Le lac Titicaca… côté Pérou !

Puno, 19 août 2014

7h45 : Je quitte ce matin l’hostal Inka Roots un peu à reculons car je viens d’y passer une nuit royale et parce que je m’y sentais bien. Un grand lit bien confortable dans une chambre rien que pour soi, c’est tout de même très appréciable… Je suis néanmoins content d’avancer dans mon périple ! Aujourd’hui, je dis au revoir à Arequipa pour prendre la route du Titicaca, lac oh combien mythique que j’ai hâte de voir de mes propres yeux.

Je grimpe dans un combi pour rejoindre la gare routière (une petite demi-heure) où je trouve sans mal un bus en partance pour Puno, une ville portuaire située sur la côte nord-ouest du lac. Il part à 9h.

Arequipa est décidément une grande ville : pour preuve, nous ne laissons derrière nous la banlieue qu’après trois bons quarts d’heure de route ! Les étendues semi-désertiques laissent progressivement place au páramo qui s’étire à perte de vue sur les grandeurs désolées de l’Altiplano, un paysage vide où vagabondent ça et là quelques troupeaux d’alpagas, de vigognes ou de vaches. J’aperçois régulièrement le long de la route des tonnes de déchets. Des centaines de sacs en plastiques qui voguent au gré du vent… Que c’est triste de voir ça !

15h : J’arrive à Puno après 6 heures de bus. Après les trajets interminables parcourus ces dernières semaines, celui-ci me semble assez court… La brique rouge prédomine largement dans le paysage urbain de Puno que je trouve plutôt harmonieux, bien qu’un peu triste. C’est une ville assez importante comptant près de 120 000 habitants, construite sur la rive ouest du Titicaca à une altitude respectable de 3830 m. Je ressens de nouveau les effets de l’altitude : le cœur bat un peu plus vite et le souffle est un peu plus court que d’habitude… Rien de bien méchant, je commence à y être habitué.

Le ciel est couvert et il tombe même quelques gouttes lorsque je sors du bus. Mais ça caille ici ! J’ai tôt fait de renfiler veste coupe-vent, bonnet et chaussures (j’étais en tongs dans le bus, bien plus confortables) avant de me mettre à marcher en direction du centre-ville. La gare routière n’est qu’à un petit quart d’heure du premier hostal figurant sur ma liste : Inka’s Rest, situé à deux pas de la voie ferrée. Je parviens à négocier une chambre simple avec petit-déjeuner pour 35 soles au lieu de 50. Bien joué, même si j’ai l’impression d’avoir peut-être un peu exagéré cette fois-ci…

Je sais qu’il existe des îles flottantes sur le lac, au large de Puno. J’ai bien envie de les visiter. L’hôtel propose un tour de deux jours pour 80 soles. Intéressant mais je préfère consulter d’autres tour operators pour comparer les offres. Je dépose mes sacs dans ma chambre puis file au centre-ville. Mon choix finit par se porter sur l’agence Nayra Travel. Je négocie le tour à 110 soles, tout inclus, y compris le repas du midi le deuxième jour que n’incluaient pas les autres agences. Le très bon contact que j’ai avec Noelia, la consultante de l’agence, n’est pas étranger à mon choix… Nous avons une discussion très sympa n’ayant rien à voir avec le tour, tant et si bien qu’on finit cette entrevue par s’ajouter mutuellement en « amis » sur Facebook ! En deux mois, c’est fou le bon en avant qu’a fait mon espagnol ! Je suis à présent capable de tchatcher de tout et de rien sans difficulté avec un bon débit de paroles. C’est valorisant, je dois l’avouer.

Super, les deux prochains jours sont programmés et devraient être très intéressants ! J’ai une faim de loup en sortant de l’agence. Pas étonnant, je n’ai pratiquement rien avalé depuis 9h ce matin… Il me faut à manger et quelque chose de consistant ! Mon choix se porte sur une pizzeria recommandée par mon guide (El Buho). Un bon numéro celui-ci : je me repais d’une énorme pizza végétarienne !

La soirée se termine par une petite séance de travail sur mon blog. L’article sur mon escapade au Machu Picchu est prêt à être publié !

Amantani, 20 août 2014

8h : Je grimpe dans le combi affrété par l’agence pour rejoindre le port de Puno, qui se trouve à seulement quelques rues de mon hostal… Nous sommes une quinzaine à faire partie du tour. C’est trop à mon goût mais je vais devoir faire avec. Un groupe mixte constitué de deux espagnoles, deux colombiens, cinq suédois, un italien et six français (deux couples de quinquagénaires et deux âmes solitaires dont je fais partie). Notre guide, Angel, a l’air vraiment sympa et sérieux. Cool !

Nous rejoignons les îles d’Uros, les fameuses îles flottantes du lac Titicaca, après une petite demi-heure de bateau. J’arrive dans un village vraiment particulier composé de dizaines d’îles organisées autour d’une immense « place d’eau » centrale. Les îles sont construites avec de simples roseaux (joncs poussant dans le lac). Les maisons, certaines embarcations et surtout le plancher même des îles sont fabriqués avec cette matière première d’un autre genre. Plusieurs familles vivent généralement sur une même île. Ces radeaux de luxe flottent et peuvent être déplacées au besoin. Notre guide plaisante même en nous disant qu’en cas de litiges entre deux familles, une île peut être coupée en deux… Ici, pas de voiture bien sûr ; le bateau est de rigueur pour se déplacer d’île en île !

Les femmes nous saluent lors de notre passage, Îles Uros, Lac Titicaca

Les femmes nous saluent lors de notre passage….
Îles Uros, Lac Titicaca

Touristes faisant un petit tour dans cette drôle d'embarcation, Îles Uros, Lac Titicaca

Touristes faisant un petit tour dans cette drôle d’embarcation…
Îles Uros, Lac Titicaca

Embarcation traditionnelle en roseau, Îles Uros, Lac Titicaca

Embarcation traditionnelle en roseau
Îles Uros, Lac Titicaca

Les habitants nous saluent à notre passage. Il est évident que le tourisme est au cœur de la vie de ces habitants. Notre visite débute par un arrêt prolongé sur l’une de ces îles. Les premiers pas que je fais me procurent une drôle de sensation. Fouler une épaisse couche de roseaux reposant sur l’eau, c’est un peu comme marcher sur un matelas gonflé d’air… Je ne suis pas étonné d’apprendre que l’effet est encore plus prononcé lors de la saison des pluies.

Nous sommes reçu par les femmes de la communauté, toutes revêtues d’habits très colorés. Notre guide nous explique la manière dont sont construites ces îles, avec l’assistance de Gladys, jeune femme aux contours généreux. Cinquante ans, c’est la durée de vie d’une île ; un an, celle d’une cabane en roseau. J’apprends aussi que pour maintenir l’île à flot, il est nécessaire de rajouter dix centimètres de roseaux tous les dix jours. A l’issue du petit cours de génie civil, Gladys nous présente deux superbes tapisseries qu’elle a elle-même tissées. Je flashe sur la seconde, une tapisserie représentant la fameuse Pachamama (Terre-Mère), la Pachatata (la Terre-Père), la Madre Lago (la Mère du Lac), le Puma et le Tumi (couteau cérémoniel).

Petit cours de construction d'une île flottante, Îles Uros, Lac Titicaca

Petit cours de construction d’une île flottante…
Îles Uros, Lac Titicaca

Superbe tapisserie figurant les croyances locales, tissée par Gladys, Îles Uros, Lac Titicaca

Superbe tapisserie figurant les croyances locales, tissée par Gladys
Îles Uros, Lac Titicaca

Une autre tapisserie richement colorée, Îles Uros, Lac Titicaca

Une autre tapisserie richement colorée
Îles Uros, Lac Titicaca

Nous avons également droit à une petite représentation musicale : deux chants dans la langue Aymara, originaire du lac Titicaca et qui compterait aujourd’hui deux millions de locuteurs en Amérique du Sud.

Chansons a capella, dans la langue Aymara, Îles Uros, Lac Titicaca

Chansons a capella, dans la langue Aymara…
Îles Uros, Lac Titicaca

Après cette présentation, Gladys nous invite à visiter sa demeure, une simple paillote en roseau posée sur un épais tapis fait du même matériau. Nous lui posons toutes sortes de questions pour comprendre un peu mieux ce mode de vie si particulier. J’apprends notamment que les toitures sont doublées d’une bâche en saison des pluies. Sans cette doublure imperméable, l’intérieur de l’édifice aurait tôt fait d’être trempé ! Pas de feu ici pour se réchauffer ! Le climat du lac étant rude (on est tout de même proche des 4000 m d’altitude), il faut être naturellement armée contre le froid pour y vivre sans trop souffrir des basses températures.

Gladys, dans son humble demeure, Îles d'Uros, Lac Titicaca

Gladys, dans son humble demeure
Îles d’Uros, Lac Titicaca

L'église de l'île, elle aussi faite de roseaux, Îles d'Uros, Lac Titicaca

L’église de l’île, elle aussi faite de roseaux…
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Mur d'une cabane minutieusement tissé avec les joncs séchés tirés du lac, Îles d'Uros, Lac Titicaca

Mur d’une cabane minutieusement tissé avec les joncs séchés tirés du lac
Îles d’Uros, Lac Titicaca

La chambre, Îles d'Uros, Lac Titicaca

La chambre…
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Gladys nous conduit ensuite vers ses productions artisanales, posées à même le sol. Elle nous aguiche avec ses superbes tapisseries. « ¡Llévate un recuerdo amigo! » (« Ramène un souvenir avec toi mon ami ! »). Je lui demande combien coûte celle sur laquelle j’ai flashée. « 120 soles » me répond-elle. Ce n’est pas donné mais c’est un gros travail et le résultat est franchement de qualité. Pas le temps de négocier, une autre personne est intéressée. « ¡La tomo! » (« Je la prends ! »). Après cet achat quelque peu impulsif (ce n’est pas trop mon genre…), je grimpe dans la gueule d’un énorme poisson en roseau qui semble être l’effigie de cette île. Pas le temps d’admirer le paysage du haut de ce promontoire, je dois rejoindre le bateau qui s’apprête à partir.

On vit simplement sur ces îles, Îles d'Uros, Lac Titicaca

On vit simplement sur ces îles…
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Nous quittons les flots d’Uros pour rejoindre l’île d’Amantani, située bien plus loin des terres. Le trajet au beau milieu du lac, sous un ciel bleu où voguent quelques cumulus, est un pur régal. J’exulte à l’idée de naviguer sur le Titicaca, le lac navigable le plus haut de la planète ! Trois heures sont nécessaires pour rejoindre Amantani, au rythme lent de notre embarcation. Je passe une bonne partie du temps sur le toit du bateau, supportant sans trop de mal l’air frais du large (moyennant polaire, coupe-vent, écharpe et bonnet). Le soleil tape dur. Je me badigeonne le visage de crème solaire pour faire barrière à ses rayons nocifs.

Les joncs de la baie de Puno s'étirent sur plus de 150 km² !, Îles d'Uros, Lac Titicaca

Les joncs de la baie de Puno s’étirent sur plus de 150 km² !
Îles d’Uros, Lac Titicaca

Nous débarquons au petit port d’Amantani vers 14h puis marchons pour rejoindre le point de rassemblement où nous attendent nos hôtes. Angel répartit les membres du groupe par maison : je me retrouve avec Sophie, une française, et Eduardo, un italien. Nous sommes hébergés chez Damiana et son mari (dont j’ai oublié le nom) dans leur humble demeure, organisée autour d’une petite cour centrale. Damiana , soixante ans, est une femme très réservée au bon accueil. Nous avons droit chacun à une chambre (chacune comportant plusieurs lits). Les toilettes sont au rez-de-chaussée et fonctionnent à l’ancienne : il faut chasser à l’aide d’un seau… Les ventres gargouillent. Le repas est déjà prêt dans les marmites à notre arrivée. Damiana nous sert une délicieuse soupe à base de quinoa, la céréale miracle cultivée et très utilisée ici, suivie d’une assiette de pommes de terre et d’oca, un petit tubercule allongé et bosselé au goût un peu particulier (il faut aimer…). Le thé aux feuilles de munia, une herbe aromatique locale délicieusement parfumée, clôture en beauté ce déjeuner.

Damiana, Amantani, Lac Titicaca

Damiana
Amantani, Lac Titicaca

Damiana dans sa petite cuisine au feu de bois, Amantani, Lac Titicaca

Damiana dans sa petite cuisine au feu de bois
Amantani, Lac Titicaca

Nous repartons vers 16h pour rejoindre le reste du groupe dans le haut du village. S’ensuit une petite marche vers l’un des deux points hauts de l’île, accompagnée des commentaires éclairés de notre guide. Étant acclimaté à ces altitudes (4000 m), je n’éprouve pas vraiment de difficulté. Je me rends compte en progressant vers le haut de l’île qu’elle est recouverte presque intégralement de terrasses. Les chacras, nom local de ces petites parcelles, sont vides. Les récoltes ont été rentrées depuis longtemps visiblement. J’aimerais voir à quoi ressemble l’île quand les récoltes battent leur plein et que tout le monde s’affaire du matin au soir sur les terrasses !

Femme marchant à travers les terrasses vides, Amantani, Lac Titicaca<

Femme marchant à travers les terrasses vides
Amantani, Lac Titicaca

L'un des points hauts de l’île, recouverte de terrasses, Amantani, Lac Titicaca

L’un des points hauts de l’île, recouverte de terrasses
Amantani, Lac Titicaca

Les terrasses recouvrent l'île en quasi-totalité, Amantani, Lac Titicaca

Les terrasses recouvrent l’île en quasi-totalité
Amantani, Lac Titicaca

En belvédère naturel, le haut de l’île offre une vue remarquable sur le lac. Je quitte rapidement le groupe pour m’aventurer sur le sommet et tombe sur une scène des plus inattendues : un homme en train de meuler à la main un grand disque de pierre. L’endroit s’apparente à une minuscule carrière. Je le salue et échange quelques mots avec lui, avant de lui demander l’autorisation de le photographier. Il accepte gentiment. Il travaille sur cette pièce, loin à l’écart du village, depuis 2 semaines. Elle est destinée au marché de Puno. A quel usage ? Une table peut-être…

Homme en train de meuler une pierre à la main, Amantani, Lac Titicaca

Homme en train de meuler une pierre à la main
Amantani, Lac Titicaca

Un joli portrait, Amantani, Lac Titicaca

Un joli portrait…
Amantani, Lac Titicaca

Je poursuis ma vadrouille au sommet puis me pose face à l’Ouest où notre étoile s’apprête à se donner en spectacle. Le groupe est aux aguets lui aussi, en contre-haut. Nous redescendons tous après l’embrasement pour rejoindre nos maisons respectives.

Damiana nous sert à nouveau un bon repas, fait d’une soupe de maïs suivie d’une assiette de pâtes et de riz (drôle de combinaison…). Elle nous conduit vers 20h jusqu’à une petite fête organisée un peu plus haut dans le village, spécialement pour nous, les touristes de ce soir. La tenue traditionnelle est de rigueur. Je me vois affublé d’un poncho et d’un bonnet typiquement péruviens. Les filles doivent quant à elles revêtir la robe bouffante qui pèse apparemment une tonne… Un petit groupe de musiciens amateurs tentent de nous faire danser au son de leurs flûtes de pan et de leur guitare. C’est plutôt sympa mais je ne suis pas dedans… Je reste une petite heure puis redescends à la lumière de ma frontale, accompagné de Damiana sans qui je me serais probablement perdu (pas de lampadaires à Amantani !).

Il est un peu plus de 21h quand je me glisse sous un mille-feuilles de couvertures, six en tout… Il faut bien ça pour supporter le froid qui règne ici une fois la nuit tombée.

Puno, 21 août 2014

Je suis debout à 6h ce matin pour profiter de l’aube et de sa jolie lumière. Il n’y a pas une seule voiture pour venir rompre la sérénité du petit matin. Que c’est agréable ! Les habitants sont déjà plongés dans leurs tâches quotidiennes. Je me balade pendant une petite heure vers la plage et sur les terrasses avant de retourner chez Damiana pour prendre le petit-déjeuner. Elle nous sert ce matin des beignets arrosés d’un thé de munia (dommage qu’on ne trouve pas cette herbe chez nous…). Après ce dernier repas, nous lui offrons chacun 10 soles de pourboire pour son hospitalité.

8h : Damiana nous accompagne jusqu’au petit port d’Amantani. Nous lui faisons nos adieux en la remerciant chaleureusement pour son accueil puis grimpons dans le bateau. Il faut une petite heure pour rejoindre notre troisième destination : l’île de Taquile, située plus au sud sur le lac. Je passe tout ce temps seul, sur le toit du bateau, à admirer le lac et à savourer ces instants d’exception…

Barques amarrées dans le petit port d'Amantani, Amantani, Lac Titicaca

Barques amarrées dans le petit port d’Amantani
Amantani, Lac Titicaca

Adieu belle île, Amantani, Lac Titicaca

Adieu belle île…
Amantani, Lac Titicaca

Nous débarquons sur l’île vers 9h30 pour y passer la matinée. Nous empruntons un superbe chemin intégralement pavé permettant de réaliser une grande boucle dans la partie nord de l’île. Les vues sur le lac sont absolument magnifiques. Cette île, presque intégralement recouverte de terrasses, doit être un enchantement juste après la saison des pluies, quand tout a reverdi et que les habitants s’affairent du matin au soir dans les chacras… Je me dis à nouveau qu’il faudra que je revienne un jour dans ce lieu, à une autre époque. Notre guide nous révèle qu’ici, comme à Amantani, les récoltes sont exclusivement réservées aux habitants.

Les nuages projettent leur reflet sur les eaux calmes du lac, Taquile, Lac Titicaca

Les nuages projettent leur reflet sur les eaux calmes du lac…
Taquile, Lac Titicaca

Bateaux en route pour Puno, Taquile, Lac Titicaca

Bateaux en route pour Puno
Taquile, Lac Titicaca

Le lac Titicaca, on y vient pas tous les jours... une photo souvenir s'impose, Taquile, Lac Titicaca

Le lac Titicaca, on y vient pas tous les jours… une photo souvenir s’impose !
Taquile, Lac Titicaca

11h : Nous nous installons en plein air, à la table d’un restaurant offrant une vue grandiose sur le lac. Au menu : une soupe de quinoa suivie d’une truite grillée accompagnée de frites, de riz et de crudités. Je me régale autant du paysage que de la truite (pêchée dans le lac bien sûr !), sans oublier la compagnie de mes compagnons de table (Cris et Mares, deux espagnoles vraiment très sympas ; Eduardo et Sophie). Nous avons droit à la fin du repas à un solo musical au rythme des Andes… Un superbe moment qui s’achève par une petite séance photo, face à ce panorama splendide.

Solo musical après un bon repas face au lac, Taquile, Lac Titicaca

Solo musical après un bon repas face au lac
Taquile, Lac Titicaca

Eduardo, Cris, Mares et moi posant devant le lac Titicaca, Taquile, Lac Titicaca

Eduardo, Cris, Mares et moi posant devant le lac Titicaca
Taquile, Lac Titicaca

Nous redécollons peu après midi pour rejoindre le port et grimper dans le bateau. Deux suédois téméraires se jettent dans les eaux froides du lac par défi. Ils ont tôt fait d’en ressortir ! Même si j’aurais pu être tenté, je ne m’y colle pas par peur de tomber malade… Je passe une bonne heure et demie sur le toit du bateau, tantôt à discuter tantôt à méditer sur le paysage. Nous débarquons à Puno vers 15h30. Le combi affrété par l’agence me dépose devant l’hostal. Je récupère mon gros sac et ma chambre. J’ai quelques heures pour me poser, me doucher, et refaire mes sacs en prévision d’un nouveau départ (et un passage de frontière !) demain matin.

19h : Je retrouve Mares, Cris et Sophie sur la Plaza de Armas que je n’avais pas encore vue. Nous optons, après quelques hésitations, pour El Buho, la Pizzeria où j’avais dîné avant le tour. Nous y retrouvons par pur hasard le couple de colombiens qui était dans notre groupe. Je passe un bon moment, même si mon habilité à comprendre et à parler d’autres langues que le français s’est effritée avec la fatigue…

C’était mon dernier jour au Pérou… Un mois et demi de découvertes, d’émerveillement et de rencontres dans ce beau pays !

Arequipa et le Canyon de Cotahuasi

Cuzco, 7 août 2014

Je pars ce matin acheter mon billet de bus pour Arequipa. Il est temps en effet que je laisse derrière moi la douce Cuzco pour avancer dans mon périple…

Je tombe au retour de la gare routière sur Maria, jeune vendeuse de maduros al horno, de délicieuses bananes plantain cuites au four… La banane bien chaude est à 1 sol. J’en prends deux et demande à Maria la permission de la photographier. Elle accepte timidement…

Maria, la petite vendeuse de maduros, Cuzco

Maria, la petite vendeuse de maduros
Cuzco

Je tombe amoureux aujourd’hui de la Granadilla (Grenadelle en Français), un fruit de la passion à la chair des plus savoureuses. Contrairement à son cousin, le maracudja, il est doux et non acide. Je n’y avais pas trop goûté jusqu’à présent mais les choses vont changer…

La journée se poursuis calmement, je me repose, j’écris, je me régale… Qu’elle est bonne la salade de fruits frais au yogourt et au miel du restaurant Yajuu!. Je découvre aussi un excellent resto pour déjeuner : il s’appelle Kusikui et pour 15 soles j’ai droit à un menu complet des plus fins… Je déguste ainsi une merveilleuse trucha a la plancha (truite grillée), la meilleure que j’ai jamais mangée ! Encore une bonne adresse à Cuzco !

Cuzco, 8 août 2014

Je passe une grande partie de la journée à écrire. Il y en a des choses à raconter sur le Machu Picchu ! J’ai aussi beaucoup de retard sur les semaines précédentes…

Je quitte l’hostal vers 17h30 pour me rendre à pied à la gare routière (une demi-heure). Je m’arrête en chemin autour de la Plaza de Armas pour déguster une toute dernière fois l’incroyable salade de fruits préparée par les mains expertes des cuisinières du Yajuu!. Ce sera mon dîner pour ce soir.

20h15 : Le bus pour Arequipa quitte le port. C’est plutôt confortable ce soir : je suis aux premières loges, à l’étage, sur un siège semi cama. Trois jeunes coréennes plutôt sympas partagent avec moi la vue panoramique. Nous échangeons quelques mots, en anglais et en espagnol, au début du voyage avant de tenter d’arracher à la nuit quelques heures de sommeil…

Arequipa, 9 août 2014

Je débarque à la gare routière d’Arequipa vers 8h après un trajet un peu plus long que prévu (près de 12h au lieu de 10). J’achète avant de quitter le terminal un ticket de bus pour me rendre à Cotahuasi, chef-lieu d’un immense canyon peu connu des touristes, situé au nord de l’ultra-touristique Canyon de Colca. Apparemment, les bus pour Cotahuasi sont bondés jusqu’à demain (dimanche) inclus en raison d’une fête dans l’un des villages du canyon. Je dégote un aller simple pour lundi soir (35 soles avec la compagnie Reyna). Je voyagerai de nuit, qui s’avère être l’unique option pour s’y rendre directement. Je grimpe ensuite dans un combi et me fait déposer à quelques rues de la Plaza de Armas. C’est une jolie place, entourée sur trois côtés par de grandes arches, le quatrième étant magistralement occupé par la Cathédrale. J’avoue être malgré tout un peu déçu par la ville qui ne vaut pas Trujillo selon moi (un vrai coup de cœur celle-ci !).

Après quelques essais infructueux, je décide de poser mes valises à l’hostal Santa Catalina, situé à deux pas du fameux Couvent de Santa Catalina que j’ai hâte de visiter. La chambre n’est pas terrible mais la nuitée est très bon marché (20 soles). Une fois installé, je ressors pour découvrir le centre-ville.

La Plaza de Armas est très fréquentée, aussi bien par les humains que par la gente ailée. Les pigeons se comptent par centaines. Une véritable invasion. J’aperçois ça et là des vendeurs ambulants proposant des petits sacs de graines destinées aux bêtes à plumes. Les enfants adorent naturellement… et les pigeons se goinfrent. Je pense que la ville sera confrontée d’ici quelques temps à un véritable problème.

Je découvre aujourd’hui le Queso helado arequipeño, une délicieuse glace à base de lait, de vanille, de coco et de sucre, saupoudrée de cannelle. Typique de la région d’Arequipa, elle est servie dans un verre en plastique et vendue pour 3 ou 4 soles selon la taille du contenant. Un régal très appréciable en milieu de journée lorsque le thermomètre est à son maximum…

Je m’offre ce soir une pizza végétarienne à l’Hornito, une excellente adresse de la rue San Francisco. Parfait pour caler un estomac affamé tout en ravissant les papilles !

Arequipa, 10 août 2014

Je déjeune ce matin dans le seul restaurant qui soit ouvert à partir de 7h30, La Boveda. Pour 13 soles, j’ai droit à un Desayuno Americano (le Continental avec les œufs en plus !) sur une terrasse au premier étage donnant directement sur la Place d’Armes, particulièrement animée ce matin. Comme à Cuzco, un défilé exhibant les différents bataillons de la ville a lieu tous les dimanches matins. J’ai une vue de premier choix pour assister au réveil des troupes ! Je quitte mon nid d’aigle vers 9h pour voir ça de plus près et prendre quelques clichés. La représentation des forces de l’ordre est suivie par un défilé de danseurs.

