Mendoza, Santiago y Valparaíso

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo à Buenos Aires, je ne peux malheureusement illustrer le début de cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

25 septembre 2014, Mendoza

10h30 : J’arrive enfin à Mendoza, quatrième ville d’Argentine derrière Buenos Aires, Córdoba et Rosario, après un voyage de près de 15h. J’ai réussi à me reposer sans trop de mal. Vive les bus argentins ! Je fais un saut rapide au point Info de la gare routière pour dégoter une carte de la ville puis j’achète dans la foulée un ticket de bus pour Santiago (du Chili !), ma prochaine destination. Je réserve une place dans un bus prévu samedi à 8h45 (300 pesos), sans assurance de pouvoir partir ce jour-là, le col entre Mendoza et la capitale chilienne au beau milieu de la Cordillère des Andes étant fermé jusqu’à demain inclus pour cause de mauvais temps. Pas de chance ! Décidément, la roue semble avoir tourné depuis quelques jours…

Je me mets ensuite en route pour le centre-ville et le premier hébergement sur ma liste : l’hostal Alamo, côté numéro un sur TripAdvisor. Sans mon précieux Footprint, je m’en remets intégralement à ce site d’avis et de conseils touristiques réputé dans le monde des voyageurs. Il me faut une demi-heure à bon rythme pour rejoindre l’adresse en question – située rue Necochea – que je trouve sans mal grâce à la carte que l’on m’a remise. Mendoza me plaît d’emblée. C’est une jolie ville, ornée de toutes parts d’impressionnantes allées de platanes. Je n’ai jamais vu une chose pareille : toutes les rues sans exception semblent avoir été plantées d’arbres ayant aujourd’hui atteint de belles dimensions. On dirait une ville « forêt»  tellement les arbres dominent le paysage urbain. Incroyable !

Mendoza, une ville « forêt »

Mendoza, une ville « forêt »
Source : C. Quezada Valdés ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

La nuitée en dortoir de quatre avec le petit déjeuner inclus coûte 130 pesos. Située à seulement quelques rues du cœur de la ville – la Place de l’Indépendance – l’auberge est bien positionnée. Elle semble par ailleurs conviviale et bien tenue. Adjugé, vendu ! Je n’ai de toute façon aucune envie de continuer à arpenter les rues avec mes sacs. Je pose donc mes valises à l’hostal Alamo. La chambre est petite mais très propre et confortable. Un lit superposé est déjà occupé. J’investis le second en optant pour le lit inférieur.

Allégé, je ressors rapidement pour trouver un endroit où déjeuner car j’ai les crocs. Je trouve mon bonheur dans un petit resto self-service situé le long de la rue Mendocinas, non loin de la place centrale. 30 pesos me suffisent pour satisfaire ma faim avec un menu entièrement végétarien. Le ventre plein, je retourne à l’hostal et m’allonge deux bonnes heures en m’abritant des regards derrière mon couvre-lit que j’ai coincé entre le matelas du dessus et l’armature des lits superposés. Pratique ! Le moral n’est pas vraiment bon ; cette histoire de vol m’a scié les pattes pour un moment…

Je m’octroie après la sieste une petite séance sur l’unique ordinateur de l’hostal pour aller sur Internet, très frustré de ne plus pouvoir le faire sur ma propre « bécane ». La frustration est d’autant plus forte que les autres voyageurs présents dans la salle pianotent tranquillement sur leurs ordinateurs portables. Certains doivent certainement être en train de bichonner leur blog… Dur dur.

Je fais la rencontre en fin de journée de l’un de mes colocataires, un jeune allemand de 19 ans. Il m’invite ce soir à le rejoindre pour dîner avec un petit groupe dont il a fait la connaissance aujourd’hui. J’accepte en me disant que ça devrait m’aider à me changer les idées. Je me retrouve avec cinq jeunes ayant à peine la vingtaine, avec qui j’ai l’impression de ne pas avoir grand-chose en commun… Je ne peux m’empêcher de penser : « Mais, qu’est-ce que je fous là ?».

Nous dînons dans un immense restaurant de type self-service, offrant un impressionnant éventail de plats. Les viandes sont bien entendu à l’honneur ; nous sommes en Argentine ! Le repas à volonté coûte 100 pesos sans les boissons. Il faut ajouter à cela les propinas (pourboire) que ne manquent pas de demander de façon parfois insistante les cuisiniers postés derrière leurs fourneaux. Le buffet étant à volonté et représentant un extra dans mon budget, j’ai du mal à contenir ma gourmandise et finis par trop manger. L’addition payée, j’attends avec impatience que l’on décolle mais une personne du groupe se fait désirer en prenant tout son temps pour finir son assiette… Je finis par quitter prématurément l’assemblée pour rentrer car je n’en peux plus. J’ai vraiment du mal à voir le bon côté des choses ces derniers temps. Un rien m’agace…

Il est minuit passé lorsque je peux enfin me glisser sous les draps et rejoindre les bras de Morphée.

 26 septembre 2014, Mendoza

J’enfile short et baskets ce matin après le petit-déjeuner pour aller me défouler un peu. Je prends en courant la direction du Parc San Martín, situé une dizaine de rues à l’ouest de la Plaza Independencia. Il fait frais au sortir de l’hostal mais le soleil et surtout l’effort font rapidement monter le thermomètre ! J’ai la pêche ce matin et envie de m’en mettre plein les pattes. Je cours environ 45 minutes à bon rythme et m’octroie même une petite séance de taekwondo sur la rive du bassin artificiel ornant le parc. Même après cinq mois d’inactivité, je suis toujours capable d’effectuer les huit premiers poomsés sans trop de difficultés !

Je suis de retour à l’hostal vers 9h30. Je ressors après la douche en direction de la Plaza Independencia, le sourire aux lèvres d’avoir réussi à me dépenser un peu ce matin. Rien de telle qu’une séance de course à pied pour bien démarrer sa journée et se sentir planer pendant quelques heures… Je retourne au terminal en fin de matinée pour demander à la compagnie de reculer d’une journée mon départ pour Santiago.

Elle accepte sans rechigner et sans frais supplémentaire. Bonne nouvelle ! Je pars donc pour le Chili dimanche matin à 8h45 et non samedi comme c’était prévu au départ ! Pourquoi ce changement ? Parce qu’il va m’éviter de devoir passer un dimanche complet à Santiago, ville qui m’intéresse uniquement parce que j’espère pouvoir y acheter un nouvel ordinateur et un nouvel appareil photo. En arrivant dimanche soir, j’évite ainsi les temps morts et pourrai faire le tour des magasins dès lundi matin.

Je déjeune à nouveau au petit self de la rue Mendocinas. Vingt pesos me suffisent aujourd’hui pour manger à ma faim. Quelle bonne adresse ! Je visite ensuite plusieurs librairies pour dégotter un livre sur l’Île de Pâques, destination vers laquelle je m’envolerai – si tout se passe comme prévu – avec hâte d’ici une semaine. En vain, je rentre bredouille…

La tristesse et la frustration ayant repris le dessus, je me réfugie dans mon lit en début d’après-midi pour y faire un semblant de sieste. À part écrire un peu dans mon journal – à l’ancienne (style sur papier) – et répondre à quelques mails, je ne fais pas grand-chose du reste de l’après-midi…

19h30 : Jacqui, la très sympathique argentine que j’avais rencontrée à Machu Picchu et qui habite justement dans le coin, me rejoins devant l’hostal. Je suis vraiment content de la retrouver ! Ça fait du bien de voir un visage amical connu. Nous nous rendons à pied jusqu’à l’appartement de son frère en faisant quelques courses en route pour le « goûter »  (il est déjà 20h !). Ah les argentins, de vrais espagnols ! Nous mangeons vite fait chez son frère (absent) puis ressortons, cette fois-ci en voiture, pour retrouver un couple d’amis de Jacqui : María Navidad et Franco.

J’assiste dans le froid à la fin d’un match de hockey sur gazon artificiel dans lequel joue Franco. Nous dînons ensuite dans un endroit un peu spécial ressemblant vaguement à une auberge espagnole où l’on ferait la fiesta en permanence. Nous passons tous les quatre un agréable moment, même si j’avoue avoir du mal à suivre efficacement toutes les conversations à cause du bruit ambiant. Je suis fatigué et, même si j’essaie de faire bonne figure, le spleen ne me lâche pas.

Il est 1h du matin passé lorsque Jacqui me dépose devant mon hostal. Nous nous quittons en nous promettant de nous revoir au moins une fois avant mon départ dimanche matin. Je file au lit sans demander mon reste !

 27 septembre 2014, Mendoza

Et une très mauvaise journée de plus à mon compteur ! J’ai le moral à zéro aujourd’hui, rongé par les idées noires. Je tente de courir à nouveau ce matin mais abandonne au bout d’une vingtaine de minutes car, contrairement à hier, la motivation n’y est pas. Je finis par rentrer à pied jusqu’à l’hostal depuis le Parc San Martín.

Mon resto étant malheureusement fermé aujourd’hui, je déjeune dans un fast-food (Kingo) aux airs de MacDo situé au coin de la Plaza Independencia. Je passe une grande partie de l’après-midi à me morfondre et à manger des cochonneries. Je publie le tout dernier article de mon blog, celui que j’ai intitulé « Sucre et le Cratère de Maragua »  et que j’avais intégralement édité à Puerto Iguazú avant le vol. J’accompagne la publication d’un petit message pour annoncer à mes lecteurs que cet article sera le dernier. Après tous les efforts que j’avais consentis pour accoucher de ce « bébé » puis l’alimenter au fil de mon périple, être contraint de le laisser en plan de la sorte est un crève-cœur. J’éprouve un douloureux sentiment d’échec, mêlé d’une profonde haine pour les voleurs qui m’ont piégé.

Je me pose en début de soirée à la terrasse d’un café du Paseo Sarmiento, rue piétonne attenante à la place centrale. La tristesse que je ressens doit se lire facilement sur mon visage ; le moral est au plus bas.

19h45 : Je retrouve Jacqui au coin de la rue San Martín et de la rue Lavalle et passe une très bonne soirée en sa compagnie à la table d’un immense restaurant comparable à celui dans lequel j’ai mangé avant-hier. Le repas à volonté coûte ici 125 pesos. C’est naturellement sans compter les boissons. On se régale et on se confie aussi… Passer ma soirée ce soir avec Jacqui est un vrai réconfort. Je la serre fort dans mes bras au moment de lui dire au revoir en me disant que je ne la reverrai probablement jamais… Jacqui fera définitivement partie des plus belles rencontres de ce voyage.

Minuit : Extinction des feux !

28 septembre 2014, Santiago

Je quitte l’hostal Alamo ce matin vers 7h45. Il me faut une demi-heure à bon rythme pour rejoindre la gare routière. ¡Hasta siempre linda Mendoza! Adieu, jolie Mendoza ! Tes jolies rues ornées de ces superbes avenues arborées vont me manquer…

Je réussis à changer les 144 pesos argentins qu’il me restait en poche contre des pesos chiliens (5600 CLP) auprès de l’une des compagnies de bus du terminal. Le taux est très médiocre mais je préfère me débarrasser de tous mes pesos argentins, probablement très difficiles à échanger ailleurs vue la conjoncture actuelle. Je retrouve avec plaisir des pièces dans mon porte-monnaie. En Argentine, c’est devenu une denrée rarissime et je n’ai – sans exagérer – manipulé que deux pièces de monnaie pendant tout mon séjour dans le pays. Les billets, souvent très fatigués (surtout les petites coupures), sont pour ainsi dire devenus la seule monnaie d’échange. Je fais les gros yeux quand on me remet mes premiers pesos chiliens. C’est en effet la première fois que je vois des pièces de 500 ! Les chiliens aiment les zéros visiblement. Il va désormais falloir que je m’habitue à compter en milliers : le billet de 1000 pesos ne vaut en effet pas plus d’1,30€…

9h : Le bus part enfin avec un petit quart d’heure de retard. Profitant d’un bus à moitié plein, je réussis à changer de siège pour me retrouver à ma place favorite : premier étage, premier rang. Je vais pouvoir me régaler du paysage montagnard à travers le pare-brise panoramique ! Nous quittons rapidement Mendoza pour nous enfoncer bientôt au creux de la Cordillère des Andes en empruntant une profonde vallée entaillée par le Río Mendoza.

Le paysage est splendide, surmonté d’un magnifique ciel bleu. La vallée, dominée par de très hauts sommets enneigés, est bordée d’à-pics vertigineux et d’éboulis gigantesques. L’échelle est vraiment démesurée ! Je sais que l’Aconcagua, le plus haut sommet des trois Amériques réunies (6 962 m), trône quelque part plus au Nord. Mais j’ai beau le chercher, il ne daigne pas se montrer.

Nous atteignons après trois petites heures de route le complexe transfrontalier réunissant les services d’immigration argentins et chiliens. Il y a encore de la neige à cette altitude (près de 3000 m) et des gens dévalent même une piste de ski à quelques centaines de mètres de là.

Le bus se met en file d’attente derrière d’autres véhicules de tous acabits. Il y a beaucoup de monde devant nous et ça n’avance franchement pas vite. Des enfants braillent dans le bus… Ma patience va être mise à dure épreuve, je le sens ! Mon moral, au quatrième sous-sol, ne m’aide en rien à relativiser la situation. L’attente est interminable. C’est de loin le pire passage de frontière que j’ai réalisé jusqu’à présent ! Un véritable calvaire. Il ne faut au final pas moins de 4h pour faire tamponner nos passeports et être contrôlés (bagages à main) avant de pouvoir enfin redécoller et commencer à entamer la descente vers Santiago…

16h : Nous quittons enfin le poste frontière. Quel soulagement ! Je souffle de nous voir enfin repartir et quitter cet enfer. Mais, à mon grand agacement, le bus s’arrête à nouveau une demi-heure plus tard, bloqué devant l’entrée d’un passage couvert pour laisser passer une file interminable de véhicules de toutes sortes (dont beaucoup de camions) arrivant dans l’autre sens. Nous sommes arrêtés 40 minutes supplémentaires !

Avec tous ces retards, le stress commence sérieusement à monter car je vais arriver à Santiago bien après l’heure prévue et risque fort de devoir arpenter de nuit les rues du centre-ville. Cette idée m’enchante guère, d’autant que plusieurs passagers résidant à Santiago me mettent en garde : « Faites attention après 21h dans les rues du centre-ville car elles commencent à devenir mal famées !». Ma veine…

Santiago du Chili, by night

Santiago du Chili, by night
Source : Wikipedia 2015 [licence CC BY 2.0]

19h30 : Le bus atteint enfin sa destination finale, un terminal de bus qui m’étonne par sa taille vue celle de la ville. Il est tout petit et les bus sont serrés comme des sardines le long des quais. Je m’attendais à atterrir dans une gare routière immense, à l’instar de celle de Buenos Aires… Il me faut dix bonnes minutes pour récupérer mon gros sac placé en soute. Ouf, le cadenas n’a pas sauté au passage de douane ! J’essaie ensuite de retirer des pesos chiliens dans l’un des distributeurs – plutôt douteux – de la gare routière. Sans succès. Ils sont tous hors d’usage ou à sec. Super, les ennuis continuent ! J’espère que je pourrai retirer de l’argent plus tard sans trop de soucis.

Je prends le métro pour rejoindre le centre-ville, en ciblant la station la plus proche du premier hébergement sur ma liste, déniché sur le site Internet de Lonely Planet, une auberge de jeunesse située rue Mosquito (Andes Hostel). Je n’ai avec moi que deux adresses, sélectionnées en plein cœur de la ville pour des raisons purement logistiques : avoir accès facilement au métro et aux boutiques du centre-ville pour faire plus facilement les magasins. J’espère que le prix d’une place en dortoir sera correct.

