Le Far-West bolivien (2/2)

Atullcha, 6 septembre 2014

7h15 : Je me lève bien reposé et le sourire aux lèvres de savoir qu’une nouvelle journée de paysages grandioses m’attend. Modesta nous a préparé des pancakes pour le petit déjeuner… Miam !

8h : Nous quittons Huaylljara pour continuer notre remontée vers le Nord où nous attend bien sagement le fameux Salar de Uyuni, dernière étape de ce périple. Nous repassons près de la Laguna Colorada, dont la surface a partiellement gelé pendant la nuit. Les flamants semblent avoir déserté le lac ; je n’en vois presque plus. Mais où ont-ils bien pu passer ? Comment font-ils pour supporter un froid pareil sans l’épaisse fourrure des lamas ? Et comment parviennent-ils à s’alimenter quand, au cœur de l’hiver, les lagunes gèlent intégralement ? Autant de questions qui me viennent et restent sans réponse…

Reflets sur la Laguna Colorada ponctuée de quelques flamants, Lípez

Reflets sur la Laguna Colorada ponctuée de quelques flamants
Lípez

Laguna Colorada, depuis sa rive nord ; Lípez

Laguna Colorada, depuis sa rive nord
Lípez

Nous faisons un arrêt en surplomb du lac, sur la rive opposée à celle où nous étions hier. La vue est tout aussi splendide. Séance photo pour tout le monde.

J’aimerais rester là une journée entière pour admirer l’évolution du lac et de ses habitants au fil des heures… Mais non, il faut repartir. Direction : El Árbol de Piedra (L’Arbre de Pierre), un énorme rocher dont la forme très originale a été modelée par l’action de la pluie et du vent. Un arbre ? J’y vois plutôt un gros champignon en trompette, mais bon… Nous posons tous à tour de rôle à côté de ce géant puis reprenons la piste.

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El Árbol de Piedra
Lípez

Entrelacs impressionnant de pistes ; Lípez

Entrelacs impressionnant de pistes
Lípez

Nous traversons une vaste étendue désertique (le désert de Siloli), avec sur notre gauche un paysage d’une rare beauté. Il semble tout droit sorti d’un tableau impressionniste. Etant du mauvais côté de la voiture, je demande à Freddy de s’arrêter car il me faut impérativement une photo de cet endroit ! Je suis en extase tellement les couleurs et les lignes sont harmonieuses. Je rêverais de pouvoir m’approcher de ces volcans, arpenter leurs flancs, gravir leurs sommets, explorer leurs moindres recoins… mais il faut repartir. Grrr! Que c’est frustrant de passer ainsi en coup de vent !

Une véritable toile d'artiste... ; Désert de Siloli (Lípez)

Une véritable toile d’artiste…
Désert de Siloli (Lípez)

Encore une fois, une harmonie parfaite entre ciel et terre... ; Désert de Siloli (Lípez)

Toujours cette belle harmonie entre ciel et terre
Désert de Siloli (Lípez)

Après avoir quitté la Réserve Eduardo Avaroa, nous passons à proximité de la Laguna Ramaditas puis faisons escale sur les rives de la Laguna Honda. Au moment de repartir, nous avons la chance d’admirer à quelques mètres du 4×4 un renard des Andes. Peu farouche, ce bel animal est à l’évidence habitué à ce qu’on lui jette de la nourriture depuis la fenêtre… A défaut d’être vraiment exceptionnelle, cette rencontre inattendue n’en reste pas moins magique !

Renard des Andes ; Laguna Honda (Lípez)

Une jolie rencontre : le Renard des Andes
Laguna Honda (Lípez)

Nous passons un peu plus loin la Laguna Charcota pour débarquer juste après sur les rives de la Laguna Hedionda. Freddy nous accorde un bon quart d’heure autour du lac qui, contrairement au précédent, héberge une vaste population de flamants. J’ai le loisir d’en observer de près en m’aventurant à gué sur le bandeau de vase entourant le plan d’eau. Même constat que la veille : ces volatiles sur échasses ne pense qu’à manger !

Joli quatuor de flamants de James en plein festin ; Laguna Hedionda (Lípez)

Joli quatuor de flamants de James en plein festin !
Laguna Hedionda (Lípez)

Un flamant de James, tout en élégance ; Laguna Hedionda (Lípez)

Un flamant de James, tout en élégance…
Laguna Hedionda (Lípez)

La Vigogne, une petite perle au milieu du désert ; Laguna Hedionda (Lípez)

La Vigogne, une petite perle au milieu du désert de sel et de roche…
Laguna Hedionda (Lípez)

 

APARTÉ :

A partir d’ici et jusqu’au 1er octobre 2014 inclus, sauf exception, le récit ne sera malheureusement plus agrémenté de mes photos en raison du vol de mon appareil photo et de la perte d’une partie de mes précieuses images (dont celles qui étaient censées suivre). Vous en saurez plus prochainement. En espérant que le récit sans image ne vous semblera pas trop lourd à digérer…

 

Il est près de midi lorsque nous atteignons la Laguna Cañapa, comblée en grande partie par des sels et elle aussi envahie de flamants. Des nuages effilés paradent dans le ciel bleu, ajoutant du relief à un paysage qui est loin d’en manquer… Nous prenons notre pause déjeuner en surplomb du lac, face à un panorama somptueux. Pour ne rien gâcher, Modesta nous a préparé un copieux pique-nique (poulet, pommes de terre, riz et crudités). Nous repartons rassasiés.

La route est encore longue pour atteindre la rive sud du Salar de Uyuni, notre point de chute ce soir. Nous faisons un arrêt pour observer des vagues de lave pétrifiées puis poursuivons sur une large piste tirant tout droit, que l’on pourrait confondre facilement avec une route non asphaltée. Notre Freddy se lâche en y faisant des pointes à 100 à l’heure ! Autour de nous, des volcans tous azimuts. J’en compte à un moment donné plus de quinze ! Je suis béat, extatique, fasciné par un tel paysage, une telle démesure. Ça a dû être l’enfer sur Terre ici quand ces géants crachaient leur feu. Je pense ne pas me tromper en affirmant que le Lípez est l’une des régions volcaniques les plus vastes au monde… Un gigantesque champ de bataille volcanique !

Nous croisons au milieu de ce désert de laves et de scories un cycliste solitaire. Même si son périple semble fou (des pistes chaotiques, une signalétique quasi inexistante, des points de ravitaillement rares…), je l’envie. Au fond de moi, je nourris déjà l’espoir de revenir un jour dans ces paysages d’un autre monde pour les vivre autrement, d’une façon plus lente, plus douce… plus respectueuse aussi. En vélo, à pied ? La graine d’un périple un peu particulier serait-elle en train de germer ?

Nous traversons en milieu d’après-midi la voie de chemin de fer reliant Uyuni à Calama (Chili). Un trait d’union entre deux pays qui ne s’apprécient guère… La Bolivie nourrit en effet encore une vive rancune contre le Chili depuis la Guerre du Pacifique (19è siècle) qui l’a privée de sa façade côtière. La vision de cette voie de chemin de fer tirée au cordeau au milieu de nulle part est pour le moins insolite et intemporelle.

Nous faisons plus loin un arrêt au beau milieu d’une coulée de lave pétrifiée, tranchante comme du corail. L’endroit porte le nom évocateur de « Ejército de Corales » (Armée de Coraux). Impressionnant !

Nous poursuivons sur les étendues brunes et planes, entrecoupées d’oueds, du Salar de Chiguana ; un petit aperçu « en fausses couleurs » de son grand frère résidant plus au nord. Notre 4×4 crève en plein milieu de ce désert. Les centaines de kilomètres avalées sur des pistes chaotiques ont eu raison du pneu arrière gauche… Il ne faut pas plus de dix minutes à notre Freddy, rompu à ce genre d’exercice, pour le changer. Espérons que ce remplaçant, un pneu « légèrement » usagé, tiendra le coup… car nous n’avions que lui ! Nous reprenons la route. Notre pilote s’autorise quelques écarts de conduite et fait du hors-piste, souillant par la même un milieu naturel resté jusque-là intact. Je ne dis rien mais n’en pense pas moins…

17h : Nous atteignons une « île » posée au milieu du désert, ponctuée de cactus pétrifiés ressemblant vaguement à des coraux. Je me demande bien comment ces fossiles ont pu se former… Nous payons 20 Bs. pour pouvoir pénétrer sur le site et découvrir les deux principales attractions de l’île. Nous visitons dans un premier temps une petite grotte portant le nom étrange de Gruta de las Galaxias (Grotte des Galaxies). Les rideaux de dentelle qui la tapissent seraient des algues marines pétrifiées… On a un peu l’impression d’être au cœur d’un gruyère. Encore une fois, nous n’y restons pas plus de cinq petites minutes, c’est vraiment dommage. Nous découvrons juste après une caverne hébergeant une quinzaine de tombeaux creusés à même le sol (Cementerio de los Chullpas). L’endroit dégage une atmosphère étrange. Ces deux visites valaient le détour, je ne regrette pas d’avoir dépensé ces 20 Bs…

18h : Nous atteignons la localité d’Atullcha et notre troisième hébergement, situé sur la rive sud du Salar de Uyuni. Le grand désert de sel est là, face à nous, mais ce n’est pour l’instant qu’un pâle aperçu de ce qui nous attend. Le grand spectacle est pour demain ! Notre toit ce soir est des plus originaux. L’hôtel a été construit presque intégralement avec le matériau extrait du salar : le sel ! Les murs, les tables, les chaises, les tables de nuit, tout (ou presque) est ici fait de sel. Je ne peux m’empêcher de goûter à un petit bout de ma table de nuit, juste pour vérifier… C’est bien du sel ! C’est le grand luxe ce soir : j’ai une chambre à trois lits pour moi tout seul et nous avons tous droit à une douche bien chaude moyennant une dizaine de bolivianos (ils doivent avoir un sacré réservoir car nous sommes plus de 20 à en profiter…). Après trois jours sans se laver, ce coup de chaud et de frais fait un bien fou.

Le dîner qui s’ensuit clôture en beauté cette merveilleuse journée : une soupe de légumes suivie d’un bon plat de spaghetti, le tout agrémenté de discussions animées avec les différents membres du groupe élargi « Tupiza Tours ».

21h : Je me glisse dans mon sac de couchage, ravi par cette sublime journée qui s’achève et impatient de découvrir le Salar au petit matin.

Tupiza, 7 septembre 2014

6h : Nous sommes les premiers à quitter l’hôtel de sel pour partir à l’assaut du Salar. Le jour pointe tout juste à l’horizon. Il fait froid sous le ciel dégagé encore parsemé d’étoiles. Freddy empreinte une piste bien marqué à la lumière des phares, évoluant sur un terrain brunâtre et assez chaotique. Le Salar tel que je me l’imaginais apparaît comme par magie au bout de quelques kilomètres : plat comme une patinoire, intégralement recouvert de sel et s’étirant à perte de vue sur tous les horizons. Freddy met les gaz sur cette surface parfaitement plane et incroyablement homogène. Mais comment la nature a-t-elle pu niveler une aire aussi vaste (près de 11 000 km² soit plus de cent fois la superficie de la ville de Paris !) ? Dame Nature m’étonnera toujours ! Freddy lâche de temps en temps le volant, visiblement heureux de ne plus devoir être aussi attentif aux aspérités du terrain… Il suit une piste bien marquée par le passage répété des 4×4 mais peut en dévier à tout moment et faire sa propre trace dans le désert de sel.

J’apprends en surfant sur le Web que le Salar de Uyuni fut il y a de cela quelques millénaires un immense lac dont la profondeur avoisinait 100 m. L’évaporation du lac a progressivement concentré les sels et formé cette immense étendue immaculée que nous connaissons aujourd’hui. Le volume total de sel serait de 64 milliards de tonnes (avec une épaisseur variant de 2 à 120 m) ! Ça en fait des kilos de sel de table et des hôtels de sel ! J’ignore en revanche si le Salar continue à produire du sel… Si ce n’est pas le cas, au rythme actuel des exploitations (environ 25 000 t par an), il faudrait plus de 2,5 millions d’années pour épuiser la totalité des réserves. Ça va, il y a de la marge ! D’après Freddy, l’exploitation du sel est réservée au seul marché bolivien (sel alimentaire et matériau de construction). Notre guide nous apprend aussi que les constructions faites de sel se dégradent pendant la saison des pluies et qu’il faut en conséquence régulièrement les maintenir en l’état. Une maison qui fond quand il pleut, si c’est pas original ça !

Nous avalons les kilomètres sans trop nous en rendre compte tellement ce désert est immense. Notre cap ? Une île sombre posée au milieu de cette océan de blancheur. Le soleil ne va pas tarder à émerger sur notre droite. Freddy arrête la voiture au beau milieu de nulle-part et nous sortons dans le froid. Marcher sur le Salar… Une expérience aussi unique que celle de rouler dessus ! Je suis étonné de poser le pied sur une surface dure comme du béton ; je m’attendais à quelque chose d’un peu plus mou. Le Salar est une œuvre géante peinte par un mathématicien de génie. Des polygones ornent toute la surface. Ils ont, dans leur immense majorité, 5 à 6 côtés. Les carrés existent mais il faut vraiment bien les chercher ! Le plus extraordinaire peut-être, c’est qu’il n’y a pas un seul accroc dans cette maille gigantesque qui doit pourtant compter plusieurs milliards de polygones !

Les rayons du soleil levant effleurent de leur pâle lueur la surface du Salar, mettant en relief l’incroyable maille qui se propage dans toutes les directions. Quelle merveille ! Les volcans, visibles dans le lointain à l’horizon, entrent eux aussi en scène, rougeoyant dans cette belle lumière du matin. Tout le monde semble absorbé par la boule de gaz qui monte peu à peu dans le ciel ; moi, je suis dos à notre étoile pour profiter des doux rayons qu’elle darde sur ce paysage inouï.

Le spectacle ne dure que quelques minutes. Le Soleil ne nous attend pas, il grimpe, il grimpe dans le ciel bleu… Notre planète tourne vite tout de même (je viens d’apprendre que nous tournons tous autour du centre de La Terre à une vitesse de plus 1600 km/h) ! Nous remontons dans la voiture pour poursuivre notre route vers l’île qui grandit lentement mais sûrement devant nous. Il est près de 7h15 lorsque nous accostons sur ce confetti posé au milieu du désert de sel : l’île (ou pseudo-île) d’Inkawasi. Nous devons payer un droit d’entrée (30 Bs.) avant de pouvoir nous promener au milieu des magnifiques cactus candélabres qui ont colonisé ce petit bout du monde. Leurs dimensions m’impressionnent, aussi bien en hauteur qu’en largeur.

Les vues sur le Salar depuis ce promontoire sont superbes, même si elles sont souvent ternies par les nombreuses traces de 4×4 qui rayonnent dans toutes les directions. Le sol de l’île, recouvert de coraux pétrifiés, est très râpeux. Je me balade pendant une bonne heure, essayant de capturer quelques belles images de cet endroit on ne peut plus singulier, avant de descendre rejoindre mes camarades pour le petit déjeuner. Des tables de sel alignées au pied de l’île, face au Salar : sympa comme cadre pour prendre son petit déj’ ! Étant levé depuis 5h15 et n’ayant rien avalé depuis, j’ai la dalle ! Un bon café accompagné de quelques tranches de gâteau, de céréales et de yogourt me calent l’estomac pour quelques heures.

