exploités, que nous faisons escale.

Nous traversons en milieu de matinée le Salar de Chalviri puis le Désert de Dali, une vaste étendue de sable ponctuée çà et là de quelques gros rochers. Ma photo n’est qu’un pâle reflet de ce paysage empreint de minimalisme et d’une pointe de mystère.

Traversée du Désert de Dali, Lípez

Traversée du Désert de Dali
Lípez

Toile minimaliste dans le Désert de Dali, Lípez

Toile minimaliste dans le Désert de Dali
Lípez

Apparaît peu après, derrière un pli du relief, un volcan que je reconnais d’emblée par sa forme conique presque parfaite : le Licancabur. Ayant lu récemment qu’il était situé à cheval sur la frontière séparant le Chili de la Bolivie, je sais à présent que nous avons atteint les confins du pays ! J’éprouve à ce moment-là une fabuleuse sensation de liberté : me voilà « perdu » au fin fond de la Bolivie, dans ce qui semble être l’un des endroits les plus dépeuplés et sauvages du globe !

Licancabur à 11h capitaine ! ; Lípez

Licancabur à 11h capitaine !
Lípez

Une harmonie de tous les instants entre ciel et terre... ; Lípez

Une harmonie de tous les instants entre ciel et terre…
Lípez

Freddy nous conduit en surplomb de la Laguna Verde (4400 m), un fabuleux lac aux eaux turquoise situé au pied du Licancabur (5916 m) et de son acolyte, le volcan Juriques (5704 m). J’aperçois non loin de là, à l’est, la Laguna Blanca, aux eaux sont d’une couleur plus claire. Il est apparemment interdit de descendre sur la rive du lac ; interdiction dont certains ne semblent pas avoir connaissance ou se fichent royalement… Je prends quelques clichés de cette nouvelle toile d’artiste, du mieux que je peux considérant le peu de temps qui nous est accordé. J’éprouve naturellement une grande frustration à passer en revue si vite tous ces paysages ou à ne pas pouvoir capturer une belle image passant trop furtivement par ma fenêtre. Je comprends cependant qu’il ne faut pas trop tarder, vu les kilomètres à parcourir chaque jour…

Laguna Verde et Licancabur (5916 m) ; Lípez

Laguna Verde et Licancabur (5916 m)
Lípez

Démesure (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques) Lípez

Démesure (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques)
Lípez

Couleurs surréalistes... (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques) ; Lípez

Des couleurs surréalistes… (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques)
Lípez

Freddy finit par nous faire rire car, à chaque arrêt, il nous accorde presque systématiquement cinq minutes, pas plus… « Bueno, amigos, tenemos 5 minutos. » (« Bien, les amis, nous avons 5 minutes. »). Vraiment sympa ce Freddy ! Nous outrepassons bien sûr assez souvent cette limite. Je suis toujours le dernier à remonter dans la voiture… en essayant cependant de ne pas trop abuser de la patience de mes compagnons de route et de notre guide.

Après avoir touché du regard ce petit bout du monde, nous rebroussons chemin en direction du nord – nous retraversons le Désert de Dali – pour rejoindre des bains chauds (Termas de Polques) situés sur la rive ouest de la Laguna Chalviri. Une vingtaine de 4×4 sont garés devant le restaurant ; ça promet ! Nous choisissons de déjeuner avant de faire plouf. Modesta se met aux fourneaux et nous prépare rapidement le repas. Nous avons ensuite vingt minutes pour profiter des eaux chaudes. La baignade dans une eau à 35°C, au beau milieu de nulle-part, a de quoi faire rêver… Nous profitons de chaque minute puis redécollons.

Lunchtime aux Termes de Polques ; Termas de Polques (Lípez)

Lunchtime aux Termes de Polques
Termas de Polques (Lípez)

Un cadre de baignade pour le moins insolite ! ; Termas de Polques (Lípez)

Un cadre de baignade pour le moins insolite !
Termas de Polques (Lípez)

Etant à présent sur l’axe Uyuni – San Pedro de Atacama (Chili), nous voyons défiler sur la piste principale les 4×4 de je-ne-sais-combien d’agences (probablement plusieurs dizaines). Nous n’étions qu’une poignée sur l’axe Tupiza – Laguna Verde ; il va désormais falloir s’habituer à voir beaucoup de monde sur les sites que nous « passerons en revue »…

Prochain arrêt : Sol de Mañana, une zone volcanique active peuplée de geysers, fumerolles et mares de boue. Le spectacle est vraiment au rendez-vous ! C’est la première fois de ma vie que j’ai l’opportunité d’admirer des mares de boue en ébullition. On n’a franchement pas envie de mettre un pied dedans ! Notre planète est loin d’être un corps mort… Nous n’y restons pas plus d’un quart d’heure. Là encore, je suis frustré de ne pas pouvoir y passer plus de temps… Nous avons atteint le point culminant de notre itinéraire : 5000 m ! Comme ça, sans faire le moindre effort…

Fumerolle ; Sol de Mañana (Lípez)

Une fumerolle particulièrement active
Sol de Mañana (Lípez)

Mares de boue bouillonnantes ; Sol de Mañana (Lípez)

Mares de boue bouillonnantes
Sol de Mañana (Lípez)

Bulle de boue à haute température sur le point d'éclater ; Sol de Mañana (Lípez)

Bulle de boue à haute température sur le point d’éclater
Sol de Mañana (Lípez)

Terrain miné : gare où l'on met les pieds ! ; Sol de Mañana (Lípez)

Terrain miné : gare où l’on met les pieds !
Sol de Mañana (Lípez)

Nous redescendons de plusieurs centaines de mètres d’altitude sans trop nous en rendre compte, toujours en direction du nord. Des vigognes, ces superbes petits camélidés des hauts plateaux sud-américains, égaient notre passage de leurs silhouettes élancées.

Vigognes non loin de la Laguna Colorada ; Lípez

Vigognes à proximité de la Laguna Colorada
Lípez

Nous atteignons en fin d’après-midi le clou du spectacle de cette journée : la Laguna Colorada (4278 m), un lac de teinte orangée aux eaux très superficielles (quelques dizaines de centimètres) accueillant une immense population de flamants. Un spectacle incroyable ! Ce ne sont pas des centaines mais des milliers de bêtes à plumes qui constellent le vaste plan d’eau.

Freddy nous conduit tout d’abord à Huaylljara, une minuscule localité ne comptant qu’une poignée d’habitations presque toutes mitoyennes. Nous prenons rapidement possession de notre chambre avant de nous rendre sur les rives du lac, situé à quelques kilomètres au nord de l’hébergement. Il est 16h et nous avons pour une fois du temps devant nous (1h30) pour profiter de ce lieu d’exception. Je ne perds pas de temps et me détache du groupe pour vadrouiller à ma guise et photographier le spectacle. Des lamas se promènent nonchalamment autour du lac, picorant les herbes jaunies par des mois de sécheresse dans le bandeau de végétation qui entoure le plan d’eau. Ils portent tous un épais manteau de fourrure, attribut indispensable pour supporter les températures glaciales qui règnent sur l’altiplano pendant les nuits d’hiver.

Lama joliment vêtu ; Laguna Colorada (Lípez)

Lama joliment vêtu
Laguna Colorada (Lípez)

Même si les lamas ne manquent pas d’attrait, mon centre d’intérêt ce soir, ce sont les flamants. Des dizaines de troupes sont éparpillées un peu partout sur le lac. Peut-on faire plus élégant que le flamant rose ? Je me rends compte que cet oiseau passe en fait la majeure partie de son temps à sonder les eaux saumâtres du lac à l’aide de son bec démesuré pour en extraire la riche substance (micro-organismes tels des algues ou de petits crustacés).

D’après mes recherches sur Internet, on peut rencontrer trois espèces de flamants dans la réserve : le Flamant des Andes, le Flamant du Chili et le Flamant de James. J’ai l’impression – a posteriori – de n’avoir vu que ce dernier, pour moi le plus élégant avec son plumage rose pâle orné de stries carmin autour du coup et sur le dos. La grâce de ces échassiers tranche nettement avec l’austérité du cadre dans lequel ils évoluent.

Conciliabule de flamants ; Laguna Colorada (Lípez)

Conciliabule de flamants
Laguna Colorada (Lípez)

Vol de flamants à fleur d'eau... ; Laguna Colorada (Lípez)

Vol de flamants à fleur d’eau…
Laguna Colorada (Lípez)

Dépôts de sel balayés par les vents ; Laguna Colorada (Lípez)

Dépôts de sel balayés par les vents
Laguna Colorada (Lípez)

Des flamants par centaine)... Laguna Colorada (Lípez)

Des flamants par centaines…
Laguna Colorada (Lípez)

La surface du lac est interrompue par de grandes étendues de sel aux contours généreux. Des rafales de vent arrachent à ces tapis immaculés des nuages de poussière. Les conditions sont vraiment rudes ici mais les flamants ont l’air de s’en contrefiche. Ils mangent paisiblement, sans se soucier du temps qu’il fait…

Il faut bien ça pour résister aux rigueurs du climat ! ; Laguna Colorada (Lípez)

Il faut bien ça pour résister aux rigueurs du climat !
Laguna Colorada (Lípez)

J’ai la chance, peu avant de rejoindre la voiture, de pouvoir tirer le portrait d’un lama paisiblement couché au-dessus du lac. Je sens qu’il m’observe attentivement, tout en gardant sa digne posture. Je l’imagine facilement se dire « Mais, qu’est-ce qu’y me veut celui-là ? »… Je l’approche à petits pas tout en lui chuchotant des mots doux pour qu’il garde la pause. Et hop, un joli portrait de lama dans la boîte !

Tu veux ma photo ?!... ; Laguna Colorada (Lípez)

Tu veux ma photo ?!…
Laguna Colorada (Lípez)

17h30 : Nous nous retrouvons comme convenu à la voiture. Chacun semble enchanté par l’heure et demie d’exception qu’il vient de passer. Freddy nous reconduit à Huaylljara. Comme la veille, nous avons droit à un petit goûter précédant le dîner. Comme la veille, pas de douche… Et comme la veille, une franche bonne ambiance autour de la table ! Le tour est un sans-faute jusqu’à présent ; je ne regrette vraiment pas mon choix d’être parti avec Tupiza Tours !

Il semble faire encore plus froid ici qu’à Quetena Chico. J’espère que mon sac de couchage (confortable en théorie jusqu’à 0°C) doublé des couvertures à disposition suffira. Par précaution, j’enfile tout de même les collants thermiques, le sous-pull et les chaussettes en laine d’alpaga que j’ai achetées dernièrement à La Paz (pas franchement solides mais chaudes !). Paré pour le froid…

21h et des poussières : Je rejoins les bras de Morphée, repu de ce festin de découvertes et de paysages incroyables.

Sucre et le Cratère de Maragua

Sucre, 28 août 2014

Je débarque à Sucre vers 8h du matin après un trajet en bus de près de 12h. Même si le siège cama était plutôt confortable, j’ai mal dormi. J’ai en effet cru bêtement que la compagnie fournirait une couverture… Quel idiot j’ai été de ne pas prendre avec moi mon sac de couchage ! Heureusement, je ne suis pas tombé malade. Zéro pointé pour la compagnie El Dorado, dont le service client laisse franchement à désirer. Ils fournissent un siège, point barre.

Xuan et moi grimpons dans un combi en direction du cœur de Sucre. Le centre-ville tel que je me l’imaginais – à savoir de belles rues bordées de bâtiments blancs – est long à venir mais tiens ses promesses. 8h30 : la chasse à l’hostal est lancée ! Et va s’avérer bien pénible… Xuan décide de poser ses valises dans un dortoir au bout du deuxième ou troisième essai (c’est aussi dans cet hostal que nous prenons un petit-déjeuner à volonté, franchement le bienvenu car je commençais à être affamé). Je choisis de continuer ma recherche car l’hostal ne m’inspire pas et parce que j’ai envie d’une chambre privée. Le pri est certes plus cher, mais qu’il est agréable d’avoir sa petite chambre rien que pour soi et son intimité. Je prospecte aujourd’hui tous les hostals que j’avais sélectionnés dans mon guide (6-7), plus d’autres rencontrés en chemin. C’est une première ! Je finis par capituler, fatigué par plus d’une heure et demie de recherche chargé comme un mulet, dans un hostal de la rue Foa (Backpackers Sucre Hostel), sans grande motivation. Je paye 45 Bs. pour un lit en dortoir dans une chambre de 6 très sombre. Je souhaite bonne route à Xuan qui m’avait accompagné dans ma recherche (au cas où j’aurais dégoté la perle rare de la ville…) puis me pose un peu, vanné et le moral dans les chaussettes.