L’auberge se trouve heureusement à deux pas de la bouche de métro et mon « transfert »  se passe sans encombre. La nuit en dortoir de six avec petit déjeuner inclus est à 23$ : ce n’est pas franchement donné (relativement à tous les hébergements dans lesquels j’ai séjourné) mais ça reste acceptable. Je me pose, vraiment soulagé d’être arrivé à bon port et de pouvoir me relâcher un peu après cette affreuse journée. La roue a vraiment tourné depuis ce dimanche maudit à Buenos Aires. En tout cas, c’est comme ça que je perçois les choses ces temps-ci. Miné par ce qui m’est arrivé, je suis toujours incapable de positiver et de profiter à nouveau du voyage. Tout m’agace, tout me fait broyer du noir… Marre des grandes villes et des concentrations humaines ! Vivement l’Île de Pâques, bon sang !

Je pose mes affaires dans le dortoir – content de constater qu’il est pour l’instant vide – puis ressors pour aller manger un bout et apaiser ma grande faim. Je me pose dix minutes dans un chinois pour avaler un bol de riz et boire une bière puis m’offre une grosse coupe de gelato chez un glacier situé juste à côté de l’auberge pour me remonter un peu le moral. J’ai vu plus « diet »  comme dîner mais tant pis.

Je me couche juste après la douche, vraiment soulagé que cette journée se termine !

29 septembre 2014, Santiago

Je me réveille vers 8h ce matin et prends mon petit déjeuner – copieux mais sans grand plus – à l’auberge, avant de sortir en ville pour commencer ma quête : remplacer mon matériel photographique et informatique, l’unique raison pour laquelle je suis forcé de rester quelques jours dans cette ville. Ma priorité reste cependant l’appareil photo, sans lequel je ne me vois pas poursuivre mon voyage.

Je visite trois magasins du centre-ville spécialisés dans la photo puis prends le métro pour me rendre au centre commercial Arauco, situé au nord-est de la ville, dans une zone peuplée de gratte-ciels. Quelle horreur cette ville, tellement grise et impersonnelle ! N’ayant pas de carte avec moi, je trouve le centre commercial en demandant mon chemin dans la rue à la sortie du métro. Il se trouve à vingt minutes de marche de la station dans une tour ultra-moderne, totem clinquant du consumérisme à l’occidentale. Beurk ! Je déteste être là.

Je visite un magasin Sony et deux « sections » de grandes enseignes locales (Falabella et Paris), tous les trois spécialisés dans le matériel photo. Les magasins Paris et Falabella, qui s’apparentent aux Galeries Lafayette, s’étalent chacun sur trois étages à chaque extrémité du centre commercial. Je prends quelques notes sur différents modèles de reflex et de compacts dans un petit carnet pour pouvoir comparer les prix et faire quelques recherches sur Internet. Je sens que je vais avoir du mal à faire un choix parmi tous ces modèles. Je passe deux bonnes heures dans le centre commercial puis retourne prendre le métro pour rejoindre le centre-ville.

Centre commercial ultra moderne à Santiago

Centre commercial ultra moderne à Santiago
Source : Xamuhinamorix ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

15h30 : Le moral est toujours très bas, mon aversion pour fourmilière très haute. Je me rends à la Poste Centrale, située Plaza de Armas, en fin d’après-midi pour retirer un colis envoyé en poste restante depuis la maison. Le colis est, à mon grand soulagement, bien arrivé et je peux le retirer rapidement en présentant simplement mon passeport. Me voilà avec un nouveau stock de lentilles de contact journalières pour les trois prochains mois !

La Place d’Armes, le cœur du cœur de la mégapole, m’apparaît ridiculement petite pour une si grande ville. Elle est en travaux et des cloisons temporaires empêchent de voir ce qui se trame en son centre. Les autres voyageurs m’ont souvent dit depuis le début de mon voyage que Santiago présentait peu d’intérêt, que c’était une mégapole sans grande saveur. Même si mon moral altère indéniablement mon jugement, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec cette description… C’est une ville terne en comparaison d’autres grandes cités que j’ai pu aborder précédemment en Amérique du Sud, comme Quito, Buenos Aires, Mendoza et même La Paz.

Ma soirée présente peu d’intérêt si ce n’est une discussion sympathique avec une américaine (Weddy) au moment du dîner (un plat de pâtes que je me prépare vite fait dans la cuisine de l’auberge). Elle est étudiante dans le domaine de l’immigration et voyage au Chili pour réaliser un volontariat. Elle m’a l’air particulièrement futée et ambitieuse ; je la verrais bien intégrer un jour les hautes sphères du gouvernement américain…

Je me mets au lit vers 21h30, rempli de tristesse. Je haie cette ville et cette étape de mon voyage. Vivement que les vents me soient à nouveau favorables. Vivement l’Île de Pâques !

30 septembre 2014, Santiago

La série noire continue. Je passe encore une fois une très mauvaise journée.

Je retourne dans l’après-midi au centre commercial (Parque Arauco), en empruntant le même itinéraire que la veille. La foule, le bruit, la pollution… Toutes ces nuisances de la ville m’insupportent au plus haut point et me minent profondément. J’ai parfois l’impression d’être en mode « survie » dans cette ville. Mes idées noires ne me quittent pas.

Ma mission : revisiter les mêmes magasins que la veille pour prendre les références d’autres appareils photos mais aussi pour acheter une tablette tactile afin de pouvoir me connecter à Internet plus facilement.

Je ne supporte plus l’ordinateur en libre-service de l’auberge de jeunesse (impossible de consulter Internet efficacement ; le navigateur se réinitialise au bout d’un rien de temps et l’auberge refuse de changer quoi que ce soit). Je m’imagine par ailleurs très mal continuer à « fonctionner » avec les antiquités que je trouverai presque invariablement dans les hébergements que je fréquenterai par la suite, pour peu qu’ils disposent bien d’un ordinateur en libre-service. J’ai abandonné l’idée de racheter un ordinateur portable car toutes les bécanes que j’ai rencontrées – sans exception – ont un clavier espagnol et les prix sont assez prohibitifs (j’avais acheté le mien sur Internet et avait pu bénéficier du meilleur rapport qualité/prix à ce moment-là). Je sens que cet achat – peut-être un peu compulsif – va me remonter le moral.

Je prends les références d’un compact numérique estampillé « expert » – le Cyber-shot DSC-RX 100 M2 – dans le magasin Sony du centre commercial pour pouvoir lire des avis à son sujet sur Internet. J’ai en effet également abandonné l’idée de me racheter un reflex pour me rabattre sur un compact. Même si la conjoncture est ici plus intéressante qu’en Argentine, les prix des reflex de qualité restent vraiment prohibitifs et le risque de me faire voler de nouveau au cours des neuf mois de voyage à venir n’est pas négligeable. Il me faudrait par ailleurs un sac à dos adéquat, accompagné idéalement d’un étui de protection. Cet achat attendra mon retour en France… L’idée m’enchante guère ; je sais que la frustration sera souvent là de ne pas pouvoir photographier avec un reflex, et ce même si le compact a ses avantages (légèreté, faible encombrement, prix inférieur et donc moins de stress à l’idée de me le faire voler…).

La journée se termine mieux qu’elle n’a commencé. Je dîne en effet ce soir avec Christine, une fille sympathique originaire d’Amérique du Sud et rencontrée dans le dortoir. Nous passons tous deux un agréable moment dans un resto bien animé d’un joli quartier branché de Santiago. Pour la première fois depuis le début de mon séjour ici, j’ai l’impression de découvrir un coin sympa de la ville…

Extinction des feux vers 22h.

1er octobre 2014, Santiago

Je fais quelques recherches ce matin sur les compacts que j’ai vus dans les magasins prospectés ces derniers jours et finis par arrêter mon choix – parce qu’il le faut bien – sur le Sony Cybershot DSC RX 100 M2 (ils auraient pu lui donner un nom un peu plus sexy !) à 400 000 pesos chiliens, soit près de 530€ tout de même. Ce compact « expert » récolte de bons avis sur la toile ; j’espère que je ne serai pas déçu…

Je retourne donc une troisième fois au centre commercial Parque Arauco en milieu de journée. Le chemin, je commence à le connaître à force… La conseillère avec qui j’avais échangé hier à propos du compact n’est pas encore là. Je profite de ce temps mort pour aller acheter une pochette de protection pour ma tablette (13€) puis retourne chez Sony. Pas de chance… le modèle n’est plus en stock ! Je suis maudit.

Heureusement, un autre exemplaire est présent en vitrine. Il n’aurait soi-disant été placé en exposition que depuis trois jours. La vendeuse me propose de prendre celui-ci. Je lui demande une ristourne que refuse son chef. Il m’informe toutefois d’un bon plan : demander une carte touristique à l’accueil du centre commercial pour pouvoir bénéficier d’une réduction de 10% sur l’appareil photo (40 000 pesos soit près de 50€, ce n’est pas rien). Je m’empresse d’aller chercher la fameuse carte puis reviens procéder à l’achat de l’appareil. Je l’accompagne d’une seconde batterie – dont je ne regretterai pas du tout l’achat – et d’une carte mémoire de 16 Go pour un total de 403 000 pesos chiliens. Il ne me reste plus qu’à acheter un étui de protection pour mon nouveau joujou puis prendre la direction du retour. Il est 15h lorsque je quitte le centre commercial. J’espère ne plus jamais avoir à y remettre les pieds !

A mon retour à l’auberge, je subis une nouvelle déconvenue : le câble d’alimentation n’est plus dans la boîte. J’avais pourtant vérifié son contenu avec la vendeuse au comptoir du magasin ! Deux possibilités : soit je l’ai perdu, soit je l’ai oublié sur le comptoir. Je suis décidément « à côté de mes pompes » ces temps-ci… Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol ! N’ayant absolument aucune envie de retourner au centre commercial, je décide de dégoter le câble en centre-ville. J’en trouve un pour 5000 CLP dans un magasin spécialisé en informatique.

Mais, en rentrant une nouvelle fois à l’hostal, je me rends compte d’un nouveau problème : le chargeur ne peut pas être branché directement au secteur ; il me faut un adaptateur (objet que je n’ai pas encore racheté). Je ressors donc une énième fois et trouve le truc en question dans un petit magasin spécialisé en matériel électrique. J’effectue les branchements dès mon retour. Ouf, ça fonctionne ! Quel stress accumulé tout au long de la journée !

18h passé : J’enfile ma tenue de sport pour aller me dégourdir les jambes en ville et évacuer toute cette tension. Je découvre en courant un bel endroit au nord de l’auberge : le Parc métropolitain de Santiago, situé sur le Cerro San Cristóbal. La vue sur la capitale depuis le sommet est imprenable. Je n’imaginais pas Santiago aussi gigantesque et peuplée d’autant de gratte-ciels. Le temps est doux et ensoleillé, délicieusement printanier. C’est un bonheur de courir dans ces conditions, pour peu que l’on fasse abstraction du trafic routier ou de la nappe de pollution grisâtre qui plane au-dessus de la ville… Ah, les joies de l’urbanisation outrancière et des sur-concentrations humaines !

Santiago du Chili, vue depuis le Cerro San Cristóbal

Santiago du Chili, vue depuis le Cerro San Cristóbal
Source : D. Alpern ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

Je réussis à courir une bonne heure en tout, avec des pauses en marche rapide pour gravir la colline. Je me régale à monter-descendre en trottinant, et à plusieurs reprises, les escaliers menant à l’imposante statue de la Vierge (14 m de haut) qui trône au sommet. Cette séance sportive me fait un bien fou ! Mon moral remonte en flèche et je positive de nouveau. Ayant fini de reconstituer – tant bien que mal et du mieux que je le pouvais – mon équipement, j’ai ce soir l’impression de pouvoir me concentrer de nouveau sur mon voyage et être plus réceptif à ce qu’il y a autour de moi…

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Vierge trônant au sommet du Cerro San Cristóbal
Source : McKay Savage ; Wikipedia 2015 [licence CC BY 2.0]

Il fait presque nuit lorsque je rejoins l’auberge. Je rejoins la salle-à-manger juste après ma douche car un dîner gratuit y est organisé. Nous avons droit à une belle assiette de pâtes accompagnée d’un verre de vin. Plutôt cool ! Je discute un moment avec Yanna, une allemande, et Livia, une brésilienne toute mignonne, avant de remonter me coucher. La journée se termine mieux qu’elle n’a commencé.

2 octobre 2014, Santiago

[Mes photos reviennent enfin à compter de ce jour ! :-) ]

Je me lève tôt ce matin pour me rendre à Valparaíso, une ville portuaire très colorée située au nord-ouest de Santiago. Influencé par le film Diarios de Motocicleta – dans lequel le jeune Ernesto Guevara (le futur Ché) et son ami Alberto Granado font un bref passage dans la ville – j’avais prévu d’y faire étape depuis le début de mon voyage. Avec tout ce temps gâché à « faire les magasins », je n’aurai qu’un petit jour pour découvrir cette jolie ville réputée parmi les voyageurs… Dommage, mais c’est déjà ça.

Je prends mon petit déjeuner à 7h30 tapantes, heure d’ouverture du service. Œufs brouillés, céréales trempés dans du lait, tartines beurrées à la confiture, café… Ce n’est pas un petit déj’ de luxe mais ça nourrit son homme. Je quitte l’auberge peu avant 8h pour m’engouffrer dans les tunnels du métro et rejoindre la gare routière (Pajaritos).

Pas de temps mort : je grimpe dans un bus en partance pour Valparaíso dès mon arrivée au terminal. L’aller me coûte 6000 pesos (près de 8€). C’est cher mais ça ne m’étonne plus ici. Le temps est au brouillard ce matin, frais, avec un petit air automnal. Pas terrible pour profiter de la riche palette valparaisienne… La météo sera peut-être plus clémente là-bas, qui sait ?

10 h : Je débarque après une bonne heure et demie de route au terminal de Valparaíso. Pas de brouillard mais un ciel tout gris et bien bas. L’air est frais ici aussi ; je supporte la veste coupe-vent par-dessus ma polaire. Premières impressions : la ville est plus étendue que ce à quoi je m’attendais, s’étirant sur des kilomètres le long de la côte pacifique et grimpant sans pitié jusqu’au sommet des fameux cerros, ces collines aux maisons multicolores qui font toute la réputation de Valparaíso. C’est une ville portuaire d’importance visiblement – j’apprendrai un peu plus tard que c’est en fait le premier port du pays – dotée d’un vaste dock où d’énormes cargos viennent vider et recharger leur marchandise.

Je tombe sur un marché de produits frais peu après ma sortie du terminal et en profite pour me prendre un demi-kilo de fraises dont je me délecte en chemin. C’est un bonheur de manger des fruits frais. Ça change de Santiago où je n’ai pas trouvé grand-chose de bon à manger. Un euphémisme… Les santiaguinos raffolent à l’évidence des hot-dogs, burgers dégueu et autres cochonneries en tous genres, tant et si bien que cette malbouffe semble être la norme un peu partout dans les artères du centre-ville.

Aujourd’hui est un jour spécial car, outre le fait d’être mon dernier jour sur le continent sud-américain, je retrouve la joie de pouvoir prendre des photos. Mon nouvel appareil photo m’a tout l’air d’être un bon compact mais il ne remplace pas mon reflex, loin de là. Le petit zoom intégré me frustre rapidement. Mon objectif 18-105 mm va beaucoup me manquer… Tout comme le fait de ne pas avoir de viseur et de devoir allumer systématiquement l’appareil pour pouvoir cadrer, ce qui oblige à consommer de la batterie à chaque fois. La dynamique tonale ne me semble par ailleurs pas géniale et il est difficile d’apprécier les contrastes et tonalités dans certaines conditions de lumière (encore une fois l’absence d’un viseur fait cruellement défaut).