Défilé des forces de l'ordre sur la Plaza de Armas, Arequipa

Défilé des forces de l’ordre sur la Plaza de Armas
Arequipa

Arequipa est en fête ces jours-ci ! Plusieurs groupes se succèdent. Des enfants revêtus de superbes costumes dansent en couple dans la rue bordée par la foule. Deux d’entre eux sortent franchement du lot. Quelle grâce !

Jeune couple de danseurs, Arequipa

Jeune couple de danseurs
Arequipa

Jeune couple de danseurs, Arequipa

Jeune couple de danseurs
Arequipa

Groupe de musiciens dans la rue, Arequipa

Groupe de musiciens dans la rue
Arequipa

Le vrai bijou d’Arequipa selon moi est sa Cathédrale, une pure merveille d’architecture construite intégralement en pierres de taille, rebâtie à plusieurs reprises suite aux tremblements de terre successifs qui l’ont affectée (le dernier date de 2001). Je tombe sous le charme de son orgue, l’un des plus grands d’Amérique du Sud, occupant l’arrière de la nef.

Un orgue sublime ornant la Cathédrale, Arequipa

Un orgue sublime ornant la Cathédrale !
Arequipa

Son chœur, orné de magnifiques piliers, est un ravissement pour les yeux. Le kitsch n’a résolument pas sa place ici.

Perforations sur la voûte de la Cathédrale, Arequipa

Une nef superbe !
Cathédrale d’Arequipa

Détail d'une perforations sur la voûte de la Cathédrale, Arequipa

Détail d’une perforation lumineuse sur la voûte de la Cathédrale
Arequipa

La voûte, ponctuée de plusieurs perforations lumineuses, m’arrache également des « waouh »… J’arrive qui plus est en fin de messe, animée par des chants religieux d’une grande beauté qui me donne le frisson… Mon dieu que c’est beau ! J’avais adoré la Cathédrale de Trujillo ; celle d’Arequipa dépasse mes espérances…

L'une des deux tours de la Cathédrale, Arequipa

L’une des deux tours de la Cathédrale
Arequipa

L’après-midi est dédiée en grande partie à l’écriture et la publication pour mon blog. Je m’octroie toutefois quelques pauses dans le centre-ville pour prendre l’air.

Je ressors en début de soirée. La lune est pleine ce soir et parfaitement positionnée dans le ciel pour une photo mémorable de la Cathédrale. J’aurais aimé avec mon trépied avec moi pour pouvoir utiliser un temps de pose long et obtenir des clichés de meilleure qualité. Je parviens malgré tout à prendre quelques photos correctes de ce joli tableau…

Un joli tableau : la pleine Lune sur la Cathédrale, Arequipa

Un joli tableau : la pleine Lune sur la Cathédrale
Arequipa

Un joli tableau : la pleine Lune sur la Cathédrale, Arequipa

Pleine Lune sur la Cathédrale
Arequipa

Arequipa, 11 août 2014

Je pars ce soir pour Cotahuasi où je compte passer 7 à 10 jours pour profiter pleinement des coins et recoins que compte le canyon. La journée est donc dédiée en grande partie à la préparation de cette petite aventure…

Je réorganise en début de matinée mes deux sacs. Hors de question d’emmener avec moi les deux, je serais beaucoup trop chargé pour randonner : le gros vient avec moi, le petit reste à l’hostal chargé de tout ce dont j’estime ne pas avoir besoin…

10h : Je dois quitter ma chambre (c’est tôt pour un check-out…). Je laisse mon gros sac sous bonne garde de l’hostal puis file à la cathédrale pour participer à une visite guidée de cette merveille qui attise ma curiosité depuis mon arrivée. Nous ne sommes qu’un petit groupe de quatre. Tant mieux ! La visite, dispensée en espagnol, se révèle très intéressante. J’y apprends que la superbe chaire en bois, de style néo-gothique, a été sculptée en France ! L’ange déchu ornant sa base est assez fascinant. Un vrai travail d’orfèvre.

Chaire néo-gothique sculptée en France ornant la nef de la Cathédrale, Arequipa

Chaire néo-gothique sculptée en France ornant la nef de la Cathédrale
Arequipa

L’orgue, d’origine belge, ne compte pas moins de 1230 tubes et, des dires de notre guide, seules deux personnes à Arequipa sont capables d’apprivoiser ses mécanismes anciens… Une œuvre superbe qui a bien failli être détruite lors du dernier grand tremblement de terre (2001). L’une des tours de la cathédrale s’est en effet effondrée sur le toit de l’édifice et les gravas sont passés à deux doigts de l’orgue.

L’un des transepts de la Cathédrale est occupé par El Señor Jesùs del Gran Poder (Le Seigneur Jésus du Grand Pouvoir), un Jésus un peu plus noir que d’habitude…

El Señor Jesùs del Gran Poder, ornant l'un des transepts de la Cathédrale, Arequipa

El Señor Jesùs del Gran Poder, ornant l’un des transepts de la Cathédrale
Arequipa

Nous poursuivons notre visite par le musée de la Cathédrale, où sont exposés des objets de très grande valeur. Là, en revanche, c’est souvent kitsch. J’y observe des couronnes ornées d’or et de pierres précieuses. On y trouve notamment un soleil en or massif couvert de centaines de diamants véritables. Les photos sont interdites naturellement…

Le petit tour du propriétaire se termine par une visite du toit de la Cathédrale et des cloches en bronze massif pendues sous l’une des tours (celle qui s’est effondrée lors du dernier gros tremblement de terre). De là haut, on dispose naturellement d’une vue privilégiée sur la place…

Plaza de Armas, Arequipa

Plaza de Armas
Arequipa

J’essaye en début d’après-midi de dégoter une carte topographique du Canyon de Cotahuasi car la carte touristique que m’a remise l’Office du Tourisme n’est vraiment pas précise… Sans succès. J’en trouve une dans une librairie mais elle est au 250 000ème et vaut 70 soles… Tant pis, je ferai sans (ou avec un peu de chance j’en trouverai une à Cotahuasi).

Je passe le reste de l’après-midi à l’hostal à développer mes photos et à publier pour le blog.

16h30 : Je quitte l’hostal muni de mon gros sac de rando et grimpe dans un combi en partance pour la gare routière deux rues plus bas. Cependant, persuadé d’avoir oublié ma carte bleue dans les toilettes de l’hostal (où j’avais réorganisé mes poches avec les centaines de soles tirés du distributeur), je descends du véhicule en catastrophe quatre rues plus loin. Gros moment de panique. Je me mets à courir pour rejoindre au plus vite l’hostal – avec un peu de chance, personne ne sera tombé dessus – jusqu’à me rendre compte que ma carte est bien au chaud dans la poche secrète droite de mon pantalon. Gérer ses affaires en permanence est souvent un brin stressant et parfois franchement lassant… Rassuré, je remonte dans un autre combi (il en passe en permanence, vraiment très pratique) et rejoins vingt minutes plus tard la gare routière. Je commande une barquette de frites dans une petite boutique puis grimpe dans le bus de 18h pour Cotahuasi. C’est parti pour 10h de route…

Charcana, 12 août 2014

4h30 du matin : Je débarque à Cotahuasi après un trajet de plus de 10h. J’ai passé une nuit affreusement hachurée, presque blanche… Un tel horaire d’arrivée n’est franchement pas pratique car il faut terminer la nuit dans un hostal. Je retrouve Cédric et Barbara, un couple de Français avec qui j’avais échangé deux mots avant de grimper dans le bus hier soir. Nous marchons tous les trois en direction du village, dans le noir, à la lumière de nos frontales. Cédric et Barbara choisissent de rester dans le premier hostal sur lequel nous tombons. Il ne m’inspire pas vraiment ; je décide donc de poursuivre en remontant la rue principale au cas où il y aurait autre chose de plus intéressant. J’opte finalement pour une chambre tout à fait correcte à 25 soles à l’hostal Don Justito. Je me glisse sous les couvertures vers 5h15, histoire de me reposer un peu.

Je me lève 3h plus tard, un peu plus frais qu’à la sortie du bus, puis descends pour trouver de quoi déjeuner. Cotahuasi est plus grand que ce à quoi je m’attendais. La rue principale est bordée de petites tiendas vendant des produits de première nécessité, tels que fruits, légumes, pains, conserves et boissons. J’achète quelques fruits – des grenadelles notamment (miam !) – et gâteaux puis me pose dans un petit resto jouxtant l’hostal pour accompagner ces victuailles d’un café. Un petit-déj’ dans le ventre et me voilà d’attaque pour organiser cette journée !

Je me mets en quête d’informations sur les itinéraires de randonnée du canyon et trouve mon bonheur dans ce qui s’apparente à un centre d’initiatives touristiques dédié à la promotion du canyon. Je suis reçu par Justo qui me donne des infos précieuses sur les itinéraires (temps de marche, possibilités d’hébergement, horaires des combis et temps de trajet…). Je ressors content de cette visite et mieux informé, même si j’ignore encore par où commencer. Je finis par retourner au centre une petite heure plus tard pour éclaircir certains points. Le problème, c’est que la carte touristique que j’ai avec moi ne donne aucune idée du relief… Je rêverais tout de suite maintenant d’une carte topographique au 25 000ème ! Tellement pratiques ces cartes pour organiser seul une randonnée ! Les itinéraires du canyon ne sont qui plus est pas balisés… Au centre, je tombe sur Rommel, un homme enthousiaste qui me fourni pleins de bons plans et réajuste les temps de marche, souvent surestimés par Justo.

C’est décidé, je pars cet après-midi pour Charcana, une petite localité située à près de 45 km de Cotahuasi. J’y passerai la nuit puis randonnerai jusqu’à Quechualla, réputé pour son climat et son vin. Peut-être bien que j’y resterai deux nuits car j’en ai entendu beaucoup de bien. Je retournerai ensuite à Cotahuasi en alternant marche et transport en commun. Une belle boucle en perspective ! Le combi pour Charcana part à 15h cet après-midi ; j’ai donc quelques heures devant moi…

Je croise en fin de matinée Cédric et Barbara. Coïncidence : ils partent eux aussi pour Charcana ! Nous nous retrouvons à la gare routière vers 14h30. Il faut acheter un ticket au guichet pour pouvoir monter dans le combi. Plus de place. Zut ! J’insiste malgré tout pour avoir un ticket, tant pis si je dois rester debout. La guichetière accepte. Le combi part comme prévu à 15h, surchargé. Il y a presque autant de gens assis que de gens debout. Nous sommes serrés comme des sardines. Je suis debout dans l’allée du combi un peu plié en deux… Dans cette position, le trajet de 2h30 va être long ! Heureusement, 1h30 après le départ, le combi se vide d’une partie de ses passagers à Andamarca. Cédric et moi pouvons enfin nous asseoir.

Nous débarquons à Charcana vers 17h30, peu avant le coucher du soleil. Mission : trouver Brigida, notre hébergement chaudement recommandé par Rommel (normal, c’est sa tante !). Vu la taille du village, ce n’est pas très difficile. C’est une vieille dame de 70 ans, encore en bonne forme. Elle nous accueille chaleureusement chez elle, une petite propriété composée de plusieurs bâtisses et organisée autour d’une cour intérieure, le tout construit en briques d’adobe. Les toits sont tantôt faits de chaume, tantôt de tôles ondulées. Je dormirai ce soir dans une chambre séparée de celle de Cédric et de Barbara par un mur n’atteignant pas le plafond. Spartiate mais délicieusement authentique ! Derrière la maison s’étagent des terrasses cultivées de luzerne et de de pommes de terre, face à l’immense canyon.

Mon lit pour cette nuit, spartiate mais authentique, Charcana (Canyon de Cotahuasi)

Mon lit pour cette nuit, spartiate mais authentique !
Charcana (Canyon de Cotahuasi)

Brigida se met aux fourneaux peu après notre arrivée. Nous discutons avec elle dans sa petite cuisine tandis qu’elle prépare le dîner, cuit au feu de bois. Nous passons un superbe moment en compagnie de cette femme, tout en picorant les grains de maïs grillés qu’elle nous offre généreusement. Elle nous fait également goûter le vin de Cotahuasi, un vin liquoreux légèrement piquant évoquant le Porto.

Brigida, près de ses fourneaux, Charcana (Canyon de Cotahuasi)

Brigida, près de ses fourneaux
Charcana (Canyon de Cotahuasi)

Nous passons à table après une petite heure de préparation, accompagné du fils de Brigida, devant les émissions niaises diffusées chaque soir sur les télés du Pérou (Eso Es Guerra et Al Fondo Hay Sitio, cette dernière s’apparentant à « Plus Belle la Vie » mais jouée de façon catastrophique…). Brigida reste en retrait près de ses fourneaux tout en continuant la discussion… Le repas est à base de pommes de terre et de thon.

21h: Les estomacs calés, on peut filer au lit !

Quechualla, 13 août 2014

Je suis debout ce matin peu après 6h. Nous quittons la maison de Brigida vers 8h, après avoir avalé un copieux plat de pâtes agrémentées de thon et de carottes râpées et après avoir payé notre hôte. Le prix étant à notre convenance, nous lui donnons sans hésiter un beau billet de 100 soles pour la remercier de sa générosité. L’expression qui se dessine sur son visage en dit long sur l’importance que représente à ses yeux cette somme. Nous la surprenons peu après montrer furtivement le billet à son fils, le sourire aux lèvres…

Des oasis accrochées dans le canyon, Canyon de Cotahuasi

Des oasis accrochées dans le canyon…
Canyon de Cotahuasi

Des terrasses cultivées parfois jusque dans les moindres recoins, Canyon de Cotahuasi

Des terrasses cultivées parfois jusque dans les moindres recoins…
Charcana (Canyon de Cotahuasi)

Nous voilà donc parti pour une longue journée de marche pour rejoindre le village de Quechualla (1665 m), situé 1750 m plus bas, au fond du canyon ! Le temps de marche estimé, annoncé par Rommel, est de 6h. Nous traversons des terrasses à la sortie du village, fine mosaïque de couleurs et de textures. Elles tranchent franchement dans le paysage incroyablement sec du canyon. Je suis étonné de voir autant de cactus. Mon dieu que c’est sec ! Je ne m’attendais pas à un environnement aussi désertique.

Un contraste saisissant : les cactus côtoyan les cultures, Charcana

Un contraste saisissant : les cactus côtoyant les cultures
Charcana (Canyon de Cotahuasi)

Nous poursuivons sur un sentier ondulant sur le versant en rive droite du canyon. Le soleil tape dur sur nos têtes. Je ne m’aventurerais pas à faire du hors-sentier ici ; ça ne pardonnerait pas à mon avis… Les oueds qui entaillent le versant sont totalement à sec. Pas une goutte d’eau ne dévale les profonds goulots creusés par les pluies torrentielles dans le terrain friable. Les cactus, dépassant parfois trois mètres, occupent le terrain en maîtres. Certains sont mal en point, attestant des conditions de vie drastiques qui règnent ici. Gare où l’on met les pieds ! Cédric et moi nous y faisons prendre. De vrais porcs-épics ces bêtes-là !

Les cactus règnent en maîtres dans le canyon, Canyon de Cotahuasi

Les cactus règnent en maîtres dans le canyon
Canyon de Cotahuasi

Des versants souvent inaccessibles à cause des cactus... ou de pentes très abruptes, Canyon de Cotahuasi

Des versants souvent inaccessibles à cause des cactus… ou de pentes très abruptes !
Canyon de Cotahuasi

Nous atteignons après 3 heures de marche la petite localité de Picha, où l’on ne recense (des dires de l’un d’entre eux) que 13 habitants. Un homme nous fait signe de monter chez lui. Nous hésitons. Il insiste et finit par avoir raison de nous. Ce monsieur éprouve à l’évidence une grande fierté à accueillir les visiteurs du Monde dans sa modeste demeure. Il nous offre à boire : un verre de chicha (boisson non alcoolisée fabriquée à partir de maïs) blanchâtre, amère et grumeleuse, sortie d’un bidon sale. J’avale quelques gorgées du bout des lèvres ; Cédric est plus téméraire et finis presque le verre. Un vrai régal ! Nous ne restons pas plus d’un quart d’heure car l’horloge tourne et il nous reste du chemin à parcourir. Commence alors la véritable descente vers Quechualla. Nous suivons pendant quelques temps un homme souhaitant s’improviser guide… jusqu’à ce que nous nous rendions compte qu’il est en fait à moitié ivre et n’a pas trop l’air de savoir où il va… Nous le semons sans trop de scrupules.

L'un des canyons les plus profonds du monde, Canyon de Cotahuasi

L’un des canyons les plus profonds du monde…
Canyon de Cotahuasi

Encore une oasis perchée au milieu du désert, Canyon de Cotahuasi

Encore une oasis perchée au milieu du désert…
Canyon de Cotahuasi

De bien maigres cultures dans pareil désert, Canyon de Cotahuasi

De bien maigres cultures dans pareil désert…
Canyon de Cotahuasi

Vers midi, les ventres se creusent. Il est temps de faire la pause pique-nique. L’ombre est rare. Nous nous posons sous celle projetée par la ramure torturée d’un cactus cierge énorme. Rassasiés, nous reprenons le chemin trois quart d’heure plus tard. La descente qui s’ensuit est longue et spectaculaire. Nous évoluons en marge d’un profond canyon affluent aux gorges du Cotahuasi. Les vues sont vertigineuses. Je descends piano piano car le sentier est traître. Une glissade mal négociée et c’est la mort assurée ! Les genoux grincent à chaque pas mais tiennent bon.

Seuls au monde dans l'un des canyons les plus profonds au monde, Canyon de Cotahuasi

Seuls au monde dans l’un des canyons les plus profonds au monde…
Canyon de Cotahuasi

Deux pas en arrière et c'est "Adios amigos", Canyon de Cotahuasi

Deux pas en arrière et c’est « Adios amigos » !
Canyon de Cotahuasi

Une érosion impressionnante, Canyon de Cotahuasi

Une érosion impressionnante…
Canyon de Cotahuasi

Une passerelle se profile tout en bas, au-dessus du río et nous ne tardons pas à apercevoir quelques centaines de mètres en amont une oasis verdoyante posée au milieu du désert : le village de Quechualla.

Barbara et Cédric, peu avant d'atteindre la passerelle, Quechualla (Canyon de Cotahuasi)

Barbara et Cédric, peu avant d’atteindre la passerelle
Quechualla (Canyon de Cotahuasi)

La passerelle permettant d'enjamber la rivière, Quechualla (Canyon de Cotahuasi)

La passerelle permettant d’enjamber la rivière
Quechualla (Canyon de Cotahuasi)

Nous atteignons notre objectif une bonne heure plus tard aux environs de 15h. La descente a été pénible pour les genoux, je suis vraiment content d’arriver. Quelle belle récompense ! Ce village est un véritable paradis du fruit : avocats, mandarines, oranges, figues, raisin, goyaves, mangues, poivrons, piments, chirimoyas, lucumas, papayes… On trouve en abondance dans le village toute une panoplie de fruitiers, nourris par des températures clémentes (la côte n’est pas loin !) et des canaux courant un peu partout. On peut facilement vivre en autarcie ici ; les fruits nourrissent à longueur d’année hommes et animaux d’élevage. Nous découvrons de nouvelles essences fruitières à mesure que nous progressons dans le village. Ses petites rues délimitées par des murs d’adobe ont un charme fou, ornée ça et là de tonnelles de vigne. Car Quechualla est réputée dans le canyon, et au-delà, pour son vin, un breuvage liquoreux légèrement piquant, ressemblant au Porto.

L'une des quelques rues du village, recouverte de vignes, Quechualla (Canyon de Cotahuasi)

L’une des quelques rues du village, recouverte de vignes
Quechualla (Canyon de Cotahuasi)

Nous logerons ce soir chez Yanet, une femme avoisinant la cinquantaine et disposant d’une chambre d’hôte avec deux lits et une salle-de-bain rudimentaire. Rustique mais c’est le grand luxe dans cet endroit des plus reculés. Elle nous offre quelques fruits tirés de sa récolte du jour. Nous éclatons de rire quand elle nous révèle que ces fruits sont destinés aux cochons ! Ce village sort vraiment de l’ordinaire…

Une fois installés, nous ressortons faire un tour dans le village pour profiter de son atmosphère si particulière, tout en dégustant ça et à un fruit ou deux.

Je prends ce soir une bonne douche à l’eau froide. Quel bonheur ! Avec la douceur du climat et après avoir connu les douches glacées du GR20, l’épreuve est moins difficile qu’on pourrait le croire et s’avère même plutôt agréable. Je partage ensuite un bon moment autour d’une bière avec Cédric et Barbara avant de passer à table. C’est soirée foot à la maison ce soir… Nous nous couchons comme les poules peu après 20h en prévision d’un réveil matinal (5h).

Cotahuasi, 14 août 2014

6h : Nous quittons Quechualla accompagnés de Yanet et de son mari dont le nom m’échappe. Direction : le terminus de la piste carrossable accessible au bus et permettant de rejoindre Cotahuasi. Pour nous y rendre, nous devons emprunter pendant deux heures un sentier longeant la rivière, tantôt rive droite tantôt rive gauche. Des passerelles permettent d’enjamber le río. Ambiance Western garantie ! Au fin fond d’un canyon aussi profond et désertique, le paysage ne peut être que spectaculaire. Nous traversons plusieurs « bosquets » de cactus cierges atteignant souvent plusieurs mètres de haut.

Aux abysses du canyon, en longeant la rivière, Canyon de Cotahuasi

Aux abysses du canyon, en longeant la rivière…
Canyon de Cotahuasi

Nous passons à côté d'impressionnants dépôts alluvionnaires, Canyon de Cotahuasi

Nous passons à côté d’impressionnants dépôts alluvionnaires
Canyon de Cotahuasi

Le Farewest, on s'y croirait, Canyon de Cotahuasi

Le Farewest, on s’y croirait !
Canyon de Cotahuasi

Le mari de Yanet collecte en chemin tous les déchets qu’il trouve à l’aide d’un grand sac. Cédric et moi l’aidons dans sa noble tâche, ravis d’observer un tel enthousiasme à préserver le canyon. C’est vraiment inhabituel par rapport à tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent chez les péruviens. Cet homme-là sort vraiment de l’ordinaire ; il a étudié la botanique à l’université d’Arequipa et a de beaux projets dans la tête comme celui de développer l’écotourisme à Quechualla pour gagner suffisamment d’argent et pouvoir voyager jusqu’en Europe (un rêve si lointain pour la grande majorité des péruviens malheureusement). Il a l’air déterminé ; j’espère qu’il réussira à réaliser son rêve.

Dernier changement de rive en compagnie des ânes, Canyon de Cotahuasi

Dernier changement de rive en compagnie des ânes…
Canyon de Cotahuasi

Les eaux grignotent peu à peu le canyon, Canyon de Cotahuasi

Les eaux grignotent peu à peu le canyon…
Canyon de Cotahuasi

Les eaux grignotent peu à peu le canyon, Canyon de Cotahuasi

Les eaux grignotent peu à peu le canyon…
Canyon de Cotahuasi

Nous gagnons le terminus peu après 8h et grimpons dans le mini-bus comme prévu une heure plus tard. Nous nous faisons lâchés vers 10h à l’entrée du sentier conduisant aux chutes d’eau de Sipia, les plus hautes du canyon (150 m). Elles sont assez impressionnantes, observées depuis le premier saut. Nous décidons de pique-niquer juste en amont. Merci à Cédric et Barbara de m’avoir « invité à leur table » car je n’avais avec moi que du sucré. Des olives, du thon et des chips le midi, c’est tout de même mieux que mes seules barres de céréales… Nous redécollons trois quarts d’heure plus tard pour rejoindre à pied le bourg de Cotahuasi. Une marche sur piste assez monotone mais rendue bien sympathique par la présence de mes deux compagnons de route. Nous arrivons au village en milieu d’après-midi. Je suis content de pouvoir poser enfin mon sac car j’étais tout de même (un peu trop) chargé…

Je prends une chambre à l’hostal Cotahuasi, celui qu’avaient choisi le premier soir Barbara et Cédric. La douche chaude est des plus agréables…

S’ensuit une belle soirée en compagnie des deux tourtereaux autour d’un copieux dîner pris dans un petit resto de la rue principale…

Cotahuasi, 15 août 2014

Une journée qui ne s’est pas du tout passée comme je l’avais prévue. J’avais en tête de réaliser une boucle en passant successivement par Huaynacotas, Tecca (un petit village reculé au nord du canyon) et Pampamarca. Un programme que j’ai dû reconsidérer en cours de route…

4h45 : Je rejoins la gare routière de Cotahuasi pour me rendre à Huaynacotas, village d’assez grande taille situé plus en amont dans le canyon. Le colectivo part comme prévu vers 5h, relativement chargé. J’ai une place assise, fort heureusement car le combi se remplit peu à peu des passagers qu’il ramasse en cours de route et finit par ressembler à une véritable boîte de sardines. Je fais la rencontre pendant le voyage d’Alberto, un péruvien vivant en Espagne et voyageant jusqu’à Huaynacotas (le trou-du-cul du monde !) pour rendre visite à sa belle-famille. Alberto m’invite à la sortie du combi (vers 7h30) à prendre le petit-déjeuner chez sa belle-sœur. Je me vois offrir une généreuse assiette de quinoa accompagné de pommes de terre cuites à l’eau bouillante. De quoi faire le plein de forces pour la longue randonnée qui m’attend !