Je ressors en fin de matinée pour me balader un peu. Sucre est une jolie ville et mérite vraiment son surnom de Ciudad Blanca (« Ville Blanche »), bien plus qu’Arequipa d’après moi. Sa place centrale, véritable parc paysager en miniature, est vraiment très sympa. Comme de nombreuses villes déjà visitées, on y trouve une foule d’églises, malheureusement fermées la plupart du temps (je n’en visiterai d’ailleurs aucune pendant mon séjour). Tous les bâtiments, y compris les églises, arborent ici la même couleur : le blanc, créant une belle unité dans le paysage urbain.

La ville blanche, Sucre

La ville blanche…
Sucre

Des jeunes déguisés en zèbres (certains en ânes) animent de leur bonne humeur certains passages piétons du cœur de ville. Leur mission ? Sensibiliser la population, aussi bien les conducteurs que les piétons, au civisme ! Une belle initiative de la municipalité observée également à La Paz. Pourquoi des zèbres ? Tout simplement pour faire écho au cebra, terme utilisé pour désigner un passage piéton en Espagnol.

Des zèbres urbains qui sensibilisent la population au civisme, une belle initiative, Sucre

Des zèbres urbains qui sensibilisent la population au civisme, une belle initiative !
Sucre

Scène de rue, Sucre

Scène de rue…
Sucre

Je fais le tour des agences dans l’après-midi à la recherche d’une offre d’un ou deux jours pour le Cratère de Maragua, une singularité géologique située à l’ouest de Sucre que je meurs d’envie de voir de mes propres yeux. L’agence Condor Trekkers, à but non lucratif, sort du lot mais j’entends toujours la même rengaine : « Aucun groupe n’est prévu pour le moment. Repassez en fin d’après-midi, au cas où… ». Voyager seul a ses avantages… et ses inconvénients. Les agences ne programment les tours qu’à partir de deux, souvent trois personnes. Quand on est seul, il faut soit casser la tirelire soit croiser les doigts pour qu’un petit groupe se constitue… Je laisse tomber pour un départ demain, on verra si j’ai plus de chance pour une échappée après-demain.

18h : Je retrouve Mi Young, la belle coréenne que j’avais rencontrée à Yamuni (Isla del Sol) il y a quelques jours. Nous dînons ensemble ce soir, sans Wook Bae, son mari, qui n’est apparemment pas très en forme. J’avoue que je suis vraiment content de la voir car la journée a été frustrante et mon moral en a pris un coup. Je retrouve le sourire en discutant avec elle tout en dégustant un délicieux repas à La Taverne, un restaurant frenchy de la rue Aniceto Arce recommandé par Barbara et Cédric et par tous les guides de voyage. Je passe un excellent moment en sa compagnie, à bavarder de choses et d’autres.

20h : Je me mets au lit, crevé par cette journée en demi-teinte. J’espère me sentir un peu mieux après une longue nuit de sommeil…

Sucre, 29 août 2014

Je quitte l’hostal vers 8h30 sans aucun regret et jette mon dévolu sur un autre hostal situé à quelques rues de là : The Bee Hive (La Ruche). J’ai de nouveau un lit en dortoir mais l’endroit est plus sympathique. J’y fais la rencontre de Katie (« Kèidiiiie » avec l’accent !), une américaine faisant actuellement du volontariat à Sucre. Je l’accompagne vers 10h pour une visite guidée « gratuite » de la ville. Le tour, qui dure trois bonnes heures, est intéressant, mais sans plus. Je concède 30 Bs. de pourboire à notre guide qui nous en demandait 50… (on appelle pas ça un « free tour » dans ce cas !).

Je passe une bonne partie de l’après-midi à écrire, tantôt à l’hostal (un peu trop bruyant pour pouvoir se concentrer) tantôt à la table d’un café…

Je retourne à l’agence Condor Trekkers en fin d’après-midi car j’ai reçu un mail m’informant qu’un groupe était confirmé pour un circuit de trois jours commençant demain. J’avais dans l’idée de ne partir que pour un ou deux jours mais l’occasion est trop belle. Je m’inscris en payant l’intégralité de la somme (600 Bs.) en croisant les doigts pour que l’investissement soit rentable… Je dîne ensuite au resto avant de retourner à l’hostal, en réalisant un petit crochet pour récupérer des vêtements à la laverie.

20h : Je noircis un peu mon carnet de bord avant de me glisser sous la couette…

Maragua, 30 août 2014

5h45 : Je quitte le dortoir, encore profondément endormi, en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les marmottes qui se sont couchées bien plus tard que moi. J’avale trois pancakes que l’on a gentiment mis de côté pour mon petit-déjeuner puis sors dans l’aube naissante pour rejoindre la porte de l’agence. Je suis un peu tendu car l’une des employées de l’hostal m’a mis en garde : des attaques se sont produites récemment à cette heure-ci. Une jeune allemande s’est apparemment faite piégée en voulant se rendre à l’agence Condor Trekkers au petit matin. Deux jeunes ont fait semblant de vouloir l’attaquer pour qu’elle grimpe dans un taxi arrivant comme par miracle au bon moment… Un coup monté pour la kidnapper, la voler et la violer (heureusement, elle s’en serait sorti sans avoir été abusée sexuellement). Histoire vraie me confirme-t-on à l’agence. Je ne croise heureusement qu’un homme ivre près de la place…

6h40 : Nous grimpons dans un micro affrété par l’agence. Il ne faut pas plus d’une heure pour atteindre la chapelle de Chatapula, point de départ de notre trek qui va nous mener aujourd’hui jusqu’au cratère de Maragua. Nous avons droit à un excellent petit-déjeuner (un cake à la banane et un cake aux carottes, arrosés d’un café). Notre guide, Fabio, a l’air vraiment sympa. Il est accompagné d’Anthony, un américain réalisant un volontariat au sein de l’agence (il assure la traduction lors des tours bilingues). Nous ne sommes que quatre à participer au tour : Maxime et Emilie, deux wallons, et Moriyah, une israélite voyageant en solo. C’est plutôt bien parti ; j’exulte d’avoir devant moi ces deux jours de marche en petit comité (le troisième n’étant en fait qu’une demi-journée réservée au retour vers Sucre).

Notre trek débute par une descente le long d’un ancien chemin inca partiellement restauré. Je discute souvent pendant le trajet avec notre guide, dont l’enthousiasme et le sourire font plaisir à voir. Anthony me révèle en catimini que Fabio est le plus sympa de l’agence. J’ai vraiment tiré le bon numéro sur ce coup ! Le sentier est vraiment de qualité. Dire que des incas parcouraient ces rubans serpentant sur des milles pour rallier au plus vite les messages entre les différentes provinces de l’empire !

Un petit bout de paysage visible depuis le sentier Inca, Région de Maragua

Un petit bout de paysage en descendant le sentier Inca
Région de Maragua

Nous atteignons la rivière Ravelo après une bonne heure et demie de descente. Le soleil tape dur et la sueur commence à couler. Nous ne croisons personne à part quelques locaux aperçus ou rencontrés ça et là. J’ai l’impression que nous sommes seuls au milieu de nulle part et m’en réjouis. Nous passons à côté d’impressionnantes formations géologiques, notamment une falaise laissant apparaître sur plusieurs dizaines de mètres un pan de l’histoire géologique de la région. Des roches litées blanches surmontent des roches rouges extrêmement friables. La limite est tranchée au couteau. Elle marque des dires de notre guide le passage du Jurassique au Crétacé, il y a 145 millions d’années. Deux périodes au cours desquelles les dinosaures ont régné en maître sur notre bonne vieille Terre… Observer ces couches de roches accumulées pendant des dizaines de millions d’années me laisse songeur.

Une limite Jurassique - Crétacé tranchée au couteau, Région de Maragua

Une limite Jurassique – Crétacé tranchée au couteau !
Région de Maragua

Une érosion féroce, Région de Maragua

L’érosion est féroce dans le secteur…
Région de Maragua

Chemin creusé dans la colline, Région de Maragua

Une piste creusée dans la colline…
Région de Maragua

Une piste creusée dans la colline, Région de Maragua

Une piste creusée dans la colline…
Région de Maragua

Des formes d'érosion d'une incroyable diversité, Région de Maragua

Des formes d’érosion d’une incroyable diversité…
Région de Maragua

13h : Nous atteignons une jolie cascade posée au milieu d’un paysage très étonnant, fait d’incroyables bancs de roches inclinés. Fabio et Anthony nous préparent un pique-nique purement végétarien (les œufs en plus) : avocat, salade, arroche, concombre, tomate, oignon crus, le tout accompagné d’aubergines, de carottes et de bananes plantain cuites. De quoi se préparer de délicieux sandwiches ! L’agence gagne des gallons d’heure en heure. Repu, je profite d’une demi-heure de pause pour prendre des photos de cet endroit hors du commun.

Un endroit hors-du-commun pour pique niquer, Région de Maragua

Un endroit hors-du-commun pour pique niquer…
Région de Maragua

Banc de roche incliné, Région de Maragua

Banc de roche incliné
Région de Maragua

La Nature crée parfois des choses surprenantes, Région de Maragua

La Nature crée parfois des choses surprenantes !
Région de Maragua

Nous reprenons la route vers 14h sur un petit sentier à peine marqué pour poursuivre l’ascension (un bien grand mot) du cratère. Ce paysage, fait principalement de roches et de terre rouges, m’évoque souvent l’Afrique… Le seul bémol à ce beau tableau, c’est le ciel. Le soleil perce rarement le voile nuageux qui s’est épaissi depuis ce matin. Il en résulte des couleurs fades et un faible contraste qui ne rendent vraiment pas justice au paysage. Je prends peu de photos du coup.

Un petit air d'Afrique, Région de Maragua

Un petit air d’Afrique…
Région de Maragua

Le fourrage est mis à sécher dans les branchages, Région de Maragua

Fourrage mis à sécher dans les branchages
Région de Maragua

Nous atteignons le bord du cratère en fin d’après-midi. Je découvre avec bonheur cet excentricité géologique – je suppose – unique au Monde qui m’a fait bavé d’envie devant mon écran d’ordinateur lorsque j’ai découvert cet endroit par pur hasard, en surfant sur Google Earth. Une photo aérienne s’impose pour apprécier l’originalité de la chose. Même s’il en a le nom et plus ou moins la forme, il ne s’agit pas en réalité d’un cratère. Les forces tectoniques qui ont créé cette merveille étaient sacrément bien inspirées…

18h : Nous découvrons avec bonheur notre hébergement de ce soir, situé un peu en retrait de village de Maragua, en plein cœur du cratère. Plusieurs maisonnettes, m’évoquant vaguement les cabanes des Schtroumpfs (sans la couleur), s’organisent autour d’une petite place centrale. Je partage ce soir une jolie chambre toute blanche avec Moriyah. Un orage éclate à proximité. Passera ? Passera pas ? Nous ne recevons finalement que quelques grosses gouttes qui ne font que mouiller la poussière. Rien de bien méchant.

Cheminée de notre cabane de ce soir, Cratère de Maragua

Cheminée de jolie cabane
Cratère de Maragua

Mon lit pour une nuit dans le cratère, Cratère de Maragua

Mon lit pour une nuit dans le cratère…
Cratère de Maragua

J’observe un homme attendant que la tempête passe devant une maison d’adobe. Sa femme – je présume – le rejoins en traversant le terrain de foot du village, fait de terre battue. Je ne manque pas de saisir ces deux scènes empreintes d’une certaine nostalgie avec mon boîte à images.

En attendant que l'orage passe, Cratère de Maragua

En attendant que l’orage passe…
Cratère de Maragua

L'arc-en-ciel et la vieille dame, Cratère de Maragua

L’arc-en-ciel et la vieille dame…
Cratère de Maragua

Incendie de lumière avant le coucher du soleil, Cratère de Maragua

Incendie de lumière avant le coucher du soleil
Cratère de Maragua

Nous avons droit à un petit goûter dans la salle à manger de notre cabane. La douche qui s’ensuit est froide mais oh combien salutaire après cette longue randonnée. Le dîner clôture en beauté cette première journée.

20h30 : Tout le monde se met au lit pour une nuit de sommeil bien méritée…

Potolo, 31 août 2014

Raté ! J’attendais avec impatience l’aube pour pouvoir prendre des photos du cratère avec la belle lumière du matin mais les nuages sont encore de la partie. Quelle poisse !