Rassasié, je quitte le groupe pour m’aventurer un peu sur le Salar avant que nous ne repartions. Les montagnes visibles à l’horizon semblent flotter telles des oasis au milieu du désert… Les polygones me fascinent. J’essaie de trouver des motifs originaux dans la maille et en dégote quelques-uns. Je tombe notamment sur le trèfle à quatre feuilles du Salar : le polygone à quatre côté, autrement dit le carré ! J’en dégotte un, un seul. Le Salar respire en quelque sorte par ces rides de sel incroyablement organisées. Encore une fois, Dame Nature fait drôlement bien les choses. Je me mets à imaginer que ces formes géométriques sont probablement une projection au niveau macroscopique de la structure atomique des cristaux de sel. Comment ça fonctionne ? Aucune idée mais j’aimerais bien qu’on me l’explique un de ces jours…

En saison des pluies (de décembre à mars voire au-delà), certaines parties du Salar se recouvrent d’une fine pellicule d’eau (quelques dizaines de centimètres d’épaisseur) et se transforment en véritables miroirs géants. J’ai vu des images de ce fabuleux spectacle ; c’est comme si la Terre devenait ciel et que tous les repères étaient abolis. Absolument incroyable. Il faudra que je revienne un jour à cette époque rien que pour voir ça !

Freddy passe me récupérer avec le 4×4 ; un homme seul perdu au milieu de ce désert est vite repéré ! Nous parcourons plusieurs dizaines de kilomètres sur une très large piste que les passages répétés de centaines de véhicules ont entaillé jour après jour. On pourrait presque parler d’autoroute du Salar. J’aperçois des nids de poule sur notre route. « ¡ Son ojos de sal ! » (« Ce sont des yeux de sel !») me dit Freddy. Nous stoppons à nouveau au beau milieu de nulle-part. Freddy s’agenouille au bord d’un de ces yeux de sel, de petits trous d’eau de quelques dizaines de centimètres de profondeur, et en sort un trésor : d’énormes cristaux aux formes incroyablement géométriques (cubiques). On croirait qu’ils ont été usinés dans un laboratoire de haute précision tellement ils sont parfaits ; je suis fasciné.

Nous passons ensuite à la traditionnelle séance « fotos locas », les fameuses « photos folles » que l’on voit défiler devant son écran lorsqu’on fait une recherche « images » du Salar sur Internet. Les repères étant abolis sur le Salar,  il est facile de créer des effets délirants. Nous finissons la séance par une photo de nous tous en train de bondir dans les airs… Plutôt réussie ! [la seule photo qu’il me reste de cet endroit d’exception suite au vol de mon appareil photo en Argentine…]

Photo de groupe ; Salar de Uyuni

Photo de groupe
Salar de Uyuni

Nous regrimpons dans le 4×4 pour rejoindre la rive est du Salar, en faisant une courte pause au niveau du premier hôtel de sel jamais construit et du monument érigé pour le Dakar qui, cette année, est passé en Bolivie. Il est midi passé, c’est l’heure du déjeuner. Mais avant de manger, on a droit à un petit tour dans le marché artisanal du coin. J’y retrouve par le plus pur des hasards Redora et Tobby, un couple d’australiens rencontrés pour la première fois à Riobamba (Équateur) et que j’ai déjà recroisés une fois par la plus pure des coïncidences au Pérou (dans un petit supermarché de Huaraz) ! Incroyable, je n’en reviens pas ! C’est la deuxième fois que nous nous retrouvons sur le Gringo Trail (l’axe qu’empruntent la plupart des voyageurs en Amérique du Sud) sans nous être donnés rendez-vous. Le monde est drôlement petit ! J’ai le sentiment qu’on risque de se recroiser une troisième fois, en Argentine peut-être…

A la fin du repas, nous avons le plaisir d’évaluer le tour, notre guide et notre cuisinière. Freddy remporte la médaille d’or avec un 10/10. Notre cuisinière, avec un 8/10, est quant à elle très déçue et visiblement vexée. Elle me le fait remarquer, me disant qu’elle risque de perdre des points auprès de l’agence pour ses prochaines « missions » à cause de cette mauvaise note (elle voulait au moins un 9). Je comprends son inquiétude vis-à-vis de l’agence mais je trouve qu’on l’a notée plutôt justement ; elle n’a tout de même pas toujours été des plus agréables… Je suis personnellement très satisfait du tour et me suis régalé. Tupiza Tours est donc une agence que je ne peux que recommander à ceux qui auraient envie de vivre cette belle aventure.

13h : Nous quittons définitivement le Salar pour rejoindre Uyuni, toute proche. D’après le peu que j’en vois, c’est une ville salle et triste, sans aucun charme. Je suis vraiment content d’avoir choisi la belle Tupiza comme base pour réaliser le tour. Rien à voir ! Nous déposons Emma, Barry, Annika et Paul qui restent à Uyuni ce soir. Freddy reçoit de chacun de nous la somme de 50 bolivianos (soit 250 Bs. au total, une jolie petite somme) pour la qualité de son service. Nous offrons également chacun 25 Bs. à Modesta pour la remercier. Je dis au revoir à tout le monde, non sans une pointe de nostalgie, avant de remonter dans la voiture. Freddy passe prendre un couple de Français fraîchement débarqués à Uyuni pour réaliser le tour depuis Tupiza demain.

S’ensuit un voyage retour d’un peu plus de 4h. Il n’existe aucune route asphaltée entre Uyuni et Tupiza. C’est donc encore une fois sur une piste, souvent très sinueuse, que nous avalons les 210 kilomètres restants. Un bus se serait renversé très récemment quelque part sur la piste et il y aurait eu des morts… Pas très rassurant. Même si le sommeil se fait parfois sentir, je résiste pour profiter pleinement de ce voyage. Des paysages d’une étonnante diversité se succèdent à nouveau. Les derniers kilomètres, à l’approche de Tupiza, sont les plus beaux. Le soleil de fin d’après-midi enflamme en effet les parois de roches rouges et les feuillages, créant des tableaux que je ne peux malheureusement pas toujours saisir avec mon reflex depuis le 4×4 (je sollicite quelques arrêts vers la fin du parcours mais j’évite d’abuser de la patience de Freddy et des deux autres passagers qui ont l’air pressé d’arriver à destination…).

1400 kilomètres parcourus en 4 jours quasiment sans fouler une seule fois l’asphalte et en traversant des paysages d’une diversité et d’une richesse inouïe. Voilà une bien belle aventure qui m’a profondément marqué et que je ne suis pas prêt d’oublier !

Vue aérienne de la zone parcourue

Vue aérienne de la zone parcourue
Réalisation : N. Pettini, 2015

Je retrouve, par chance, ma chambre à l’hôtel Mitru. Qu’il est bon de se poser un peu ! Je ressors après une douche bien chaude pour aller dîner en ville. Une fois rentré, je ne résiste pas bien longtemps à l’appel de mon lit et file me glisser sous les couvertures pour une bonne nuit de sommeil…

Tupiza, 8 septembre 2014

Une journée « off » pour récupérer du tour et surtout écrire, écrire, écrire… Il me faudrait trois jours pleins pour rattraper mon retard de ces dernières semaines. Je choisis de raconter, à chaud, les quatre jours que je viens de vivre. Je me collerai après aux semaines qui ont précédé…

Tupiza, 9 septembre 2014

Même schéma que la veille, je ne bouge pas beaucoup de l’hôtel. Ça fait du bien de se poser quelques jours et d’oublier un peu ses affaires… Je sors en fin de matinée faire un petit tour au centre-ville. La place centrale est vraiment très sympa, ornée de grands arbres. Je suis surpris d’y trouver une herbe drue et bien verte (ça me rappelle la pelouse de la maison au printemps…). Bien entendu, c’est sans compter un arrosage copieux quasi quotidien ! Plusieurs vendeurs de livres se partagent les sous-bois de la place. Il règne à Tupiza l’ambiance décontractée des petites villes de province… Les gens vaquent paisiblement à leurs occupations quotidiennes : passer à la banque, faire ses courses, racheter du crédit pour son téléphone portable, s’asseoir sur un banc pour faire une pause sur le chemin de la maison… Et moi, je les observe discrètement, me disant que j’ai bien de la chance d’être ici, maintenant, un peu hors du temps…

16h : Je décide d’utiliser aujourd’hui mes belles baskets jaune fluo pour ce à quoi elles sont normalement destinées : le sport ! Je sors courir une petite demi-heure dans les rues de Tupiza. Il est temps en effet que je me remette un peu en forme ; ces dernières semaines ont été trop pépères à mon goût…

Je dîne ce soir avec deux couples anglophones dans mes âges (Stacey et Tim, un couple de néo-zélandais ; Kate et Sam, un couple d’irlandais) et passe une soirée vraiment très agréable en leur compagnie. Les discussions tournent naturellement autour du voyage, de nos destinations passées et à venir, et des merveilles que comptent nos pays respectifs. Je remarque avec plaisir pendant la soirée que je suis capable de suivre et d’alimenter une conversation en anglais sans réelles difficultés… Que j’ai hâte d’atterrir en Nouvelle-Zélande et d’être baigné quotidiennement dans la langue de Shakespeare !

23h : Je me couche tard ce soir en comparaison des derniers jours écoulés… Demain, c’est décidé, je quitte les charmes de la belle Tupiza et de la Bolivie, pour ceux de l’Argentine ! Se profile donc un nouveau passage de frontière ! J’envisage de passer la nuit prochaine à Humahuaca, histoire d’aller admirer le lendemain sa fameuse « Quebrada » qui fait toute la réputation de cette petite localité du nord-ouest argentin. Il va falloir quitter le confort de l’hôtel – et quel confort ! – pour se remettre en mode « transit ». Un petit air d’aventure, de nouveau !

Le Far West bolivien (1/2)

Tupiza, 3 septembre 2014

6h30 : Je grimpe dans un taxi appelé par la réceptionniste de l’hostal pour rejoindre la nouvelle gare routière de Potosí, trop éloignée du centre-ville pour que je puisse m’y rendre (raisonnablement) à pied. La course me coûte 10 bolivianos, un prix assez élevé que seul cet horaire plutôt matinal semble justifier… Je me suis bien habillé ce matin car l’air est vif à 4070 m d’altitude ! Le nouveau terminal est à dix mille lieues de celui dans lequel j’ai débarqué hier ; c’est une grande bâtisse au look très moderne qui détonne franchement dans le paysage urbain quelque peu défraîchi de Potosí.

Je trouve sans mal un bus en partance pour Tupiza en faisant le tour des compagnies assurant ce trajet. Le départ est à 8h00 ; j’ai donc devant moi près d’une heure et demie à tuer ! Le seul café-restaurant du terminal est fermé. J’aimerais bien me poser quelque part pour prendre un semblant de petit déjeuner… Je trouve mon bonheur devant le terminal, dans un petit stand de rue tenu par une mère et sa fille. Je m’y pose en compagnie d’une poignée de locaux avec qui j’échange quelques mots en espagnol. L’atmosphère est chaleureuse, attisée par le contact humain et le poêle de la cuisinière !

Je quitte après vingt minutes la petite assemblée pour retourner dans l’enceinte du terminal. Le hall n’est pas chauffé. On se les pèle ! Les rabatteurs des différentes compagnies hèlent en boucle, tel un mantra, les prochains départs. Leurs voix font écho dans l’immense bâtisse. Toute une ambiance !

8h30 : Le bus met apparemment du temps à faire son plein de voyageurs et part avec trente minutes de retard par rapport à l’horaire annoncé… C’est parti pour 6h de voyage ! Six heures d’un défilé de collines desséchées s’enchaînant à l’infini… Ce paysage quelque peu monotone s’égaye à l’approche de Tupiza, une jolie petite ville du sud bolivien environnée de superbes reliefs rougeâtres forgés par une érosion féroce.

Je débarque aux environs de 14h. Le centre-ville de Tupiza n’est qu’à deux pas du terminal. Le ciel est toujours aussi bleu mais il fait en revanche bien plus chaud qu’a Potosí. J’ai présélectionné deux hébergements dans mon guide : l’Hotel Mitru et l’Hotel La Torre, situés à seulement quelques pas l’un de l’autre. Je commence par visiter le premier, supposément plus cher car c’est le mieux côté de la ville. Le réceptionniste me propose deux options : une chambre double avec salle-de-bain privée pour 150 Bs. et une chambre « twin » avec salle-de-bain partagée à 80 Bs., le petit déjeuner à volonté étant inclus dans les deux cas. Mon choix est vite fait : ce sera la chambre twin ! Je suis chanceux : la chambre, en plus d’être propre et confortable, donne sur une très jolie cour intérieure, à deux pas de la piscine (chauffée !) de l’hôtel. La salle-de-bain n’est qui plus est partagée qu’avec la chambre d’en-face. Comme quoi, il ne faut hésiter à prospecter dans les hébergements supposés être (un peu) au-dessus de son budget…

Je pose mes affaires et ressors illico pour me renseigner sur les tours en 4×4 permettant de découvrir le Lípez et le Salar de Uyuni, deux attractions naturelles phares du pays, et même d’Amérique du Sud ! Je décide de me rendre dans un premier temps à l’agence Grano de Oro, celle qui, d’après mes recherches sur la Toile, a reçu ces dernières années les meilleurs échos. Je la trouve à deux rues de l’hôtel après avoir tâtonné un peu ; une petite agence sans prétention d’apparence un peu « vieillotte ». J’ai très envie de réaliser le circuit de 5 jours qui permet, le dernier jour, de réaliser l’ascension du Tunupa (5321 m), un volcan situé sur la rive nord du Salar. Mais voilà, je suis seul et il me faut, comme à chaque fois, soit me rattacher à un groupe soit casser la tirelire. Aucun départ pour ce tour de 5 jours n’est prévu prochainement. Trois personnes se sont en revanche inscrites pour le tour classique (4 jours). Le départ est après-demain, ce qui me ferait patienter seulement un jour…

Je garde cette option sous le coude et file rendre visite à la seconde agence sur ma liste : Tupiza Tours, qui récolte elle aussi globalement de bons avis. Elle se trouve dans l’enceinte de l’hôtel Mitru mais, contrairement à ce que j’ai cru au début, n’y est pas rattachée administrativement. Même rengaine : pas de tour de 5 jours prévu prochainement. Il faut dire que la haute saison est passée et ça se voit ; je n’ai pas vu beaucoup de touristes dans les rues de Tupiza depuis mon arrivée… Je peux néanmoins, si je le souhaite, partir dès demain pour le tour classique de 4 jours et 3 nuits qui s’achève, le dernier jour, par la découverte du célèbre Salar de Uyuni. Vues les circonstances, ayant très peu de chance de pouvoir embarquer pour le circuit long, je décide, un peu résigné, d’embarquer dès demain pour le tour classique. Son prix est de 1400 Bs., auquel il faudra rajouter 235 Bs. pour payer les divers droits d’entrée qui nous seront demandés au fil du parcours (dont pas moins de 150 Bs. pour l’entrée de la Réserve Eduardo Avaroa). Je sors retirer l’argent qu’il me manque dans l’un des rares distributeurs automatiques de la ville puis paye l’intégralité de la somme à l’agence. Me voilà inscrit pour un départ demain à 7h45. Voilà une sacrée bonne chose de faite ! Je peux enfin me poser et souffler un peu. Je troque ma tenue de « voyageur en transit » pour celle du voyageur en mode “on pique une tête !”. Les dix minutes passées dans la piscine me font un bien fou. Je me prends une bonne douche chaude ensuite et me pose un peu devant l’écran de mon ordinateur portable pour consulter mes mails et noircir quelques pages supplémentaires dans mon journal.