Je me mets en route peu après 8h. D’après ma carte, il existe deux itinéraires permettant de rejoindre Tecca : l’un emprunte la piste reliant Huaynacotas à Tecca, l’autre un sentier passant à proximité de ruines. J’opte naturellement pour le sentier. Je demande confirmation de l’itinéraire aux habitants et commence à marcher sur un chemin ensablé grimpant au-dessus du village. Mon sac pèse une tonne ; ça va être dur ! Je rejoins bientôt une piste grimpant sur le versant en formant des dizaines d’épingles à cheveux. Mais où est donc ce fameux sentier ? Aucune signalétique. Rien. Je décide de suivre la piste ; avec un peu de chance je vais tomber sur l’entrée du sentier… Je grimpe, je grimpe, en coupant plusieurs lacets par une sente à peine marquée puis en suivant le ruban ensablé de la piste mais toujours aucun sentier en vue. Zut (pour rester poli) ! Silence total. Je ne croise pas âme qui vive. Grand moment de solitude… J’ai tout de même droit à une jolie vue sur une fine mosaïque de terrasses.

Terrasses, Huaynacotas (Canyon de Cotahuasi)

Des terrasses par centaines à l’écart du village
Huaynacotas (Canyon de Cotahuasi)

Je continue sur la piste mais elle n’en finit pas de se contorsionner. Après une heure et demie d’efforts, je finis par abandonner l’idée de rejoindre Tecca. Quel intérêt à suivre une piste pendant des heures sans savoir exactement combien de kilomètres je vais devoir parcourir pour atteindre mon objectif ? Je sais qu’un combi (le deuxième et dernier de la journée) quitte Huaynacotas pour Cotahuasi à 14h30 : c’est ma chance pour rentrer dès aujourd’hui et oublier ce raté. Je rejoins le village et retombe par hasard sur Alberto en train de se promener avec sa fille. Me voilà réinvité dans sa belle-famille, cette fois-ci pour le déjeuner ! Alberto me tend généreusement une bière et une assiette de pâtes accompagnées d’un morceau de poulet. Moment privilégié partagé avec toute la famille dans la cours de la maison ; une maison d’un autre temps…

14h30 : Je grimpe dans le deuxième et dernier combi de la journée pour Cotahuasi. Deux heures et demie plus tard, me voilà de retour à la case départ ! Je recroise de manière tout à fait inattendue Barbara et Cédric à la table d’un petit resto. Ils sont eux aussi revenus plus tôt que prévu (ils devaient rester deux jours à Pampamarca). Ils repartent ce soir pour Arequipa. J’avais initialement en tête de rester quelques jours de plus à Cotahuasi (j’avais acheté mon billet retour pour lundi soir) mais je meurs d’envie de quitter le canyon ce soir. J’avoue être un peu lassé de ces paysages desséchés (je suis bel et bien fait pour les paysages verdoyants !). Je file au guichet de la compagnie de bus pour changer mon billet puis cours à l’hostal pour me faire rembourser la nuitée (ouf, la propriétaire accepte). C’est bon, je quitte le canyon ce soir en compagnie de Cédric et de Barbara !

18h30 : Le bus part, c’est parti pour une nouvelle nuit à dormir en pointillé…

Arequipa, 16 août 2014

4h30 du matin : Nous atteignons Arequipa plus tôt que je ne le pensais… J’ai quasiment passé une nuit blanche ; les bus nocturnes ne sont décidément pas mon truc. Après avoir récupérés nos sacs, nous grimpons dans un combi (matinaux ces bêtes là) en partance pour le centre-ville. Il nous lâche un petit quart d’heure plus tard à deux rues de la Plaza de Armas. Nous sommes le 16 août, lendemain de fête (le 15 août a normalement été fêté en grande pompe à Arequipa), mais les rues sont désertes.

5h : Pas question d’aller dans un hostal à une heure pareille ; on nous ferait à coup sûr payer une nuitée pour quelques heures seulement. Nous essayons de trouver un endroit encore ouvert, tel qu’un casino (il y en a des tas ici), pour passer le temps mais tout est fermé. Nous décidons finalement de nous poser sur un banc de la place pour attendre que l’aube se lève et que quelque chose ouvre. Petite crise de fou-rire lorsqu’une chienne, harcelée par deux mâles en compétition, vient chercher notre protection… On a beau changer de banc, elle revient se coller dans nos pattes, ses deux courtisans aux fesses.

6h30 : Un hôtel quatre étoiles daigne nous accepter à la table de son restaurant qui vient tout juste d’ouvrir pour le petit-déjeuner. Le buffet est alléchant mais est à 30 soles. Nous prenons chacun un milkshake, histoire de… et restons une bonne heure et demie, tranquillement installé sur la terrasse du premier étage qui donne directement sur la place.

8h : Nous filons à l’hostal où j’étais logé avant d’aller à Cotahuasi (Hostal Santa Catalina). Je dois poireauter jusqu’à 10h pour avoir enfin une chambre. J’aurais aimé pouvoir me poser tout de suite après une nuit pareille mais bon, je prends mon mal en patience… La chambre que me remet l’hostal n’est franchement pas terrible. Je décide en fin de matinée de chercher un autre endroit pour les prochaines nuits et trouve mon bonheur à l’hostal Inka Roots, encore plus proche de la place centrale.

Je passe le reste de la journée à pester contre tout et rien : la connexion internet défaillante, la douche trop étroite, la chambre trop sombre, la radio trop forte dans le hall de l’hostal… Le manque de sommeil me rend irritable, c’est peu dire. Je fais une grosse sieste en début d’après-midi mais ça ne suffit pas. Une solution à ce mal, se coucher tôt et laisser passer une bonne nuit de sommeil ! Comme il serait déraisonnable de se coucher le ventre vide, je ressors en début de soirée pour dîner. Je fais la rencontre au restaurant (pizzeria l’Hornito) de Catherine, une québécoise très sympathique abandonnée ce soir par son copain, parti faire l’ascension du Misti (volcan surplombant Arequipa). J’étais parti pour manger seul ; me voilà en charmante compagnie ! Les rencontres : pépites d’or du voyage.

Arequipa, 17 août 2014

Le sommeil : remède miracle ! Je me lève frais et dispo sur une nouvelle journée ensoleillée.

10h : Je change d’hostal et ne regrette absolument pas ce choix. Le personnel d’Inka Root est vraiment agréable et la chambre, même si elle est petite, me convient bien mieux que la pièce glauque où j’étais précédemment.

10h45 : Je file à la Cathédrale pour assister à la messe dominicale, la seule qui soit donnée chaque semaine dans la nef. Installé jusqu’à côté de la chaire du Diable, j’écoute avec respect les sermons et prières, entre lesquelles s’intercalent de superbes chants religieux. Comme dans nombre d’églises, l’acoustique est excellente. N’étant pas croyant, je ne fais qu’observer la messe sans y participer. Je quitte la Cathédrale après avoir contemplé une dernière fois son orge et sa voûte. Elle constitue véritablement pour moi la perle d’Arequipa.

14h à 16h : Je visite le couvent de Santa Catalina, un bel endroit ressemblant à une petite ville en miniature avec ses ruelles, ses cours (s’apparentant à de petites places) et ses appartements où ont vécu cloîtrées des centaines de nones. Ses murs, peints tantôt en bleu tantôt en rouge (couleur dominante), sont vraiment superbes. Une belle visite même si l’entrée me semble beaucoup trop chère (35 soles)…

De jolis recoins, Convento de Santa Catalina, Arequipa

De jolis recoins
Convento de Santa Catalina, Arequipa

De jolis recoins, Convento de Santa Catalina, Arequipa

De jolis recoins
Convento de Santa Catalina, Arequipa

La vie au couvent : une vie d'ascète, Convento de Santa Catalina, Arequipa

La vie au couvent : une vie d’ascète
Convento de Santa Catalina, Arequipa

L'un des cloîtres du couvent, Convento de Santa Catalina, Arequipa

L’un des cloîtres du couvent
Convento de Santa Catalina, Arequipa

Porte close, Convento de Santa Catalina, Arequipa

Porte close…
Convento de Santa Catalina, Arequipa

Calle Cordoba, ornée de géraniums, Convento de Santa Catalina, Arequipa

Calle Cordoba, ornée de géraniums
Convento de Santa Catalina, Arequipa

19h : Je retrouve Barbara et Cédric dans un restaurant gastronomique situé à deux pas du couvent (le Zig Zag) et passe une superbe soirée en leur compagnie. Le pavé d’alpaga servi sur une pierre volcanique brûlante est du plus bel effet, aussi bien pour la vue que pour les papilles ! Après un cocktail (un délicieux Pisco Sour) suivi de deux belles coupes de vin rouge, je suis un peu éméché à la fin du repas, je dois l’avouer. L’hostal est tout près heureusement… Je dépense presque l’équivalent de mon budget journalier au Pérou (environ 30$) pour ce repas mais la qualité a un prix et puis, se faire vraiment plaisir au Pérou revient au prix d’un resto moyen en France…

Barbara et Cédric,sont-y pas mignons avec leurs bavettes, Arequipa

Barbara et Cédric, sont-y pas mignons avec leurs bavettes !
Arequipa

Arequipa, 18 août 2014

Une journée « off » passée en grande partie à l’hostal. Je rattrape mon retard en éditant l’article « Ayachucho, une belle étape vers Cuzco » et en développant les photos qui illustreront mon article sur le Machu Picchu.

Je suis passé en milieu de journée d’une toute petite chambre sans fenêtre à une grande pièce  donnant sur la rue Santa Catalina et disposant de trois lits (je prends sans hésiter le lit deux places qui trône au milieu !) et d’une salle-de-bain privée, toujours pour 30 soles la nuitée. Le grand luxe ! Quelle bonne idée j’ai eu de changer d’hostal ! Comme quoi, il ne faut vraiment pas hésiter à quitter un lieu quand on ne s’y plaît pas…

Une grande chambre rien que pour moi, le luxe, Arequipa

Une grande chambre rien que pour moi, le luxe !
Arequipa

Finalement, je ne grimperai pas le Misti demain. J’avais bon espoir mais toutes les agences que j’avais démarchées hier m’ont répondu en fin d’après-midi qu’aucun départ n’était prévu pour demain. L’inconvénient d’être seul, c’est qu’il faut la plupart du temps pouvoir se rattacher à un groupe… et quand il n’y en a pas, eh bien, on ne part pas. J’avoue que je suis un peu déçu car j’avais franchement envie de gravir ce volcan… Bah, j’essaierai de me rattraper en Bolivie…

Machu Picchu : joyau sacré du Pérou

Cuzco, 4 août 2014

6h30 : Je me lève, le sourire aux lèvres de savoir que je pars ce matin pour le Machu Picchu ! Je me rends vers 7h45 aux portes de l’agence où on m’a donné rendez-vous. Il ne faut pas moins de 6h en voiture (combi) pour rejoindre le terminus de la seule voie d’accès par la route au Machu Picchu : Hidroeléctrica, une centrale hydro-électrique située à une dizaine de kilomètres du village d’Aguas Calientes. Je rencontre dans le combi Jaqui, une argentine qui vient tout spécialement fêter ses 30 ans sur le site. Assis côte à côte à l’avant du véhicule, on a tout le temps de sympathiser pendant les 6h que dure le trajet. Nous traversons la ville d’Urubamba puis la cité inca vivante d’Ollantaytambo. La route serpente ensuite comme un diable au fond d’une profonde vallée pour gravir un col à 4300 m et redescendre de plus belle de l’autre côté. Le paysage change du tout au tout en peu de temps : on passe d’un páramo (prairie d’altitude typique des Andes) jauni par la sécheresse à une forêt tropicale semi-humide sur une courte distance. Qu’il est agréable de retrouver la forêt et un paysage verdoyant ! Le relief engendre ici une diversité de microclimats qui se reflètent de façon assez frappante dans le paysage végétal.

L’embrayage du combi nous fait faux bond sur la piste, peu avant la petite ville de Santa Teresa. Il est HS. C’est bien notre veine ! Heureusement, un combi nous accepte Jaqui et moi 20 minutes plus tard (il n’y a plus de siège libre pour moi, je suis assis devant la porte, le dos à la route… pas très confortable mais ça ne dure pas plus d’une demi-heure). Nous arrivons vers 15h30 à Hydroeléctrica, contents de pouvoir déplier les jambes et marcher ! Il reste à présent à parcourir 10 petits kilomètres pour rejoindre Aguas Calientes. Deux options pour cela : soit prendre le train, soit marcher le long de la voie ferrée. J’opte pour la seconde, plus économique et plus sympa. Jaqui a choisi elle aussi de marcher et nous faisons donc naturellement la route ensemble. La ligne a ouvert un couloir dans le creux de la vallée, au cœur de la forêt tropicale, et offre de jolis points de vue sur les versants et les sommets.

En marchant sur la voie ferrée, D'Hidroeléctrica à Aguas Calientes

En marchant sur la voie ferrée…
D’Hidroeléctrica à Aguas Calientes

Le train conduisant les voyageurs jusqu'à Aguas Calientes, Aguas Calientes

L’un des trains conduisant les voyageurs jusqu’à Aguas Calientes
Aguas Calientes

Le long de la voie ferrée, D'Hidroeléctrica à Aguas Calientes

Une superbe balade le long de la voie ferrée…
D’Hidroeléctrica à Aguas Calientes

Nous ne nous en doutons pas, mais nous évoluons en fait au pied des ruines, perchées 400 mètres plus haut sous bonne garde du Huayna Picchu et du Machu Picchu, la montagne qui a donné son nom au sanctuaire ! Approcher un site aussi célèbre et mystérieux sans savoir exactement quand on va l’apercevoir pour la première fois est un véritable bonheur. Je me rendrai compte au retour qu’en observant bien le sommet du Huayna Picchu, on aperçois très bien la présence de ruines. C’est tout de même plus facile de trouver quand on sait où chercher…

Il nous faut deux bonnes heures à un rythme tranquille pour rejoindre l’entrée du village d’Aguas Calientes. L’air est doux et sensiblement humide. Il est bientôt 18h, la nuit est en train de tomber. Le village, avec ses airs de station de sports d’hiver, est plus étendu que ce à quoi je m’attendais. Restaurants, hôtels et petites boutiques s’enchaînent à la queue leu leu le long de la voie ferrée et des artères en pente du village. J’imagine qu’il faut bien cela pour accueillir les milliers de visiteurs qui visitent chaque jour le site…

L'entrée du "village", construit le long du puissant Urubamba, Aguas Calientes

L’entrée du « village », construit le long du puissant Urubamba
Aguas Calientes

Nous atteignons la place d’armes rapidement et retrouvons Ruben, notre guide qui s’égosille à appeler chaque client noté sur sa liste. Il m’envoie dans un hostal situé en haut du village mais ce dernier n’a plus de place… Je suis « transféré » dans un hostal assez glauque situé cette fois-ci le long de la voie ferrée, en bas du village. Au lieu d’une chambre simple, j’ai un lit en dortoir et il faut en plus débourser 3 soles pour avoir une serviette ! Ce n’est pas bien grave (vu le peu de temps que je vais y passer) mais je ne manquerai pas de demander une ristourne à l’agence au retour car j’ai payé pour une autre qualité de service.

Pas le temps de prendre une douche, je dois retourner au point de rencontre : un restaurant situé non loin de la place d’armes. Et là, nouvelle déception : le dîner, inclus dans le prix du tour, est une arnaque (une soupe remplissant à peine le fond de l’assiette suivie d’une portion de pâtes franchement radine, aucune boisson incluse même pas un verre d’eau). Je ne suis pas le seul à trouver ça limite et à avoir encore faim après le repas. Heureusement, j’avais acheté des bananes avant le repas… Zéro pointé pour le resto et Mystic Lands Peru  ! Je me demande combien l’agence leur donne par tête…

Nous avons droit, après le dîner, à un petit briefing sur la journée du lendemain. Nous ne sommes qu’une poignée à vouloir monter à pied jusqu’à l’entrée du site, les autres préférant prendre le bus. 4h30, c’est l’heure à laquelle je dois être demain matin devant le premier point de contrôle, en bas des marches, pour être en bonne place dans la file d’attente… Je prévois un réveil à 3h30 en conséquence ! La nuit va être courte !

Cuzco, 5 août 2014

3h50 : Je quitte l’hostal accompagné de José, le gardien de nuit. Je le suis jusqu’à la boulangerie pour récupérer quelques petits pains et avoir un semblant de petit-déjeuner (inclus dans le prix de la chambre). Je rejoins ensuite Jaqui à l’entrée du village car nous avons prévu de monter ensemble. Il nous faut un petit quart d’heure pour atteindre le premier point de contrôle : un pont enjambant l’Urubamba. La frontale est de rigueur car il fait nuit noire. Pas une étoile dans le ciel. Il a plu abondamment pendant la nuit et la piste est jonchée de flaques d’eau. L’air est doux et humide, je ne serais pas étonné qu’on reçoive une saucée ce matin… Nous arrivons parmi les premiers devant le portail. Une queue se forme rapidement, alimentée par les « matinaux » du Machu Picchu, ceux qui veulent y entrer dès l’aube et à la force des jambes !

5h : Le portail s’ouvre ! Le gardien vérifie mon ticket et mon passeport puis me laisse entrer. Je traverse le pont puis attaque l’ascension sur l’escalier de pierres. C’est parti pour près de 1200 marches ! J’adore grimper et cette ascension est donc pour moi une véritable partie de plaisir. A une heure pareille, à la « fraîche », dans le noir, avec un tel objectif, ce ne peut être que du bonheur ! Réminiscence d’une ascension nocturne de la Soufrière… Le sentier du Machu Picchu me rappelle beaucoup le Pas du Roy serpentant au milieu de la forêt tropicale (petit clin d’œil à mes amis guadeloupéens pour qui j’ai une grosse pensée). Je discute en chemin avec un groupe de français ayant un bon rythme. J’éprouve à ce moment-là un grand plaisir à parler un peu ma langue ; on oublie facilement à quel point elle est belle et riche ! Jaqui peine un peu dans la montée. Il faut dire que ça s’enchaîne presque sans discontinuer (quelques replats lorsque l’on traverse la route tracée pour les bus) et qu’elles sont parfois hautes ces marches ! J’atteins l’entrée du Machu Picchu après une bonne demie heure d’une grimpette soutenue mais malgré tout sans trop d’efforts. Une queue se forme rapidement. Je suis content d’être aux premières loges !

6h du matin : Les portes s’ouvrent. Je passe sans encombre le second contrôle. Me voilà dans l’enceinte du Machu Picchu, moment rêvé depuis longtemps. Un jalon symbolique dans mon parcours. L’aube est à peine levée et les premiers tableaux qui s’offrent à moi sont un véritable enchantement. La cité est perdue dans un océan de brume. Des scènes magiques, empreintes de mystère, s’élaborent au gré des caprices du brouillard. Je suis naturellement aux aguets, mon reflex autour du coup. La brume semble se dissiper peu à peu, exposant des pans entiers du sanctuaire, puis revient de plus belle. Je monte au point le plus élevé de la cité (Maison du Gardien), cet endroit duquel tout le monde prend la célébrissime photo « carte postale » du Machu Picchu. Le brouillard masque tout malheureusement, c’est bien dommage…

La brume mystifie le paysage enchanteur du site, Machu Picchu

La brume mystifie le paysage enchanteur du site
Machu Picchu

La brume mystifie le paysage enchanteur du site, Machu Picchu

Une aube de brume idéale pour découvrir le site en douceur…
Machu Picchu

Le brouillard, précieux allié du photographe, Machu Picchu

Le brouillard, précieux allié du photographe…
Machu Picchu

Terrasses agricoles et vieille bâtisse à la toiture restaurée, Machu Picchu

Terrasses agricoles et vieille bâtisse à la toiture restaurée
Machu Picchu

Je redescends car je dois rejoindre le groupe au point de rencontre à 6h40. Ruben, notre guide, nous laisse aux mains d’un de ses confrères pour une visite guidée en Espagnol. Il se met à pleuvoir mais ça ne dure heureusement pas. Le brouillard finit par se dissiper totalement. Je suis le groupe mais j’avoue être plus attentif au paysage qu’à ce que raconte notre guide… Le site est rapidement envahit par la foule qui se compte par centaines puis par milliers. De nombreux groupes se forment, menés par des guides rompus à ce rythme infernal. L’Anglais et l’Espagnol sont, de loin, les deux langues les plus utilisées.

La foule envahit le site peu après l'ouverture, Machu Picchu

La foule envahit le site peu après l’ouverture…
Machu Picchu

Des queues se forment un peu partout, Machu Picchu

Des queues se forment un peu partout…
Machu Picchu

Une apparition dans le brouillard : le Cerro Putucusi, Machu Picchu

Une apparition dans le brouillard : le Cerro Putucusi
Machu Picchu

Nous passons successivement du secteur agricole, regroupant une multitude de terrasses en excellent état de conservation, à la Cité Inka dans laquelle nous découvrons le Temple du Soleil et la Maison de l’Inka. Nous entrons ensuite dans le secteur des temples (avec notamment le Temple des Trois Fenêtres et l’Observatoire astronomique « Intiwatana ») avant de terminer par le secteur de la Roche Cérémonielle. On est loin d’avoir encore tout vu. Le guide nous libère après cette visite guidée, là encore un peu trop frugale à mon goût (je commence à regretter d’être passé par cette agence…).

Montagnes fumantes au petit matin, Machu Picchu

Montagnes fumantes au petit matin…
Machu Picchu

Les ruines... et un cadre exceptionnel en toile de fond, Machu Picchu

Les ruines… et un cadre naturel exceptionnel en toile de fond !
Machu Picchu

J’aperçois des gens en train de gravir le Huayna Picchu, le sommet qui surplombe la cité et apparaît à droite sur la photo « carte postale ». Il servait de vigie à l’époque des Incas. Des vestiges sont visibles sur le partie sommitale. Je suis naturellement très frustré de ne pas faire partie de la troupe car le point de vue depuis le sommet doit valoir sacrément le coup et l’ascension vertigineuse le long de l’escalier en pierre aussi ! Mais voilà, pour pouvoir accéder au Huayna Picchu, il faut réserver longtemps, très longtemps à l’avance car le nombre de places est limitée (ce qui est compréhensible). Bah, je reviendrai un jour et je grimperai tout là-haut !

Il est près de 8h30 lorsque le guide nous abandonne. J’ai 8h devant moi pour m’aventurer dans le dédale des innombrables couloirs et escaliers que compte la cité ! Je passe, accompagné de Jaqui, par le secteur agricole nord-est puis remonte en direction de la Maison du Gardien. J’ai le bonheur d’admirer en chemin une reconstitution superbe d’une toiture inca.

Toiture en chaume magnifiquement reconstituée, Machu Picchu

Toiture en chaume magnifiquement reconstituée
Machu Picchu

Et voilà comment était amarrée la charpente, Machu Picchu

Et voilà comment était amarrée la charpente !
Machu Picchu

Quel superbe travail de reconstitution, Machu Picchu

Quel superbe travail de reconstitution !
Machu Picchu

Jaqui et moi nous posons près de la Maison du Gardien, face au tableau que tout le monde connaît… Il est près de 10h lorsque je décide de monter seul en direction du site d’Intipunku (la Porte du Soleil). Une marche de près de trois kilomètres (aller-retour) sur un sentier pavé offrant un point de vue intéressant sur les ruines, sans être exceptionnel. La « carte postale » n’a pas cette réputation pour rien, ce point de vue est vraiment fabuleux… Je passe la fin de la matinée à vadrouiller dans le dédale des ruelles, à m’immiscer dans chaque bâtisse, à contempler cette œuvre géante…

La Maison du Gardien trônant au-dessus des ruines, Machu Picchu

La Maison du Gardien trônant au-dessus des ruines
Machu Picchu

Secteur des temples, au nord-ouest du sanctuaire, Machu Picchu

Secteur des temples
Machu Picchu

On peut dire que les incas savaient manier la pierre, Machu Picchu

On peut dire que les Incas savaient manier la pierre…
Machu Picchu

machu picchu-16

Dire que chacune de ces pierres a été placée par les Incas il y a plus de 500 ans…
Machu Picchu

Machu Picchu est un site en état de perpétuelle conservation. Des hommes y travaillent quotidiennement, veillant à ce que les ruines conservent leur intégrité. Je les vois consolider les murs d’anciennes habitations avec du mortier afin que les pierres restent bien en place. J’étais étonné de voir hier des hommes extraire du sable de rivière dans l’Urubamba… Je sais à présent qu’il sert à fabriquer le ciment qui contribue à maintenir la majestuosité du site. Certains d’entre eux s’affairent également minutieusement pour éliminer les lichens dont les acides peuvent, à la longue, dégrader la roche. Conserver un site aussi prestigieux requiert de sacrés efforts ! Réussiront-ils à en faire un sanctuaire figé à tout jamais dans le temps… ?

Des hommes consolident en permanence les ruines pour assurer leur pérennité, Machu Picchu

Des hommes consolident en permanence les ruines pour assurer leur pérennité
Machu Picchu

Un lieu de travail et une tâche symbolique qui font rêver, Machu Picchu

Un lieu de travail et une tâche symbolique qui font rêver…
Machu Picchu

Les murs sont consolidés avec un mortier naturel tiré du sable de l'Urubamba, Machu Picchu

Les murs sont consolidés avec un mortier naturel tiré du sable de l’Urubamba
Machu Picchu

Homme à la tâche dans le lit de l'Urubamba pour en extraire le sable, Machu Picchu

Homme à la tâche dans le lit de l’Urubamba pour en extraire le sable
Machu Picchu

Je sors du site vers midi et demie pour manger car il est interdit de consommer de la nourriture à l’intérieur. J’avale rapidement quelques gâteaux secs et bananes avant de pénétrer à nouveau dans le site. Je passe ensuite tout l’après-midi à me promener au milieu des ruines, sous un soleil de plomb. Je croise des lamas errant dans la cité à la recherche d’herbe à brouter. Le lama : tondeuse écologique du Machu Picchu. Un animal fier dont la seule occupation est de brouter !