8h : Nous décollons peu après le petit-déjeuner. Il nous faut une bonne heure et demie pour sortir du cratère et quitter ce bout du monde hors du Monde. J’aurais adoré rester une nuit de plus et ainsi pouvoir passer la journée entière à faire le tour du propriétaire mais non, il faut déjà repartir… Si jamais je remets un jour les pieds en Bolivie, il est clair que je reviendrai à Maragua par mes propres moyens pour découvrir cet endroit de manière beaucoup plus approfondie. J’avoue que cette visite éclair est assez frustrante…

Arbre isolé dans le cratère, Cratère de Maragua

Arbre isolé dans le cratère
Cratère de Maragua

Noir et blanc, Cratère de Maragua

Noir et blanc
Cratère de Maragua

Des plissements délimitent tout le cratère, Cratère de Maragua

D’incroyables plissements forment et délimitent le cratère.
Cratère de Maragua

Le paysage géologique du secteur est vraiment incroyable. Je pense n’avoir jamais vu une telle diversité de formations rocheuses en si peu de temps. J’ai l’impression d’évoluer en plein continent africain et ma volonté de voyager un jour prochain sur ce vaste continent se renforce. Nous passons à proximité de petites fermes construites en pierre, parfois en briques d’adobe. Ces dernières arborent une très jolie teinte rouge. Nous croisons peu de locaux. Des fillettes accourent vers nous pour proposer les quelques bracelets qu’elles ont elles-mêmes confectionnés ou de petits fossiles qu’elles ont glanés dans la campagne.

Vue aérienne de cette formation géomorphologique incroyable ! Cratère de Maragua

Vue aérienne de cette formation géomorphologique incroyable !
Cratère de Maragua

Habitations isolées sur le flanc externe du cratère, Cratère de Maragua

Habitations isolées sur le flanc externe du cratère
Cratère de Maragua

Mille-feuille de roches et de couleurs, Région de Maragua

Mille-feuille de roches et de couleurs
Région de Maragua

Arbuste isolé croissant sur une dalle rocheuse en damier, Région de Maragua

Arbuste isolé croissant sur une dalle rocheuse en damier
Région de Maragua

Tout est ici construit avec les matériaux trouvés sur place, Région de Maragua

Tout est ici construit avec les matériaux trouvés sur place.
Région de Maragua

Gros plan sur le four, Région de Maragua

Gros plan sur le four
Région de Maragua

11h : Nous atteignons les fameuses empreintes de dinosaures promises par Fabio. C’est la première fois que je suis nez à nez avec un vestige de ces géants ayant foulé pendant plus de 150 millions d’années notre planète avant de disparaître soudainement il y a 65 millions d’années. Une quinzaine d’empreintes d’un dinosaure bipède carnivore sont profondément gravées dans la pierre, comme si ce monstre avait marché là il n’y a pas si longtemps que ça. Peut-être s’agissait-il d’un jeune Tyrannosaurus rex, le fameux T-rex de Jurassic Park, « roi des tyrans » ayant régné sur Terre à la fin du Crétacé. Il est très impressionnant d’observer in situ ces empreintes à trois doigts portée par un animal de légende que je n’ai vu jusqu’à présent qu’au cinéma, dans les livres ou au musée. L’animal a marché là, dans la boue, sans se douter une seule seconde que son passage serait un jour admiré par les membres d’une espèce lui succédant des dizaines de millions d’années plus tard… Je demande à Maxime de me prendre en photo à côté de ces empreintes avant de redécoller.

Empreintes laissées par une très grosse bébête, Région de Maragua

Empreintes laissées par une très grosse bébête…
Région de Maragua

Même si il est formidable de pouvoir les toucher, je trouve fort dommage que ces traces soient si mollement protégées (seulement de l’érosion en amont)… On trouve juste à côté, sur le même pan incliné (boue fossilisée), des traces supposées d’un jeune brachiosaure (ou espèce affine), ce fameux dinosaure au long cou brouteur de feuilles et aux dimensions impressionnantes (12 m de hauteur sur 25 m de longueur). Elles sont cependant beaucoup moins évidentes à identifier, bien qu’on remarque sans trop se forcer qu’il s’agit bien d’empreintes laissées par une grosse bébête.

Nous restons vingt petites minutes auprès des empreintes puis poursuivons notre route. 13h : Il est grand temps de se poser pour pique-niquer car les ventres crient famine. Fabio nous conduit sous l’ombre d’un arbuste. C’est fajitas au menu ! A nouveau, on mange végétarien avec les mêmes ingrédients que la veille au midi. Chez Condor Trekkers, on aime la nourriture saine !

Magnifique paroi rocheuse rosée, Région de Maragua

Magnifique paroi rocheuse rosée
Région de Maragua

Un pique-nique purement végétarien, Région de Maragua

Un pique-nique purement végétarien !
Région de Maragua

Nous repartons à 14h sous un soleil de plomb pour parcourir les trois heures restantes jusqu’au village de Potolo. Les paysages traversés sont toujours aussi colorés et m’évoquent toujours autant l’Afrique.

Femme transportant un fagot de branches mortes à travers la plaine, Région de Maragua

Femme transportant un fagot de branches mortes à travers la campagne
Potolo

La terre rouge m'évoque souvent l'Afrique, Potolo

La terre rouge m’évoque souvent l’Afrique…
Potolo

Les semailles attendront la pluie, Potolo

Les semailles attendront la pluie…
Potolo

Un paysage qui donne envie de s'aventurer dans les moindres recoins, Potolo

Un paysage qui donne envie de s’aventurer dans les moindres recoins…
Potolo

17h : Notre point de chute est atteint. L’hébergement ressemble en tous points à celui où nous étions la nuit passée. Nous passons une soirée tranquille, à discuter tranquillement autour de la table dans la langue de Shakespeare.

Le lit nous appelle tous comme la veille avant 21h…

Sucre, 1er septembre 2014

Nous quittons Potolo ce matin à 8h en grimpant dans un combi (public) sur la place du village. La première heure se déroule au sein d’un paysage enchanteur. Nous longeons un canyon magnifique aux couleurs et au relief incroyables. Ma frustration est presque aussi grande que mon émerveillement… Mon dieu que j’aimerais que l’on s’arrête pour prendre des photos ! Il faut vraiment que je revienne un jour en Bolivie pour prendre mon temps dans ce pays surprenant.

Notre combi crève sur la piste aux environs de 9h. Le pneu de rechange n’a presque plus de gomme… J’espère qu’il n’éclatera pas avant que nous arrivions à destination !

On crève sur la piste... Un changement de roue et c'est reparti, Potolo

On crève sur la piste… Un changement de roue et c’est reparti !
Potolo

10h30 : Nous atteignons Sucre. Le combi nous dépose au niveau d’un rond-point. Il nous faut alors prendre un taxi pour rejoindre la porte de l’agence. Notre tour se termine en beauté par un déjeuner pourvu par le restaurant de l’agence (au demeurant excellent et vraiment pas cher). Je commande une pomme de terre farcie au fromage et à l’œuf. Une délicieuse soupe aux légumes arrive après. Le bilan de ces trois jours est excellent. Je ne peux que recommander chaleureusement Condor Trekkers (et Fabio, notre guide) !

Au sortir de l’agence, je file acheter en compagnie de Maxime et Emilie un ticket de bus pour un départ vers Potosí demain en milieu de journée. Je réussis à négocier une petite ristourne de 2 Bs. pour chacun d’entre nous en faisant jouer la concurrence. Nous payons ainsi chacun 28 Bs.

Je retourne ensuite à l’hostal (The Bee Hive) où je passe deux heures à éditer le prochain article pour mon blog (Arequipa et le Canyon de Cotahuasi). Je ressors en milieu d’après-midi pour « faire les boutiques » et dégotter une paire de baskets toutes simples. J’ai en effet atteint un ras-le-bol avec mes Mendel (baskets de randonnée), beaucoup trop chaudes et hermétiques. L’odeur que dégagent mes pieds en fin de journée est devenu un véritable problème. J’ai beau les laver trois ou quatre fois de suite, l’odeur est toujours là. Le problème est tel que je ne peux pas ôter mes chaussures lors d’un long trajet en bus pour être plus à l’aise… Bref, il me faut d’autres godasses ! Je repère dans une petite boutique une paire de Nike taille 45 (difficile à trouver ici) à 470 Bs. (soit 53 €). Cependant, elles sont un peu trop flashy à mon goût… Je reporte ma décision d’achat au lendemain matin.

19h : Je retrouve Maxime et Emilie à l’agence Condor Trekkers. Nous décidons de dîner à La Taverne. Ravi de ma première fois, je reprends un gros bol de fettuccine et partage une heure et demie fort sympathique en compagnie de mes deux camarades de trekking.

De retour à l’hostal, je me remets sur mon article pendant deux petites heures avant de me glisser sur la couette.

Potosí , 2 septembre 2014

8h30 : Je sors en ville pour acheter mes nouvelles baskets. Me voilà paré d’une nouvelle couleur : le jaune fluo ! Mes pieds peuvent enfin respirer ! Je retourne ensuite à l’hostal pour faire mes sacs et me remettre en mode « transit ».

10h45 : Je grimpe dans un taxi (5 Bs.) pour rejoindre le terminal. Mon bus quitte le port à 12h30. J’ai donc une heure et demie à tuer : je décider de me poser à la table d’un petit resto pour développer mes photos.

12h30 : Je quitte Sucre pour débarquer, 3h30 plus tard, dans une nouvelle ville : Potosí. Ce n’est pour moi qu’une étape vers Tupiza, ma prochaine destination. Je ne ferai qu’y passer la nuit pour reprendre un bus demain matin. Potosí se distingue par son altitude (4070 m) et ses fameuses mines d’argent, toujours en exploitation et constituant sa plus grosse attraction. Fraîchement débarqué à l’ancien terminal, il me faut vingt bonnes minutes pour rejoindre le centre-ville. Un peu perdu au début, je finis par me repérer grâce à ma carte et à quelques indications des habitants. Je décide de rester à l’hostal Compañia de Jesús, le premier que j’avais sélectionné à l’aide de mon guide. J’ai une chambre simple avec salle-de-bain privée pour 70 Bs. Rien d’exceptionnel mais ce n’est que l’histoire d’une nuit.

Je ressors en fin d’après-midi pour visiter le centre-ville, pour moi sans grand charme. Il y a beaucoup de monde dans les rues… A 4070 mètres d’altitude, on a vite froid dès que le soleil s’est éclipsé.

Je passe un certain temps ce soir à trouver un endroit pour manger. Je jette mon dévolu sur La Taberna, le restaurant jumeau de La Taverne où j’ai mangé deux fois à Sucre. La cuisine est semblable mais le service meilleur dans la ville blanche.

20h30 : Je me glisse sous une tonne de couvertures pour échapper au froid régnant dans ma chambre.

La Paz et son marché aux sorcières…

La Paz, 25 août 2014

Je quitte ce matin à reculons la Isla del Sol en grimpant dans le bateau de 10h30 pour Copacabana. Je serais bien resté une semaine entière, un mois complet, une vie… sur cette terre d’exception mais je dois avancer si je veux voir tout ce que j’ai prévu de voir en Amérique du Sud avant mon vol pour l’Île de Pâques le 3 octobre prochain ! Comme à l’aller, je suis content de ne faire que passer en coup-de-vent à Copacabana ; cette ville ne m’inspire définitivement pas. Une fois débarqué, je file acheter sans tarder un ticket pour le bus de 13h30 en partance pour La Paz (25 Bs.). Le timing est parfait ! Aucun temps mort, je me pose dans un petit resto de la rue du port mais tire à nouveau un mauvais numéro (des portions franchement radines cette fois-ci…).

13h30 : Le bus part. Assis côté fenêtre, j’ai tout loisir d’admirer le lac et son immensité bleutée. Nous devons quitter le bus au bout d’une petite heure pour passer le détroit de Tiquina, qui sépare le Lac Majeur (au Nord) du Lac Mineur. Un petit bateau nous mène en dix minutes sur l’autre rive. Je discute pendant tout le trajet avec une mexicaine. Et notre bus, comment va-t-il faire lui pour traverser ? Dans une barge ! Je suis étonné d’observer notre gros engin flotter sans problème dans une si petite embarcation… Il lui faut vingt bonnes minutes pour passer de l’autre côté.