Je ressors en début de soirée pour dîner dans un petit restaurant local. Une journée encore bien remplie s’achève…

Quetena Chico, 4 septembre 2014

7h30 : Je file prendre mon petit déjeuner au restaurant de l’hôtel. C’est un buffet à volonté, alors je fais le plein (de mon estomac il va sans dire) ! Je me présente un petit quart d’heure plus tard devant l’agence Tupiza Tours pour embarquer dans le 4×4 que je vais partager avec deux couples (trois anglais et un irlandais). Notre chauffeur – et guide -, Freddy, nous salue avec le sourire. C’est bon signe, il a l’air sympa ! L’avantage d’être la cinquième roue du carrosse, c’est que j’ai le privilège d’être assis devant, à côté du chauffeur. J’aurai donc, au moins au début, une vue frontale et latérale sur le défilé de paysages qui m’attend.

8h : Et c’est parti pour un périple de 1400 kilomètres à travers les paysages fantastiques du sud-ouest bolivien ! Nous quittons le bitume dès la sortie de Tupiza pour une piste serpentant au milieu de paysages magnifiques, dignes du Far West américain. Nous faisons très rapidement un premier arrêt pour admirer les arêtes verticales rougeoyantes de la Quebrada de Palala. L’arrêt ne dure pas plus de 5 minutes… Un peu plus loin, Freddy s’arrête à nouveau pour que nous puissions nous extasier devant le Sillar, un superbe massif de roches érodées. Le périple commence on ne peut mieux ; nous ne sommes en effet qu’à quelques kilomètres de Tupiza et les attractions ont déjà l’air de s’enchaîner à merveille ! Nous ne sommes pas seul… Je me rends vite compte que nous sommes en fait 4 groupes – répartis dans 4 voitures – de la même agence à nous suivre. J’espère que l’on ne va pas croiser trop de monde par la suite…

Le Sillar : une érosion incroyable !

Le Sillar : une érosion incroyable !
Tupiza

S’ensuit une longue chevauchée à vive allure sur une piste s’enfonçant dans un paysage immense et sauvage. Je suis surpris de la vitesse à laquelle roule Freddy, notre chauffeur ; nous oscillons entre 60 et 90 km/h avec des pointes à 100 km/h ! Je n’y connais pas grand-chose en véhicules tout-terrain, mais je pense que notre carrosse est vraiment d’excellente facture pour supporter pareil traitement. Il est par ailleurs très confortable. On ressent les secousses certes, mais sans que ça en soit gênant. Le système de filtration de l’air est, qui plus est, particulièrement efficace. Même si la ventilation est en marche, la poussière, abondamment soulevée par les autres voitures, n’entre pas dans l’habitacle. Enfin, quand les fenêtres sont toutes bien fermées…

Les collines s’étirent à perte de vue. J’aperçois parfois au loin, au gré des caprices du relief, des tronçons de pistes. Ça me donne une idée de notre cap. Çà et là, des troupeaux de lamas paissent paisiblement et en toute liberté. Ils portent tous de jolies boucles d’oreille aux vives couleurs, un signe distinctif entre propriétaires.

Troupeau de lama paissant dans la maigre végétation de l'altiplano bolivien

Troupeau de lama paissant la maigre végétation de l’altiplano bolivien
Lípez

12h : Nous atteignons San Antonio de Lípez, un village posé au milieu du désert. Les maisons sont construites en briques d’adobe et arborent de jolis toits de chaume. L’église du village, elle aussi construite en adobe, sort plutôt de l’ordinaire avec son clocher imitant la Tour de Pise. L’heure de la pause déjeuner a sonné. Modesta, une mama bolivienne bien en chair et au caractère bien trempé, sera notre cuisinière attitrée pendant le tour. Elle nous a concocté un repas tout simple fait de crudités, de pâtes et de viande. C’est loin d’être un repas gastronomique mais c’est bien suffisant pour repartir le ventre plein.

Habitation en briques d'adobe et toit de chaume

Habitation en briques d’adobe et toit de chaume
Village de San Antonio de Lípez (Lípez)

Tour de l'église, Village de San Antonio de Lípez

Tour de l’église
Village de San Antonio de Lípez

Fontaine et corde à linge ; Village de San Antonio de Lípez

Fontaine et corde à linge
Village de San Antonio de Lípez

Nous redécollons juste après le déjeuner. L’après-midi est avant tout dédiée à avaler les kilomètres pour rejoindre la Réserve nationale de faune andine Eduardo Avaroa. Le soleil tape vraiment dur en milieu de journée, du fait de l’altitude et d’un ciel parfaitement dégagé. L’ayant de mon côté toute l’après-midi, j’essaie de m’en protéger du mieux que le peux, craignant ses effets néfastes à une telle altitude…

Un regonflage s'impose après plusieurs heures de piste... Lípez

Un regonflage s’impose après plusieurs heures de piste…
Lípez

L'aventure ! Lípez

L’aventure !
Lípez

Nous faisons peu de pauses : un arrêt pour visiter un village fantôme en ruines suivi d’une halte pour admirer le lac Morejón, avec le volcan Uturuncu (6008 m d’altitude) en toile de fond.

Village ruiné ; Lípez

Village ruiné
Lípez

Des paysages immenses... ; Lípez

Des paysages immenses…
Lípez

Une diversité de textures et de couleurs incroyable ! Lípez

Une diversité de textures et de couleurs incroyable !
Lípez

Laguna Morejón et Volcan Uturuncu (6008 m) ; Lípez

Laguna Morejón et Volcan Uturuncu (6008 m)
Lípez

Descente vers Quetena Chico ; Lípez

Descente vers Quetena Chico
Lípez

Sur la piste... non loin de Quetena Chico ; Lípez

Sur la piste… non loin de Quetena Chico
Lípez

Nous roulons tout l’après-midi au rythme de mes salsas, bachatas et autres musiques préférées. J’ai en effet pensé à emmener avec moi une clé USB avec un pot-pourri de mes sons favoris. Mes compagnons de virée et mon chauffeur – qui nous a ce matin bercé avec ses chansons rétros (années 80-90 !) et latinos – semblent plutôt apprécier.

18h : Nous franchissons l’entrée de la réserve après que chacun a payé son ticket d’entrée (150 Bs. soit environ 16 €). Nous voilà enfin arrivés, après 10 heures de route, à Quetena Chico. Il fait presque nuit lorsque nous découvrons ce petit village de 800 âmes, situé à une altitude respectable de 4191 m d’altitude. Notre hébergement est plutôt spartiate ; rien d’étonnant vu le dénuement de cette contrée reculée. Je partage ce soir une chambre de 5 avec les membres de mon groupe : Annika, Barry, Ema et Paul. Avec trois anglais et un irlandais, la langue de Shakespeare est de rigueur. Ayant une oreille bien plus coutumière de l’accent américain, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre tout ce qu’ils disent. Je me débrouille cependant sans trop de mal à échanger avec eux. Pas de douche ce soir, l’hostal (ou ce qui s’y apparente) en étant dépourvu.

Volcan au nord du village de Quetena Chico peu avant le coucher du soleil ; Lípez

Volcan au nord du village de Quetena Chico peu avant le coucher du soleil
Lípez

Le dîner est précédé d’un petit goûter (quelques gâteaux arrosés de thé, chocolat ou café). Il règne autour de la table une très bonne ambiance. Je fais la connaissance des membres des autres groupes, tous franchement sympas : Abby et Chris (deux tasmaniens, espèce rarissime !) ; Pilar et Ricardo (deux espagnols) ; Charlette, Ben, Nadia et Joe (quatre néo-zélandais) ; et enfin Matthias et Tanya (deux allemands). A part Pilar et Ricardo, qui doivent être dans leur cinquantaine, nous avons tous entre 25 et 35 ans. Il y a deux cuisinières pour nourrir tous les affamés. Modesta cuisine pour neuf personnes : mon groupe et les quatre néo-zélandais ; sa collègue pour sept. Étant le seul de la tablée à maîtriser suffisamment l’espagnol, je suis rapidement désigné traducteur officiel de la tribu ! On me confie des petits services à demander à notre guide ou aux cuisinières. Adorant ces deux langues, ce n’est pas pour me déplaire.

Le froid tombant comme un couperet dès que le soleil a pris ses quartiers de nuit, la chaleur des couvertures nous appellent peu après le repas. Il n’est même pas 21h quand tout le monde est déjà bien au chaud, à l’abri dans son sac de couchage sous un maximum de couvertures…

Huaylljara, 5 septembre 2014

6h15 : Je me lève avant les autres ce matin pour assister au lever du soleil. Dur dur de s’extirper du sac de couchage ; il fait un froid de chien dans la chambre, non chauffée. Je m’habille en quatrième vitesse en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas troubler le sommeil de mes camarades de chambrée. Le thermomètre doit à peine dépasser le zéro entre les murs ; il est bien en-dessous à l’extérieur !  Le froid me saisit dès que je franchis la porte de l’hostal. C’est pas possible, on doit friser les -15/-20°C ! Brrr.

Volcan Quetena et le village qui porte son nom, Quetena Chico (Lípez)

Volcan Quetena et le village qui porte son nom, au petit matin
Quetena Chico (Lípez)

Je ne vois aucun point de vue intéressant dans les environs immédiats de l’hostal. Je décide donc de prendre de la hauteur en empruntant un petit sentier que j’aperçois au loin, plein est. Je dois pour cela enjamber un petit cours d’eau s’écoulant au pied de la colline. Sa surface est intégralement gelée, confirmant que le mercure a dû descendre bien bas cette nuit ! Après une petite montée rendue assez éprouvante par les effets combinés de l’altitude et surtout du froid, je découvre un immense plateau inondé de petites touffes de graminées aux couleurs chatoyantes dans le soleil levant. Je me pèle tout en me régalant de ce spectacle aussi joli qu’éphémère et en prenant quelques photos. Dix minutes plus tard, je redescends et rejoins l’hostal qui commence à s’agiter doucement.

Fabuleuse lumière du matin... ; Quetena Chico (Lípez)

Fabuleuse lumière du matin…
Quetena Chico (Lípez)

7h30 : La troupe est réunie autour d’un bon petit déjeuner et les discussions animées vont bon train. Le programme étant chargé aujourd’hui, nous suivons avec diligence les instructions de notre guide-chauffeur et sommes prêts au départ à 8h tapantes. C’est reparti pour une nouvelle journée de piste et de merveilleuses découvertes ! Des dires de Freddy, cette seconde journée va être beaucoup plus intéressante que la précédente (qui m’a déjà beaucoup plu). J’ai hâte de voir ça !

Nous voilà donc reparti à travers les somptueux paysages du sud-ouest bolivien. De jolis nuages effilés se promènent dans le ciel, agrémentant de leurs fines dentelles les fabuleux reliefs colorés de ce bout du monde. Notre soleil mène tranquillement sa course dans un bleu d’une pureté incroyable, que seules ces altitudes respectables semblent savoir peindre. Que c’est beau ! Je prends vraiment mon pied à parcourir du regard ces toiles qui s’enchaînent sans discontinuer.

Un ciel tout en poésie... Lípez

Un ciel tout en poésie…
Volcan Quetena (Lípez)

Volcan Quetena ; Lípez

Volcan Quetena
Lípez

Seul bémol à mon bonheur : les pistes générées par le passage répété des 4×4. Elles ternissent un peu le tableau par leur nombre et leur caractère désorganisé. Elles courent un peu partout dans le paysage, au gré des caprices des chauffeurs. Je le fais remarquer à Freddy, qui me répond que les véhicules sont parfois contraints de dévier de la piste principale pour contourner un obstacle, après de fortes pluies notamment. C’est tout à fait compréhensible mais, tout de même, oh combien de ces empreintes disgracieuses pourraient être évitées si les itinéraires – principaux et secondaires – étaient matérialisés une bonne fois pour toute et suivis par tous ! Des panneaux « interdisant » de s’écarter de la piste principale ont été placés çà et là. L’effort de sensibilisation est louable mais s’avère, à l’évidence, loin d’être suffisant.

Notre premier arrêt est une « pause lama ». Un troupeau est en train de paître tranquillement sur une zone humide. Souhaitant tirer le portrait de l’une de ces peluches, je jette mon dévolu sur un bébé lama, particulièrement mignon sur ses gambettes élancées. Je le traque gentiment avec mon objectif. Intimidé, il court se réfugier dans les jupes bien rembourrées de sa mère…

Bébé lama, tellement mignon sur ses longues gambettes... Lípez

Tout ce qui est petit est mignon
Lípez

Lamas paissant sur une zone humide ; Lípez

Lamas pâturant sur une zone humide
Lípez

Nous repartons. Je demande à Freddy de s’arrêter quelques kilomètres plus loin pour pouvoir photographier un corral bondé de lamas. L’élevage du lama semble être la seule activité pastorale existante dans ce vaste secteur.

Corral de lamas perdu au milieu de nulle part, Lípez

Corral de lamas
Quetena Chico (Lípez)

Le Sud Lípez, où nous nous trouvons à présent, est une gigantesque région volcanique peuplée de dizaines de monstres éteints (le sont-ils vraiment ?), arborant des formes et des couleurs diverses. On observe ou on devine régulièrement d’anciennes coulées de lave dans le paysage, sur les flancs des volcans ou à leur base. La diversité des formations rocheuses est époustouflante, pour ne pas dire délirante. J’aimerais avoir en poche un doctorat de volcanologie pour comprendre tout ce qui a pu se passer ici !

Volcan Quetena et anciennes coulées de lave, Lípez

Volcan Quetena et anciennes coulées de lave
Lípez

Nous nous arrêtons plus loin en surplomb du lac Hedionda Sur pour admirer le vaste panorama. Freddy nous conduit quelques minutes plus tard en pourtour du plan d’eau. Des flamants roses s’affairent frénétiquement à collecter, à l’aide de leur large bec spécialisé, les micro-organismes qui peuplent le lac. Dommage qu’ils ne soient pas plus près de nous… Les nuages se reflètent joliment dans le miroir d’eau, créant un joli tableau aux couleurs pastel.

Laguna Hedionda Sur, Lípez

Laguna Hedionda Sur
Lípez

Flamants sur la Laguna Hedionda Sur, Lípez

Flamants sur la Laguna Hedionda Sur
Lípez

Un peu plus loin, c’est sur les rives du Kollpa, un lac recouvert de cristaux de sel exploités, que nous faisons escale.

Nous traversons en milieu de matinée le Salar de Chalviri puis le Désert de Dali, une vaste étendue de sable ponctuée çà et là de quelques gros rochers. Ma photo n’est qu’un pâle reflet de ce paysage empreint de minimalisme et d’une pointe de mystère.

Traversée du Désert de Dali, Lípez

Traversée du Désert de Dali
Lípez

Toile minimaliste dans le Désert de Dali, Lípez

Toile minimaliste dans le Désert de Dali
Lípez

Apparaît peu après, derrière un pli du relief, un volcan que je reconnais d’emblée par sa forme conique presque parfaite : le Licancabur. Ayant lu récemment qu’il était situé à cheval sur la frontière séparant le Chili de la Bolivie, je sais à présent que nous avons atteint les confins du pays ! J’éprouve à ce moment-là une fabuleuse sensation de liberté : me voilà « perdu » au fin fond de la Bolivie, dans ce qui semble être l’un des endroits les plus dépeuplés et sauvages du globe !

