Tahaa, l’Île Vanille !

Tahaa, 26 octobre

Je débarque à Tahaa, la petite sœur de Raiatea, au niveau du port de Vaitoare, au sud de l’île. Maryse et Hugo, mes hôtes pour les deux prochains jours m’y attendent. Hugo est psychologue scolaire, Maryse, bénévole à la bibliothèque municipale d’Haamene, bourg principal situé au cœur de l’île. Je ne les ai jamais rencontrés et ne les connais que depuis quelques jours, par emails interposés. C’est Brigitte, une « couchsurfeuse » chez qui je vais passer mes deux derniers jours sur Tahaa, qui m’a mis en contact avec eux. Voilà une rencontre pour le moins originale !

J’ai d’emblée un bon contact avec Hugo, métropolitain barbu au look décontracté proche de la cinquantaine, et Maryse, une martiniquaise à la franche bonne humeur et aux fous rires communicatifs. Une fois mes affaires chargées dans la voiture, nous rejoignons leur maison située à quelques kilomètres de là, en rive sud de la baie Haamene. Des crabes jonchent l’asphalte par centaines. Hugo a beau essayé de les éviter, certains finissent inexorablement sous les roues de la voiture…

Je découvre bientôt la maison de Maryse et Hugo, séparée de la baie par un petit jardin. Maryse et Hugo vivent ici depuis deux ans. L’endroit semble très tranquille, à l’image de cette petite île du bout du monde. Je vais disposer pendant deux nuits d’une chambre pour moi tout seul. Plutôt cool !

Hugo et moi partons chercher de quoi dîner aux roulottes d’Haamene. Les roulottes sont légions dans l’archipel de la Société et Tahaa ne fait pas exception. Nous optons pour un Chao Men, un plat local à base de nouilles chinoises, de chou et de viande. Verdict : plutôt bon mais assez bourratif ! C’est moi qui régale ce soir ; un moyen de rendre un petit quelque chose de ce que mes hôtes me donnent si généreusement. Nous passons une soirée fort sympathique à faire connaissance.

23h : Je me mets au lit et me rends vite compte que la chambre est infestée de moustiques… Après plusieurs opérations « raquette » fructueuses mais insuffisantes, je déclare forfait et installe la grande moustiquaire présente dans la chambre. J’espère que sa maille sera suffisamment fine pour retenir ces sales petits vampires. Je me rappelle de ma première moustiquaire en Guadeloupe. Son maillage, trop lâche, ne les arrêtait même pas ! Espérons que cette maille-ci soit gage d’une nuit tranquille…

Tahaa, 27 octobre

Maryse et moi rejoignons Haamene en vélo ; une course d’à peine 2 kilomètres rythmée par les fous rires de Maryse. Qu’il est bon de côtoyer, ne serait-ce que pendant quelques jours, quelqu’un à l’humeur si gaie ! J’ai la chance d’avoir à disposition le VTT d’Hugo, en parfait état de marche. Avec pareille monture, je vais me régaler en faisant le tour de l’île, c’est certain ! Je visite rapidement la bibliothèque municipale où travaille Maryse puis me mets en selle pour partir à l’assaut de Tahaa.

J’ai une soif terrible de découvrir ce petit bout de paradis dont j’ai entendu et lu beaucoup de bien depuis le début de mon voyage. Il fait un temps magnifique. L’atmosphère, douce et paisible, est des plus agréables. Je suis sur un petit nuage… Pédaler sur la route littorale de Tahaa est un vrai bonheur ; j’exulte de plaisir à longer le lagon tout en admirant l’opulence végétale de l’île et les habitations qui s’égrainent sur le bord de route.

Je ne peux m’empêcher de sourire lorsque, après quelques kilomètres, je tombe sur un panneau routier signalant le village de Faaaha (Fa’a’aha en langue tahitienne)… Un nom aussi original qu’imprononçable pour le commun des mortels !

Un nom imprononçable à la tahitienne, comme je les aime ! Tahaa (Polynésie française)

Un nom imprononçable à la tahitienne, comme je les aime !
Tahaa (Polynésie française)

Fare bordant une saline, dans une végétation luxuriante ; Tahaa (Polynésie française)

Fare bordant une saline, au milieu d’une végétation luxuriante
Tahaa (Polynésie française)

Comme sur les îles précédemment visitées, les cocoteraies sont omniprésentes ici. Je suis surpris en revanche de voir un si grand nombre de séchoirs à coco, ces plateformes allongées qui permettent de faire sécher les noix tranchées en deux au soleil et de les abriter en cas de mauvais temps. Tahaa, comme Huahiné, est restée très sauvage malgré un relief assez doux (comparée à certaines de ses voisines…).

Route littorale, quelque part entre Faaaha et Hipu ; Tahaa (Polynésie française)

Route littorale, quelque part entre Faaaha et Hipu
Tahaa (Polynésie française)

L'un des nombreux séchoirs à noix de coco présents sur l'île ; Tahaa (Polynésie française)

L’un des nombreux séchoirs à noix de coco présents sur l’île
Tahaa (Polynésie française)

Église de Tiva, au sud-ouest de l'île ; Tahaa (Polynésie française)

Église de Tiva, au sud-ouest de l’île
Tahaa (Polynésie française)

Je m’arrête au niveau d’une vanilleraie après une petite heure de route. Il existe plusieurs exploitations de vanille sur l’île. Celle-ci est dirigée par Bryan, un ancien légionnaire danois installé à Tahaa depuis 15 ans. Il me fait brièvement visiter son domaine. L’air un tantinet suffisant, il parle vite avec un tel accent que je ne comprends pas tout ce qu’il me raconte… Des gousses de vanille sont en train de sécher au soleil sur des tôles recouvertes de tissus. De belles senteurs en émanent. J’ai la chance peu après de pouvoir suivre les explications plus claires d’une française expatriée que Bryan embauche pour des visites guidées.

Gousses de vanille par milliers en train de sécher au soleil ; Tahaa (Polynésie française)

Une belle production de vanille en train de sécher au soleil
Tahaa (Polynésie française)

Si seulement la photo pouvait diffuser leur parfum... ; Tahaa (Polynésie française)

Si seulement les photos dégageaient des odeurs…
Tahaa (Polynésie française)

Une fois la visite terminée, je me remets en selle pour poursuivre ma boucle. La route étant parfaitement plane sur la quasi-totalité du parcours, j’avale sans aucune difficulté les kilomètres. Chaque instant est un délice. Même si la météo reste agréable, le ciel commence néanmoins à se charger de nuages. Je ne suis pas à l’abri d’une averse.

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Des tableaux de végétation plus beaux les uns que les autres s’enchaînent au fil de l’eau…
Tahaa (Polynésie française)

Des tableaux de végétation plus beaux les uns que les autres s'enchaînent au fil de l'eau... Tahaa (Polynésie française)

Des tableaux de végétation plus beaux les uns que les autres s’enchaînent au fil de l’eau…
Tahaa (Polynésie française)

La silhouette découpée de Bora Bora, posée sur le Pacifique à seulement une vingtaine de kilomètres, devient prégnante dans le paysage à mesure que je me dirige vers le nord-ouest de l’île. Avec ses deux pics chapeauté de lourds nuages, la star polynésienne ne manque pas d’attrait. Dire que je foulerai cette île mythique dans seulement quelques jours !

Bora Bora, l'île mythique, à seulement quelques kilomètres ! Tahaa (Polynésie française)

Bora Bora, l’île mythique, à seulement quelques kilomètres !
Tahaa (Polynésie française)

La pluie se met à tomber crescendo à l’approche de la baie de Tapuamu, située à l’ouest de Tahaa. Je m’arrête deux fois pour m’abriter en attendant une accalmie. Le mauvais temps persiste. Grrr ! C’était pourtant si bien parti ce matin. Je décide de quitter mon second refuge – une maison en ruine – après un bon quart d’heure d’attente pour rejoindre le restaurant « Chez Louise » qui se trouve entre les villages de Tapuamu et de Tiva. Je me fais rincer mais la douceur des tropiques est là pour rendre la pluie bien moins désagréable qu’en métropole !

Je trouve le restaurant sans mal et entre timidement dans le jardin. Personne. Une dame peu avenante vient soudain à ma rencontre. L’endroit n’est pas des plus engageants… Continuant à faire confiance aux bons avis lus sur la toile et dans les guides sur cet endroit, tout en faisant abstraction du décors, je passe commande à Louise et son cuisinier. « Ce sera une bière et du poisson grillé pour moi, s’il-vous-plaît« . Posé sur la terrasse face au lagon avec Bora dans le lointain, je sirote ma bière tout en dégustant le délicieux poisson perroquet grillé servi avec du riz et une sauce au beurre. Louise et moi échangeons un petit moment sur l’île, le tourisme et d’autres sujets avant que je ne décide de remettre les voiles. Le déjeuner, plutôt « goutu » mais sans grand plus, me coûte 2000 XFP. « Chez Louise », une adresse que je ne recommande pas forcément…

Je reprends ma route en direction du sud. Je longe la rive nord de la baie Hurepiti puis gravis une côte (!) en lacets jusqu’à un col offrant une vue splendide sur la cœur de Tahaa.

Le cœur de Tahaa, opulent de végétation ; Tahaa (Polynésie française)

Le cœur de l’île et sa végétation des plus opulentes
Tahaa (Polynésie française)

Il ne me reste alors plus qu’à descendre jusqu’à Haamene pour terminer la grande boucle. Au village, je croise par hasard Hugo qui me conseille de faire la petite boucle du Sud de l’île, seul moyen de pouvoir prétendre en avoir fait le tour complet. Allez, c’est reparti !

Il me faut environ 1h30 pour parcourir, à bon rythme, cette seconde boucle. Je suis de retour chez mes hôtes vers 16h30. Me voilà très satisfait de cette journée et des 70 km parcourus !

28 octobre 2016

J’accompagne ce matin Hugo en voiture jusqu’à Tiva puis rejoins à pied (2-3 km) l’embarcadère de Tapuamu afin de prendre la navette de 9h45 en direction du Tahaa Private Resort & Spa. La météo est avec moi ce matin. Cette journée promet d’être des plus agréables !

Motu Tautau et son hôtel de luxe, avec Bora Bora en toile de fond... Le rêve polynésien face à moi ! Tahaa (Polynésie française)

Motu Tautau et son hôtel de luxe, avec Bora Bora en toile de fond…
Tahaa (Polynésie française)

Très en avance, j’attends une petite heure à l’embarcadère de Tapuamu tout en discutant avec Vanina, une lyonnaise de 33 ans avec qui j’avais brièvement échangé avant hier. Née à Tahiti de deux parents polynésiens qui l’auraient vendu bébé à un couple de popa’a (métropolitains), elle vient aujourd’hui à Tahaa pour la première fois, accompagnée de son fils, afin de rencontrer son père biologique. Ça ne s’est pas bien passé visiblement et elle m’avoue être très déçue. Elle attend un bateau pour rejoindre Bora Bora où, à nouveau, elle rencontrera un autre membre de sa famille (l’un de ses frères) ; une rencontre qu’elle appréhende suite à la déception qu’elle vient de subir…

9h45 : La navette pour le motu arrive à l’heure prévue. Je suis le seul touriste dans le bateau, les autres passagers étant des employés de l’hôtel. Dix minutes plus tard, je débarque dans un rêve. L’embarcadère, surmonté d’une superbe arche en bois, est relié au motu par un ponton. J’admire près de là les fameux bungalows sur l’eau, la touche indispensable à tout hôtel de luxe qui se respecte dans cette région du monde. Je compte 5 étoiles sur le panonceau d’accueil… J’y crois pas !

Ponton reliant l'embarcadère au motu ; Tahaa (Polynésie française)

Ponton reliant l’embarcadère au motu
Tahaa (Polynésie française)

Le lagon de rêve par excellence ! Une piscine géante à 28°C... Tahaa (Polynésie française)

Le lagon de rêve par excellence ! Une piscine géante à 28°C…
Tahaa (Polynésie française)

Les paysagistes qui ont aménagés ce lieu ont fait un travail remarquable ; tout semble parfaitement intégré. On sent vraiment la touche supplémentaire qui justifie l’appellation « de luxe » ! Bingo, je découvre bientôt l’attraction de la journée : une piscine à débordement sertie dans un écrin de rêve. J’ai du mal à en croire mes yeux. C’est quelque chose que l’on ne voit décidément pas tous les jours. La piscine se trouve à seulement quelques mètres du lagon, à côté d’un imposant fare hébergeant un restaurant. Mes yeux ne cessent de passer des courbes sensuelles du bassin à l’étendue diaphane du lagon. De vastes hamacs tendus entre les cocotiers et des chaises longues molletonnées attendent bien sagement les flâneurs… La plupart sont vides; il n’y a vraiment pas grand monde. Quelle sérénité ! Je vie un rêve éveillé.

Le luxe... ; Tahaa (Polynésie française)

Le luxe…
Tahaa (Polynésie française)

Piscine à débordement à seulement quelques mètres du lagon ; Tahaa (Polynésie française)

Piscine à débordement à seulement quelques mètres du lagon
Tahaa (Polynésie française)

Confort et sérénité sont maîtres mots ici ; Tahaa (Polynésie française)

Confort et sérénité sont maîtres mots ici
Tahaa (Polynésie française)

Hamac et lagon invitent à la flânerie ; Tahaa (Polynésie française)

Hamac et lagon invitent à la flânerie
Tahaa (Polynésie française)

Piscine à débordement et lagon : l'embarras du choix ; Tahaa (Polynésie française)

Piscine à débordement et lagon : l’embarras du choix…
Tahaa (Polynésie française)

Je passe la piscine et poursuis tranquillement mon chemin en longeant la plage jusqu’à rejoindre l’extrémité nord du motu (Tau Tau). Je tombe alors nez-à-nez avec le récif corallien et Bora Bora au large.

Bora Bora vue depuis le motu Tautau avec le récif au premier plan ; Tahaa (Polynésie française)

Bora Bora vue depuis le motu Tautau avec le récif au premier plan
Tahaa (Polynésie française)

De retour à la piscine, je décide de piquer une tête dans ses eaux d’une pureté irréprochable. Moment de grâce. Je « kiffe » qu’il y ait si peu de monde, c’est franchement le pied ! Je passe de longs moments dans la piscine à me prélasser et à nager sous l’eau (à l’aide de mes lunettes de plongée que je suis bien content d’avoir emmené avec moi).

Vers 12h30, je quitte le secteur piscine pour rejoindre le grand restaurant de l’hôtel, situé à l’étage du fare principal. L’endroit est à l’image du reste, superbe. Je n’y vois ni touriste ni personnel, c’est bizarre… Je passe faire un tour dans les toilettes par nécessité, mais aussi pour voir à quoi peuvent bien ressembler des toilettes de luxe ! Des feuilles de fougère et des fleurs de tiaré ont été joliment disposées sur les réservoirs.

Je redescends. Ce restaurant est très certainement réservé aux repas du soir et aux grandes occasions. Les déjeuners se prennent à côté de la piscine, où quelques touristes commencent justement à se mettre à table. Je fais de même, en appréhendant un peu de découvrir les prix affichées sur la carte… Je suis là pour me faire plaisir quand même, alors je m’autorise un cocktail à la noix de coco (1750 XFP) qu’accompagne un poisson cru au lait de coco (2300 XFP). La service est rapide, le cocktail et le plat superbement présentés, la serveuse souriante… Rien à redire, c’est parfait ! Je me régale, m’enivrant de ces saveurs tropicales tout en me délectant du cadre exceptionnel dans lequel je me trouve. Quelle chance j’ai d’être là !!!

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Je passe le reste de l’après-midi en alternant piscine, hamac et transat face au lagon et à Tahaa en arrière-plan. S’il y a un paradis sur Terre, je l’ai trouvé aujourd’hui !

17h : Il est temps de quitter cet éden pour retourner dans le monde réel. Je paye ma facture à la réception, nichée dans un très beau bâtiment en forme de bateau renversé puis rejoins le ponton pour embarquer dans la navette de 17h15. Je discute quelques minutes sur le « lagon du retour » avec Christine, une métropolitaine travaillant à la boutique de l’hôtel depuis 6 ans et faisant ce trajet tous les jours. Je me dis que ça doit être génial de travailler dans un endroit pareil !

Arrivé au port de Tapuamu, je prends la direction du sud et trouve très vite un stop à l’arrière d’un pickup (coincé à côté d’un barbecue). Je me fais déposer à Haamene et trouve, après quelques centaines de mètres à pied, un second stop pour rejoindre la maison de Maryse et Hugo. Il est 18h passé de quelques minutes lorsque j’atteins ma destination.

Je déménage ce soir. Direction : chez Brigitte et André, un couple de métropolitains installés à Tahaa depuis 3 ans et demeurant dans la baie d’Apu, au sud de l’île. C’est grâce à Brigitte que j’ai pu faire la connaissance d’Hugo et Maryse. Je suis très content de la rencontrer ce soir !

André, Brigitte, Maryse et Hugo ; Tahaa (Polynésie française)

André, Brigitte, Maryse et Hugo
Tahaa (Polynésie française)

Brigitte et André ont une belle maison à l’écart de la route, ouverte sur l’extérieur avec une grande terrasse couverte servant de salle à manger. L’air circule bien dans les pièces, c’est une maison agréable à vivre. Brigitte me présente mes quartiers pour les trois prochains jours. Ma chambre est au top, avec toilettes et salle-de-bain privée. La moustiquaire, déjà en place, n’est pas de trop car les moustiques sont légion ici aussi…

Ma chambre chez Brigitte et André ; Tahaa (Polynésie française)

Ma chambre chez Brigitte et André
Tahaa (Polynésie française)

Nous prenons l’apéro tous les 5 sur la terrasse. La discussion porte surtout autour des fonctionnaires, des enseignants en particulier, et des avantages pécuniaires à travailler en Polynésie française . Maryse et Hugo ne restent pas dîner. Je leur dis au revoir en les remerciant de leur accueil et de leur gentillesse. Merci Hugo, merci Maryse, c’était génial !!

Au menu ce soir : Un pavé de thon aux amandes accompagné de pois carrés, avec en dessert une salade de fruits saupoudrée de sucre vanillé de Tahaa. Un délice ! Brigitte est à l’évidence un cordon bleu, plutôt cool !

Minuit : extinction des feux.

29 octobre, Tahaa

Brigitte me dépose ce matin au village d’Haamene d’où je pars pour parcourir la « Route de la Traversée ». Il ne s’agit en fait que d’un chemin que seul un bon 4×4 peut emprunter. Il faut à priori 3h pour rejoindre la côte nord au niveau du village de Patio (chef-lieu de l’île). Je me mets en route vers 8h30. Il fait beau – et chaud forcément sous ces latitudes – mais rien ne dit que je resterai sec tout le long du parcours. Après les trombes d’eau tombées en fin de nuit, l’air est chargé d’humidité, qui plus est dans le sous-bois.

La traversée ne me prend finalement que 2h15 à bon rythme. Je n’ai croisé presque personne, si ce n’est quelques ados se rendant à pied à Haamene depuis Patio. J’ai trouvé cette petite marche sympa même si, contrairement à mes attentes, les points de vue sont rares…

11h : Je me pose dans le snack situé à côté de la Poste de Patio, en attendant qu’Hugo aie terminé sa matinée de travail à l’école primaire du village car nous avons prévu de nous retrouver à 11h30 pour déjeuner ensemble. Je profite de ce petit temps mort pour écrire un peu. Hugo me rejoins à l’heure prévue. Nous commandons un poissons cru « à la chinoise ». Les premières bouchées sont délicieuses mais le plat, trop sucré, devient vite écœurant. Je peine à terminer mon assiette. Hugo me paie le repas ; sympa !

Une heure plus tard, Hugo repars à l’école. Je reste au snack à écrire pendant une heure puis rejoins Hugo qui me fait visiter les lieux et me demande d’intervenir à l’improviste dans une classe de CE2/CM1 pour raconter mon périple. Je passe ainsi 20 minutes avec les enfants à leur présenter mon voyage et à répondre à leurs questions. Curieux, ils répondent avec enthousiasme aux questions de géographie que je leur pose.

14h30 : Je quitte Patio en compagnie d’Hugo. Nous faisons un arrêt pour ramasser de belles goyaves bien mûres dans un petit verger en bord de route, apparemment accessibles à tout le monde. Miam ! Je passe ensuite deux petites heures chez Maryse et Hugo avant de rejoindre en voiture la maison de Brigitte et André. Il y a du monde à mon arrivée ; c’est répétition de théâtre chez les Fravalo ! Je passe un peu de temps dans ma chambre, protégé des vampires derrière ma moustiquaire, avant de rejoindre le groupe pour un apéro dînatoire (auquel je participe avec quelques denrées achetées à Patio ce matin).

30 octobre, Tahaa → Bora Bora (!)

Une journée « off » passée chez Brigitte et Hugo. Je passe quelques heures ce matin sur leur ordinateur portable. Quel bonheur de retrouver un grand écran, un clavier et une souris après des semaines de tablette !  Je passe une bonne partie de mon temps à rédiger des demandes pour du wwoofing en Nouvelle-Zélande car je débarquerai là-bas dans moins de 10 jours !

Vers 10h, je me mets aux fourneaux pour préparer le déjeuner. Au menu : quiche au thon, carrottes et oignons, avec une salade verte et un brownie au chocolat pour le dessert. Tout est prêt lorsque Brigitte et André rentre de leur travail respectif vers midi. Ils ont l’air d’apprécier le repas. Tant mieux !

16h45 : Brigitte m’emmène au port de Vaitoare. Je quitte mes hôtes et la belle Tahaa peu après 17h pour rejoindre sa grande sœur, Raiatea. Tu vas me manquer Tahaa… Les quatre jours que je viens de passer sur cette île auront été riches en belles rencontres et en découvertes. C’est certain, l’accueil réservé par mes hôtes aura largement contribué à ce coup de cœur ! Cette seconde expérience « Couchsurfing » est donc très positive. A renouveler.

Mon avion pour Bora Bora est à 18h40 et, sachant que je dois me présenter au plus tard 20 minutes avant le décollage, j’espère arriver à temps… Je débarque à Uturoa vers 17h15 et grimpe dans un taxi (500 XFP) pour me rendre à l’aéroport. J’aurais pu tenter le stop mais, avec la pluie et mon stop raté pour quitter Moorea, je préfère la jouer « sécu ». Aucun souci, je suis largement dans les temps pour mon vol. Quel plaisir de bondir à nouveau d’une île à une autre. Et quelles îles !