Notre bus traverse le détroit de Tiquina sur une barge, La Paz

Notre bus traverse le détroit de Tiquina sur une barge !
La Paz

Le bus repart en longeant la rive nord du Lac Mineur puis c’est de nouveau l’immensité desséchée du páramo qui défile devant ma fenêtre. Nous atteignons les prémices d’El Alto une heure plus tard. Cette ville, construite sur l’Altiplano à une altitude remarquable de 4150 m. Cela en fait la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du Monde ! Avec une population avoisinant un million d’habitants, El Alto serait apparemment la seconde ville la plus peuplée de Bolivie, après Santa Cruz, la capitale n’arrivant que troisième dans le classement. C’est une ville tentaculaire s’étalant sur des kilomètres autour de l’aéroport international de La Paz, le plus haut du Monde. Les superlatifs abondent ici ! Son développement anarchique en fait une ville sans charme d’une profonde laideur. Les bâtiments, tantôt en briques d’argile, tantôt en briques d’adobe, sont presque tous à moitié terminés. Le troisième étage peut très bien avoir l’air occupé alors que les deux premiers attendent toujours leurs fenêtres… Je n’ai jusqu’à présent jamais observé une ville aussi étrange. Notre route, qui semble être l’une des rues principales de la ville, est bordée de deux larges bandes de terre battues bordées de deux affreuses rangées d’immeubles. J’aperçois de ma fenêtre une fillette en train de faire la grosse commission en plein milieu de la rue, à la vue de tous et sous la supervision de sa mère. Une bien triste jungle urbaine… J’avoue être content de ne faire que traverser cette ville sans avoir à y mettre les pieds.

La Paz nous apparaît comme par magie dès que nous atteignons la marge est du plateau. Immense, elle est digne d’une capitale ! C’est une ville en relief très jolie vue d’en haut.

17h : Je débarque du bus au terminal central de la ville, un peu inquiet je dois l’avouer car La Paz a mauvaise réputation. J’ai en effet souvent lu ou entendu dire que c’était une ville glauque et peu sûre. Je fais la rencontre de Xuan, un américain d’origine mexicaine, à la sortie de la gare routière. Nous décidons de marcher ensemble jusqu’à la Place San Francisco, située seulement huit rues plus bas. J’avais dans l’idée de prendre un colectivo (éventuellement un taxi) pour rejoindre le centre-ville, croyant qu’il était très éloigné du terminal, mais la marche s’impose ! La recherche d’un hostal s’avère aujourd’hui éprouvante. La Paz est loin d’être plate et les hébergements de qualité ne sont pas donnés. Xuan m’accompagne dans ma recherche. Après quatre essais infructueux et une bonne heure de vadrouille dans les rues de la ville, nous trouvons, Xuan et moi, notre bonheur à l’hostal Arcabucero, à cinq minutes de la Plaza San Francisco. Nous payons chacun 75 Bs. pour une chambre double avec salle-de-bain privée. La propreté laisse à désirer (les draps n’ont a l’évidence pas été changés… je ne m’en rends compte qu’a posteriori) mais le bâtiment a une certaine classe et sa localisation est parfaite.

Je pose mes sacs, laisse mon passeport et une carte de crédit sous bonne garde à la réception (je l’espère), puis ressors illico en ville à la recherche d’une agence pour réaliser l’ascension du Huayna Potosi, un sommet très couru en Bolivie culminant à 6088 m. Je dégote une agence qui m’a l’air sérieuse, rue Sagarnada. spécialisée dans les ascensions de ce sommet. J’ai un bon contact avec Rodolpho, le chef de l’agence. Le tour de deux jours est à 950 Bs. (soit 95 €) par personne pour un groupe de deux ou trois personnes, 1350 (soit 150 €) pour une personne seule. J’aimerais partir dès demain pour une ascension en deux jours mais aucun groupe ne se profile à l’horizon pour le moment. Dommage ! Je n’ai plus qu’à croiser les doigts pour que quelqu’un se présente demain ou bien décider de partir seul avec un guide…

Je dîne ce soir en compagnie de Xuan dans un restaurant plutôt chic de l’Avenue Illampu. J’apprends qu’il est photographe, ce qui donne naturellement matière à profusion pour discuter !

La Paz, 26 août 2014

Je passe une partie de la journée à écrire. J’ai du pain sur la planche : presque trois semaines de retard ! Une « charette » impossible à rattraper en si peu de temps mais « ce qui est fait n’est plus à faire » ; quelques heures de travail, c’est déjà ça !

Je retourne à l’agence à 10h puis à 15h mais personne ne s’est présenté entre temps pour faire l’ascension. Pas de chance ! J’ai la possibilité de partir seul avec un guide mais, outre le prix, certains détails du tour me chagrinent. Le guide n’est pas certifié (c’est ce qu’ils appellent un « aspirant » au titre de guide…) mais surtout, mon assurance voyage ne couvre pas ce type d’activité. Apparemment, ce n’est pas un sommet très dangereux (à cette saison en tout cas) mais il y a tout de même eu des accidents récemment. Un pépin pendant l’ascension ou la descente et je l’ai dans le baba. Je tombe qui plus est dans l’après-midi sur une troisième personne (il faut tout réexpliquer) avec qui le courant ne passe pas. Je décide de consulter deux autres agences en fin de journée, sans succès. Il y a bien un départ groupé demain avec l’une d’entre elles mais nous serions 10 dans le groupe ! Faire l’ascension d’un tel sommet à dix ? Bonjour les frustrations. Non merci, ça ne m’intéresse pas.

Je meurs d’envie d’y aller car je suis presque sûr d’avoir la condition physique pour mais les circonstances ne s’y prêtent tout simplement pas. Je finis par laisser tomber, dépité. Le moral en prend un coup. Je ne sors même pas pour dîner, préférant avaler à la place les quelques fruits que j’avais achetés au marché ce matin. Je me couche peu après 20h avec une seule envie, oublier cette mauvaise journée…

La Paz, 27 août 2014

C’est Noël ce matin : je dégote un petit-déjeuner à volonté pour 33 Bs. (café-restaurant Banais, près de la place San Francisco). J’y passe une petite heure et demie pour écrire.

10h30 : Je quitte l’hostal en laissant le gros de mes affaires puis me rends à la gare routière avec Xuan pour acheter mon ticket de bus pour Sucre. C’est décidé, je quitte La Paz ce soir ! Cent bolivianos pour un siège cama (inclinable à près de 180°) : le tarif est raisonnable. Je pars ensuite en vadrouille dans le centre-ville pour découvrir un peu plus en profondeur la capitale. Je dois dire que je suis agréablement surpris.

La Paz est résolument une grande ville, La Paz

La Paz est résolument une grande ville…
La Paz

De jolis massifs de fleurs agrémentent le terre plein d'El Prado, La Paz

De jolis massifs de fleurs agrémentent le terre plein d’El Prado
La Paz

Moche cette ville, pas vraiment,, La Paz

Une ville loin d’être laide…
La Paz

L’avenue principale (El Prado) se révèle plutôt jolie avec un terre-plein central piéton agrémenté d’arbres et de beaux massifs de fleurs. Il y a foule ce matin dans cette avenue. Des retraités sont en train de manifester pour leurs droits en faisant un sitting.

Les retraités de la capitale revendiquent leurs droits en faisant un sitting, La Paz

Les retraités de la capitale revendiquent leurs droits en faisant un sitting au Prado.
La Paz

Le Che, éternel symbole des revendicateurs, La Paz

Le Che, éternel symbole des revendicateurs !
La Paz

Je croise beaucoup de sans-abris, assis ça et là, attendant désespérément qu’on leur donne une petite pièce et sortant de leur torpeur dès qu’un piéton passe à proximité. Beaucoup de personnes âgées. Que c’est triste ! En me baladant sur le Prado, j’aperçois un jeune homme mal-voyant ou aveugle jouant d’une sorte de petit saxophone pour gagner quelques sous… L’air qu’il joue est triste ; ce garçon me fend le cœur… J’immortalise la scène puis lui donne cinq bolivianos.

Naît-on vraiment tous égaux, La Paz

Naît-on vraiment tous égaux ?
La Paz

Je saisis un peu plus loin un cireur de chaussures cagoulé en train de réaliser un travail dont il a, à l’évidence, honte. La Paz est la seule ville où j’ai pu observé la plupart des cireurs de chaussures se masquer le visage par peur d’être reconnus. J’essaie d’être le plus discret possible en me cachant derrière un mur et en jouant de mon zoom car ils détestent – c’est compréhensible – qu’on les prenne en photo.

Le cireur de chaussures cagoulé, La Paz

Le cireur de chaussures cagoulé
La Paz

Plus loin, c’est une vendeuse ambulante de céréales soufflées que je capture du bout de mon objectif. Elle trimbale sa brouette de place en place pour vendre sa spécialité à un prix dérisoire.

Vendeuse ambulante de céréales soufflés, La Paz

Vendeuse ambulante de céréales soufflées
La Paz

A coté, c’est une vendeuse ambulante de jus d’orange fraîchement pressées qui entre comme par magie dans ma boîte à images. C’est cinq bolivianos les deux verres, alors je ne me prive pas…

la-paz-14

Vendeuse ambulante de jus d’orange fraîchement pressées
La Paz

Une scène de rue prise sur le vif, La Paz

Une scène de rue prise sur le vif au Prado
La Paz

Je retourne au café-restaurant vers 12h30 pour déjeuner car le menu du jour est vraiment d’un très bon rapport qualité/prix. J’y retrouve Xuan, en train de tripoter l’écran de son I-Pad. C’est fou comme la technologie s’est immiscée dans nos vies. On trouve à présent le Wi-Fi dans presque tous les hostals, cafés et restaurants, et ce à travers presque tous les endroits que j’ai pu visiter. Les voyageurs que je croise ont tous un smart phone et nombreux sont aussi ceux qui transporte, comme moi, un ordinateur portable. Les locaux ont très souvent eux aussi un téléphone en poche, parfois un smartphone dernier cri. Rester connecté à l’autre bout du monde n’a plus rien de compliqué de nos jours…

Nos sujets de conversation tournent autour de la photo. Xuan est plutôt orienté mode et scènes de rue. Il compte quitter le Texas pour s’installer comme photographe free-lance à New York à la de son voyage. Il s’y connaît qui plus est en web-design, un sujet qui m’intéresse beaucoup également.

Le ventre plein, me voilà reparti en vadrouille dans la ville. Je reprends quelques clichés des fœtus de lama desséchés au Mercado de las Brujas (Marché aux Sorcières), concentré autour de la rue Santa Cruz. Je réussis à discuter avec l’une des femmes tenant l’une de ces boutiques d’un autre genre… Elle me révèle que ces drôles d’objets sont destinés à la Pachamama, la déesse de la Terre ou Terre-Mère. J’apprends que lors de la construction d’une maison, il est coutume d’enterrer un fœtus de lama sous la première pierre en guise d’offrande à la Pachamama pour qu’elle protège l’édifice. On trouve aussi dans ces tiendas toutes sortes de remèdes miracles ou d’objets destinés aux offrandes.

Fœtus de lamas desséchés dans une tienda du Marché aux Sorcières, La Paz

Fœtus de lamas desséchés dans une tienda du Marché aux Sorcières
La Paz

Devanture d'une boutique du Marché aux Sorcières, La Paz

Devanture d’une boutique du Marché aux Sorcières
La Paz

Cette coutume est pour le moins... originale, La Paz

Cette coutume est pour le moins… originale !
La Paz

On en trouve de toutes les tailles et par dizaines, La Paz

On en trouve de toutes les tailles et par dizaines.
La Paz

Les plus petits fœtus de lama ressemblent à des oisillons morts-nés, La Paz

Les plus petits fœtus de lama ressemblent à des oisillons morts-nés.
La Paz

El Mercado de las Brujas, un marché permanent rue Santa Cruz, La Paz

El Mercado de las Brujas, un marché permanent rue Santa Cruz
La Paz

Après m’être immiscé dans ce monde étrange, je remonte la rue Santa Cruz et pénètre dans le marché permanent de la Paz, tentaculaire. Il s’étale sur des dizaines de rues et doit compter des milliers de stands. Il s’y vend de tout, absolument de tout. Ici, pas de supermarché, tout est dispatché un peu partout. Coup de cœur pour le secteur des pelotes de laine qui occupe tout une ruelle. Un endroit riche en couleurs, c’est le moins que l’on puisse dire !

Une belle diversité de couleurs et de styles, La Paz

Une belle diversité de couleurs et de styles
La Paz

Le secteur "pelotes de laine" du marché permanent, La Paz

Le secteur « pelotes de laine » du marché permanent
La Paz

J’aperçois plusieurs commerçants endormis derrière leurs minuscules étals (certains mesurant parfois moins d’un mètre de large). Dire qu’ils passent leur journée (probablement leur vie) cloîtrés dans ces petits cagibis souvent très sombres… J’aimerais prendre des tas de portraits sur le vif, comme celui de cette femme assoupie derrière ses jolis tissus de couleurs, mais je n’ose pas, autant par respect que par crainte d’être rabroué.