Je me balade dans les petites rues de Valparaiso au gré de mes envies. Ça monte, ça descend. J’emprunte de longs escaliers très pentus longeant de vieux funiculaires parfois hors d’usage : les fameux funiculaires de Valparaíso. On ne m’a pas menti ; c’est vraiment une cité à la fois jolie et très originale. Il semble que toutes les couleurs de la palette de l’artiste sont représentées au moins une fois dans cette ville ! Les murs arborent très souvent des graffiti divers et variés s’apparentant parfois à de véritables œuvres d’art. Le blanc laiteux du ciel adoucit les couleurs, leur conférant une belle tonalité pastel, tout en enveloppant la ville d’une certaine morosité. Il y a peu de monde dans les rues et les touristes se comptent presque sur les doigts de la main (ce qui n’est pas pour me déplaire).

Je déniche, dans une petite boutique du centre-ville, une carte de l’Île de Pâques qui me sera bien utile pour arpenter ce petit bout du monde qu’il me tarde tant de découvrir.

Une riche palette de couleurs ; Valparaíso

Une riche palette de couleurs
Valparaíso

Une bâtisse très originale : le musée d'art moderne Baburizza ; Valparaíso

Une bâtisse très originale : le musée d’art moderne Baburizza
Valparaíso

L'heure de l'enfouissement des lignes n'a pas encore sonné ; Valparaíso

L’heure de l’enfouissement des lignes n’a pas encore sonné !
Valparaíso

Graffiti couvrant un pan de mur entier ; Valparaíso

Graffiti couvrant un pan de mur entier
Valparaíso

Escalier flanquant l'un des nombreux funiculaires de la ville ; Valparaíso

Escalier flanquant l’un des nombreux funiculaires de la ville
Valparaíso

Les chats du Kafe ; Valparaíso

Les chats du Kafe
Valparaíso

Malgré le cachet général de la ville, certains recoins restent particulièrement sales et délabrées. De vieux immeubles aux façades sombres et délavées font vraiment grise mine dans le paysage urbain, dénotant une certaine pauvreté. Mais délabrement a parfois son charme…

Des immeubles qui ternissent un peu le tableau ; Valparaíso

Des immeubles délabrés ternissant un peu le tableau…
Valparaíso

Deçà delà, des atmosphères pseudo-tropicales ; Valparaíso

Deçà delà, des atmosphères pseudo-tropicales…
Valparaíso

J’ai beau avoir la possibilité de prendre des photos, les limites de mon nouvel appareil, conjuguées peut-être à la mélancolie du ciel, ont raison de ma bonne humeur matinale. Je replonge progressivement dans les mauvaises pensées. J’ai vraiment du mal à positiver depuis mon vol.  J’ai beau me répéter que ça pourrait être pire, j’ai vraiment perdu gros dans cette affaire ! Ce voyage était pour moi une véritable expérience « photo » et la voilà gâchée à cause d’une combinaison de malchance et de manque de discernement… Enfin, c’est comme ça, je me résous à verser dans le fatalisme et à me dire que c’est arrivé parce que ça devait arriver…

13h : Je me pose dans un restaurant du centre-ville, me laissant convaincre par un rabatteur… Mauvais choix : le repas (ceviche, merlu, purée) est vraiment médiocre. Je me sens particulièrement seul aujourd’hui. Naturellement, tout le monde autour de moi est accompagné. Je pars peu après la fin du repas, sans laisser de pourboire au serveur qui me mendigotait pourtant un petit bonus (qui se mérite…).

J’avais initialement prévu de rester à Valparaíso jusqu’en fin d’après-midi mais j’ai envie de rentrer à l’auberge. J’ai en effet l’impression d’avoir déjà fait le tour de la ville; ce qui est loin d’être le cas… La motivation n’y est plus tout simplement. J’ai le sentiment aujourd’hui d’être à mille lieues de l’entrain que j’avais pendant les trois premiers mois de mon voyage. Zut, zut et re-zut, c’est vraiment trop bête ! Je rejoins donc le terminal et achète un ticket retour (pour seulement 2500 pesos ! Allez comprendre la différence avec l’aller…) pour un départ à 15h.

17h : Je suis de retour à l’auberge. Je ressors rapidement pour faire quelques courses puis réorganise mes deux sacs en prévision d’un départ très matinal demain à 4h pour rejoindre l’aéroport. Je me couche aux environs de 21h, après un dîner de pâtes pris à l’auberge et une bonne douche.

Demain, si tout va bien, je m’envolerai enfin pour l’Île de Pâques ! J’ai réservé les services d’un taxi partagé via la réception de l’hôtel pour assurer mon transport jusqu’à l’aéroport. J’espère que tout se passera comme prévu…

Buenos Aires… ou le revers de fortune

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo – voir l’histoire ci-dessous -, je ne peux malheureusement illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs). Soyez patient, les photos reviendront très bientôt… 😉

21 septembre 2014, Buenos Aires

9h30 : Le bus commence à entrer dans Buenos Aires, une mégapole totalisant pas moins de 13 millions d’habitants – soit un peu plus que l’agglomération parisienne – dispersés sur plus de 2000 km² ! Il ne lui faudra pas moins d’une heure, sans embouteillage notable, pour rejoindre le terminal, niché au cœur de la cité ! J’éprouve dès l’entrée de la ville une légère appréhension à devoir bientôt quitter le confort et la sécurité du bus…

10h30 : Le bus atteint son terminus (gare routière de Retiro), situé non loin de la zone portuaire. Il n’a qu’une demi-heure de retard par rapport à l’horaire annoncé à Salta. Rien de bien méchant après un trajet de 17h… J’ai pour une fois plutôt bien dormi dans le bus, siège cama aidant ! Je me remets rapidement en mode « mule » chargé de mes deux sacs puis me rends au point Info de l’immense gare routière. J’en ressors avec une carte détaillée de la ville, annotée des endroits à voir absolument pendant mon séjour et de ceux à éviter car mal famés.

La ville, à perte de vue ; Buenos Aires

Buenos Aires, à perte de vue…
Source : Wikipedia, 2013 [Creative Commons CC BY 2.0]

J’achète ensuite un ticket de bus pour Mendoza, ma prochaine étape (bus cama, 815 pesos), me disant qu’il serait bête de devoir revenir au terminal pour réserver ce trajet. Le départ est pour mercredi prochain à 20h. Me voilà donc avec un peu plus de 3 jours devant moi pour découvrir les charmes de cette ville dont j’ai entendu beaucoup de bien ; on l’appelle d’ailleurs « la París de Sudamérica » (la Paris d’Amérique du Sud) ! J’ai prévu d’y retrouver Diana, l’allemande très sympa que j’avais rencontrée à Huaraz au Pérou, ainsi que Nam et Teresa, dont j’ai fait la connaissance tout récemment à Puerto Iguazú. Mon séjour s’annonce donc plutôt bien !

11h30 : Je quitte le terminal et prends, après quelques tâtonnements, la direction du centre-ville. J’ai sélectionné quelques hostals à l’aide de mon guide. Le secteur où ils se trouvent me semble suffisamment proche pour que je m’y rende à pied. Pas facile de se repérer lorsqu’on débarque dans une nouvelle ville de cette taille ; même avec la carte, je galère un moment avant de savoir où je me trouve exactement sur le papier et quelle direction prendre. Je longe un joli parc – El Parque Retiro – planté de grands arbres aux branches tortueuses et élancées tranchant superbement sur le fond de gratte-ciels. Un vrai tableau d’artiste. Un figuier gigantesque trône également dans le parc. Je me dis qu’il faudra que je revienne me balader dans le coin pour photographier cet endroit…

J’emprunte ensuite la rue Maípu, qui file tout droit vers la poignée d’auberges que j’ai présélectionnées. Cette ligne droite est une aubaine ; pas besoin de sortir la carte à tout bout de champ ! Les rues de la ville sont étrangement vides. Bizarre… Ah mais non, j’avais oublié, c’est dimanche aujourd’hui ! Je reste malgré tout étonné de voir si peu d’agitation dans une si grande ville, avec cette météo (il fait un temps magnifique)… Les sacs pèsent lourds sur mes épaules mais j’avance d’un bon pas, tout en commençant à m’imprégner de cette ville et à l’apprécier.

Après une petite demi-heure de cette randonnée urbaine, je finis par tomber sur la rue de la première auberge sur ma liste : la rue Hipólito Yrigoyen. Je suis à une dizaine de mètres de la porte de l’auberge quand soudain, je sens de grosses gouttes d’une consistance bizarre tomber sur ma tête. Je me passe la main dans les cheveux : mais qu’est-ce que c’est que ce truc gris-brun qui ressemble un peu à de la boue ? Quelqu’un qui vient-il de jeter quelque chose par la fenêtre sans se soucier de savoir s’il y avait un passant en-dessous ?

Une femme, qui marchait à bonne distance derrière moi, se met soudain à pointer du doigt un balcon en me disant qu’elle a vu le coupable : un pigeon. « ¡Que asco, que asco! » me répète-t-elle (C’est dégoûtant, c’est dégoûtant !). Un pigeon qui se soulage juste au-dessus de moi : plutôt comique pour un début à Buenos Aires…

Cette femme – une argentine lambda d’une quarantaine d’années – propose très rapidement de m’aider à me nettoyer en sortant de son sac à main une petite bouteille d’eau et du papier toilette. La porte de l’auberge est à dix mètres. Je ne vais quand même pas arriver couvert de fientes à la réception ; ce ne serait pas terrible… Je décide donc de défaire mes deux sacs et découvre l’ampleur des dégâts : mes cheveux, mes épaules, mon sursac et les jambes de mon pantalon sont couverts de « fientes ». Il ne m’a pas loupé ce sagouin de pigeon !

La bonne samaritaine m’aide à essuyer le gros des fientes tandis qu’un homme, situé de l’autre côté de la rue, à 15-20 mètres de nous, entre à son tour en scène. Il pointe le balcon en répétant : « ¡Mira, la paloma, la paloma! » (Regarde, le pigeon, le pigeon !). Il se trouve juste à côté de fourgonnettes ; ça doit être un déménageur ou un livreur j’imagine. Tout va très vite et je n’ai pas le temps d’analyser la scène dans les moindres détails.

J’essuie mes cheveux, mes épaules, mon sursac (heureusement étanche) et le derrière de mon pantalon avec le papier toilette imbibé d’eau tout en plaisantant de cette « anecdote » avec la femme. J’en oublie, en l’espace de quelques secondes, l’essentiel : mon petit sac, posé à côté de moi sur le trottoir.

Soudain, je me retourne et – vision d’horreur – mon petit sac s’est volatilisé. Je me rends compte immédiatement que je viens de me faire piéger et que tout cela n’était qu’un tour pour me distraire et me subtiliser mes affaires. Mon monde s’effondre. Je crie – non je vocifère – « Mon sac ! » (étonnant comme le français prend le dessus dans ce genre de situation à haut stress) à l’homme qui pointait le pigeon du doigt. Il fait comme si il n’avait rien vu en agitant les bras et commence à quitter la scène, sans vraiment se presser. La femme, elle, s’éloigne d’un bon pas mais sans se carapater non plus. Quant à celui ou celle qui s’est emparé de mon sac pendant que j’avais le dos tourné, je ne l’ai tout bonnement jamais vu !

Je me rendrai compte a posteriori qu’ils avaient parfaitement choisi l’endroit où orchestrer ce coup monté : plusieurs camionnettes étaient garées l’une derrière l’autre, de l’autre côté de la rue – une rue étroite et peu fréquentée (il n’y avait que nous à ce moment-là donc pas de témoin oculaire) -, et un parking souterrain se trouvait à seulement quelques pas… Une configuration idéale pour disparaître sans laisser de trace.

Courir après l’homme ou la femme, j’y ai pensé – j’en ai rêvé – mais impossible car j’avais toujours avec moi l’autre sac, le plus encombrant… Et ces voleurs n’attendaient probablement que ça : me voir prendre en chasse l’un d’entre eux pour ensuite voler l’autre sac que j’aurais dû abandonner pour cette course poursuite… Certes il était moins « vital » pour moi que le petit sac mais le risque de perdre les deux en cherchant à récupérer l’un d’entre eux était trop grand. Si j’en avais eu la possibilité (dans l’hypothèse où j’étais accompagné), c’est cette femme que j’aurais cherché à rattraper et à étriper. C’est elle à qui j’ai fait confiance et qui m’a dupé. Je l’ai étranglé plusieurs fois après ça… dans mes rêves.

Tout se déroule en quelques secondes, de l’instant où je me rends compte que mon sac s’est volatilisé au moment où tout le monde a quitté la scène. Et moi, je me retrouve seul au milieu de la rue, effondré. Quelle malchance j’ai eue, quel idiot j’ai été ! Je me mets à fulminer contre ces rats des villes, vraiment doués pour piéger les petits touristes solitaires et vulnérables en vadrouille loin de chez eux…

Je viens de perdre ce que j’avais de plus précieux : mon matériel photo (reflex et ses deux objectifs, étui, cartes mémoires, etc.), mon ordinateur (et tout ce qu’il contenait dont plusieurs logiciels nécessaires au développement de mes photos et à l’édition des articles pour mon blog) et 15 jours de photos (dont le fabuleux Salar de Uyuni, la somptueuse Quebrada de Humahuaca et surtout les incroyables Chutes d’Iguazú). La pilule est vraiment dure à avaler !

C’est sans compter bien d’autres choses utiles : mon sac à dos (un sac The North Face vraiment au top), une carte de crédit, ma carte d’identité, mes deux permis de conduire, mon carnet de santé international, deux clés USB (l’une contenant toutes mes musiques et l’autre tous mes papiers ainsi que mon dossier « blog »), ma lampe frontale Petzl, mes deux paires de lunettes de soleil (une paire normale et une paire à ma vue), mon téléphone portable (des plus basiques heureusement), mon guide Footprint couvrant toute l’Amérique du Sud (un précieux compagnon depuis le début de mon voyage), mon porte-monnaie (heureusement peu fourni ce jour-là ; il ne contenait que quelques centaines de pesos) et d’autres petites choses de moindre importance mais bien pratiques (et parfois difficiles à remplacer tel que mon Opinel ou – c’est bête à dire mais – tout simplement mes boules Quies…).

Je m’en veux de ne pas avoir gardé sur moi la carte mémoire des photos « en cours ». J’avais pourtant établi une procédure à suivre avant mon départ : toujours retirer la carte mémoire de l’appareil lors des transits pour la cacher sur moi, quand je n’ai pas d’autre choix que de trimbaler toutes mes affaires et suis le plus vulnérable à une attaque. Ça m’apprendra à m’être relâché, à avoir abaissé mon niveau de vigilance et surtout à ne pas avoir respecté le protocole que j’avais mis en place !

Certaines de mes mesures ont été efficaces cependant car j’ai toujours avec moi mon passeport, une carte de crédit, la plupart de mon argent liquide (près de 3000 pesos), la carte mémoire de mes deux premiers mois et demi de voyage et mes numéros d’urgence… Ils étaient tous cachés sur moi : dans un petit étui porté autour du cou (sous le t-shirt) et dans mes poches secrètes (deux poches cousues à l’intérieur du pantalon et une ceinture zip « ni vu ni connu »). Mon protocole sécurité n’a pas failli complètement !

Outre le fait d’avoir fait confiance à cette femme, la grosse erreur que j’ai commise a été de poser mon petit sac à terre et ne l’oublier quelques secondes. Je m’étais juré d’en prendre soin comme à la prunelle de mes yeux mais, comme avec un enfant, quelques secondes d’inattention et ça peut tourner au drame. On a beau avoir entendu parler de ces « trucs » de voleurs maintes et maintes fois, on finit par se faire avoir quand même… Me voilà vacciné de ce tour en tout cas ! Me voilà aussi plus aigre face à l’acte de vol et aux voleurs de manière générale.

Plutôt comique quand j’y repense après coup : c’est moi le pigeon dans l’histoire !