Licancabur à 11h capitaine ! ; Lípez

Licancabur à 11h capitaine !
Lípez

Une harmonie de tous les instants entre ciel et terre... ; Lípez

Une harmonie de tous les instants entre ciel et terre…
Lípez

Freddy nous conduit en surplomb de la Laguna Verde (4400 m), un fabuleux lac aux eaux turquoise situé au pied du Licancabur (5916 m) et de son acolyte, le volcan Juriques (5704 m). J’aperçois non loin de là, à l’est, la Laguna Blanca, aux eaux sont d’une couleur plus claire. Il est apparemment interdit de descendre sur la rive du lac ; interdiction dont certains ne semblent pas avoir connaissance ou se fichent royalement… Je prends quelques clichés de cette nouvelle toile d’artiste, du mieux que je peux considérant le peu de temps qui nous est accordé. J’éprouve naturellement une grande frustration à passer en revue si vite tous ces paysages ou à ne pas pouvoir capturer une belle image passant trop furtivement par ma fenêtre. Je comprends cependant qu’il ne faut pas trop tarder, vu les kilomètres à parcourir chaque jour…

Laguna Verde et Licancabur (5916 m) ; Lípez

Laguna Verde et Licancabur (5916 m)
Lípez

Démesure (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques) Lípez

Démesure (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques)
Lípez

Couleurs surréalistes... (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques) ; Lípez

Des couleurs surréalistes… (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques)
Lípez

Freddy finit par nous faire rire car, à chaque arrêt, il nous accorde presque systématiquement cinq minutes, pas plus… « Bueno, amigos, tenemos 5 minutos. » (« Bien, les amis, nous avons 5 minutes. »). Vraiment sympa ce Freddy ! Nous outrepassons bien sûr assez souvent cette limite. Je suis toujours le dernier à remonter dans la voiture… en essayant cependant de ne pas trop abuser de la patience de mes compagnons de route et de notre guide.

Après avoir touché du regard ce petit bout du monde, nous rebroussons chemin en direction du nord – nous retraversons le Désert de Dali – pour rejoindre des bains chauds (Termas de Polques) situés sur la rive ouest de la Laguna Chalviri. Une vingtaine de 4×4 sont garés devant le restaurant ; ça promet ! Nous choisissons de déjeuner avant de faire plouf. Modesta se met aux fourneaux et nous prépare rapidement le repas. Nous avons ensuite vingt minutes pour profiter des eaux chaudes. La baignade dans une eau à 35°C, au beau milieu de nulle-part, a de quoi faire rêver… Nous profitons de chaque minute puis redécollons.

Lunchtime aux Termes de Polques ; Termas de Polques (Lípez)

Lunchtime aux Termes de Polques
Termas de Polques (Lípez)

Un cadre de baignade pour le moins insolite ! ; Termas de Polques (Lípez)

Un cadre de baignade pour le moins insolite !
Termas de Polques (Lípez)

Etant à présent sur l’axe Uyuni – San Pedro de Atacama (Chili), nous voyons défiler sur la piste principale les 4×4 de je-ne-sais-combien d’agences (probablement plusieurs dizaines). Nous n’étions qu’une poignée sur l’axe Tupiza – Laguna Verde ; il va désormais falloir s’habituer à voir beaucoup de monde sur les sites que nous « passerons en revue »…

Prochain arrêt : Sol de Mañana, une zone volcanique active peuplée de geysers, fumerolles et mares de boue. Le spectacle est vraiment au rendez-vous ! C’est la première fois de ma vie que j’ai l’opportunité d’admirer des mares de boue en ébullition. On n’a franchement pas envie de mettre un pied dedans ! Notre planète est loin d’être un corps mort… Nous n’y restons pas plus d’un quart d’heure. Là encore, je suis frustré de ne pas pouvoir y passer plus de temps… Nous avons atteint le point culminant de notre itinéraire : 5000 m ! Comme ça, sans faire le moindre effort…

Fumerolle ; Sol de Mañana (Lípez)

Une fumerolle particulièrement active
Sol de Mañana (Lípez)

Mares de boue bouillonnantes ; Sol de Mañana (Lípez)

Mares de boue bouillonnantes
Sol de Mañana (Lípez)

Bulle de boue à haute température sur le point d'éclater ; Sol de Mañana (Lípez)

Bulle de boue à haute température sur le point d’éclater
Sol de Mañana (Lípez)

Terrain miné : gare où l'on met les pieds ! ; Sol de Mañana (Lípez)

Terrain miné : gare où l’on met les pieds !
Sol de Mañana (Lípez)

Nous redescendons de plusieurs centaines de mètres d’altitude sans trop nous en rendre compte, toujours en direction du nord. Des vigognes, ces superbes petits camélidés des hauts plateaux sud-américains, égaient notre passage de leurs silhouettes élancées.

Vigognes non loin de la Laguna Colorada ; Lípez

Vigognes à proximité de la Laguna Colorada
Lípez

Nous atteignons en fin d’après-midi le clou du spectacle de cette journée : la Laguna Colorada (4278 m), un lac de teinte orangée aux eaux très superficielles (quelques dizaines de centimètres) accueillant une immense population de flamants. Un spectacle incroyable ! Ce ne sont pas des centaines mais des milliers de bêtes à plumes qui constellent le vaste plan d’eau.

Freddy nous conduit tout d’abord à Huaylljara, une minuscule localité ne comptant qu’une poignée d’habitations presque toutes mitoyennes. Nous prenons rapidement possession de notre chambre avant de nous rendre sur les rives du lac, situé à quelques kilomètres au nord de l’hébergement. Il est 16h et nous avons pour une fois du temps devant nous (1h30) pour profiter de ce lieu d’exception. Je ne perds pas de temps et me détache du groupe pour vadrouiller à ma guise et photographier le spectacle. Des lamas se promènent nonchalamment autour du lac, picorant les herbes jaunies par des mois de sécheresse dans le bandeau de végétation qui entoure le plan d’eau. Ils portent tous un épais manteau de fourrure, attribut indispensable pour supporter les températures glaciales qui règnent sur l’altiplano pendant les nuits d’hiver.

Lama joliment vêtu ; Laguna Colorada (Lípez)

Lama joliment vêtu
Laguna Colorada (Lípez)

Même si les lamas ne manquent pas d’attrait, mon centre d’intérêt ce soir, ce sont les flamants. Des dizaines de troupes sont éparpillées un peu partout sur le lac. Peut-on faire plus élégant que le flamant rose ? Je me rends compte que cet oiseau passe en fait la majeure partie de son temps à sonder les eaux saumâtres du lac à l’aide de son bec démesuré pour en extraire la riche substance (micro-organismes tels des algues ou de petits crustacés).

D’après mes recherches sur Internet, on peut rencontrer trois espèces de flamants dans la réserve : le Flamant des Andes, le Flamant du Chili et le Flamant de James. J’ai l’impression – a posteriori – de n’avoir vu que ce dernier, pour moi le plus élégant avec son plumage rose pâle orné de stries carmin autour du coup et sur le dos. La grâce de ces échassiers tranche nettement avec l’austérité du cadre dans lequel ils évoluent.

Conciliabule de flamants ; Laguna Colorada (Lípez)

Conciliabule de flamants
Laguna Colorada (Lípez)

Vol de flamants à fleur d'eau... ; Laguna Colorada (Lípez)

Vol de flamants à fleur d’eau…
Laguna Colorada (Lípez)

Dépôts de sel balayés par les vents ; Laguna Colorada (Lípez)

Dépôts de sel balayés par les vents
Laguna Colorada (Lípez)

Des flamants par centaine)... Laguna Colorada (Lípez)

Des flamants par centaines…
Laguna Colorada (Lípez)

La surface du lac est interrompue par de grandes étendues de sel aux contours généreux. Des rafales de vent arrachent à ces tapis immaculés des nuages de poussière. Les conditions sont vraiment rudes ici mais les flamants ont l’air de s’en contrefiche. Ils mangent paisiblement, sans se soucier du temps qu’il fait…

Il faut bien ça pour résister aux rigueurs du climat ! ; Laguna Colorada (Lípez)

Il faut bien ça pour résister aux rigueurs du climat !
Laguna Colorada (Lípez)

J’ai la chance, peu avant de rejoindre la voiture, de pouvoir tirer le portrait d’un lama paisiblement couché au-dessus du lac. Je sens qu’il m’observe attentivement, tout en gardant sa digne posture. Je l’imagine facilement se dire « Mais, qu’est-ce qu’y me veut celui-là ? »… Je l’approche à petits pas tout en lui chuchotant des mots doux pour qu’il garde la pause. Et hop, un joli portrait de lama dans la boîte !

Tu veux ma photo ?!... ; Laguna Colorada (Lípez)

Tu veux ma photo ?!…
Laguna Colorada (Lípez)

17h30 : Nous nous retrouvons comme convenu à la voiture. Chacun semble enchanté par l’heure et demie d’exception qu’il vient de passer. Freddy nous reconduit à Huaylljara. Comme la veille, nous avons droit à un petit goûter précédant le dîner. Comme la veille, pas de douche… Et comme la veille, une franche bonne ambiance autour de la table ! Le tour est un sans-faute jusqu’à présent ; je ne regrette vraiment pas mon choix d’être parti avec Tupiza Tours !

Il semble faire encore plus froid ici qu’à Quetena Chico. J’espère que mon sac de couchage (confortable en théorie jusqu’à 0°C) doublé des couvertures à disposition suffira. Par précaution, j’enfile tout de même les collants thermiques, le sous-pull et les chaussettes en laine d’alpaga que j’ai achetées dernièrement à La Paz (pas franchement solides mais chaudes !). Paré pour le froid…

21h et des poussières : Je rejoins les bras de Morphée, repu de ce festin de découvertes et de paysages incroyables.

Sucre et le Cratère de Maragua

Sucre, 28 août 2014

Je débarque à Sucre vers 8h du matin après un trajet en bus de près de 12h. Même si le siège cama était plutôt confortable, j’ai mal dormi. J’ai en effet cru bêtement que la compagnie fournirait une couverture… Quel idiot j’ai été de ne pas prendre avec moi mon sac de couchage ! Heureusement, je ne suis pas tombé malade. Zéro pointé pour la compagnie El Dorado, dont le service client laisse franchement à désirer. Ils fournissent un siège, point barre.

Xuan et moi grimpons dans un combi en direction du cœur de Sucre. Le centre-ville tel que je me l’imaginais – à savoir de belles rues bordées de bâtiments blancs – est long à venir mais tiens ses promesses. 8h30 : la chasse à l’hostal est lancée ! Et va s’avérer bien pénible… Xuan décide de poser ses valises dans un dortoir au bout du deuxième ou troisième essai (c’est aussi dans cet hostal que nous prenons un petit-déjeuner à volonté, franchement le bienvenu car je commençais à être affamé). Je choisis de continuer ma recherche car l’hostal ne m’inspire pas et parce que j’ai envie d’une chambre privée. Le pri est certes plus cher, mais qu’il est agréable d’avoir sa petite chambre rien que pour soi et son intimité. Je prospecte aujourd’hui tous les hostals que j’avais sélectionnés dans mon guide (6-7), plus d’autres rencontrés en chemin. C’est une première ! Je finis par capituler, fatigué par plus d’une heure et demie de recherche chargé comme un mulet, dans un hostal de la rue Foa (Backpackers Sucre Hostel), sans grande motivation. Je paye 45 Bs. pour un lit en dortoir dans une chambre de 6 très sombre. Je souhaite bonne route à Xuan qui m’avait accompagné dans ma recherche (au cas où j’aurais dégoté la perle rare de la ville…) puis me pose un peu, vanné et le moral dans les chaussettes.

Je ressors en fin de matinée pour me balader un peu. Sucre est une jolie ville et mérite vraiment son surnom de Ciudad Blanca (« Ville Blanche »), bien plus qu’Arequipa d’après moi. Sa place centrale, véritable parc paysager en miniature, est vraiment très sympa. Comme de nombreuses villes déjà visitées, on y trouve une foule d’églises, malheureusement fermées la plupart du temps (je n’en visiterai d’ailleurs aucune pendant mon séjour). Tous les bâtiments, y compris les églises, arborent ici la même couleur : le blanc, créant une belle unité dans le paysage urbain.

La ville blanche, Sucre

La ville blanche…
Sucre

Des jeunes déguisés en zèbres (certains en ânes) animent de leur bonne humeur certains passages piétons du cœur de ville. Leur mission ? Sensibiliser la population, aussi bien les conducteurs que les piétons, au civisme ! Une belle initiative de la municipalité observée également à La Paz. Pourquoi des zèbres ? Tout simplement pour faire écho au cebra, terme utilisé pour désigner un passage piéton en Espagnol.

Des zèbres urbains qui sensibilisent la population au civisme, une belle initiative, Sucre

Des zèbres urbains qui sensibilisent la population au civisme, une belle initiative !
Sucre

Scène de rue, Sucre

Scène de rue…
Sucre

Je fais le tour des agences dans l’après-midi à la recherche d’une offre d’un ou deux jours pour le Cratère de Maragua, une singularité géologique située à l’ouest de Sucre que je meurs d’envie de voir de mes propres yeux. L’agence Condor Trekkers, à but non lucratif, sort du lot mais j’entends toujours la même rengaine : « Aucun groupe n’est prévu pour le moment. Repassez en fin d’après-midi, au cas où… ». Voyager seul a ses avantages… et ses inconvénients. Les agences ne programment les tours qu’à partir de deux, souvent trois personnes. Quand on est seul, il faut soit casser la tirelire soit croiser les doigts pour qu’un petit groupe se constitue… Je laisse tomber pour un départ demain, on verra si j’ai plus de chance pour une échappée après-demain.

18h : Je retrouve Mi Young, la belle coréenne que j’avais rencontrée à Yamuni (Isla del Sol) il y a quelques jours. Nous dînons ensemble ce soir, sans Wook Bae, son mari, qui n’est apparemment pas très en forme. J’avoue que je suis vraiment content de la voir car la journée a été frustrante et mon moral en a pris un coup. Je retrouve le sourire en discutant avec elle tout en dégustant un délicieux repas à La Taverne, un restaurant frenchy de la rue Aniceto Arce recommandé par Barbara et Cédric et par tous les guides de voyage. Je passe un excellent moment en sa compagnie, à bavarder de choses et d’autres.

20h : Je me mets au lit, crevé par cette journée en demi-teinte. J’espère me sentir un peu mieux après une longue nuit de sommeil…

Sucre, 29 août 2014

Je quitte l’hostal vers 8h30 sans aucun regret et jette mon dévolu sur un autre hostal situé à quelques rues de là : The Bee Hive (La Ruche). J’ai de nouveau un lit en dortoir mais l’endroit est plus sympathique. J’y fais la rencontre de Katie (« Kèidiiiie » avec l’accent !), une américaine faisant actuellement du volontariat à Sucre. Je l’accompagne vers 10h pour une visite guidée « gratuite » de la ville. Le tour, qui dure trois bonnes heures, est intéressant, mais sans plus. Je concède 30 Bs. de pourboire à notre guide qui nous en demandait 50… (on appelle pas ça un « free tour » dans ce cas !).

Je passe une bonne partie de l’après-midi à écrire, tantôt à l’hostal (un peu trop bruyant pour pouvoir se concentrer) tantôt à la table d’un café…

Je retourne à l’agence Condor Trekkers en fin d’après-midi car j’ai reçu un mail m’informant qu’un groupe était confirmé pour un circuit de trois jours commençant demain. J’avais dans l’idée de ne partir que pour un ou deux jours mais l’occasion est trop belle. Je m’inscris en payant l’intégralité de la somme (600 Bs.) en croisant les doigts pour que l’investissement soit rentable… Je dîne ensuite au resto avant de retourner à l’hostal, en réalisant un petit crochet pour récupérer des vêtements à la laverie.