La ville s'agrippe au relief, La Paz

La ville s’agrippe au relief…
La Paz

Un vendeuse d'oranges et d'avocats au marché permanent, La Paz

Vendeuse d’oranges et d’avocats au marché permanent
La Paz

Une femme et un micro, La Paz

Une femme et un micro…
La Paz

Un tout petit bout du marché permanent, vu du ciel, La Paz

Un tout petit bout du marché permanent, vu du ciel…
La Paz

Coup de cœur à La Paz pour les micros, ces superbes bus au look « vintage » qui arpentent les rues bondés de leurs dizaines de passagers. Bleus, rouges, verts, jaunes : ils polluent drôlement certes, mais quelle joli coup de pinceau ils apportent à cette ville !

Le micro, le bijou haut en couleurs de la ville, La Paz

Le micro : bijou haut en couleurs de la ville
La Paz

Une belle représentation de l'ambiance de la ville, La Paz

Une belle représentation de l’atmosphère de la ruche…
La Paz

La mode de l’enterrement des lignes n’a pas encore frappé à La Paz. J’observe avec délice des nœuds inextricables de lignes téléphoniques au coin des rues du centre-ville. Mais comment peut-on s’y retrouver dans un tel enchevêtrement de câbles ?

Mais comment font-ils pour s'y retrouver là-dedans, La Paz

Mais comment font-ils pour s’y retrouver là-dedans ?
La Paz

Je quitte le secteur du marché après une bonne heure et demie de vadrouille pour me rendre au pied du téléphérique qui attise ma curiosité. Je suis les câbles et finis par trouver la gare. Trois bolivianos l’aller : une bouchée de pain. J’achète un aller-retour et grimpe dans une cabine. Inaugurée en avril dernier, la structure est flambant neuve et tranche franchement dans le paysage urbain quelque peu usagé de La Paz… J’ai tout loisir d’admirer la ville d’en haut à mesure que s’envole mon embarcation. Et quelle vue ! Je survole le cimetière, une véritable ville dans la ville, peuplés de minuscules immeubles à plusieurs étages où doivent loger des dizaines de milliers de défunts… Le téléphérique a été construit pour connecter El Alto à La Paz. Il est à l’évidence destiné à être emprunté aussi bien par les habitants d’El Alto que par les touristes. Je suis un peu déçu par la vue sur la ville depuis le mirador construit au niveau du terminus, une bonne partie de la ville étant masquée par des bâtiments. Je redescends assez rapidement à mon point de départ après avoir tenté d’obtenir d’une meilleure vue à proximité du terminal, puis rejoins la place San Francisco en repassant par le marché. J’ai eu ma dose de foule et de gaz d’échappement pour aujourd’hui. Vite, un endroit tranquille pour me poser un peu ! Je m’installe à la table d’un café de la rue Linares (Colonial Pot) pour écrire.

Prendre le téléphérique flambant neuf de la ville est un must, La Paz

Prendre le téléphérique flambant neuf de la ville est un must !
La Paz

Une jolie vue sur la ville depuis les airs, La Paz

Une jolie vue sur la ville depuis les airs…
La Paz

La brique rouge domine largement le paysage urbain des faubourgs, La Paz

La brique rouge domine largement le paysage urbain des faubourgs.
La Paz

17h30 : Je retourne à l’hostal pour récupérer mes affaires et me remettre en mode « transit » munis de mes deux sacs. Je prends ensuite le chemin de la gare routière, accompagné de Xuan, après avoir mangé un bout au Banais.

20h : Le bus quitte la gare routière. Adieu La Paz ! Me voilà en route pour Sucre, une ville que j’ai vraiment hâte de découvrir…

La Isla del Sol, perle du Titicaca

Yumani, 22 août 2014

7h30 : Je quitte Puno et le Pérou où j’aurai passé en tout et pour tout un mois et demi (pile poil !). Le bus contourne le Titicaca en longeant sa rive ouest. Ce lac est vraiment immense, une véritable mer intérieure, au même titre que la Mer Morte… Lac, mer ? Il n’est pas salé, voilà probablement pourquoi il ne peut prétendre au titre de mer. Nous atteignons la frontière bolivienne vers 9h45. Je passe faire tamponner le formulaire de sortie au poste de Police Judiciaire puis mon passeport à l’Immigration. C’est officiel, j’ai quitté le Pérou ! Je traverse la frontière, délimitée par un arc en pierres, et reçoit le tampon d’entrée sur le territoire bolivien. J’ai 30 jours devant moi. Si jamais j’envisageais de rester plus longtemps sur le territoire, il me faudrait demander une prolongation de séjour dans l’une des principales villes du pays (acte gratuit). Le bus repart vers 10h30, après que chaque passager ait accompli les formalités de sortie et d’entrée.

Je débarque à Copacabana vers 11h, petite ville sans grand charme bondée de touristes… Première étape : avancer ma montre d’une heure ! Je ne suis plus décalé que de 6h par rapport à la mère patrie. Je dois ensuite changer mes derniers soles contre des bolivianos, la nouvelle monnaie avec laquelle je vais devoir me familiariser. J’obtiens 336 bolivianos contre les 140 soles que j’avais encore en poche (le taux de change est actuellement de 2,40 Bs. pour 1 sol) : un euro correspond grosso modo à 10 bolivianos, un dollar à 7 bolivianos. Les billets ont des couleurs bien distinctes ; c’est pratique pour les repérer rapidement dans le porte-monnaie. On dirait qu’ils sortent tout droit d’un jeu de société… Apparemment, les faux-billets sont peu courants ici (contrairement aux soles que tout le monde inspecte avant de les accepter) et faciles à détecter. Tant mieux !

J’ai décidé de filer directement sur la Isla del Sol, une île qui m’a été chaudement recommandée depuis le début de mon voyage. Mon arrivée par le bus coïncide parfaitement avec le prochain départ vers l’île (13h30). L’aller en bateau coûte 20 Bs., soit environ 2€. Je passe retirer des bolivianos au distributeur pour compléter mon pécule puis me pose dans un snack (Snack 6 de Agosto) recommandé par mon guide. Mais là, zéro pointé pour le restaurant (et le guide !). Une truite franchement dégueulasse ! Je paye le repas 15 Bs., à contrecœur. Je n’y reviendrai pas, c’est clair.

J’essaie de trouver à manger en prévision des jours à venir, pour le pique-nique du midi notamment. Mission difficile : toutes les boutiques vendent exactement les mêmes produits, essentiellement des gâteaux secs bourrés d’huile de palme (on finit par en être dégoûté à force), des chips, des boissons gazeuses, quelques bananes ou des pommes sans goût importées de je-ne-sais-où… Les marchés de fruits et légumes équatoriens, riches en couleurs et en variétés, me manquent. Je ne trouve ni pain ni thon qui me permettrait de faire un semblant de pique-nique. Je trouve les prix par ailleurs plutôt chers… Je m’attendais à une baisse sensible par rapport au Pérou mais suis loin de l’observer ici. Copacabana ne m’inspire décidément pas. Petit coup de mou, j’accuse une légère baisse de moral.

13h : Je me poste sur le port pour attendre le bateau. Il y a beaucoup de monde, trop à mon goût naturellement. Tout autour de moi, on parle français, anglais, espagnol, italien, allemand… Des backpackers (routards) pour la plupart, munis tout comme moi de leurs deux sacs (un devant, un derrière). Je suis un peu en mode « ours » et reste dans mon coin à observer les uns et les autres. Quand le moral n’est pas bon, difficile d’être ouvert et d’aller vers les autres… 13h30 : Je vois une queue se former devant un bateau amarré à l’un des pontons. Je me presse de rejoindre la file, un peu tendu car la structure ne m’a vraiment pas l’air solide (de simples planches de bois usagées grossièrement clouées à de maigres poteaux…). Nous sommes plusieurs dizaines sur le ponton. Et si il s’effondrait ? Ce serait bien sûr une catastrophe car j’ai avec moi mes deux sacs et tout le matériel électronique à l’intérieur… Je pensais qu’il y aurait plusieurs bateaux pour embarquer tout ce monde mais non. On va être serré ! Ça promet sur l’île…

Une heure et demie plus tard, je débarque sur la Isla del Sol. J’ai choisi de me rendre directement à l’hostal Inti Kala, recommandé par mon guide de voyage. Je dois, pour cela, grimper jusqu’en haut de la colline en empruntant l’escalier des Incas. Chargé comme je le suis, avec les effets de l’altitude – je dois grimper jusqu’à plus de 4000 m soit envion 200 mètres de dénivelé -, la montée est vraiment éprouvante. J’atteins l’hostal après 20 bonnes minutes en demandant régulièrement mon chemin aux habitants que je croise et en suant à grosses gouttes. La récompense après cet effort intense est de taille : la vue depuis le haut du village est absolument splendide. Le panorama s’étire sur près de 180° et offre un tableau somptueux sur les eaux placides du lac Titicaca. A l’horizon, des collines ocres au doux relief s’étalent tout autour du lac. Une presqu’île ponctuée d’un sémaphore complète cette toile qui n’appelle qu’à une seule chose, la contemplation. L’effort en valait vraiment la peine. Je sens que je vais me plaire ici. Le moral fait un énorme bon en avant !

Un petit massif enneigé apparaît dans le lointain, vers l'Est, Yumani, Isla del Sol

Un petit massif enneigé apparaît dans le lointain, vers le Sud-Est
Isla del Sol

La Cordillère Royale s'étire magistralement au sud-est du lac, Isla del Sol

La Cordillère Royale s’étire magistralement au sud-est du lac
Isla del Sol

Ma première impression en découvrant l’hostal Inti Kala est excellente ; je choisis d’y rester. La chambre avec vue sur le lac, salle de bain privée, lit double et petit-déjeuner inclus est à 90 Bs. (9€). Le prix me semblant correct, je ne tente pas de négocier (je le ferai le lendemain car j’ai décidé de rester deux nuits de plus et qu’une ristourne me semble de rigueur…). J’abandonne mon gros sac et file explorer les environs du village. La vue de l’autre côté de l’île vaut aussi son pesant d’or : on voit se dessiner parfaitement à l’horizon les pics enneigés que je pouvais déjà apercevoir au loin depuis les îles Taquile et Amantani… Je parcours une petite boucle en coupant à travers des terrasses agricoles desséchées et en passant par le point haut de l’île, où un belvédère a été construit. Je croise en chemin un australien en vadrouille à durée indéterminée… On discute un petit moment tout en marchant. Mon anglais n’est pas trop rouillé ; que j’ai hâte d’attérir au pays des kiwis pour blablater dans la langue de Shakespeare à longueur de journée !

Je tombe au nord du village sur une femme aux grandes nattes jointes par de jolis pompons. Elle est à l’évidence en train de chercher quelque chose… Son nom est Luisa et elle a perdu la trace de ses trois ânes, lâchés ce matin sur les terrasses en contrebas du village. Je décide de l’accompagner dans sa recherche, tout en discutant un peu avec elle. Il est 18h. Le soleil décline dans le ciel et ne tardera pas à se coucher. Nous croisons d’autres locaux en train de reconduire leurs bêtes vers leurs quartiers nocturnes. Partager un petit bout de leur quotidien n’a pas de prix. Nous finissons par retrouver la trace des trois bêtes de sommes de Luisa, en train de brouter tranquillement sur une terrasse. Hop, hop, on remonte les petits ! Je m’arrête à plusieurs reprises dans la montée pour prendre des photos. Luisa me sème, je ne la reverrai plus…

Mais que cherche donc cette femme, Yumani, Isla del Sol

Mais que cherche donc cette femme ?
Yumani, Isla del Sol

Luisa, à la recherche de ses trois ânes perdus de vue, Yumani, Isla del Sol

Luisa, à la recherche de ses trois ânes perdus de vue…
Yumani, Isla del Sol

Je dîne ce soir avec un couple de coréens forts sympathiques rencontrés à l’hostal : la belle Mi Young et son mari Wook Bae. Ils ont déniché une adresse d’exception à Yumani : Las Velas, un petit restaurant situé un peu à l’écart du village, face au Titicaca. Il n’est éclairé qu’à la lumière de quelques bougies disposées sur les tables. Ambiance romantique à souhait ! Pablo, chef cuisinier et propriétaire du restaurant, travaille seul et sans électricité dans sa toute petite cuisine. Nous devons attendre une bonne heure l’arrivée de nos plats mais le résultat en vaut franchement la peine. Je déguste une délicieuse truite du lac, cuite au four (papillote) dans un jus à base de vin rouge, accompagnée d’une généreuse assiette de légumes (chou-fleur, brocolis, carottes) et de quinoa. Je me délecte autant du repas que de la compagnie de Mi Young et de ses superbes traits asiatiques. Wook Pae, qui ne maîtrise à l’évidence pas très bien l’anglais, reste en retrait. Nous quittons le resto vers 21h dans le froid sous un ciel magnifiquement étoilé et rejoignons l’hostal à la lumière de nos frontales.