Je sonne à la porte de l’hostal. On m’ouvre. Je suis dans tous mes états ; je fulmine. J’explique à la réceptionniste ce qui vient de se passer en parlant tout noir des voleurs. Je suis hors de moi mais réussis tout de même à me calmer au bout de quelques temps car s’énerver ne servira à rien et surtout il faut que j’agisse vite.

Je demande à la réceptionniste de veiller sur mon gros sac (désormais devenu plus précieux…) et lui demande la direction du commissariat de Police le plus proche. Elle me dit que deux policiers sont postés à deux rues de là. Je cours – littéralement – à leur rencontre. Ils montrent peu d’intérêt pour mon cas, à l’évidence blasés de voir un énième touriste s’être fait bêtement avoir et sachant pertinemment que les voleurs sont déjà loin et qu’il n’y a plus rien à faire… Ils me disent d’aller au commissariat du quartier où s’est produit le vol, situé sept rues « plus bas » (vers le sud). Sept rues ?! Pfffff, c’est pas vrai… Je me mets à courir dans la rue pour ne pas perdre une minute car je dois faire opposition sur ma carte de crédit au plus vite.

Je trouve sans trop de mal le commissariat. Je suis reçu par une fille peu aimable, elle aussi du genre blasé, ne faisant preuve d’aucune empathie. Impossible, me dit-elle d’appeler la France depuis le commissariat… La plainte attendra ; je ressors en vitesse pour trouver un téléphone. Mission difficile aujourd’hui car nous sommes dimanche et les endroits ouverts sont rares. Je trouve un « locutorio » (bureau de tabac équipé de cabines téléphoniques) ouvert mais je ne parviens pas à joindre le numéro pour faire opposition.

Je quitte le locutorio puis tourne et vire un petit moment pour trouver une autre cabine. Rien. Je finis par entrer dans un hostal pour demander à pouvoir appeler la France moyennant paiement en expliquant brièvement ce qui s’est passé. La réceptionniste, très compréhensive, accepte sans rechigner. Je réussis à joindre le numéro et à faire opposition. Gros soulagement. La fille de l’accueil ne me fait même pas payer l’appel. Il y a des gens vraiment sympas tout de même !

Légèrement rasséréné, je retourne au commissariat pour déposer plainte. Un jeune couple d’américains vient de se faire braquer par un voleur muni d’une arme à feu, en voulant retirer de l’argent à un distributeur non loin de là ! Décidément, Buenos Aires n’a pas l’air d’être une ville très sûre… La jeune fille, très choquée, est dans tous ses états. Ils ne maîtrisent à l’évidence pas bien l’espagnol et la communication est difficile avec les gens du commissariat. Je propose mon aide à ces derniers mais ils refusent. Décidément peu aimables… Ils feront finalement appel à un traducteur.

Ma plainte en main, je rejoins l’hostal Portal del Sur où j’ai laissé mon gros sac et, n’ayant plus vraiment le choix, décide d’y rester. Après ce que je viens de vivre, difficile de repartir à la recherche de la meilleure auberge… La nuit en dortoir est à 130 pesos. Je demande une faveur à la réceptionniste : j’aimerais être dans un dortoir vide pour enfin pouvoir me poser et parce que je n’ai envie de voir personne.

On me conduit dans une petite chambre à quatre lits superposés au deuxième étage de l’établissement qui en compte cinq ! Je n’aime pas beaucoup l’endroit (trop grand et « peuplé ») et encore moins la chambre, sombre et bruyante. Elle donne sur le patio accueillant une sorte de petit salon où discutent quelques voyageurs. Je pose mes affaires en leur disant tout haut – « Heureusement que je vous ai encore, vous… » – puis file prendre une douche pour évacuer autant la sueur que l’énorme stress occasionné par ce vol.

Une fois rafraîchi, je ressors rapidement pour retourner au terminal (à une bonne demi-heure de marche) et voir si la compagnie de bus accepterait de réémettre un ticket pour la place que j’ai réservée juste avant la catastrophe. Aucun problème. Je suis soulagé, le voyage en bus vers Mendoza coûtant tout de même près de 80€. Ça m’aurait vraiment fait mal de devoir débourser cette somme une seconde fois !

Je rentre ensuite à l’hostal pour aller sur Internet et envoyer un message à la maison pour les avertir de ce qui vient de se passer. Aïe aïe aïe, la disparition de mon ordinateur et d’une connexion wifi va être dure à encaisser… Les ordinateurs de l’auberge sont en mauvais état ; les claviers – forcément en espagnol – aux touches presque effacées fonctionnent au petit bonheur la chance. C’est une horreur pour écrire un message ! Je fulmine. Tout ça me déprime profondément.

Une belle surprise fait cependant irruption dans mon brouhaha mental : Nam et Teresa me rendent visite par surprise ! Ça fait du bien de les voir ! Je leur explique ce qui vient de m’arriver. J’envie leur « insouciance »; j’aimerais pouvoir profiter comme eux de la découverte de cette jolie capitale qu’est Buenos Aires. Nous passons une petite demi-heure à la terrasse de l’auberge à partager un maté (infusion traditionnelle très consommée ici), face au paysage urbain, avant de sortir pour dîner. Même si leur compagnie m’apporte du réconfort, j’ai le moral dans les chaussettes. Nam insiste pour me payer le dîner. Franchement sympa ce Nam !

22h : Nam et Teresa me raccompagnent tous deux devant mon auberge. Nous nous reverrons plus tard. Je me mets rapidement au lit mais le sommeil est long à venir. L’étage est vraiment bruyant et les rideaux peinent à retenir la lumière du patio qui s’infiltre insidieusement dans ma chambre. Ainsi s’achève la pire journée depuis le début de mon aventure…

22 septembre 2014, Buenos Aires

6h : Je me lève aux aurores ce matin. J’ai mal dormi, hanté par la scène du vol et la perte de mon précieux matériel. J’ai repassé l’événement des dizaines de fois dans ma tête et, à chaque fois, la voleuse passait un sale quart d’heure ! Je profite de cette heure très matinale pour aller sur l’un des deux ordinateurs en libre-service de l’auberge et rédiger quelques mails. Mon ordinateur portable, qui s’est avéré si pratique les trois premiers mois, me manque cruellement.

Je consulte également les commentaires postés sur mon blog suite à la publication de mon article « La Paz et son marché aux sorcières » (que j’avais édité à Puerto Iguazú). Dire que ce sera probablement le dernier ! Car sans mon ordi et mon reflex, il m’est désormais impossible de poursuivre sur ma lancée et proposer un contenu de qualité. Je préfère laisser tomber ce « bébé » et me recentrer sur mon voyage plutôt que de perdre un temps précieux à faire quelque chose de médiocre (difficultés à écrire en passant d’un ordinateur à l’autre et surtout avec un clavier qui n’est pas en français, connexions lentes, etc.).

 

8h : Le petit déjeuner commence tout juste à être servi au cinquième étage de l’auberge, bien trop grande et impersonnelle à mon goût. C’est médiocre, du vite-fait. C’est décidé, je quitte les lieux ce matin ! Ça m’évitera aussi de devoir repasser fréquemment dans la rue où je me suis fait volé hier, souvenir encore trop frais et douloureux.

Je plie donc rapidement bagages – le peu qu’il me reste – pour migrer vers l’hostal où Nam a pris résidence depuis son arrivée en ville (et que j’ai visité brièvement hier) : l’hostal Rayuela, situé trois rues plus au sud. L’endroit, sans être exceptionnel, me convient davantage. Je serai dans un dortoir de six, presque vide à l’heure de mon arrivée.

J’y dépose mes affaires puis en ressors pour commencer à remplacer une partie des choses qui m’ont été volées. Mission difficile lorsqu’on est loin de chez soi, dépourvu du moindre repère, sans ses bonnes adresses. Ici, en centre-ville, il va me falloir chiner, me rendre de boutique en boutique en espérant trouver ce que je cherche…

Muni d’une carte détaillée du cœur de la ville remise par la réception de l’hostal, je me rends dans un premier temps Rue Florida. On y trouverait toutes sortes de magasins apparemment. La priorité pour moi ce matin est de trouver un sac à dos qui puisse tenir la distance pour les 9 mois de voyage qu’il me reste à vivre et voir si je peux dégoter un ordinateur portable bon marché et un nouvel appareil photo (je vais voir pour un reflex dans un premier temps).

Le centre-ville, comme dans toute mégapole digne de ce nom, est un vrai labyrinthe de rues qui se ressemblent et où il est facile de se perdre, même avec l’aide d’une carte. Arrivé à une intersection, où tourner ? Quelle rue prendre ? La carte est une aide précieuse mais ne garantit malheureusement pas toujours d’être dans la bonne direction ! Euh, c’est le nord ou le sud par ici, l’est ou l’ouest par là ? Je demande à plusieurs reprises ma route pour compléter ma lecture de la carte et finis par tomber sur cette fameuse rue Florida. Il y a pas mal de boutiques en effet.

J’en trouve une spécialisée dans les sacs à dos. Ma chance ! La vendeuse, très gentille, me montre divers modèles disposant d’une poche destinée à l’ordinateur portable, un critère de choix important étant donné que j’ai dans l’idée d’acheter un nouvel ordi. Les prix sont élevés. Je finis par me décider – ou devrais-je dire me résigner – à prendre un sac d’une marque que je ne connais pas en promotion pour la somme de 399 pesos (soit près de 40€). L’ardoise commence à se remplir…

Dire que j’avais passé tant de temps à choisir mon sac à dos en comparant les offres sur Internet pour obtenir le meilleur rapport qualité/prix ! Ce sac The North Face, je l’adorais. Il était vraiment de très bonne facture, ergonomique et des plus pratiques pour transporter à la fois mon ordinateur portable et mon reflex – dans son étui avec ses deux objectifs ! -, sans encombrement majeur. Ce sac de remplacement fait vraiment pâle figure en comparaison. Je doute qu’il aille jusqu’au bout mais je n’ai pas trop le choix ; il me faut un sac pour accueillir tout ce qu’il me reste à acheter ! « Ah, saletés de voleurs ! ». La pilule est vraiment amère et ne passe pas.

Je poursuis mes emplettes en achetant un petit carnet de notes (dont j’ai besoin pour gérer quotidiennement mon budget), un stylo, un cadenas à clés, un porte-monnaie et un étui pour mes lunettes de vue, que je portais heureusement sur le nez au moment du vol.

Calle Florida, Buenos Aires

Calle Florida
Buenos Aires – Source : Wikipedia, 2013 [Creative Commons CC BY 2.5 ar]

Ces achats mineurs effectués, je me rends, toujours en tâtonnant et en demandant fréquemment ma route, à la Galería Jardín, une galerie commerciale spécialisée dans la vente de matériel informatique concentrant un nombre impressionnant de boutiques. Je me dis que je vais peut-être y trouver mon bonheur.

Je me renseigne auprès de plusieurs boutiques mais les prix sont vraiment très élevés et, surtout, tous les ordinateurs ont un fichu clavier espagnol ! Hors de question que je mette plus de 300€ dans un portable, qui plus est s’il n’est pas doté d’un clavier français ! 300€, c’est le prix maximum que j’avais consenti à mettre dans l’ordinateur portable que l’on m’a volé, justement au cas où je me le fasse chaparder… Un bon choix !

J’apprends que les prix pratiqués en Argentine seraient 20 à 30% plus chers qu’au Chili, ma prochaine destination. Je décide donc de repousser cet achat éventuel, sans grand espoir de trouver un clavier en français ou, en dernier recours, en anglais (toujours pas pratique pour les accents…).

Je dégote dans cette galerie commerciale une clé USB de 8 Go bien pratique pour voyager (très fine et pouvant être attachée à un porte-clés). Elle est chère mais j’en ai absolument besoin pour pouvoir faire imprimer certains documents et avoir sur moi les scans importants, notamment au cas où on piraterait mon compte de messagerie informatique… Encore une fois, envisager le pire !

Dernière chose sur ma liste ce matin : passer dans une boutique Nikon pour me renseigner sur le prix des reflex. 21 000 pesos (près de 2000€) pour un D7000, le successeur du D90 que j’avais acheté avec son zoom standard à un peu plus de 1000€. La différence est énorme ! Là aussi, je verrai ce que donnent les tarifs au Chili. Je commence à me dire qu’il va falloir que j’abandonne l’idée de me racheter un reflex pour me rabattre sur un compact. Un crève-cœur pour moi…

Le moral dans les chaussettes, je retourne à nouveau au terminal pour demander à avancer mon départ. J’aimerais en effet quitter la ville au plus vite pour laisser derrière moi cet événement malheureux et aller de l’avant mais on me refuse le changement. Franchement pas sympa ! Je retourne vers l’hostal dépité, le moral à zéro. Je m’arrête en chemin dans un restaurant self-service bien fourni et bon marché. Je me remplis l’estomac pour seulement 50 pesos.

14h30 : Je suis de retour à l’auberge. J’y passe le reste de l’après-midi à me morfondre une bonne partie du temps. Je réussis tant bien que mal à remettre mon tableau de suivi « Budget » à jour (heureusement sauvegardé sur Google Drive) en m’aidant de mon journal pour retracer les 15 jours qui viennent de s’écouler…

20h30 : Je ressors pour aller dîner en compagnie de Nam et Teresa, accompagnée ce soir de Priscillia, une jeune et jolie française de 25 ans qui vient d’entamer un voyage de 3 mois vers l’Équateur, en sens inverse de ce que je viens de parcourir. Cela nous donne naturellement matière à discuter.

Nous nous rendons dans une ‘parilla’ (qui se traduit par « grill » en français), l’un de ces fameux restaurants argentins où les mets à l’honneur sont les viandes grillées ou ‘asados’. Il paraît que la viande en Argentine est excellente ; je ne demande qu’à tester. Je commande un ‘vacio’ de bœuf (bavette) mais suis déçu par qu’on m’apporte : il y a plus de gras que de viande ! Heureusement, le vin qui l’accompagne est excellent, lui.

Je passe un bon moment avec mes trois compères d’un soir mais me sens néanmoins très fatigué, souvent perdu dans mes pensées, un peu éteint… Je les suis malgré moi dans un bar quelques rues plus loin. – je préférerais à ce moment nettement rentrer mais je ne connais malheureusement pas le chemin du retour et n’ai aucune carte sur moi. Je suis donc dépendant du bon vouloir de Teresa et Nam, mes guides dans le dédale des rues de Buenos Aires ce soir. Des amis de Teresa nous ont rejoints. Je suis vaguement la conversation avec une seule hâte, que ça se termine pour pouvoir rentrer et me coucher. La libération n’arrivera qu’à 1h15…

1h30 du matin: Je suis de retour à l’hostal, soulagé que cette longue journée se termine. Je constate en entrant dans le dortoir que nous ne sommes que deux cette nuit. Tant mieux, ça devrait être calme. Je me glisse rapidement dans mon drap de sac (que je préfère utiliser quand la propreté des draps me semble douteuse) et m’endors sans trop de peine, exténué.

 23 septembre 2014, Buenos Aires

8h00 : Même si j’ai plutôt bien dormi, le réveil est difficile ce matin. Je passe une petite heure sur Internet – les ordinateurs en libre-service sont malheureusement ici aussi des antiquités ! – avant de prendre mon petit-déjeuner à l’hostal (là encore très moyen) puis me rends en ville pour compléter mes achats.