Bora Bora… oh la la, je n’y crois pas !

Un rêve en passe de devenir réalité.

Seule ombre au tableau : la météo refait des siennes et j’ai bien peur que les jours à venir soient moins favorables que les précédents. Faites que j’ai droit à au moins une petite journée de beau temps à Bora, please

 

Raiatea, l’Île Sacrée

22 octobre 2014, Raiatea

Il faut environ 20 minutes à notre avion pour parcourir les 47 kilomètres qui séparent les aérodromes de Huahiné et de Raiatea. Comme sur Huahiné, il n’existe qu’une seule piste et elle se trouve à l’extrême nord de l’île. Il fait nuit noire lorsque je sors de l’avion. Me voilà déjà sur la troisième île de mon itinéraire polynésien. Que le temps file !

Raiatea, l’Île Sacrée, doit son surnom au statut privilégié qu’elle occupe dans la culture traditionnelle. Considérée comme le berceau du peuple et de la culture polynésienne, elle serait ainsi Hawaiki Nui : l’île mythique où tous les peuples de Polynésie situent leur origine. Rien que ça ?! Je ne le savais pas mais la Polynésie couvre en fait un territoire immense ayant la forme d’un triangle – le triangle polynésien – entre l’archipel d’Hawaï, la Nouvelle-Zélande et l’Île de Pâques.

Ariititi – certains prénoms polynésiens sont à croquer -, émissaire de la pension Tepua dans laquelle j’ai réservé, est chargée de venir me chercher à l’aérodrome. Nous faisons un saut au supermarché d’Uturoa, chef-lieu de l’île, avant de rejoindre l’hébergement à deux petits kilomètres et demi de là en direction du sud-est de l’île. Je suis dans un dortoir pouvant accueillir 12 personnes mais nous ne sommes que trois pour l’instant. Je remarque avec plaisir que certains lits sont dotés d’une moustiquaire. Je choisis l’un d’entre eux, pose mes affaires et poursuis ma visite avec Ariititi. La pension est franchement agréable, je ne suis pas déçu. Ouverte sur une cour intérieure agrémentée d’une petite piscine, elle offre un accès direct au lagon via un ponton. Des kayaks et des vélos sont par ailleurs disponibles à la location. Le séjour s’annonce des plus agréables.

La visite achevée, je me pose dans la cuisine pour dîner – un cassoulet en boîte et des olives noires – tout en faisant connaissance avec l’un de mes deux collègues de dortoir : Frédérique, un français dans la cinquantaine en vadrouille autour du monde. Je trouve qu’il a une façon assez négative de voir les choses – il est peut-être dans l’un de ses mauvais jours – et je n’accroche pas du tout avec lui. J’espère que l’autre résident du dortoir sera plus engageant.

Je me mets à l’écriture après le repas pour consigner sur le papier mes dernières journées puis file prendre une douche avant de me glisser sous la moustiquaire. Il est 22h à l’extinction des feux.

23 octobre 2014, Raiatea

Et c’est reparti ! De la pluie, encore de la pluie… Cette météo tristounette qui dure depuis plusieurs jours dans l’archipel de la Société commence à peser sur mon moral. Profitant d’une éclaircie, je mets le nez dehors en fin de matinée pour rejoindre le bourg d’Uturoa à pied. J’y suis en une petite demi-heure à bon rythme.

Je passe à la pharmacie pour acheter des protections auditives et retrouve avec bonheur ma marque habituelle – Quies – et ses boules en mousse auto-gonflante si efficaces (Quies est au passage une marque française ayant près de 100 ans. Cocorico !). Depuis mon vol à Buenos Aires, j’ai dû composer avec des « bouchons d’oreille » de mauvaise qualité : pas génial quand on fréquente des dortoirs la plupart du temps…

Je décide ensuite de monter au sommet du Tapioi (300 m), un piton volcanique surplombant Uturoa au sud. Malgré la faible déclivité, je suis très vite en nage. L’atmosphère est vraiment saturée d’humidité ces jours-ci. Mes efforts sont récompensés par un panorama de toute beauté mais aussi par une agréable surprise. Je tombe en effet par le plus pur des hasards sur Virginie et Geoffroy, le couple de belges rencontrés à l’aéroport de Tahiti au début du mois. Tahaa, l’île sœur de Raiatea avec laquelle elle partage le même lagon, est bien visible au nord, tandis que l’on aperçoit Bora Bora au loin un peu plus à l’ouest. Nous restons un moment à discuter tous les trois face au paysage avant de prendre quelques photos souvenir sur fond de bleus.

Lagon au nord-est de l'île ; Raiatea

Îlot situé dans le lagon au nord-est de l’île
Raiatea

Photo souvenir avec Virginie et Geoffroy au sommet du Tapioi ; Raiatea

Photo souvenir avec Virginie et Geoffroy au sommet du Tapioi
Raiatea

Lagon au nord-est de Raiatea et à l'est de Tahaa ; Raiatea

Portion de lagon située au nord-est de Raiatea et à l’est de Tahaa
Raiatea

Repu du spectacle, nous redescendons vers Uturoa en partageant nos récentes découvertes polynésiennes. Pleuvra, pleuvra pas. Les nuages et la brume gagnent du terrain. Je décide de rentrer en faisant du stop. Un pick-up m’embarque après seulement quelques minutes d’attente. Trois minutes plus tard, me voilà déjà devant la pension, avec une bière à la main offerte par l’équipage. Vraiment accueillants ces polynésiens !

Je passe une bonne partie de l’après-midi à discuter avec Nina, une voyageuse américaine dans la cinquantaine. Elle en est, me dit-elle, à son quatrième tour du monde en solitaire ! C’est une fumeuse invétérée de ganja. Elle a un look de hippie avec ses dreadlocks parsemés de babioles et parle avec une voix rauque qui sied si bien aux gros fumeurs : un vrai personnage cette Nina ! Elle aurait financé deux de ses périples avec l’argent de procès intentés suite à de petits incidents. Les américains ont recours à la justice pour tout et n’importe quoi, c’est bien connu… Une réputation qui, à l’évidence, n’est pas totalement infondée. Je n’adhère pas du tout à ses pratiques douteuses mais discuter avec Nina s’avère plutôt instructif et, malgré tous ses « défauts », je la trouve plutôt attachante.

24 octobre 2014, Raiatea

Le ciel est toujours à la pluie. Les averses se succèdent, démotivant les troupes. Je passe une grande partie de la journée cloîtré bien au sec dans la pension. Dommage car j’étais bien tenté pour faire le tour de l’île en stop aujourd’hui !

Je sors en fin de matinée avec un vélo que me prête gentiment Ariititi, sachant qu’ils sont normalement loués 1000 XFP par jour. C’est la première fois que je teste un vélo à rétropédalage et j’avoue ne pas être emballé du tout par le système. Sans possibilité de changer de vitesse, ce genre de biclou n’est bon qu’à faire du plat ! Je parviens tant bien que mal à rejoindre Uturoa et son marché couvert. Il y a bien peu de diversité dans la halle des fruits et légumes. Ce n’est pas la saison je présume.

Le marché artisanal, situé à l’étage, offre en revanche un bel éventail d’objets : des bijoux en forme d’hameçons polynésiens taillés dans des coquillages, des colliers produits à base de perles ou de conques de nacre, des paréos aux couleurs chatoyantes ou encore des tikis. Ces dernières attisent ma curiosité. Très sylées, elles sont à l’effigie du personnage mythique mi-homme mi-dieu qui, selon la légende, engendra les humains. J’en ramènerais bien une avec moi si leur prix n’était pas si élevé (sans parler de l’encombrement). Lors d’une prochaine visite en Polynésie peut-être…

Je rentre à la pension après cette visite pour y passer le reste de la journée. Je fais la rencontre en fin d’après-midi de deux paloises (habitants de Pau) fort sympatiques dans la cinquantaine : Joëlle et Gisèle. Elles viennent d’arriver à Raiatea et, comme la plupart des voyageurs, n’y passeront que quelques jours. J’accroche rapidement avec elles et nous discutons un bon moment tous les trois.

Le soir venu, j’accompagne Nina à une représentation de danse polynésienne dans un restaurant situé de l’autre côté de la baie. De jeunes polynésiens revêtus de tenues traditionnelles dansent au rythme des tam-tams joués par un petit groupe de musiciens locaux. La musique, composée uniquement de percussions, me donne la chair de poule tellement elle me « prend aux tripes ». Nous faisons la rencontre de deux insulaires pendant la représentation. Elles nous embarquent à l’issue de la soirée dans un bar d’Uturoa pour aller danser. Je partage quelques danses avec elles, puis Nina et moi nous faisons redéposer à la pension.

Représentation de danse et de musique traditionnelles ; Raiatea

Représentation de danse et de musique traditionnelles
Raiatea

Il est près de minuit lorsque je me mets au lit.

25 octobre 2014, Raiatea

Je loue l’un des kayaks de mer de la pension ce matin (1500 XFP la journée) pour découvrir la partie orientale du lagon de Raiatea. J’ai dans l’idée de me rendre jusqu’à la Baie de Faaroa, une profonde échancrure située à une dizaine de kilomètres plus au sud. Mon objectif me semble ambitieux mais je me dis qu’en partant tôt et en emmenant de quoi boire et manger, je devrais pouvoir y arriver. Si je ne suis pas trop fatigué, je pourrai peut-être même remonter un petit bout de la rivière Apomau qui débouche dans la baie ; sait-on jamais…

Cependant, le lagon est loin d’offrir aujourd’hui un terrain de jeu idéal pour ce genre de randonnée sur l’eau. Au bout d’une heure, le vent se lève, agitant sensiblement la surface du lagon. Mon kayak est chahuté et, le vent venant de face, la progression devient difficile. Bien que j’ai pris soin de l’envelopper dans un sac poubelle, mon sac à dos finit par prendre l’eau. Ce n’est pas très grave car la seule chose qui craigne vraiment l’eau de mer est mon appareil photo et il est protégé dans plusieurs sacs zip étanches. Les vagues ont tôt fait de remplir mon kayak à ras-bord, si bien que je me retrouve baignant dans un bain d’eau de mer à 30°C jusqu’au nombril. Heureusement que ces embarcations sont faites pour continuer à flotter ! J’ai beau écoper de temps en temps, l’eau finit toujours par revenir.

Lutant contre le courant et les vagues pour progresser vers mon objectif, je réussis à parcourir environ 6 km. Mais le vent ne faiblit pas. La baie, que je ne devine pas encore, me semble à mille lieues de ma position. Au bout d’un peu plus de deux heures, fatigué et n’éprouvant plus aucun plaisir à pagayer dans ces conditions, je décide d’abandonner et de rebrousser chemin. Ayant le courant de mon côté, je suis beaucoup plus rapide au retour. J’alterne progression active et passive en donnant 100 coups de pagaye puis en me laissant dériver vers le nord. Je suis déçu de ne pas avoir pu rejoindre la baie mais me fais une raison : c’était trop ambitieux dans ces conditions…

Je suis de retour à la pension peu avant midi, après 3h30 de kayak. GoogleEarth me dira que j’ai parcouru environ 12 km… Pas si mal ! Je me repose quelques heures puis ressors vers 15h pour une nouvelle sortie sur le lagon, cette fois en direction du nord. Le lagon s’est assagi depuis ce matin et la progression sur le miroir bleu est un vrai régal. Je me rends vers un motu flanquant la passe Teavarua, en face de la baie, puis file droit vers le passage Tearea Rahi, le chenal de 3 km de largeur qui sépare Raiatea de Tahaa. Je fais le tour d’un minuscule îlot à l’est du chenal et assiste, au passage, à l’arrivée d’un tanker dans le port d’Uturoa.

Le jour commence à décliner. Je retourne caboter à l’ouest du petit motu et aperçois à plusieurs reprises un aileron perçant la surface de l’eau à une dizaine de mètres de moi. Waouh, un requin ! C’est une première pour moi. Même si la taille de l’aileron laisse penser qu’il s’agit d’un jeune individu, la vision de cet animal de légende n’en reste pas moins impressionnante.

J’essaie de l’approcher pour tenter de l’apercevoir sous l’eau mais en vain. Il fait presque nuit lorsque j’accoste mon kayak le long du ponton de la pension, peu après 18h. Je viens de parcourir 9 km en trois heures ce qui, avec les 12 km de ce matin, fait un total de 20 km aujourd’hui.

26 octobre 2014, Tahaa

J’entame ce matin ma dernière journée sur l’île de Raiatea. Pour finir en beauté ce séjour un peu gâché par la météo, j’ai décidé de partir à l’assaut du Plateau Temehani. Là-haut, j’espère pouvoir découvrir le Tiare apetahi, une espèce de tiaré extrêmement rare, endémique de l’île de Raiatea et de ses hauts plateaux. Il ne resterait, d’après mes recherches sur Internet, que cinq pieds en tout et pour tout dans le monde, présents exclusivement à l’état sauvage (la transplantation ayant systématiquement échoué).

Les gens de la pension m’ont dit qu’on ne pouvait pas se rendre sur le plateau sans l’assistance d’un guide. Celui que j’ai tenté de joindre n’était pas disponible aujourd’hui malheureusement. Qu’à cela ne tienne, j’essaierai de m’y rendre seul ! Je dispose de peu d’infos : je sais juste que le plateau se trouve à l’ouest de la pension et qu’un sentier permettant de s’y rendre devrait se trouver au terminus d’une petite route non loin de là…

Je pars vers 8h30 en longeant la route en direction d’Uturoa puis bifurque rapidement sur ma gauche au niveau d’un supermarché. Le temps est moite ce matin et le ciel partiellement couvert. Je ne suis pas à l’abri d’une bonne douche ! Je poursuis le long d’une petite route desservant quelques habitations jusqu’à atteindre une bifurcation. Mmmh, quelle direction prendre à présent ? Une voiture passe à ce moment-là ; c’est le moment de demander confirmation !

L’information prise, je bifurque à droite, traverse un ruisseau puis commence gentiment à m’élever le long d’un chemin s’enfonçant dans la touffeur de la jungle polynésienne. Je passe un panonceau réglementant l’accès au plateau. Il faut visiblement demander l’autorisation à la commune d’Uturoa pour pouvoir s’y rendre. J’hésite un petit peu à m’engager. Je n’ai pas de portable avec moi, ni même le numéro de la commune. Tant pis, je brave l’avertissement car j’ai vraiment très envie de prendre de l’altitude, m’éloigner du bord de mer et surtout découvrir ce fameux tiaré. Pour peu que je réussisse à le dénicher, je ne lui ferai aucun mal de toutes façons ! J’espère juste ne pas tomber sur un guide ou une personne qui pourrait me causer des ennuis.

Je poursuis donc mon ascension. Les dernières pluies tombées ces jours-ci ont rendu le chemin très boueux et glissant par endroit. L’atmosphère du sous-bois est saturée d’humidité. Je dégouline de partout, sans pourtant faire de gros efforts. Je m’essuie le visage sans arrêt avec ma casquette et suis obligé de m’arrêter fréquemment pour enlever la sueur de mes lunettes de vue.

Envahi par la végétation, le chemin est à l’évidence peu fréquenté. Je fais osciller une branche devant moi pour ôter les toiles d’araignées tendues en travers de mon passage car il n’y a rien de plus désagréable que de se prendre dans leurs filets (surtout au niveau du visage). Leur présence est toutefois une bonne nouvelle : je suis le premier à monter ce matin ! Pas un bruit incongru ne vient parasiter le calme de la forêt. Je ne croise personne, dans un sens ou dans l’autre. Tant mieux car ce pourrait être un guide qui risquerait de me sermonner ou pire…

Chemin forestier vers les hauteurs du Plateau Temehani ; Raiatea

Chemin forestier serpentant vers les hauteurs du Plateau Temehani
Raiatea

Après une bonne heure et demie, j’atteins le terminus du chemin et le début d’un vrai sentier qui file tout droit vers les hauteurs de l’île. La pente est très raide par endroit et je dois même escalader passage rocheux très raide et glissant, heureusement aidé d’une corde de sûreté. Ce sentier m’évoque certaines traces guadeloupéennes du Sud de la Basse-Terre, notamment celles des Monts Caraïbes.

Le paysage évolue très rapidement. Je me retrouve à présent dans une végétation basse de type « fourrés », typique des plateaux tropicaux d’altitude copieusement arrosés. Les points de vue sur l’intérieur de l’île, le lagon de Raiatea-Tahaa et sur la lointaine Bora Bora se multiplient.

Piton volcanique couvert de fourrés d'altitude ; Raiatea

Piton volcanique couvert de fourrés d’altitude
Raiatea

Bora Bora, captivante... (admirée depuis le Plateau Temehani) ; Raiatea

Bora Bora, admirée depuis le Plateau Temehani
Raiatea

Bora Bora et le lagon de Raiatea-Tahaa vus depuis le plateau Temehani ; Raiatea

Bora Bora et le lagon de Raiatea-Tahaa vus depuis le plateau Temehani
Raiatea

Lagon de Raiatea, vers l'ouest ; Raiatea

Lagon de Raiatea, en direction de l’ouest
Raiatea

Je croise soudain deux hommes puis deux femmes, en train de courir dans l’autre sens. Ce sont des « trailers », des coureurs des montagnes. J’échange quelques mots avec l’une des deux femmes – une métropolitaine résidant à Raiatea – et en profite pour lui demander si elle sait où l’on peut trouver le Tiare apetahi. Elle m’indique gentiment l’itinéraire à suivre pour rejoindre une station. Génial, la chance me sourit.

J’ondule à présent sur le plateau en suivant mon fil d’Ariane au milieu du maquis d’altitude. Même si les branches basses me râpent les jambes, j’avance sans trop de difficultés, en veillant toutefois à rester très prudent car le terrain est traître, surtout en descente.

Il règne là-haut un calme olympien, bercé par le crissement de quelques cigales. Oui, des cigales ! J’imaginais les cigales exclusivement inféodées aux zones chaudes et sèches du bassin méditerranéen. Eh bien pas du tout ! Il en existe un peu partout dans le monde. La Cigale de Raiatea (Raiateana oulietea) est la seule espèce du groupe répertoriée en Polynésie française : une rareté… et un petit bijou pour les yeux d’après les quelques photos que j’ai pu glaner sur Internet. Raiatea héberge décidément des trésors de biodiversité !

cigale-raiatea-tuihana-2014 (tahitiheritage.pf)

La Cigale de Raiatea (Raiateana oulietea), endémique de l’île
Raiatea [Source : Tahiti Heritage – www.tahitiheritage.pf]

J’ai beaucoup de chance car le ciel tient bon et m’offre même de belles éclaircies. Heureusement que le plafond nuageux est plus haut que les jours précédents, car sinon je serais dans la purée de poix à coup sûr !

Je bifurque au niveau d’un panneau d’information dédié au Pétrel de Tahiti, là encore une espèce très rare et menacée. Après avoir enjambé quelques jolis bourbiers, j’arrive bientôt au niveau d’un ruisseau courant au pied d’un piton volcanique. J’imagine que c’est celui dont m’a parlé la femme tout à l’heure. Je traverse le filet d’eau puis commence à escalader le piton, vraiment très abrupt et glissant. Je redouble de prudence.

Cours d'eau parcourant les fourrés d'altitude du plateau Temehani ; Raiatea

Cours d’eau parcourant les fourrés d’altitude du plateau Temehani
Raiatea

J’aperçois soudain à mi-pente un écriteau posté devant une sorte de petit enclos (ruban) protégeant un trésor. Génial, j’ai trouvé un Tiare apetahi ! L’écriteau met en garde les visiteurs contre toute atteinte à l’intégrité du spécimen. La chance continue de me sourire : le tiaré porte une fleur – une seule – totalement épanouie. Ses cinq pétales d’un blanc pur, recourbés et étalés en demi-lune, confèrent à la corolle un aspect très original. On a l’impression que la fleur a été coupée en deux. Contrairement au Tiaré tahiti, elle ne présente pas de parfum particulier. Mission accomplie : j’ai vu de mes propres yeux cette petite merveille !

Fleur du rarissime Tiaré apetahi, une corolle très atypique ; Raiatea

Fleur du rarissime Tiare apetahi : une corolle très atypique
Raiatea

Je prends quelques photos au zoom en me contorsionnant un peu pour garder mon équilibre dans la pente puis reprend mon ascension vers le sommet du piton. Vais-je tomber sur d’autres spécimens ?

Arrivé en haut, j’ai droit à une jolie vue sur le lagon et sur une cascade dévalant une paroi rocheuse. Qu’est-ce que je fais à présent ? Je redescends par là où je suis monté, au risque de glisser, ou je tente d’emprunter la sente à peine marquée qui descend en pente plus douce de l’autre côté du piton ? J’opte pour la seconde option, espérant parvenir à me frayer un chemin dans les fourrés jusqu’à la rivière.

Cascade dévalant l'une des parois du plateau Temehani ; Raiatea

Cascade dévalant l’une des parois du plateau Temehani
Raiatea

J’arrive, au prix de quelques écorchures, à rejoindre le cours d’eau que je traverse sans enlever mes chaussures pour avoir plus d’adhérence. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun autre spécimen de tiaré apetahi, ce qui semble bel et bien corroborer le fait que c’est une espèce rarissime. De nouveau sur le sentier, je rebrousse chemin pour entamer ma longue descente vers la pension. Elle me prendra un peu moins de deux heures.

Quelle belle rando ! Je ne regrette vraiment pas d’avoir tenté le coup.

Je suis de retour à le pension peu après 14h. J’ai une faim de loup et me prépare une tambouille mixant pommes de terre et oignons frits, le tout relevé de curry : un repas trop copieux par des températures pareilles… Je passe un petit moment dans la piscine – dont je n’ai pas encore profité – après le repas. Le soleil, très généreux aujourd’hui, fait un bien fou au moral.

17h : Le temps est venu de mettre les voiles pour Tahaa, l’Île Vanille ! Je quitte la pension en disant au revoir à Joëlle et Gisèle qui m’invitent gentiment à venir leur rendre visite un jour dans le Sud-Ouest, si jamais je passais par là. Je sens leur invitation sincère et ça met du baume au cœur.

Les gens de la pension me conduisent en cinq petites minutes jusqu’au port d’Uturoa, où je suis censé prendre une navette pour Tahaa à 18h (Tahaa Transport Rapide). Je recroise avec plaisir Nina, qui vient de passer la journée sur l’île Vanille. Nous nous souhaitons respectivement bon vent pour la suite de nos périples respectifs. Elle a prévu de se rendre à Bora Bora puis Maupiti, avant de s’envoler pour d’autres îles du Pacifique puis l’Asie.