Je me couche heureux, bercé par un calme olympien.

Yumani, 23 août 2014

7h : Je me réveille, frais et dispos après une longue nuit de sommeil. J’ai dormi dans mon sac de couchage pour être sûr d’avoir suffisamment chaud. Avec le froid qui règne sur l’île pendant la nuit, pas sûr en effet que les seules couvertures auraient suffi… Je file prendre mon petit-déjeuner à la table de l’hostal, après m’être donné un bon coup de tondeuse à cheveux. C’est le deuxième rafraîchissement que j’opère depuis mon départ le 14 juin. Qu’est ce que ça fait du bien !

Je passe une bonne partie de la matinée sur mes photos et mon journal, posé devant le fabuleux panorama qui fait face à l’hostal. Mon dieu que c’est beau et paisible !

Panorama visible depuis ma fenêtre de chambre : j'ai vu pire, Yumani, Isla del Sol

Panorama visible depuis ma fenêtre de chambre : j’ai vu pire…
Yumani, Isla del Sol

Mais je ne vais pas rester assis là toute la journée ! Ce paysage m’appelle. Je décide de partir randonner aujourd’hui jusqu’à l’extrémité du bras de l’île situé face l’hôtel (visible depuis ma fenêtre de chambre), qui me fait de l’œil depuis mon arrivée. J’apprendrai un peu plus tard qu’on l’appelle ici Wich’inc’ha (La Queue). J’estime à vue d’œil – je n’ai pas de carte – l’aller à deux bonnes heures de marche en y allant piano piano. Il fait un temps absolument splendide, presque estival si on oublie la température frisquette de ce matin…

12h : Je passe prendre une pizza dans un petit resto situé à deux pas de l’hostal et déguste ma pitance en terrasse, face au panorama, tout en discutant avec deux libanais installés juste à côté. J’apprends que le Français est régulièrement parlé dans ce petit pays de l’arc méditerranéen dont je ne connais pas grand chose si ce n’est son fameux Cèdre…

Port de plaisance secondaire, à l'ouest du village, Yumani, Isla del Sol

Port de plaisance secondaire, à l’ouest du village
Yumani, Isla del Sol

Une petite demi-heure plus tard, me voilà parti pour ma balade. Je suis un chemin longeant le versant ouest du corps de l’île. Il me faut débourser 15 Bs. pour accéder aux parties médiane et sud de La Isla del Sol. Tiens, ce droit d’entrée me rappelle vaguement l’accès aux différentes tronçons du trek de Huayhuash… Je quitte le chemin principal pour bifurquer à gauche sur un sentier descendant gentiment vers la rive du lac. J’aperçois en contrebas deux personnes en train de farfouiller minutieusement dans les eaux peu profondes près de la berge. Je me demande bien ce qu’ils sont en train de pêcher… Je traverse un peu plus loin l’anse séparant la pointe du corps principal de l’île. Trois locaux sont en train de bêcher la terre à l’aide d’une sorte de grosse griffe que je n’ai encore jamais vue. Je demande mon chemin à l’un d’entre eux ; juste un prétexte pour engager la discussion. J’avoue cependant être un peu mal à l’aise car je me promène alors que lui travaille durement… Ne voulant pas trop le déranger dans sa tâche, je ne m’étale pas en palabres et poursuis rapidement mon chemin. Je croise 200 mètres plus loin un homme en train de récolter depuis sa barque des joncs pour, je présume, nourrir ses bêtes. Il est accompagné de son fils qui me regarde en souriant. Je demande à ce monsieur l’autorisation de le photographier. Il accepte gentiment. Je m’amuse à observer quelques vaches les pieds dans l’eau, en train de brouter paisiblement les roseaux du lac.

Récolte des joncs du lac pour nourrir le bétail, Isla del Sol

Récolte des joncs du lac pour nourrir le bétail
Isla del Sol

Qu'est-ce t'as toi à me regarder quand je mange, Isla del Sol

Qu’est-ce t’as toi à me regarder quand je mange !
Isla del Sol

Juste à côté, deux jeunes filles se baignent toutes habillées dans les eaux glacées du lac, sans montrer le moindre frisson (je me retiens de prendre la photo, craignant une mauvaise interprétation de mon geste…). Les locaux ont vraiment une grande tolérance au froid ! J’en suis grosso modo à la moitié du chemin et cela fait un peu plus d’une heure que je suis parti ; mon estimation du temps de marche m’a l’air correcte. Je remonte vers l’échine de la presqu’île en coupant à travers des bosquets d’eucalyptus. Cette essence, importée d’Australie, a été abondamment plantée sur l’île pour pourvoir aux différents usages qui en sont fait, dans la construction notamment. C’est pour ainsi dire la seule essence d’arbre que l’on rencontre ici. Cette partie étroite de l’île est vraiment très sèche, hébergeant seulement quelques espèces croissant péniblement sur un sol très rocailleux.

Des bosquets d'eucalyptus ponctuent régulièrement l'île, Isla del Sol

Des bosquets d’eucalyptus ponctuent régulièrement l’île
Isla del Sol

J’évolue sur la crête en enchaînant quelques petits dénivelés. Rien de bien méchant mais, à cette altitude, l’effort est plus intense. J’aperçois un condor faisant sa ronde au-dessus de ses terres. Quel voilier hors pair !

Le Condor, un voilier hors pair, Isla del Sol

Le Condor, un voilier hors pair
Isla del Sol

15h15 : J’atteins le sémaphore posé à l’extrémité de la pointe. J’ai bien mérité une petite pause. Mes pieds dans l’eau (pas bien chaude en effet), je savoure l’instant. Agréable sensation d’avoir atteint un petit bout du Monde… Je couche ensuite sur le papier mon début de journée au son du clapotis du lac. Pas un bruit incongru ne vient parasiter mes pensées. Quel beau moment d’exception !

16h : Je commence à rebrousser chemin. Quatre vautours survolent à présent la presqu’île à basse altitude. Je n’aimerais pas être leur proie… J’ondule une bonne heure et demie sur la crête qui présente de jolis à-pics rocheux.

Pointe Wich'inc'ha (La Queue), Isla del Sol

Pointe Wich’inc’ha (La Queue)
Isla del Sol

Le soleil décline rapidement dans le ciel. Me dirigeant vers le nord-ouest, je l’ai en pleine face pendant toute la progression vers le point haut de cette partie de l’île (Cerro Chequesani, 4076 m). Plutôt qu’un simple aller-retour, je décide de réaliser une boucle en rejoignant le chemin principal parcourant l’île du nord au sud. Il ne me reste alors plus qu’à suivre ce fil d’Ariane jusqu’à l’hostal.

Cordillère Royale observée en fin d'après-midi, Isla del Sol

Cordillère Royale observée en fin d’après-midi
Isla del Sol

Pointe Wich'inc'ha, léchée par les rayons du soleil couchant, Isla del Sol

Pointe Wich’inc’ha, léchée par les rayons du soleil couchant
Isla del Sol

Qu'il est grisant d'admirer le chemin parcouru jusqu'à la pointe, Isla del Sol

Qu’il est grisant d’admirer le chemin parcouru jusqu’à la pointe !
Isla del Sol

J’atteins l’hostal peu avant le coucher du soleil, après un peu plus de 6h de marche. Ravi de la soirée que j’ai passé hier chez Pablo, je retourne dîner au restaurant Las Velas. J’y retrouve Mi Young et Wook Bae en train de manger en compagnie d’une troisième personne qu’ils ont dû rencontrée aujourd’hui. Préférant ne pas les déranger ce soir, je m’installe seul à une table et commande un filet mignon à Pablo… Je profite du temps de préparation pour écrire, à la lumière d’une bougie. Je me régale à nouveau du plat préparé par le chef. Une valeur sûre ce resto !

Fin d’une belle et riche journée.

Yumani, 24 août 2014

Deuxième réveil au paradis… La pointe, où j’ai posé mon drapeau imaginaire hier après-midi, est toujours aussi belle dans la douce lumière du matin.

La Pointe, entourée des eaux paisibles du lac Titicaca, Isla del Sol

La Pointe, entourée des eaux paisibles du lac Titicaca
Isla del Sol

10 h : Je me mets en route pour arpenter le corps principal de l’île après avoir acheté de quoi pique-niquer. Objectif : rallier l’extrémité nord de ce confeti aux contours biscornus. Je repasse le point de contrôle mais contrairement à hier, poursuis sur le chemin principal, véritable colonne vertébrale de l’île.

La colonne vertébrale de l'île : un très joli chemin de pierres, Isla del Sol

La colonne vertébrale de l’île : un très joli chemin de pierres
Isla del Sol

Je rencontre en cours de route Laure, une toulousaine de 30 ans en vacances depuis trois semaines au pays des lamais et du condor. Nous marchons ensemble jusqu’à atteindre les ruines situées au nord de l’île (labyrinthe et table de cérémonie). Après m’être extasié au cœur du Machu Picchu, j’avoue que ces ruines n’attisent pas beaucoup mon intérêt. La faim se fait sentir et je décide de me poser près du site pour avaler la boîte de thon et les quelques petits pains que j’ai achetés ce matin. Laure, que j’avais perdue de vue, vient se joindre à moi. Fous rires au menu ! Pendant notre pause pique-nique, nous assistons en direct, bien malgré nous, à une scène très cochonne (!) perpétrée par deux bêtes roses à la queue en tire-bouchon…

Ruines (labyrinthe) dans la partie nord de l'île, Isla del Sol

Ruines (labyrinthe) dans la partie nord de l’île
Isla del Sol

12h30 : Je repars, seul, pour rejoindre l’extrémité de la pointe nord de l’île. Les touristes empruntant presque tous le chemin principal, cette partie hors sentier est déserte. J’ondule au milieu des herbes desséchées jusqu’à atteindre le cap nord de l’île. Il fait face à un joli petit îlot dont j’ignore le nom. Je rebrousse chemin puis entame le retour vers Yumani, en empruntant le chemin qui longe le flanc est de l’île. Le lac Titicaca ressemble vraiment, en tout point, à une mer, avec ses anses aux eaux transparentes, ses plages de sable fin et ses vagues… Certaines parties de l’île m’évoquent la Corse et ses petites criques sauvages au creux desquelles j’aimais tant me balader… D’énormes cordons de roche blanche fortement inclinés parcourent l’île du nord au sud. 

Anse aux eaux transparentes dans la partie nord de l'île, Isla del Sol

Un petit air de l’Île de Beauté…
Isla del Sol

Un accès de turista – je n’en ai pas parlé jusqu’à présent mais oui, j’ai « attrapé » de temps en temps cette affection bien connue du touriste en vadrouille loin de chez lui – m’oblige à dévier de mon itinéraire pour satisfaire un besoin urgentissime… Rien de bien méchant, on évacue loin des regards et c’est reparti !

J’atteins vers 15h le village de Challapampa, bâtie sur l’isthme reliant une presqu’île – et là encore, zut, j’ai oublié son nom ! – au corps de l’île, en faisant quelques digressions en chemin. Adorant me rendre au bout du bout, je décide de rejoindre la pointe de la presqu’île, située à une petite demi-heure de marche du village. Je ne rencontre en chemin que vaches, ânes, lamas et brebis, accompagnées de leurs tout petiots. J’éclate de rire en voyant un agneau de quelques jours s’agenouiller pour brouter tellement il est haut sur ses pattes… Ces adorables peluches bêlent comme de vrais bébés et courent se réfugier dans les jupons de leur mère dès qu’ils la perdent de vue.

Une magnifique plage de sable fin, Challapampa, Isla del Sol

Une magnifique plage de sable fin…
Challapampa, Isla del Sol

Un bel eucalyptus isolé sur la rive, près du village, Challapampa, Isla del Sol

Un bel eucalyptus isolé sur la rive, près du village
Challapampa, Isla del Sol

Les rives du Titicaca sont loin d’être sans vie. J’observe avec délice tout un cortège d’oiseaux d’eau en train de mener tranquillement leur vie sur les rives du lac : canards, grèbes, poules d’eau, blongios, chevaliers… où ce qui s’y rapprochent d’après mes quelques connaissances en ornithologie. Les massifs de joncs bordant les berges du lac sont à l’évidence leur refuge.