20h : Je noircis un peu mon carnet de bord avant de me glisser sous la couette…

Maragua, 30 août 2014

5h45 : Je quitte le dortoir, encore profondément endormi, en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les marmottes qui se sont couchées bien plus tard que moi. J’avale trois pancakes que l’on a gentiment mis de côté pour mon petit-déjeuner puis sors dans l’aube naissante pour rejoindre la porte de l’agence. Je suis un peu tendu car l’une des employées de l’hostal m’a mis en garde : des attaques se sont produites récemment à cette heure-ci. Une jeune allemande s’est apparemment faite piégée en voulant se rendre à l’agence Condor Trekkers au petit matin. Deux jeunes ont fait semblant de vouloir l’attaquer pour qu’elle grimpe dans un taxi arrivant comme par miracle au bon moment… Un coup monté pour la kidnapper, la voler et la violer (heureusement, elle s’en serait sorti sans avoir été abusée sexuellement). Histoire vraie me confirme-t-on à l’agence. Je ne croise heureusement qu’un homme ivre près de la place…

6h40 : Nous grimpons dans un micro affrété par l’agence. Il ne faut pas plus d’une heure pour atteindre la chapelle de Chatapula, point de départ de notre trek qui va nous mener aujourd’hui jusqu’au cratère de Maragua. Nous avons droit à un excellent petit-déjeuner (un cake à la banane et un cake aux carottes, arrosés d’un café). Notre guide, Fabio, a l’air vraiment sympa. Il est accompagné d’Anthony, un américain réalisant un volontariat au sein de l’agence (il assure la traduction lors des tours bilingues). Nous ne sommes que quatre à participer au tour : Maxime et Emilie, deux wallons, et Moriyah, une israélite voyageant en solo. C’est plutôt bien parti ; j’exulte d’avoir devant moi ces deux jours de marche en petit comité (le troisième n’étant en fait qu’une demi-journée réservée au retour vers Sucre).

Notre trek débute par une descente le long d’un ancien chemin inca partiellement restauré. Je discute souvent pendant le trajet avec notre guide, dont l’enthousiasme et le sourire font plaisir à voir. Anthony me révèle en catimini que Fabio est le plus sympa de l’agence. J’ai vraiment tiré le bon numéro sur ce coup ! Le sentier est vraiment de qualité. Dire que des incas parcouraient ces rubans serpentant sur des milles pour rallier au plus vite les messages entre les différentes provinces de l’empire !

Un petit bout de paysage visible depuis le sentier Inca, Région de Maragua

Un petit bout de paysage en descendant le sentier Inca
Région de Maragua

Nous atteignons la rivière Ravelo après une bonne heure et demie de descente. Le soleil tape dur et la sueur commence à couler. Nous ne croisons personne à part quelques locaux aperçus ou rencontrés ça et là. J’ai l’impression que nous sommes seuls au milieu de nulle part et m’en réjouis. Nous passons à côté d’impressionnantes formations géologiques, notamment une falaise laissant apparaître sur plusieurs dizaines de mètres un pan de l’histoire géologique de la région. Des roches litées blanches surmontent des roches rouges extrêmement friables. La limite est tranchée au couteau. Elle marque des dires de notre guide le passage du Jurassique au Crétacé, il y a 145 millions d’années. Deux périodes au cours desquelles les dinosaures ont régné en maître sur notre bonne vieille Terre… Observer ces couches de roches accumulées pendant des dizaines de millions d’années me laisse songeur.

Une limite Jurassique - Crétacé tranchée au couteau, Région de Maragua

Une limite Jurassique – Crétacé tranchée au couteau !
Région de Maragua

Une érosion féroce, Région de Maragua

L’érosion est féroce dans le secteur…
Région de Maragua

Chemin creusé dans la colline, Région de Maragua

Une piste creusée dans la colline…
Région de Maragua

Une piste creusée dans la colline, Région de Maragua

Une piste creusée dans la colline…
Région de Maragua

Des formes d'érosion d'une incroyable diversité, Région de Maragua

Des formes d’érosion d’une incroyable diversité…
Région de Maragua

13h : Nous atteignons une jolie cascade posée au milieu d’un paysage très étonnant, fait d’incroyables bancs de roches inclinés. Fabio et Anthony nous préparent un pique-nique purement végétarien (les œufs en plus) : avocat, salade, arroche, concombre, tomate, oignon crus, le tout accompagné d’aubergines, de carottes et de bananes plantain cuites. De quoi se préparer de délicieux sandwiches ! L’agence gagne des gallons d’heure en heure. Repu, je profite d’une demi-heure de pause pour prendre des photos de cet endroit hors du commun.

Un endroit hors-du-commun pour pique niquer, Région de Maragua

Un endroit hors-du-commun pour pique niquer…
Région de Maragua

Banc de roche incliné, Région de Maragua

Banc de roche incliné
Région de Maragua

La Nature crée parfois des choses surprenantes, Région de Maragua

La Nature crée parfois des choses surprenantes !
Région de Maragua

Nous reprenons la route vers 14h sur un petit sentier à peine marqué pour poursuivre l’ascension (un bien grand mot) du cratère. Ce paysage, fait principalement de roches et de terre rouges, m’évoque souvent l’Afrique… Le seul bémol à ce beau tableau, c’est le ciel. Le soleil perce rarement le voile nuageux qui s’est épaissi depuis ce matin. Il en résulte des couleurs fades et un faible contraste qui ne rendent vraiment pas justice au paysage. Je prends peu de photos du coup.

Un petit air d'Afrique, Région de Maragua

Un petit air d’Afrique…
Région de Maragua

Le fourrage est mis à sécher dans les branchages, Région de Maragua

Fourrage mis à sécher dans les branchages
Région de Maragua

Nous atteignons le bord du cratère en fin d’après-midi. Je découvre avec bonheur cet excentricité géologique – je suppose – unique au Monde qui m’a fait bavé d’envie devant mon écran d’ordinateur lorsque j’ai découvert cet endroit par pur hasard, en surfant sur Google Earth. Une photo aérienne s’impose pour apprécier l’originalité de la chose. Même s’il en a le nom et plus ou moins la forme, il ne s’agit pas en réalité d’un cratère. Les forces tectoniques qui ont créé cette merveille étaient sacrément bien inspirées…

18h : Nous découvrons avec bonheur notre hébergement de ce soir, situé un peu en retrait de village de Maragua, en plein cœur du cratère. Plusieurs maisonnettes, m’évoquant vaguement les cabanes des Schtroumpfs (sans la couleur), s’organisent autour d’une petite place centrale. Je partage ce soir une jolie chambre toute blanche avec Moriyah. Un orage éclate à proximité. Passera ? Passera pas ? Nous ne recevons finalement que quelques grosses gouttes qui ne font que mouiller la poussière. Rien de bien méchant.

Cheminée de notre cabane de ce soir, Cratère de Maragua

Cheminée de jolie cabane
Cratère de Maragua

Mon lit pour une nuit dans le cratère, Cratère de Maragua

Mon lit pour une nuit dans le cratère…
Cratère de Maragua

J’observe un homme attendant que la tempête passe devant une maison d’adobe. Sa femme – je présume – le rejoins en traversant le terrain de foot du village, fait de terre battue. Je ne manque pas de saisir ces deux scènes empreintes d’une certaine nostalgie avec mon boîte à images.

En attendant que l'orage passe, Cratère de Maragua

En attendant que l’orage passe…
Cratère de Maragua

L'arc-en-ciel et la vieille dame, Cratère de Maragua

L’arc-en-ciel et la vieille dame…
Cratère de Maragua

Incendie de lumière avant le coucher du soleil, Cratère de Maragua

Incendie de lumière avant le coucher du soleil
Cratère de Maragua

Nous avons droit à un petit goûter dans la salle à manger de notre cabane. La douche qui s’ensuit est froide mais oh combien salutaire après cette longue randonnée. Le dîner clôture en beauté cette première journée.

20h30 : Tout le monde se met au lit pour une nuit de sommeil bien méritée…

Potolo, 31 août 2014

Raté ! J’attendais avec impatience l’aube pour pouvoir prendre des photos du cratère avec la belle lumière du matin mais les nuages sont encore de la partie. Quelle poisse !

8h : Nous décollons peu après le petit-déjeuner. Il nous faut une bonne heure et demie pour sortir du cratère et quitter ce bout du monde hors du Monde. J’aurais adoré rester une nuit de plus et ainsi pouvoir passer la journée entière à faire le tour du propriétaire mais non, il faut déjà repartir… Si jamais je remets un jour les pieds en Bolivie, il est clair que je reviendrai à Maragua par mes propres moyens pour découvrir cet endroit de manière beaucoup plus approfondie. J’avoue que cette visite éclair est assez frustrante…

Arbre isolé dans le cratère, Cratère de Maragua

Arbre isolé dans le cratère
Cratère de Maragua

Noir et blanc, Cratère de Maragua

Noir et blanc
Cratère de Maragua

Des plissements délimitent tout le cratère, Cratère de Maragua

D’incroyables plissements forment et délimitent le cratère.
Cratère de Maragua

Le paysage géologique du secteur est vraiment incroyable. Je pense n’avoir jamais vu une telle diversité de formations rocheuses en si peu de temps. J’ai l’impression d’évoluer en plein continent africain et ma volonté de voyager un jour prochain sur ce vaste continent se renforce. Nous passons à proximité de petites fermes construites en pierre, parfois en briques d’adobe. Ces dernières arborent une très jolie teinte rouge. Nous croisons peu de locaux. Des fillettes accourent vers nous pour proposer les quelques bracelets qu’elles ont elles-mêmes confectionnés ou de petits fossiles qu’elles ont glanés dans la campagne.

Vue aérienne de cette formation géomorphologique incroyable ! Cratère de Maragua

Vue aérienne de cette formation géomorphologique incroyable !
Cratère de Maragua

Habitations isolées sur le flanc externe du cratère, Cratère de Maragua

Habitations isolées sur le flanc externe du cratère
Cratère de Maragua

Mille-feuille de roches et de couleurs, Région de Maragua

Mille-feuille de roches et de couleurs
Région de Maragua

Arbuste isolé croissant sur une dalle rocheuse en damier, Région de Maragua

Arbuste isolé croissant sur une dalle rocheuse en damier
Région de Maragua

Tout est ici construit avec les matériaux trouvés sur place, Région de Maragua

Tout est ici construit avec les matériaux trouvés sur place.
Région de Maragua

Gros plan sur le four, Région de Maragua

Gros plan sur le four
Région de Maragua

11h : Nous atteignons les fameuses empreintes de dinosaures promises par Fabio. C’est la première fois que je suis nez à nez avec un vestige de ces géants ayant foulé pendant plus de 150 millions d’années notre planète avant de disparaître soudainement il y a 65 millions d’années. Une quinzaine d’empreintes d’un dinosaure bipède carnivore sont profondément gravées dans la pierre, comme si ce monstre avait marché là il n’y a pas si longtemps que ça. Peut-être s’agissait-il d’un jeune Tyrannosaurus rex, le fameux T-rex de Jurassic Park, « roi des tyrans » ayant régné sur Terre à la fin du Crétacé. Il est très impressionnant d’observer in situ ces empreintes à trois doigts portée par un animal de légende que je n’ai vu jusqu’à présent qu’au cinéma, dans les livres ou au musée. L’animal a marché là, dans la boue, sans se douter une seule seconde que son passage serait un jour admiré par les membres d’une espèce lui succédant des dizaines de millions d’années plus tard… Je demande à Maxime de me prendre en photo à côté de ces empreintes avant de redécoller.

Empreintes laissées par une très grosse bébête, Région de Maragua

Empreintes laissées par une très grosse bébête…
Région de Maragua

Même si il est formidable de pouvoir les toucher, je trouve fort dommage que ces traces soient si mollement protégées (seulement de l’érosion en amont)… On trouve juste à côté, sur le même pan incliné (boue fossilisée), des traces supposées d’un jeune brachiosaure (ou espèce affine), ce fameux dinosaure au long cou brouteur de feuilles et aux dimensions impressionnantes (12 m de hauteur sur 25 m de longueur). Elles sont cependant beaucoup moins évidentes à identifier, bien qu’on remarque sans trop se forcer qu’il s’agit bien d’empreintes laissées par une grosse bébête.

Nous restons vingt petites minutes auprès des empreintes puis poursuivons notre route. 13h : Il est grand temps de se poser pour pique-niquer car les ventres crient famine. Fabio nous conduit sous l’ombre d’un arbuste. C’est fajitas au menu ! A nouveau, on mange végétarien avec les mêmes ingrédients que la veille au midi. Chez Condor Trekkers, on aime la nourriture saine !

Magnifique paroi rocheuse rosée, Région de Maragua

Magnifique paroi rocheuse rosée
Région de Maragua

Un pique-nique purement végétarien, Région de Maragua

Un pique-nique purement végétarien !
Région de Maragua

Nous repartons à 14h sous un soleil de plomb pour parcourir les trois heures restantes jusqu’au village de Potolo. Les paysages traversés sont toujours aussi colorés et m’évoquent toujours autant l’Afrique.

Femme transportant un fagot de branches mortes à travers la plaine, Région de Maragua

Femme transportant un fagot de branches mortes à travers la campagne
Potolo

La terre rouge m'évoque souvent l'Afrique, Potolo

La terre rouge m’évoque souvent l’Afrique…
Potolo

Les semailles attendront la pluie, Potolo

Les semailles attendront la pluie…
Potolo

Un paysage qui donne envie de s'aventurer dans les moindres recoins, Potolo

Un paysage qui donne envie de s’aventurer dans les moindres recoins…
Potolo

17h : Notre point de chute est atteint. L’hébergement ressemble en tous points à celui où nous étions la nuit passée. Nous passons une soirée tranquille, à discuter tranquillement autour de la table dans la langue de Shakespeare.

Le lit nous appelle tous comme la veille avant 21h…

Sucre, 1er septembre 2014

Nous quittons Potolo ce matin à 8h en grimpant dans un combi (public) sur la place du village. La première heure se déroule au sein d’un paysage enchanteur. Nous longeons un canyon magnifique aux couleurs et au relief incroyables. Ma frustration est presque aussi grande que mon émerveillement… Mon dieu que j’aimerais que l’on s’arrête pour prendre des photos ! Il faut vraiment que je revienne un jour en Bolivie pour prendre mon temps dans ce pays surprenant.

Notre combi crève sur la piste aux environs de 9h. Le pneu de rechange n’a presque plus de gomme… J’espère qu’il n’éclatera pas avant que nous arrivions à destination !

On crève sur la piste... Un changement de roue et c'est reparti, Potolo

On crève sur la piste… Un changement de roue et c’est reparti !
Potolo

10h30 : Nous atteignons Sucre. Le combi nous dépose au niveau d’un rond-point. Il nous faut alors prendre un taxi pour rejoindre la porte de l’agence. Notre tour se termine en beauté par un déjeuner pourvu par le restaurant de l’agence (au demeurant excellent et vraiment pas cher). Je commande une pomme de terre farcie au fromage et à l’œuf. Une délicieuse soupe aux légumes arrive après. Le bilan de ces trois jours est excellent. Je ne peux que recommander chaleureusement Condor Trekkers (et Fabio, notre guide) !

Au sortir de l’agence, je file acheter en compagnie de Maxime et Emilie un ticket de bus pour un départ vers Potosí demain en milieu de journée. Je réussis à négocier une petite ristourne de 2 Bs. pour chacun d’entre nous en faisant jouer la concurrence. Nous payons ainsi chacun 28 Bs.

Je retourne ensuite à l’hostal (The Bee Hive) où je passe deux heures à éditer le prochain article pour mon blog (Arequipa et le Canyon de Cotahuasi). Je ressors en milieu d’après-midi pour « faire les boutiques » et dégotter une paire de baskets toutes simples. J’ai en effet atteint un ras-le-bol avec mes Mendel (baskets de randonnée), beaucoup trop chaudes et hermétiques. L’odeur que dégagent mes pieds en fin de journée est devenu un véritable problème. J’ai beau les laver trois ou quatre fois de suite, l’odeur est toujours là. Le problème est tel que je ne peux pas ôter mes chaussures lors d’un long trajet en bus pour être plus à l’aise… Bref, il me faut d’autres godasses ! Je repère dans une petite boutique une paire de Nike taille 45 (difficile à trouver ici) à 470 Bs. (soit 53 €). Cependant, elles sont un peu trop flashy à mon goût… Je reporte ma décision d’achat au lendemain matin.