Je quitte Raiatea sans trop de regret si ce n’est celui de ne pas avoir fait le tour complet de l’île en stop ou, encore mieux, à vélo.

18h10 : La navette quitte l’embarcadère avec un peu de retard. Elle file droit vers le port de Vaitoare, situé au sud de l’île, à 6 km de là. Le soleil est sur le point de disparaître à l’horizon tandis qu’un quatre-mats vogue paisiblement entre ciel et mer. Le lagon est d’huile, l’air d’une douceur incroyable… Et moi, je vais droit vers une destination inconnue, un nouveau joyau de la Polynésie, une nouvelle aventure !

Moment de grâce.

Huahine, l’île sauvage et tranquille

18 octobre 2014, Huahine

L’avion atterrit à Huahine peu après 16h30, à l’issue d’une belle descente vers la piste d’atterrissage, construite à l’extrême nord de l’île. Assis côté hublot à gauche de l’appareil, j’ai tout loisir d’admirer la façade est de ce nouvel éden au cours de l’approche. L’île a l’air encore très sauvage ; ça promet de belles sensations !

Je récupère mon bagage de soute puis retrouve Christelle – la propriétaire du Camping Hiva Plage dans lequel j’ai réservé il y a quelques jours – à la sortie de l’aérodrome. Je grimpe dans son pick-up et nous voilà partis pour l’extrême sud de Huahine.

Nous arrivons très vite à Fare, le chef-lieu et le seul bourg véritablement constitué de l’île, situé à deux pas de l’aérodrome. N’ayant aucune provision et m’apprêtant à passer plusieurs jours au camping avec des possibilités de ravitaillement limitées (supérette sommaire à quelques pas du camping), je passe faire quelques courses au supermarché de Fare (encore un Super U), tandis que Christelle vaque à ses occupations. La taille du supermarché m’étonne un peu ; je n’ai rien vu d’aussi grand à Moorea. Du lait, du thon, du maïs, de la macédoine, du muesli, de l’emmental : pas très local tout ça mais, j’ai beau chercher, je ne vois pas trop ce que je pourrais prendre d’autre. Dommage que le rayon fruits et légumes soit aussi maigrichon et mal achalandé ! Surprenant dans une partie du monde aussi gâtée par Dame Nature…

Nous repartons au bout d’un petit quart d’heure en poursuivant notre route vers le sud, le long du littoral ouest de Huahine. Je tombe immédiatement sous le charme du paysage local. Même si Huahine présente un relief relativement peu prononcé – sa topographie n’excède pas 700 m d’altitude (669 m au Mont Turi) – elle m’apparaît d’emblée comme plus « sauvage » que Moorea.

Carte des Îles Sous-le-Vent (archipel de la Société)

Carte des Îles Sous-le-Vent figurant Huahine, en bas à droite (archipel de la Société)
Source : Wikipedia (2015), domaine public

Ici, pas de constructions en bandeau tout autour de l’île mais, au contraire, de longues portions de rivage totalement dépourvues d’habitations, comme abandonnées à une Nature qui s’exprime avec une opulence débridée. Les cocotiers sont omniprésents. J’ai rarement observé une telle luxuriance, une telle débauche de verts. Et comme à Moorea, le camaïeu végétal est en parfaite harmonie avec la palette du lagon.

Huahine présente la particularité d’être scindée en deux « presqu’îles » – Huahine Nui (Grande Huahine) et Huahine Iti (Petite Huahine) – reliée entre elle par un pont d’une centaine de mètres de longueur. Ce trait d’union enjambe un étroit chenal qui connecte la Baie Maroe et la Baie Bourayne, deux entailles pénétrant profondément à l’intérieur de l’île. Le lagon, connecté à l’Océan Pacifique par 5 passes, enserre l’île sur toute sa périphérie, à l’exception de sa partie la plus septentrionale. Huahine compte un peu plus de 6000 habitants, disséminés le long des côtes et sur les motus, pour une superficie de 74 km², ce qui en fait une île bien moins peuplée que sa voisine Moorea (16000 habitants et une fréquentation touristique bien plus forte).

Il nous faut une demi-heure pour parcourir les 20 kilomètres reliant Fare au camping, situé on-ne-peut-plus au sud de l’île, face au lagon. C’est un endroit paisible, bercé par le grondement sourd des vagues qui se brisent contre le récif, à 500 m de là. Christelle me fait rapidement faire le tour du propriétaire et me remet les clés de ma chambre, située dans une sorte de bungalow. Un lit, une commode, une table de chevet, deux fenêtres, une porte : c’est sommaire mais je m’en accommoderai sans problème.

Ma petite chambre au Camping Hiva Plage ; Huahine (Polynésie française)

Ma petite chambre au Camping Hiva Plage
Huahine (Polynésie française)

Je suis content de disposer de ma propre moustiquaire car la chambre n’en a pas et je constate que les petits vampires ont déjà pris leurs quartiers. Il y a deux autres chambres attenantes à la mienne : l’une est occupée par Christophe, un marseillais installé de longue date à Tahiti, et Vinciane, une noirmoutrine (habitante de Noirmoutiers) en pleine immersion dans la douce culture polynésienne. Je retrouve également avec plaisir Béa et Armand, le couple de marseillais fraîchement rencontrés au camping Nelson sur l’île de Moorea. Contrairement à Christophe, Vinciane et moi, Béa et Armand dorment sous la tente. Nous ne sommes que tous les cinq et il n’y a pas d’arrivée prévue pour les prochains jours. L’ambiance est très décontractée ; je sens que je vais beaucoup me plaire ici.

La nuit commençant déjà à tomber, je décide de m’installer dans ma chambre. Mais c’est la catastrophe en dézippant mon sursac ! Mon sac de randonnée est recouvert d’une sorte de crème de café poisseuse. Je découvre bientôt l’ampleur des dégâts en constatant que la poudre s’est aussi insinuée à travers les fermetures éclair du sac. Quel idiot ! Mais pourquoi fichtre ais-je laissé une boîte de café soluble presque pleine dans l’une des poches externes de mon sac alors que je prenais l’avion ?! La poudre s’est répandu partout, se transformant en cet affreux emplâtre à l’odeur particulièrement désagréable. Sérieux manque d’anticipation sur ce coup Nico ! Je n’ai pas le choix, il faut que je vide le sac intégralement pour pouvoir le nettoyer à grande eau. Je passe ainsi plus d’une heure devant le lavabo pour rattraper ma bourde. Il y a mieux comme soirée…

Je me couche peu après cet épisode imprévu, protégé de mes assaillants nocturnes derrière les mailles de ma moustiquaire…

19 octobre 2014, Huahine

Je me lève tôt ce matin car j’ai prévu de faire tout le tour de l’île à vélo aujourd’hui, soit un peu moins de 50 km. Je déchante cependant rapidement en voyant l’état des deux vélos mis à disposition par le camping pour ses résidents. Ce ne sont que de vieux biclous tout rouillés et brinquebalants, tout juste aptes à rouler… Peu de chance que je parvienne à faire le tour complet de l’île avec ce genre de vélo, en sachant en plus qu’il y a apparemment une bonne côte à monter sur Huahine Nui (on l’appelle d’ailleurs ici « le mur »). Je suis déçu mais je décide malgré tout de tenter ma chance avec le vélo qui me semble le moins « amoché ».

7h : Me voilà parti vers la façade est de Huahine Iti. Mon objectif – revu à la baisse vu l’état du vélo – est de faire le tour de la Petite Huahine. L’atmosphère est bien différente de celle de Moorea. Je ne croise presque personne et ne traverse qu’une poignée de zones habitées où les maisons s’égrainent le long de la route. Le calme est impressionnant et d’autant plus plaisant.

Je progresse tranquillement sur le ruban de bitume en admirant sur ma droite le lagon et sur ma gauche l’opulente végétation dévalant le relief. Les cocotiers sont partout, formant ça et là de petites cocoteraies qui, dans les zones planes, baignent dans de véritables bourbiers. Il a à l’évidence beaucoup plu dernièrement et le sol est souvent recouvert d’une eau croupissante infestée de moustiques. L’air est moite, le soleil brûlant.

Route circulaire faisant le tour de Huahine Iti ; Huahine (Polynésie française)

Route circulaire faisant le tour de Huahine Iti
Huahine (Polynésie française)

Mon vélo est vraiment une antiquité : selle défoncée, vitesses passant très mal voire pas du tout, roue voilée, freins à peine fonctionnels… Je suis contraint de rester sur une seule et même vitesse et, n’étant pas la plus dure, elle m’oblige à mouliner davantage. J’avance tant bien que mal, pestant parfois contre mon biclou.

Les rares personnes en voiture, à vélo ou à pied que je croise me saluent presquent tous d’un signe de la tête, quand ce n’est pas d’un chaleureux Bonjour ou d’un Ia Orana. Que c’est agréable ! Je m’arrête régulièrement pour prendre des photos : une fleur de tiaré ornée de gouttes de rosée par-ci, de jolis cocotiers par-là…

Le Tiare tahiti, petite perle fleurie au parfum envoûtant ; Huahine (Polynésie française)

Le Tiare tahiti, petite perle fleurie au parfum envoûtant
Huahine (Polynésie française)

Cocotiers... Des perches parfois très élancés ; Huahine (Polynésie française)

Cocotiers… Des perches parfois très élancées !
Huahine (Polynésie française)

Pénis de Hiro ; Huahine (Polynésie française)

Te moa o Hiro (traduction : Pénis de Hiro…)
Huahine (Polynésie française)

N’étant pas sûr de pouvoir faire le tour de Huahine Iti avec ce vélo, je m’étais fixé comme objectif de rouler pendant 1h30 avant de faire demi-tour. Je réussis néanmoins à rejoindre le nord de la « presqu’île » dans ce laps de temps. Je vais quand même l’avoir mon tour ! Je longe la Baie Maroe et atteins bientôt le fameux pont qui enjambe le chenal séparant la Petite Huahine de sa grande soeur.

Il ne me reste alors plus qu’à « redescendre » en longeant la côte ouest en direction du sud. Je peine comme un diable dans une montée en lacets qui ne me poserait pas la moindre difficulté en temps normal. Rah, ce vélo ! Je m’arrête quelques minutes dans une échoppe en rive sud de la Baie Haapu pour acheter une boisson fraîche – un jus d’ananas de la marque Rotui, produit en Polynésie, et vendu ici 113 XFP – et quelques bananes naines.

10h : Me voilà de retour au camping après trois petites heures de balade. Je suis content de moi car, malgré l’état déplorable du vélo, j’ai réussis à faire le tour de Huahine Iti ; ça relève du petit exploit. Dommage de ne pas pouvoir faire le tour complet de l’île ; j’en avais tellement envie. Qu’à cela ne tienne, je le ferai en stop et en marchant !

11h : Je me rends avec mes quatre collègues du camping – Armand, Béa, Christophe et Vinciane – au restaurant Chez Tara, situé à un bon quart d’heure de marche au nord-ouest du camping, pour déguster un repas tahitien préparé au four traditionnel. Même si j’arrive à l’improviste, le resto m’accepte quand même. 3500 XFP le repas (environ 30€) sans les boissons : ce n’est pas donné mais je me voyais mal manquer une si belle opportunité de goûter à la cuisine locale et partager un bon moment avec mes compagnons de camping.

Nous assistons tous les cinq à l’ouverture du four polynésien, une grande fosse rectangulaire accueillant toute une panoplie de plats. La plupart sont enveloppés dans des feuilles de bananiers pour une cuisson à l’étouffée. Leur quantité est impressionnante et les effluves qui s’en dégagent donnent l’eau à la bouche. J’observe la préparation d’un dessert à base de bananes et de lait coco – le po’e banane – puis m’installe autour d’une table avec Armand et Béa dont j’apprécie vraiment la compagnie.

Préparation d'un dessert à base de bananes et de lait coco : le po'e banane ; Huahine (Polynésie française)

Préparation d’un dessert à base de bananes et de lait coco : le po’e banane
Huahine (Polynésie française)

Extraction des plats cuits à l'étouffé dans le four polynésien ; Huahine (Polynésie française)

Extraction des mets cuits à l’étouffé dans le four polynésien
Huahine (Polynésie française)

Le buffet est ouvert ! Nous passons à tour de rôle devant une grande table exposant la large gamme de mets qui ont lentement cuits dans le four. Cinq vahinés sont chargées du service. Nous avons le choix entre une quinzaine de plats différents, à base de poisson cuit ou cru voire fermenté (le fafaru), de viande de porc ou de veau, de banane, de fruit à pain ou encore d’épinards. Le lait coco est quasi omniprésent dans toutes ces recettes. Mon assiette est pleine à ras bord à la fin du service ; l’appétit est à son comble. Béa et Armand ne se font pas prier non plus et remplissent généreusement leurs assiettes de ces victuailles alléchantes. Nous rejoignons notre table : que le festin commence !

Un buffet orné de délices typiquement tahitiens ; Huahine (Polynésie française)

Un buffet orné de délices typiquement tahitiens
Huahine (Polynésie française)

Que le festin commence ; Huahine (Polynésie française)

Que le festin commence !
Huahine (Polynésie française)

Et nous ne sommes vraiment pas déçus : c’est un pur régal, copieux et goûtu à souhait. Seul le fafaru – du poisson cru que l’on laisse mariner pendant plusieurs heures dans une macération d’eau de mer et de chevrettes (crevettes d’eau douce locales) ayant préalablement fermenté pendant plusieurs jours – me laisse une impression mitigée.

Trois musiciens agrémentent l’ensemble du repas de jolis airs tahitiens, qui accompagnent à merveille le chant de nos papilles. Mon estomac est déjà bien rempli lorsque je retourne à la grande table pour me faire resservir. Une bonne et une mauvaise idée car je termine cette deuxième assiette totalement rassasié. Béa et Armand ont fait de même et accusent aussi le coup de cette fringale : la digestion est à l’oeuvre et les paupières sont lourdes.

Un trio de musiciens - chanteurs bien sympa ; Huahine (Polynésie française)

Un trio d’artistes bien sympa !
Huahine (Polynésie française)

Et zut, le dessert !? Impossible de ne pas y goûter ! Nous faisons une pause pour laisser un peu de répit à nos estomacs avant de retourner une dernière fois à la grande table de service. La plupart des desserts sont à base de banane et donc plutôt consistants. Je me régale et termine littéralement gavé. J’ai rarement autant mangé de ma vie.

14h : Après avoir assisté aux dernières notes du trio musical, nous quittons le restaurant pour retourner au camping. Je ne suis pas dans mon assiette… (c’est le cas de le dire !) ; j’ai bien trop mangé et je regrette un peu ma boulimie. Pas trop quand même cependant, vus le prix et la qualité du repas. Le reste de la journée se fait en mode off pour tout le monde, un peu à la manière des lions après une boustifaille de zèbres. Mission : digestion ! Je n’avale naturellement rien, ne serait-ce qu’une miette, du reste de la journée…

20 octobre 2014, Huahine

C’est ma journée « stop » aujourd’hui et je compte bien faire tout le tour de l’île ! Je pars sur le coup de 9h, à pied, en direction de la façade est de Huahine Iti. Même s’il fait plutôt beau ce matin, le temps semble assez instable et je ne pense pas être à l’abri de quelques bonnes douches tropicales. Le soleil tape dur dès qu’il pointe entre les nuages et, l’air étant saturé d’humidité, je suis en nage en un rien de temps.

J’ai décidé de marcher une demi-heure avant de commencer à lever le pouce. Je ne croise qu’une ou deux voitures pendant tout ce temps… Ça pourrait bien s’avérer plus difficile que prévu si le taux de passage horaire est aussi faible. Que c’est calme et apaisant !

Martine, une infirmière originaire de Lyon et installée à Huahine depuis 11 ans, est la première personne à me prendre gracieusement en stop. Débutant tout juste sa tournée, elle me dépose deux petits kilomètres plus loin devant la maison de son premier patient, de l’autre côté de la Baie Mahuti. Voilà une rencontre brève mais fort sympathique.

Je continue à pied pendant un petit quart d’heure avant que Martine ne me reprenne à nouveau en stop pour me déposer à nouveau 2-3 km plus loin. Mon troisième stop s’avère beaucoup plus fructueux en terme de distance parcourue. Un groupe de trois amis navigateurs dans la cinquantaine m’embarquent dans leur petite voiture de location jusqu’à Fare, au nord-ouest de Huahine Nui. Nous faisons en chemin une pause au niveau du pont pour observer les poissons qui fréquentent le chenal séparant les deux baies. L’un d’entre eux travaille pour le ministère de la défense ; il est en mission dans l’archipel des Tuamotus me dit-il mais refuse naturellement de s’étendre sur le sujet… Je me dis que sa présence est peut-être liée aux essais nucléaires pratiqués par la France pendant 30 ans, de 1966 à 1996. J’apprendrai plus tard qu’il y aurait eu près de 200 essais aériens et souterrains dans les atolls de Mururoa et de Fangataufa..

Je ne m’attarde pas dans le bourg, faisant seulement un saut au supermarché puis deux tentatives de retrait dans deux distributeurs automatiques car je suis un peu à court pour payer mon séjour au camping. Aïe, mon plafond de retrait hebdomadaire a déjà été atteint. C’est la première fois que ça m’arrive (à moins que mon problème de retrait sur Rapa Nui ait aussi été dû à ça) ; j’espère que mes fonds seront débloqués d’ici deux jours ou je vais avoir un sérieux problème…

Je commence à sortir de Fare en marchant en direction du nord-est. Il commence à faire vraiment très chaud sur la route. Heureusement, je trouve rapidement un quatrième stop : le responsable de la Banque Socredo de Fare ! Il fait un petit détour pour me déposer devant le Fare Pote’e, une construction typique de l’habitat traditionnel polynésien sur pilotis, situé en rive sud du lac Fauna Nui. C’est vraiment très gentil de sa part. Les polynésiens sont décidément très accueillants !

Il n’est pas encore midi et me voilà déjà à Maeva, au nord-est de Huahine Nui ! Je visite le Fare Pote’e qui accueille un petit musée archéologique. Ancienne capitale de l’île, Maeva présente une grande richesse culturelle. On y trouve notamment plusieurs marae, terme désignant les plateformes, généralement construites en pierres volcaniques ou en corail, où avaient lieu les anciens cultes polynésiens.

Après cette brève visite, je me pose devant le musée pour manger un morceau puis me remets en route. Prochaine étape sur mon itinéraire : les Anguilles Sacrées de Faie, dont Béa et Armand m’ont parlé. Elles sont apparemment énormes et ont les yeux bleus ; il faut que je vois ça ! N’ayant pas de carte, je ne sais pas où se trouve exactement Faie ; un peu plus au sud, je suppose… La roue tourne : les rares voitures qui passent dans ma direction m’ignorent.

Ruine d'un marae (plateforme de culte) ; Huahine (Polynésie française)

Ruines d’un marae (plateforme de culte)
Huahine (Polynésie française)

Petit bateau protégé par un abri ; Huahine (Polynésie française)

Bateau hors d’eau protégé par un abri (on se croirait en Floride…)
Huahine (Polynésie française)

Après cinq kilomètres, je finis par atteindre mon objectif : les fameuses Anguilles de Faie. Elles valent le coup d’oeil ! Leurs dimensions sont impressionnantes : les plus grosses doivent bien faire un bon mètre de long pour un tour de taille de 20 cm. Elles ont bien les yeux bleus, un bleu électrique assez troublant… J’en compte onze au total, paisiblement couchées dans le lit du cours d’eau, à l’ombre de châtaigniers tahitiens (ou māpē).

Je poursuis ma route et quitte bientôt Faie, toujours en direction du Sud. La route quitte le littoral pour s’engager vers les hauteurs, au coeur de l’opulente végétation. Je grimpe une belle pente à 15% – j’imagine que c’est le fameux « mur » dont m’a parlé Christelle – en suant à grosses gouttes dans la touffeur tropicale de ce début d’après-midi. La déclivité est moins prononcé ensuite, heureusement. A part deux voitures, je ne croise pas âme qui vive jusqu’à un petit col offrant un joli point de vue sur la Baie Maroe.

Un véritable fouillis végétal ; Huahine (Polynésie française)

Un véritable fouillis végétal !
Huahine (Polynésie française)

Le temps se gâte au-dessus de la Baie Maroe ; Huahine (Polynésie française)

Le temps se gâte au-dessus de la Baie Maroe…
Huahine (Polynésie française)

Le ciel est à présent très chargé et le vent se lève. Il ne va pas tarder à tomber des cordes ; je le sens ! Je descends une côte très raide filant droit vers le rivage. Je me suis trompé : le voici le « mur » ! Je suis bien content de le prendre dans le ce sens-là…

Il commence à pleuvoir peu avant que j’atteigne la baie. Une pluie plutôt fine mais drue. Je m’abrite un petit quart d’heure sous un abri bus. La pluie ne semblant pas prête de s’arrêter, je décide de quitter mon refuge pour prousuivre ma route, en prenant soin de protéger mon sac à dos dans un sac plastique. Peu de chance pour qu’on me prenne en stop trempé jusqu’aux os… Il me reste tout de même 15 km à parcourir pour rejoindre le camping ; ça fait une petite trotte ! En marchant à bon rythme, je devrais y être en trois petites heures.

Je suis rapidement trempé, sans éprouver pour autant la moindre gêne. L’ambiance est vraiment très agréable. La première voiture que je croise – un pick-up – accepte de me prendre en stop, me permettant de gagner un petit kilomètre jusqu’à l’intersection de la route de Fare. Quelques minutes plus tard, un autre pick-up accepte de me prendre.

J’ai tiré le gros lot : le chauffeur insiste pour me conduire jusqu’au camping, bien au-delà de sa destination finale. Je discute tout le long du trajet avec un « australien », à l’arrière du pick-up. Il ne vient pas du pays des kangourous mais des Australes, l’archipel le plus méridional de la Polynésie française. Un oiseau rare quand on sait que l’archipel – constitué de 5 îles hautes principales (Tubuai, Rurutu, Rimatara, Raivavae et Rapa) – ne compte pas plus de 7000 habitants ! Il me dit être en vacances chez des proches dans l’archipel de la Société depuis un an et quelques mois… Une rencontre brève mais sympa.