Les lamas, tondeuses du Machu Picchu, Machu Picchu

Les lamas, tondeuses du Machu Picchu !
Machu Picchu

Une présence fort sympathique : le lama, Machu Picchu

Une présence fort sympathique au milieu des ruines : le lama
Machu Picchu

Vers 16h, profitant de la lumière de fin d’après-midi, je remonte au niveau de la Maison du Gardien pour prendre la photo « carte postale ». Le tableau est peint d’avance car, comme tout le monde, j’ai cette image cliché dans la tête… Je ne résiste pas non plus à la tentation de me faire prendre en photo devant le site. Il y a plusieurs rochers utilisés comme lieu de pose où chacun doit attendre son tour pour passer dans l’œil de l’objectif. Je propose à deux espagnoles de leur tirer le portrait en échange du mien. Une photo, c’est bien suffisant.

La carte postale mondialement connue, Machu Picchu

La carte postale mondialement connue !
Machu Picchu

J’avoue que j’ai hésité à faire cette photo ; elle est tellement cliché… mais j’ai fini par céder, me disant que je risquais d’avoir des regrets si je passais à côté. Je dois admettre aussi que j’ai été très agacé tout au long de la journée par les gens se prenant (ou se faisant prendre) constamment en photo, dans toutes les positions, devant un morceau de ruine ou un bout de paysage. Des narcissiques de l’extrême, j’en ai croisé des tas ! La foule, faire la queue pour emprunter un couloir ou monter un escalier, c’est lassant voire irritant. Je sais que ça peut paraître égoïste mais qu’il serait bon d’avoir Machu Picchu pour soi tout seul ne serait-ce qu’une minute. Une minute de silence pour s’imprégner de ce lieu magique… La foule gâche un peu le spectacle, c’est indéniable.

Des ruines en excellent état de conservation... (zone urbaine au nord de la cité), Machu Picchu

Des ruines en excellent état de conservation… (zone urbaine au nord de la cité)
Machu Picchu

Mon secteur préféré : juste sublime, Machu Picchu

Mon secteur préféré : juste sublime !
Machu Picchu

Les incas savaient utiliser la pierre comme personne, Machu Picchu

Les Incas savaient utiliser la pierre comme personne…
Machu Picchu

Magnifiques terrasses agricoles au-dessus de la place principale, Machu Picchu

Magnifiques terrasses agricoles au-dessus de la place principale
Machu Picchu

Pas besoin de mortier, l'imbrication est parfaite, Machu Picchu

Pas besoin de mortier : les pierres, parfaitement taillées et imbriquées, tiennent toutes seules !
Machu Picchu

L'un des rares arbres encore présents sur le site, Machu Picchu

L’un des rares arbres encore présents sur le site
Machu Picchu

Alcôves aux fonctions variées : antisismique, acoustique et esthétique, Machu Picchu

Alcôves aux fonctions variées : antisismiques, acoustiques et esthétiques !
Machu Picchu

Des terrasses, encore des terrasses : je ne m'en lasse pas, Machu Picchu

Des terrasses, encore des terrasses : je ne m’en lasse pas !
Machu Picchu

L'un des grands escaliers permettant de changer de niveau, Machu Picchu

L’un des grands escaliers permettant de changer de niveau
Machu Picchu

L'un des gardiens du site ramenant un bébé lama au bercail, Machu Picchu

L’un des gardiens du site ramenant un bébé lama au bercail…
Machu Picchu

16h30 : Les gardiens commencent à demander aux derniers visiteurs de quitter les lieux. Je traîne un peu dans les ruelles, grappillant quelques minutes. J’ai du mal à partir, je ne reviendrai peut-être jamais… Il est 16h45 lorsque je franchis le portail d’entrée, heureux d’avoir passer la journée entière sur le site. Je croise à la sortie Jaqui en train de faire la queue pour prendre le bus de retour vers Aguas Calientes. Nous nous étions perdus de vue dans le dédale des ruines au cours de l’après-midi. Un monde fou attend pour monter dans l’un des 25 bus réalisant le trajet à longueur de journée. Pas question que je prenne le bus pour redescendre. C’est cher (10$ l’aller !) et, surtout, je peux marcher ! La descente des 1200 marches ne me prend pas plus de 20 minutes. Me voilà là encore replongé dans les folles descentes en courant du Pas du Roy… Il en faut 15 de plus pour rejoindre Aguas Calientes.

Une fois arrivé au village, je file directement à l’hostal (Denny’s House), celui dans lequel je devais dormir hier soir. Heureusement, la réservation est toujours d’actualité. J’ai une chambre privée avec salle de bain, serviette et eau chaude. Le lit est confortable en plus. Je prends une bonne douche puis m’autorise une courte sieste jusqu’à 18h30. Je rejoins ensuite Jaqui sur la place. Rupert, un allemand très sympa qu’elle a rencontré pendant la visite aujourd’hui, se joint à nous. Nous choisissons un resto et commandons une pizza à partager en rois, arrosée d’un bon verre de bière (la Cusqueña, la fameuse bière locale) pour fêter l’anniversaire de Jaqui. Nous finissons la soirée autour d’une tasse de thé à la cannelle agrémenté d’une petite dose de rhum. Il est 23h passées lorsqu’enfin je ferme les yeux pour dormir, la tête pleine des superbes images engrangées au fil des heures dans ce lieu magique !

Cuzco, 6 août 2014

Je quitte Aguas Calientes ce matin peu après 9h en compagnie de Jaqui. Les bains chauds ne nous ayant pas inspiré (les bassins étant à moitié pleins, nous avons demandé à être remboursés), nous décidons de nous rendre aux cascades de Mandor, conseillées par l’office du tourisme. L’accès est situé sur notre route et il ne faut que 20 petites minutes pour s’y rendre depuis la voie de chemin de fer. On peut s’y baigner aussi apparemment. C’est parfait pour combler la matinée et éviter de devoir poireauter plusieurs heures à Hydroeléctrica où nous devons être à 14h30 pour la route du retour. L’accès aux cascades coûte certes 10 soles par personne (un peu cher) mais la balade vaut le coup. Le sentier traverse un joli jardin de plantes tropicales puis s’immisce dans la forêt, le long des méandres d’une rivière. Il se termine en cul-de-sac au niveau d’une jolie cascade. On oublie la baignade, l’eau est bien trop froide et, même si la température est agréable, il ne fait pas suffisamment chaud pour faire trempette.

De retour de notre balade, nous déjeunons au restaurant situé au départ du sentier puis reprenons notre marche le long de la voie.

Jackie devant une belle assiette de pâtes, Aguas Calientes

Jaqui devant une belle assiette de pâtes
Aguas Calientes

Sachant à présent où les chercher, nous admirons les morceaux de ruines visibles sur le Huayna Picchu et disons une toute dernière fois au revoir au sanctuaire. Nous arrivons à Hidroeléctrica à 14h et devons attendre une bonne heure avant que notre combi ne quitte le port. S’ensuivent 6h de route, entrecoupée de passages sur piste, pour rejoindre Cuzco. Je dors peu, perdu dans mes pensées. Il est 21h pile poil lorsque notre chauffeur nous lâche près de la Plaza de Armas. Je dis au revoir à Jaqui qui attend un autre transport puis file prendre mon dîner au Yajuu!, l’excellente jugería situé en périphérie de la place. J’y prends un jus de fruits frais mixés (un délicieux mélange banane-maracudja) suivi d’une énorme coupe de salade de fruits arrosés de yogourt et de miel. Un régal ! Je traverse ensuite la place pour rejoindre le quartier San Blas où m’attend en théorie une chambre dans l’hostal où j’étais précédemment (Casa de la Gringa). Je ne m’attarde pas dans les petites rues encore animées car il fait un froid de chien et je ne suis pas beaucoup habillé. On oublie vite que Cuzco est à 3400 m d’altitude et que nous sommes en hiver ! Ouf, j’ai bien une chambre, dans la petite annexe située à deux pas du bâtiment principal et j’ai enfin une connexion internet digne de ce nom. J’en profite naturellement pour vérifier mes mails et faire un tour sur le tableau de bord de mon blog…

Fin de l’aventure Machu Picchu, inoubliable…

Ayacucho, une belle étape vers Cuzco

Huánuco, 27 juillet 2014

5h30 : Je quitte l’hostal Akilpo pour prendre le bus de 6h00 (compagnie El Rápido) en direction de Huánuco. Je débarque 4h plus tard à La Únion pour regrimper aussi sec dans un taxi en partance pour Huánuco. La route est sinueuse et souvent en mauvais état. Nous traversons d’immenses vallées où s’agrippent ça et là des villages construits en briques d’adobe. Nous sommes deux à partager le taxi : Luz, une femme en mission électorale (elle est chargée par le gouvernement d’organiser les élections régionales d’octobre dans la micro-région), et moi. Marco, notre jeune chauffeur, rencontre quelques difficultés avec sa voiture (la batterie nous lâche à deux reprises), mais finit malgré tout par nous conduire à bon port. Nous atteignons Huánuco vers 14h30. Je pars tout du suite à la recherche d’un hostal et finis par choisir, après 4 ou 5 tentatives, l’hôtel Imperial, situé à deux pas de la Plaza de Armas. Le réceptionniste, « Chiquito » (« Tout petit »), m’a l’air sympa et la chambre (avec salle de bain privée) confortable. C’est un peu au-dessus de mon budget (40 soles après obtention d’un petit rabais) mais je compte n’y rester qu’une ou deux nuits…

Soirée tranquille. Je dîne dans une petite pizzeria avant de rejoindre les bras de Morphée, crevé par les 8h30 de trajet du début de journée… Huancayo est réputée pour la qualité de son climat. Je comprends pourquoi : les soirées sont si douces qu’un pull est tout juste nécessaire…

Huánuco, 28 juillet 2014

C’est décidé, je ne m’attarde pas à Huánuco, je pars ce soir pour Huancayo, ville-étape sur ma route vers Cuzco.

Je passe une grande partie de la journée à écrire et à publier pour mon blog. Ayant dû libérer ma chambre en milieu de journée, je me pose à la réception de l’hôtel tout l’après-midi avant de me rendre au terminal de la compagnie de bus, située à trois pâtées de maisons.

21h30 : Je quitte ce soir cette ville sans grand regret, content d’avancer vers Cuzco et le Machu Picchu !

Ayacucho, 29 juillet 2014

5h45 : Le bus arrive à Huancayo. L’aube étant en train de se lever, je sors du terminal et me mets tout de suite en quête d’un hostal. J’avais prévu de rester au moins une nuit dans cette ville mais elle ne m’inspire pas… Je décide donc de rejoindre la compagnie de bus recommandée par mon guide pour se rendre à Ayacucho, située de l’autre côté du centre-ville. Je marche un petit quart d’heure et ma première impression se confirme. J’espère que je vais pouvoir prendre un bus dans la foulée ! J’arrive au guichet de la compagnie de bus et hourra !, le bus pour Ayacucho part ce matin à 8h00 et il reste quelques places ! Je n’hésite pas une seconde, j’achète mon billet. J’ai une petite heure à tuer jusqu’au départ du bus. Mon ventre gargouille, je prendrais bien un petit-déjeuner. Je tourne et vire dans le centre et fini par trouver tant bien que mal un hôtel proposant le petit déj’ ! Me voilà paré pour affronter les premières heures du long trajet en bus que je m’apprête à parcourir (7 à 8 h).

8h : Je grimpe dans le bus. Les heures qui s’ensuivent sont longues et pénibles. Il fait chaud dans le bus et j’ai les jambes en souffrance. Rien de bien spécial à retenir à part d’impressionnants paysages désertiques dignes du far west traversés vers la fin du voyage. Ayacucho est une ville du désert…

Nous arrivons à destination vers 15h30 après un trajet de 7h30. Je viens d’emboutir près de 16h de route depuis Huánuco ! Je suis vraiment content de descendre du bus et de pouvoir utiliser mes jambes. La gare routière est très éloignée du centre-ville. Je déroge donc à mes habitudes de marcher jusqu’au centre et grimpe dans un combi pour rejoindre la Plaza de Armas. Pourquoi prendre un taxi quand on peut utiliser ce mode de transport qui ne coûte presque rien (0,70 soles) ?

J’atterris un petit quart d’heure plus tard en territoire inconnu, chargé de mes deux sacs. Heureusement, j’ai une carte du centre-ville. Un simple croisement de rues permet de s’y retrouver tout de suite. Direction : l’hôtel La Crillonesa, le premier hébergement sur ma liste, situé à quelques rues de la place. Et je tire un bon numéro ! Le sourire de Viviane à la réception me met tout de suite à l’aise. J’opte pour une chambre simple avec salle-de-bain privée et petit-déjeuner inclus. 35 soles, le prix est correct. C’est bruyant – la rue est très passante – mais confortable et bien situé.

Jolie vue depuis la terrasse de l'hôtel La Crillonesa, Ayacucho

Jolie vue depuis la terrasse de l’hôtel La Crillonesa
Ayacucho

Je décharge mon bazar puis ressors pour découvrir cette nouvelle ville. Elle ne vaut pas Trujillo mais je la trouve jolie, on a envie d’y passer quelque temps.

L'arc de triomphe de la ville, Ayacucho

L’arc de triomphe de la ville
Ayacucho

De belles arches autour de la Plaza de Armas, Ayacucho

De belles arches autour de la Plaza de Armas
Ayacucho

Je visite brièvement la Basilica Catedral de Ayacucho où l’on peut admirer d’impressionnants retables ornés d’or fin. La religion conduit vraiment l’homme à de pures folies artistiques… Je trouve cette oeuvre personnellement très kitch !

Impressionnant retable intégralement orné d'or, Basilica Catedral de Ayacucho

Impressionnant retable intégralement orné d’or
Basilica Catedral de Ayacucho

Je m’offre ce soir un resto avec terrasse donnant sur la Plaza de Armas, joliment illuminée. Joli panorama mais le rapport quantité/prix laisse franchement à désirer… Une adresse à oublier.

21h : Je me mets au lit, heureux de pouvoir enfin me reposer comme il se doit !

Ayacucho, 30 juillet 2014

Je passe une bonne partie de la journée à me balader dans les rues d’Ayacucho. J’y observe des scènes assez étonnantes, qui me font parfois mal au cœur, tel ce mendiant rampant littéralement dans la rue pour changer d’endroit car il ne peut pas tenir sur ses jambes… C’est la première fois aussi que je vois des femmes munies d’un pèse-personne, assises dans la rue, à l’affût d’un passant qui aimerait connaître son poids… Les clients sont à l’évidence rares et, à 20 centimes la pesée, je doute qu’elles engrangent des fortunes. La pauvreté et les disparités sociales sont vraiment criantes dans les rues du Pérou.

J’aperçois un peu plus loin des femmes alignées sur un trottoir, chacune assise à une petite table devant une machine à écrire. Réminiscence d’un autre temps. Les gens les paient pour taper une lettre importante. Encore une scène qu’on ne voit jamais en France. Je suis étonné de voir aussi des queues immenses devant les distributeurs automatiques de la Banque Nationale, celle que semble utiliser une grande partie des péruviens. Pourquoi une telle attente ? Restriction sur les montants qu’ils peuvent prélever chaque jour ? Pénurie les jours précédents ? Questionnements…

J’achète ce matin pour 3 misérables petits soles la compilation de Corazón Serrano. Je ne peux faire l’impasse sur ce groupe de Cumbia péruvienne qui fait fureur dans le pays et au-delà (je l’entendais déjà beaucoup en Équateur). Il est diffusé en boucle partout : dans la rue, les restos, les bus, les hostals… La mort de la chanteuse du groupe, Edita Guerrero, en début d’année a déchaîné les passions pour ses chansons d’amour empreintes d’une certaine nostalgie.

Je me dégote ce midi un charmant petit resto végétarien situé à quelques pas de la place et me régale pour seulement 7 soles. Buena Salud : une bonne adresse à Ayacucho. Je termine mon repas par une délicieuse glace au maracudja achetée chez un glacier de la place. Les helados (glaces) sont plus qu’appréciés ici en milieu de journée. Il faut dire que le soleil tape dur dans cette ville qui, bien que située à 2750 m d’altitude, bénéficie d’un très agréable climat.

Vers 16h, je visite le Musée de la Mémoire (Museo de la Memoria). J’en apprends un peu plus sur le fameux Sentier Lumineux (Sendero Luminoso), groupe terroriste communiste ayant fait des ravages au Pérou dans les années 80 et 90. Fondé à Ayacucho en 1980 par un professeur de philosophie, il aura tout de même fait 70 000 victimes dans les régions rurales des Andes et du piémont amazonien…

18h : J’atteins le belvédère situé en surplomb au sud-ouest d’Ayacucho. On embrasse de là-haut une bonne partie de la ville. La vue est jolie mais la lumière n’est pas là et, sans elle, la photo ne vaut pas vraiment le coup… Des enfants jouent au cerf-volant pendant que leurs parents discutent devant le panorama. Belle atmosphère…

Vraiment content de ma première fois, je retourne ce soir au petit resto végétarien découvert ce midi pour y prendre mon dîner. Le prix est encore plus doux le soir : pour seulement 5 soles, j’ai droit à une soupe suivie d’une tortilla aux légumes. Une valeur sûre !

Une jolie découverte ce soir : le centre touristique et culturel San Cristóbal, magnifiquement illuminée.

Centre touristique et culturel San Cristóbal superbe la nuit, Ayacucho

Centre touristique et culturel San Cristóbal : superbe por la noche
Ayacucho

22h : Fin d’une journée tranquille, mais non moins riche en découvertes…

Ayacucho, 31 juillet 2014

Je quitte Ayacucho pour Cuzco ce soir, c’est décidé ! Le Machu Picchu m’appelle !

Après un petit déj’ pris à la table de l’hostal, je file acheter mon billet au guichet de la compagnie, situé à quelques rues de la place centrale. 65 soles pour près de 18h de bus, le prix est tout à fait raisonnable. 18h de bus ?! Ça va être dur, très dur ! J’aurais pu écourter le voyage en faisant étape à Andahuaylas ou Abancay mais j’avoue être pressé d’arriver à Cuzco et de découvrir sa perle, le Machu Picchu. Le bus part à 20h30 ce soir, j’ai donc une petite journée pour profiter d’Ayacucho et de ses environs…

9h15 : Je grimpe dans un colectivo en partance pour Quinua, un village très réputé pour son artisanat gravitant autour de la céramique. Le paysage traversé pour rejoindre le village m’interpelle : de vastes étendues quasi-désertiques peuplées de cactus cierges et de cactus raquettes, atteignant parfois des dimensions impressionnantes.

Je débarque à Quinua vers 10h. Ce village est vraiment très particulier. Peuplé quasi exclusivement d’artisans, on y trouve des dizaines d’ateliers où sont exposées les fameuses figurines de céramique à caractère religieux. Chaque toiture arbore également une (ou plusieurs) torre (tour) aux formes parfois étonnantes.

Torres en céramique protégeant le toit d'une maison, Village de Quinua

Torres en céramique protégeant le toit d’une maison
Village de Quinua

Une superbe torre en céramique surmontant un muret, Village de Quinua

Une superbe torre surmontant un muret
Village de Quinua

Je visite vers 11h le Sanctuaire historique de la Pampa de Ayacucho où trône une obélisque de 44 m de hauteur, dédiée aux héros de la Bataille d’Ayacucho (1824), le dernier affrontement qu’ont mené les indépendantistes contre l’oppresseur espagnol. Un événement symbolique dans la libération des peuples d’Amérique du Sud… Le monument, posé au sommet d’une colline surplombant le village, est assez impressionnant et vaut le détour. Des enfants-guides proposent leurs services aux abords du site ; c’est un moyen pour eux de gagner quatre sous pendant les vacances scolaires. Je choisis l’un d’entre eux, plus pour lui faire gagner quelques soles que pour son petit récit historique appris par cœur…

Sanctuaire historique de la Bataille d'Ayacucho, Village de Quinua

Sanctuaire historique de la Pampa de Ayacucho
Village de Quinua

Je termine ma visite du village en arpentant ses jolies petites rues désertes et en admirant ses maisons construites en briques d’adobe. Une architecture bien singulière !

Mur construit en briques d'adobe, Village de Quinua

Mur construit en briques d’adobe
Village de Quinua

Une architecture bien particulière, >Village de Quinua

Une architecture bien particulière…
Village de Quinua

13h15 : Fin de la visite. Je grimpe dans un taxi prêt à partir. Nous finissons à 9 dans une voiture prévue pour 5. Trois devant, quatre sur le siège arrière et deux dans le coffre ! Et bien sûr, pas de ceinture de sécurité… Une demi-heure plus tard, je suis de retour à Ayacucho. Je poursuis ma cure végétarienne au petit resto fréquenté la veille. Pas de pollo (poulet) au menu, le rêve ! J’enchaîne avec un after improvisé à l’hôtel, en compagnie des propriétaires, Carlos et Olivia, vraiment très accueillants. Carlos m’offre un verre de vin rouge, un chilien vraiment excellent. Je passe le reste de l’après-midi à travailler sur le blog dans la cuisine de l’hôtel.

Je quitte l’hôtel vers 18h30 en faisant un crochet par le petit resto végétarien pour me caler l’estomac en prévision du voyage à venir. Je rejoins la gare routière dans un combi surchargé.

20h30 : Le bus part. C’est parti pour 18h de trajet ! Il n’est ni cama, ni semi-cama, autrement dit basique. Le voyage va être long…

Cuzco, 1er août 2014

Nous atteignons Cuzco après un trajet de plus de 18h. Le dernier tiers du voyage a été une torture. Je ne pense pas retenter ultérieurement l’expérience d’un si long voyage parcouru d’une seule traite. 12h d’affilée, je crois que c’est un seuil à ne pas dépasser…

Je rejoins le centre-ville accompagné de Laurent, un belge en vadrouille depuis quelques mois et qui accuse lui aussi le coup du voyage. Il nous faut une petite demi-heure à pied pour atteindre la Plaza de Armas. Il est si facile de se repérer une fois au cœur de la ville ! Je me mets en quête d’un hostal et, pour la première fois depuis le début de mon voyage, j’ai de grandes difficultés à en trouver un. Je tourne et vire dans les jolies ruelles de San Blas, quartier regroupant un grand nombre d’établissements, mais les prix sont trop élevés. Le coût de la nuitée est parfois donné en dollars sans que la monnaie soit précisée, source de confusion… Je crois ainsi avoir dégoté la perle rare – une belle chambre privée avec salle-de-bain pour 35 soles – jusqu’à ce que la réceptionniste m’annonce que c’est 35 dollars et non 35 soles. Différence de taille ! Je finis, après avoir frappé à la porte de 7-8 établissements, par me rabattre sur l’hostal Frankenstein, à quelques pas de la place. Une petite chambre sans fenêtre assez glauque mais qui me permet enfin de poser mes affaires après plus d’une heure de vadrouille chargé comme un mulet… Il n’y a de la place que pour cette nuit. Il va donc me falloir trouver un autre hostal pour les jours à venir. Place ou pas, j’aurais de toute façon chercher autre chose car l’endroit n’est pas terrible.

17h : Je ressors, libéré de mes deux sacs, et me remet en quête d’un autre hostal pour les jours à venir. Je finis par trouver mon bonheur à l’hostal Casa de la Gringa, situé sur les hauteurs du quartier San Blas. Il reste une seule chambre libre pour deux nuits à compter de demain. Ma chance ! Je réussis à négocier 90 soles les deux nuits (au lieu de 100) avec le petit-déjeuner inclus. Ouf ! Je sais où passer les deux prochaines nuits et l’endroit est, qui plus est, des plus charmants (des salles communes lumineuses et le thé à volonté !).

Je dîne ce soir dans un petit resto végétarien (il faut croire que le pollo m’a vraiment dégoûté de la viande…), rue Santa Catalina. Cinq soles le menu du soir : une bouchée de pain qui nourrit bien son homme. Je partage ma table avec une alsacienne d’une cinquantaine d’années, voyageuse en solo malgré elle pendant deux semaines… Une rencontre fugace puisque nous n’échangeons que nos prénoms !

Je suis au lit ce soir vers 20h, épuisé par le calvaire du bus et la longue recherche d’un endroit pour dormir… Le voyage, c’est du boulot !

Cuzco, 2 août 2014

Je suis debout vers 6h30 ce matin. Une bonne nuit de sommeil et me voilà requinqué ! Je sors de l’hostal vers 7h, affamé. Il me faut un petit-déj’ ! Il n’y a pas grand chose d’ouvert à cette heure-ci. Je finis tout de même par dégoter un petit déjeuner américain (café, jus de fruits mixés, œufs brouillés, pain-beurre-confiture) pour 10 soles, le tarif usuel.

9h30 : Je quitte l’hostal Frankenstein sans regret pour me rendre à la Casa de la Gringa, que j’ai réservée pour deux nuits hier en fin d’après-midi. Il faut pour s’y rendre traverser le quartier Sans Blas et ses petites rues au charme fou, peuplées de vendeurs de bijoux ambulants. Ma réservation a bien été prise en compte. Soulagement. Ma chambre se trouve à l’étage, sous les combles. Elle est éclairée par une petite mansarde et dispose de deux lits plutôt confortables. Génial !