Anse tranquille près du village, Challapampa, Isla del Sol

Anse tranquille près du village
Challapampa, Isla del Sol

Je rallie une petite heure plus tard Challa, village situé dans la partie médiane de l’île, puis entame la remontée vers Yumani. J’aperçois ça et là des lessives entières en train de sécher sur les rives du lac. L’eau étant rare sur l’île, nombreux sont les habitants à laver leur linge directement dans le lac !

L'eau étant rare sur l'île, on fait souvent sa lessive directement dans le lac, Challa, Isla del Sol

L’eau étant rare sur l’île, on fait souvent sa lessive directement dans le lac !
Challa, Isla del Sol

Je croise en chemin plusieurs troupeaux d’animaux conduits par leur propriétaire, parfois par des enfants. Je me délecte d’assister en direct au quotidien des habitants de l’île, comme ramener un fagot de branches d’eucalyptus pour faire la cuisine ou reconduire les troupeaux vers leurs quartiers nocturnes… J’aimerais beaucoup photographier ces scènes si authentiques mais je sens des réticences, exprimées (sans animosité) ou pas. La plupart resteront dans ma mémoire… Je parviens malgré tout à immortaliser, de dos, ce vieil homme en train de mener son petit troupeau vers Challa.

Vieil homme reconduisant ses bêtes au bercail, Challa, Isla del Sol

Vieil homme reconduisant ses bêtes au bercail
Challa, Isla del Sol

Je finis par boucler la boucle peu après 17h en rejoignant le point de contrôle franchi ce matin. L’hostal n’est plus très loin… Je ne m’y rends cependant pas tout de suite, préférant bifurquer vers l’une des pointes situées en contrebas du village de Yumani. Faire du hors sentier sur cette île est vraiment facile, la végétation étant souvent rase et éparse. J’atteins deux cents mètres plus bas une petite anse peuplée d’oiseaux d’eau qui batifolent paisiblement dans la douce lumière de fin d’après-midi.

Un immense cordon de roche blanche traverse toute l'île du nord au sud, Isla del Sol

Un immense cordon de roche blanche traverse toute l’île du nord au sud
Isla del Sol

Massif de jonc baigné par la douce lumière du soir, Yumani, Isla del Sol

Massif de jonc baigné par la douce lumière du soir…
Yumani, Isla del Sol

Je traverse une petite plage puis remonte de l’autre côté en direction du village en empruntant la crête délimitant l’anse au sud. Une bonne grimpette de 200 m qui fait du bien aux mollets, aux cuisses… et au cœur qui doit pomper plus fort que d’habitude ! J’arrive à l’hostal vers 18h15, juste après le coucher du soleil. Je viens tout de même de marcher plus de 8h presque sans discontinuer… Une belle rando rendue assez physique par les petits dénivelés accumulés à près de 4000 mètres d’altitude !

Une bonne douche et me voilà ressorti pour profiter une dernière fois de l’atmosphère et de la délicieuse cuisine du restaurant Las Velas. Je suis étonné et ravi de trouver Pablo seul ce soir. Je suis son seul client. Ma chance, j’ai le chef pour moi tout seul ! Nous discutons un petit moment avant qu’il ne file dans sa minuscule cuisine pour préparer les deux truites au four que je lui commande. Je déguste pendant ce temps-là un bon verre de vin provenant de la région de Tarija (sud de la Bolivie), tout en commençant à raconter cette superbe journée à mon journal.

Pablo m’apporte une bonne demi-heure plus tard deux truites en papillote accompagnées d’une généreuse assiette contenant quinoa, choux-fleur, brocolis et carottes. Un pur délice ! Je prends mon temps pour savourer pleinement ce repas. Je me ferai un plaisir de recommander la cuisine de Pablo aux gens que je vais rencontrer dans les semaines à venir, c’est clair ! La soirée se poursuit par une discussion très intéressante avec le chef sur des sujets divers et variés. Il fait de temps en temps des fautes de genre en Castillan ; pas étonnant puisque sa langue maternelle est l’Aymara, langue qui a précédé le Quechua avant l’arrivée des Incas. Il m’offre à la fin de la soirée un petit drapeau arc-en-ciel Wiphala représentant les Amérindiens de Bolivie. Vraiment sympa ce Pablo !

La photo n'est pas terrible... contrairement au repas préparé par Pablo, Yumani, Isla del Sol

La photo n’est pas terrible… contrairement au repas préparé par Pablo !
Yumani, Isla del Sol

22h : Je quitte le restaurant avec Pablo sous un magnifique ciel étoilé. J’aperçois au sud quatre étoiles assez brillantes formant un losange : la Croix du Sud veille dans la partie du ciel qui lui a donné son nom. Elle est mon seul repère sur cette voûte céleste où je suis perdu… Nos étoiles et nos constellations dans le Nord sont bien différentes… et n’ont rien à envier à l’Hémisphère Sud d’après moi !  Je rejoins l’hostal à la frontale dans une rue désertée à cette heure tardive puis me glisse dans me sac de couchage, sous une bonne épaisseur de couvertures. Morphée n’a pas besoin de me bercer ce soir…

Le lac Titicaca… côté Pérou !

Puno, 19 août 2014

7h45 : Je quitte ce matin l’hostal Inka Roots un peu à reculons car je viens d’y passer une nuit royale et parce que je m’y sentais bien. Un grand lit bien confortable dans une chambre rien que pour soi, c’est tout de même très appréciable… Je suis néanmoins content d’avancer dans mon périple ! Aujourd’hui, je dis au revoir à Arequipa pour prendre la route du Titicaca, lac oh combien mythique que j’ai hâte de voir de mes propres yeux.

Je grimpe dans un combi pour rejoindre la gare routière (une petite demi-heure) où je trouve sans mal un bus en partance pour Puno, une ville portuaire située sur la côte nord-ouest du lac. Il part à 9h.

Arequipa est décidément une grande ville : pour preuve, nous ne laissons derrière nous la banlieue qu’après trois bons quarts d’heure de route ! Les étendues semi-désertiques laissent progressivement place au páramo qui s’étire à perte de vue sur les grandeurs désolées de l’Altiplano, un paysage vide où vagabondent ça et là quelques troupeaux d’alpagas, de vigognes ou de vaches. J’aperçois régulièrement le long de la route des tonnes de déchets. Des centaines de sacs en plastiques qui voguent au gré du vent… Que c’est triste de voir ça !

15h : J’arrive à Puno après 6 heures de bus. Après les trajets interminables parcourus ces dernières semaines, celui-ci me semble assez court… La brique rouge prédomine largement dans le paysage urbain de Puno que je trouve plutôt harmonieux, bien qu’un peu triste. C’est une ville assez importante comptant près de 120 000 habitants, construite sur la rive ouest du Titicaca à une altitude respectable de 3830 m. Je ressens de nouveau les effets de l’altitude : le cœur bat un peu plus vite et le souffle est un peu plus court que d’habitude… Rien de bien méchant, je commence à y être habitué.

Le ciel est couvert et il tombe même quelques gouttes lorsque je sors du bus. Mais ça caille ici ! J’ai tôt fait de renfiler veste coupe-vent, bonnet et chaussures (j’étais en tongs dans le bus, bien plus confortables) avant de me mettre à marcher en direction du centre-ville. La gare routière n’est qu’à un petit quart d’heure du premier hostal figurant sur ma liste : Inka’s Rest, situé à deux pas de la voie ferrée. Je parviens à négocier une chambre simple avec petit-déjeuner pour 35 soles au lieu de 50. Bien joué, même si j’ai l’impression d’avoir peut-être un peu exagéré cette fois-ci…

Je sais qu’il existe des îles flottantes sur le lac, au large de Puno. J’ai bien envie de les visiter. L’hôtel propose un tour de deux jours pour 80 soles. Intéressant mais je préfère consulter d’autres tour operators pour comparer les offres. Je dépose mes sacs dans ma chambre puis file au centre-ville. Mon choix finit par se porter sur l’agence Nayra Travel. Je négocie le tour à 110 soles, tout inclus, y compris le repas du midi le deuxième jour que n’incluaient pas les autres agences. Le très bon contact que j’ai avec Noelia, la consultante de l’agence, n’est pas étranger à mon choix… Nous avons une discussion très sympa n’ayant rien à voir avec le tour, tant et si bien qu’on finit cette entrevue par s’ajouter mutuellement en « amis » sur Facebook ! En deux mois, c’est fou le bon en avant qu’a fait mon espagnol ! Je suis à présent capable de tchatcher de tout et de rien sans difficulté avec un bon débit de paroles. C’est valorisant, je dois l’avouer.

Super, les deux prochains jours sont programmés et devraient être très intéressants ! J’ai une faim de loup en sortant de l’agence. Pas étonnant, je n’ai pratiquement rien avalé depuis 9h ce matin… Il me faut à manger et quelque chose de consistant ! Mon choix se porte sur une pizzeria recommandée par mon guide (El Buho). Un bon numéro celui-ci : je me repais d’une énorme pizza végétarienne !

La soirée se termine par une petite séance de travail sur mon blog. L’article sur mon escapade au Machu Picchu est prêt à être publié !

Amantani, 20 août 2014

8h : Je grimpe dans le combi affrété par l’agence pour rejoindre le port de Puno, qui se trouve à seulement quelques rues de mon hostal… Nous sommes une quinzaine à faire partie du tour. C’est trop à mon goût mais je vais devoir faire avec. Un groupe mixte constitué de deux espagnoles, deux colombiens, cinq suédois, un italien et six français (deux couples de quinquagénaires et deux âmes solitaires dont je fais partie). Notre guide, Angel, a l’air vraiment sympa et sérieux. Cool !

Nous rejoignons les îles d’Uros, les fameuses îles flottantes du lac Titicaca, après une petite demi-heure de bateau. J’arrive dans un village vraiment particulier composé de dizaines d’îles organisées autour d’une immense « place d’eau » centrale. Les îles sont construites avec de simples roseaux (joncs poussant dans le lac). Les maisons, certaines embarcations et surtout le plancher même des îles sont fabriqués avec cette matière première d’un autre genre. Plusieurs familles vivent généralement sur une même île. Ces radeaux de luxe flottent et peuvent être déplacées au besoin. Notre guide plaisante même en nous disant qu’en cas de litiges entre deux familles, une île peut être coupée en deux… Ici, pas de voiture bien sûr ; le bateau est de rigueur pour se déplacer d’île en île !

Les femmes nous saluent lors de notre passage, Îles Uros, Lac Titicaca

Les femmes nous saluent lors de notre passage….
Îles Uros, Lac Titicaca

Touristes faisant un petit tour dans cette drôle d'embarcation, Îles Uros, Lac Titicaca

Touristes faisant un petit tour dans cette drôle d’embarcation…
Îles Uros, Lac Titicaca

Embarcation traditionnelle en roseau, Îles Uros, Lac Titicaca

Embarcation traditionnelle en roseau
Îles Uros, Lac Titicaca

Les habitants nous saluent à notre passage. Il est évident que le tourisme est au cœur de la vie de ces habitants. Notre visite débute par un arrêt prolongé sur l’une de ces îles. Les premiers pas que je fais me procurent une drôle de sensation. Fouler une épaisse couche de roseaux reposant sur l’eau, c’est un peu comme marcher sur un matelas gonflé d’air… Je ne suis pas étonné d’apprendre que l’effet est encore plus prononcé lors de la saison des pluies.

Nous sommes reçu par les femmes de la communauté, toutes revêtues d’habits très colorés. Notre guide nous explique la manière dont sont construites ces îles, avec l’assistance de Gladys, jeune femme aux contours généreux. Cinquante ans, c’est la durée de vie d’une île ; un an, celle d’une cabane en roseau. J’apprends aussi que pour maintenir l’île à flot, il est nécessaire de rajouter dix centimètres de roseaux tous les dix jours. A l’issue du petit cours de génie civil, Gladys nous présente deux superbes tapisseries qu’elle a elle-même tissées. Je flashe sur la seconde, une tapisserie représentant la fameuse Pachamama (Terre-Mère), la Pachatata (la Terre-Père), la Madre Lago (la Mère du Lac), le Puma et le Tumi (couteau cérémoniel).

Petit cours de construction d'une île flottante, Îles Uros, Lac Titicaca

Petit cours de construction d’une île flottante…
Îles Uros, Lac Titicaca

Superbe tapisserie figurant les croyances locales, tissée par Gladys, Îles Uros, Lac Titicaca

Superbe tapisserie figurant les croyances locales, tissée par Gladys
Îles Uros, Lac Titicaca

Une autre tapisserie richement colorée, Îles Uros, Lac Titicaca

Une autre tapisserie richement colorée
Îles Uros, Lac Titicaca

Nous avons également droit à une petite représentation musicale : deux chants dans la langue Aymara, originaire du lac Titicaca et qui compterait aujourd’hui deux millions de locuteurs en Amérique du Sud.