19h : Je retrouve Maxime et Emilie à l’agence Condor Trekkers. Nous décidons de dîner à La Taverne. Ravi de ma première fois, je reprends un gros bol de fettuccine et partage une heure et demie fort sympathique en compagnie de mes deux camarades de trekking.

De retour à l’hostal, je me remets sur mon article pendant deux petites heures avant de me glisser sur la couette.

Potosí , 2 septembre 2014

8h30 : Je sors en ville pour acheter mes nouvelles baskets. Me voilà paré d’une nouvelle couleur : le jaune fluo ! Mes pieds peuvent enfin respirer ! Je retourne ensuite à l’hostal pour faire mes sacs et me remettre en mode « transit ».

10h45 : Je grimpe dans un taxi (5 Bs.) pour rejoindre le terminal. Mon bus quitte le port à 12h30. J’ai donc une heure et demie à tuer : je décider de me poser à la table d’un petit resto pour développer mes photos.

12h30 : Je quitte Sucre pour débarquer, 3h30 plus tard, dans une nouvelle ville : Potosí. Ce n’est pour moi qu’une étape vers Tupiza, ma prochaine destination. Je ne ferai qu’y passer la nuit pour reprendre un bus demain matin. Potosí se distingue par son altitude (4070 m) et ses fameuses mines d’argent, toujours en exploitation et constituant sa plus grosse attraction. Fraîchement débarqué à l’ancien terminal, il me faut vingt bonnes minutes pour rejoindre le centre-ville. Un peu perdu au début, je finis par me repérer grâce à ma carte et à quelques indications des habitants. Je décide de rester à l’hostal Compañia de Jesús, le premier que j’avais sélectionné à l’aide de mon guide. J’ai une chambre simple avec salle-de-bain privée pour 70 Bs. Rien d’exceptionnel mais ce n’est que l’histoire d’une nuit.

Je ressors en fin d’après-midi pour visiter le centre-ville, pour moi sans grand charme. Il y a beaucoup de monde dans les rues… A 4070 mètres d’altitude, on a vite froid dès que le soleil s’est éclipsé.

Je passe un certain temps ce soir à trouver un endroit pour manger. Je jette mon dévolu sur La Taberna, le restaurant jumeau de La Taverne où j’ai mangé deux fois à Sucre. La cuisine est semblable mais le service meilleur dans la ville blanche.

20h30 : Je me glisse sous une tonne de couvertures pour échapper au froid régnant dans ma chambre.

La Paz et son marché aux sorcières…

La Paz, 25 août 2014

Je quitte ce matin à reculons la Isla del Sol en grimpant dans le bateau de 10h30 pour Copacabana. Je serais bien resté une semaine entière, un mois complet, une vie… sur cette terre d’exception mais je dois avancer si je veux voir tout ce que j’ai prévu de voir en Amérique du Sud avant mon vol pour l’Île de Pâques le 3 octobre prochain ! Comme à l’aller, je suis content de ne faire que passer en coup-de-vent à Copacabana ; cette ville ne m’inspire définitivement pas. Une fois débarqué, je file acheter sans tarder un ticket pour le bus de 13h30 en partance pour La Paz (25 Bs.). Le timing est parfait ! Aucun temps mort, je me pose dans un petit resto de la rue du port mais tire à nouveau un mauvais numéro (des portions franchement radines cette fois-ci…).

13h30 : Le bus part. Assis côté fenêtre, j’ai tout loisir d’admirer le lac et son immensité bleutée. Nous devons quitter le bus au bout d’une petite heure pour passer le détroit de Tiquina, qui sépare le Lac Majeur (au Nord) du Lac Mineur. Un petit bateau nous mène en dix minutes sur l’autre rive. Je discute pendant tout le trajet avec une mexicaine. Et notre bus, comment va-t-il faire lui pour traverser ? Dans une barge ! Je suis étonné d’observer notre gros engin flotter sans problème dans une si petite embarcation… Il lui faut vingt bonnes minutes pour passer de l’autre côté.

Notre bus traverse le détroit de Tiquina sur une barge, La Paz

Notre bus traverse le détroit de Tiquina sur une barge !
La Paz

Le bus repart en longeant la rive nord du Lac Mineur puis c’est de nouveau l’immensité desséchée du páramo qui défile devant ma fenêtre. Nous atteignons les prémices d’El Alto une heure plus tard. Cette ville, construite sur l’Altiplano à une altitude remarquable de 4150 m. Cela en fait la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du Monde ! Avec une population avoisinant un million d’habitants, El Alto serait apparemment la seconde ville la plus peuplée de Bolivie, après Santa Cruz, la capitale n’arrivant que troisième dans le classement. C’est une ville tentaculaire s’étalant sur des kilomètres autour de l’aéroport international de La Paz, le plus haut du Monde. Les superlatifs abondent ici ! Son développement anarchique en fait une ville sans charme d’une profonde laideur. Les bâtiments, tantôt en briques d’argile, tantôt en briques d’adobe, sont presque tous à moitié terminés. Le troisième étage peut très bien avoir l’air occupé alors que les deux premiers attendent toujours leurs fenêtres… Je n’ai jusqu’à présent jamais observé une ville aussi étrange. Notre route, qui semble être l’une des rues principales de la ville, est bordée de deux larges bandes de terre battues bordées de deux affreuses rangées d’immeubles. J’aperçois de ma fenêtre une fillette en train de faire la grosse commission en plein milieu de la rue, à la vue de tous et sous la supervision de sa mère. Une bien triste jungle urbaine… J’avoue être content de ne faire que traverser cette ville sans avoir à y mettre les pieds.

La Paz nous apparaît comme par magie dès que nous atteignons la marge est du plateau. Immense, elle est digne d’une capitale ! C’est une ville en relief très jolie vue d’en haut.

17h : Je débarque du bus au terminal central de la ville, un peu inquiet je dois l’avouer car La Paz a mauvaise réputation. J’ai en effet souvent lu ou entendu dire que c’était une ville glauque et peu sûre. Je fais la rencontre de Xuan, un américain d’origine mexicaine, à la sortie de la gare routière. Nous décidons de marcher ensemble jusqu’à la Place San Francisco, située seulement huit rues plus bas. J’avais dans l’idée de prendre un colectivo (éventuellement un taxi) pour rejoindre le centre-ville, croyant qu’il était très éloigné du terminal, mais la marche s’impose ! La recherche d’un hostal s’avère aujourd’hui éprouvante. La Paz est loin d’être plate et les hébergements de qualité ne sont pas donnés. Xuan m’accompagne dans ma recherche. Après quatre essais infructueux et une bonne heure de vadrouille dans les rues de la ville, nous trouvons, Xuan et moi, notre bonheur à l’hostal Arcabucero, à cinq minutes de la Plaza San Francisco. Nous payons chacun 75 Bs. pour une chambre double avec salle-de-bain privée. La propreté laisse à désirer (les draps n’ont a l’évidence pas été changés… je ne m’en rends compte qu’a posteriori) mais le bâtiment a une certaine classe et sa localisation est parfaite.

Je pose mes sacs, laisse mon passeport et une carte de crédit sous bonne garde à la réception (je l’espère), puis ressors illico en ville à la recherche d’une agence pour réaliser l’ascension du Huayna Potosi, un sommet très couru en Bolivie culminant à 6088 m. Je dégote une agence qui m’a l’air sérieuse, rue Sagarnada. spécialisée dans les ascensions de ce sommet. J’ai un bon contact avec Rodolpho, le chef de l’agence. Le tour de deux jours est à 950 Bs. (soit 95 €) par personne pour un groupe de deux ou trois personnes, 1350 (soit 150 €) pour une personne seule. J’aimerais partir dès demain pour une ascension en deux jours mais aucun groupe ne se profile à l’horizon pour le moment. Dommage ! Je n’ai plus qu’à croiser les doigts pour que quelqu’un se présente demain ou bien décider de partir seul avec un guide…

Je dîne ce soir en compagnie de Xuan dans un restaurant plutôt chic de l’Avenue Illampu. J’apprends qu’il est photographe, ce qui donne naturellement matière à profusion pour discuter !

La Paz, 26 août 2014

Je passe une partie de la journée à écrire. J’ai du pain sur la planche : presque trois semaines de retard ! Une « charette » impossible à rattraper en si peu de temps mais « ce qui est fait n’est plus à faire » ; quelques heures de travail, c’est déjà ça !

Je retourne à l’agence à 10h puis à 15h mais personne ne s’est présenté entre temps pour faire l’ascension. Pas de chance ! J’ai la possibilité de partir seul avec un guide mais, outre le prix, certains détails du tour me chagrinent. Le guide n’est pas certifié (c’est ce qu’ils appellent un « aspirant » au titre de guide…) mais surtout, mon assurance voyage ne couvre pas ce type d’activité. Apparemment, ce n’est pas un sommet très dangereux (à cette saison en tout cas) mais il y a tout de même eu des accidents récemment. Un pépin pendant l’ascension ou la descente et je l’ai dans le baba. Je tombe qui plus est dans l’après-midi sur une troisième personne (il faut tout réexpliquer) avec qui le courant ne passe pas. Je décide de consulter deux autres agences en fin de journée, sans succès. Il y a bien un départ groupé demain avec l’une d’entre elles mais nous serions 10 dans le groupe ! Faire l’ascension d’un tel sommet à dix ? Bonjour les frustrations. Non merci, ça ne m’intéresse pas.

Je meurs d’envie d’y aller car je suis presque sûr d’avoir la condition physique pour mais les circonstances ne s’y prêtent tout simplement pas. Je finis par laisser tomber, dépité. Le moral en prend un coup. Je ne sors même pas pour dîner, préférant avaler à la place les quelques fruits que j’avais achetés au marché ce matin. Je me couche peu après 20h avec une seule envie, oublier cette mauvaise journée…

La Paz, 27 août 2014

C’est Noël ce matin : je dégote un petit-déjeuner à volonté pour 33 Bs. (café-restaurant Banais, près de la place San Francisco). J’y passe une petite heure et demie pour écrire.

10h30 : Je quitte l’hostal en laissant le gros de mes affaires puis me rends à la gare routière avec Xuan pour acheter mon ticket de bus pour Sucre. C’est décidé, je quitte La Paz ce soir ! Cent bolivianos pour un siège cama (inclinable à près de 180°) : le tarif est raisonnable. Je pars ensuite en vadrouille dans le centre-ville pour découvrir un peu plus en profondeur la capitale. Je dois dire que je suis agréablement surpris.

La Paz est résolument une grande ville, La Paz

La Paz est résolument une grande ville…
La Paz

De jolis massifs de fleurs agrémentent le terre plein d'El Prado, La Paz

De jolis massifs de fleurs agrémentent le terre plein d’El Prado
La Paz

Moche cette ville, pas vraiment,, La Paz

Une ville loin d’être laide…
La Paz

L’avenue principale (El Prado) se révèle plutôt jolie avec un terre-plein central piéton agrémenté d’arbres et de beaux massifs de fleurs. Il y a foule ce matin dans cette avenue. Des retraités sont en train de manifester pour leurs droits en faisant un sitting.

Les retraités de la capitale revendiquent leurs droits en faisant un sitting, La Paz

Les retraités de la capitale revendiquent leurs droits en faisant un sitting au Prado.
La Paz

Le Che, éternel symbole des revendicateurs, La Paz

Le Che, éternel symbole des revendicateurs !
La Paz

Je croise beaucoup de sans-abris, assis ça et là, attendant désespérément qu’on leur donne une petite pièce et sortant de leur torpeur dès qu’un piéton passe à proximité. Beaucoup de personnes âgées. Que c’est triste ! En me baladant sur le Prado, j’aperçois un jeune homme mal-voyant ou aveugle jouant d’une sorte de petit saxophone pour gagner quelques sous… L’air qu’il joue est triste ; ce garçon me fend le cœur… J’immortalise la scène puis lui donne cinq bolivianos.

Naît-on vraiment tous égaux, La Paz

Naît-on vraiment tous égaux ?
La Paz

Je saisis un peu plus loin un cireur de chaussures cagoulé en train de réaliser un travail dont il a, à l’évidence, honte. La Paz est la seule ville où j’ai pu observé la plupart des cireurs de chaussures se masquer le visage par peur d’être reconnus. J’essaie d’être le plus discret possible en me cachant derrière un mur et en jouant de mon zoom car ils détestent – c’est compréhensible – qu’on les prenne en photo.

Le cireur de chaussures cagoulé, La Paz

Le cireur de chaussures cagoulé
La Paz

Plus loin, c’est une vendeuse ambulante de céréales soufflées que je capture du bout de mon objectif. Elle trimbale sa brouette de place en place pour vendre sa spécialité à un prix dérisoire.

Vendeuse ambulante de céréales soufflés, La Paz

Vendeuse ambulante de céréales soufflées
La Paz

A coté, c’est une vendeuse ambulante de jus d’orange fraîchement pressées qui entre comme par magie dans ma boîte à images. C’est cinq bolivianos les deux verres, alors je ne me prive pas…

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Vendeuse ambulante de jus d’orange fraîchement pressées
La Paz

Une scène de rue prise sur le vif, La Paz

Une scène de rue prise sur le vif au Prado
La Paz

Je retourne au café-restaurant vers 12h30 pour déjeuner car le menu du jour est vraiment d’un très bon rapport qualité/prix. J’y retrouve Xuan, en train de tripoter l’écran de son I-Pad. C’est fou comme la technologie s’est immiscée dans nos vies. On trouve à présent le Wi-Fi dans presque tous les hostals, cafés et restaurants, et ce à travers presque tous les endroits que j’ai pu visiter. Les voyageurs que je croise ont tous un smart phone et nombreux sont aussi ceux qui transporte, comme moi, un ordinateur portable. Les locaux ont très souvent eux aussi un téléphone en poche, parfois un smartphone dernier cri. Rester connecté à l’autre bout du monde n’a plus rien de compliqué de nos jours…

Nos sujets de conversation tournent autour de la photo. Xuan est plutôt orienté mode et scènes de rue. Il compte quitter le Texas pour s’installer comme photographe free-lance à New York à la de son voyage. Il s’y connaît qui plus est en web-design, un sujet qui m’intéresse beaucoup également.

Le ventre plein, me voilà reparti en vadrouille dans la ville. Je reprends quelques clichés des fœtus de lama desséchés au Mercado de las Brujas (Marché aux Sorcières), concentré autour de la rue Santa Cruz. Je réussis à discuter avec l’une des femmes tenant l’une de ces boutiques d’un autre genre… Elle me révèle que ces drôles d’objets sont destinés à la Pachamama, la déesse de la Terre ou Terre-Mère. J’apprends que lors de la construction d’une maison, il est coutume d’enterrer un fœtus de lama sous la première pierre en guise d’offrande à la Pachamama pour qu’elle protège l’édifice. On trouve aussi dans ces tiendas toutes sortes de remèdes miracles ou d’objets destinés aux offrandes.