Je ressors en fin de matinée pour visiter le centre de Cuzco et, surtout, pour rechercher une agence organisant des tours au Machu Picchu. J’ai en effet décidé de passer par un tour operator pour m’y rendre l’esprit tranquille car il me semble assez compliqué d’y aller par ses propres moyens. J’ai opté pour la route, le moyen le plus économique pour rejoindre Aguas Calientes, le « camp de base » du Machu Picchu. Il existe un itinéraire bon marché de 6h permettant d’éviter de prendre le train, moyen de transport pratique mais aux tarifs exorbitants (près de 150 dollars l’aller-retour au départ de Cuzco). Des dires du personnel de l’office du tourisme, il faut emprunter au minimum trois combis ou bus différents dont les horaires ne coïncident pas forcément… Autant y aller via une agence qui se chargera de la logistique… J’en démarche deux et finis par choisir l’agence Mystic Lands Peru qui m’a l’air plutôt sérieuse. Le tour dure trois jours : 2 dédiés au transport, le troisième sur le site. Je négocie le prix à 153 $ au lieu de 180. L’agence se charge de réserver mon ticket d’entrée pour le 5 août (un peu moins de 50$, inclus dans le tarif), que je n’ai pas réussi à obtenir au guichet du Ministère du Tourisme (j’avais essayé de l’acheter seul un peu avant d’opter pour une agence)… Génial, je pars pour la Machu Picchu après-demain !!!

Une ruelle illuminée du quartier San Blas, Cuzco

Une ruelle illuminée du quartier San Blas
Cuzco

Cuzco, 3 août 2014

Une journée passée en mode « off ». Je me balade dans les rues de la ville en fin de matinée pour profiter de son atmosphère et faire une pause entre deux séances d’écriture.

Des feux d’artifice (ceux dont la seule fonction est de faire du bruit) éclatent à longueur de journée, et ce depuis que je suis arrivé dans la ville. C’est sympa les deux-trois premières fois mais ça finit par être franchement agaçant. Cuzco a visiblement trop d’argent à dépenser et ne sait pas quoi en faire… Aidez les pauvres gens qui mendient dans la rue bon sang ! Comme cette pauvre vieille dame passant ses journées assises dans cette petite rue à mendier avec son chapeau…

Vieille dame mendiant dans la rue, Cuzco

Vieille dame mendiant dans la rue…
Cuzco

Jeune fille en tenue traditionnelle posant pour la photo en échange de quelques soles, Cuzco

Jeune fille en tenue traditionnelle posant pour la photo en échange de quelques soles
Cuzco

Des poses forcées, Cuzco

Des poses forcées… en échange de quelques soles
Cuzco

Jeune cireur de chaussures, très persuasif, Cuzco

Jeune cireur de chaussures, très persuasif !
Cuzco

 

Une ruelle perpendiculaire à la Plaza de Armas, Cuzco

Une ruelle perpendiculaire à la Plaza de Armas
Cuzco

Fontaine  trônant au centre de la Plaza de Armas, Cuzco

Fontaine trônant au centre de la Plaza de Armas
Cuzco

Défilé dominical autour de la Plaza de Armas, Cuzco

Défilé dominical autour de la Plaza de Armas
Cuzco

Statue de l'Inca surplombant la fontaine de la Plaza de Armas, Cuzco

Statue de l’Inca surplombant la fontaine de la Plaza de Armas
Cuzco

Regard furtif, Cuzco

Regard furtif…
Cuzco

Huayhuash : me voilà ! (2/2)

Huayhuash, 22 juillet 2014

5h : je tente de retourner aux bains avant l’aube mais je me fais violemment repousser par les deux chiens de la famille gérant le site. Sales bêtes ! Je retourne me coucher jusqu’à 6h, un peu dépité car je rêvais de me replonger dans les eaux chaudes tout en admirant l’aube se lever.

Première étape aujourd’hui : l’ascension du col Punta Cuyoc, situé à une altitude respectable de 4950 m. Nous avons droit à un franc soleil dès le petit matin. Je me joins au groupe d’Ani sur le premier kilomètre puis poursuis seul, à un rythme un peu plus rapide. Marco lève le camp peu après moi, toujours accompagné de nos deux porteurs à quatre pattes. J’atteins le col en premier sans gros effort après une heure et demie de montée en pente douce. Je reste un petit moment au niveau du col pour profiter du panorama, superbe de part et d’autre. C’est la première fois depuis le début du trek que j’ai le loisir d’admirer les géants – le Yerupajá et le Siula Grande – totalement dégagés. Magnifique spectacle.

Panorama splendide depuis le col de Punta Cuyoc (4950 m), Cordillera Huayhuash

Panorama splendide depuis le col de Punta Cuyoc (4950 m)
Cordillera Huayhuash

Les géants de Huayhuash : le Yerupajá (g.), Siula Grande (d.), Sarapo (milieu)

Les géants de Huayhuash : le Yerupajá (g.) et le Siula Grande (d.) (au milieu : le Sarapo)
Cordillera Huayhuash

J’aperçois en contrebas la vallée, immense, que je m’apprête à emprunter et, au loin, mon prochain objectif : le col de San Antonio qui offre, des dires de Marco et des autres guides, un panorama grandiose sur la cordillère. J’observe Marco en train de réajuster la cargaison de Negrito et de Carablanca. Il n’y va pas de main morte, je le trouve un tantinet brutal…

Marco réajustant la charge de Negrito, Cordillera Huayhuash

Marco réajustant la charge de Negrito
Cordillera Huayhuash

Marco et ses deux burros descendant le col de Punta Cuyoc, Cordillera Huayhuash

Marco et ses deux burros descendant le col de Punta Cuyoc
Cordillera Huayhuash

J’entame la descente vers le fond de vallée et atteins rapidement les premières moraines glaciaires (amas de débris rocheux érodés et charriés par un glacier sous l’action de la gravité). J’ai rarement pu observer de tels dépôts. Les glaciers atteignaient à l’évidence une altitude beaucoup plus basse il y a je-ne-sais combien de temps. Je traverse une zone couverte de petits cactus laineux regroupés en coussins s’apprêtant à fleurir puis une vaste zone plane et humide que devait occuper un lac aujourd’hui comblé.

Prairie peuplée de cactus laineux en coussins, Cordillera Huayhuash

Prairie peuplée de cactus laineux en coussins
Cordillera Huayhuash

J’attaque ensuite la difficile ascension jusqu’au col San Antonio. J’ai le souffle court et les jambes lourdes. Les 200 derniers mètres de dénivelée sont particulièrement difficiles. Je suis scrupuleusement le sente à peine marquée qui ondule dans les éboulis, comptant chaque pas et m’arrêtant régulièrement pour reprendre mon souffle. J’atteins le col vers 12h15 et j’exulte en voyant ce qui se cache derrière ! Le panorama est à couper le souffle. Je domine une immense vallée occupée par deux lacs (trois en fait mais l’un d’entre eux n’est pas visible) et surplombée par une enfilade de pics immaculés, dont les deux géants de Huayhuash… C’est un paysage minéral, fait de roche, d’eau et de glace. Austère et fascinant.

Les géants de Huayhuash vus depuis le col San Antonio

Les géants de Huayhuash vus depuis le col de San Antonio
Cordillera Huayhuash

Exultation au col de San Antonio (5080 m), Cordillera Huayhuash

Exultation face à un paysage enchanteur au col de San Antonio (5080 m)
Cordillera Huayhuash

Laguna Jurau, juste sublime..., Cordillera Huayhuash

Laguna Jurau, juste sublime…
Cordillera Huayhuash

Je passe plus d’une heure, seul, un peu en contre-haut du col, à admirer ce fabuleux panorama. Un moment d’exception. C’est aussi mon record d’altitude : plus de 5100 m ! Même si il ne fait pas bien chaud, le soleil tape vraiment dur et j’essaie de cacher chaque parcelle de peau du mieux que je peux. Après tant d’efforts, j’avale avec bonheur les trois petits pains aux œufs brouillés que m’a préparé Marco pour mon pique-nique du midi.

Je fixe du regard la Laguna Sarapococha, celle-là même qui servit de camp de base aux deux alpinistes Joe Simpson et Simon Yates lors de leur ascension du Siula Grande en 1985. Juste au-dessus du plan d’eau, j’aperçois le fameux glacier sur lequel Joe Simpson a rampé pendant des heures, déshydraté et épuisé, pour rejoindre le camp de base, après avoir réussi à s’extraire de la crevasse dans laquelle il était tombé… Un glacier en recul, comme tous les autres…

La fameuse Laguna Sarapococha, camp de base du Siula Grande, Cordillera Huayhuash

La fameuse Laguna Sarapococha, camp de base du Siula Grande
Cordillera Huayhuash

Je m’attendais à une vallée dépourvue de vie humaine mais j’aperçois en contrebas, non loin de la superbe Laguna Jurau, des enclos de pierre, attestant l’existence d’une activité pastorale.

Le groupe d’Ani finit, lentement mais sûrement, par atteindre le col. Il est près de 13h30. Je m’amuse à observer leur tête au moment de découvrir le spectacle. S’ensuit la traditionnelle séance photo face au tableau. Nous entamons la descente vers 13h25 pour rejoindre le sentier du fond de vallée. J’aurai passé plus de 2h là-haut, perché hors du temps… La descente jusqu’au camp de base – Huanacpatay (4160 m) – nous prend deux bonnes heures. La vallée, avec son profil en U, est vraiment immense.

Contrairement aux jours précédents, nous pouvons profiter ce soir d’un soleil tardif. Bien plus facile pour faire sa toilette et sécher le linge ! Le froid s’empare en revanche à nouveau du campement juste après les derniers rayons…

Huayhuash, 23 juillet 2014

Jour le moins intéressant du trek. Nous rejoignons en fin de matinée le village de Huayllapa après une longue marche dans la vallée de Huanacpatay. J’ai un petit pincement au cœur en passant devant l’entrée de la vallée menant à la Laguna Sarapococha. J’aurais aimé me rendre au camp de base et me trouver au pied du Siula Grande mais les circonstances ne s’y sont pas prêtées. J’avais prévu d’y aller mais le mauvais temps que nous avons eu la troisième nuit (campement Huayhuash) nous a obligé à modifier l’itinéraire… (col enneigé infranchissable par les ânes).

Nous déjeunons à Huayllapa, dans l’arrière-cours d’une boutique, puis reprenons la route en direction de notre sixième campement, Huatiaq, situé à 4250 m d’altitude. Il nous faut deux heures d’une marche assez pénible pour l’atteindre. La fin d’après-midi et le début de soirée se passent ensuite sans grande effusion. Je me couche tôt, peu avant 20h, car une fois la nuit tombée et le dîner dans le ventre, eh bien, il n’y a pas grand chose à faire à part dormir… Mon sac de couchage est qui plus est, et de loin, l’endroit le plus chaud. On a vite envie de s’y enfouir pour se réfugier du froid. Du coup, les nuits sont longues à Huayhuash, trop longues…

Huayhuash, 24 juillet 2014

Marco met un temps fou ce matin à retrouver ses burros qui ont erré loin du campement pendant la nuit. J’ai tout le temps de me demander ce qui se passerait si nous perdions nos porteurs… Heureusement, je le vois revenir après trois bons quarts d’heure d’attente, courant aux trousses de ses deux bêtes de somme.

J’entame la marche ce matin en compagnie du groupe d’Ani mais finis par continuer seul, à mon rythme. L’objectif aujourd’hui est de rejoindre la Laguna Jahuacocha où je passerai ma toute dernière nuit dans la cordillère.

Je passe un premier col – Tapush Punta (4650 m) – en milieu de matinée puis bascule en direction de la Laguna Susucocha. Je franchis quelques kilomètres plus bas le toute dernier point de contrôle et débourse 20 soles. J’ai dépensé au total, sur l’ensemble du parcours, 195 soles (environ 72$). C’était la somme annoncée avant le départ donc je ne me plains pas trop. J’aurais pu me faire racketter davantage, les prix pratiqués par les communautés étant – j’en suis sûr – susceptibles de varier à la hausse…

Arrieros conduisant les ânes au pas de course, Cordillera Huayhuash

Arrieros conduisant les ânes au pas de course !
Cordillera Huayhuash

Je poursuis ma route en direction du col Yancha Punta (4850 m), situé au fond d’une large et belle vallée (Quebrada Angocancha).

Superbe relief au fond de la Quebrada Angocancha, Cordillera Huayhuash

Superbe relief au fond de la Quebrada Angocancha
Cordillera Huayhuash

J’atteins la passe en fin de matinée, après une bonne grimpette. De là, je quitte le sentier principal et vire à gauche sur une petite sente. Direction : le Cerro Huacrish (4750 m), un sommet surplombant la Laguna Jahuacocha et offrant un panorama somptueux sur la cordillère. J’atteins un premier point haut où je m’arrête une bonne demi-heure pour manger et admirer le panorama. Je vis à nouveau un moment d’exception face à ce paysage inouï de pics acérés plâtrés de crème Chantilly (qu’ils sont beaux ces ices flutes !). Les roches diversement colorées qui ondulent au pied des glaciers me fascinent.

Un petit morceau du panorama, Cordillera Huayhuash

Un petit morceau du panorama observé depuis le Cerro Huacrish…
Cordillera Huayhuash

Une belle diversité de roches, Cordillera Huayhuash

De fabuleuses formations rocheuses…
Cordillera Huayhuash

De fabuleuses formations rocheuses, Cordillera Huayhuash

De fabuleuses formations rocheuses…
Cordillera Huayhuash

Je rejoins le Cerro Huacrish en empruntant une crête, véritable balcon faisant face à la cordillère. Le panorama se déroule doucement à mesure que j’évolue sur l’échine de la montagne. Je découvre, en atteignant le sommet, la Laguna Jahuacocha et sa petite soeur, la superbe Laguna Solteracocha, située au pied d’un impressionnant glacier. J’aperçois, près de l’exutoire du premier lac, notre campement. Situé 700 m plus bas, il est minuscule.

Laguna Jahuacocha vue depuis le Cerro Huacrish, Cordillera Huayhuash

Laguna Jahuacocha vue depuis le Cerro Huacrish (au premier plan, notre campement)
Cordillera Huayhuash

Le groupe d’Ani finit par atteindre une demi-heure plus tard le sommet. Nous procédons à une petite séance photo-souvenir avant d’entamer la descente vers le campement. C’est vraiment raide et les genoux en prennent un sacré coup !

Le groupe d'Ani : de g. à d. Alberto, Dror, Ani, Fuyu et Yuehchiu,Cordillera Huayhuash

Le groupe d’Ani : de g. à d. Alberto, Dror, Ani, Fuyu et Yuehchiu
Cordillera Huayhuash

Pose photo au Cerro Huacrish, Cordillera Huayhuash

Pose photo au Cerro Huacrish
Cordillera Huayhuash

Descente vers la Laguna Jahuacocha, Cordillera Huayhuash

Descente vers la Laguna Jahuacocha
Cordillera Huayhuash

Nous débarquons au campement en milieu d’après-midi : un lieu superbe, situé à l’extrémité ouest du lac Jahuacocha, sur fond de glacier et de pics enneigés. L’altitude étant moindre (4080 m), il y fait moins froid que sur le reste du parcours. Marco est en train de pêcher la truite à la ligne à mon arrivée. Il y aura du poisson grillé au dîner ce soir. Génial ! Je profite du soleil de milieu d’après-midi pour faire ma toilette au bord de l’eau puis rejoins le groupe d’Ani pour le goûter (pop-corn, thé). Mon dernier dîner est un vrai régal : une soupe aux vermicelles suivie de deux petites truites grillées accompagnées de frites !

Dernier campement au bord de la Laguna Jahuacocha, Cordillera Huayhuash

Dernier campement au bord de la Laguna Jahuacocha
Cordillera Huayhuash

Llamac, 25 juillet 2014

8ème et dernier jour du trek. Je décide de profiter de la matinée pour visiter les environs avant d’entreprendre, en milieu de journée, le chemin du retour.

7h30. Je pars seul en direction de la Laguna Solteracocha, située au fond de la vallée. C’est un lac glaciaire assez original, occupant, comme la Laguna Gangrajanca, le fond d’une profonde cuvette morainique. Ses eaux, irisées par les caprices du vent, arborent de fabuleuses nuances de bleu. Je grimpe aussi haut que je le peux le long de la moraine pour observer au plus près l’imposant glacier. L’effort me récompense d’une jolie vue sur le glacier et sur le lac.

Séracs et sommets : au fond le Jirishanca, Cordillera Huayhuash

Séracs et sommets : au fond le Jirishanca
Cordillera Huayhuash

J’aperçois en contrebas, minuscule, un pêcheur de truites. Les eaux de fonte du glacier, chargées de sédiments blanchâtres, se déversent abondamment dans le lac.

Les eaux de fonte se déversent dans la Laguna Solteracocha, Cordillera Huayhuash

Les eaux de fonte se déversent dans la Laguna Solteracocha
Cordillera Huayhuash

Je descends à la tête du lac pour voir ces eaux blanchâtres de plus près et, aussi, parce que j’ai l’impression qu’il est possible de monter jusqu’au pied du glacier. Le débit des eaux de fonte est bien plus important que ce que je pensais. La fonte d’un glacier est un processus naturel mais se produit normalement au cours de la saison estivale. Hors, nous sommes en hiver ! Je réussis sans mal à atteindre la base du monstre, vraiment très impressionnante.

Aux pieds du monstre, Cordillera Huayhuash

Aux pieds du monstre
Cordillera Huayhuash

Il transpire de chaud le pauvre. J’avoue que ça me fait mal au cœur d’assister à la lente agonie de cette merveille, construite patiemment par Dame Nature au fil des derniers millénaires. Dire que je marche sur des dépôts morainiques enfouis dans les entrailles de la bête pendant je-ne-sais-combien-d’années, mis à nu par le réchauffement global… J’aperçois à 5 ou 6 reprises des effondrements de sérac au niveau d’un décrochement de paroi situé en contre-haut. Le phénomène s’accompagne d’un grondement évoquant le tonnerre. Vraiment très impressionnant.

Je reste un bon quart d’heure à admirer les séracs et à méditer sur le changement climatique et l’impact de l’homme sur notre belle Planète puis reprends le chemin du campement. Je contourne le lac en marchant sur l’arrête morainique tout en admirant le panorama.

Laguna Solteracocha surplombée du glacier qui lui a donné naissance, Cordillera Huayhuash

Laguna Solteracocha surplombée du glacier qui lui a donné naissance
Cordillera Huayhuash

J’atteins l’exutoire du lac, étroit goulot serpentant entre les dépôts morainiques, puis traverse un vaste champ de pierres déposées il y a longtemps par le glacier. Des hommes vivent à l’évidence là, loin de tout, dans des habitations faites de roche, de branchages et de foin. Une vie à dix mille lieu de celle que l’on peut connaître en France.

Exutoire du lac Solteracocha, Cordillera Huayhuash

Exutoire du lac Solteracocha
Cordillera Huayhuash

Je rejoins le campement peu avant midi. Marco termine de bâter les ânes puis nous levons le camp. Adieu Huayhuash. Je reviendrai peut-être un jour admirer tes merveilles… Le chemin du retour ne présente pas grand intérêt. Nous marchons pendant 4 bonnes heures à bon pas, sans faire aucune pause digne de ce nom. Je suis exténué en arrivant à Llamac. Je rêverais de prendre une douche après 4 jours passés sans m’être lavé mais, vu les circonstances, je vais devoir faire sans. La mère de Marco me loue une petite pièce pour passer la nuit. J’avoue que c’est l’endroit le plus spartiate où j’ai eu à dormir jusqu’à présent : une chambre donnant directement sur la rue avec une porte mal scellée qui laisse passer la lumière… Eh oui, les murs d’adobe, ça travaille ! Je suis invité à dîner par la maman de Marco, une femme d’une cinquantaine d’années au regard sombre qui en dit long sur la vie qu’elle mène… Je discute un moment avec Athenas, la femme de Marco, parti chercher son père ivre au village voisin, puis part me coucher. Ne parvenant pas à rabattre les deux battants de la porte, je bloque celle-ci à l’aide d’un meuble puis me met au lit, sans grand espoir de passer une bonne nuit… Fin d’une longue journée.

Ma chambre d'un soir, Llamac

Ma chambre d’un soir
Llamac

Huaraz, 26 juillet 2014

Je quitte Llamac ce matin un peu dépité. Marco me demande de le payer pour 9 jours alors que nous n’en avons réalisés que 8, invoquant que le contrat (oral) prévoyait 9 jours. Je ne suis pas d’accord mais finit par céder. J’avais prévu de lui donner 50 soles de pourboire… Ça ne change rien pour moi, je suis simplement déçu de son attitude. Je ne le paie pas tout de suite (je n’ai pas l’argent sur moi), c’est Benji qui s’en chargera. Je donne avant de partir 20 soles à la mère de Marco pour son hospitalité.

Je devais prendre le bus de 11h mais la chance est avec moi. Je croise par pur hasard Feliciano, le chauffeur d’Andy Tours rencontré sur le chemin de la Laguna 69… Il me propose de me reconduire à Huaraz dans son combi. Mon choix est vite fait ! Je gagne ainsi 10 soles (Feliciano me fait un prix d’ami : 20 soles) plusieurs heures par rapport au bus. Nous arrivons à Huaraz en début d’après-midi. Feliciano me dépose devant l’hostal (j’aurais dû prendre le taxi pour ramener toutes mes affaires si j’avais pris le bus…). Gros soulagement. Me voilà de retour au bercail, avec l’ensemble des affaires louées à Benji. Je fais le point avec lui sur la terrasse de l’hostal : tout y est et en état. Je pars retirer dans un distributeur l’argent que je dois à Benji et à Marco puis règle ma facture. Le trek m’aura coûter en tout et pour tout 590$ soit un peu moins de 75$ par jour.

Fin de l’aventure Huayhuash, une très belle expérience qui laissera son empreinte dans ma tête pendant longtemps…

Huayhuash : me voilà ! (1/2)

Huaraz, 15 juillet 2014

10h30 : je quitte l’hostal Caraz Dulzura en remerciant chaleureusement Carlos et Olivia pour leur accueil. J’éprouve un petit pincement en laissant derrière moi cet endroit où j’ai tout de même passé 5 nuits. Quelques jours de plus et je sens aussi que Carlos et moi aurions facilement pu devenir amis. Un chic type ce Carlos !

De nouveau chargé de mes deux sacs, je rejoins après 10 bonnes minutes de marche le terminal de colectivos situé en bas de la ville. Je grimpe dans le premier véhicule en partance pour Huaraz, ma destination pour les 10 prochains jours.

12h30. Me voilà fraîchement débarqué à Huaraz, « capitale » de la Cordillera Blanca comptabilisant 130 000 âmes. La ville est réputée pour être la Mecque péruvienne des alpinistes et des trekkeurs, une base parfaite pour partir à l’assaut des sommets ou initier une randonnée.

Le premier hostal sur ma liste s’appelle Akilpo, situé en plein centre-ville, à côté du marché couvert. Et je tire un bon numéro ! Il est géré par trois frères très sympas avoisinant la trentaine : Esteban, Benjamin et Leonardo. Je suis reçu par Esteban qui me dégotte une chambre privée avec salle-de-bain pour 35 soles située face au marché. C’est très bruyant mais la chambre est sympa et le lit très confortable. Après m’être débarrassé de mon fatras, je me mets en quête d’un endroit pour manger. Je croise en descendant l’escalier de l’hostal deux filles, Diana et Barbara, qui ont le même objectif que moi. Elles me proposent de me joindre à elles. Diana est allemande, Barbara hongroise ; toutes les deux voyagent en solitaire depuis plusieurs mois à travers l’Amérique latine et partagent un petit bout de chemin ensemble. Comme quoi, des filles parties en solo pour un long voyage, ce n’est pas si rare que ça… Nous nous posons dans un petit resto bon marché et discutons dans la langue de Shakespeare. J’accroche rapidement avec Diana, moins avec Barbara.

L’après-midi est réservée à la recherche d’une agence de voyage proposant le fameux trek autour de la Cordillera Huayhuash que je veux absolument réaliser depuis le début de mon projet de voyage. J’éprouve une certaine fascination pour cette petite cordillère. Sauvage, isolée au sud de la Cordillera Blanca, elle a été rendue célèbre par le film-documentaire Touching the Void (La mort suspendue) : l’histoire vraie de deux alpinistes partis à l’assaut du Siula Grande, l’un des plus hauts sommets de la cordillère ; l’un d’eux se casse une jambe lors de la descente puis tombe dans une crevasse où il va rester coincé deux jours, avant de réussir à en sortir pour rejoindre le camp de base en rampant sur le glacier… Un film que j’ai vu plusieurs fois et qui m’a mis dans la tête des images de pics immaculés recouverts de ces somptueuses cannelures de neige et de glace.

Le problème c’est que je suis seul et qu’il me faut trouver un groupe… Nous sommes aujourd’hui mardi et j’aimerais idéalement partir jeudi pour ne pas perdre trop de temps. Ça risque de ne pas être facile.