15h : Je suis (déjà) de retour au camping, 6h seulement après le début de cette petite aventure. Bilan des courses : le stop marche à merveille à Huahine ! Je le recommande vivement. Comme partout, c’est un excellent moyen de faire des rencontres intéressantes et de se faire une idée de la population fréquentant un territoire (un échantillonnage aléatoire en quelque sorte).

Je passe le reste de la journée au camping, sans grande effusion. La recherche d’un hébergement à Tahaa et à Bora Bora commence à me donner du souci ; je n’ai toujours rien trouvé ! Le temps presse car j’ai prévu de me rendre sur l’Île Vanille (Tahaa) dans moins d’une semaine avant d’enchaîner sur la mythique Bora Bora… J’ai réussi à trouver un toit à Raiatea, mon prochain saut de puce, c’est déjà ça !

La pluie tombe en trombes par intermittence une bonne partie de la fin de journée et de la nuit…

21 octobre 2014, Huahine

Je ne fais rien de bien spécial aujourd’hui si ne c’est une petite sortie en mer avec le kayak monoplace mis gratuitement à disposition par le camping. Contrairement aux vélos, les kayaks sont en état et c’est tant mieux. Je m’amuse comme un petit fou à ramer sur les eaux presque lisses du lagon.

Je commence par m’approcher au plus près du récif, situé à près de 500 m du rivage, pour admirer les impressionnantes lames qui se brisent sur la barrière corallienne. Petit moment d’exception…

Je longe ensuite le motu Araara en direction du nord-est, en glissant sur l’onde diaphane de la piscine géante… Je croise au passage un pêcheur maîtrisant à l’évidence bien son art : il vient de capturer une belle aiguillette ! J’échange deux mots avec lui puis, constatant qu’il est concentré sur son travail, le laisse tranquille. J’observe ensuite furtivement, du haut de mon kayak, trois raies croisant sur le fond sableux du lagon. Joli !

Passé le motu, je me rends une seconde fois au plus près du récif (situé ici à 1,5 km du rivage) en faisant attention de ne pas chavirer ni m’échouer. Les coraux sont en effet de plus en plus superficiels à mesure que l’on s’approche de la barrière récifale et un naufrage serait dangereux… Je rentre ensuite au bercail, content de m’être aéré la tête avec cette sortie marine.

Vue aérienne du sud de Huahine Iti figurant l'emplacement du Camping Hiva Plage

Vue aérienne du sud de Huahine Iti figurant l’emplacement du Camping Hiva Plage
Huahine (Polynésie Française) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Il pleut abondamment toute la journée sous forme de grains interrompus de courtes éclaircies. La pluie, et bien, ça finit par lasser assez vite… qui plus est dans un endroit pareil !

22 octobre 2014, Raiatea

Je ressors ce matin aux environs de 8h avec le kayak pour aller encore plus loin qu’hier, en direction du Motu Muti Mahora, situé au nord-est de Huahine Iti. Le ciel, instable depuis avant-hier, agrémente ma course de quelques grains bien drus et rafraîchissants. Toute une ambiance sur le lagon !

Même si les eaux sont calmes, les centaines de coups de pagaye finissent par avoir raison de ma motivation à rejoindre le motu, situé tout de même à 6 km du camping par voie maritime. Je n’ai par ailleurs pas emmené d’eau avec moi et la soif commence à se faire sentir ; ce ne serait pas très prudent. Je décide donc de faire demi-tour après avoir fait une longue pause en plein milieu du lagon, face à la Baie Mahuti, pour vivre à fond cet « ici et maintenant » si insolite.

10h : Je suis de retour au camping. Je n’ai aucune idée de la distance que je viens de parcourir : 5 ? 10 km ? Les distances sont toujours difficiles à appréhender en mer. Google Earth tranchera pour moi : 7 km ! J’enchaîne, après cette petite séance sportive, avec une baignade dans le lagon depuis la plage du camping. J’y observe des poissons clowns, accompagnés de leurs sempiternelles anémones, ainsi qu’un banc énorme de poissons jaune citron rayés de noir.

Je retourne me baigner une seconde fois dans le lagon en début d’après-midi avant de me poser dans la partie commune du camping, à l’abri des grains qui ne cessent de s’enchaîner depuis hier. Décidément, le temps est à la pluie ces temps-ci dans l’archipel de la Société. Il me reste deux heures d’internet, hors de prix ici (17€ les 5h), alors autant en profiter !

17h : Je quitte le camping de manière précipitée avec Christelle pour rejoindre l’aérodrome. Mince, j’étais persuadé que nous devions partir à 17h30 ! Mon avion pour Raiatea décollant à 18h30, ça aurait été vraiment « limite ». En passant à Fare, je parviens à retirer de l’argent au distributeur et peut donc payer sans problème l’intégralité de mon séjour à Christelle. Ouf, un souci en moins ! Christelle me dépose devant l’aérodrome peu après 18h. J’enregistre mon bagage de soute dans la foulée et, après une courte attente, grimpe dans l’avion.

18h30 : Décollage. Au revoir belle Huahine ! J’ai vraiment apprécié les quatre jours que je viens de passer ici. Je retiendrai surtout de cette île son aspect sauvage, la gentillesse de ses habitants, son calme incroyable… et les deux belles glissades que j’aurai faites sur son lagon. Dommage toutefois de ne pas avoir pu arpenter l’intérieur des deux massifs, difficilement abordables sans l’assistance d’un guide (les rares sentiers existants seraient privés)…

Raiatea, me voilà !

Moorea : premiers pas en Polynésie française

14 octobre 2014, Moorea

0h30, heure locale : l’avion atterrit au nord-ouest de l’île de Tahiti, plongée depuis longtemps dans la nuit ! J’ai du mal à réaliser que je suis en Polynésie française… C’est un grand – très grand – rêve que je réalise là ; un rêve de gosse. Du plus loin que je me rappelle, la Polynésie française m’a toujours fasciné. Comment en effet ne pas être irrésistiblement attiré par ses îles luxuriantes au relief souvent torturé, ses lagons éblouissants ou encore – et peut-être surtout – son éloignement, aux antipodes de la métropole ? Combien d’heures aurais-je passées sur la Toile ou sur Google Earth à caboter d’île en île en me jurant, un jour, d’aller explorer au moins quelques uns de ces petits confettis ?

Tahiti… Ce nom seul me faisait rêver et m’y voici bel et bien, ce soir ! Dire que je pensais encore en début d’année que ce moment arriverais bien plus tard dans ma vie… Comme quoi, certains rêves peuvent vite devenir réalité.

Le pilote nous annonce une température de 23°C. Je suis impatient de sortir de l’avion pour ressentir l’atmosphère de ces latitudes exotiques jusque là inconnues pour moi. La douce moiteur tropicale est bien là au sortir de l’avion et, à nouveau, des bribes caribéennes resurgissent. Je dis « bonsoir » à l’hôtesse qui nous accueille à la sortie de l’avion, trop heureux de me retrouver sur un territoire du bout du monde où la langue officielle est ma langue natale. Après plus de quatre mois en terre hispanophone, et avant de passer à l’anglais en Nouvelle-Zélande, cette bulle de français est plus qu’appréciable. Je ressens une bouffée de fierté envers cette langue, un sentiment que j’avais déjà éprouvé une première fois après un séjour de deux mois en Angleterre il y a quelques années.

Nous sommes reçus au son des ukulélés et au déhanchement de deux danseuses tahitiennes, naturellement pleines de grâce. Quel accueil ! Un accueil d’autant plus insolite quand on sait qu’il est plus de minuit. Je passe le contrôle de police avant de récupérer mon gros sac au carrousel à bagages. L’officier se contente de vérifier mon identité sans tamponner mon passeport. Car nous sommes bien en France ! Ce territoire d’Outre-Mer a beau disposer d’une plus grande autonomie que les DOM, il n’en reste pas moins français.

Beaucoup de passagers se voient offrir un magnifique collier de fleurs, soit par leurs proches, soit par le personnel des hébergements qu’ils ont réservés. Les plus choyés reçoivent une couronne florale. J’identifie tout de suite les deux espèces servant à leur confection : le Tiaré tahiti, fleur blanche en étoile délicieusement parfumée et emblématique de l’île – servant à la fabrication du monoï -, et l’Hibiscus, qui arbore des coloris variés.

Je vois beaucoup de tahitiennes porter au-dessus de l’oreille une fleur de tiaré ou d’hibiscus. Je suis agréablement surpris de voir certains hommes observer la même pratique, à la seule différence qu’il s’agit systématiquement d’une fleur de tiaré fermée. La fleur revêt une signification particulière selon son emplacement : portée à gauche, elle signifie « mon cœur est pris » ; portée à droite, « je suis libre comme l’air ».

Reprenant l’avion demain matin en direction de Moorea, je m’apprête à passer la nuit à l’aéroport. Vus les tarifs et le peu de temps restant avant le vol, il aurait été peu rentable de réserver un hébergement. Personne n’est donc là pour m’accueillir dans le hall de l’aéroport… Je ne peux m’empêcher d’éprouver un pincement au cœur à l’idée de ne pas faire partie du lot des touristes qu’on accueille « à la tahitienne », avec le collier de fleurs. Je me sens seul.

L’aéroport ferme pendant la nuit mais le hall, grand ouvert sur l’extérieur, reste heureusement accessible. J’espère que le quartier est sûr. Les sièges ne permettant pas de s’allonger, je suis contraint de rester assis. Dur de trouver le sommeil dans ces conditions… La nuit s’annonce longue.

Vers 1h30 du matin, nous ne sommes plus que trois passagers dans l’enceinte de l’aéroport : un couple de jeunes voyageurs et moi. Je me rends compte qu’eux aussi s’apprêtent à bivouaquer. Je vais à leur rencontre et fais ainsi la connaissance de Geoffroy et Virginie, deux belges francophones en plein tour du monde et qui, comme moi, parcourent l’Amérique du Sud, l’Océanie et l’Asie pendant un an. Leur périple a débuté en mai dernier, soit un mois avant que je mette à mon tour les voiles. Naturellement, il y a matière à discussion et nous bavardons ainsi tous les trois pendant plus de 4h. Voilà une nuit pour le moins originale !

5h30 : Geoffroy et Virginie quittent l’aéroport pour rejoindre la zone portuaire et embarquer pour Moorea, leur première escale en Polynésie. Nous nous recroiserons peut-être là-bas ! Je décide de profiter de leur départ pour changer d’endroit et me pose dans un café qui vient tout juste d’ouvrir ses portes. L’aéroport commence gentiment à s’animer dans l’aube naissante. Personne n’a l’air stressé ou mécontent : normal, on est au paradis ! La journée s’annonce très ensoleillée. Je me sens bien.

Je dépense mes premiers francs pacifiques (CFP), retirés au distributeur automatique pendant la nuit, pour me payer un semblant de petit déjeuner. Les billets sont vraiment jolis et ont l’air neuf. Une tortue, une fleur ou encore un oiseau, c’est tellement mieux qu’une tête de politicien ! 1000 CFP valent environ 8,5€, un nouveau rapport auquel il va me falloir m’habituer. Il m’en coûte 545 CFP (soit environ 4,60€) pour un croissant arrosé d’un café et d’un jus de fruit.

Je fais enregistrer mon gros sac vers 7h, me libérant ainsi d’un gros poids. Je profite de ce désencombrement et des deux bonnes heures que j’ai devant moi pour sortir de l’aéroport et aller faire un tour dans les rues de Faaa à la recherche d’un supermarché et du bord de mer. « Faaa » : quel nom étonnant !  Il s’agit en réalité d’un mot francisé, l’orthographe tahitienne étant Fa’a’ā. Je ne me souviens pas avoir déjà rencontré un nom contenant trois voyelles identiques qui se suivent…

Je trouve un supermarché rapidement au sud de l’aéroport. Un Super U ! Je suis à la fois surpris et ravi de trouver ici ce bon vieux repère français. Parcourir les rayons du magasin et retrouver, au bout du monde, des marques françaises telles que Petit Navire (enfin du thon en boîte qui ne me donnera pas envie de vomir), Cœur de Lion ou encore Vittel me procure un grand plaisir, je dois l’avouer, et ce même si ma conscience écologique me dit que c’est totalement illogique. Les prix sont prohibitifs, parfois deux fois plus élevés que ceux de la métropole. Je n’achète pas grand-chose : un petit carnet pour tenir mes comptes à jour, un paquet de cacahuètes, deux pains aux raisins et une petite bouteille d’eau. Avec ces quatre petits articles, j’avoisine déjà les 1000 CFP (8,5€) ! Ça promet…

Le bord de mer est quant à lui beaucoup plus difficile à trouver. Logique car je longe en fait l’unique piste d’atterrissage, construite sur le lagon. Je me balade jusqu’aux portes d’un hôtel de luxe puis rebrousse chemin sous un soleil déjà très chaud. Je ne ferai finalement qu’apercevoir Moorea et le lagon de Tahiti entre deux maisons. Je retourne à l’aéroport, retire à nouveau 25 000 CFP – j’ai donc près de 50 000 CPF soit 425 € en poche -, puis passe la sécurité pour rejoindre la salle d’embarquement. Le contrôle de sûreté est vite fait ; on sent que c’est « juste pour dire que… ».

En route vers Moorea ; Tahiti (Polynésie française)

En route vers Moorea !
Tahiti (Polynésie française)

J’avais déjà réservé mes 6 vols pour parcourir les Îles de la Société avant de quitter la France. J’ai opté pour le « Pass Bora Bora » qui me permet de parcourir à un tarif avantageux les îles de Moorea, Huahine, Raiatea-Tahaa, Bora Bora et enfin la petite Maupiti. J’espère que tout se passera sans trop de problèmes jusqu’au dernier vol car un changement d’horaire ou une annulation pourrait compromettre la réussite de ma « croisière » aérienne. L’option « bateau » m’avait tenté au premier abord puis j’ai vite abandonné l’idée, ce moyen de transport me semblant compliqué et peu fiable pour me rendre sur toutes les îles que je souhaitais visiter.

10h15 : Je grimpe dans l’avion, un ATR de la flotte d’Air Tahiti, la seule compagnie à desservir en interne la Polynésie française. Un appareil à hélices : une première pour moi ! On est un peu plus secoué que dans un avion de calibre supérieur. J’aperçois à travers mon hublot le lagon de Tahiti. Ce bleu m’impressionnera toujours… La couleur de l’eau, fidèle à l’image que j’avais en tête, paraît presque irréelle. Moorea et son relief acéré, coiffé de cumulus, grossit rapidement. Il faut à notre avion moins de 10 minutes pour parcourir les 17 km séparant les deux îles. Autant dire qu’il n’a pas le temps de monter bien haut !

Nous ne sommes pas plutôt montés dans les airs qu’il faut déjà redescendre. Ce saut de puce me coûte 70€, un prix très élevé pour aller de Tahiti à Moorea – le bateau s’avérant beaucoup moins cher -, mais le vol était de toute façon inclus dans le pass. Les autres vols seront bien plus rentables, eux. Et puis je me dis que c’est drôlement pratique de pouvoir ainsi « sauter » d’une île à l’autre en si peu de temps !

L’avion se pose sur l’unique piste d’atterrissage, située à la « pointe » nord-est de l’île. Me voilà à Moorea !!! Un rêve de très longue date se réalise, Moorea ayant toujours figuré au palmarès des îles à voir absolument lors de mon premier séjour en Polynésie française. L’aérodrome est tout petit. Pas de carrousel à bagages ici ; les sacs sont distribués directement par les bagagistes sur des sortes d’étagères.

Je récupère mon gros sac, réorganise tout mon attirail puis me mets en route. Mission : rejoindre le Camping Chez Nelson, l’hébergement que j’ai réservé avant mon arrivée. En Polynésie, contrairement à mes précédentes destinations, il s’avère très difficile de dénicher un hébergement en visitant tour à tour différentes adresses jusqu’à trouver son bonheur, comme je l’ai très souvent fait en Amérique du Sud. Et ce pour plusieurs raisons : les hébergements sont souvent très distants les uns des autres ; les transports en communs sont très rares et potentiellement peu fiables (j’en ferai l’amer expérience un peu plus tard) ; les taxis sont extrêmement chers (j’en ferai aussi malheureusement l’expérience) ; et enfin rien ne garantit qu’il y aura des places dans les hébergements accessibles en terme de prix, et ils sont plutôt rares.

J’aime marcher mais me trimbaler avec mes deux sacs sur des kilomètres en plein cagnard sans assurance de trouver mon bonheur, ou pour finalement être forcé de casser ma tirelire, ce serait un peu stupide.

Le Camping Chez Nelson se trouve pour ainsi dire de l’autre côté de l’île, à une trentaine de kilomètre, un peu en-dessous de la pointe nord-ouest. J’ai prévu de m’y rendre en stop car il n’existe pas, à ma connaissance, de bus desservant l’aérodrome. Je demande, par pure curiosité, à deux chauffeurs de taxi combien me coûterait cette course. L’un demande 4500 CFP (environ 40€) – non, mais quelle arnaque ! – tandis que l’autre, plus raisonnable, en demande 2500 (environ 22€). Cela me conforte dans l’idée de faire la route en stop.

Je commence donc à marcher en direction de la route principale qui ceinture toute l’île. Une voiture s’arrête rapidement à mon niveau ; c’est le chauffeur de taxi qui me demandait 2500 CFP. Il me propose de m’emmener gratuitement au plus près du camping sur son itinéraire. Vraiment sympa ! Je parcours ainsi avec Jean-Charles une quinzaine de kilomètres.

J’ai loisir tout en discutant avec lui d’observer les paysages qui défilent et, franchement, je ne suis pas déçu. Moorea est fidèle à l’image que je m’en était faite dans la tête : celle d’un relief volcanique acéré, enveloppé d’une épaisse végétation tropicale ; celle de jolies maisons colorées et fleuries ; ou encore celle de cocotiers bordant nonchalamment un lagon d’une beauté époustouflante. J’entraperçois ce dernier constamment derrière les rideaux de végétation qui bordent la route sur ma droite. Quelle merveille ! J’ai tellement hâte de piquer ma première tête dans ces belles eaux.

Jean-Charles me dépose au creux de la Baie d’Opunohu, l’une des deux échancrures entaillant profondément l’île au Nord (la seconde étant la Baie de Cook). Un grand merci à toi Jean-Charles ! « Mauruuru » comme disent les tahitiens. Je recommence à marcher affublé de mes deux sacs et me pose quelques minutes plus tard au bout d’une ligne droite de manière à être visible de loin et ainsi augmenter mes chances d’être pris en stop. Une voiture s’arrête cinq minutes plus tard : un couple de métropolitains installés à Moorea depuis un mois et dirigeant une location de villas. Je fais quelques kilomètres avec eux jusqu’à Pepetoai, un village situé à environ 5 km de ma destination finale.

De là, je me remets en poste pour un troisième stop. Un bus passe dans ma direction ; je grimpe dedans, le chauffeur connaissant l’emplacement du camping. Je me fais déposer quelques minutes plus tard devant mon hébergement. Le chauffeur me demande 300 CFP (environ 2,5€). Je trouve ça vraiment cher payé pour 5 misérables petits kilomètres (c’est apparemment le même prix pour faire tout le tour de l’île !) mais je ne dis rien et je paye. Rrr, j’aurais mieux fait de m’abstenir et d’attendre une troisième voiture.

11h45 : Je me présente à la réception du camping et suis reçu par le fameux Nelson, un homme d’une cinquantaine d’année pour le moins nonchalant. Il a l’air blasé… Je n’ai même pas droit à un petit tour du propriétaire. La nuit en chambre de trois me coûte 2200 CFP (soit un peu plus de 18€). Récoltant généralement de bons avis sur la Toile, c’est un hébergement bon marché que les backpackers fréquentent presque systématiquement. C’est, d’après mes recherches, l’un des moins chers de l’île et peut-être bien de toute la Polynésie française. Heureusement qu’il existe de telles options pour les voyageurs souhaitant découvrir la Polynésie sans nécessairement casser la tirelire.

Jardin du Camping Nelson ; Moorea (Polynésie française)

Jardin du Camping Nelson
Moorea (Polynésie française)

Jardin du Camping Nelson, avec le lagon en toile de fond ; Moorea (Polynésie française)

Jardin du Camping Nelson, avec le lagon en toile de fond
Moorea (Polynésie française)

Coin pique-nique face au lagon au Camping Nelson ; Moorea (Polynésie française)

Coin pique-nique face au lagon au Camping Nelson
Moorea (Polynésie française)

Malgré cet accueil un peu réservé, l’endroit me plaît beaucoup. Il est assez bien entretenu et surtout très bien situé, avec petite plage privée donnant directement accès au lagon, une supérette à 100 m et un petit centre commercial (Le Petit Village) à 300 m. Les chambres et les sanitaires (séparés des premières) donnent sur un grand jardin engazonné planté de cocotiers et de bugainvillées. On vit vraiment dehors ici et je m’y sens déjà très bien !

Je m’installe rapidement dans ma chambre (déjà occupée par un autre voyageur) et ressors faire quelques courses à la supérette du Petit Village. Qu’il fait chaud ! Le soleil brûlant du milieu de journée fait monter le thermomètre jusqu’à 30°C à l’ombre, une température on-ne-peut-plus plus normale sous ces latitudes.

De retour au camping, je fais une petite lessive à la main avant de piquer une tête dans le lagon, muni de mes lunettes de plongée. La température de la mer sous les tropiques surprend toujours quand on c’est sa première fois ou quand, comme moi, on s’en est déshabitué. C’est ni plus ni moins comme entrer dans son bain !

La partie du lagon située devant le camping n’est pas vraiment « conforme » à ma vision du lagon de rêve, à savoir un banc de sable ininterrompu et vierge de tout corail conférant au lagon une apparence de piscine géante. Il est ici envahi de « patates » de coraux et l’eau n’est pas très profonde (hauteur des hanches), rendant le survol du corail parfois risqué. Dommage mais cela reste très agréable malgré tout ; je n’ai pas à me plaindre !

Les vagues en provenant du grand large viennent se briser inlassablement contre le récif à plus d’un kilomètre du rivage, générant en continu un grondement sourd et un fin cordon d’écume interrompu ça et là. Après ce baptême polynésien, je me pose un long moment sur la petite plage du camping en admirant le soleil qui décline rapidement derrière une belle enfilade de cumulus. Notre étoile met les voiles vers 18h dans un vif éclat de couleur (j’en prends note pour les jours à venir).