Convaincu par la formule de la veille, je retourne manger au même self de la rue Maípu. Le ciel est à la pluie ce matin et j’essaie de rester au sec en longeant les immeubles. Je passe deux petites heures dans un coin du restaurant à l’abri du mauvais temps pour écrire. Il pleut à verse quand j’en sors. Du coup, je me pose un peu plus loin dans un café pour me remettre à couvert. Je me replonge alors dans mon journal en sirotant un thé…

J’achète sur le chemin du retour une lampe frontale pour remplacer ma précieuse Petzl. Je dépense 100 pesos dans un magasin orienté chasse et pêche pour une babiole dont la fermeture du compartiment de piles cassera à la première ouverture ! Le matériel de qualité que j’avais semble irremplaçable en Argentine…

18h : Je retrouve Diana à l’hostal Portal del Sur, où j’ai passé ma première nuit… et à deux pas duquel je me suis fait volé. Elle a débarqué en ville ce matin. Je lui fais la surprise et la trouve là où Teresa et Nam m’ont surpris avant-hier, dans le recoin alloué aux ordinateurs en libre-service. Retrouvailles. Nous nous étions dit au revoir le 16 juillet dernier à Huaraz, juste avant que je parte pour le trek de Huayhuash, sans assurance de se revoir un jour. Voilà chose faite !

Nous discutons un bon moment tous les deux, installés sur deux fauteuils dans le patio. Ça fait du bien de partager mes mésaventures mais aussi de parler d’autre chose… Voilà déjà 9 mois que Diana est en vadrouille en Amérique du sud [NB. Son voyage durera finalement près d’un an et demi ] ! Dire que je n’en suis qu’à un peu plus de 3 et qu’il m’en reste le triple ! Même si mon vol m’a mis un sacré coup au moral, cette perspective me redonne le sourire et l’envie d’avancer…

20h30 : Nam et moi quittons notre hostal pour passer chercher Priscillia puis Diana, que j’ai invitée à nous rejoindre ce soir. Nous nous posons dans une pizzeria de renom à Buenos Aires (El Cuartito, si mes souvenirs sont exacts). Et quelle pizzeria ! Je crois que je n’ai jamais mangé de pizzas de cette qualité. Je passe un super moment en compagnie de mes trois camarades autour de deux pizzas énormes et délicieuses. Le resto, réparti sur trois étages (!), est bondé. Je comprends tout à fait pourquoi !

Trois heures plus tard, je me mets au lit avec un moral meilleur que celui des derniers jours…

24 septembre 2014, Buenos Aires

Je passe aujourd’hui encore une très mauvaise journée. Je suis fatigué des gens par centaines dans les rues, du bruit, du trafic… Bref, ras-la-casquette de la grande ville ! Ras-le-bol de Buenos Aires !

Je sors ce matin pour retourner au commissariat où j’ai déposé plainte après mon vol pour obtenir un ou deux exemplaires originaux supplémentaires en prévision des papiers que je devrais refaire une fois rentré en France. Je file ensuite au ‘Comisaría del Turista’ (Commissariat du Touriste) pour demander s’il serait possible de traduire ma plainte en français. « Non », me répond-t-on, « Il vous faudra faire appel à un traducteur ». Hors de question que je paie une traduction en plus des frais que me coûtera très certainement la réfection des papiers ! Je traduirai moi-même cette fichue plainte…

Je me charge ensuite d’échanger 40$ contre des pesos argentins auprès d’un « changeur de rue », posté parmi des dizaines dans la rue Florida. Ils piaillent tous « cambio, cambio, cambio » si vite et machinalement que ça en est drôle, pour ne pas dire ridicule. Je suis cette fois-ci beaucoup plus à l’aise pour changer mon argent que je ne l’étais à Salta.

Je porte mon sac à dos devant moi sur le ventre, à la manière d’un certain nombre de passants. Il faut croire que les voleurs – ces rats de la ville – ont rendu les gens plus méfiants ici qu’ailleurs, moi le premier après ce qui m’est arrivé !

J’ai porté une boule au ventre toute la journée ; la pilule passe décidément très mal. Je viens de passer trois jours à Buenos Aires mais n’aurai presque rien vu de la capitale et en aurai encore moins profité. Peu m’importe, elle est associée à ce vol et je n’ai qu’une hâte, en partir ! Mon aversion à vivre dans une grande ville est à son comble. Je me dis à ce moment-là que les hommes ne sont pas faits pour vivre entassés les uns sur les autres et suis convaincu que cette promiscuité les rends systématiquement paranos, dégénérés ou trop sûrs d’eux. Je vois décidément tout en noir aujourd’hui…

Je retourne manger une dernière fois au self de la rue Maípu, peu avant midi, puis me pose à l’hostal sur mon lit (à l’insu de la réception, le check-out ayant été fait ce matin). Je suis profondément déprimé…

16h30 : Je retrouve Diana devant le Portal del Sur. Nous passons un petit moment dans un café assez huppé du centre-ville où des couples dansent le fameux tango argentin. Nous nous disons au revoir une heure plus tard devant le portique du métro. J’ai en effet décidé d’emprunter les transports publics pour me rendre à la gare routière. Je dois poireauter une bonne heure avant de pouvoir grimper dans le bus et m’installer pour la nuit au premier rang à l’étage supérieur…

20h : Le bus part. Adieu Buenos Aires et bon vent ! Je suis soulagé de quitter ce lieu, d’aller enfin de l’avant en reprenant la route. Les kilomètres qui commencent à défiler sont comme un exutoire. J’ai perdu gros lors de cette étape mais l’essentiel est toujours là : l’envie d’aller de l’avant et de découvrir ce que me réserve la suite du voyage !

L’Iguazú et ses chutes de légende

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo (affaire à suivre très, très prochainement) et des photos que j’avais prises les deux semaines qui ont précédé, je ne peux – sauf exception – illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

Puerto Iguazú, 16 septembre 2014

5h du matin : Partis de Salta hier après-midi à 16h, nous atteignons notre première escale après 13h de bus sans avoir fait une seule pause. Nous voilà à Resistencia, ville située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière paraguayenne. Nous changeons de bus et c’est reparti pour 6h de route jusqu’au prochain transbordement !

C’est dans la ville de Posadas, située sur les bords du Río Paraná au pied de l’excroissance argentine qui s’insinue – à l’évidence pour des raisons historiques et non géographiques – entre le Paraguay et le Brésil, que s’opère le dernier changement de bus. Je me retrouve une troisième fois à la même place mais cette fois – à ma grande joie – sans ronfleur à mes côtés. J’ai même les quatre sièges rien que pour moi !

11h : Pas de temps mort, on repart dans la foulée ! Contrairement aux deux précédents, le bus fait des crochets très fréquents pour se rendre aux gares routières des villes traversées. Peu de gens montent ou descendent ; le bus est presque vide. Le paysage se tropicalise à mesure que l’on remonte vers Puerto Iguazú. La végétation luxuriante tranche franchement avec la terre rouge brique qui borde parfois la route et recouvre les chemins. J’ai vraiment hâte d’arriver !

16h30 : Je débarque à Puerto Iguazú avec une petite demi-heure de retard par rapport à l’horaire annoncé. Rien de bien méchant après un voyage aussi long. 24h30 de bus : voilà un voyage à noter dans mes annales ! L’atmosphère au sortir du bus est chaude et humide. Bienvenue en zone tropicale ! Puerto Iguazú est une « petite » ville de 30 000 habitants, ostensiblement tournée vers le tourisme. Ce dernier gravite autour des célébrissimes Chutes d’Iguazú, situées à une vingtaine de kilomètres au Sud-Est, en pleine forêt tropicale. Je me mets en quête de trouver un hébergement dès ma sortie du bus. Je visite dans un premier temps trois hostals situés dans un quartier résidentiel à quelques encablures de la gare routière mais ne suis pas très emballé pour rester dans l’un d’entre eux. Les chambres sont très humides, sentent le renfermé et doivent grouiller de moustiques… La petite « balade » dans la moiteur tropicale le long de rues bordées d’arbres tropicaux me replonge en Guadeloupe.

Je garde ces trois adresses sous le coude et change de secteur. Je visite deux autres hostals, bien plus accueillants, le long de l’Avenue Córdoba, au nord de la gare routière. Mon choix finit par se porter sur l’un d’entre eux : l’hostal Garden Stone, situé à cinq minutes du centre-ville. Je réserve un lit dans un dortoir de six avec climatisation et casiers. Le petit-déjeuner est inclus et à volonté. Nous ne sommes que trois pour l’instant. Un petit jardin tropical sépare les chambres et dortoirs des autres parties communes (cuisine, salle à manger et salon), ouvertes sur la luxuriance du jardin.

En discutant avec le réceptionniste de l’hostal, j’apprends que les conditions météorologiques devraient se dégrader dans les jours qui viennent. Le retour de la pluie est prévu pour jeudi (après-demain)… Vraiment dommage. J’avais dans l’idée de me reposer demain avant de me rendre aux chutes. Si je ne change pas mes plans, je risque fort de me retrouver sous des trombes d’eau (sans possibilité de prendre la moindre photo) voire tout bonnement de ne pas pouvoir visiter les chutes que les autorités pourraient décider de fermer par précaution. C’est donc décidé, je visite les chutes – côté argentin – demain ! Pour m’y rendre, je prendrai le premier bus, à 8h20.

La décision étant prise, je me libère rapidement de mes affaires puis ressors pour me rendre en toute légèreté au centre-ville afin d’y trouver un endroit pour manger. Qu’il est bon de pouvoir sortir en short et en T-shirt le soir sans ressentir le moindre inconfort à cause de la température ! Vive les tropiques ! Après avoir tourné-viré un peu dans les rues du centre-ville, je me pose dans une pizzéria pour dîner. Une adresse à oublier… Ce n’est pas terrible mais ça nourrit son homme. Un jeune garçon vient me quémander de l’argent pendant que je suis en train de manger. Je lui offre une part de ma pizza qu’il accepte volontiers…

De retour à l’hostal, je passe un petit moment sur mon ordinateur avant de m’endormir sans trop de mal, malgré l’excitation de découvrir les chutes demain.

17 septembre 2014, Puerto Iguazú

Je suis debout ce matin à 6h45 pour prendre mon petit-déjeuner dès 7h et pouvoir ainsi partir au plus tôt. Je quitte l’hostal vers 7h30 après avoir acheté à la réception un ticket pour la « Gran Aventura », un circuit en véhicule tout-terrain dans la forêt semi-tropicale suivi d’une remontée du Río Iguazú jusqu’aux chutes. Même si ce n’est pas donné (430 pesos soit un peu moins de 40€), je me dis qu’approcher et découvrir les chutes par la rivière doit vraiment valoir le coût ! Je passe dans un premier temps acheter mon ticket de bus au terminal. L’aller-retour me coûte 80 pesos (environ 7€). La nourriture et l’eau étant bien évidemment hors de prix dans l’enceinte du parc, je me mets ensuite en quête de trouver de quoi boire et manger : une grande bouteille d’eau, quelques bananes (paradoxalement très chères ici) et un paquet de cacahuètes devraient faire l’affaire.

8h20 : Le bus part. Il ne lui faut pas plus d’une petite demi-heure pour rejoindre le site. Voyager en basse saison a du bon : il n’y a pas la moindre queue devant les portiques. Le ticket d’entrée me coûte 215 pesos (près de 20€). Le parc, immense, a des airs de Jurassic Park. Je me rends tout de suite au point Info pour demander une carte et retirer mon ticket pour la Gran Aventura en présentant le « voucher » acheté ce matin auprès de l’hostal. Le prochain départ est à 9h, soit dans seulement quelques minutes.

J’embarque dans un véhicule tout terrain – une sorte de truck-minibus à ciel ouvert – qui emprunte bientôt une piste sinueuse au beau milieu de la forêt tropicale. Jurassic Park me revient à nouveau à l’esprit, et je ne suis pas le seul ! Un T-Rex va-t-il soudainement émerger des fourrés et nous poursuivre sur la piste ? Notre guide alterne les explications sur le milieu naturel en Espagnol puis en Anglais, au rythme lent de notre véhicule. Nous avons la chance de pouvoir observer furtivement quelques jolis oiseaux. L’air est doux, l’ambiance sonore magnifique… J’exulte de plaisir à l’idée de me trouver ici, si près des chutes d’Iguazú, au beau milieu de la « jungle » tropicale.

9h30 : Nous atteignons le terminus de la piste, sur la rive ouest du Río Iguazú. Nous enfilons tous un gilet de sauvetage avant d’embarquer sur un zodiac. L’atmosphère dans le bateau est électrique. Les gens sont surexcités par les émotions fortes qu’ils s’apprêtent à vivre et je ne fais pas exception… Le groupe qui nous suivait nous rejoint dans l’embarcation qui compte à présent une bonne quarantaine de personnes. Le zodiac met les gaz, c’est parti ! Nous remontons à toute vitesse la rivière, un large cours d’eau aux eaux troubles et aux berges jonchées d’énormes rochers que surplombe l’épaisse forêt tropicale. J’ai enlevé mon t-shirt prévision de la douche que je risque de prendre. Malgré un soleil généreux, je frissonne.

Soudain, au détour d’un méandre, après environ 5 kilomètres, elles apparaissent comme par magie. Les voilà enfin, les Chutes d’Iguazú ! Il n’y a pas de mot pour exprimer l’émotion ressentie au moment d’apercevoir cette merveille… Le zodiac se dirige vers l’attraction principale des chutes : la fameuse Garganta del Diablo (Gorge du Diable), un immense gouffre en forme de fer à cheval allongé où se déversent, sur une longueur de plus d’un kilomètre et une hauteur de plus de 80 mètres, des dizaines – si ce ne sont pas des centaines – de chutes d’eau ! Un endroit où Mère Nature exprime avec force et fracas toute sa puissance et sa majesté. Nous approchons très près du Salto de los Tres Mosqueteros (saut des trois mousquetaires) et nous faisons rincer en beauté par le nuage de gouttelettes généré en continu au pied de la chute. Que c’est beau !

La magie de l'eau : El Salto de los Tres Mosqueteros ; Chutes d'Iguazú

La magie de l’eau : El Salto de los Tres Mosqueteros
Chutes d’Iguazú

Je suis subjugué par tant de beauté, tant de puissance ; j’en aurais presque les larmes aux yeux… Les nuages effilés sur fond de ciel bleu et les oiseaux qui virevoltent dans les fumées d’eau émaillent à merveille ce tableau d’artiste [ci-dessus l’unique photo qui a réchappé au vol de mon reflex…]. J’aimerais que le zodiac aille plus en avant dans la Garganta del Diablo mais il fait bientôt demi-tour… pour notre plus grand bien, la gorge pouvant s’avérer très dangereuse. Un accident mortel est d’ailleurs survenu récemment lors d’une virée de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une petite déception : se trouver au cœur de cette débauche d’eau, encerclé par un défilé presque ininterrompu de chutes plus impressionnantes les unes que les autres doit être absolument fabuleux !

Après ce pur moment d’exception, nous changeons de secteur pour approcher le Saut San Martín, une chute d’eau gargantuesque située entre l’île San Martín (à ma grande déception fermée) et un long rideau de chutes en haut desquelles je pourrai visiblement accéder à pied plus tard. Un immense nuage de fines gouttelettes se renouvelle sans cesse au son du tonnerre des éléments. Un spectacle de toute beauté. Le capitaine du zodiac nous conduit au plus près du nuage pour un rinçage lui aussi de toute beauté ! Je suis trempé de la tête aux pieds. Nous rions tous aux éclats et en redemandons. Le deuxième passage finit de me tremper jusqu’aux os. La plupart des passagers se font prendre en photo sur une petite plateforme installée à cet effet à la proue du bateau. Je me passe volontiers de ce « selfie », préférant me concentrer sur le paysage de folie qui m’entoure.

Nous sommes débarqués peu après au pied du sentier inférieur. Je me pose une minute sur un rocher pour essorer mes chaussettes, sécher un peu sous le soleil du matin et renfiler mon T-shirt. Je commence ensuite ma visite à pied en parcourant le sentier inférieur. Jamais je n’ai vu une telle débauche d’eau ! Le nombre de chutes est tout bonnement ahurissant ! Je suis émerveillé, tout simplement émerveillé. Je multiplie les prises de vue avec des cadrages souvent identiques pour être sûr de capturer la « bonne photo », sans bougé et avec la meilleure combinaison oiseaux / filés d’eau possible car ces deux éléments évoluent en permanence. Comme à Machu Picchu, la grande majorité des gens ne font que se tirer le portrait et, comme à Machu Picchu, ça finit rapidement par m’agacer… Observez le paysage au lieu de vous regarder le nombril ! J’accède à un belvédère au pied du Saut Bossetti, un superbe rideau d’eau très régulier s’écoulant sur une belle hauteur. Mon reflex ne reste pas sec bien longtemps et je suis obligé d’essuyer l’objectif très souvent, pour ne pas dire après chaque prise de vue.