Esteban, l’un des trois frangins, m’aide à dégoter une agence (Monttrek) qui organise justement un trek de 9-10 jours pour un départ jeudi. Ma chance ! Je file sans tarder à l’agence, située à quelques pâtés de maisons de l’hostal. Pocho, le patron, me reçoit et me confirme qu’un groupe est bien prévu pour Huayhuash dans les jours à venir. Un couple de français est déjà inscrit. Cependant, le départ n’est pas pour jeudi mais pour vendredi… Bah, un jour de décalage, ce n’est pas si grave. Nous échangeons sur les détails du trek. Le trek se fait généralement en 8 jours, nous avons 2 jours supplémentaires pour prendre notre temps et réaliser, si on le souhaite, des digressions en chemin… Le prix me semble élevé – 570 dollars – mais l’agence m’a l’air sérieuse et les prestations de qualité (recommandée par mon guide). C’est tout de même un gros trek et 60$ par jour, c’est dans l’ordre des prix conseillés par mon guide (la qualité a un prix). Le temps presse, je dois donner une réponse à Pocho dans la soirée si je veux partir vendredi. Je retourne à l’agence vers 21h (elles sont ouvertes jusqu’à tard le soir) pour valider ma participation. Je donne un acompte de 50 soles à Pocho et lui demande confirmation que je partirai bien vendredi, qu’il n’y aura pas de lézard… « Vous partirez bien vendredi, c’est sûr !». On échange une poignée de main. C’est signé. Génial, j’ai réussis ! Je pars pour Huayhuash !!!

Je recroise Diana à l’hostal ensuite. Elle me propose de l’accompagner demain à la Laguna Churup, non loin de Huaraz. Ça tombe à pic, j’ai deux jours à combler avant de partir pour Huayhuash et je ne savais pas trop quoi faire demain !

Je m’endors soulagé et fou d’impatience…

Huaraz, 16 juillet 2014

Je consacre une bonne partie de la journée à la Laguna Churup en compagnie de Diana, avec qui je discute longuement tout au long de la randonnée. Un joli lac mais rien de comparable aux deux merveilles vues les jours précédents (les lagunas 69 et Parón)…

Laguna Churup (4450 m), Cordillera Blanca

Laguna Churup (4450 m)
Cordillera Blanca

Je repasse en fin d’après-midi à l’agence Monttrek pour m’assurer que le départ est toujours prévu pour vendredi et voir si des gens ne se sont pas inscrits entre temps (ce qui ferait baisser le prix). Je me vois recevoir cette réponse de Pocho, le chef de l’agence : « Je suis vraiment désolé mais les Français qui étaient inscrits se sont désistés car ils sont tombés malades… Du coup, il n’y aura pas de départ vendredi, ni samedi. ». Ça sonne faux de sa bouche, je sens que c’est du flanc et que je me suis fais avoir. Énervé mais surtout très déçu ! Je récupère mon acompte et quitte l’agence sans remerciement. Je n’y reviendrai plus, c’est clair !

De retour à l’hostal, je discute avec Benjamin pendant un moment pour essayer de trouver une solution. Il me propose de partir seul avec un arriero, un péruvien connaissant parfaitement les lieux et menant deux ânes porteurs (certains sont parfois aussi cuisiner), ce qui me permettrait de faire en gros ce que je veux. Il me propose également de m’aider à organiser le trek. Bien sûr, cette option a un prix : il faut payer l’arriero (65 soles par jour avec deux ânes), la nourriture pour deux personnes (le client nourrit l’arriero, c’est la règle), la location de l’équipement que je n’ai pas et que me fournirait Benjamin (tente standard, tente de cuisine, nécessaire de cuisine, plaque de gaz, bouteille de gaz de 5L, tapis de sol, sac de couchage pour compléter celui que j’ai déjà car les nuits à Huayhuash sont réputées très froides…). Il faut également payer une série de taxes pour pouvoir accéder aux différents campements (195 soles soit environ 72$). Pour 9 jours, il m’en coûterait près de 570$, soit au final un prix identique à celui que me proposait l’agence. On en discute un long moment. Je suis un peu hésitant : trimbaler tout cet équipement (dont j’aurais l’entière responsabilité) jusqu’au départ du trek me semble compliqué et surtout risqué. Et si je perdais ou détériorais une partie des équipements en route ? Et si je me faisais tout voler en voulant rejoindre le bus ? Et si…, et si… La peur de l’inconnu, tout simplement. Mais le sentiment d’aventure et ma motivation à réaliser ce trek prennent le dessus. Je me jette à l’eau, on verra bien !

Ma décision étant prise, Benjamin contacte un arriero de Llamac, le village où s’initie le trek. Il s’appelle Nazario Marquez et aurait fait le tour de Huayhuash des dizaines de fois. Benji m’assure qu’il est sérieux. Hallelujah ! Nazario serait d’accord pour partir avec moi 9 jours (voire 10 si je le souhaite) à la date souhaitée. Ça commence à se mettre en place… Il est déjà tard et on remet l’organisation de la logistique à demain.

J’accompagne en fin de soirée Diana jusqu’au terminal de la compagnie de bus qu’elle a choisi pour se rendre à Lima. Elle quitte Huaraz et les trois frangins de l’hostal avec grands regrets… C’est reparti pour elle après 3 semaines de pseudo-sédentarité. J’espère qu’on se recroisera car j’ai vraiment apprécié sa compagnie.

Huaraz, 17 juillet 2014

Une journée longue et assez stressante je dois l’avouer. Il a fallu rassembler et vérifier les équipements avec Benji en prévision du départ pour le trek de Huayhuash demain matin. Il me loue du matériel de qualité, en très bon état. C’est bien mais ça ajoute au stress de perdre ou abîmer certains éléments… Il va vraiment falloir que je sois vigilant et que j’en prenne le plus grand soin car je n’ai vraiment pas envie de payer des réparations ou un remplacement… Coup de chance, Nazario, mon futur arriero, est à Huaraz ce matin. Benji me propose de le rencontrer à l’hostal. Même si l’échange est bref, je suis rassuré de pouvoir le voir et discuter un peu avec lui avant le départ : la cinquantaine passée, il a l’air sérieux et sympa.

Dans l’après-midi, Benji et moi partons acheter le nécessaire pour ne pas mourir de faim pendant le trek. Il a ses adresses et a déjà tout listé. Il se contente de confier une liste d’articles à rassembler à l’épicerie du coin et à la vendeuse de fruits et légumes. J’avoue que c’est un peu dérangeant de ne pas savoir à quelle sauce je vais manger pendant le trek mais Benji a l’air de savoir ce qu’il fait alors je lui fais confiance. Nous prenons ensuite un taxi pour rejoindre le terminal de la compagnie de bus pour Llamac afin que j’achète mon billet pour demain (30 soles soit un peu plus de 10$). J’en profite pour réserver le taxi qui passera me prendre demain matin à 4h40 devant l’hostal (impossible de me rendre au terminal à pied, chargé comme je vais l’être).

Ce n’est qu’en début de soirée, aux environs de 19h, que nous filons récupérer les denrées commandées en début d’après-midi. Les marchands restent ouverts jusque 20h voire davantage, heureusement. Je paye directement les commerçants. Il manque trois ou quatre articles que je vais acheter au supermarché (« supérette » serait un terme plus approprié car on ne trouve ici aucun supermarché digne de ce nom…). Le poste « nourriture » me coûte en tout et pour tout 330 soles (environ 120$). C’est un peu plus cher que ce que m’avait annoncé Benji mais ça reste raisonnable. De retour à l’hostal, il faut empaqueter toutes ces denrées dans deux caisses en bois que me prête Benji et qui seront directement harnachées sur le porteur à poils (l’âne !). Il y a dans le lot trois douzaines d’œufs que je vais devoir trimbaler à part. Aie aie aie, ça risque d’être compliqué : je me demande comment on va pouvoir garder des œufs intacts pendant dix jours ! Il est près de 21h lorsque le paquetage est prêt mais il me reste encore du boulot ! Je dois en effet préparer mon propre sac de randonnée et le sac que je vais laisser à l’hostal pendant mon absence. Je place en lieu sûr, une fois terminé, mon petit sac à dos chargé à bloc de tout ce dont j’estime ne pas avoir besoin pendant le trek (dont mes deux cartes bleues et mon passeport).

22h30. Je me couche, crevé par cette journée, excité par l’aventure que je m’apprête à vivre, mais inquiet… La nuit va être courte. Je dois en effet me lever bien avant l’aube pour être au terminal à 4h45 demain matin.

Huayhuash, 18 juillet 2014

3h45 : c’est parti mon kiki ! Je m’active pour boucler mon sac et quitter la chambre en vérifiant minutieusement, comme à chaque départ, que je n’oublie rien. Grosse montée de stress au moment de rassembler les affaires : une partie des équipements se trouve dans la salle d’accueil de l’hostal et la porte est fermée à clé ! Je n’avais pas anticipé ça hier… A cette heure-ci, tout le monde dort, y compris les trois frangins et je n’ai aucune idée d’où ils se trouvent. Que faire ?! Tans pis, je décide de sonner à la porte d’entrée de l’hostal, espérant que quelqu’un va se réveiller pour m’ouvrir cette fichue porte… J’entends peu après du bruit derrière la porte… qui s’ouvre sur un Benji aux petits yeux. Il dormait sur le sofa dans un sac de couchage car il est de garde cette nuit. Ouf ! Il m’aide à descendre les affaires jusqu’au hall de l’hostal. Je récupère également une carte topographique de la Cordillère Huayhuash, gentiment prêtée par Benji.

4h30 : me voilà fin prêt dans le hall de hostal, accompagné de tout mon équipement : mon sac de rando, un grand sac contenant tente, tente de cuisine et tapis de sol, les deux lourdes caisses de vivres, la plaque de gaz à deux brûleurs, la bouteille de gaz de 5L, les œufs, un carton rempli de petits pains et un sac regroupant les ustensiles de cuisine. Ouf, le chauffeur est là et en avance ! Le stress retombe. Il m’aide à charger sa petite voiture puis me conduit au terminal, situé à seulement deux minutes. Il vient de me rendre un grand service et a bien mérité les 10 soles qu’il me demande.

Le bus est déjà prêt à partir. Je charge mes affaires dans la soute mais garde avec moi mon reflex… et les œufs ! Je ne suis pas le seul gringo ce matin en partance pour Llamac. Deirdre et Feilim, un couple d’irlandais fort sympathiques, se rendent aussi à Huayhuash pour une randonnée de 4 jours. Nous partons comme prévu à 5h. Il faut 2h30 pour rejoindre Chiquián, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la Cordillera Blanca. Nous franchissons d’immenses étendues de páramo, ponctuées ça et là de petites fermes. La température extérieure est glaciale. Le bus n’étant pas chauffé, ça caille !

A Chiquián, il nous faut passer d’un bus standard à un micro (mini-bus) car la route qui nous attend est étroite et sinueuse. Nous avons 45 minutes pour prendre notre petit-déjeuner. Je partage un moment très agréable dans un petit restaurant en compagnie de Deirdre, Feilim et leur guide (Epi) avant de remonter dans le bus. Le soleil inonde de ses rayons le ciel bleu, réchauffant rapidement l’atmosphère. La route jusqu’à Llamac est spectaculaire. Nous traversons une enfilade de vallées très profondes ponctuées de chacras (petites parcelles agricoles délimitées par des haies). Même si la route n’est pas vertigineuse, elle est en tout cas très sinueuse et je comprends qu’un bus lambda puisse difficilement s’y aventurer. La piste s’enfonce profondément dans la vallée. Llamac semble être le bout du monde ! Il y a de l’ambiance à l’avant du bus, des rires francs qui font plaisir à entendre !

Nous atteignons le village peu après 10h. Je décharge mes affaires sur le trottoir avec l’aide du chauffeur. Aucun signe de Nazario qui devait m’attendre à la sortie du bus… Ça m’inquiète : je fais quoi sans mon arriero ? Un jeune homme m’aborde, Marco, le fils de Nazario. C’est lui finalement qui sera mon arriero pendant tout le trek. Je n’aime pas trop les changements de programme de dernière minute mais je n’ai pas vraiment le choix. Il est tout jeune (21 ans). Je comptais sur l’expérience du père… J’espère que ça se passera bien avec le fils. Nous transportons mes affaires jusqu’à la maison de ses parents : une petite bâtisse construite en briques d’adobe. Le confort est vraiment spartiate et l’endroit très poussiéreux (terre battue). Pas de salle de bain. Des toilettes turques. La cuisine est minuscule, adossée à la maison sous un toit de tôles. Les maisons les plus basiques en France offrent un confort incomparable… Marco prépare les deux ânes qui vont porter le gros de nos bagages : Negrito, un burro au pelage sombre et au caractère bien trempé, et Carablanca, au poil clair et au caractère plus tranquille. L’un portera les deux caisses de nourriture et la bouteille de gaz, l’autre tout le reste. Ils m’ont tous deux l’air bien chargés…

Nous sommes prêts à partir vers 11h. Direction : Quartelhuain, notre premier campement, situé bien plus haut dans la vallée, à 4170 m d’altitude (Llamac est à 3250 m). Il nous faut 5h de marche sur une piste pour atteindre cette première étape (930 m de dénivelé positif). Je paye en chemin mes deux premiers droits d’entrée, le premier à 10 soles (peu après Llamac) et le second à 20 soles (à l’entrée de Pocpa, village un peu plus haut sur la rivière). La vallée, encaissée sur les premiers kilomètres, s’ouvre dans la deuxième moitié du parcours sur des pâturages ondulant au pied de crêtes rocheuses. Les mouvements tectoniques ont ici créé un relief particulièrement tourmenté.

Un relief tourmenté..., Cordillera Huayhuash

Un relief tourmenté…
Cordillera Huayhuash

Des tentes sont déjà en place à notre arrivée. Nous montons Marco et moi les nôtres puis je pars en exploration avec mon reflex. J’ai repéré un point haut duquel je pense avoir un joli panorama. Une petite demi-heure de montée m’offre une très belle récompense : une vue sur des pics enneigés… Je reste une trentaine de minutes à admirer le paysage, et à profiter aussi des derniers rayons du soleil avant qu’il ne tombe derrière la montagne. Car une fois qu’il n’est plus là, la température chute brutalement.

Premiers pics enneigés au coucher du soleil..., Cordillera Huayhuash

Premiers pics enneigés au coucher du soleil…
Cordillera Huayhuash

Marco est aux fourneaux lorsque je rejoins le campement, aux environs de 17h30. Je fais un brin de toilette avant le repas au bord du ruisseau, histoire d’ôter les restes de crème solaire et l’odeur de rose que dégagent mes pieds. L’eau est glacée et je ne sens presque plus mes doigts. Ils reprennent de la couleur au contact de l’assiette de soupe chaude préparée par Marco. Le repas se poursuit en beauté avec une belle plâtrée de riz accompagnée de pommes de terre frites et de quelques morceaux de viande. Je discute un peu avec Marco qui ne m’a pas l’air très bavard… J’apprends qu’il est en fait étudiant en comptabilité à Lima et qu’il est à Llamac, chez ses parents, seulement pour les vacances. Ce trek constitue pour lui un job d’été, un moyen de rassembler un petit pécule pour financer ses études. Il me dit aussi qu’il a parcouru Huayhuash à plusieurs reprises au cours des trois dernières années, en tant que guide. Il a l’air de bien connaître les lieux, je lui fais confiance.

Marco préparant le dîner, Cordillera Huayhuash

Marco préparant le dîner dans la tente « cuisine »
Cordillera Huayhuash

Il est 20h lorsque je me glisse dans mes trois sacs : mon drap de sac en coton, mon duvet et le sac de couchage synthétique loué à Benji. Et ils ne sont pas de trop car il fait un froid de chien !

Huayhuash, 19 juillet 2014

6h : je me lève avec l’aube. Qu’il fait froid ! Heureusement, j’ai pris soin hier soir de fourrer mes vêtements dans le sac de couchage. Je me glisse en vitesse dans mes habits de la veille puis vide la tente. Je rejoins la « cuisine » pour prendre le petit-déjeuner préparé par Marco. Au menu : œufs brouillés, tranches de pain tartinées de beurre et de confiture de fraise, le tout arrosé d’un café bien chaud. Parfait pour bien démarrer la journée !

Je quitte le campement vers 7h30, seul. Marco part peu de temps derrière moi, après avoir démonté les tentes et bâté les ânes. Je grimpe à bon rythme jusqu’au col de Cacananpunta (4690 m). Le soleil est timide ce matin et les nuages ont l’air de gagner du terrain. J’espère que la pluie va nous épargner… Je fais la rencontre dans la montée d’Ani, une jeune anglaise de 19 ans voyageant en solo depuis un moment et n’ayant visiblement pas l’intention de s’arrêter… Je trouve admirable d’entreprendre un tel voyage à son âge ! C’est aussi un plaisir d’entendre ce bel accent british… Le panorama depuis le col est joli, même si les nuages sont omniprésents.

Panorama depuis le col de Cacananpunta (4690 m), Cordillera Huayhuash

Joli panorama depuis le col de Cacananpunta (4690 m)
Cordillera Huayhuash

Je descends, une fois passé le col, en direction du site de Janca. Je tombe à son niveau sur deux hommes qui me demandent de payer un nouveau droit d’entrée. C’est 40 soles cette fois-ci ! J’avoue que je n’aime pas ce système de taxe au compte-goûte qui s’apparente à du racket organisé. L’argent collecté par les communautés est censé être utilisé pour entretenir les campements. Enfin, c’est ce qu’on dit…

Je m’attarde ensuite à Tuctuc Pampa, une vaste étendue plane (probablement un lac comblé par les sédiments) gisant au pied des géants dont je n’aperçois malheureusement que des bribes. S’ensuit une longue et pénible montée jusqu’au col de Carhuac (4640 m). Je suis seul au début et peu rassuré car le sentier n’est pas très bien marqué et, comme c’est le cas sur l’ensemble du parcours, dépourvu de signalétique. Je rattrape heureusement peu avant le col Marco, qui m’avait devancé. Nous marchons rarement côte à côte car il ne fait aucune pause, son objectif étant d’arriver au campement le plus tôt possible pour trouver un bon emplacement. Je pense qu’il aime marcher seul aussi. Nous avons droit à une giboulée de grésil dans la montée. Rien de bien méchant. Je me pose au niveau du col pour manger un bout et me reposer un peu car je n’ai fait aucun véritable pause depuis le départ ce matin.

Marco passe le col et commence à descendre accompagné de ses deux bêtes de somme en direction de notre second campement : la Laguna Carhuacocha (4140 m). Je le seconde dix minutes plus tard.

En suivant un groupe d'arriero vers la Laguna Carhuacocha, Cordillera Huayhuash

En suivant un groupe d’arriero vers la Laguna Carhuacocha…
Cordillera Huayhuash

J’atteins le lac après une bonne heure et demie. Le campement se trouve en surplomb du plan d’eau et offre une vue splendide sur le glacier Yerupajá Este.

Glacier Yerupajá Este au-dessus de la Laguna Carhuacocha, Cordillera Huayhuash

Le superbe glacier Yerupajá Este
Cordillera Huayhuash

Les géants (Yerupajá et consorts) sont malheureusement perdus dans les nuages. Marco est déjà à l’œuvre avec les tentes à mon arrivée. Je lui donne un coup de main. Excellent timing : il se met à pleuvoir juste après que nous ayons terminé. Quelle poisse cette pluie… Elle va durer toute la soirée et une bonne partie de la nuit (pluie et neige mêlées). L’humidité aggrave naturellement la sensation de froid. Un froid de chien, vraiment !

Le dîner que nous prépare Marco est un vrai régal et apporte une chaleur très appréciable par un froid pareil. Je prends avant de me coucher un thé aux feuilles de Coca, très réputé ici pour combattre le mal de l’altitude (que je ne ressens pas heureusement). Bonne et mauvaise idée car ça oblige à se relever pendant la nuit pour satisfaire un besoin naturel… mission oh combien désagréable quand il faut s’extirper de ses trois sacs et sortir de la tente sous les flocons !

Le plancher de ma tente prend un peu l’eau pendant la nuit par infiltration mais rien de bien méchant. Je réussis heureusement à rester au sec et mes affaires, protégées dans des sacs zippés étanches, aussi.

J’entends gronder le tonnerre pendant la nuit… celui des glaciers qui travaillent. Impressionnant !

Huayhuash, 20 juillet 2014

6h : la sortie des songes ce matin est particulièrement difficile. Ma tente est gelée… littéralement gelée ! Il a neigé pendant la nuit et une fine couche de glace et de neige recouvre la toile. Le paysage est transformé, magnifié par cette poudre blanche.

Une fine couche de neige transforme le paysage..., Cordillera Huayhuash

Une fine couche de neige métamorphose le paysage à l’aube du troisième jour…
Cordillera Huayhuash

Je quitte la campement avant Marco, aux environs de 7h30, content de pouvoir marcher pour me réchauffer. Les nuages bouchent encore le ciel mais laissent apparaître des morceaux de ciel bleu. Je commence à contourner le lac Carhuacocha, attentif au panorama qui évolue sans cesse. Les montagnes se dégagent brièvement, me laissant enfin apercevoir les géants de Huayhuash : le Yerupajá (6635 m) et le Siula Grande (6345 m). Fabuleux spectacle ! La scène est brève mais d’autant plus magique.

Une apparition fugace et magique, Cordillera Huayhuash</span>

Une apparition fugace et d’autant plus magique…
Cordillera Huayhuash

Face est du fameux Siula Grande, Cordillera Huayhuash

Face est du fameux Siula Grande, entre deux caprices du brouillard…
Cordillera Huayhuash

Superbe Jirishanca, aperçu entre deux caprices du brouillard, Cordillera Huayhuash

Un croc acéré : le Jirishanca
Cordillera Huayhuash

J’aperçois au bord du lac, au pied de ces géants, des cabanes en pierres et quelques enclos. Dire que des gens vivent là en permanence…

Habitations en pierre et enclos au bord du lac Carhuacocha, Cordillera Huayhuash

Habitations en pierre et enclos au bord du lac Carhuacocha
Cordillera Huayhuash

Je monte en direction de la Laguna Siula (4290 m) en suivant par intermittence un groupe d’autrichiens (leur guide me sert en quelque sorte de guide). J’aperçois en surplomb de la lagune un petit col qui m’intrigue. Je grimpe et découvre à son niveau un superbe lac niché au fond d’un cirque glaciaire : la Laguna Gangrajanca. Un glacier, que j’entends craquer par moment, y déverse lentement ses eaux de fonte. Quel puissance ! La couleur du lac est un régal pour les yeux.

Laguna Gangrajanca, Cordillera Huayhuash

Laguna Gangrajanca, au fond d’une profonde cuvette morainique
Cordillera Huayhuash

Pose photo devant la Laguna Gangrajanca, Cordillera Huayhuash

Pose photo devant la Laguna Gangrajanca
Cordillera Huayhuash

Je me joins ensuite à un autre groupe, celui d’Ani et d’Alberto (il habite aux Îles Canaries) avec qui je sympathise tout en marchant. Nous longeons la Laguna Quesillococha (4330 m) avant de grimper jusqu’à un belvédère offrant un panorama sublime sur les trois lagunes que l’on vient de découvrir. J’avais bavé devant cette photo à plusieurs reprises et rêvais de voir ça de mes propres yeux. C’est chose faite. Même si les nuages gâchent un peu le spectacle, ça vaut son pesant d’or.

Superbe enfilade de lagunes, Cordillera Huayhuash

Superbe enfilade de 3 lagunes : Gangrajanca (au fond), Siula et Quesillococha
Cordillera Huayhuash

La montée se poursuit ensuite jusqu’au col de Siula Punta, à 4834 m. S’ensuit une descente d’environ deux heures jusqu’au Campement de Huayhuash (4345 m). Le grésil se remet à tomber. Décidément, nous n’avons pas de chance avec le temps !

La pluie refait son apparition dans la soirée puis se transforme en une neige collante. J’ai rarement connu un tel froid. Marco nous cuisine ce soir une délicieuse chaufa, un plat d’origine asiatique à base de riz, agrémenté de divers légumes. Un pied-de-nez au froid qui sévit ce soir. Je parviens enfin à avoir une conservation digne de ce nom avec mon arriero. Il me demande même de lui donner un petit cours d’anglais…

Je dois secouer par précaution ma tente à plusieurs reprises jusqu’à 21h pour éviter qu’elle ne s’effondre sous le poids de la neige… Ça commence à m’inquiéter : et si on se retrouvait demain avec 10 cm de poudreuse ! Mais, heureusement, ça ne dure pas. Un peu plus et on se retrouvait avec 10 cm de neige demain matin ! Le bonnet, le sous-pull, les collants thermiques et les deux sacs de couchage ne sont vraiment pas de trop cette nuit…

Huayhuash, 21 juillet 2014

Comme la veille, la glace a transi la toile de tente mais contrairement à ce que je craignais, il n’a pas tant neigé que ça. La neige a dû fondre pendant la nuit. Avec ce froid et cette humidité, le campement est sinistre ce matin. Pendant que je déjeune, Marco part à la recherche de ses deux ânes qui ont erré pendant la nuit à la recherche d’herbe à brouter. Pauvres petites bêtes, je me demande s’ils ressentent le froid autant que nous…

Negrito et Carablanca

Negrito et Carablanca
Campement de Huayhuash

Je pars en compagnie du groupe d’Ani et d’Alberto. Direction : le Portachuelo (petit col) de Huayhuash (4785 m). Le paysage est recouvert d’un magnifique voile blanc. Le brouillard, épais au petit matin, se dissipe lentement. Les sommets sont timides et ne s’offre à la vue que quelques secondes.

Une timide apparition, Cordillera Huayhuash

Une timide apparition…
Cordillera Huayhuash

Peu après le campement de Huayhuash, Cordillera Huayhuash

Peu après le campement de Huayhuash…
Cordillera Huayhuash

Un paysage transformé au petit matin, Cordillera Huayhuash

Un paysage transformé au petit matin…
Cordillera Huayhuash

Nous passons le col puis descendons vers le campement d’Atuscancha (4365 m), très attendu car on y trouve des bains chauds au beau milieu de nulle part ! Nous longeons en chemin la Laguna Viconga, qui s’étire au pied de la Cordillera Raura.