Jolie lumière de fin d'après-midi sur le lagon ; Moorea (Polynésie française)

Jolie lumière de fin d’après-midi sur le lagon
Moorea (Polynésie française)

19h30 : Je me mets au lit, enfin prêt à récupérer après un marathon (quasi ininterrompu) de 42h d’éveil !

15 octobre 2014, Moorea

Je me lève ce matin sous un soleil radieux, le moral au beau fixe ! Après un petit déjeuner rapide, je loue un vélo au Petit Village pour la « modique » somme de 2000 CFP/24h (soit presque 17€), bien décidé à parcourir les quelques 60 km de route ceinturant l’île ! Je pédale souvent en dernière vitesse, la plus dure, profitant d’un terrain parfaitement plat presque partout (quelques montées « ridicules »).

Mes premières impressions de la veille se confirme : Moorea m’enchante ! Les maisons qui s’égrainent le long de la route sont colorées et se fondent joliment dans l’opulente végétation de jardins très bien entretenus. J’ai vraiment l’impression d’évoluer dans un immense jardin ; c’est en fait comme si l’île entière était un jardin. Tiarés tahiti, frangipaniers, bougainvillées, cocotiers et autres beautés tropicales égayent partout le paysage insulaire. Les délicieuses effluves de tiaré et de frangipanier encensent ça et là le paysage olfactif.

Frangipanier et bougainvillée ; Moorea (Polynésie française)

Frangipanier et bougainvillée
Moorea (Polynésie française)

Les habitants que je croise me disent souvent « Bonjour » ou « Ia orana », son équivalent en tahitien. J’ai souvent droit au sourire d’un autre cycliste – beaucoup de gens utilisent visiblement le vélo pour parcourir de petites distances -, d’un passant ou d’un automobiliste. Que c’est agréable après avoir dépéri dans des lieux aussi impersonnels que Buenos Aires ou Santiago du Chili ! Les visions de rêve sur le lagon, qui ceint l’île tel un écrin de saphir, s’enchaînent. Quel bleu époustouflant que celui de ces eaux peu profondes immergeant des bancs de sable immaculés ! Je progresse sans hâte, en faisant plusieurs arrêts pour prendre des photos ou acheter une boisson fraîche dans une supérette.

Temple évangéliste de Haapiti ; Moorea (Polynésie française)

Temple évangéliste de Haapiti
Moorea (Polynésie française)

Le cocotier... omniprésent ; Moorea (Polynésie française)

Le cocotier… omniprésent !
Moorea (Polynésie française)

Un relief captivant le regard en permanence ; Moorea (Polynésie française)

Un relief captivant le regard en permanence…
Moorea (Polynésie française)

Une végétation luxuriante, un jardin géant ; Moorea (Polynésie française)

Une végétation opulente, même sur les pentes les plus abruptes…
Moorea (Polynésie française)

Je passe la pointe sud (Pointe de Nuupure) puis « remonte » en direction de la Pointe Faaupo, située au nord-est de l’île. J’atteins en début d’après-midi un endroit qu’il me pressait de voir. Les joies de la balade m’avaient presque fait oublier son existence. Cet endroit n’est autre que le lagon qui baigne les bungalows sur pilotis de l’hôtel Sofitel, l’un des trois hôtels de luxe installé à Moorea.

C’est le lagon comme je l’ai toujours rêvé, offrant de vastes zones dépourvues de corail. Le bleu turquoise, d’une pureté éclatante, typique des fonds sableux peu profonds, contraste admirablement avec le bleu marine propre aux zones plus profondes. Avec Tahiti en toile de fond et l’agitation du Pacifique entre les deux, j’ai sous les yeux une véritable carte postale, celle qui me faisait rêver depuis si longtemps… Je me demande si la plage est accessible au public. Elle n’en a pas l’air en tout cas ; j’ai l’impression qu’elle est chasse-gardée du Sofitel.

Bungalows sur pilotis de l'hôtel Sofitel : un mythe polynésien bien réel ; Moorea (Polynésie française)

Bungalows sur pilotis de l’hôtel Sofitel : un mythe polynésien bien réel !
Moorea (Polynésie française)

Un contraste saisissant ; Moorea (Polynésie française)

Un contraste saisissant !
Moorea (Polynésie française)

Tahiti, vue depuis le belvédère de Toatea ; Moorea (Polynésie française)

Tahiti, vue depuis le belvédère de Toatea
Moorea (Polynésie française)

Je reste vingt bonnes minutes au niveau du belvédère de Toatea à admirer le spectacle, tout en savourant un délice qui ne peut venir que de métropole : du pain complet agrémenté de tranches de rosette au poivre. Je reprends ensuite ma route et bifurque très vite sur ma droite sur un chemin conduisant à une plage publique : celle de Toatea. Bingo ! La plage est bien accessible à tout le monde au final. Il semblerait d’ailleurs que ce soit l’une des rares plages publiques de l’île.

La plage en elle-même, jonchée de morceaux de corail et de laisses de mer, n’est pas vraiment idyllique. Le panorama, lui en revanche, est paradisiaque. Le lagon n’invite qu’à une chose, s’y baigner ! Les bungalows sur pilotis qui s’égrainent au pied de pitons volcaniques verdoyants apportent une touche idéale au tableau. Je suis dans le mythe polynésien ! Vue de la plage, on a l’impression que la piscine géante s’étire jusqu’à la barrière récifale (située à environ 600 m). Mais c’est un leurre, les patates de corail devenant de plus en plus abondantes à mesure que l’on s’approche du récif.

Je pose mon vélo et mon sac sur la plage, enlève montre, T-shirt et baskets puis me laisse choir dans l’onde transparente en prenant soin de savourer ce moment en pleine conscience. Le voilà mon instant magique, cette vision que j’ai précieusement gardé en tête depuis la naissance de mon projet de voyage : piquer une tête à cet endroit précis du lagon de Moorea ! Je me délasse vingt minutes puis ressors pour sécher avant de reprendre la route. Je serais bien resté plus longtemps mais le temps file, le soleil se couche tôt et il me reste encore la moitié du chemin à parcourir !

Il est déjà 15h30 lorsque je me remets en selle. J’atteins 6-7 km plus loin la Baie de Cook, lieu de tournage du film « Pirates des Caraïbes ». L’exotisme est à son comble ici, et ne mon excitation à faire le tour de cette île de rêve ne faiblit pas. Je fais un saut à la pension Motu Iti, située entre la Baie de Cook et celle d’Opunohu, pour jeter un œil à cet hébergement bon marché qui, comme le Camping Chez Nelson, avait attiré mon attention sur Internet. Pas de regret ! J’ai fait le bon choix, il n’est franchement pas terrible…

Baie de Cook ; Moorea (Polynésie française)

Un exotisme à son comble dans la Baie de Cook
Moorea (Polynésie française)

Piton acéré au pied du Mont Rotui ; Moorea (Polynésie française)

Piton acéré au pied du Mont Rotui
Moorea (Polynésie française)

Route circulaire, quelque part au nord de l'île ; Moorea (Polynésie française)

Route circulaire, quelque part au nord de l’île…
Moorea (Polynésie française)

Arrivé au creux de la Baie d’Opunohu, constatant que j’ai encore du temps devant moi, je m’enfonce un peu vers l’intérieur de l’île en empruntant la « route du belvédère ». Grisé par les vues sur les plus hauts pitons de l’île – le grand totem étant le mont Tohiea avec ses 1207 m d’altitude – et curieux de découvrir ce fameux belvédère, je décide finalement de tenter une ascension en vélo jusqu’au terminus de la route, sans trop savoir à quoi m’attendre en terme de dénivelée et de distance.

Mont Tohiea (1207 m), point culminant de l'île ; Moorea (Polynésie française)

Mont Tohiea (1207 m), point culminant de l’île
Moorea (Polynésie française)

Je passe le lycée agricole de Moorea, niché au cœur de l’île et finis par atteindre, au prix d’une grosse (grosse) suée, le belvédère qui, finalement, n’était pas si inaccessible que ça en vélo. La vue sur le mont Rotui (899 m), flanqué de ses deux baies, et les pitons volcaniques du cœur de l’île est vraiment magnifique. Je discute avec plusieurs personnes au niveau du belvédère, dont une métropolitaine en train de prendre des vidéos avec un reflex pour un reportage qui devrait passer sur la chaîne Gulli, dans le jeu Tahiti Quest. Je reste une petite demi-heure à discuter tout en admirant le paysage.

Pitons acérés du cœur de l'île, derrière un rideau de verdure éclatant ; Moorea (Polynésie française)

Pitons acérés du cœur de l’île, derrière un rideau de verdure éclatant…
Moorea (Polynésie française)

Les pitons volcaniques du cœur de Moorea : sentinelles de l'île ; Moorea (Polynésie française)

Les pitons volcaniques du cœur de Moorea : sentinelles de l’île !
Moorea (Polynésie française)

Baie de Cook vue depuis le Belvédère ; Moorea (Polynésie française)

Baie de Cook vue depuis le Belvédère
Moorea (Polynésie française)

Il est 17h lorsque j’entame la descente, un peu à reculons tellement le panorama est exceptionnel. Je rejoins à bon rythme le camping, peu avant le coucher du soleil. Verdict : faire le tour de cette île en vélo est un « must » absolu !

C’est une bien belle journée qui s’achève…

16 octobre 2014, Moorea

Profitant d’avoir à disposition le vélo jusqu’à 10h, je repars peu après l’aube ce matin en direction de la plage de Toatea. Je traverse à nouveau les deux baies à bon rythme et atteins ma destination en 1h30 environ. Dire que la baignade matinale dans le lagon est agréable serait un euphémisme. C’est carrément le top ! Je suis de retour au camping peu avant 9h45, à l’heure donc pour rendre mon vélo dans les temps.

Je passe le reste de la journée en mode « pépère » au camping, entre baignade dans le lagon, siestes, écriture, petites sessions sur Internet ou encore discussions avec les autres résidents du camping (un couple de marseillais fort sympathiques, Armand et Béa ; un couple franco-allemand ; un couple d’argentines…). J’installe pour la première fois depuis le début de mon périple la moustiquaire que je trimballe depuis le 14 juin dernier ! Prévue pour seulement une personne, elle n’est pas des plus « confortables » mais fera parfaitement l’affaire pour me tenir à l’écart de ces sales petits vampires.

17 octobre 2014, Moorea

J’ai prévu aujourd’hui de visiter le lagon et me rends ce matin à pied auprès d’une certaine Elise, une loueuse de kayaks que j’ai rencontrée hier. Nous nous sommes donnés rendez-vous pour 7h ce matin afin que je récupère l’embarcation et la paye. 1500 CFP pour la journée : ça semble être un bon plan. Ayant prévu de partir la journée entière avec le kayak, j’ai emmené avec moi de quoi grignotter, deux bouteilles d’eau et mon appareil photo, protégé à l’intérieur de plusieurs sacs zip. Le kayak de disposant pas de compartiment étanche, j’ai prévu de porter le sac sur les épaules, sans trop savoir si je réussirai à le maintenir au sec…

Je retrouve Élise comme prévu en bordure du lagon. Le vent est malheureusement de la partie ce matin. Adieu le beau lagon tout lisse… Je prends possession du kayak et paye mon dû à Élise car elle risque de ne pas pouvoir être là à mon retour. Le temps que je me prépare – en me badigeonnant notamment de crème solaire -, elle repars je-ne-sais-où à ses occupations.

Elise est bien gentille mais son kayak ne vaut pas un clou. En effet, je n’ai pas plutôt commencé à pagayer que mon radeau commence déjà à prendre l’eau. Je suis manifestement trop lourd pour ce gabarit de kayak et l’agitation du lagon n’arrange rien ! Mon sac à dos prend l’eau en un rien de temps. Je fulmine. Je ne vais pas bien loin, comprenant que si je m’entête à vouloir continuer, je risque bel et bien de couler.

Je fais donc très rapidement demi-tour et retourne sur la plage, totalement dépité. Mon plan tombe à l’eau. C’est le cas de le dire ! Je peste contre cette embarcation de misère et contre Elise qui aurait pu anticiper ce qui allait arriver. J’abandonne le kayak sur la plage et quitte les lieux, Élise n’étant plus dans les parages. Je veux bien sûr qu’elle me rembourse. Bah, je repasserai plus tard pour récupérer mon argent.

Plan B : J’essaie de faire du stop pour retourner à la plage de Toatea, où j’aimerais bien passer la journée, mais abandonne après vingt levers de pouce infructueux.

Plan C : Je décide d’attendre midi pour louer à nouveau un vélo et pouvoir me déplacer à ma guise cet après-midi et demain matin, la durée de location étant de 24h.

Midi : Me voilà donc reparti à vélà sur la route circulaire en direction de la Baie d’Opunohu pour visiter le « Moorea Tropical Garden », que le couple franco-allemand du camping m’a recommandé. M’attendant à un grand jardin paysager mettant en scène la luxuriance et les délices floraux de Moorea, j’avoue être un peu déçu en arrivant sur place. Il s’agit en effet plus d’un modeste jardin de particulier perché sur les hauteurs de la Baie d’Opunohu, sans caractère particulier si ce n’est le panorama.

Fleurs de frangipanier : un parfum enivrant ; Moorea (Polynésie française)

Fleurs de frangipanier : un parfum enivrant
Moorea (Polynésie française)

La passiflore et son architecture hors du commun ; Moorea (Polynésie française)

La passiflore et son architecture hors du commun…
Moorea (Polynésie française)

Petite production de vanille au 'Moorea Tropical Garden' ; Moorea (Polynésie française)

Petite production de vanille au ‘Moorea Tropical Garden’
Moorea (Polynésie française)

Ses propriétaires fabriquent en revanche d’excellents produits locaux : confitures, jus de fruits et vanille. Après une brève visite de la serre de production de vanille et du petit jardin ornemental, je commande un jus d’ananas fraîchement pressé (après avoir hésité un instant à cause du prix : plus de 4€). Je ne suis pas déçu ; il est tout simplement délicieux ! Je prends le temps de savourer mon nectar tout en admirant la vue avant de redécoller en direction de la plage de Toatea. Je décide pour cela – et pour changer – d’emprunter la « Route des Ananas » qui relie les baies d’Opunohu et de Cook par l’intérieur des terres.

14h30 : J’arrive à la plage de Toatea. J’ai aujourd’hui le temps de m’y baigner comme il faut ! Comme les fois précédentes, il n’y a pas grand-monde. Quelques tahitiens et deux couples de popa’a (nom que donnent les tahitiens aux étrangers, métropolitains y compris). Je me baigne plus d’une heure en nageant à contre-courant – car malgré son calme apparent, le lagon est bien brassé par des courants – puis en me laissant dériver tout en observant les jolis bancs de poissons multicolores qui peuplent les quelques patates de corail disséminées dans le lagon.

Plage de Toatea ; Moorea (Polynésie française)

Plage de Toatea
Moorea (Polynésie française)

Plage de Toatea et ses bungalows sur pilotis ; Moorea (Polynésie française)

Plage de Toatea et ses bungalows sur pilotis
Moorea (Polynésie française)

Je quitte les lieux vers 16h15. J’ai beau parcourir ce tronçon de route pour la cinquième fois, je ne me lasse pas de voir défiler le paysage de Moorea.

Je passe une courte soirée dans la cuisine du camping à discuter avec les autres voyageurs avant de me mettre au lit. Il est tout juste 20h passées…

18 octobre 2014, Moorea (→ Huahine)

Je passe une bonne heure et demie ce matin à réorganiser l’ensemble de mes affaires. J’ai accumulé beaucoup de choses depuis le début de mon voyage, tant et si bien que j’ai du mal à fermer mon gros sac à présent. Il va falloir que je me décide rapidement à envoyer les cadeaux que j’ai glanés en Amérique du Sud !

10h : Je dépose mon fardeau dans la cuisine du camping en prenant bien soin de l’emballer dans son sursac, un excellent modèle de la marque Deuter que l’on peut fermer à l’aide d’un cadenas. Eh oui, même ici à Moorea, pourtant réputée très sûre, il y a des voleurs. L’un des résidents du camping en a fait les frais il y a deux jours ; on lui a chipé pendant la nuit ses baskets toutes neuves malencontreusement laissées la veille devant le bungalow. Je rends ma clé à la réception puis pars faire un tour de vélo en direction du sud de l’île pendant une petite heure et demie, histoire d’en profiter une dernière fois.

13h15 : Je quitte définitivement le camping pour aller me poster au Petit Village et attendre un bus censé passer à 13h45 pour le prochain départ de ferry. Dommage qu’il n’existe pas de navette pour rejoindre l’aéroport avant un vol…

14h : Toujours pas de bus. Je commence à m’inquiéter sérieusement. Il faut que je sois à l’aéroport à 15h55 dernier carrat, soit 20 minutes avant le décollage. Quelques minutes s’écoulent encore. Toujours rien. Je me rends vite à l’évidence : le bus ne passera pas. Je décide donc d’enclencher un plan de secours improvisé. Je sors une feuille de papier et y inscrits en grosses lettres « Aérodrome Mauruuru » en accompagnant mon message d’un smiley, stressé à l’idée d’être désormais dépendant du bon vouloir des automobilistes pour attraper mon avion.

14h15 : Personne ne s’est encore arrêté. J’abandonne rapidement l’option « stop », que je juge trop risquée, et décide de faire appel à mon ultime recours : le taxi. Je file dans la bureau de tabac du Petit Village, situé à deux pas, pour demander au vendeur s’il me serait possible d’appeler un taxi (je n’ai pas de portable). Je sais que ça va me coûter un bras mais je n’ai pas vraiment le choix. En plus de voir mon séjour sur Huahine amputé d’un ou deux jours, manquer mon avion signifierait devoir racheter un billet pour cette île (150€, une ruine !). Le bateau, je n’y pense même pas ; trop compliqué ! J’ai par ailleurs déjà réservé mon hébergement à Huahine et la gérante est censée m’attendre à l’aérodrome. Bref, il me faut un taxi ! Le vendeur, vraiment très sympa, appelle un, puis deux, puis trois chauffeurs de taxi… Tous indisponibles ! Ma veine, je suis maudit ou quoi ?!

Le vendeur insiste en appelant un quatrième numéro. Bingo, le chauffeur est dispo et déjà en route ! Quel soulagement ! Je remercie chaleureusement le buraliste qui vient de me rendre un sacré service. Le taxi arrive en moins de cinq minutes. Pendant tout ce temps, le bus n’est toujours pas passé et ne passera à l’évidence jamais. Ma confiance dans la fiabilité des transports publics polynésiens vient d’en prendre un sacré coup !

Je demande, résigné, le prix de la course au chauffeur : 4000 CFP, soit près de 35€ ! Dans ma situation, aucune négociation possible ; c’est ça ou rien. Malgré cette claque, je ravale rapidement mon amertume en me disant que je n’avais de toute façon pas le choix ; je discute même en toute décontraction avec le chauffeur pendant les 20 minutes que dure le trajet, voyant bien qu’il jubile intérieurement à l’idée de se mettre cette somme rondelette dans la poche… On vient dans ce paradis pour vivre un rêve mais ce n’est pas sans devoir vider son porte-monnaie !

Le taxi me dépose devant l’aérodrome vers 15h. Je paye le chauffeur en le remerciant pour le service qu’il vient de me rendre. La petite douleur d’avoir « lâché » 35€ pour cette simple course est vite passée. J’enregistre mon bagage puis me pose pour écrire quelques cartes postales.

ATR 72, mon avion en partance pour Huahine ; Moorea (Polynésie française)

ATR 72, mon avion en partance pour Huahine
Moorea (Polynésie française)

16h10 : L’avion décolle, avec cinq minutes d’avance. « Nana Moorea ! » (« Au revoir Moorea !» ) Le vol vers Huahine se révêle plus long que ce à quoi je m’attendais ; il faut ainsi plus de vingt minutes pour relier les deux îles distantes de plus de 130 kilomètres. Le ciel, très chargé aujourd’hui, est vraiment superbe vu d’en haut. Je me perds dans les bancs de nuages qui s’étirent à l’infini jusqu’à se fondre avec l’horizon du Pacifique.

Dire que je serai bientôt à Huahine, une île dont je ne connaissais même pas l’existence avant de commencer à préparer ce voyage ! On la dit sauvage et authentique. J’ai hâte de voir ça !

L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (3/3)

8 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Le mauvais temps qui a sévi pendant la nuit joue les prolongations ce matin… Les averses se succèdent, entamant durement ma motivation à mettre le nez dehors. Je commence en fin de matinée à regretter d’avoir loué un vélo pour quatre jours consécutifs. Heureusement, une accalmie se dessine vers midi. J’en profite pour grimper au Rano Kau pour aller visiter le site archéologique d’Orongo, le fameux village de l’Homme-Oiseau, situé à deux pas de la falaise au sud-ouest du cratère. Je monte piano piano avec mon vélo tout en me délectant de quelques goyaves bien mûres cueillies sur le bord de route.

Comme prévu, mon ticket est tamponné à l’entrée du site. Je ne pourrai visiter Orongo qu’une seule fois alors je vais prendre mon temps… J’ai la chance d’être le premier à visiter le site cet après-midi. J’avance lentement sur le sentier en m’arrêtant à chaque point d’intérêt pour lire la brochure que l’on m’a remise à l’entrée. Le village, magnifiquement restauré, est fait d’habitations ovales et basses construites en pierres plates, recouvertes d’herbe. Deux ruines ont été laissées dans leur état originel, permettant d’apprécier à sa juste valeur le travail de restauration effectué.

Village d'Orongo surplombant le Pacifique, à deux pas des falaises ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Village d’Orongo surplombant le Pacifique, à deux pas des falaises
Rapa Nui (Île de Pâques)

Habitations en pierre restaurées du village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Habitations en pierre restaurées du village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Motus Kau Kau, Iti et Nui ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Le Motu Kau Kau, le Motu Iti et le Motu Nui
Rapa Nui (Île de Pâques)

Coincé entre l’ancien chaudron du Rano Kau et les hautes falaises côtières, le village paraît en équilibre précaire. Je l’imagine sans mal disparaître un jour, inlassablement grignoté par le ressac et les furies du Pacifique. Que l’on porte son regard vers les profondeurs du Rano Kau ou sur l’immensité du Pacifique, le panorama est splendide !