Chutes d'Iguazu, côté argentin

Chutes d’Iguazu, côté argentin (à droite : le Saut Bossetti)
Source : Chensiyuan, Wikipedia 2010 – GNU Free Licence

Je poursuis en empruntant plusieurs escaliers et passerelles pour accéder au niveau supérieur. Je me fais surprendre en chemin par un groupe de coatis à queue annelée, de petits mammifères omnivores de la taille d’un gros chat présentant, comme leur nom l’indique, un long appendice caudal annelé. Ils me rappellent vaguement la mangouste. Munis d’un long museau, ils sont dotés un odorat ultra-développé. Des panneaux mettent en garde les visiteurs contre ces adorables bestioles car elles présentent un comportement chapardeur et agressif. Ma banane à la main ne leur échappe pas en effet. Les voyant très vite humer l’air et commencer à trotter dans ma direction, je mets les voiles ! Un peu plus loin, c’est un petit singe – forcément adorable – qui s’approche de moi en fixant ma banane. Je me dépêche de l’engloutir tout en lui disant « ¡No tengo nada para ti chiquito! » (Je n’ai rien pour toi mon petit !). Désintéressé, il s’empresse de retrouver sa bande. Vraiment mignonnes ces petites bêtes, tellement proches de nous autres les humains…

J’atteins bientôt le niveau supérieur et son réseau de passerelles qui permettent de longer le haut des chutes en direction du Salto San Martín. Les sentiers sont tous balisés et bordés de glissières pour éviter à la fois les accidents et les errances dans le milieu naturel fragile. Le Río Iguazú, avant de faire le grand saut, effectue un impressionnant volte-face en dessinant un méandre en épingle à cheveux. De petites îles effilées ponctuent la largeur de ce cours d’eau aux allures de fleuve, en formant une sorte de peigne irrégulier en amont des chutes. La rivière, qui avant de plonger dépasse allègrement 1 kilomètre de largeur par endroit, est réduite à un mince filet d’à peine 200 m à l’aval des chutes.

Vue aérienne des chutes d'Iguazú

Vue aérienne des chutes d’Iguazú
Réalisation : N. Pettini, 2015

Des ponts ont été construits le long des passerelles pour passer d’île en île. Les structures ont l’air vraiment solides… et pourtant, certaines n’ont pas résisté à la dernière crue historique du Rio Iguazú. En juin 2014, la montée des eaux, qui a atteint des sommets (46 000 m3 par seconde soit 30 fois plus que le débit moyen de la rivière), a en effet détruit la passerelle d’accès au belvédère de la Garganta del Diablo ainsi que les plateformes d’observation elles-mêmes. C’est vraiment dommage car ce promontoire au-dessus du gouffre, l’attraction réputée comme étant la plus sensationnelle du côté argentin, avait de quoi faire rêver… Pour rajouter à la frustration, l’île San Martín est elle aussi inaccessible, probablement aussi à cause de cette crue centennale. Une excellente raison de revenir un jour quand tout sera – espérons-le – de nouveau ouvert !

Le panorama qui s’offre à la vue depuis le terminus du sentier supérieur est absolument splendide. Je suis notamment captivé par la vue plongeante sur le Salto San Martín et le gigantesque rocher flanquant le saut sur l’un de ses côtés. Un cadrage « parfait » attire mon attention. Je veux absolument obtenir l’effet de filé qui sied si bien aux photos de cascades. Un trépied m’aurait grandement facilité la tâche. Je dois cependant composer sans ce précieux support en cherchant le meilleur compromis sensibilité/vitesse/ouverture tout en m’efforçant de trembler le moins possible. Je prends un grand nombre de photos en rafale pour obtenir la meilleure combinaison filé / oiseaux / embruns possible. J’ai ma photo : deux oiseaux côte à côte en train de remonter la chute qui explose en un milliard de gouttelettes tel un feu d’artifice… [Un cliché qui, à mon grand regret, ne restera gravé que dans ma mémoire…]. Malgré cette frénésie photographique, je m’efforce d’oublier de temps en temps mon appareil photo pour m’imprégner de ces visions incroyables, d’une rare beauté, en faisant abstraction de l’agitation qui règne autour de moi…

Repu du spectacle (pour un temps) et un tantinet lassé par la foule et les gens qui se tirent interminablement le portrait, je redescends au niveau inférieur pour me rendre sur le sentier Macuco. J’ai besoin de faire une pause et de m’extraire un moment pour revenir « rafraîchi » auprès des chutes. Il me faut marcher un petit quart d’heure pour atteindre l’entrée du sentier, un large ruban s’enfonçant au cœur de la forêt tropicale. Le panonceau indique un temps de marche aller-retour de 2h30. Il est 14h ; je me donne deux heures.

Je m’applique à marcher avec lenteur à l’aller pour observer la faune et la flore. Il y a peu de monde. Je tombe après quelques centaines de mètres sur ma première belle découverte : une fourmi de couleur noire, gigantesque. Je n’ai jamais rien vu de tel ; elle doit bien faire entre 2 et 3 cm de longueur ! Je découvrirai a posteriori, via une petite recherche sur Internet, qu’il s’agissait très probablement d’un spécimen de Paraponera clavata, l’une des plus grandes fourmis au monde ! Présente en Amérique du Sud et atteignant jusqu’à trois centimètres, elle est l’espèce d’hyménoptère (ordre regroupant entre autres les abeilles, les guêpes et les frelons) dont la piqûre est réputée la plus douloureuse dans le monde. On l’appelle d’ailleurs fourmi balle de fusil ! Elle est aussi utilisée en Amazonie lors de rituels initiatiques particulièrement sadiques… Heureusement que j’ai su tenir mes distances avec elle ; cette « petite » bête m’aurait gâché le reste de la journée à coup sûr !

Je croise un peu plus loin d’immenses papillons aux ailes bleu métallique voletant furtivement dans le sous-bois. Je les reconnais : ce sont des morphos. Certaines espèces peuvent atteindre jusqu’à 20 cm d’envergure ! J’entends des oiseaux chanter ou crier dans les feuillages, sans parvenir à les apercevoir. D’autres papillons attisent ma curiosité en produisant un son étrange m’évoquant des crépitements électriques… Cette balade ravive en moi le désir de me rendre un jour au cœur de la forêt équatoriale, loin des routes, des villes et des centres touristiques, pour « vivre la jungle », la vraie.

J’atteins, après une bonne heure de marche, l’objectif de la balade : une chute d’eau au cœur de la forêt. Des gens se baignent à ses pieds. Réminiscence d’une randonnée jusqu’aux Chutes Moreau, au cœur de la forêt humide guadeloupéenne… J’irais bien me rafraîchir moi aussi mais l’heure tourne ! Il est 15h10. Je fais demi-tour en pressant cette fois-ci le pas pour retrouver les chutes d’Iguazú au plus vite et pouvoir en profiter jusqu’à la dernière goutte avant fermeture (18h).

Je parcours une boucle que je n’avais pas encore empruntée puis redescends sur le sentier inférieur où je prends le plus beau cliché de cette journée. Le cadrage est parfait ; la photo a un air de monde perdu… Je retourne une seconde et dernière fois au terminus du sentier supérieur pour reprendre quelques vues avec la belle lumière de fin d’après-midi mais surtout pour emmagasiner un peu plus… Je suis l’un des derniers à prendre la direction de la sortie, un peu triste de devoir quitter un lieu aussi vibrant en sachant bien que je n’y reviendrai pas de si tôt…

18h15 : Je franchis le portique et grimpe, 10 minutes plus tard, dans un bus en partance pour Puerto Iguazú. Je viens de passer une journée d’une rare intensité… J’apprends ce soir en consultant Internet qu’il existait un peu plus au nord des chutes tout aussi incroyables, sinon plus, dont le débit était le plus important au monde. La Cascade des Sept Chutes – en réalité un complexe de 7 groupes de chutes regroupant 19 cascades principales et près de 300 sauts mineurs – a malheureusement été englouti en 1982 suite à la mise en eau du réservoir du barrage d’Itaipú, construit sur le cours du Río Paraná (dont l’Iguazú est un affluent). Un autre « monde perdu » rasé de la carte au profit du développement. Les hommes font parfois de drôles de choses…

18 septembre 2014, Puerto Iguazú

Je ne sors presque pas de l’hostal aujourd’hui, météo oblige. Le temps, comme prévu, est à la pluie qui se met à tomber en fin de matinée et empire au fil des heures. L’épisode pluvieux se transforme rapidement en tempête tropicale ! L’orage gronde tout l’après-midi et jusque dans la nuit, accompagné d’impressionnantes trombes d’eau… J’ai vraiment fait le bon choix en visitant les chutes hier !

J’en profite pour rattraper mon retard sur le blog en éditant l’article « La Paz et son marché aux sorcières ». Je ne fais qu’une grosse pause en milieu de journée pour sortir déjeuner au centre-ville avec Nam, un voyageur australien d’origine vietnamienne, et Eduardo, un porteño (habitant de Buenos Aires) en vacances dans le secteur. Nous nous posons sur la terrasse d’un café-resto du centre-ville, protégés de la pluie derrière un écran plastique transparent. Je passe un très bon moment en leur compagnie à discuter de choses et d’autres (dans la langue de Nam, l’anglais).

19 septembre 2014, Puerto Iguazú

La pluie a fait rage toute la nuit, accompagnée de coups de tonnerre violents. Quand il pleut, il pleut ici ! Ça me rappelle les trombes d’eau qui s’abattaient fréquemment sur le toit de tôles de ma petite maison au pied de la Soufrière…

Même schéma que la veille ; je travaille comme un acharné sur le blog et réussis à éditer « Sucre et le cratère de Maragua » avant de peaufiner mon récit sur ma folle épopée dans le Far West bolivien.

Je déjeune de nouveau avec Nam aujourd’hui. Teresa, une allemande très sympa, et son amie nous accompagnent dans un restaurant du centre-ville. Ce soir, c’est à l’hostal que je prends mon dîner (pâtes à emporter), toujours en compagnie de Nam.

Même si la météo a été exécrable, je viens de passer deux jours « off » très agréables et surtout très productifs !

20 septembre 2014, quelque part entre Puerto Iguazú et Buenos Aires

La suite du programme s’annonce chargée. La météo étant de nouveau favorable, j’ai décidé de visiter ce matin le côté brésilien des chutes d’Iguazú. Ayant déjà acheté mon billet pour Buenos Aires (départ à 17h ce soir), j’aurai relativement peu de temps pour profiter de la visite.

8h : Mon petit-déjeuner dans le ventre, je grimpe dans le premier bus en partance pour le côté brésilien des chutes. Comme la dernière fois, l’aller-retour me coûte 80 pesos (environ 7€). A mon grand étonnement, le bus est presque vide : nous ne sommes que cinq ! Tant mieux, le passage de la frontière n’en sera que plus rapide ! Il faut tout de même compter une heure pour atteindre l’entrée du site, les formalités de sortie et d’entrée de part et d’autre de la frontière faisant perdre un peu de temps…

Changement de décors discret mais notable en passant le pont Tancredo Neves (ou pont International de la Fraternité) qui enjambe la rivière entre Puerto Iguazú et Foz do Iguaçu : la langue ! On passe en effet comme par magie de l’Espagnol au Portuguais. La monnaie est également différente. Au Brésil, on paye avec le Réal ! L’entrée du site n’étant payable qu’en réaux brésiliens (R$), je dois retirer des billets dans un distributeur automatique sur place. Pressentant que je risque d’être à court de dollars américains au cours de mon séjour en Argentine et sachant qu’il m’est possible d’échanger des réaux auprès de la réception de l’hostal à un taux avantageux, je retire une belle liasse de billets au distributeur (800 R$, soit près de 270 US$). L’entrée du parc national me coûte 50 R$ (une quinzaine d’euros).

Les chutes étant situées à une dizaine de kilomètres de l’entrée du parc, il faut emprunter une navette (gratuite) pour rejoindre le site même des chutes. Je ne m’attendais pas à une telle configuration… Le trajet me semble interminable (20-25 min). Il est déjà près de 10h lorsque je débarque sur place. Le calcul est vite fait ; je n’ai que deux heures devant moi pour profiter de la visite car je dois impérativement prendre le bus retour de 13h pour Puerto Iguazú. Hors de question de le rater, je manquerais mon départ pour Buenos Aires…

J’emprunte dans un premier temps un sentier longeant la rive est qui offre de merveilleux points de vue sur le fabuleux rideau de chutes émaillant le côté argentin. Le spectacle est grandiose. Je me retrouve face au Saut des Trois Mousquetaires, au pied duquel le zodiac nous avait conduits trois jours plus tôt. Surmonté par d’autres chutes, il est absolument sublime en vue plongeante. Les deux rideaux de chutes successifs forment une sorte de « double marche » géante, à couper le souffle. Le clou du spectacle reste toutefois à venir…

Car me voilà bientôt dans la Gorge du Diable ! Et là, il est difficile de décrire ce que l’on peut ressentir face à une telle puissance, une telle majesté. J’emprunte une passerelle pour rejoindre une plateforme permettant de s’approcher au plus près du gouffre. J’ai pris soin d’enfiler ma veste de pluie pour parer aux embruns vaporisés en continu par les tonnes d’eau qui s’abattent tout autour. J’atteins la plateforme en me faisant asperger d’un seul côté (le gauche) et me fraye – tant bien que mal – un chemin jusqu’à la glissière, au plus près de la gorge.

L'incroyable Garganta del Diablo ou Gorge du Diable, Chutes d'Iguazú

L’incroyable Garganta del Diablo ou Gorge du Diable
Chutes d’Iguazú (côté brésilien) – Source : Martin St-Amant – Wikipedia 2007 [licence CC BY-SA 3.0]

Le spectacle est époustouflant. Je me trouve au bord du précipice, au beau milieu de la double marche qu’emprunte la rivière pour passer du niveau supérieur au niveau inférieur, encerclé par une débauche presque ininterrompue de chutes d’eau. Un spectacle de toute beauté, rare et précieux. Je suis captivé.

La foule qui s’agite autour de moi (selfies et compagnie) m’agace un peu mais il en faudrait plus pour vraiment venir gâcher cette féerie. Je prends beaucoup de photos, en essuyant la lentille frontale de mon objectif entre chaque prise, tout en m’efforçant de vivre l’instant présent et de m’imprégner de ce lieu magique. Je reste de longues minutes ainsi face au défilé de chutes, comme perché en équilibre au-dessus de celle qui déverse ses flots juste sous mes pieds… Rares sont les endroits sur Terre où la Nature s’exprime avec tant de majesté.

Des oiseaux virevoltent par centaines, peut-être par milliers, au cœur de la gorge. J’en vois certains passer comme par magie derrière les chutes, tour de passe-passe uniquement possible aux endroits où le filet d’eau n’est pas trop dru. J’apprendrai un peu plus tard que ces voiliers hors pair sont en fait des martinets à tête grise (Cypseloides senex) et qu’ils nichent sur les parois, derrière les chutes. Je resterais bien là pendant des heures mais les gens sont nombreux à vouloir s’émerveiller.