Laguna Viconga (au fond, la Cordillera Raura), Cordillera Huayhuash

Laguna Viconga (au fond, la Cordillera Raura)
Cordillera Huayhuash

Je fais la rencontre en chemin d’un troupeau d’alpagas. Des bouilles franchement sympas !

Troupeau d'alpagas aux environs de la Laguna Viconga, Cordillera Huayhuash

Troupeau d’alpagas aux environs de la Laguna Viconga : des peluches vivantes !
Cordillera Huayhuash

Nous atteignons le campement en début d’après-midi. Marco a déjà monté les deux tentes. Je déballe mes affaires puis file aux bains, qui se trouvent à deux pas de notre emplacement. Pur moment de bonheur ! Je me lave dans un petit bassin prévu à cet effet puis passe dans l’un des deux grands bains chauds. J’y passe une bonne heure et demi en compagnie de Marco et des autres randonneurs. Je suis invité ensuite à prendre le goûter (thé et pop-corns) dans la tente-tipi du groupe d’Ani.

Alberto et Ani, Cordillera Huayhuash

Alberto et Ani
Cordillera Huayhuash

Je retourne dans les bains juste après le dîner, à la nuit tombée. Étrangement, Marco et moi sommes les seuls à avoir cette idée… Moment d’exception que celui d’être dans un bain chaud naturel au beau milieu de nulle part, par un tel froid, sous le ciel étoilé ! Je reste une bonne heure dans l’eau puis file me glisser au chaud dans mes sacs de couchage.

La Cordillera Blanca : joyau nacré du Pérou

Caraz, 10 juillet 2014

4h : je suis debout avant les poules ce matin ! Mon sac étant déjà prêt de la veille, je suis dans les starting blocks en moins de 20 minutes. Une demi-heure plus tard, je grimpe dans un taxi recommandé par l’hôtel Colonial pour me rendre au terminal de la compagnie America Express. Mon chauffeur joue du klaxon à presque à chaque intersection, pour annoncer son passage. Eh oui, même à 4h30 du mat’ ! Les péruviens sont vraiment des fous du klaxon… La gare routière est assez éloignée du centre-ville et le taxi met un bon quart d’heure avant d’arriver, prenant des raccourcis dans des rues sombres et peu fréquentées… Je me mets à imaginer ce qu’on doit ressentir quand on se rend compte qu’on vient de se faire piéger par un chauffeur malhonnête et qu’on sait qu’on va se faire dépouiller de toutes ses affaires… Je ne peux m’empêcher d’éprouver un soulagement en arrivant au terminal.

5h : je grimpe dans le bus. Direction : Chimbote, ville portuaire située à 130 km au sud de Trujillo. Il faut environ 3 heures pour rejoindre le terminal de la ville qui, à mon grand soulagement, centralise de nombreuses compagnies dont Yungay Express, celle que je dois prendre pour rejoindre Caraz. J’avoue que je suis content de ne faire que traverser cette ville et de ne pas avoir à changer de terminal. C’est un endroit glauque qui ne donne franchement pas envie de s’y aventurer. Une odeur nauséabonde de poisson pas frais envahit toute la ville. Un ciel laiteux et bas ajoute à l’atmosphère sinistre du lieu. Les déchets et gravas inondent la ville, c’est écoeurant. J’aperçois sur le mur d’une école un message écrit à l’évidence par les enfants : « Queremos vivir en un mundo sano y limpio. ¡Cuídalo! » « Nous voulons vivre dans un monde sain et propre. Prends-en soin ! ». Juste devant le mur : un océan de déchets immondes où viennent picorer des chiens errants et des aigrettes au plumage terni… Que c’est triste ! J’aurais aimé saisir cette aberration avec mon reflex mais impossible depuis le bus… Un peu plus loin, j’aperçois une femme seule en train de balayer la chaussée. C’est visiblement son travail. L’effort me semble si vain dans un tel taudis… mais c’est un début !

Chimbote, rue

On a pas franchement envie de débarquer…
Chimbote

Nous arrivons au terminal central de Chimbote aux environs de 8h. Je dois attendre une petite heure pour grimper dans le second bus. Le temps de prendre un café et de manger un morceau dans le seul endroit à peu près potable que je trouve… Le second bus me coûte 25 soles (un peu moins de 7€) et dois me conduire à Caraz en passant par le fameux Cañón del Pato : un canyon apparemment très impressionnant. J’ai hâte de voir ce que ça donne !

Je redécolle en fin de matinée, content de quitter cette ville qui ne m’a vraiment pas laissé une bonne impression. Peu après le départ, le bus s’arrête dans une rue pour laisser monter des vendeuses ambulantes ; elles se pressent frénétiquement dans l’allée du bus pour proposer nourriture et boissons en prévision du long voyage qui attend les voyageurs. Gélatines, conchitas (pop-corns), sodas, haricots géants… De petites portions à 50 cts ou 1 sol. J’ai rarement vu des gens déployer une telle énergie pour vendre un produit… C’est leur gagne-pain, je me mets à leur place.

Après être sorti de la ville, le bus prend la direction de l’Est pour pénétrer dans le Cañón del Pato. L’asphalte laisse place à une route non revêtue, forcément un peu plus cahoteuse et poussiéreuse… Que le spectacle commence ! Je ne tarde pas à être enchanté par ce que je vois. Un relief et une aridité incroyables ! Ce canyon est un véritable désert au fond duquel se contorsionne le Río Santa, ponctué de ça de là par quelques oasis de végétation maigrichonnes.

Une rivière... et un relief incroyable, Cañon del Pato

Une rivière… et un relief incroyable !
Cañon del Pato

Un véritable désert où survit une végétation maigrichonne, Cañon del Pato

Un véritable désert où survit une végétation maigrichonne…
Cañon del Pato

Le bus grimpe, grimpe, grimpe en enchaînant les virages… et les tunnels. On en traverse 35 au total ! Des tunnels à vif dans lesquels on ne se croise pas. La remontée du canyon est une sacrée expérience ! Étant le seul gringo dans le bus, je suis à l’évidence le seul béat à m’enchanter du spectacle. Les locaux dorment pour la plupart…

Cañon del Pato, tunnels

Les tunnels… toute une expérience !
Cañon del Pato

Bus, Cañon del Pato

Euh… ça passe pas là !
Cañon del Pato

J’aperçois, dans le dernier tiers du parcours un petit cône tout de blanc immaculé, au loin, sur les hauteurs. Un petit bout de cette fameuse Cordillera Blanca que je rêve de découvrir depuis le début de mon voyage et qui figure en tête de ma liste des merveilles à ne pas manquer…

15h. Je débarque à Caraz, petite ville de 20 000 âmes situé au pied de la cordillère. Les pics enneigés pointant vers le ciel, parfaits dans leur écrin de blancheur, confèrent une aura très particulière à cette chaîne de montagnes. Je suis fasciné… et un peu paumé à la sortie du bus car je n’ai avec moi aucun plan de la ville. J’ai pré-sélectionné un hostal mais n’ai aucune idée d’où il se trouve. Je grimpe dans une moto-taxi qui, pour 2 soles, me conduit dans la partie haute de la ville au pied de l’hostal. Rouler dans cet engin est, là encore, une expérience nouvelle franchement sympa. « Marrantes », c’est le mot qui me vient en premier lieu à l’esprit pour désigner ces drôles de bécanes. Elles sont ici le moyen de locomotion principal, loin devant les voitures que l’on ne croise que de temps en temps.

Je teste pour la première fois la moto-taxi : sympa, Caraz

Je teste pour la première fois la moto-taxi : sympa !
Caraz

Malheureusement, l’hostal pré-sélectionné est fermé (une première !). Plan B. Je prends la direction du centre-ville et, en demandant mon chemin, me fait indiquer un hostal : Caraz Dulzura. Je décide de m’y rendre, on verra bien. Olivia, la belle-fille du propriétaire, m’accueille d’un large sourire. Elle est anglaise et nous passons à la langue de Shakespeare assez naturellement. L’hostal a l’air sympa, calme et sûr et l’accueil me plaît bien. La nuit est un peu chère (45 soles soit environ 12 euros) mais inclut le petit-déjeuner (que j’estime à une dizaine de soles). J’ai pour moi tout seul une chambre a deux lits et une salle de bain ! Les lits ont l’air confortables en plus. Nickel ! Olivia me demande combien de nuits je compte passer à l’hostal. Deux au moins… J’avoue que je ne sais pas trop encore comment je vais organiser les 15 jours que j’ai prévus de passer dans la Cordillère Blanche…

Je rencontre aussi Carlos, le mari d’Olivia. Il est péruvien mais ses traits diffèrent un peu des autres gens du pays. Je l’aurai facilement pris pour un népalais (il me dira plus tard qu’il a du sang asiatique…). Carlos est, comme sa femme, très accueillant et le courant passe très vite. Il aime à l’évidence les montagnes, ça se sent à sa façon de parler. Il me donne plein de conseils pour les jours à venir et surtout pour réaliser un projet qui me tient à cœur : faire le tour de la Cordillera Huayhuash, une « petite » chaîne de montagnes isolée au sud de la Cordillère Blanche. Carlors me recommande trois endroits dans le secteur de Caraz pour occuper les jours à venir : la Laguna 69, la Laguna Parón et le belvédère de Winchus. Je choisis de consacrer la journée de demain à la Laguna 69 !

Je pars dîner en centre-ville, à 10 bonnes minutes à pied de l’hostal. L’ambiance de cette petite ville me plaît. Elle n’est à l’évidence pas très fréquentée par les touristes : je ne croise qu’un ou deux autres membres de mon espèce… Il n’y a presque pas de voitures et donc peu de pollution. Ce sont les moto-taxis qui ici règnent en maîtres, parcourant la ville en long en large et en travers pour le transport des biens et des personnes. Elles sont toutes plus ou moins stylées ! Il y a la moto-taxi de base, sans grand artifice, tout juste fonctionnelle, à l’air souvent vieillot. Il y a, à l’autre bout de la chaîne, la moto-taxi de compét’, « tunée » à outrance, avec souvent une sono digne d’une discothèque et des lupiottes qui clignotent… Elles filent silencieusement dans les descentes (on coupe les gaz !) et peinent bruyamment dans les montées. Qu’elles sont marrantes ces bécanes !

Moto-taxi "de base", vieillote, Caraz

Moto-taxi « de base », vieillote
Caraz

Moto-taxi de compétition, Caraz

Moto-taxi de compétition !
Caraz

Moto-taxi sympa, Caraz

Moto-taxi sympa…
Caraz

Caraz, 11 juillet 2014

6h : le jour se lève et moi avec lui. Je prends mon petit déjeuner à l’hostal ce matin (une commodité bien agréable…) puis file vers le terminal principal des colectivos ou combis, ces mini-bus qui abondent dans le secteur. 7h : je grimpe dans le premier colectivo en partance pour Huaraz. Pour seulement 2 soles et 10 minutes plus tard, me voilà à Yungai, toujours au pied de la Cordillère mais un peu plus au sud. Je ne suis pas plutôt arrivé au terminal que je remonte déjà dans un colectivo à destination de la Laguna 69 (je négocie les deux heures de trajet pour 12 soles au lieu de 15…). Qu’il est facile de se déplacer dans ce pays ! Le système des colectivos est vraiment génial et plutôt bon marché. Le colectivo part quand il est presque bondé, processus qui ne prend généralement que quelques minutes. Nous grimpons sur les contreforts cultivés de la Cordillère avant de pénétrer dans une impressionnante quebrada (vallée encaissée) : la Quebrada de Llanganuco. Le chemin, plutôt en bon état au début, se dégrade franchement à l’entrée de la vallée. Le dos en prend un coup car ça secoue vraiment !

Il est près de 9h lorsque le colectivo me lâche au départ du sentier. C’est parti pour trois heures de montée (temps annoncé). La température est frisquette à cette altitude (3900 m) mais le franc soleil et le ciel bleu rendent l’atmosphère des plus agréables. Je suis en pleine forme ce matin et grimpe bon train. Je ne peux de toute façon pas trop traîner car le dernier colectivo redescend vers 15h et je ne peux pas me permettre de le manquer (il me faudrait un temps fou pour redescendre à pied les 2h de montée en voiture…). Le paysage montagnard est absolument superbe : le Huascarán (6768 m, plus haut sommet de la Cordillère) et son confrère le Chopicalqui me font de l’œil avec leurs glaciers tout de blanc immaculé.

Face immaculée du Huascarán, Cordillera Blanca

Face immaculée du Huascarán
Cordillera Blanca

Mais c’est surtout le Chacraraju, en surplomb de la lagune, qui me fascine. La neige qui colle aux parois y prend des formes verticales particulières, les fameuses ice flutes (cannelures de glace), typiques des Andes tropicales. Un spectacle à chaque regard.

Fabuleux "ice flutes" ou cannelures de glace sur le Chacraraju, Yungay

Fabuleux « ice flutes » ou cannelures de glace sur le Chacraraju
Yungay

Des pics immaculés apparaissent tels des mirages derrière les montagnes…

Pic enneigé derrière montagne, Yungay

Une apparition sur le sentier de la Laguna 69…
Yungay

Ne ressentant pas vraiment les effets de l’altitude, j’atteins le lac en seulement 2h. Il me faut renfiler polaire et coupe-vent car à 4700 m d’altitude, eh bien, ça caille ! La couleur de l’eau m’arrache un « j’y crois pas » ! Un bleu inouï. Sublime.

Laguna 69 : une eau d'un bleu inouï, Yungay

Laguna 69 : une eau d’un bleu inouï…
Yungay

Pris par l’ivresse des hauteurs, je continue de grimper au-dessus de la lagune pour varier les poins de vue. Je me pose une bonne demi-heure sur les hauteurs pour admirer ce bijou, niché dans son écrin minéral, au pied du Chacraraju, ce géant de neige et de glace. Moment d’exception. Des randonneurs arrivent entre temps au bord de la lagune.

Un morceau de ciel tombé sur Terre, Laguna 69, Yungay

Un morceau de ciel tombé sur Terre…
Laguna 69, Yungay

Je redescends pour visiter la rive et prendre quelques photos. J’ai le privilège d’assister à une avalanche sur le Chacraraju. Du spectacle, encore du spectacle !

Avalanche sur le Chacraraju, Yungay

Avalanche sur le Chacraraju !
Yungay

13h. Il est temps de commencer à redescendre. Je croise en chemin un alpiniste suédois. On discute en chemin. Il m’avoue avoir « chopé » le mal de l’altitude (ou soroche) lors d’une ascension il y a une dizaine de jours. Depuis, il peine à retrouver la santé et se contente de petites randonnées pendant que ses camarades de grimpe s’éclatent sur les sommets. Ça doit être vraiment difficile pour lui moralement. Je me demande aussi s’il est très prudent de monter à 4700 m dans cet état, ce mal pouvant être très dangereux (certains en meurent…). Nous atteignons ensemble notre point de départ. Ouf, deux colectivos appartenant à deux agences de voyage différentes sont là, attendant le retour de leurs clients. Je poireaute une bonne heure en discutant avec Feliciano, un péruvien très sympa de l’agence Andy Toors (je négocie mon retour avec lui pour 12 soles).

Retour au bercail vers 18h30. Fin d’une grosse et magnifique journée !

Caraz, 12 juillet 2014

Je me mets en mode « off » aujourd’hui pour écrire et me poser un peu. Après une grosse matinée sur mon clavier passée dans ma chambre, je mets le nez dehors pour prendre l’air. Segundo, employé de l’hostal, est en train de s’occuper de ses animaux dans le jardin attenant à l’hostal : une soixantaine de cochons d’Inde (le fameux cuy) accompagnent quelques volatiles et cochons. Tout ce petit monde est destiné aux assiettes du restaurant de l’hostal qui se trouve en centre-ville (testé le premier soir : sans grand plus)… Quatre ou cinq personnes sont réunies dans une petite pièce attenante à l’hostal et prient. Nous sommes Samedi aujourd’hui et ce jour est pour eux, Évangélistes, le dernier de la semaine ! Leur religion leur interdit de travailler le samedi, réservé au repos et à la prière…

Je file manger en ville ensuite puis remonte à l’hostal pour me replonger dans mes récits et dans mes photos. Écrire prend du temps mais c’est important ! Une façon d’assimiler tout ce que je vis et de faire partager un petit bout de mon aventure…

Je rencontre dans l’après-midi Paul et Catherine, deux suisses allemands de Berne fort sympathiques. Nous nous mettons d’accord pour prendre ensemble un taxi qui nous mènera demain au belvédère de Winchus, dans la Cordillera Negra (située plus à l’ouest, face à sa grande sœur la Blanca). De là-haut, il paraît qu’on a une vue panoramique sur 120 km de la Cordillère Blanche et qu’on peut admirer les fameux puyas raimondi… Affaire à suivre.

Caraz, 13 juillet 2014

Je reviens tout juste du marché de Caraz et j’avoue que j’ai été très surpris. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi étendu, fréquenté et animé ! Le nombre de moto-taxis a explosé depuis hier : je pense qu’elles dépassent allègrement la centaine. Ça circule dans tous les sens. Il y a même une station de moto-taxis où ces bécanes se placent en file indienne pour attendre leurs clients. Les stands se comptent par centaines, les visiteurs probablement par milliers.

On marchande au rayon légumes, Marché dominical de Caraz

On marchande au rayon légumes
Marché dominical de Caraz

Marché dominical de Caraz, il y a foule

Il y a foule !
Marché dominical de Caraz

Le marché s’étale sur plusieurs rues autour de deux grands marchés couverts. Les ambiances sont très différentes d’un endroit à l’autre. Il se vend de tout et de rien : un supermarché à ciel ouvert où chacun vient vendre sa spécialité et acheter ce dont il a besoin. Les étals de légumes, la plupart du temps à même le sol, ont ma préférence. Ils sont tous tenus par des femmes alignées de part et d’autre de la rue, la plupart revêtues de l’habit traditionnel. Une véritable explosion de couleurs. Certaines femmes sont vraiment magnifiques et je meurs d’envie de leur tirer le portrait… Mais j’avoue que j’ai du mal à photographier car je sens une certaine réticence. Une femme m’assène même de payer pour prendre une photo d’un stand vide en face du sien ! Plutôt agressive, je passe mon chemin. Je demande peu après l’autorisation à une femme de la photographier mais elle refuse, même en échange de quelques soles… Dommage car elle avait un vrai « quelque chose ». Je réussis tout de même à arracher quelques jolies photos de ce joli capharnaüm…

Femme vendant des grains et des épis de maïs, Marché dominical de Caraz

Femme vendant des grains et des épis de maïs
Marché dominical de Caraz

La pomme de terre, marché dominical de Caraz

La pomme de terre : il s’en vend à la pelle !
Marché dominical de Caraz

Femmes vendant leurs légumes, Marché dominical de Caraz

Femmes vendant leurs légumes
Marché dominical de Caraz

Je teste également la glace de glacier, la vraie de vraie. Des gens vendent pour 1 sol un gobelet de glace fraîchement râpée sur un gros morceau de glacier, aromatisée au sirop. Ma préférence va pour le glacier Huandoy ; le Huascarán était un peu trop sucré…

Jeune garçon râpant la glace d'un véritable morceau de glacier, Caraz

Jeune garçon râpant la glace d’un véritable morceau de glacier (le Huandoy)
Caraz

Pendant plus de 2h, je vadrouille d’une rue à l’autre, en discrète admiration devant ce spectacle, si banal pour la population locale. Pendant 2h, je ne croise pas un seul touriste ! Les locaux me regardent souvent d’un drôle d’œil ; quelques un me disent discrètement bonjour et je ne réussis à entrer en conversation qu’avec une poignée seulement. Comme à Zumbahua, il est clair qu’ils ne sont pas habitués à voir défiler des gringos dans leurs rangs.

Quelques scènes me révulsent ou me dérangent… De bon matin, la vision d’un cochon entier, cuit et baignant dans son jus, n’a vraiment rien de ragoûtant… Les viandes sont manipulées sans gants et sans réelle précaution quand à la propreté. Beurk ! Des femmes vendent des poulets ou des cochons d’Inde vivants séquestrés dans des filets à mailles, entassés les uns sur les autres. Pauvres bêtes…

L’après-midi est réservée comme prévu à la découverte du belvédère de Winchus. 13h30 : après un petit loupé sur la réservation du taxi (Carlos nous sauve heureusement le coup!), Paul, Catherine et moi grimpons dans un taxi qui nous conduit après deux heures de route non asphaltée et de paysages grandioses au niveau de ce fameux point de vue. Carlos ne s’y est pas trompé : le panorama est splendide, magnifié par les pics qui émaillent en toile de fond la Cordillera Blanca.

Le Huandoy émerge derrière la colline, Caraz

Le Huandoy émerge derrière la colline…
Caraz

Relief tourmenté de la Cordillera Negra, Caraz

Relief tourmenté de la Cordillera Negra
Caraz

Une chose m’attriste cependant : les glaciers sont à l’évidence en train de disparaître à petit feu. On voit clairement apparaître au pied de ces géants les zones qu’ils recouvraient il y a peu… Le réchauffement climatique a mis à nus plusieurs centaines de mètres d’une roche rugueuse et grisâtre, abrasée par l’action séculaire de ces machines vivantes. Encore quelques siècles (décennies ?) à ce rythme et il faudra rebaptiser la cordillère (la Cordillera Gris peut-être, la Negra existant déjà…).

Nous passons un col à plus de 4000 m puis redescendons de l’autre coté, sur une route cette fois-ci asphaltée qui serpente comme un diable sur le versant. Nous atteignons rapidement le site des puyas raymondi : plantes géantes de la famille des Broméliacées pouvant atteindre une hauteur de 12 m et produisant en fin de vie une inflorescence regroupant 8 à 10 mille fleurs (floraison qui marque la mort de la plante). Malheureusement, la floraison est passée depuis longtemps et il ne subsiste que quelques inflorescences fanées. Les immenses touffes de feuilles acérées comme des couteaux valent cependant à elles seules le détour.

Touffe de feuilles acérées d'un puya raymondi, Winchus, Caraz

Énorme touffe de feuilles acérées d’un puya raymondi (le mouton donne l’échelle…)
Winchus, Caraz

Nous faisons plusieurs arrêts lors de la descente pour prendre des photos. Il est aux environs de 18h lorsque le taxi nous dépose à l’hostal. Ce tour nous as coûté en tout et pour tout 130 soles (partagés en trois) mais ça valait vraiment le coup…

Caraz, nichée au pied de la Cordillera Blanca, Vue depuis la route de Winchus

Caraz, nichée au pied de la Cordillera Blanca
Vue depuis la route de Winchus

Impressionnant relief, Campagne entre Caraz et Yungay

Impressionnant relief cultivé !
Campagne entre Caraz et Yungay

Je dîne ce soir au restaurant Entre Panes, près de la Plaza de Armas, en compagnie de mes deux compagnons d’un jour.

Demain, je pars pour la Laguna Parón, située à une trentaine de kilomètres au-dessus de la ville de Caraz. Une grosse journée en prévision !

Caraz, 14 juillet 2014

Je pars ce matin avec le VTT de Carlos qu’il ma gentiment prêté pour me rendre à la Laguna Parón et surtout en redescendre. Je rejoins peu avant 7h le petit terminal de colectivos pour Parón et trouve rapidement un véhicule pour nous mener, mon vélo et moi, jusqu’au pied de la quebrada d’où je vais devoir pédaler pour rejoindre le lac ! Le chauffeur ne m’entourloupe pas : 7 soles (2€), c’est bien le tarif usuel. Il installe mon vélo sur le toit du véhicule tandis que le colectivo se rempli peu à peu. Quelques minutes plus tard, nous voilà parti pour une petite heure et demi de montée sur une route non asphaltée et naturellement très sinueuse… Je discute en chemin avec une certaine Maria, dont la mission aujourd’hui est de vérifier l’assiduité des enfants à l’école. En cas d’absentéisme exagéré, les mamans se voient confisquée une aide de 100 soles par mois… Ce système doit être plutôt efficace à mon avis car 100 soles (environ 26 €) ce n’est pas une petite somme par ici…

8h20. Le colectivo me lâche à l’entrée de la route pour la laguna. Je monte en selle et commence à pédaler. J’en sue d’avance : une douzaine de kilomètres pour rejoindre le lac, ça va être dur ! Le chemin est en piteux état et se contorsionne comme un damné au fond de la quebrada, un impressionnant défilé de falaises verticales comme rarement j’ai pu en voir.

Le chemin serpente comme un diable au fond de la Quebrada Parón, Caraz

Le chemin serpente comme un diable au fond de la quebrada Parón
Caraz

Le soleil commence à monter dans le ciel et l’ombre des parois recule avec lui. Je me mets naturellement à chauffer et à transpirer. La pente n’est pas trop prononcée (heureusement) mais j’ai pourtant beaucoup de mal à pédaler. Le vélo est donc souvent à côté de moi, surtout dans les virages en épingle à cheveux. Au kilomètre 25, après une bonne heure et demi de grimpette sur ce régime et seulement 6-7 misérables petits kilomètres parcourus, j’entends une voiture qui approche… C’est un 4×4. Le chauffeur s’arrête à mon niveau et me propose de grimper avec mon vélo sur le toit. L’aubaine ! C’est ainsi sans le moindre effort, sur le toit de l’engin, que je parcours les 7-8 derniers kilomètres. Il m’aurait fallu près de 2h pour les parcourir à pied/vélo ; il ne faut que 20 bonnes minutes au 4×4 pour les avaler. Sensation grisante d’être perché sur un 4×4 avec son biclou, totalement à l’improviste ! Je suis vraiment content aussi car je gagne une heure de temps pour profiter de la balade autour du lac…

10h30. Me voilà fraîchement débarqué à l’extrémité ouest du lac. Je remercie chaleureusement Eric, le chauffeur, qui refuse les 5 soles que je voulais lui donner en échange de son geste. Je confie ensuite mon vélo à un vieux monsieur, en garde de la petite centrale électrique installée à l’entrée du lac et me mets en route. Le première image du lac est un enchantement : un plan d’eau bleu turquoise surmonté par un pic aux formes pyramidales, le bien nommé Nevado Pirámide Garcilazo.