Cratère de Rano Kau vu depuis le village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Cratère de Rano Kau vu depuis le village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plancher du cratère de Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plancher du cratère de Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Éventrement du cratère de Rano Kau vu depuis le village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Éventrement du cratère de Rano Kau vu depuis le village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Quelques visiteurs pénètrent à leur tour sur le site. Je fais la rencontre de Tanya, une allemande très sympathique, en voyage pendant six mois à travers l’Amérique du Sud. Elle aussi a opté pour le vélo comme moyen de transport ; une belle façon me dit-elle de découvrir ce bijou qu’est l’Île de Pâques. Je ne peux qu’être d’accord avec elle. On discute un moment sur le bord du cratère puis je reprends le cours de ma visite en observant quelques hiéroglyphes.

La visite terminée, je rejoins Hanga Roa en dévalant la pente sur le ruban d’asphalte. Heureusement que j’ai de bons freins ! Quelques minutes me suffisent pour rejoindre le bourg. Le vélo est vraiment un moyen de transport grisant et idéal sur cette île !

La suite du programme n’est pas très palpitante… Je passe en effet le reste de la journée au gîte, un endroit que je n’apprécie finalement guère. C’est trop sombre, trop humide et l’entretien laisse à désirer. Le gîte se révèle également infesté de cafards. Je retrouve chaque matin plusieurs de ces bestioles mortes – pour une raison qui restera un mystère – dans ma salle de bain. Pas très ragoûtant au réveil ! Quant à la connexion internet, c’est au petit bonheur la chance avec un débit toujours très faible. Bon, je n’ai pas trop à me plaindre quand même : je suis à l’Île de Pâques, c’est déjà beau d’avoir accès à Internet. J’aurais bien aimé changer d’endroit pour avoir plus de confort mais, ayant déjà payé l’intégralité de mon séjour à Martín (c’était le deal), je n’ai pas vraiment le choix.

9 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Le temps est à nouveau à la pluie ce matin. Rrr ! J’avais prévu de passer la journée sur la Péninsule de Poike aujourd’hui pour en faire tout le tour et monter au sommet du volcan. Mes plans sont bien partis pour tomber à l’eau ! Je passe la matinée miné et frustré…

Heureusement, la météo s’améliore un peu en milieu de journée. Tiendra, tiendra pas ? Je décide de tenter le coup malgré tout et mets les voiles aux environs de 14h. Je rejoins l’Ahu Tongariki en une petite heure et abandonne mon vélo après l’avoir cadenassé à un poteau de clôture barbelée. Même si j’aperçois quelques grains vers le large, la météo tient bon. C’est parti pour le tour de la Péninsule de Poike, la partie la plus sauvage de l’île !

Caracara chimango à l'affût sur un poteau de clôture barbelée (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Caracara chimango à l’affût sur un poteau de clôture barbelée ; au fond : le Maunga Puhi
Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Sur la route côtière méridionale ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Sur la route côtière méridionale…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai intact, face contre terre, arrêté net dans sa progression vers le rivage ; Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai, face contre terre, stoppé net dans sa progression vers le rivage…
Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Il n’y a aucun chemin, aucun sentier. J’attaque donc le tour de la péninsule à vue, en grimpant une pente raide couverte d’une végétation m’arrivant parfois à la taille. Arrivé à mi-pente, un caracara chimango – ce petit rapace très présent sur l’île – sorti de nulle part me charge. Zut, il défend probablement une nichée. Le bougre me « frôle » à seulement un ou deux mètres, feignant des attaques. Je me défends comme je peux en essayant de l’effaroucher avec ma polaire ou une branche. Il finit par abandonner après une bonne dizaine de tentatives. Je vais me méfier de ces mignonnes petites bêtes désormais…

Une fois en haut de la pente, je commence à longer la péninsule vers l’est en admirant les falaises et le Motu Morotiri. Seul au monde, au bout du bout du monde, je ressens ici un sentiment étrange et délicieux.

J’atteins rapidement une vaste zone totalement dénudée, coincée entre la falaise et un mince cordon de végétation arbustive. Le sol est à vif. La péninsule de Poike, défrichée et surpâturée par le passé, souffre d’une érosion féroce. Le spectacle est impressionnant ; je n’ai jamais vu une chose pareille ! Des rigoles, des goulots voire des petits canyons se sont peu à peu formés, canalisant les eaux de pluie qui grignotent le sol et le charrient inéluctablement vers les falaises puis dans l’océan, une centaine de mètres plus bas.

Première zone décapée par l'érosion au sud-ouest de Péninsule de Poike ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Première zone décapée par l’érosion au sud-ouest de la Péninsule de Poike
Rapa Nui (Île de Pâques)

La partie orientale de la péninsule est la plus touchée. L’érosion y a déjà ravagé plusieurs dizaines d’hectares. Un cordon de forêt issu de plantations d’eucalyptus semble limiter l’extension du phénomène vers l’intérieur des terres. Sans cela, on imagine assez bien l’érosion poursuivre son patient travail destructeur jusqu’à transformer la péninsule entière en désert.

Terre décapée vers l'océan via d'impressionnantes ravines de ruissellement ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Terre décapée vers l’océan via d’impressionnantes ravines de ruissellement
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Des filaos, issus de campagnes de plantations successives, peinent à retenir le sol. La terre végétale a, elle, depuis longtemps déjà disparu au pied des falaises. La reprise des plants est assez hétérogène. Même si la réussite de l’opération ne semble pas garantie, c’est une belle initiative pour tenter de lutter contre cette érosion.

Les ravines s'apparentent parfois à de véritables petits canyons ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Les ravines s’apparentent parfois à de véritables petits canyons.
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Un paysage d'érosion comme jamais je n'en ai vu ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Un paysage d’érosion comme jamais je n’en ai vu…
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Deux ravines se rejoignant puis se jetant dans le Pacifique ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Confluence de deux ravines avant le grand saut dans le Pacifique
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je traverse ces terres dénudées en enjambant les goulots, tellement larges parfois que je suis obligé de passer au fond. J’atteins le nord de la péninsule, pour l’instant épargné par le phénomène. Je n’ai jusque-là croisé que chevaux et vaches en semi-liberté, au son des grillons qui peuplent généreusement la prairie et des cris perçants de ces petits faucons dont j’ai appris à me méfier. Le ciel, partiellement nuageux, tient toujours bon.

J’atteins après deux bonnes heures de marche le Maunga Parehe, un mamelon volcanique perché au-dessus de la falaise, englouti aux trois quarts par le Pacifique. L’érosion occasionnée par les vagues sur le trait de côte est flagrant ici. Deux autres mamelons – le Maunga Tea Tea et le Maunga Vai Heva-, remarquablement alignés avec le précédent, subiront un jour le même sort…

La vue sur les falaises, hautes de près de 200 m au sommet du Maunga Parehe, et la côte nord est splendide.

Paysage côtier au nord ouest de la péninsule (en haut à gauche : le Maunga Parehe) ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Paysage côtier (en haut à g. : le Maunga Parehe)
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je décide de rejoindre le point culminant de la péninsule – le sommet du Poike (370 m) – en grimpant sur le Maunga Tea Tea puis le Maunga Vai Heva. Je pourrais les contourner très facilement mais ces deux rebonds m’appellent. Leurs pentes très courtes (20 à 30 mètres de dénivelé) mais raides m’obligent à utiliser les mains.

L’ascension du Poike – « ascension » étant un bien grand mot pour un sommet de cet acabit – ne représente aucune difficulté. Je suis déçu en arrivant à destination.  Le cratère n’est qu’une faible dépression occupée par un bosquet d’arbres chétifs… Seul le panorama présente vraiment un intérêt.

Maunga Tea Tea vu depuis le Maunga Vai Heva ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Le Maunga Tea Tea, observé depuis le Maunga Vai Heva
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

L’Ahu Tongariki en ligne de mire (à 3 kilomètres précisément), j’entame alors la descente vers mon point de départ tout en admirant le paysage.  Je prends garde de ne pas trébucher sur les roches disséminées un peu partout, invisibles dans les grandes herbes. L’atmosphère est délicieuse : il n’y a pas un seul bruit parasite pour venir troubler la quiétude de ce petit bout de Terre.

Je fais une pause à mi-pente pour écouter le « silence », bercé par le chant des grillons, quelques cris d’oiseaux et le bruit sourd, presque inaudible, des lames qui se brisent sur le rivage. Des rideaux de pluie glissent très lentement sur l’océan en direction d’Hanga Roa, au sud-ouest de l’île. Je suis bel et bien passé entre les gouttes… pour le moment tout du moins ! Je prends une photo pour immortaliser ce petit moment d’exception.

Rideau de pluie non loin de l'Ahu Tongariki (en bas à dr.) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Rideau de pluie non loin de l’Ahu Tongariki (en bas à dr.)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Après quelques minutes hors du temps, je me remets en route. Je galère un peu dans la végétation au niveau de la rupture de pente séparant la péninsule du reste de l’île. Je n’ai pas choisi le bon endroit visiblement mais j’évite au moins de déranger une seconde fois le petit faucon de tout à l’heure. Je retrouve mon vélo là où je l’avais laissé, au prix de quelques lacérations aux jambes… rien de bien méchant. C’est reparti pour une vingtaine de kilomètres à vélo ! Je commence à connaître le chemin ; c’est en effet déjà la troisième fois que je parcoure la route côtière dans ce sens. Ayant les faveurs du vent, je rentre sans pousser exagérément sur les pédales.

19h30 : La nuit a déjà commencé à tomber lorsque je rejoins le gîte. Voilà une après-midi bien rempli au cours de laquelle je me suis régalé et bien dépensé. Même si j’aurais aimé passer une bonne grosse journée sur la péninsule de Poike, je suis vraiment heureux d’avoir réussi à en avoir fait le tour.

La soirée se résume à peu de choses : une bonne douche suivie d’un dîner rapide et, hop, sous les draps !

10 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Une journée « off », un mauvais jour. Je ne sors presque pas, me morfonds et broie du noir toute la journée dans mon repaire. Il faut dire que le temps ne se prête pas particulièrement à vivre au grand air aujourd’hui. Je passe plusieurs heures sur Internet à lire des avis sur des reflex numériques et me mets à rêver du jour où j’aurai de nouveau entre les mains un appareil photo digne de ce nom.

Ma motivation à écrire dans mon journal est au point mort ces derniers temps. C’était si facile de garder le cap quand j’avais mon ordinateur et la possibilité de partager régulièrement mes aventure sur le blog. Aujourd’hui, écrire « à l’ancienne » muni d’un papier et d’un stylo me semble si lent et laborieux. Je me rends compte que je ne suis en fait pas du tout habitué à écrire à la main. Du coup, je suis très en retard dans mon récit. Pour preuve, j’ai à peine commencé à raconter mon séjour sur l’île [j’écrits ces lignes alors que j’attends mon vol pour Tahiti…]. C’est dommage car les journées, souvent si riches en souvenirs, se brouillent parfois entre elles, m’obligeant à passer encore plus de temps à la tâche pour tout remettre dans l’ordre. La procrastination n’a jamais été très rentable…

Frustré, démotivé et fatigué, rien ne me retient après 20h, heure d’extinction des feux ce soir.

11 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je pars ce matin vers 9h30 en direction de la côte nord-ouest de l’île. Mon objectif est de rejoindre la plage d’Anakena à pied en longeant la côte puis de revenir à Hanga Roa en faisant au passage « l’ascension » du Mont Terevaka, le point culminant de l’île. La météo est plutôt engageante ; je devrais être épargné par les passages pluvieux, fréquents ces derniers jours.

Superbe moai rencontré sur le site de Tahai ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai rencontré sur le site de Tahai
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je rejoins dans un premier temps l’Ahu Tupai, un petit ahu que j’avais découvert le deuxième jour. Sachant que je ne dois pas traîner si je veux atteindre mon objectif, je marche d’un bon pas en serpentant dans les chaos de roches. Plusieurs bateaux de pêcheurs cabotent au pied de la falaise à la recherche de je-ne-sais-quel butin. Mon regard ne cesse de se perdre dans le bleu du Pacifique…

Je m’arrête vers midi au niveau d’une anse pour pique-niquer puis reprends ma route vers le « cap nord », un repère cartographique impossible à identifier précisément sur le terrain. Je me rends compte petit à petit que mon objectif initial était ambitieux ; je suis parti malheureusement trop tard. Je décide donc de bifurquer directement vers l’intérieur de l’île, en direction du Terevaka. N’ayant aucune idée de l’endroit où se trouve précisément le sommet, je monte à vue en me fiant au relief. En essayant de mettre systématiquement un pied au-dessus de l’autre, je devrais bien arriver au faîte de l’île !

Le panorama évolue à mesure que je m’élève et m’éloigne des falaises. Les pâturages, plus jaunes que verts, tranchent admirablement avec le bleu de l’océan. Les pentes sont douces et, malgré les chaos de roches disséminés un peu partout, je progresse rapidement.

Chaos de roches « dévalant » les pentes douces du Mont Terevaka sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Chaos de roches « dévalant » les pentes douces du Mont Terevaka sur la côte ouest
Rapa Nui (Île de Pâques)

Un énième moai « perdu » au milieu de nulle part sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Un énième moai « perdu » au milieu de nulle part sur la côte ouest…
Rapa Nui (Île de Pâques)

J’atteins bientôt un gros et beau cairn, faisant parfaitement corps avec le rocher sur lequel il a été érigé. C’est bien le premier de cette taille que j’observe sur l’île ! Je me demande bien ce qu’il fait là, au milieu de nulle-part. J’y fais une courte pause pour boire et manger un morceau puis reprends ma progression vers ce fameux point culminant, toujours caché derrière les rebonds du microrelief.

Gros cairn à mi pente sur le flanc ouest du Mont Terevaka ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Gros cairn à mi pente sur le flanc ouest du Mont Terevaka
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je finis sans trop m’en rendre compte par atteindre les hauteurs du Terevaka. J’ai toutefois du mal à identifier clairement le point culminant. Il y a en effet trois petits cônes volcaniques proches les uns des autres et de hauteur comparable. Je fais le tour de deux d’entre eux. Les cratères ne sont que de simples dépressions, profondes de seulement quelques mètres. Il n’y a pas grand-chose à voir finalement… si ce n’est la vue !

Je me rends compte, en balayant des yeux le panorama, que je ne suis pas très loin de la « forêt » de l’île, une vaste plantation d’eucalyptus couvrant 4000 à 5000 hectares. J’aperçois Hanga Roa en direction du sud-sud-est, à 8-9 kilomètres à vol d’oiseau. Souhaitant couper à travers champs plutôt que de suivre la piste, je profite de ce point de vue dominant pour définir un itinéraire de retour jusqu’à Hanga Roa. J’essaie de viser l’Ahu Akivi, représenté sur ma carte (plutôt imprécise) mais que je ne parviens pas à voir.

Je traverse plusieurs pâtures abandonnées, enjambant sans difficulté les clôtures barbelées en piteux état qui les délimitent. La progression dans la végétation n’est pas toujours aisée en raison des roches qui se dissimulent parmi les hautes herbes. Après quelques kilomètres de ce hors-piste, j’atteins enfin une route goudronnée. Je sais que l’Ahu Akivi n’est pas loin mais je n’ai aucune idée de la direction à prendre, ma carte étant bien trop imprécise. Tant pis pour aujourd’hui ! Je reviendrai demain en vélo pour le découvrir. Je continue ma progression vers le bourg en contournant un cône volcanique éventré sur son flanc ouest, le Vaka Kipu Te Poko.

16h30 : J’atteins les premières maisons au nord d’Hanga Roa. Le bourg étant très étalé (près de 4 kilomètres), la route est encore longue jusqu’au centre. Fatigué, cette perspective m’enchante guère. Heureusement, un couple de retraités au look baba cool, en route pour le centre, me propose gentiment de grimper dans leur pick-up. J’accepte volontiers. Une fois au centre, je fais quelques courses avant de remonter au gîte.

Avec cette marche à mon actif, je me rends compte qu’hormis la portion allant du Cap Nord à la plage d’Anakena (environ 6 km) j’ai parcouru, à l’aide de mes deux jambes (à pied ou à vélo), tout le tour de l’île en longeant la côte soit environ 65-70 km.

12 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je loue ce matin un vélo pour faire une dernière fois le grand tour de l’île par la route et revoir les principaux sites d’intérêt, en y ajoutant celui de Puna Pau et l’Ahu Akivi que j’ai manqué hier.

11h : Je me mets en route et visite dans un premier temps le site de Puna Pau, à l’est d’Hanga Roa. Cette ancienne carrière située entre deux cônes volcaniques – le Maunga Tangaroa et le Maunga Vai Ohao – était la seule source de scorie rouge servant à la confection des pukaos. On est loin de l’atmosphère de la Carrière des Moais. Je ne m’éternise pas.

Je découvre l’Ahu Akivi cinq minutes plus tard, au terminus de la route asphaltée que j’avais traversée hier. Restaurée en 1960, cette plateforme se démarque nettement des autres sur plusieurs points. Tout d’abord, contrairement aux autres ahus, ses sept moais ont une taille et une apparence comparables. Ensuite, ils ne regardent par vers l’intérieur des terres mais vers la mer, un fait unique sur l’île. Outre le fait d’avoir été construit loin des côtes (2.5 km), l’ahu présente enfin la particularité de faire exactement face au coucher de soleil lors de l’équinoxe de printemps et, inversement, d’être parfaitement dos au lever du soleil au moment de l’équinoxe d’automne.

Je reste un petit moment à admirer les moais avant de reprendre mon vélo pour rebrousser chemin et reprendre la route d’Anakena. Je croise Tanya, l’allemande que j’avais rencontrée à Orongo, dans la descente vers la plage. Nous discutons un bon moment sur le bord de la route.

L'Ahu Akivi et ses sept moais restaurés ; Rapa Nui (Île de Pâques)

L’Ahu Akivi et ses sept moais restaurés
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je découvre peu après la plage d’Ovahe, un petit coin de sable lové au pied d’une falaise. Avec pour toile de fond la côte déchiquetée, la péninsule de Poike et l’infini de l’horizon, l’endroit ne manque pas de charme. Je ne suis pas seul : une famille rapanui arrive pour pique-niquer. Je me pose pour savourer mon sandwich et l’endroit puis repars en grimpant au sommet du Maunga Puha, un cône volcanique éventré par l’érosion des vagues. De là-haut, j’ai droit à une vue superbe sur la côte et les eaux diaphanes du Pacifique. Je récupère mon vélo en bas de la pente – très raide et glissante – puis fais un saut à Anakena pour admirer une dernière fois la plage et le bel Ahu Nau Nau.

Ahu Nau Nau, vu de biais ; Plage d'Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Ahu Nau Nau, vu de biais
Plage d’Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais portant le pukao, vus de dos (Ahu Nau Nau) ; Plage d'Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais portant le pukao, vus de dos (Ahu Nau Nau)
Plage d’Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Côte nord vue depuis le sommet du Maunga Puha ; Site d'Ovahe, Rapa Nui (Île de Pâques)

Côte nord vue depuis le sommet du Maunga Puha
Site d’Ovahe, Rapa Nui (Île de Pâques)

Prochaine étape : l’Ahu Tongariki. Je reste une bonne heure adossé à un rocher face aux quinze sentinelles de pierre, à noircir mon journal de bord tout en savourant ce lieu d’exception. J’ai de la chance, il y a peu de monde.

Je repars peu après 18h, persuadé que les 20 derniers kilomètres restant à parcourir pour rejoindre Hanga Roa seraient une formalité. Que nenni ! J’ai le vent de face cette fois-ci. La progression est de fait rendue vraiment pénible. Je peste contre ce satané vent qui s’évertue à me ralentir, même dans les descentes. Mon rythme est saccadé ; j’ai besoin de faire des pauses car mes jambes n’en peuvent plus. Je mets ainsi plus d’une heure pour arriver à Hanga Roa ! De retour au village, je passe vite fait au supermarché avant de remonter au gîte.

Trois moais de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai de l'Ahu Tongariki portant le pukao ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai de l’Ahu Tongariki portant le pukao
Rapa Nui (Île de Pâques)

Une bonne douche et me voilà frais et dispo pour mon dîner avec Pauline, une suisse francophone fraîchement débarquée sur l’île et rencontrée ce matin au petit déjeuner. Nous cuisinons un plat de pâtes agrémentées de légumes variés revenus à la poêle. S’ensuit une sympathique petite soirée jusqu’à 23h, à parler principalement de voyage. La solitude commençant à me peser ces derniers temps, je suis très heureux de partager ce moment avec elle.

13 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

C’est déjà mon onzième et dernier jour sur l’Île de Pâques… Que le temps passe vite !

Je me lève vers 8h30, soit une demi-heure après le soleil, prends mon petit déjeuner puis réorganise mes deux sacs pendant une bonne heure et demi. J’éprouve un certain plaisir à refaire mon sac, à remettre les choses à leur place en vérifiant que tout y est. Une façon de se remettre dans le bain, de se préparer à repartir vers l’inconnu !

Ma chambre au gîte de Martín ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Ma chambre au gîte de Martín
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

11h : Je vide la chambre, dépose mon gros sac dans la salle-à-manger du gîte puis prends le chemin du centre-bourg pour poster trois cartes postales, rendre le vélo et acheter quelques provisions. Après un déjeuner rapide, je me rends d’un bon pas (environ 1h15) jusqu’au cratère du Rano Kau en empruntant un sentier. Il faut impérativement que j’admire ce monument naturel une toute dernière fois !

L’émerveillement est intact, à chaque fois renouvelé. Ayant du temps devant moi, je décide de longer le cratère, comme la première fois, en direction de son « extrémité » sud-est, jusqu’au bord de la zone d’effondrement. J’éprouve déjà une certaine nostalgie à l’idée de partir ce soir. C’est toujours une déchirure de quitter un endroit qui nous a profondément marqué en se disant qu’on ne le reverra probablement jamais…

Je reste une bonne demi-heure à contempler le panorama, au son des lames qui se brisent trois cents mètres plus bas. Que c’est beau ! Je rebrousse ensuite chemin jusqu’au nord du cratère et entame ma descente en empruntant la route de manière à réaliser une boucle, mais surtout pour pouvoir croquer dans quelques goyaves bien mûres glanées dans les fourrés.

18h30 : Je suis de retour au gîte après avoir écoulé mes derniers pesos chiliens dans une supérette pour m’acheter de quoi dîner. Je discute un moment avec Pauline, revenue d’une longue journée de marche.