Fœtus de lamas desséchés dans une tienda du Marché aux Sorcières, La Paz

Fœtus de lamas desséchés dans une tienda du Marché aux Sorcières
La Paz

Devanture d'une boutique du Marché aux Sorcières, La Paz

Devanture d’une boutique du Marché aux Sorcières
La Paz

Cette coutume est pour le moins... originale, La Paz

Cette coutume est pour le moins… originale !
La Paz

On en trouve de toutes les tailles et par dizaines, La Paz

On en trouve de toutes les tailles et par dizaines.
La Paz

Les plus petits fœtus de lama ressemblent à des oisillons morts-nés, La Paz

Les plus petits fœtus de lama ressemblent à des oisillons morts-nés.
La Paz

El Mercado de las Brujas, un marché permanent rue Santa Cruz, La Paz

El Mercado de las Brujas, un marché permanent rue Santa Cruz
La Paz

Après m’être immiscé dans ce monde étrange, je remonte la rue Santa Cruz et pénètre dans le marché permanent de la Paz, tentaculaire. Il s’étale sur des dizaines de rues et doit compter des milliers de stands. Il s’y vend de tout, absolument de tout. Ici, pas de supermarché, tout est dispatché un peu partout. Coup de cœur pour le secteur des pelotes de laine qui occupe tout une ruelle. Un endroit riche en couleurs, c’est le moins que l’on puisse dire !

Une belle diversité de couleurs et de styles, La Paz

Une belle diversité de couleurs et de styles
La Paz

Le secteur "pelotes de laine" du marché permanent, La Paz

Le secteur « pelotes de laine » du marché permanent
La Paz

J’aperçois plusieurs commerçants endormis derrière leurs minuscules étals (certains mesurant parfois moins d’un mètre de large). Dire qu’ils passent leur journée (probablement leur vie) cloîtrés dans ces petits cagibis souvent très sombres… J’aimerais prendre des tas de portraits sur le vif, comme celui de cette femme assoupie derrière ses jolis tissus de couleurs, mais je n’ose pas, autant par respect que par crainte d’être rabroué.

La ville s'agrippe au relief, La Paz

La ville s’agrippe au relief…
La Paz

Un vendeuse d'oranges et d'avocats au marché permanent, La Paz

Vendeuse d’oranges et d’avocats au marché permanent
La Paz

Une femme et un micro, La Paz

Une femme et un micro…
La Paz

Un tout petit bout du marché permanent, vu du ciel, La Paz

Un tout petit bout du marché permanent, vu du ciel…
La Paz

Coup de cœur à La Paz pour les micros, ces superbes bus au look « vintage » qui arpentent les rues bondés de leurs dizaines de passagers. Bleus, rouges, verts, jaunes : ils polluent drôlement certes, mais quelle joli coup de pinceau ils apportent à cette ville !

Le micro, le bijou haut en couleurs de la ville, La Paz

Le micro : bijou haut en couleurs de la ville
La Paz

Une belle représentation de l'ambiance de la ville, La Paz

Une belle représentation de l’atmosphère de la ruche…
La Paz

La mode de l’enterrement des lignes n’a pas encore frappé à La Paz. J’observe avec délice des nœuds inextricables de lignes téléphoniques au coin des rues du centre-ville. Mais comment peut-on s’y retrouver dans un tel enchevêtrement de câbles ?

Mais comment font-ils pour s'y retrouver là-dedans, La Paz

Mais comment font-ils pour s’y retrouver là-dedans ?
La Paz

Je quitte le secteur du marché après une bonne heure et demie de vadrouille pour me rendre au pied du téléphérique qui attise ma curiosité. Je suis les câbles et finis par trouver la gare. Trois bolivianos l’aller : une bouchée de pain. J’achète un aller-retour et grimpe dans une cabine. Inaugurée en avril dernier, la structure est flambant neuve et tranche franchement dans le paysage urbain quelque peu usagé de La Paz… J’ai tout loisir d’admirer la ville d’en haut à mesure que s’envole mon embarcation. Et quelle vue ! Je survole le cimetière, une véritable ville dans la ville, peuplés de minuscules immeubles à plusieurs étages où doivent loger des dizaines de milliers de défunts… Le téléphérique a été construit pour connecter El Alto à La Paz. Il est à l’évidence destiné à être emprunté aussi bien par les habitants d’El Alto que par les touristes. Je suis un peu déçu par la vue sur la ville depuis le mirador construit au niveau du terminus, une bonne partie de la ville étant masquée par des bâtiments. Je redescends assez rapidement à mon point de départ après avoir tenté d’obtenir d’une meilleure vue à proximité du terminal, puis rejoins la place San Francisco en repassant par le marché. J’ai eu ma dose de foule et de gaz d’échappement pour aujourd’hui. Vite, un endroit tranquille pour me poser un peu ! Je m’installe à la table d’un café de la rue Linares (Colonial Pot) pour écrire.

Prendre le téléphérique flambant neuf de la ville est un must, La Paz

Prendre le téléphérique flambant neuf de la ville est un must !
La Paz

Une jolie vue sur la ville depuis les airs, La Paz

Une jolie vue sur la ville depuis les airs…
La Paz

La brique rouge domine largement le paysage urbain des faubourgs, La Paz

La brique rouge domine largement le paysage urbain des faubourgs.
La Paz

17h30 : Je retourne à l’hostal pour récupérer mes affaires et me remettre en mode « transit » munis de mes deux sacs. Je prends ensuite le chemin de la gare routière, accompagné de Xuan, après avoir mangé un bout au Banais.

20h : Le bus quitte la gare routière. Adieu La Paz ! Me voilà en route pour Sucre, une ville que j’ai vraiment hâte de découvrir…

La Isla del Sol, perle du Titicaca

Yumani, 22 août 2014

7h30 : Je quitte Puno et le Pérou où j’aurai passé en tout et pour tout un mois et demi (pile poil !). Le bus contourne le Titicaca en longeant sa rive ouest. Ce lac est vraiment immense, une véritable mer intérieure, au même titre que la Mer Morte… Lac, mer ? Il n’est pas salé, voilà probablement pourquoi il ne peut prétendre au titre de mer. Nous atteignons la frontière bolivienne vers 9h45. Je passe faire tamponner le formulaire de sortie au poste de Police Judiciaire puis mon passeport à l’Immigration. C’est officiel, j’ai quitté le Pérou ! Je traverse la frontière, délimitée par un arc en pierres, et reçoit le tampon d’entrée sur le territoire bolivien. J’ai 30 jours devant moi. Si jamais j’envisageais de rester plus longtemps sur le territoire, il me faudrait demander une prolongation de séjour dans l’une des principales villes du pays (acte gratuit). Le bus repart vers 10h30, après que chaque passager ait accompli les formalités de sortie et d’entrée.

Je débarque à Copacabana vers 11h, petite ville sans grand charme bondée de touristes… Première étape : avancer ma montre d’une heure ! Je ne suis plus décalé que de 6h par rapport à la mère patrie. Je dois ensuite changer mes derniers soles contre des bolivianos, la nouvelle monnaie avec laquelle je vais devoir me familiariser. J’obtiens 336 bolivianos contre les 140 soles que j’avais encore en poche (le taux de change est actuellement de 2,40 Bs. pour 1 sol) : un euro correspond grosso modo à 10 bolivianos, un dollar à 7 bolivianos. Les billets ont des couleurs bien distinctes ; c’est pratique pour les repérer rapidement dans le porte-monnaie. On dirait qu’ils sortent tout droit d’un jeu de société… Apparemment, les faux-billets sont peu courants ici (contrairement aux soles que tout le monde inspecte avant de les accepter) et faciles à détecter. Tant mieux !

J’ai décidé de filer directement sur la Isla del Sol, une île qui m’a été chaudement recommandée depuis le début de mon voyage. Mon arrivée par le bus coïncide parfaitement avec le prochain départ vers l’île (13h30). L’aller en bateau coûte 20 Bs., soit environ 2€. Je passe retirer des bolivianos au distributeur pour compléter mon pécule puis me pose dans un snack (Snack 6 de Agosto) recommandé par mon guide. Mais là, zéro pointé pour le restaurant (et le guide !). Une truite franchement dégueulasse ! Je paye le repas 15 Bs., à contrecœur. Je n’y reviendrai pas, c’est clair.

J’essaie de trouver à manger en prévision des jours à venir, pour le pique-nique du midi notamment. Mission difficile : toutes les boutiques vendent exactement les mêmes produits, essentiellement des gâteaux secs bourrés d’huile de palme (on finit par en être dégoûté à force), des chips, des boissons gazeuses, quelques bananes ou des pommes sans goût importées de je-ne-sais-où… Les marchés de fruits et légumes équatoriens, riches en couleurs et en variétés, me manquent. Je ne trouve ni pain ni thon qui me permettrait de faire un semblant de pique-nique. Je trouve les prix par ailleurs plutôt chers… Je m’attendais à une baisse sensible par rapport au Pérou mais suis loin de l’observer ici. Copacabana ne m’inspire décidément pas. Petit coup de mou, j’accuse une légère baisse de moral.

13h : Je me poste sur le port pour attendre le bateau. Il y a beaucoup de monde, trop à mon goût naturellement. Tout autour de moi, on parle français, anglais, espagnol, italien, allemand… Des backpackers (routards) pour la plupart, munis tout comme moi de leurs deux sacs (un devant, un derrière). Je suis un peu en mode « ours » et reste dans mon coin à observer les uns et les autres. Quand le moral n’est pas bon, difficile d’être ouvert et d’aller vers les autres… 13h30 : Je vois une queue se former devant un bateau amarré à l’un des pontons. Je me presse de rejoindre la file, un peu tendu car la structure ne m’a vraiment pas l’air solide (de simples planches de bois usagées grossièrement clouées à de maigres poteaux…). Nous sommes plusieurs dizaines sur le ponton. Et si il s’effondrait ? Ce serait bien sûr une catastrophe car j’ai avec moi mes deux sacs et tout le matériel électronique à l’intérieur… Je pensais qu’il y aurait plusieurs bateaux pour embarquer tout ce monde mais non. On va être serré ! Ça promet sur l’île…

Une heure et demie plus tard, je débarque sur la Isla del Sol. J’ai choisi de me rendre directement à l’hostal Inti Kala, recommandé par mon guide de voyage. Je dois, pour cela, grimper jusqu’en haut de la colline en empruntant l’escalier des Incas. Chargé comme je le suis, avec les effets de l’altitude – je dois grimper jusqu’à plus de 4000 m soit envion 200 mètres de dénivelé -, la montée est vraiment éprouvante. J’atteins l’hostal après 20 bonnes minutes en demandant régulièrement mon chemin aux habitants que je croise et en suant à grosses gouttes. La récompense après cet effort intense est de taille : la vue depuis le haut du village est absolument splendide. Le panorama s’étire sur près de 180° et offre un tableau somptueux sur les eaux placides du lac Titicaca. A l’horizon, des collines ocres au doux relief s’étalent tout autour du lac. Une presqu’île ponctuée d’un sémaphore complète cette toile qui n’appelle qu’à une seule chose, la contemplation. L’effort en valait vraiment la peine. Je sens que je vais me plaire ici. Le moral fait un énorme bon en avant !

Un petit massif enneigé apparaît dans le lointain, vers l'Est, Yumani, Isla del Sol

Un petit massif enneigé apparaît dans le lointain, vers le Sud-Est
Isla del Sol

La Cordillère Royale s'étire magistralement au sud-est du lac, Isla del Sol

La Cordillère Royale s’étire magistralement au sud-est du lac
Isla del Sol

Ma première impression en découvrant l’hostal Inti Kala est excellente ; je choisis d’y rester. La chambre avec vue sur le lac, salle de bain privée, lit double et petit-déjeuner inclus est à 90 Bs. (9€). Le prix me semblant correct, je ne tente pas de négocier (je le ferai le lendemain car j’ai décidé de rester deux nuits de plus et qu’une ristourne me semble de rigueur…). J’abandonne mon gros sac et file explorer les environs du village. La vue de l’autre côté de l’île vaut aussi son pesant d’or : on voit se dessiner parfaitement à l’horizon les pics enneigés que je pouvais déjà apercevoir au loin depuis les îles Taquile et Amantani… Je parcours une petite boucle en coupant à travers des terrasses agricoles desséchées et en passant par le point haut de l’île, où un belvédère a été construit. Je croise en chemin un australien en vadrouille à durée indéterminée… On discute un petit moment tout en marchant. Mon anglais n’est pas trop rouillé ; que j’ai hâte d’attérir au pays des kiwis pour blablater dans la langue de Shakespeare à longueur de journée !

Je tombe au nord du village sur une femme aux grandes nattes jointes par de jolis pompons. Elle est à l’évidence en train de chercher quelque chose… Son nom est Luisa et elle a perdu la trace de ses trois ânes, lâchés ce matin sur les terrasses en contrebas du village. Je décide de l’accompagner dans sa recherche, tout en discutant un peu avec elle. Il est 18h. Le soleil décline dans le ciel et ne tardera pas à se coucher. Nous croisons d’autres locaux en train de reconduire leurs bêtes vers leurs quartiers nocturnes. Partager un petit bout de leur quotidien n’a pas de prix. Nous finissons par retrouver la trace des trois bêtes de sommes de Luisa, en train de brouter tranquillement sur une terrasse. Hop, hop, on remonte les petits ! Je m’arrête à plusieurs reprises dans la montée pour prendre des photos. Luisa me sème, je ne la reverrai plus…

Mais que cherche donc cette femme, Yumani, Isla del Sol

Mais que cherche donc cette femme ?
Yumani, Isla del Sol

Luisa, à la recherche de ses trois ânes perdus de vue, Yumani, Isla del Sol

Luisa, à la recherche de ses trois ânes perdus de vue…
Yumani, Isla del Sol

Je dîne ce soir avec un couple de coréens forts sympathiques rencontrés à l’hostal : la belle Mi Young et son mari Wook Bae. Ils ont déniché une adresse d’exception à Yumani : Las Velas, un petit restaurant situé un peu à l’écart du village, face au Titicaca. Il n’est éclairé qu’à la lumière de quelques bougies disposées sur les tables. Ambiance romantique à souhait ! Pablo, chef cuisinier et propriétaire du restaurant, travaille seul et sans électricité dans sa toute petite cuisine. Nous devons attendre une bonne heure l’arrivée de nos plats mais le résultat en vaut franchement la peine. Je déguste une délicieuse truite du lac, cuite au four (papillote) dans un jus à base de vin rouge, accompagnée d’une généreuse assiette de légumes (chou-fleur, brocolis, carottes) et de quinoa. Je me délecte autant du repas que de la compagnie de Mi Young et de ses superbes traits asiatiques. Wook Pae, qui ne maîtrise à l’évidence pas très bien l’anglais, reste en retrait. Nous quittons le resto vers 21h dans le froid sous un ciel magnifiquement étoilé et rejoignons l’hostal à la lumière de nos frontales.

Je me couche heureux, bercé par un calme olympien.

Yumani, 23 août 2014

7h : Je me réveille, frais et dispos après une longue nuit de sommeil. J’ai dormi dans mon sac de couchage pour être sûr d’avoir suffisamment chaud. Avec le froid qui règne sur l’île pendant la nuit, pas sûr en effet que les seules couvertures auraient suffi… Je file prendre mon petit-déjeuner à la table de l’hostal, après m’être donné un bon coup de tondeuse à cheveux. C’est le deuxième rafraîchissement que j’opère depuis mon départ le 14 juin. Qu’est ce que ça fait du bien !

Je passe une bonne partie de la matinée sur mes photos et mon journal, posé devant le fabuleux panorama qui fait face à l’hostal. Mon dieu que c’est beau et paisible !