Laguna Parón & Nevado Pirámide de Garcilazo, Caraz

Laguna Parón & Nevado Pirámide de Garcilazo
Caraz

Mon objectif est de rejoindre la tête du lac en empruntant le seul sentier existant (rive droite), puis de monter jusqu’où je pourrai en direction du glacier de l’Artesonraju, situé au fond à gauche de la vallée. J’ai malheureusement peu de temps devant moi : je me suis donné comme objectif d’entamer la descente en vélo vers 15h pour arriver à Caraz avant la nuit. J’ai donc 4h30 pour faire l’aller-retour. J’atteins la tête du lac en 1h environ en me noyant constamment dans ses eaux bleu turquoise ondulant doucement sous le ciel d’Azur… tout en admirant les formes épurées du Garcilazo et les superbes touffes de lupins qui agrémentent tout le parcours.

Lupins en fleurs en rive droite de la Laguna Parón, Caraz

Lupins en fleurs émaillant la rive droite de la Laguna Parón
Caraz

Laguna Parón, Nevado Pirámide de Garcilazo & Glacier Groggi, Caraz

Laguna Parón, Nevado Pirámide de Garcilazo & Glacier Groggi
Caraz

Glacier Broggi, Caraz

Glacier Broggi
Caraz

Quel spectacle ! Je croise peu de monde en chemin. En remontant le ruisseau Parón au-dessus du lac, je tombe sur un campement d’alpinistes, en partance très certainement pour l’Artesonraju. Je quitte le ruisseau pour entamer la montée vers le glacier via un sentier peu marqué. Je croise en chemin une stèle érigée en mémoire de trois alpinistes ayant péri sur l’Artesonraju il y a 8 ans. Ils auraient mon âge aujourd’hui… Même si je ne les connaissais pas, j’éprouve une certaine tristesse. Ces géants de neige et de glace pardonnent rarement un faux pas… Je grimpe piano piano sur la frange d’une moraine, une douleur au genou m’obligeant à réduire la cadence. L’Artesonraju, intégralement recouvert de neige, est sublime.

Un monde minéral glacé et fascinant, Artesonraju, Caraz

Un monde minéral glacé et fascinant
Artesonraju, Caraz

Artesonraju, Caraz

L’Artesonraju, revêtu de ses neiges éternelles…
Caraz

Il est près de 13h lorsque je m’arrête de grimper. Je suis au-dessus d’un petit lac aux eaux turquoises, alimenté par une cascade partiellement gelée, issue des eaux de fontes du glacier. Je remets couche sur couche car la température est glaciale. Je passe de longues minutes à fixer dans ma mémoire la scène. J’aurais adoré monter plus haut mais il faut redescendre. Je refais une pause à la tête du lac car des nuages sont de passage dans le ciel et leurs ombres créent de jolis effets sur le plan d’eau…

Des jeux de lumières splendides, Laguna Parón, Caraz

Des jeux de lumières splendides…
Laguna Parón, Caraz

Je suis de retour à la station hydroélectrique comme prévu vers 15h. Mon vélo m’attend sagement. Je dis au revoir au vieux monsieur puis monte en selle. La descente ne va pas être drôle, contrairement à ce que j’avais espéré. Le chemin est vraiment en mauvais état, m’obligeant à freiner sans arrêt pour éviter les chutes. J’attrape d’ailleurs rapidement mal à la tête tellement ça secoue ! Je croise dans la descente un 4×4 des secours en montagne. Ils me demandent si je n’aurais pas aperçu deux alpinistes américains en me baladant… Ils n’ont visiblement pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. C’est mauvais signe : l’issue est souvent fatale dans des cas pareils… L’ombre s’empare de la quebrada pendant ma descente et la température chute drastiquement. Je renfile coupe-vent, bonnet et gants pour poursuivre ce petit calvaire. Je retrouve heureusement le soleil et une route en meilleur état dès la sortie de la vallée. Je quitte le monde sauvage pour le monde cultivé. Je croise toute une série de petites communautés en plein travail dans les champs, nommés ici chacras. On cultive ici beaucoup les fleurs, et les œillets plus particulièrement. Je me fais régulièrement courser par des chiens. Les plus petits sont généralement les plus teigneux… L’une de ces saletés m’agrippe même la chaussure à un moment… J’aurais été à pied, il se serait soit pris un bon coup de pied au derrière, soit un caillou sur le pif !

Mon estimation était bonne : il me faut bien trois heures pour rejoindre la ville de Caraz et retrouver avec le plus grand des plaisirs le bitume ! J’ai un peu le sentiment de rentrer chez moi lorsque j’arrive à la porte de l’hostal. La petite aiguille a presque fait le tour du cadran depuis mon départ ce matin. Exténué par cette journée, j’ai bien mérité une douche chaude et un bon resto. Je retourne à Entre Panes, près de la place, pour m’offrir un pollo a la plancha (poulet grillé), accompagné de frites, de riz et d’un bon jus de maracudja.

Fin d’une belle et riche journée. Demain matin, je dirai au revoir à Caraz pour me rendre à Huaraz où j’essaierai de trouver le moyen de partir pour un trek dans la Cordillera Huayhuash. Cet hostal et son accueil exemplaire vont me manquer…

 

Trujillo : ¡Bienvenido al Perú!

Piura, 7 juillet 2014

Je quitte l’hôtel Londres ce matin à 6h tapantes pour aller prendre le bus à deux pâtés de maison et rejoindre le terminal situé au nord de la ville. Il fait encore nuit mais les rues de Loja commencent déjà à s’animer. Je fais en chemin la connaissance de Suzana, une chilienne voyageant comme moi jusqu’au Chili, mais pour des raisons professionnelles : elle est orfèvre à Valparaiso et venait jusqu’en Équateur pour acheter des pierres originales afin de confectionner ses bijoux. Elle porte une très jolie paire de boucles d’oreilles. Elle est sympa et a l’air doué. Je prends son contact et essaierai de passer la voir quand je visiterai Valparaiso début octobre.

7h : Je grimpe dans le bus de la compagnie Loja Internacional pour rejoindre Piura, au nord du Pérou. C’est un long voyage qui m’attend : près de 9h, avec, en prime, mon premier passage de frontière par voie terrestre. La route ralliant Loja à Macará, près de la frontière, est sinueuse et magnifique. Je note un net changement dans la végétation : on passe en effet d’une mosaïque verdoyante de petits champs cultivés autour de Loja à un paysage semi-désertique à l’approche de Macará. Le climat est à l’évidence beaucoup plus sec à l’extrême sud de l’Équateur. Seuls les fonds de vallée sont cultivés, tranchant nettement dans le paysage.

Je vois en chemin apparaître de gros arbres dépouillés de leurs feuilles, aux troncs baobabiformes munis de contreforts. Ils doivent bien faire 15 à 20 m de haut, émergeant majestueusement au-dessus du couvert des arbustes. Ils me rappellent vaguement les fromagers de Guadeloupe. Ce sont les premiers gros arbres que je rencontre depuis le début de mon voyage. J’aimerais bien connaître leur nom… [Je déniche l’info quelques jours plus tard : il s’agit du Kapok, aussi appelé Ceibo, rencontré dans les régions les plus sèches de l’Équateur et du Pérou. Il est bien apparenté au fromager de Guadeloupe, mon oeil ne s’y est pas trompé. J’apprends qu’il est souvent épargné lors des défrichements car les locaux le respectent beaucoup… Tant mieux !]

Nous faisons un arrêt vers midi à Macará puis repartons en direction de la frontière. La température a fait un saut énorme depuis Loja où la petite polaire n’était pas de trop ce matin. Il fait chaud à présent et le soleil tape dur sur les vitres du bus ! En chemin, je tombe des nues : des rizières ! Jamais je n’aurais cru en voir dans une région aussi sèche. C’est une première pour moi. Un avant-goût des rizières qui égaieront mon passage en Asie du Sud-Est ! Certaines sont inondées, d’autres à sec. Nous passons même à côté de rizières labourées : pas encore plantées, à l’abandon ? Je ne saurais trop dire.

Vers 12h30, nous arrivons au poste frontière équatorien. Nous ne sommes plus qu’une poignée à présent dans le bus. Nous passons à tour de rôle au guichet pour remplir un formulaire et faire tamponner notre passeport. Il est temps ensuite de passer au Pérou et de dire au revoir au petit pays d’Équateur ! Je franchi en compagnie de Suzana le pont qui enjambe le Río Macará et entre officiellement en territoire péruvien. Il faut de nouveau passer au guichet pour remplir un formulaire et recevoir le tampon d’entrée dans ce nouveau pays. La traversée s’est passée sans encombre. Soulagement.

13h passées : Le bus repart. Nous traversons des paysages extrêmement secs peuplés d’arbustes au port tabulaire, en faible densité ; il n’y a pas de végétation au sol, la terre est à nue, souvent jonchée de déchets. Je suis choqué de voir autant de détritus le long des routes et au-delà. C’est impressionnant… et bien pire que ce que j’ai pu voir en Équateur ! Dans ce dernier, on sent qu’une conscience écologique commence à émerger. Les messages de sensibilisation ou d’interdiction (No arrojar basura en la vía : Ne pas jeter de déchets sur la voie) qui jalonnent la plupart des routes en attestent. Je n’en vois aucun au Pérou.

Grand étonnement aussi en arrivant au Pérou : le tuk-tuk ! Je ne pensais en voir qu’en Asie, eh bien non ! Certaines régions du Pérou ont l’air d’en être truffées. Les motos ici ont souvent l’air de finir leur vie transformées en ces drôles de machines à trois roues (une devant, deux derrière portant une petite cabine abritant un siège). Moto-taxi, c’est le nom qu’on leur donne ici. A Piura, la moto-taxi semble être le principal moyen de locomotion. Elles se suivent à la queue leu leu !

16h30 : nous arrivons enfin à destination. Nous débarquons dans les locaux de la compagnie de bus, situés à deux pas du centre. Ici, pas de gare routière centralisant toutes les compagnies, comme en Équateur. Chacun dispose de ses propres locaux, parfois regroupés dans un même secteur, parfois éparpillés dans la ville. Ça va être un peu plus compliqué pour se déplacer du coup… Suzana et moi prenons la direction du centre d’information touristique (i Perú). Une femme très aimable nous accueille et nous donne tous les renseignements vitaux : où changer nos dollars pour des nouveaux sols (et une nouvelle monnaie : le Nuevo Sol !), où trouver le distributeur automatique le plus proche, et surtout où dénicher les compagnies de bus dans cette ville inconnue…

Je retire 160 soles dans une banque BBVA Internacional et suis content de voir qu’elle ne prélève aucune commission (je retiens le nom de la banque pour de futures retraits dans le pays). Je réussis en deux coups à changer mes 45 dollars pour 125 soles (le taux ici est de 2,77 soles pour 1$ dans tous les bureaux de change ; gare aux billets au look usagé, certaines maisons de change ne les acceptent pas) et atteins après un petit quart d’heure de marche, toujours en compagnie de Suzana, le terminal de la compagnie de bus ITTSA. L’avenue qui lui fait face est un vrai bazar : les voitures et les tuk-tuks défilent à grande vitesse et n’ont que faire des piétons ! Il faut savoir passer entre les gouttes pour traverser la route..

Il y a encore de la place dans le bus de nuit de 23h pour Trujillo. Tant mieux car Piura ne m’inspire pas et je n’ai pas envie d’y rester pour la nuit ! J’achète le billet (50 soles soit environ 14€). Suzana doit malheureusement rejoindre un autre terminal car il n’y plus de place dans le seul bus de cette compagnie en partance pour Lima ce soir. On s’embrasse et me revoilà seul à nouveau ! Il est 18h et je vais devoir poireauter 5h avant de grimper dans le bus… Je dépose mon gros sac à l’enregistrement (en croisant les doigts pour qu’il n’y ait pas de couac à l’arrivée…) puis me balade un peu à proximité du terminal, n’osant pas trop m’éloigner. Le secteur n’a pas l’air très sûr ; je ne veux pas prendre de risque avec mon sac à dos (j’ai l’ordi, l’appareil photo et tous mes papiers sur moi…). Je tombe sur un resto chinois (les fameux Chivas qui abondent dans les villes péruviennes) et m’y arrête pour me remplir l’estomac en prévision de la longue soirée et du trajet en bus que je m’apprête à faire. Les chivas ont ça de bon : on mange plus qu’à sa faim pour trois fois rien. Je passe le reste de la soirée dans une boutique de vente de boissons et de nourriture : une petite bulle de modernité par rapport à tout ce qu’il y a autour. J’en profite pour étudier grâce à mon guide de voyage mes prochaines destinations : Trujillo puis Huaraz… Je sympathise également avec l’une des vendeuses qui semble intriguée par mon look d’européen en vadrouille.

23h. Je grimpe dans le bus. Et quel bus ! Un bus « sofa-cama » voulez-vous ! J’ai dégoté un siège au premier étage tout devant (vue panoramique). Les sièges sont inclinables jusqu’à un angle plutôt confortable pour dormir. Bon, ça ne remplace pas un bon lit bien douillet, mais c’est tout de même mieux qu’un siège étriqué dans un bus basique. Il y a même une hôtesse, la classe !

Trujillo, 8 juillet 2014

Mon premier voyage en bus de nuit se passe sans encombre. Je réussi à arracher quelques heures de sommeil à la nuit et arrive sans être trop défraîchi à destination : Trujillo, troisième ville du Pérou par le nombre d’habitants (près de 800 000) ! Il est 6h du matin.

Je patiente vingt bonnes minutes dans le hall du terminal pour laisser à l’aube le temps de se lever (j’ai toujours mes deux sacs et l’appréhension de me déplacer la nuit en dehors du centre-ville) puis me met en route. Le terminal de la compagnie ITTSA est un peu éloigné du centre et il me faut une bonne demi heure pour rejoindre l’immense Plaza de Armas, centre nerveux de cette nouvelle cité à découvrir. Je demande mon chemin à une dizaine de personnes avant d’atteindre mon but car la carte dont je dispose ne couvre que le centre-ville… Je longe en chemin le mur de l’Université de Trujillo, recouvert d’une superbe mosaïque s’étirant sur plusieurs centaines de mètres, si ce n’est plus. Impressionnant.

Le sourire grandit sur mes lèvres à mesure que j’avance vers la Plaza de Armas. Mais, cette ville est superbe ! Les bâtiments ont un style très particulier que je n’ai encore jamais vu. Ils m’évoquent l’Orient. Du bleu, du jaune, du rouge… chaque bâtiment arbore une couleur différente. C’est loin d’être triste, c’est le moins qu’on puisse dire ! Je sens que je vais aimer me balader dans ces rues…

Un style architectural très particulier, Trujillo

Un style architectural très particulier…
Trujillo

Plaza de Armas, Trujillo

Plaza de Armas : superbe !
Trujillo

Façade d'un restaurant, près de l'hôtel Colonial, Trujillo

Façade d’un restaurant, près de l’hôtel Colonial
Trujillo

J’arrive bientôt au premier hôtel que j’ai pré-sélectionné : le Colonial. C’est la gamme au-dessus des hostals bon marché pour « backpackers » mais je décide de tenter le coup ; qui sait, en négociant un peu, je pourrai peut-être dégoter une chambre pour pas trop cher. Et si c’est au-dessus de mes moyens, eh bien, je passerai au deuxième sur ma liste. Le prix des chambres m’arrache une grimace dès mon arrivée : 70 soles pour une chambre simple. C’est beaucoup trop. Je demande au réceptionniste s’il n’a pas des chambres moins chères. La plus basique de l’hôtel est à 45 soles me dit-il. C’est déjà mieux mais encore un peu trop cher pour mon budget journalier. Je sens qu’il a envie que je reste alors je tire un peu sur la corde des négociations et réussis à obtenir la chambre la plus basique pour 35 soles (10€). Elle n’a pas de fenêtre mais elle est spacieuse et dispose d’une salle de bain ! C’est un bonheur de pouvoir me poser après ces longues heures de bus (près de 16). La douche est plus que salutaire car je commençais à baigner dans mon jus… Il est temps aussi que je confie mon linge pour un lavage en machine (je me suis contenté jusqu’à présent d’un lavage basique à la main chaque soir…). C’est 7 soles le kilo (environ 2€), mais qu’il sera agréable de remettre des fringues bien propres !

8h30 : Me voilà rafraîchi et tout propre ! Une sieste sur le lit est tentante mais partir explorer la ville l’est encore plus. Je quitte donc l’hôtel pour découvrir la belle Trujillo. Mes premières impressions se confirment : le centre-ville sort vraiment de l’ordinaire. Gros coup de cœur pour la Plaza de Armas, immense, ornée en son centre d’un superbe monument : El Monumento a la Libertad. L’oeuvre regroupe huit statues créées par un artiste allemand (Edmund Moeller) pour célébrer la libération de la ville de Trujillo de l’oppression espagnole.

Statue représentant la libération du peuple péruvien, Monumento a la Libertad, Trujillo

Statue figurant la libération du peuple péruvien
Monumento a la Libertad, Trujillo

Statue figurant au sommet du Monumento a la Libertad, Plaza de Armas, Trujillo

Statue figurant au sommet du Monumento a la Libertad
Plaza de Armas, Trujillo

Le trafic autour de la place est intense. Les taxis me valent encore des exclamations : 4 voitures sur 5 sont des taxis ! A la différence de l’Equateur, ils ne sont pas tous jaunes. Ça sort vraiment de l’ordinaire. Autre sujet d’étonnement : le nombre de casinos dans la ville. Le centre en regorge !

Les taxis inondent les rues de la ville, Trujillo

Les taxis inondent les rues de la ville
Trujillo

Je tombe aussi sous le charme de la Básilica Catedral de Santa María, dans sa magnifique robe jaune et blanc. De superbes peintures ornent la voûte. Cette cathédrale est une miraculée. Elle a subi plusieurs tremblements de terre qui l’ont partiellement détruite mais a été reconstruite à chaque fois, avec quelques petits changements (dont cette jolie robe jaune et blanc).

Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Básilica Catedral de Santa María
Trujillo

Porte principale de la Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Porte principale de la Básilica Catedral de Santa María
Trujillo

On peut d’ailleurs observer au sous-sol des peintures murales dont la partie supérieure a été détruite par le tremblement de terre… Comme cette peinture figurant l’ange San Miguel en train de piétiner un chien péruvien (ou perro calato), symbole de la domination du colon espagnol sur le peuple indigène.

San Miguel écrasant le perro calato ou chien péruvien, Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

San Miguel écrasant le perro calato
Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Une représentation plutôt réaliste du Christ ,Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Une représentation plutôt réaliste du Christ
Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Après avoir bien vadrouillé, je me pose dans un resto-école recommandé par mon guide  (Trujillo Señorial, que je recommande à mon tour). Je pars ensuite pour une visite guidée du site archéologique de Huaca El Dragón puis du célèbre Chan Chán, organisée par l’agence rattachée à l’hôtel.

En visitant Huaca del Dragón, j’aperçois au loin un énorme A peint sur une montagne. Intrigué, je demande à notre guide sa signification : A pour Allianza para el Progreso, un parti politique péruvien visiblement très présent. Je tombe des nues : j’ai vu jusqu’alors énormément de messages politiques peints sur les murs des maisons le long des routes. Mais aller jusqu’à peindre un A aussi énorme sur une montagne ! J’apprendrai un peu plus tard que ce parti est né à Trujillo… Je comprends mieux à présent pourquoi ils ont cherché à faire sensation ici.

trujillo-9

La folie des grandeurs : Allianza para el Progreso
Trujillo

Mur d'enceinte des ruines de Huaca del Dragón, Trujillo

Mur d’enceinte des ruines de Huaca del Dragón
Trujillo

Représentation picturale, Huaca del Dragón, Trujillo

Représentation picturale
Huaca del Dragón, Trujillo

Les deux sites valent le détour mais Chan Chán est vraiment à part : un gigantesque complexe s’étirant sur 20 km² et regroupant dix grandes fortifications bâties par les Chimús, peuple ayant précédé les Incas (et détruit par ces derniers au XVème siècle ap. J-C). Nous ne visitons que l’une de ces villes fortifiées : la Citadelle de Nik-An, la seule actuellement ouverte au public. La ville est protégée par un mur fait d’adobe (briques à base d’argile mélangée à de la paille), ondulant à une hauteur dépassant souvent 10 m. Une seule ouverture permet de pénétrer dans la cité. Je l’imagine farouchement gardée à l’époque…

Entrée de la citadelle Nik-An, Chan Chan

Entrée de la citadelle Nik-An
Chan Chan

Motifs picturaux sur les murs des résidences, Citadelle Nik-An, Chan Chan

Motifs picturaux sur les murs des résidences
Citadelle Nik-An, Chan Chan

 

Ambiance mystique..., Citadelle Nik-An, Chan Chan

Ambiance mystique…
Citadelle Nik-An, Chan Chan

Mur d'enceinte de la citadelle Nik-An ondulant telle une vague, Chan Chan

Mur d’enceinte de la citadelle Nik-An ondulant telle une vague
Chan Chan

L’intérieur est un véritable labyrinthe de couloirs conduisant à une multitude d’espaces : salles de cérémonie, chambres mortuaires, temples, réservoirs d’eau et résidences. Ces dernières portent chacune un motif différent. Le mur d’enceinte, que l’on voit apparaître au loin, donne une idée de l’immensité de la citadelle… Je tombe sous le charme de ce lieu empreint d’histoire et de mystère.

Citadelle Nik-An : immense !, Chan Chan

Citadelle Nik-An : immense ! (au fond : le mur d’enceinte)
Chan Chan

Je fais la connaissance dans le groupe de trois américains (Ben, Ana et Camille) avec qui je sympathise. Une fois la visite de Chan Chán terminée, notre guide nous conduit vers la plage de Huanchaco, connue pour être un hot-spot de surf. Premier contact avec le Pacifique ! Nous y restons une demi-heure (chrono en main ! Eh oui, nous sommes toujours en visite guidée et le temps nous est compté…) puis retournons à l’agence, située juste à côté de l’hôtel.

Après cet après-midi culturel fort intéressant, je dîne dans une petite pizzeria du centre-ville en compagnie d’Ana et de Camille, les deux américaines rencontrées dans le groupe.

Trujillo, 9 juillet 2014

Je visite ce matin l’impressionnant complexe archéologique Huacas de Moche. Les Moche ont précédé les Chimús qui ont eux mêmes précédés les Incas. Leur période s’étale du 1er au 8ème siècle après J-C.

Ruines du temple Huaca de la Luna, Huacas de Moche, Trujillo

Ruines du temple Huaca de la Luna
Huacas de Moche, Trujillo

Les représentations picturales présentes sur les murs du temple Huaca de la Luna sont particulièrement intéressantes. Le musée, construit récemment (2010), recense un grand nombre d’artefacts (poteries, armes sacrificielles, etc.) en excellent état de conservation. Superbe ! Contrairement à la veille, nous sommes peu nombreux ce matin (deux touristes péruviens et moi). Je ressors très content de cette visite car, outre l’intérêt du site, j’ai réussi à comprendre une bonne partie du flot de paroles de notre guide.

trujillo-20

Représentation picturale – Huaca de la Luna
Huacas de Moche, Trujillo

Représentations picturales - Huaca de la Luna, Huacas de Moche, Trujillo

Représentations picturales – Huaca de la Luna
Huacas de Moche, Trujillo

De retour au centre-ville, il est déjà 13h30. La faim se fait sentir… Je me rends à la Cevichería y Marisquería Puerto Mori, recommandée par mon guide et très courue par les locaux pour ses délicieux ceviches : plats à base de poisson cru mariné dans du jus de citron. Je me régale pour moins de 5€.

Je me balade ensuite en ville, en faisant de nouveau un saut à l’intérieur de la basilique pour admirer ses peintures et ses statues et m’imprégner de son ambiance.

Statue représentant le Savoir, Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Statue représentant le Savoir
Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Je me pose un peu en fin d’après-midi dans ma chambre pour refaire mon sac car j’ai prévu de quitter la ville demain matin aux aurores et mes affaires doivent impérativement être prêtes ce soir.

19h. Je retrouve Camille et Ana sur la Plaza de Armas. Nous passons prendre un jus de fruits délicieusement mixé (les fameux jugos d’ananas, de fraise, de maracudja, etc.) à la Juguería San Agustin. Je passe une petite heure avec elles puis rentre à l’hôtel en admirant une toute dernière fois la cathédrale, superbement illuminée.

Básilica Catedral de Santa María, superbe de nuit, Trujillo

Básilica Catedral de Santa María, superbe de nuit…
Trujillo

Des peintures superbes - Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Des peintures superbes…
Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Des peintures superbes - Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Des peintures superbes…
Básilica Catedral de Santa María, Trujillo

Je me couche comme les poules en prévision d’un réveil très matinal… Le bus pour Caraz quitte en effet le port à 5h demain matin !