20h15 : Martín me conduit en voiture à l’aéroport, peu avant l’ouverture de l’enregistrement. L’avion décollant dans un peu plus de trois heures, j’ai du temps devant moi pour écrire et rattraper mon retard. Le hall de l’aéroport est infesté de moustiques, tous plus insidieux les uns que les autres… Quelles sales bêtes !

Juste avant de grimper dans l'avion pour Tahiti ! ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Juste avant de grimper dans l’avion pour Tahiti !
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

23h30 : L’avion décolle ! Adieu petit bout du monde…

Je vois s’évanouir dans la nuit les lumières d’Hanga Roa puis c’est le noir total, celui du Grand Bleu. C’est parti pour 6h de vol jusqu’à Papeete, 4250 km plus à l’ouest ! L’excitation à l’idée d’arriver dans seulement quelques heures à Tahiti est énorme, cette destination faisant partie depuis longtemps de mes grands favoris. L’avion LAN assurant le vol est au top avec des écrans tactiles dernier cri offrant un très large choix de vidéos. Je regarde un documentaire sur les photographes de National Geographic puis un film (Godzilla, une nouvelle version venant de sortir cette année) avant de fermer les yeux pour quelques heures, histoire de récupérer un peu. Notre avion doit atterrir à Papeete vers minuit et demi, heure locale. Il sera alors 5h30 du matin à Hanga Roa et midi et demi en France. Les décalages horaires, fatigants mais tellement fun !

L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (2/3)

6 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je loue ce matin un vélo pour quatre jours consécutifs dans une location de vélos du centre d’Hanga Roa. Ce n’est pas donné – 10 000 CLP les 24h, soit environ 13 € – mais j’ai une bonne bécane, un casque et un antivol (eh oui, on a beau être sur l’Île de Pâques, on n’est apparemment pas épargné par les voleurs…).

Je fais un saut à la banque et réussis enfin à retirer de l’argent au distributeur. Gros soulagement. Mon plafond de retrait hebdomadaire avait dû été dépassé… Je vais pouvoir payer Martín et passer la fin de mon séjour sur l’île sans plus avoir à me soucier de ma situation financière.

Mon objectif du jour : longer la côte sud par la route pour découvrir les autres ahus qui s’égrainent à l’est du site de Vahiu (découvert hier), visiter la carrière des moais sur les flancs du Rano Raraku et, enfin, aller admirer l’Ahu Tongariki, sans conteste le plus impressionnant de l’île.

Je visite la carrière des moais en début d’après-midi, après m’être arrêté plusieurs fois en chemin pour  observer des ahus.

Un bébé moai ? Quelque part sur la côte sud ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Un bébé moai ? Quelque part sur la côte sud…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai couché sur le dos (cas rare) sur la côte sud ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai couché sur le dos (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Encore et toujours, des moais déchus, face contre terre... (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Encore et toujours, des moais déchus, face contre terre… (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Ce site d’exception tient ses promesses. C’est un univers à part, empreint de mystère et suscitant à la fois émerveillement et tristesse. Plusieurs dizaines de moais sont enfouis dans le sol à des degrés divers ; certains le sont jusqu’au cou voire davantage. Abandonnés là depuis des centaines d’années, ils subissent l’érosion inéluctable du volcan. Année après année, elle les ensevelit un peu plus. Je lirai d’ailleurs plus tard que certains moais auraient déjà disparus sous terre… Ces sculptures d’un autre temps ne rejoindront jamais l’ahu auquel on les destinait, tous comme les moais disséminés à l’intérieur des terres, arrêtés net dans leur lente reptation vers la côte.

En route pour le Rano Raraku et la Carrière des Moais ; Rapa Nui (Île de Pâques)

En route pour le Rano Raraku et la Carrière des Moais !
Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue aérienne du Rano Raraku et de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue aérienne du Rano Raraku et de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

La Carrière des Moais, au sud du Rano Raraku ; Rapa Nui (Île de Pâques)

La Carrière des Moais, au sud du cratère de Rano Raraku
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai « décapité » couché sur le dos non loin du Rano Raraku ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai « décapité » couché sur le dos non loin du cratère de Rano Raraku…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais à demi enfouis sur le flanc sud du Rano Raraku ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais à demi-enfouis sur le flanc sud du cratère de Rano Raraku 
Rapa Nui (Île de Pâques)

La Carrière des Moais... un endroit vibrant de mystère ; Rapa Nui (Île de Pâques)

La Carrière des Moais… un endroit vibrant de mystère
Rapa Nui (Île de Pâques)

Les moais présents ici ont souvent des formes très allongées par rapport à ceux que l’on rencontre le long des côtes. D’après mes lectures sur le sujet, les pascuans de l’époque auraient été pris d’une sorte de folie des grandeurs en voulant sculpter des oeuvres de plus en plus monumentales, chaque clan cherchant à prouver sa supériorité sur les autres. Cette apogée de « l’art moai » se serait terminée brutalement lors de violents conflits inter-tribaux. Nombreuses sont en effet les sculptures qui n’ont jamais rejoint leur destination, comme coupées net dans leur élan par un événement soudain et brutal. Certains moais, toujours ancrés à la roche dans laquelle ils étaient sculptés, n’ont même pas été terminés !

Un moai de la « dernière génération », très allongé<br />  <span class="legende_lieu">Rapa Nui (Île de Pâques)</span>

Un moai « dernière génération », très allongé
Rano Raraku (Rapa Nui)

J’avance lentement sur le sentier, en prenant mon temps pour observer les détails et m’imprégner de ce lieu incroyable. Je m’arrête pour admirer à distance – interdiction oblige – El Gigante (Le Géant), le plus grand et le plus lourd moai jamais sculpté. Il mesure 21,6 mètres, pour un poids estimé à plus de 150 tonnes ! Les scientifiques estiment qu’il eut été peu probable que les rapanuis, avec les moyens dont ils disposaient à l’époque, aient réussi un jour à ériger un tel monument…

« El Gigante », le plus grand et le plus lourd moai jamais sculpté ; Rano Raraku (Rapa Nui)

El Gigante, le plus grand et le plus lourd moai jamais sculpté
Rano Raraku (Rapa Nui)

Je découvre un peu plus loin deux moais couchés tête-bêche, comme endormis à tout jamais dans leur berceau de roches. Pensif, je les admire longuement en imaginant les artisans à l’œuvre et en m’interrogeant sur les circonstances qui les ont conduits à abandonner ainsi leur travail.

Deux moais tête-bêche encore soudés à la paroi du cratère ; Rano Raraku (Rapa Nui)

Deux moais tête-bêche encore soudés à la paroi du cratère…
Rano Raraku (Rapa Nui)

Je tombe encore un peu plus loin, au pied de la pointe sud du cratère, sur un moai de taille modeste, très différent de tous les autres, agenouillé en position de prière. Son nom est Tukuturi. Outre son aspect très inhabituel, il présente la particularité d’avoir été taillé – comme les pukaos – dans la scorie rouge du cratère de Puna Pau.

Un moai très atypique, à genoux : Tukuturi ; Rano Raraku (Rapa Nui)

Un moai agenouillé très atypique : Tukuturi
Rano Raraku (Rapa Nui)

J’aperçois à environ un kilomètre l’Ahu Tongariki, un attrait culturel majeur de l’île. Même à cette distance, il en impose. J’ai hâte de le voir de plus près en fin d’après-midi.

L'Ahu Tongariki, vu depuis la Carrière des Moais ; Rano Raraku (Rapa Nui)

L’Ahu Tongariki, vu de la Carrière des Moais
Rano Raraku (Rapa Nui)

Après avoir terminé mon (premier) tour de la carrière, je me rends à l’intérieur du cratère de Rano Raraku via un sentier s’y faufilant par l’ouest. Un petit lac partiellement envahi de plantes aquatiques orne le plancher du cratère. J’aperçois à quelques centaines de mètres d’autres moais situés dans une zone inaccessible au public. Pour des raisons évidentes de protection du site, le tour du cratère est interdit. Un peu frustrant mais tout à fait judicieux.

Ambiance sympathique à l'intérieur du cratère. ; Rano Raraku (Rapa Nui)

Ambiance sympathique à l’intérieur du cratère…
Rano Raraku (Rapa Nui)

Je ressors du cratère et entame un nouveau tour de la carrière pour m’imprégner encore un peu plus de ce lieu très atypique. Il y a peu de monde ; le pic touristique est pour plus tard (décembre à février). Même si la pluie est souvent de la partie, le printemps pascuan m’apparaît comme une époque propice à une visite paisible de l’île…

Je m’attarde une bonne heure et demie sur le site pour en profiter un maximum, sachant que mon ticket ne me permettra d’y d’accéder qu’une seule fois (une façon de réguler le flux touristique). Je verserais presque une larme en quittant les lieux, me disant que je n’y reviendrai sans doute jamais…

Je reprends mon vélo, que j’avais cadenassé à un arbuste sur le parking, pour rejoindre l’Ahu Tongariki. J’y suis en moins de cinq minutes. Les quinze moais alignés sur le plus long et le plus imposant ahu de l’île ont de quoi impressionner. Les hautes falaises de la péninsule de Poike et le Motu Marotiri agrémentent à merveille le tableau, une image que j’avais en tête depuis le début de mon aventure. Elle a d’ailleurs longtemps été mon fond d’écran… Je ne suis vraiment pas déçu : cet endroit est une pure merveille.

Les Quinze ont des apparences très diverses. Ils sont en général bien conservés pour leur âge et les vicissitudes de leur longue histoire. Des efforts de restauration importants ont notamment été entrepris dans les années 90, environ 30 ans après le passage d’un tsunami dévastateur qui avait sérieusement endommagé la structure (déjà très affectée par les guerres tribales). Deux moais se démarquent par leur taille plus imposante. Celui qui porte le pukao, avec son poids de 86 tonnes, serait le plus lourd spécimen jamais érigé.

Imposants et superbes : les quinze moais de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Imposants et superbes : les quinze moais de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques)

Des moais très hétérogènes (dimensions, expressions et état de conservation) ; Ahu Tongariki (Rapa Nui)

Des moais très hétérogènes (dimensions, expressions et état de conservation)
Ahu Tongariki (Rapa Nui)

Un ahu majestueux devant les hautes falaises de la Péninsule de Poike ; Ahu Tongariki (Rapa Nui)

Un ahu majestueux devant les hautes falaises de la Péninsule de Poike
Ahu Tongariki (Rapa Nui)

La péninsule de Poike, qui s’étend à l’est de l’Ahu Tongariki, m’attire par son aspect sauvage et son isolement. Située à l’autre bout de l’île par rapport à Hanga Roa, elle est dépourvue de routes ou de sentiers. J’y dédierai, c’est certain, un jour cette semaine pour en faire le tour et grimper au sommet du volcan qui l’a fait naître (Maunga Puakatiki ou, plus simplement, Poike).

Je me pose un petit moment face à l’ahu puis reprends mon vélo pour rentrer au bercail, en empruntant la même route qu’à l’aller. Je ne croise pas grand monde et les rares personnes que je croise se trimbalent toutes en voiture. Je suis le seul à avoir opté pour le vélo… Dommage que les gens – au moins les plus jeunes – ne soient pas un tantinet plus sportifs et sensibles à l’environnement. Le vélo est résolument le mode de transport idéal sur un territoire aussi sauvage parcouru de routes aussi accueillantes !

Les animaux sont plus nombreux. Vaches et chevaux en semi-liberté peuplent gaiement la campagne pascuane. J’observe également très fréquemment des petits rapaces peu farouches appartenant à la famille des faucons. Il s’agit du Caracara chimango (Milvago chimango), une espèce originaire d’Amérique du Sud introduite pour réguler les populations de rongeurs importés par inadvertance (au grand dam des humains !). Il s’est à l’évidence fort bien adapté à son nouvel environnement…

Ayant le vent dans le dos, je pédale à vive allure tout en me régalant du paysage côtier, délicieusement sauvage. Je rejoins, à l’issue d’une longue grimpette en pente douce accompagnée d’une bonne suée, la route reliant Anakena à Hanga Roa. Il ne me reste alors plus qu’à me laisser porter par la gravité jusqu’au village.

Je fais quelques courses dans l’une des supérettes avant de retourner au gîte. C’est une bien belle journée qui se termine…

7 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

J’ai décidé aujourd’hui de réaliser le « tour » de l’île par la route avec mon vélo. J’emprunterai dans un premier temps le Camino Vaitea Anakena pour rejoindre la plage d’Anakena. Malgré son nom, ce n’est pas (plus) un chemin mais une route asphaltée. Elle permet de rallier Anakena depuis Hanga Roa en passant au cœur de l’île (environ 17.5 km). Je prendrai ensuite la direction de l’Ahu Tongariki en longeant la côte nord puis en coupant par l’intérieur des terres au pied de la Péninsule de Poike (environ 10 km). Il ne me restera alors plus qu’à reprendre, comme la veille, la route côtière méridionale jusqu’à Hanga Roa (environ 20 km).

Je fais un arrêt entre Hanga Roa et Anakena pour grimper au sommet d’un petit cône volcanique aux pentes très abruptes et situé à droite de la route : le Maunga Pui (altitude 302 m). La vue doit être vraiment belle au sommet ! La grimpette, heureusement assez courte, est tellement raide que je dois par moments m’aider des mains pour ne pas glisser. Une fois en haut, je fais rapidement le tour du cratère en luttant contre le vent qui souffle comme un diable. Le panorama sur l’intérieur de l’île est superbe. C’est bien là tout l’intérêt de cette petite ascension, le cratère en lui-même – une dépression peu profonde au fond tapissé d’herbe bien verte – présentant peu d’intérêt.

Vue sympathique vers la côte sud depuis le sommet du Maunga Puhi ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue sympathique vers la côte sud depuis le sommet du Maunga Puhi
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je redescends et poursuis ma route vers Anakena en me laissant porter par la gravité dans la longue pente filant jusqu’à la côte. Je fais attention toutefois à bien user des freins. L’ukrainienne qui réside au gîte a en effet chuté pas plus tard qu’hier dans cette même descente à cause d’un mauvais freinage et s’est sérieusement blessée (fractures et plaies multiples). Venir à l’Île de Pâques et terminer au bout de deux jours aux urgences de l’hôpital local, c’est vraiment pas de chance !

J’aperçois dans la descente des goyaviers portant quelques fruits mûrs. Stop ! Hors de question de passer à côté de l’occasion. Je m’arrête sur la bas-côté pour faire la razzia sur les goyaves mûres et me délecter de leur chair orange saumon à la saveur si caractéristique. Réminiscence de la Gwada… Un pur délice tropical !

Le site d’Anakena tient ses promesses. La plage est magnifique, agrémentée d’une superbe cocoteraie mais surtout d’un ahu supportant sept moais (dont 4 avec pukao), situé à environ 150 m de la plage au pied d’un mini cône volcanique. C’est l’Ahu Nau Nau. Comme c’est presque toujours le cas, les moais tournent le dos à l’océan. Le sable, qui pénètre jusqu’à 200 m à l’intérieur des terres, forme une petite dune contre la partie postérieure de l’ahu, lui donnant encore plus de cachet.

Un peu plus loin, à une centaine de mètres, un moai solitaire, plus massif que les autres et comme comprimé verticalement, veille lui aussi sur les terres pascuanes. Il s’agit de l’Ahu Ature Huki.

Ahu Nau Nau, les « pieds » dans le sable ; Plage d'Anakena (Rapa Nui)

Ahu Nau Nau, les « pieds » dans le sable
Plage d’Anakena (Rapa Nui)

Moai solitaire de l'Ahu Ature Huki ; Plage d'Anakena (Rapa Nui)

Moai solitaire de l’Ahu Ature Huki
Plage d’Anakena (Rapa Nui)

Ambiance côtière tropicale ; Plage d'Anakena (Rapa Nui)

Ambiance côtière tropicale…
Plage d’Anakena (Rapa Nui)

Plage d'Anakena ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plage d’Anakena
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plage d'Anakena vue depuis un petit cône volcanique la surplombant à l'est ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plage d’Anakena vue depuis un petit cône volcanique la surplombant à l’est 
Rapa Nui (Île de Pâques)

La plage d’Anakena, l’endroit de l’île le plus facilement accessible par la mer, serait l’endroit où les fondateurs de la civilisation rapanui auraient débarqués. Les oasis sableuses sont une denrée rarissime sur l’île. Il n’y a en effet que deux plages véritablement constituées : celle-ci et celle d’Ovahe, située à moins d’un kilomètre de la première vers l’est, de l’autre côté du Maunga Puha (cône volcanique).

Impression

Vue aérienne des plages d’Anakena et d’Ovahe, les deux seules plages de l’île
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Je me pose un peu sur la plage. Des gens se baignent ; je ne fais que tremper les pieds. Même si l’eau – loin d’être aussi chaude que sous les tropiques – est propice à la baignade, il fait plutôt frais à l’extérieur… Le vent souffle en effet très fort et la température s’en ressent. Je prends mon pique-nique assis sur le sable, observe un peu l’animation de la plage puis reprends mon vélo en direction de l’est.

La côte nord est truffée de sites archéologiques. J’y découvre un sanctuaire, plusieurs ahus ruinés, des pétroglyphes, ainsi qu’une pierre percée que les anciens utilisaient comme trompette invocatrice de pluie (la trompette du dieu Hiro). Le site de Te Pito Kura est particulièrement intéressant. On y rencontre en effet Paro, l’un des moais les plus lourds (85 tonnes pour une taille de 11 mètres) jamais transportés et érigés par les pascuans. Etrangement, lors de sa chute (provoquée), la sculpture s’est rompue au niveau du torse, et non du cou comme c’est très souvent le cas. Son pukao, d’une hauteur avoisinant 2 mètres pour un poids d’environ 10 tonnes, n’a pas roulé bien loin. Paro serait également, d’après le récit d’Abel Du Petit-Thouars (un explorateur français qui visita l’île en 1838), le dernier moai érigé vu par des occidentaux. Il finira malheureusement face contre terre comme tous les autres…

Dans un excès de zèle photographique (probablement à cause d’une lumière trop crue ou d’un cadrage peu convainquant), je ne prends aucun cliché de ce géant, me disant que je reviendrai sur le site dans les jours à venir. Mauvais calcul : je n’y repasserai finalement pas. Comme quoi, il faut bien ne jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour-même !

A quelques pas de notre moai se trouve le fameux sanctuaire de Te Pito Kura : un gros rocher très lisse de forme ovoïde ressemblant à un gros œuf, entouré de 4 pierres qui devaient probablement servir de sièges. Un muret de pierres encercle l’ensemble. Le rocher aurait été apporté par Ariki Hotu Matua’a – le premier roi de l’île – et serait porteuse du mana, une énergie spirituelle octroyée par les dieux. Des touristes en visite guidée s’amusent bêtement à toucher la pierre pour vérifier les dires de leur guide. Quel manque de respect ! On ne touche pas les moais – et par extension toute ruine -, c’est une règle et on se doit de la respecter scrupuleusement, par principe mais surtout par respect pour les rapanuis, d’hier et d’aujourd’hui…

Sanctuaire de Te Pito Kura, sur la côte nord ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Sanctuaire de Te Pito Kura, sur la côte nord
Rapa Nui (Île de Pâques)

La route pique à présent droit vers le sud en coupant par l’intérieur des terres, en marge ouest de la péninsule de Poike. Je commence à avoir quelques kilomètres dans les pattes et les 30-40 m de dénivelé à grimper pour passer de l’autre côté de l’île m’arrachent quelques gouttes de sueur… Très bonne surprise dans la descente : il y a des tas de goyaviers de chaque côté de la route ! Je m’arrête naturellement pour me délecter à nouveau de ces fruits délicieux et j’en ramasse même quelques-uns pour plus tard. Le Tongariki n’est plus qu’à deux minutes en vélo. Je m’arrête 500 mètres avant l’ahu pour me balader près de la côte, sur un chaos de roches et de galets. J’y découvre un moai sans tête, isolé, abandonné aux éléments… Je passe ensuite un long moment à admirer l’Ahu Tongariki, posé face à ses quinze sentinelles de pierre alignées côte à côte. Quelle merveille !

Vingt kilomètres plus tard, je suis de retour à Hanga Roa. Quelle superbe journée je viens de passer ! Cette boucle à vélo – totalisant un peu moins de 50 kilomètres – est désormais pour moi un incontournable de l’Île de Pâques, un moyen à la fois écologique et délicieusement grisant de « faire le tour » de l’île. C’est sûr, je remettrai ça d’ici quelques jours !

L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (1/3)

3 octobre 2014, de Santiago à Hanga Roa (Rapa Nui)

3h30 du matin : Je me lève pour être près à la réception de l’auberge à 3h50, un taxi partagé étant censé passer me prendre à 4h00. Mon avion pour l’Île de Pâques décolle à 8h30 et je dois, d’après LAN – la compagnie aérienne assurant le vol – arriver trois heures avant le départ. Ça me semble exagéré mais, bon, mieux vaut prévenir que guérir… et puis, de toutes façons, je préfère arriver le plus tôt possible. Manquer un vol aussi important – mon exutoire hors du tumulte urbain – serait une catastrophe personnelle.

L’auberge dort à point fermé à cette heure-ci et le gardien de nuit – jamais vu jusqu’à aujourd’hui – ronfle sur sa chaise, la bouche entre-ouverte. Je me pose sur le sofa du salon et grignote quelques gâteaux secs qui font mon petit-déjeuner, tout en observant avec une anxiété croissante les minutes défiler sur l’horloge.

4h10, toujours pas de taxi ! Ça commence à être inquiétant. Je décide de réveiller le gardien de nuit. Il commence à ouvrir les yeux après trois ou quatre tentatives. Le pauvre est dans le gaz… Son accent ne laisse planer aucun doute sur ses origines : c’est un porteño (habitant de Buenos Aires). Je lui fais part de mon inquiétude mais il n’a pas l’air de prendre mon problème très au sérieux. Je sens même une petite pointe de mépris dans son attitude.

Bon, je l’ai réveillé, d’accord… mais tout de même, c’est son travail. Je lui demande prestement d’appeler le taxi partagé – ce qu’il fait – et l’entends bientôt hausser le ton avec son interlocuteur. Ma veine ! La compagnie a mal pris la réservation faite l’avant-veille – j’étais pourtant là au moment où la réceptionniste avait appelé – et m’a tout bonnement zappé !