Chansons a capella, dans la langue Aymara, Îles Uros, Lac Titicaca

Chansons a capella, dans la langue Aymara…
Îles Uros, Lac Titicaca

Après cette présentation, Gladys nous invite à visiter sa demeure, une simple paillote en roseau posée sur un épais tapis fait du même matériau. Nous lui posons toutes sortes de questions pour comprendre un peu mieux ce mode de vie si particulier. J’apprends notamment que les toitures sont doublées d’une bâche en saison des pluies. Sans cette doublure imperméable, l’intérieur de l’édifice aurait tôt fait d’être trempé ! Pas de feu ici pour se réchauffer ! Le climat du lac étant rude (on est tout de même proche des 4000 m d’altitude), il faut être naturellement armée contre le froid pour y vivre sans trop souffrir des basses températures.

Gladys, dans son humble demeure, Îles d'Uros, Lac Titicaca

Gladys, dans son humble demeure
Îles d’Uros, Lac Titicaca

L'église de l'île, elle aussi faite de roseaux, Îles d'Uros, Lac Titicaca

L’église de l’île, elle aussi faite de roseaux…
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Mur d'une cabane minutieusement tissé avec les joncs séchés tirés du lac, Îles d'Uros, Lac Titicaca

Mur d’une cabane minutieusement tissé avec les joncs séchés tirés du lac
Îles d’Uros, Lac Titicaca

La chambre, Îles d'Uros, Lac Titicaca

La chambre…
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Gladys nous conduit ensuite vers ses productions artisanales, posées à même le sol. Elle nous aguiche avec ses superbes tapisseries. « ¡Llévate un recuerdo amigo! » (« Ramène un souvenir avec toi mon ami ! »). Je lui demande combien coûte celle sur laquelle j’ai flashée. « 120 soles » me répond-elle. Ce n’est pas donné mais c’est un gros travail et le résultat est franchement de qualité. Pas le temps de négocier, une autre personne est intéressée. « ¡La tomo! » (« Je la prends ! »). Après cet achat quelque peu impulsif (ce n’est pas trop mon genre…), je grimpe dans la gueule d’un énorme poisson en roseau qui semble être l’effigie de cette île. Pas le temps d’admirer le paysage du haut de ce promontoire, je dois rejoindre le bateau qui s’apprête à partir.

On vit simplement sur ces îles, Îles d'Uros, Lac Titicaca

On vit simplement sur ces îles…
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Nous quittons les flots d’Uros pour rejoindre l’île d’Amantani, située bien plus loin des terres. Le trajet au beau milieu du lac, sous un ciel bleu où voguent quelques cumulus, est un pur régal. J’exulte à l’idée de naviguer sur le Titicaca, le lac navigable le plus haut de la planète ! Trois heures sont nécessaires pour rejoindre Amantani, au rythme lent de notre embarcation. Je passe une bonne partie du temps sur le toit du bateau, supportant sans trop de mal l’air frais du large (moyennant polaire, coupe-vent, écharpe et bonnet). Le soleil tape dur. Je me badigeonne le visage de crème solaire pour faire barrière à ses rayons nocifs.

Les joncs de la baie de Puno s'étirent sur plus de 150 km² !, Îles d'Uros, Lac Titicaca

Les joncs de la baie de Puno s’étirent sur plus de 150 km² !
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Nous débarquons au petit port d’Amantani vers 14h puis marchons pour rejoindre le point de rassemblement où nous attendent nos hôtes. Angel répartit les membres du groupe par maison : je me retrouve avec Sophie, une française, et Eduardo, un italien. Nous sommes hébergés chez Damiana et son mari (dont j’ai oublié le nom) dans leur humble demeure, organisée autour d’une petite cour centrale. Damiana , soixante ans, est une femme très réservée au bon accueil. Nous avons droit chacun à une chambre (chacune comportant plusieurs lits). Les toilettes sont au rez-de-chaussée et fonctionnent à l’ancienne : il faut chasser à l’aide d’un seau… Les ventres gargouillent. Le repas est déjà prêt dans les marmites à notre arrivée. Damiana nous sert une délicieuse soupe à base de quinoa, la céréale miracle cultivée et très utilisée ici, suivie d’une assiette de pommes de terre et d’oca, un petit tubercule allongé et bosselé au goût un peu particulier (il faut aimer…). Le thé aux feuilles de munia, une herbe aromatique locale délicieusement parfumée, clôture en beauté ce déjeuner.

Damiana, Amantani, Lac Titicaca

Damiana
Amantani, Lac Titicaca

Damiana dans sa petite cuisine au feu de bois, Amantani, Lac Titicaca

Damiana dans sa petite cuisine au feu de bois
Amantani, Lac Titicaca

Nous repartons vers 16h pour rejoindre le reste du groupe dans le haut du village. S’ensuit une petite marche vers l’un des deux points hauts de l’île, accompagnée des commentaires éclairés de notre guide. Étant acclimaté à ces altitudes (4000 m), je n’éprouve pas vraiment de difficulté. Je me rends compte en progressant vers le haut de l’île qu’elle est recouverte presque intégralement de terrasses. Les chacras, nom local de ces petites parcelles, sont vides. Les récoltes ont été rentrées depuis longtemps visiblement. J’aimerais voir à quoi ressemble l’île quand les récoltes battent leur plein et que tout le monde s’affaire du matin au soir sur les terrasses !

Femme marchant à travers les terrasses vides, Amantani, Lac Titicaca<

Femme marchant à travers les terrasses vides
Amantani, Lac Titicaca

L'un des points hauts de l’île, recouverte de terrasses, Amantani, Lac Titicaca

L’un des points hauts de l’île, recouverte de terrasses
Amantani, Lac Titicaca

Les terrasses recouvrent l'île en quasi-totalité, Amantani, Lac Titicaca

Les terrasses recouvrent l’île en quasi-totalité
Amantani, Lac Titicaca

En belvédère naturel, le haut de l’île offre une vue remarquable sur le lac. Je quitte rapidement le groupe pour m’aventurer sur le sommet et tombe sur une scène des plus inattendues : un homme en train de meuler à la main un grand disque de pierre. L’endroit s’apparente à une minuscule carrière. Je le salue et échange quelques mots avec lui, avant de lui demander l’autorisation de le photographier. Il accepte gentiment. Il travaille sur cette pièce, loin à l’écart du village, depuis 2 semaines. Elle est destinée au marché de Puno. A quel usage ? Une table peut-être…

Homme en train de meuler une pierre à la main, Amantani, Lac Titicaca

Homme en train de meuler une pierre à la main
Amantani, Lac Titicaca

Un joli portrait, Amantani, Lac Titicaca

Un joli portrait…
Amantani, Lac Titicaca

Je poursuis ma vadrouille au sommet puis me pose face à l’Ouest où notre étoile s’apprête à se donner en spectacle. Le groupe est aux aguets lui aussi, en contre-haut. Nous redescendons tous après l’embrasement pour rejoindre nos maisons respectives.

Damiana nous sert à nouveau un bon repas, fait d’une soupe de maïs suivie d’une assiette de pâtes et de riz (drôle de combinaison…). Elle nous conduit vers 20h jusqu’à une petite fête organisée un peu plus haut dans le village, spécialement pour nous, les touristes de ce soir. La tenue traditionnelle est de rigueur. Je me vois affublé d’un poncho et d’un bonnet typiquement péruviens. Les filles doivent quant à elles revêtir la robe bouffante qui pèse apparemment une tonne… Un petit groupe de musiciens amateurs tentent de nous faire danser au son de leurs flûtes de pan et de leur guitare. C’est plutôt sympa mais je ne suis pas dedans… Je reste une petite heure puis redescends à la lumière de ma frontale, accompagné de Damiana sans qui je me serais probablement perdu (pas de lampadaires à Amantani !).

Il est un peu plus de 21h quand je me glisse sous un mille-feuilles de couvertures, six en tout… Il faut bien ça pour supporter le froid qui règne ici une fois la nuit tombée.

Puno, 21 août 2014

Je suis debout à 6h ce matin pour profiter de l’aube et de sa jolie lumière. Il n’y a pas une seule voiture pour venir rompre la sérénité du petit matin. Que c’est agréable ! Les habitants sont déjà plongés dans leurs tâches quotidiennes. Je me balade pendant une petite heure vers la plage et sur les terrasses avant de retourner chez Damiana pour prendre le petit-déjeuner. Elle nous sert ce matin des beignets arrosés d’un thé de munia (dommage qu’on ne trouve pas cette herbe chez nous…). Après ce dernier repas, nous lui offrons chacun 10 soles de pourboire pour son hospitalité.

8h : Damiana nous accompagne jusqu’au petit port d’Amantani. Nous lui faisons nos adieux en la remerciant chaleureusement pour son accueil puis grimpons dans le bateau. Il faut une petite heure pour rejoindre notre troisième destination : l’île de Taquile, située plus au sud sur le lac. Je passe tout ce temps seul, sur le toit du bateau, à admirer le lac et à savourer ces instants d’exception…

Barques amarrées dans le petit port d'Amantani, Amantani, Lac Titicaca

Barques amarrées dans le petit port d’Amantani
Amantani, Lac Titicaca

Adieu belle île, Amantani, Lac Titicaca

Adieu belle île…
Amantani, Lac Titicaca

Nous débarquons sur l’île vers 9h30 pour y passer la matinée. Nous empruntons un superbe chemin intégralement pavé permettant de réaliser une grande boucle dans la partie nord de l’île. Les vues sur le lac sont absolument magnifiques. Cette île, presque intégralement recouverte de terrasses, doit être un enchantement juste après la saison des pluies, quand tout a reverdi et que les habitants s’affairent du matin au soir dans les chacras… Je me dis à nouveau qu’il faudra que je revienne un jour dans ce lieu, à une autre époque. Notre guide nous révèle qu’ici, comme à Amantani, les récoltes sont exclusivement réservées aux habitants.

Les nuages projettent leur reflet sur les eaux calmes du lac, Taquile, Lac Titicaca

Les nuages projettent leur reflet sur les eaux calmes du lac…
Taquile, Lac Titicaca

Bateaux en route pour Puno, Taquile, Lac Titicaca

Bateaux en route pour Puno
Taquile, Lac Titicaca

Le lac Titicaca, on y vient pas tous les jours... une photo souvenir s'impose, Taquile, Lac Titicaca

Le lac Titicaca, on y vient pas tous les jours… une photo souvenir s’impose !
Taquile, Lac Titicaca

11h : Nous nous installons en plein air, à la table d’un restaurant offrant une vue grandiose sur le lac. Au menu : une soupe de quinoa suivie d’une truite grillée accompagnée de frites, de riz et de crudités. Je me régale autant du paysage que de la truite (pêchée dans le lac bien sûr !), sans oublier la compagnie de mes compagnons de table (Cris et Mares, deux espagnoles vraiment très sympas ; Eduardo et Sophie). Nous avons droit à la fin du repas à un solo musical au rythme des Andes… Un superbe moment qui s’achève par une petite séance photo, face à ce panorama splendide.

Solo musical après un bon repas face au lac, Taquile, Lac Titicaca

Solo musical après un bon repas face au lac
Taquile, Lac Titicaca

Eduardo, Cris, Mares et moi posant devant le lac Titicaca, Taquile, Lac Titicaca

Eduardo, Cris, Mares et moi posant devant le lac Titicaca
Taquile, Lac Titicaca

Nous redécollons peu après midi pour rejoindre le port et grimper dans le bateau. Deux suédois téméraires se jettent dans les eaux froides du lac par défi. Ils ont tôt fait d’en ressortir ! Même si j’aurais pu être tenté, je ne m’y colle pas par peur de tomber malade… Je passe une bonne heure et demie sur le toit du bateau, tantôt à discuter tantôt à méditer sur le paysage. Nous débarquons à Puno vers 15h30. Le combi affrété par l’agence me dépose devant l’hostal. Je récupère mon gros sac et ma chambre. J’ai quelques heures pour me poser, me doucher, et refaire mes sacs en prévision d’un nouveau départ (et un passage de frontière !) demain matin.

19h : Je retrouve Mares, Cris et Sophie sur la Plaza de Armas que je n’avais pas encore vue. Nous optons, après quelques hésitations, pour El Buho, la Pizzeria où j’avais dîné avant le tour. Nous y retrouvons par pur hasard le couple de colombiens qui était dans notre groupe. Je passe un bon moment, même si mon habilité à comprendre et à parler d’autres langues que le français s’est effritée avec la fatigue…

C’était mon dernier jour au Pérou… Un mois et demi de découvertes, d’émerveillement et de rencontres dans ce beau pays !