Je quitte à reculons la plateforme et me fais de nouveau rincer par les embruns, cette fois-ci du côté droit. Je m’aperçois qu’il est possible d’emprunter un ascenseur pour atteindre un belvédère panoramique. Naturellement, il faut faire la queue. L’heure tourne mais ça devrait le faire ! Je suis en haut un bon quart d’heure plus tard. La vue est sublime, forcément. Un arc-en-ciel apparaît par intermittence au pied de la chute la plus proche, au gré des caprices du soleil. Il apporte une touche parfaite à mon cadrage. Quel bonheur je vais prendre à développer toutes ces photos ! [et quelle frustration j’éprouverai à toutes les perdre sauf une…]

12h10 : Il est temps de « décrocher » pour prendre une navette et rejoindre l’entrée du parc. Je quitte les chutes avec un petit pincement au cœur, un peu frustré par cette visite « express » (2h) et déjà nostalgique… Je grimpe, comme prévu, dans le bus de 13h (Cruzero del Norte) permettant de rentrer à Puerto Iguazú. Mon passeport s’est noirci de quatre nouveaux tampons aujourd’hui ! De retour en ville, je passe me remplir l’estomac avant de rentrer à l’hostal pour y faire mes sacs et changer mes réaux contre des dollars américains. Je quitte les lieux peu avant 16h30 pour me rendre à la gare routière.

17h : Le bus part. ¡Adiós Puerto Iguazú! Je reviendrai. S’ensuit un long trajet vers la capitale argentine. Le bus est très confortable et le service impeccable : j’ai droit à un dîner chaud, un oreiller et une couverture et – c’est rare – de bons films. Comme à mes habitudes, j’ai opté pour un siège à l’étage, au premier rang, côté fenêtre, à la seule exception près qu’il s’agit d’un siège cama (inclinable à un angle facilitant le sommeil, sans être totalement à l’horizontale).

La Quebrada de Humahuaca

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo (affaire à suivre très prochainement) et des photos que j’avais prises les deux semaines qui ont précédé, je ne peux malheureusement illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

Humahuaca, 10 septembre 2014

9h30 : Je quitte le confort de l’hôtel Mitru, où je me sentais presque comme chez moi, en compagnie du quatuor avec qui j’ai dîné hier soir. Je serais bien resté encore une journée à profiter des commodités de l’hôtel et de la douce atmosphère de Tupiza, mais il faut que j’avance ! Direction : la gare routière, située à seulement quelques minutes de marche de l’hôtel. Nous partons tous pour Villazón, petite ville pelotonnée contre la frontière, tout comme son homologue argentin, La Quiaca, notre porte d’entrée en Argentine !

Nous nous faisons alpaguer dès notre arrivée par des rabatteurs répétant inlassablement leur mantra : « Villazón, Villazón, ya sale Villazón » ! Frénétiques, ils nous sautent presque dessus pour nous conduire vers leur combi, un peu comme si nous étions leur aubaine du jour. C’est la première fois que j’observe une telle ferveur chez des rabatteurs ! Nous remplissons cinq sièges ; il faut en combler deux autres pour que notre chauffeur se décide à décoller. Dix minutes d’attente plus tard, nous voilà partis pour une bonne heure de route. Les paysages sont toujours aussi jolis aux abords de Tupiza. J’aurais vraiment aimé passer plus de temps dans cette petite ville pour pouvoir découvrir les merveilles que recèlent ses environs. J’y reviendrai !

Le relief s’adoucit puis s’aplanit franchement à l’approche de Villazón. Le paysage perd tout de suite de son attrait… Notre taxi nous dépose vers 11h à proximité de la gare routière. Avant de passer la frontière, j’ai une chose très importante à faire : me procurer des dollars, beaucoup de dollars ! En effet, le taux de change officiel du dollar américain est actuellement d’un dollar ($) pour 8,4 pesos argentins (ARS) mais la chose à savoir, et qui peut rapporter gros, c’est que le taux sur le marché noir oscille entre 12 et 14 ARS pour 1$, soit 40 à 65% de plus que le taux officiel ! Autrement dit, avec 100 $ sur le marché noir on obtient 1200 à 1400 pesos, alors que dans les bureaux de change on n’obtient pas plus de 800 pesos… D’où l’importance d’apporter beaucoup de dollars avec soi en entrant dans le pays car, bien sûr – et contrairement aux pays que je viens de visiter-, les distributeurs automatiques ne délivrent pas cette monnaie tant recherchée… J’ai en poche l’adresse du seul distributeur de la ville à délivrer des dollars américains. Aucun problème pour trouver la banque, elle se trouve à deux pas de la gare routière. Mais voilà, le distributeur est hors service ! C’est bien ma veine ! Comment je vais faire maintenant pour obtenir ces fichus dollars ?

Je décide de retirer 1500 Bs. (en trois coups, la machine refusant de délivrer des montants supérieurs à 500 Bs.) puis de me rendre dans la Calle Argentina, où abondent les bureaux de change. Je crains un taux médiocre mais ce n’est pas si mal que ça : 7 Bs. contre 1$. Le taux officiel étant de 6,9 Bs. pour 1$, je perds 10 Bs. pour obtenir 100 $. Un petit euro contre 100 dollars, le sacrifice est raisonnable. De toute façon, je n’ai pas le choix. J’échange donc mes bolivianos contre des dollars puis retourne au distributeur pour retirer à nouveau, cette fois-ci 1800 Bs. de manière à obtenir au final un pécule de 500 $. C’est la somme que je compte, peu ou prou, dépenser pendant les deux prochaines semaines en Argentine. Le petit stress de ces allers-retours une fois passé – je balade en effet sur moi de jolies liasses de billets -, je retrouve le quatuor au bureau de l’immigration, côté bolivien. Je fais tamponner mon passeport par les autorités du pays sortant puis fais quelques pas pour me présenter au bureau situé juste à côté pour obtenir le droit d’entrée en Argentine. Un passage de frontière rapide et sans anicroche. Tant mieux !

Mes quatre camarades d’un jour grimpent dans un taxi posté juste après la frontière pour rejoindre la gare routière. Le chauffeur refusant plus de 4 passagers, je décide de me rendre au terminal à pied, sachant d’après la carte de mon guide (vraiment pratique ce guide Footprint !) qu’il n’est pas très loin. J’arrive un petit quart d’heure plus tard et me fait très vite houspiller par les rabatteurs. Tim, Stacey, Sam et Kate sont prêt à embarquer pour Salta. Leur bus, qui est sur le point de partir, passe par ma prochaine destination, Humahuaca. Je me dépêche de mettre mon sac à dos en soute. Pas le temps d’acheter un ticket, je grimpe dans le bus ; je paierai en cours de route. Le hasard faisant bien les choses, je me retrouve au premier étage, à côté de Stacey et Tim, au premier rang. La vue panoramique est franchement un gros plus !

Nouveau changement de fuseau horaire : j’avance ma montre d’une heure. Il est 14h à Buenos Aires !

Le paysage côté argentin n’est plus du tout le même. La route file en ligne droite sur des kilomètres au milieu d’une vaste étendue plane bordée de hautes collines. Le bus s’arrête au bout d’une heure pour un contrôle anti-drogue opéré par la Gendarmería Nacional Argentina (GNA). On nous fait tous descendre du bus, accompagnés de nos bagages à main mais aussi de nos bagages de soute, pour une fouille. Combien de temps ça va prendre tout ce bazar ? Étonnamment, moins que ce que je craignais. Comme la grande majorité des passagers, je ne suis pas retenu bien longtemps ; on fouille à peine mes affaires. Je n’éveille pas les soupçons visiblement. Il va falloir que je m’habitue à ces arrêts impromptus car ce genre de contrôle est fréquent m’a-t-on dit en Bolivie… Nous repartons après « seulement » une petite demi-heure.

16h : Me voilà fraîchement débarqué à Humahuaca, petite ville hébergeant 12 000 âmes, célèbre pour sa superbe quebrada (vallée encaissée) aux couleurs et aux formes incroyables. J’ai décidé de poser mes valises ici pour justement aller observer de mes propres yeux cette merveille. Je décide de poser mes bagages à l’hostal La Antigua ce soir. Quatre-vingt pesos (soit un peu plus de 7€) la nuitée pour un lit en dortoir avec le petit déjeuner inclus ; le prix me semble tout à fait correct. Je suis reçu par Ainitze, une jolie basque dans la trentaine, très accueillante. Elle vit et travaille ici depuis un an. Elle ne vient pas d’Espagne mais de la « partie conquise par l’Espagne ». Ce sont ses mots ; on sent que c’est une basque pure souche, à l’identité nationaliste bien affirmée. Elle utilise le « vos » pour dire « tu », typiquement argentin, et a – je suppose – perdu la « zeta », cette sonorité purement espagnole qui consiste à placer la langue entre les dents, un peu en zozotant, pour prononcer les z et les c. Il n’y a pas grand monde aujourd’hui à l’hostal : un groupe de cinq argentines de Buenos Aires et Sena, une turque qui parle l’espagnol avec un accent étrangement français (qu’elle ne parle pourtant pas). Je dors ce soir dans un dortoir de 6 que je partage avec Sena. Cet hostal a un petit air de maison de famille… je m’y sens bien.

Je dépose mes affaires, distribue mes dollars dans différentes cachettes (dont ma ceinture secrète !) puis file en ville pour me renseigner sur les options existant pour se rendre au « Cerro de los 14 colores » (Montagne aux 14 couleurs), le site d’exception qui m’a conduit à faire escale ici. Il n’y a que deux petites agences ici et toutes les deux proposent un simple transport vers le site pour un prix assez prohibitif, tout du moins si je pars seul. Mon seul espoir est de trouver demain d’autres personnes pour partager le taxi et les frais avec moi… On verra bien si la chance me sourit.

18h : Décidé à garder ma bonne résolution, je pars courir une bonne demi-heure sur une voie de chemin de fer désaffectée, bordée d’arbustes épineux dépouillés de leurs feuilles. Des chiens se mettent à aboyer ça et là sur mon passage. Toute une ambiance !

Je dîne à l’hostal ce soir (dîner préparé par Ainitze) puis raconte en détail à mon journal la journée qui vient de s’écouler… Il est 23h30 : extinction des feux !

Humahuaca, 11 septembre 2014

7h30 : Je me lève puis prends mon petit déjeuner à l’hostal avant de me mettre en quête de trouver un transport pour Uquía, un petit village qu’il me plairait de découvrir, situé à une dizaine de kilomètres au sud d’Humahuaca. Je me balade un peu dans la ville avant de partir et y découvre notamment le monument dédié aux Héros de l’Indépendance. Il trône en promontoire au-dessus de la ville, non loin de la petite place centrale qui ne manque pas de charme. Je dégotte vers 9h45 un bus en partance pour le sud s’arrêtant à Uquía. C’est parfait ! Se déplacer en Amérique du Sud de place en place est si facile !

Je débarque vers 10h à Uquía, petite bourgade construite presque intégralement en briques d’adobe. Le soleil inonde de ses rayons un magnifique ciel bleu. La température est idéale. Je me sens bien, comme un doux matin de printemps ensoleillé… Je visite l’église sans m’y attarder avant de me diriger vers la Quebrada de las Señoritas, une formation rocheuse rouge brique, aux formes d’érosion particulièrement étonnantes. De près, on a l’impression d’être face à d’immenses termitières faites d’innombrables galeries courant de bas en haut. La roche, incroyablement tendre, s’effrite sans peine entre les doigts. C’est très joli mais j’arrive un peu tard. Le soleil est déjà trop haut dans le ciel et la lumière est trop crue… Je me promène une bonne heure et demie dans le massif puis retourne vers le village. Je croise en chemin Pablo, un argentin de Buenos Aires en vacances dans le secteur d’Humahuaca et accompagné d’un ami français que je rencontre un peu plus loin. Trois minutes de discussion et me voilà déjà avec une nouvelle adresse à Buenos Aires. Les argentins sont décidément très accueillants (j’avais déjà obtenu spontanément deux adresses d’argentins rencontrés le jour de mon départ à Paris et Madrid).

Je me poste devant l’abri de bus situé face au village, le long de la Ruta Nacional 9 qui relie Buenos Aires à la frontière bolivienne (2000 km de long !). Il est midi. Étrangement, il y a peu de passages sur cette route… Un bus doit théoriquement passer tôt ou tard mais je décide de faire du stop pour gagner du temps. Bingo ! Une voiture s’arrête dès mon premier lever de pouce ! C’est un taxi. Il me demande 10 pesos pour rejoindre Humahuaca. J’enchéris par un « ¿Cinco? ». Il accepte. Cinq minutes plus tard, je suis de retour dans la petite cité tranquille. Je passe acheter des carottes, des tomates et des mandarines au marché couvert et en fais mon déjeuner tout en discutant avec deux jeunes argentines résidant à l’hostal. A 13h, Carlos, le fils de la propriétaire, m’annonce qu’un taxi part très prochainement pour le Cerro. Mais il est encore bien trop tôt ; la lumière ne sera pas bonne une fois sur place et, sans elle, les couleurs seront fades et mes photos médiocres… Je décline l’offre, en espérant que la chance me sourira un peu plus tard.

Je passe le début de l’après-midi dans mon dortoir. Je suis tout seul à présent, Sena ayant émigré vers la Bolivie ce matin. Je passe un moment très agréable dans « ma chambre », à écrire face à la fenêtre. Vers 15h, je vois un 4×4 se garer devant l’hostal. Yes ! Je sais qu’il vient pour moi et file au-devant du chauffeur. Il emmène un couple d’argentins sur le site et me propose de les accompagner. Ça me semble encore un tantinet trop tôt mais je me dis que l’occasion est trop belle pour la refuser ! «¡Vámonos! Ce service nous revient chacun à 100 soles (au lieu de 300 si je partais seul). Je suis aux anges, je vais enfin pouvoir admirer de mes propres yeux cette merveille géologique.

Il faut une petite demi-heure de piste cahoteuse pour atteindre le belvédère, situé à une altitude respectable de 4300 m ! C’est ébahi que je découvre cette longue enfilade de plissements en dents de scie incroyablement bariolée. Pour une merveille, c’est une merveille ! J’exulte de bonheur en voyant de mes propres yeux cette prouesse de la Nature qui, j’en a l’intime conviction, n’a pas son équivalent autre pas dans le Monde. Moises, notre chauffeur, nous accorde trois petits quarts d’heure pour profiter du panorama. La lumière est encore un peu crue à mon goût mais l’heure est en fait idéale car les ombres commencent à s’étirer sur le relief, ternissant un peu le tableau. Je photographie cette œuvre géante tout en me répétant à haute voix « Mais quelle merveille ! ».

Cerro de los Catorce Colores, une pure merveille géologique ; Humahuaca

Cerro de los Catorce Colores, une pure merveille géologique
Humahuaca (Source : Wikipedia, 2014 – Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International)

17h15 : Nous rebroussons chemin. Il ne faut à notre chauffeur qu’une petite demi-heure pour parcourir les 27 kilomètres nous séparant d’Humahuaca. La piste étant en mauvais état, ça secoue drôlement dans la voiture (qui ne va pas faire long feu avec un traitement pareil) ! De retour à l’hostal, je prends un goûter improvisé en compagnie des cinq étudiantes en médecine. Franches rigolades. Je leur propose de dîner ensemble. Elles acceptent volontiers.

Je retrouve les filles vers 21h30 pour sortir dîner dans le centre d’Humahuaca. Deux de leurs amis nous ont rejoints. S’ensuit une soirée sympathique autour de quelques pizzas. Je suis loin de tout comprendre car les discussions fusent à toute vitesse et je ne suis pas encore habitué à l’accent porteño (de Buenos Aires). La transformation du « ll » et du « y » en « ch » dans tous les mots me perturbe un peu. Par exemple, les gens de Buenos Aires ne disent pas « llamar » (appeler) mais « chamar ». Il faut s’y habituer…

Minuit : Je me glisse dans mon sac de couchage, content de pouvoir enfin rejoindre les bras de Morphée.