Panorama visible depuis ma fenêtre de chambre : j'ai vu pire, Yumani, Isla del Sol

Panorama visible depuis ma fenêtre de chambre : j’ai vu pire…
Yumani, Isla del Sol

Mais je ne vais pas rester assis là toute la journée ! Ce paysage m’appelle. Je décide de partir randonner aujourd’hui jusqu’à l’extrémité du bras de l’île situé face l’hôtel (visible depuis ma fenêtre de chambre), qui me fait de l’œil depuis mon arrivée. J’apprendrai un peu plus tard qu’on l’appelle ici Wich’inc’ha (La Queue). J’estime à vue d’œil – je n’ai pas de carte – l’aller à deux bonnes heures de marche en y allant piano piano. Il fait un temps absolument splendide, presque estival si on oublie la température frisquette de ce matin…

12h : Je passe prendre une pizza dans un petit resto situé à deux pas de l’hostal et déguste ma pitance en terrasse, face au panorama, tout en discutant avec deux libanais installés juste à côté. J’apprends que le Français est régulièrement parlé dans ce petit pays de l’arc méditerranéen dont je ne connais pas grand chose si ce n’est son fameux Cèdre…

Port de plaisance secondaire, à l'ouest du village, Yumani, Isla del Sol

Port de plaisance secondaire, à l’ouest du village
Yumani, Isla del Sol

Une petite demi-heure plus tard, me voilà parti pour ma balade. Je suis un chemin longeant le versant ouest du corps de l’île. Il me faut débourser 15 Bs. pour accéder aux parties médiane et sud de La Isla del Sol. Tiens, ce droit d’entrée me rappelle vaguement l’accès aux différentes tronçons du trek de Huayhuash… Je quitte le chemin principal pour bifurquer à gauche sur un sentier descendant gentiment vers la rive du lac. J’aperçois en contrebas deux personnes en train de farfouiller minutieusement dans les eaux peu profondes près de la berge. Je me demande bien ce qu’ils sont en train de pêcher… Je traverse un peu plus loin l’anse séparant la pointe du corps principal de l’île. Trois locaux sont en train de bêcher la terre à l’aide d’une sorte de grosse griffe que je n’ai encore jamais vue. Je demande mon chemin à l’un d’entre eux ; juste un prétexte pour engager la discussion. J’avoue cependant être un peu mal à l’aise car je me promène alors que lui travaille durement… Ne voulant pas trop le déranger dans sa tâche, je ne m’étale pas en palabres et poursuis rapidement mon chemin. Je croise 200 mètres plus loin un homme en train de récolter depuis sa barque des joncs pour, je présume, nourrir ses bêtes. Il est accompagné de son fils qui me regarde en souriant. Je demande à ce monsieur l’autorisation de le photographier. Il accepte gentiment. Je m’amuse à observer quelques vaches les pieds dans l’eau, en train de brouter paisiblement les roseaux du lac.

Récolte des joncs du lac pour nourrir le bétail, Isla del Sol

Récolte des joncs du lac pour nourrir le bétail
Isla del Sol

Qu'est-ce t'as toi à me regarder quand je mange, Isla del Sol

Qu’est-ce t’as toi à me regarder quand je mange !
Isla del Sol

Juste à côté, deux jeunes filles se baignent toutes habillées dans les eaux glacées du lac, sans montrer le moindre frisson (je me retiens de prendre la photo, craignant une mauvaise interprétation de mon geste…). Les locaux ont vraiment une grande tolérance au froid ! J’en suis grosso modo à la moitié du chemin et cela fait un peu plus d’une heure que je suis parti ; mon estimation du temps de marche m’a l’air correcte. Je remonte vers l’échine de la presqu’île en coupant à travers des bosquets d’eucalyptus. Cette essence, importée d’Australie, a été abondamment plantée sur l’île pour pourvoir aux différents usages qui en sont fait, dans la construction notamment. C’est pour ainsi dire la seule essence d’arbre que l’on rencontre ici. Cette partie étroite de l’île est vraiment très sèche, hébergeant seulement quelques espèces croissant péniblement sur un sol très rocailleux.

Des bosquets d'eucalyptus ponctuent régulièrement l'île, Isla del Sol

Des bosquets d’eucalyptus ponctuent régulièrement l’île
Isla del Sol

J’évolue sur la crête en enchaînant quelques petits dénivelés. Rien de bien méchant mais, à cette altitude, l’effort est plus intense. J’aperçois un condor faisant sa ronde au-dessus de ses terres. Quel voilier hors pair !

Le Condor, un voilier hors pair, Isla del Sol

Le Condor, un voilier hors pair
Isla del Sol

15h15 : J’atteins le sémaphore posé à l’extrémité de la pointe. J’ai bien mérité une petite pause. Mes pieds dans l’eau (pas bien chaude en effet), je savoure l’instant. Agréable sensation d’avoir atteint un petit bout du Monde… Je couche ensuite sur le papier mon début de journée au son du clapotis du lac. Pas un bruit incongru ne vient parasiter mes pensées. Quel beau moment d’exception !

16h : Je commence à rebrousser chemin. Quatre vautours survolent à présent la presqu’île à basse altitude. Je n’aimerais pas être leur proie… J’ondule une bonne heure et demie sur la crête qui présente de jolis à-pics rocheux.

Pointe Wich'inc'ha (La Queue), Isla del Sol

Pointe Wich’inc’ha (La Queue)
Isla del Sol

Le soleil décline rapidement dans le ciel. Me dirigeant vers le nord-ouest, je l’ai en pleine face pendant toute la progression vers le point haut de cette partie de l’île (Cerro Chequesani, 4076 m). Plutôt qu’un simple aller-retour, je décide de réaliser une boucle en rejoignant le chemin principal parcourant l’île du nord au sud. Il ne me reste alors plus qu’à suivre ce fil d’Ariane jusqu’à l’hostal.

Cordillère Royale observée en fin d'après-midi, Isla del Sol

Cordillère Royale observée en fin d’après-midi
Isla del Sol

Pointe Wich'inc'ha, léchée par les rayons du soleil couchant, Isla del Sol

Pointe Wich’inc’ha, léchée par les rayons du soleil couchant
Isla del Sol

Qu'il est grisant d'admirer le chemin parcouru jusqu'à la pointe, Isla del Sol

Qu’il est grisant d’admirer le chemin parcouru jusqu’à la pointe !
Isla del Sol

J’atteins l’hostal peu avant le coucher du soleil, après un peu plus de 6h de marche. Ravi de la soirée que j’ai passé hier chez Pablo, je retourne dîner au restaurant Las Velas. J’y retrouve Mi Young et Wook Bae en train de manger en compagnie d’une troisième personne qu’ils ont dû rencontrée aujourd’hui. Préférant ne pas les déranger ce soir, je m’installe seul à une table et commande un filet mignon à Pablo… Je profite du temps de préparation pour écrire, à la lumière d’une bougie. Je me régale à nouveau du plat préparé par le chef. Une valeur sûre ce resto !

Fin d’une belle et riche journée.

Yumani, 24 août 2014

Deuxième réveil au paradis… La pointe, où j’ai posé mon drapeau imaginaire hier après-midi, est toujours aussi belle dans la douce lumière du matin.

La Pointe, entourée des eaux paisibles du lac Titicaca, Isla del Sol

La Pointe, entourée des eaux paisibles du lac Titicaca
Isla del Sol

10 h : Je me mets en route pour arpenter le corps principal de l’île après avoir acheté de quoi pique-niquer. Objectif : rallier l’extrémité nord de ce confeti aux contours biscornus. Je repasse le point de contrôle mais contrairement à hier, poursuis sur le chemin principal, véritable colonne vertébrale de l’île.

La colonne vertébrale de l'île : un très joli chemin de pierres, Isla del Sol

La colonne vertébrale de l’île : un très joli chemin de pierres
Isla del Sol

Je rencontre en cours de route Laure, une toulousaine de 30 ans en vacances depuis trois semaines au pays des lamais et du condor. Nous marchons ensemble jusqu’à atteindre les ruines situées au nord de l’île (labyrinthe et table de cérémonie). Après m’être extasié au cœur du Machu Picchu, j’avoue que ces ruines n’attisent pas beaucoup mon intérêt. La faim se fait sentir et je décide de me poser près du site pour avaler la boîte de thon et les quelques petits pains que j’ai achetés ce matin. Laure, que j’avais perdue de vue, vient se joindre à moi. Fous rires au menu ! Pendant notre pause pique-nique, nous assistons en direct, bien malgré nous, à une scène très cochonne (!) perpétrée par deux bêtes roses à la queue en tire-bouchon…

Ruines (labyrinthe) dans la partie nord de l'île, Isla del Sol

Ruines (labyrinthe) dans la partie nord de l’île
Isla del Sol

12h30 : Je repars, seul, pour rejoindre l’extrémité de la pointe nord de l’île. Les touristes empruntant presque tous le chemin principal, cette partie hors sentier est déserte. J’ondule au milieu des herbes desséchées jusqu’à atteindre le cap nord de l’île. Il fait face à un joli petit îlot dont j’ignore le nom. Je rebrousse chemin puis entame le retour vers Yumani, en empruntant le chemin qui longe le flanc est de l’île. Le lac Titicaca ressemble vraiment, en tout point, à une mer, avec ses anses aux eaux transparentes, ses plages de sable fin et ses vagues… Certaines parties de l’île m’évoquent la Corse et ses petites criques sauvages au creux desquelles j’aimais tant me balader… D’énormes cordons de roche blanche fortement inclinés parcourent l’île du nord au sud. 

Anse aux eaux transparentes dans la partie nord de l'île, Isla del Sol

Un petit air de l’Île de Beauté…
Isla del Sol

Un accès de turista – je n’en ai pas parlé jusqu’à présent mais oui, j’ai « attrapé » de temps en temps cette affection bien connue du touriste en vadrouille loin de chez lui – m’oblige à dévier de mon itinéraire pour satisfaire un besoin urgentissime… Rien de bien méchant, on évacue loin des regards et c’est reparti !

J’atteins vers 15h le village de Challapampa, bâtie sur l’isthme reliant une presqu’île – et là encore, zut, j’ai oublié son nom ! – au corps de l’île, en faisant quelques digressions en chemin. Adorant me rendre au bout du bout, je décide de rejoindre la pointe de la presqu’île, située à une petite demi-heure de marche du village. Je ne rencontre en chemin que vaches, ânes, lamas et brebis, accompagnées de leurs tout petiots. J’éclate de rire en voyant un agneau de quelques jours s’agenouiller pour brouter tellement il est haut sur ses pattes… Ces adorables peluches bêlent comme de vrais bébés et courent se réfugier dans les jupons de leur mère dès qu’ils la perdent de vue.

Une magnifique plage de sable fin, Challapampa, Isla del Sol

Une magnifique plage de sable fin…
Challapampa, Isla del Sol

Un bel eucalyptus isolé sur la rive, près du village, Challapampa, Isla del Sol

Un bel eucalyptus isolé sur la rive, près du village
Challapampa, Isla del Sol

Les rives du Titicaca sont loin d’être sans vie. J’observe avec délice tout un cortège d’oiseaux d’eau en train de mener tranquillement leur vie sur les rives du lac : canards, grèbes, poules d’eau, blongios, chevaliers… où ce qui s’y rapprochent d’après mes quelques connaissances en ornithologie. Les massifs de joncs bordant les berges du lac sont à l’évidence leur refuge.

Anse tranquille près du village, Challapampa, Isla del Sol

Anse tranquille près du village
Challapampa, Isla del Sol

Je rallie une petite heure plus tard Challa, village situé dans la partie médiane de l’île, puis entame la remontée vers Yumani. J’aperçois ça et là des lessives entières en train de sécher sur les rives du lac. L’eau étant rare sur l’île, nombreux sont les habitants à laver leur linge directement dans le lac !

L'eau étant rare sur l'île, on fait souvent sa lessive directement dans le lac, Challa, Isla del Sol

L’eau étant rare sur l’île, on fait souvent sa lessive directement dans le lac !
Challa, Isla del Sol

Je croise en chemin plusieurs troupeaux d’animaux conduits par leur propriétaire, parfois par des enfants. Je me délecte d’assister en direct au quotidien des habitants de l’île, comme ramener un fagot de branches d’eucalyptus pour faire la cuisine ou reconduire les troupeaux vers leurs quartiers nocturnes… J’aimerais beaucoup photographier ces scènes si authentiques mais je sens des réticences, exprimées (sans animosité) ou pas. La plupart resteront dans ma mémoire… Je parviens malgré tout à immortaliser, de dos, ce vieil homme en train de mener son petit troupeau vers Challa.

Vieil homme reconduisant ses bêtes au bercail, Challa, Isla del Sol

Vieil homme reconduisant ses bêtes au bercail
Challa, Isla del Sol

Je finis par boucler la boucle peu après 17h en rejoignant le point de contrôle franchi ce matin. L’hostal n’est plus très loin… Je ne m’y rends cependant pas tout de suite, préférant bifurquer vers l’une des pointes situées en contrebas du village de Yumani. Faire du hors sentier sur cette île est vraiment facile, la végétation étant souvent rase et éparse. J’atteins deux cents mètres plus bas une petite anse peuplée d’oiseaux d’eau qui batifolent paisiblement dans la douce lumière de fin d’après-midi.

Un immense cordon de roche blanche traverse toute l'île du nord au sud, Isla del Sol

Un immense cordon de roche blanche traverse toute l’île du nord au sud
Isla del Sol

Massif de jonc baigné par la douce lumière du soir, Yumani, Isla del Sol

Massif de jonc baigné par la douce lumière du soir…
Yumani, Isla del Sol

Je traverse une petite plage puis remonte de l’autre côté en direction du village en empruntant la crête délimitant l’anse au sud. Une bonne grimpette de 200 m qui fait du bien aux mollets, aux cuisses… et au cœur qui doit pomper plus fort que d’habitude ! J’arrive à l’hostal vers 18h15, juste après le coucher du soleil. Je viens tout de même de marcher plus de 8h presque sans discontinuer… Une belle rando rendue assez physique par les petits dénivelés accumulés à près de 4000 mètres d’altitude !

Une bonne douche et me voilà ressorti pour profiter une dernière fois de l’atmosphère et de la délicieuse cuisine du restaurant Las Velas. Je suis étonné et ravi de trouver Pablo seul ce soir. Je suis son seul client. Ma chance, j’ai le chef pour moi tout seul ! Nous discutons un petit moment avant qu’il ne file dans sa minuscule cuisine pour préparer les deux truites au four que je lui commande. Je déguste pendant ce temps-là un bon verre de vin provenant de la région de Tarija (sud de la Bolivie), tout en commençant à raconter cette superbe journée à mon journal.

Pablo m’apporte une bonne demi-heure plus tard deux truites en papillote accompagnées d’une généreuse assiette contenant quinoa, choux-fleur, brocolis et carottes. Un pur délice ! Je prends mon temps pour savourer pleinement ce repas. Je me ferai un plaisir de recommander la cuisine de Pablo aux gens que je vais rencontrer dans les semaines à venir, c’est clair ! La soirée se poursuit par une discussion très intéressante avec le chef sur des sujets divers et variés. Il fait de temps en temps des fautes de genre en Castillan ; pas étonnant puisque sa langue maternelle est l’Aymara, langue qui a précédé le Quechua avant l’arrivée des Incas. Il m’offre à la fin de la soirée un petit drapeau arc-en-ciel Wiphala représentant les Amérindiens de Bolivie. Vraiment sympa ce Pablo !

La photo n'est pas terrible... contrairement au repas préparé par Pablo, Yumani, Isla del Sol

La photo n’est pas terrible… contrairement au repas préparé par Pablo !
Yumani, Isla del Sol

22h : Je quitte le restaurant avec Pablo sous un magnifique ciel étoilé. J’aperçois au sud quatre étoiles assez brillantes formant un losange : la Croix du Sud veille dans la partie du ciel qui lui a donné son nom. Elle est mon seul repère sur cette voûte céleste où je suis perdu… Nos étoiles et nos constellations dans le Nord sont bien différentes… et n’ont rien à envier à l’Hémisphère Sud d’après moi !  Je rejoins l’hostal à la frontale dans une rue désertée à cette heure tardive puis me glisse dans me sac de couchage, sous une bonne épaisseur de couvertures. Morphée n’a pas besoin de me bercer ce soir…