Humahuaca, 12 septembre 2014

Je me lève tôt ce matin pour retourner à Uquía et admirer avec la belle lumière du matin la Quebrada de las Señoritas. Je réussis sans problème à trouver un bus en partance pour le sud et arrive vers 8h10 dans le village, soit deux heures plus tôt qu’hier. Ces deux heures de différence changent tout. Le soleil est levé depuis peu et embrase de ses doux rayons les impressionnantes formations rocheuses de la quebrada. Je m’enfonce aujourd’hui beaucoup plus loin dans le paysage, jusqu’à atteindre un canyon très encaissé. Je suis émerveillé par ces formes d’érosion et m’aventure jusqu’où ma curiosité et ma prudence me dictent d’aller. Quelle bonne idée j’ai eue de revenir sur le site ! J’aurais manqué ce paysage de folie sinon… Je suis très prudent dans ma découverte car les parois de la structure sont vraiment très friables et le sol, fait de sables et d’alluvions grossiers, instable et glissant. Étant seul, je n’ai pas très envie de finir enseveli ou de me casser une cheville… Je redouble donc de prudence.

En redescendant le goulot dans lequel je m’étais aventuré, je tombe sur un passage très étroit et très profond. Il n’est pas sans m’évoquer certains canyons en fente que l’on rencontre aux États-Unis (Antelope Canyon étant de loin le plus connu). J’y rentre sans trop de difficulté en jouant des épaules et suis ébahit d’être au cœur de ce goulot creusé au fil des ans par les eaux torrentielles. En ressortant, j’aperçois un rocher coincé entre les parois à 6-8 mètres de hauteur… Cette vision m’évoque immédiatement le film « 127 heures », l’histoire vraie d’un jeune alpiniste américain parti s’aventurer seul dans les canyons de l’Utah et qui, par manque de prudence combiné à de la malchance, se retrouve le bras droit écrasé par un rocher au fin fond d’un canyon en fente pas plus étroit qu’un passage de porte, loin de tout. 127, c’est le nombre d’heures (soit 6 jours et 5 nuits) au bout desquelles, assoiffé et épuisé, persuadé que les secours ne viendront plus, il décide de s’amputer l’avant-bras à l’aide d’un couteau de poche, non sans mal…

Je rebrousse chemin peu avant midi. Je n’ai pas vu l’heure passer tellement j’ai été absorbé par cet endroit. 12h30 : je grimpe dans un taxi pour Humahuaca (et paye à nouveau la course 5 pesos).

L’après-midi est dédiée en grande partie à l’écriture. J’achète aujourd’hui à Ainitze un joli bracelet rouge portant quatre perles, pour 30 pesos (un peu moins de 3 €). Elle me le fabrique sur commande en direct. Je suis impressionné par sa rapidité d’exécution et la qualité du résultat : elle a tout appris seule en suivant des tutoriels sur la Toile ! Je sais déjà à qui je vais offrir ce petit bijou…

Je dîne ce soir à l’hostal en compagnie de Soledad et Florencia, deux des cinq argentines en volontariat médical à Humahuaca. Les trois autres sont parties passer le week-end à Salta. Nous sortons acheter pommes de terre, poivrons, oignons, courgettes et riz pour préparer un plat végétarien. Je passe un très bon moment à cuisiner puis partager le repas avec elles. J’ai en revanche toujours du mal à comprendre les porteños lorsqu’ils parlent normalement : trop rapide et il faut s’habituer au « ch »… J’éclate de rire quand je les entends appeler le cebolla (oignon), « cebocha » (phonétiquement très proche de « ces beaux chats » en français).

Le rythme argentin est décidément bien différent des pays que j’ai visités précédemment. Je suis de nouveau au lit vers minuit…

Salta, 13 septembre 2014

Je quitte l’hostal La Antigua ce matin à 9h15 après avoir dit au revoir à Ainitze, Carlos, Soledad et Florencia. Petit pincement au cœur en laissant derrière moi cette maison où je me sentais bien… Direction : Salta, située 230 km plus au sud. J’ai entendu et lu beaucoup de bien sur cette ville (on la surnomme d’ailleurs « Salta la Linda » qui signifie « Salta la Belle ») ; j’espère qu’elle tiendra ses promesses…

9h45 : Le bus part avec un petit quart d’heure de retard. J’ai décidé sur les conseils d’Ainitze de faire le trajet en deux étapes en changeant de bus à mi-course, à San Salvador de Jujuy, afin d’éviter les contrôles intempestifs et chronophages opérés sur les bus en provenance de la frontière. Le trajet se déroule sans encombre et j’arrive à la gare routière flambant neuve de Salta aux environs de 16h30. Je récupère une carte au point Info puis quitte le terminal pour rejoindre le centre-ville et trouver un hébergement. Les deux premières auberges de jeunesse sur ma liste affichent complet. Ça commence bien ! Il faut dire que Salta est en fête ces jours-ci : on y célèbre le Seigneur et la Vierge du Miracle – traduction : Jésus et la Vierge Marie – pour qui on attribue l’arrêt soudain (un 15 septembre) d’une série de tremblements de terre survenus au 17ème siècle. Depuis plus de 300 ans, des idoles à leur effigie sont brandies chaque année à cette même période dans le cœur de la ville. Je ne l’ai appris que ce matin, dans le bus, en lisant le topo sur la ville fourni par mon guide. Ça m’apprendra à fouiller un peu plus les infos sur mes futures destinations ! J’espère que je vais trouver un hostal sans trop de mal tout de même…

Quelque chose de très correct se présente au quatrième essai : El Quara, une auberge de jeunesse. Ce n’est vraiment pas le grand luxe (un lit en dortoir 11 places avec petit-déj inclus), mais le prix est tout doux : 80 pesos (environ 7,5 €). Vus les tarifs que j’observe depuis mon entrée dans le pays, je vais devoir m’habituer à dormir en dortoir, dans les auberges de jeunesse dont je ne raffole pas. Certes elles permettent de faire beaucoup de rencontres, mais elles sont souvent bruyantes et pas franchement faites pour se reposer…

17h30 : Je pose mes affaires et prend un maté en compagnie de Virginia (de la réception) et Fabio, un jeune français posé ici depuis trois semaines. Il est temps ensuite pour moi de partir à la découverte du centre-ville et de sa place centrale. Salta est la première ville au look vraiment européen que je visite depuis le début de mon voyage. Personnellement, je ne lui trouve pour le moment rien de bien spécial. C’est une jolie ville, certes, mais sans plus.

Je fais un petit tour sur la place et dans quelques rues proches puis retourne à l’hostal pour lire mes mails et commencer à éditer le prochain article pour mon blog. Je suis très en retard ; il faut que je rattrape tout ça !

Je ressors vers 20h30 pour trouver un endroit où manger. Mission difficile. Les prix sont décidément vraiment plus élevés ici qu’en Bolivie… Il y a du monde dans le cœur de la ville, en particulier devant la Cathédrale où une messe est donnée et retranscrite sur des écrans géants et par l’intermédiaire de haut-parleurs. Ambiance garantie ! Je fais le tour de la place en longeant ses quatre côtés puis m’engouffre dans une rue attenante… Mauvaise idée ! Je fais demi-tour pour éviter de me faire engloutir par une procession religieuse prenant toute la largeur de la rue.

Toujours pas de resto dans mes prix ; je reprends le chemin de l’hostal et finis par trouver quelque chose d’abordable dans un petit resto sans prétention : un sandwich contenant bifteck, jambon, œuf, tomate, salade et fromage fondu, le tout accompagné d’une petite assiette de frites. Un drôle de mélange mais le goût est plutôt au rendez-vous et mon estomac ne crie plus famine ; exactement ce dont j’avais besoin. Je profite du temps mort de la préparation pour écrire.

De retour à l’hostal, je finis d’éditer l’article « Le lac Titicaca… côté Pérou ! ». Je me glisse dans mon drap de sac (les draps du lit m’ont l’air louche…) vers minuit et demi et finis tant bien que mal par trouver le sommeil.

Salta, 14 septembre 2014

8h : Je me lève vraiment tard ce matin par rapport à mes habitudes. L’hostal s’est couché peu de temps avant mon réveil. Visiblement, c’était soirée « beuverie » cette nuit…

Je sors en milieu de matinée pour renflouer mon porte-monnaie avec des pesos. On m’a dit qu’il y a avait des « vendeurs de pesos » sur la place, pratiquant un taux de change oscillant entre 13 et 13,5 ARS pour 1 $. Le ciel est couvert aujourd’hui, comme s’il allait se mettre à pleuvoir. J’atteins le cœur de la ville après 5 minutes de marche. La place s’est remplie de monde depuis hier. Des pèlerins affluent de tous les alentours, à pied ou à vélo, pour venir célébrer le Seigneur et la Vierge du Miracle. Des idoles au kitsch clinquant sont exhibées à la queue leu leu dans les rues de la ville. Toute une atmosphère !

Je parviens sans mal à échanger 100 dollars en coupures de 10 et 20 contre 1300 pesos, soit environ 450 de plus que ce que j’aurais obtenu dans un bureau de change ! J’avoue être un peu mal à l’aise en échangeant les billets ; l’impression de m’approvisionner auprès d’un dealer de je-ne-sais-quoi… Mon malaise est d’autant plus grand lorsque mon dealer se met à hausser le ton avec une passante, visiblement outrée par ce genre de pratique, alors même qu’il recompte ses billets. On m’a dit à l’hostal que ces « passes » d’argent étaient tolérées par les autorités, alors je ne m’en fais pas trop quand même. Tous les étrangers y ont recours, du moins tous ceux que j’ai rencontrés et qui ont visité le pays… Voilà une bonne chose de faite !

Mes 1300 pesos en poche, je peux à présent me rendre à la gare routière pour acheter un ticket (que je sais très cher) vers ma prochaine destination : les Chutes d’Iguazu ! J’opte pour un départ dès demain, Salta ne m’appelant pas franchement à rester plus longtemps contrairement aux Chutes qui me crient de venir les rejoindre. Je choisis de partir avec la compagnie de bus Tigre Iguazú (la deuxième assurant le voyage étant Flecha Bus). Le temps de trajet me fait peur – 24h – et le prix aussi : 965 pesos soit près de 90 euros ! C’est de loin le ticket le plus cher jamais payé depuis le début de mon voyage. Moi qui ne voulait plus dépasser 12h de bus d’affilée, je vais me retrouver avec le double !

Je passe une grande partie du reste de la journée à publier sur mon blog et à développer mes photos, un gros travail car il faut sélectionner les photos à publier parmi des centaines puis les travailler une par une sur Lightroom, mon logiciel « chambre noire ». Je publie en milieu de journée mon 15ème article : « Le lac Titicaca… côté Pérou ! » et enchaîne en éditant le 16ème.

Je m’octroie une bonne pause en milieu d’après-midi pour échanger à nouveau 100 $ contre des pesos. Je crains d’avoir sous-estimé mon budget en Argentine et de manquer de dollars en fin de séjour… on verra bien ! Je visite brièvement la Cathédrale de Salta, au centre des célébrations. Elle est bondée de pèlerins en train de prier d’une façon très solennelle. Je n’ai jamais assisté, de mémoire, à une telle ferveur religieuse. Je dois faire la queue à pas de fourmi pour faire le tour de la nef et rejoindre, avec une pointe de soulagement, la sortie. Ce genre d’événement n’est résolument pas ma tasse de thé ; je quitte les lieux et rentre à l’hostal.

Je ressors de nouveau en soirée pour manger un morceau. Mission difficile. Aucun supermarché n’est ouvert car nous sommes dimanche. Je dégote dans une boutique un petit sandwich et quelques gâteaux secs pour la modique somme de 20 soles. Rien de bien transcendant. Manger sainement avec un budget « routard » est mission quasi-impossible ici. Je me dis qu’il va bel et bien falloir me résoudre à faire de vraies courses pour pouvoir cuisiner moi-même…

L’hostal ce soir est un véritable capharnaüm. Un groupe de 25 pèlerins (principalement des enfants) est arrivé pendant mon absence… Les 11 lits de mon dortoir sont occupés, comme tous ceux de l’hostal a priori. J’imagine que tous les hébergements de la ville enregistrent complet ce soir, demain étant le 15 septembre (jour du fameux miracle). Les auberges de jeunesse ne sont décidément pas faites pour se reposer en paix. Je rêve ce soir d’une petite chambre rien que pour moi, juste pour avoir mon intimité et être tranquille…

Salta, 15 septembre 2014

Je me lève tôt ce matin pour aller me dégourdir les jambes. Je prends rapidement mon petit-déjeuner à l’auberge et enfile illico short, t-shirt et baskets pour aller courir en direction du Cerro San Bernardo, la colline surplombant Salta à l’est. Je monte et descends deux fois un long escalier de pierre, comptant un peu plus de 1000 marches, pour accéder au sommet de la colline. Il fait un temps sublime, ensoleillé et doux, comme un beau matin de printemps… J’alterne course et marche rapide (pour monter mille marches en courant non-stop, il me faudrait un peu plus d’entraînement…) et m’en mets plein les pattes. Courir « à la fraîche » de bon matin, c’est incomparable ! Le sommet de la colline, accessible également en voiture et en téléphérique, est paré d’un joli jardin à l’atmosphère tropicale. Les oiseaux chantent ; il y a peu de monde ; on domine toute la ville… Que c’est agréable ! Si j’habitais à Salta, je ferais à coup-sûr ces allers-retours au moins deux fois par semaine !

Je me décrasse pendant pratiquement une heure et demie puis retourne à l’hostal en trottinant pour prendre une bonne douche et libérer mon lit car le check-out est à 11h ce matin. Je me rends ensuite une dernière fois au centre-ville pour faire quelques courses en prévision du long trajet en bus qui m’attend. Je trouve heureusement un supermarché digne de ce nom ouvert en ce jour férié, le fameux jour du Miracle. J’en profite aussi pour acheter quelques denrées qui feront mon déjeuner ce midi : un pique-nique urbain pris sur un banc dans une rue piétonne du centre-ville…

De retour à l’hostal, je passe deux petites heures sur mon blog avant de mettre les voiles. Il est 15h20. Marcelo, le garde de nuit propose gentiment de me déposer à la gare routière avec sa vieille voiture brinquebalante. J’avais prévu d’y aller à pied mais un tel geste ne peut se refuser. Il me confie pendant le trajet avoir été avocat et avoir tout perdu suite à une « affaire ». Il se retrouve aujourd’hui gardien de nuit dans une auberge de jeunesse où il semble avoir établi ses quartiers (il a son coin à lui dans le dortoir). Les revers de fortune…

16h : Le bus pour Puerto Iguazú part. C’est parti pour un long périple routier de près de 1500 km et (surtout) 24h non-stop ! Préférant sacrifier le confort d’un siège cama au rez-de-chaussée pour pouvoir jouir des centaines de kilomètres de « pampa » qui vont défiler sous mes yeux, j’ai opté pour un siège semi-cama à l’étage avec la vue panoramique. Le déplacement est à la base du voyage alors je ne veux pas me priver de pouvoir l’apprécier comme il se doit. Je me réjouis de n’avoir personne à côté de moi les premiers kilomètres, espérant que ça dure au moins quelques heures car j’ai envie de calme. Mais ça ne dure malheureusement pas… Après une heure, le bus embarque d’autres passagers et je me retrouve avec un vieux ronfleur à quelques dizaines de centimètres de mon oreille gauche. Mes boules Quies ont beau être de marque française (la marque Quies justement !) et drôlement efficaces (auto-gonflantes), elles ne parviennent pas à étouffer totalement les ronronnements de mon voisin. Heureusement, les deux passagers assis à côté de nous descendent quelques heures plus tard. Je saute sur l’occasion pour changer de siège et gagner en confort.

Les kilomètres défilent sur une route presque toute droite filant vers l’est et traversant un paysage extrêmement plat et monotone. Mes pensées vont bon train… accompagnées d’une excitation grandissante à l’idée d’être bientôt face aux célébrissimes Chutes d’Iguazú !