4h20… Je demande au veilleur de nuit d’appeler un taxi « standard ». Tant pis s’il faudra payer quasiment le triple de ce que m’aurait coûté le taxi partagé. Le taxi arrive heureusement 5 minutes plus tard. Gros soulagement, je serai à l’heure ! J’arrive quinze petites minutes plus tard devant l’aéroport international de Santiago. Le trajet est moins long que ce à quoi je m’attendais et je suis donc largement en avance. Peu importe, mieux vaut ça qu’être à la bourre et stresser comme un diable ! D’autant plus que ce vol vers l’Île de Pâques, je l’attends depuis bien longtemps et ne veux surtout pas le manquer… Même si le taxi vient de me rendre un grand service en me permettant de rejoindre l’aéroport en pleine nuit, les 16 000 CLP (environ 20€) en moins dans mon porte-monnaie font mal au budget. Je mettrai ça dans la case des « imprévus », heureusement prévue !

Une fois dans le hall de l’aéroport, j’essaie dans un premier temps de retirer de l’argent dans l’un des distributeurs automatiques. « Fonds insuffisants » me répond la machine. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! Je teste à nouveau ma carte dans un autre distributeur. Même rengaine. Zut ! Et si ma carte Visa ne passait pas dans les rares distributeurs de l’Île de Pâques (il n’y en a que deux apparemment) ? J’ai avec moi une certaine somme – près de 200 000 CLP – mais pas de quoi couvrir tout mon séjour sur l’île (11 jours). Je me ferais moins de soucis si j’avais toujours deux cartes en ma possession…

Autre inquiétude : Et si ma carte Visa s’était déjà faite piratée dans l’un des distributeurs que j’ai utilisés depuis le début de mon voyage (et surtout depuis que mon autre carte a été volée) ? J’ai croisé un certain nombre de voyageurs malchanceux à qui c’est arrivé…

Et que se passerait-il si ma carte se faisait avaler par un distributeur lors des prochaines semaines ? J’ai demandé à ma banque d’envoyer une nouvelle carte MasterCard en poste restante à Auckland, la prochaine ville sur mon itinéraire où je suis sûr de pouvoir récupérer la carte en temps et en heure. Ce serait trop juste pour l’Île de Pâques et je n’ai pas envie de tenter ma chance en Polynésie sachant que je vais sauter d’île en île et passer peu de temps à chaque endroit.

D’ici là, pas le choix, il faudra composer avec une seule carte ! Si ma Visa se fait pirater, là, pour le coup, je serai dans de beaux draps ! Je n’ai plus qu’à croiser les doigts… Même si ces possibilités ne sont pas à écarter, les probabilités restent faibles et je tente donc de ne pas m’en faire outre mesure.

Je fais enregistrer mon gros sac vers 6h du matin pour m’en débarrasser. Je suis visiblement le premier à m’être présenté pour Rapa Nui ; il n’y a pas un chat devant le comptoir d’enregistrement. Trois heures avant, mon œil !

Je me mets ensuite en quête d’une connexion Internet pour pouvoir accéder à mon compte bancaire en ligne et voir si le problème au distributeur ne viendrait pas d’un fond insuffisant sur mon compte courant. On me dit au Point Info qu’il n’y pas de wifi dans l’enceinte de l’aéroport… Bizarre dans un endroit aussi moderne et voyant passer autant de monde !

Je me pose au rez-de-chaussée – étage des arrivées – dans un café encore désert à cette heure-ci et commande un chocolat chaud juste pour pouvoir m’asseoir et me poser un peu car je me sens à plat. 3,8$ le chocolat chaud ! Le prix me paraît exorbitant. Mon passage dans des pays vraiment bon marché, comme l’Équateur ou la Bolivie, a vraiment changé mon « référentiel de prix ». Je suis au Chili, pays très occidentalisé, et qui plus est dans un aéroport ; je ne dois pas l’oublier !

Au moment de régler mon addition, je demande au serveur si le café dispose du wifi ; on ne sait jamais. « Sí señor » me répond-t-il. Bonne nouvelle ! L’hôtesse du Point Info est à l’évidence très bien renseignée… J’entre la clé de sécurité et me connecte illico avec ma nouvelle tablette, qui prouve ici toute son utilité. J’effectue un virement de mon compte épargne vers mon compte courant pour le renflouer un peu puis envoie un petit message à la maison pour informer ma petite famille de mes avancées. Je remonte ensuite à l’étage des départs, tente à nouveau un retrait – toujours infructueux -, puis passe la sécurité pour rejoindre la salle d’embarquement. Bizarre, on ne vérifie ni mon passeport ni mon ticket…

8h30 : Je décolle enfin ! Énorme soulagement que de quitter Santiago et de laisser derrière moi les (très) mauvaises journées que je viens de passer… Enfin je progresse dans mon périple ; enfin je m’envole pour l’Île de Pâques, une destination vers laquelle j’ai rêvé de m’envoler depuis des années !

Très vite, l’avion quitte les terres chiliennes pour entamer sa longue traversée du Pacifique. 3680 kilomètres de bleu ininterrompu, c’est une sacrée distance tout de même. Dire que dans un peu moins de 6h, j’atterrirai sur un petit confetti de 163 km² (soit 1,5 fois la taille de Paris intra-muros) perdu au milieu du plus vaste océan de la Planète ! Je n’en reviens pas.

Rapa Nui, un confetti perdu au milieu du Pacifique ; Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Rapa Nui, un confetti perdu au milieu du Pacifique !
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Carte de Rapa Nui (Île de Pâques)

Carte de Rapa Nui (Île de Pâques)
Source : Eric Galba (2008), Wikimedia Commons

Je somnole une partie du vol, exténué par ce réveil matinal et les deux semaines de stress et de profonde déprime qui viennent de s’écouler.

On ne se rend vraiment compte de l’isolement de l’Île de Pâques qu’en survolant pendant des heures le tapis irisé, s’étirant à l’infini, de l’océan. Heureusement que les avions disposent d’un système de navigation sophistiqué pour trouver ce petit bout de terre ferme au milieu du grand bleu !

12h (heure locale, soit deux heures de moins qu’à Santiago) : Terre en vue mon capitaine !  Enfin la voilà ! J’aperçois un bout de relief dénudé à travers mon hublot et reconnais instantanément cette zone, ayant étudié avec délice la géographie de Rapa Nui : c’est la péninsule de Poike. Je jubile.

Peu avant l'atterrissage ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Peu avant l’atterrissage…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Notre embarcation suit sa course vers la piste d’atterrissage, située à l’autre bout de l’île, entre la péninsule du Rano Kau et le bourg d’Hanga Roa. Le paysage défile doucement à travers mon hublot. Le ciel est nuageux, renforçant l’austérité de cette terre du bout du monde. Dire que je vais passer 11 jours sur ce petit paradis !

L’avion atterrit vers 12h10 sur l’unique piste que compte l’île. Rallongée jusqu’à 3 kilomètres à la demande de la NASA en 1986 pour permettre l’atterrissage d’urgence de la navette spatiale américaine, ce serait la plus longue piste d’Amérique du Sud.

Premier ressenti à la sortie de l’appareil : il ne fait pas si chaud que ça. J’avais oublié que Rapa Nui, avec ses 27° de latitude sud, est localisée en dehors de la zone intertropicale. Bah, elle n’en est tout de même pas très éloignée (tropique du Capricorne : 23°26’14 » de latitude sud). L’air, bien que rafraîchi par le vent marin, reste relativement doux. La petite polaire n’est pas de trop ! Il tombe quelques gouttes éparses. Espérons que ça tienne si je dois marcher jusqu’au bourg avec mes deux sacs…

En attendant de pouvoir récupérer mon gros sac sur le carrousel à bagages, je fais le tour des cinq guichets tenus par les gérants de plusieurs hostals. Camping sous tente, dortoir, chambre privative : il y a le choix pour des prix pas si élevés que ceux que j’avais vus sur Internet. D’après mes recherches, je m’attendais en effet à un minimum de 35$ la nuit pour l’hébergement le moins cher. Comme quoi, en mode routard, ça paye souvent de voir directement sur place ! Un certain Martín, avec sa chambre privative à 120 000 CLP les 10 nuits, réussit à me convaincre de le suivre chez lui pour voir la chambre, sachant pertinemment que l’affaire est presque dans le sac…

Cette option sous le coude, je pars acheter mon ticket d’entrée pour le Parc national de Rapa Nui qui permet d’accéder à certains sites régulés. 30 000 CLP (soit près de 40€), ce n’est vraiment pas donné ! J’imagine que c’est une façon de réguler la pression touristique sur les sites majeurs et d’engranger des fonds pour restaurer et maintenir le patrimoine archéologique de cette île à part.

Cet achat effectué, je récupère mon gros sac puis grimpe dans la voiture de Martín en compagnie de deux autres touristes qu’il a réussit à convaincre, un couple d’Ukrainiens implantés à Buenos Aires depuis 10 ans. La femme parle bien espagnol, mais avec un horrible accent porteño. « Cho me Chamo » (Je m’appelle)… Je ne suis décidément pas très fan ! Son mari, qui semble mal maîtriser la langue, parle peu.

Hanga Roa, l’unique entité urbaine de l’île, que l’on pourrait qualifier de « bourg », est accolée à l’aéroport. Comptant 5000 habitants, elle s’étale sur environ 4 kilomètres le long de la côté ouest, au nord de la péninsule du Rano Kau.

Nous arrivons rapidement devant la maison de Martín, située rue Simon Paoa entre l’hôpital et le collège-lycée (qui se trouvent de l’autre côté de la route), à environ 250 m de l’église et 5 minutes du centre – un bien grand mot – de cette petite bourgade en apparence paisible. La propriété, très végétalisée, me plaît assez au premier abord. La chambre que me propose Martín est toute bleue et toute simple. Assez sombre et humide, elle sent le renfermé. Deux petits cadres photo aux couleurs délavées (l’un du Rano Kau, l’autre d’un moai du Rano Raraku) agrémentent des murs sales et font office de déco. La chambre dispose d’une petite salle-de-bain avec baignoire.

Ce n’est franchement pas la panacée mais, vu le prix auquel me la propose Martín (environ 20$ la nuit), je finis par accepter. La propriété dispose qui plus est du wifi – j’attends de voir ce que ça donne concrètement – et on peut accéder librement à la cuisine. Et puis, ça m’évitera de devoir dormir sous tente (il pleut souvent paraît-il à Rapa Nui) ou en dortoir. Je trouve par ailleurs Martín plutôt sympathique, malgré une certaine nonchalance que j’imagine propre aux gens d’ici. J’élis donc domicile chez lui, en me disant que je pourrai toujours déménager si je ne m’y plais finalement pas et trouve mieux ailleurs.

Je ressors rapidement pour partir à la découverte d’Hanga Roa à pied en prenant la direction du front de mer. J’y découvre mon tout premier moai, posté telle une sentinelle, le dos tourné à la mer comme l’immense majorité des habitants de pierre de l’île. Coincé entre le rivage et la route, face au stade de l’école primaire, il veille fièrement. Moment d’émotion face à l’un de ces géants mythiques qui m’ont tant fait rêver.

Mon premier moai, un grand moment ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Mon premier moai, un grand moment !
Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai tatoué du symbole de l'Homme-Oiseau ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai tatoué du symbole de l’Homme-Oiseau
Hanga Roa (Rapa Nui)

Je poursuis ma visite en longeant le front de mer vers le sud, admirant les lames qui se brisent sur la côte volcanique déchiquetée. Des surfeurs en combinaison jouent avec les vagues ; l’eau ne doit pas être bien chaude… Je tombe en chemin sur une banque et l’un des deux seuls distributeurs automatiques que compte l’île. Je teste immédiatement ma carte. Même rengaine qu’à l’aéroport de Santiago : « Fonds insuffisants ». Décidément ! Je verrai avec l’autre distributeur un peu plus tard, en croisant les doigts pour que ça marche.

Je poursuis ma course et longe bientôt un grand ensemble clôturé d’habitations basses en béton, plutôt laides vues de l’extérieur : l’Hanga Roa Eco Village & Spa, un hôtel de luxe. Devant la clôture se trouve une banderole, plantée là par un clan rapanui dénonçant le vol du terrain sur lequel est construit l’hôtel. Des tensions sont apparemment à l’œuvre au sein de la paisible communauté…

Je rejoins après quelques digressions le cœur du bourg où sont concentrés les principaux commerces. Je découvre avec horreur les tarifs pratiqués ici. Tout est hors de prix ! Je comprends mieux pourquoi le budget journalier moyen du voyageur est estimé à 45€ à l’Île de Pâques… Je fais quelques courses – trois fois rien – et m’en sors pour plus de 25€ ! Les prix affichés devant les restos me semblent exorbitants ; ils sont facilement 30 à 50% plus chers qu’à Santiago où, déjà, je les trouvais très élevés. C’est le prix à payer pour être dans l’un des endroits habités les plus isolés du monde !

Après une pause dans ma chambre, je retourne me balader dans le village en fin d’après-midi et découvre notamment le complexe cérémonial de Tahai, au nord d’Hanga Roa. J’y admire un superbe moai restauré, trônant en solitaire sur son ahu (Ko Te Riku). Il revêt le pukao, une sorte d’énorme cylindre de pierre taillée dans la scorie rouge du cratère de Puna Pau et représentant (en théorie) la coiffe que portait les ancêtres ayant inspiré l’édification de ces sculptures. Il porte aussi des yeux de corail blanc.

Moai solitaire magnifiquement restauré de l'ahu Ko Te Riku ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai solitaire magnifiquement restauré de l’ahu Ko Te Riku
Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai solitaire du complexe cérémoniel de Tahai ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Un autre moai solitaire du complexe cérémoniel de Tahai
Hanga Roa (Rapa Nui)

Non loin de lui, un ahu supportant cinq moais partiellement détruits trône dos à la mer. Il s’agit de l’Ahu Vai Ure. Ces géants de pierre confèrent aux lieux un air très particulier, empreint de solennité et de mystère.

Silhouettes des cinq moais de l'Ahu Vai Ure ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Silhouettes des cinq moais de l’Ahu Vai Ure
Hanga Roa (Rapa Nui)

Une maison traditionnelle rapanui, intégralement recouverte de feuilles de palmier desséchées, a également été reconstituée sur le site. Sa forme imite celle d’une coque de bateau renversée.

Maison traditionnelle en forme de coque de bateau renversée ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Maison traditionnelle en forme de coque de bateau renversée
Hanga Roa (Rapa Nui)

De retour au gîte, je ne fais pas de vieux os et me couche tôt. Le soleil qui, sous ces latitudes et à cette période de l’année ne s’attarde pas après 20h, fait de même.

4 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je pars ce matin d’Hanga Roa en longeant la côte en direction du nord, décidé à aller le plus loin possible. Le ciel est gris et menaçant ; j’ai bien peur qu’il pleuve et d’être contraint de changer mes plans… Je repasse par le site de Tahai où j’avais manqué hier une magnifique sculpture représentant une énorme main brandissant un poignard, ainsi qu’un cercle de petites statues étranges faites de je-ne-sais-quel métal fondu, situées à deux pas du cimetière.

Mystérieuses statuettes faites de métal fondu ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Mystérieuses statuettes faites de métal fondu
Hanga Roa (Rapa Nui)

Superbe sculpture d'une main empoignant une arme ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Superbe sculpture d’une main empoignant une arme
Hanga Roa (Rapa Nui)

Une bruine assez drue se met bientôt à tomber. Zut ! Je me mets à l’abri au fond d’une alcôve de roches basaltiques couleur ébène creusée par le perpétuel ressac du Pacifique en attendant que ça se calme. De grosses vagues se brisent contre les rochers, sans m’atteindre heureusement. Je décide de sortir carnet et stylo pour écrire un peu, tout en me délectant de l’atmosphère sauvage de ce lieu. Après les grandes villes, c’est plus qu’appréciable. Je me sens enfin apaisé. La côte, sombre et déchiquetée, s’étire loin vers le nord en une succession de petits caps. Juste sublime.

« Grotte » sur la côte noire déchiquetée, non loin d'Hanga Roa ; Rapa Nui (Île de Pâques)

« Grotte » sur la côte noire déchiquetée, non loin d’Hanga Roa
Rapa Nui (Île de Pâques)

Falaises côtières de l'ouest, au nord d'Hanga Roa ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Falaises côtières de l’ouest, au nord d’Hanga Roa
Rapa Nui (Île de Pâques)

La bruine cesse. Je repars en continuant à longer la côte. Il n’y a personne et c’est tant mieux car je veux ressentir à pleins poumons la « sauvagerie » de ces terres. Je dépasse deux îlets (Motu Tautara) et découvre plusieurs ruines d’ahus profanés. Les moais qui avaient été érigés là ont été renversés volontairement à l’époque des guerres tribales, il y a plusieurs centaines d’années. La plupart sont cassés, souvent au niveau du cou, la zone la plus fragile.

J’éprouve une certaine tristesse face à ces œuvres saccagées par la « folie » des hommes. Tant d’efforts pour les sculpter et les transporter jusqu’ici réduits à néant ! Le cratère de Rano Raraku, la fameuse carrière de moais où ont été extraits tous ces géants de pierre, se trouve en effet à plus de douze kilomètres à vol d’oiseau. C’est dire le travail qu’a dû représenter leur acheminement…

Tête de moai « décapité » sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Tête de moai « décapité » sur la côte ouest
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je dépasse l’Ahu Tepeu, toujours décidé à poursuivre ma route vers la « pointe » nord de l’île. Le paysage est tapissé de maigres prairies interrompues de vastes champs de roches volcaniques que délimitent des clôtures à l’abandon. Elles dévalent en pente douce les flancs du volcan Terevaka, le volcan le plus récent et le plus haut de l’île (507 m), pour se jeter dans le Pacifique en un décroché vertigineux.

Les falaises de basalte, dont la hauteur avoisine parfois 100 mètres, sont vraiment impressionnantes. Je longe le précipice au plus près, en veillant toutefois à faire attention où je mets les pieds car une chute serait bien sûr fatale. L’immensité du Pacifique qui s’étire à perte de vue captive mon regard. C’est une belle et vive émotion que celle de se sentir au bout du monde, « perdu » au milieu de cet océan gigantesque !

Après un kilomètre et demi, deux peut-être, la pluie se remet à tomber… à grosses gouttes cette fois. Vite, j’enfile ma veste imperméable, protège mon sac à dos en le portant contre la poitrine et cours me mettre à l’abri sous un arbre – spécimen plutôt rare sur ces terres dépouillées – situé à quelques centaines de mètres vers l’intérieur de l’île. Je veille en courant à ne pas me tordre une cheville dans le chaos de roches qui jonche le sol. Le vent souffle fort, donnant à la pluie une forte obliquité. Ça a l’air d’être parti pour durer… Et zut (pour rester poli) !

Je reste une bonne demi-heure assis au pied de l’arbre, relativement bien protégé par son tronc et une grosse branche en surplomb. Malgré ma frustration à ne pas pouvoir continuer ma route vers le nord, je savoure l’instant. Je suis sur l’Île de Pâques, loin de tout, face à l’immensité du Pacifique, abrité d’une averse sous un vieil arbre… La vie est belle ! Petit moment d’exception.

15h30 : Constatant que l’averse n’est pas prête de s’arrêter, je décide de prendre le chemin du retour en me protégeant du mieux que je le peux contre la pluie qui me fouette le visage. Mon pantalon et mes baskets sont rapidement trempés mais le haut reste au sec ; c’est l’essentiel. J’avais peur pour mon appareil photo mais il ne risque rien sous mon imperméable. J’essaie de tirer au plus court vers Hanga Roa, en coupant « à travers champs » et en enjambant plusieurs clôtures. La pluie cesse au bout d’une heure. Je rejoins la civilisation une demi-heure plus tard.

La pluie le premier jour, ça commence bien ! J’espère que la météo sera plus clémente demain…

Même si j’ai réussi à profiter de cette balade, je ne suis pas pour autant totalement guéri de mon mal-être de ces derniers temps. Le moral a décidément du mal à remonter…

 5 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

J’ai décidé aujourd’hui de partir à la découverte du cratère de Rano Kau et de faire le tour de la péninsule supportant le volcan.

10h : Je quitte le gîte et rejoins la côte en passant rapidement au second distributeur automatique de l’île pour tester ma carte. Ça ne passe toujours pas ! Ma veine, comment je vais faire pour retirer des pesos chiliens maintenant ? J’espère que je pourrai obtenir de l’argent directement au guichet demain avec ma carte…

En descendant vers le front de mer ; Hanga Roa (Rapa Nui)

En descendant vers le front de mer…
Hanga Roa (Rapa Nui)

Je longe la côte par la route pour sortir d’Hanga Roa puis emprunte une sente qui s’évanouit dans les grandes herbes après seulement quelques centaines de mètres. Bon, ben, je crois qu’il va falloir y aller à vue !

Je longe prudemment la falaise tout en admirant le Pacifique, l’escarpement du rivage et le vaste panorama qui s’étire vers le nord, au-delà d’Hanga Roa. Contrairement à hier, il fait un temps magnifique et je dois rapidement me badigeonner de crème solaire pour éviter de virer au rouge. Même si le soleil tape dur, je garde ma polaire car le vent souffle fort et rafraîchit considérablement l’atmosphère.

Je suis seul et heureux de l’être ! Mon moral s’élève à mesure que je progresse sur la pente douce du cratère. J’atteins à mi-pente une plantation d’eucalyptus de belles dimensions. L’île ayant été intégralement défrichée par le passé, probablement à la fin de « l’ère des moais », des campagnes ont été lancées au cours des dernières décennies pour reboiser certains secteurs. Dommage qu’on ne puisse pas le faire avec des espèces d’arbres ou de palmiers autochtones… (elles ont toutes disparues)

Falaises côtières à l'ouest de la Péninsule du Rano Kau, au sud d'Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Falaises côtières à l’ouest de la Péninsule du Rano Kau, au sud d’Hanga Roa
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plantation d'eucalyptus sur la péninsule de Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plantation d’eucalyptus sur la péninsule de Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Les trois îlets (Motu Nui, Motu Iti et Motu Kau Kau) au sud du Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Les trois îlets (Motu Nui, Motu Iti et Motu Kau Kau) au sud du Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois îlets font leur apparition un peu plus haut, à l’approche du sommet : Motu Nui, Motu Iti et Kari Kari. Le panorama est sublime. Le Motu Nui (le plus grand des trois) était au cœur du rite de l’Homme-Oiseau, une compétition entre clans rapanuis destinée à élire le « roi » de l’île, perpétrée jusqu’à la fin du 19ème siècle.

Au cours de cette compétition, les concurrents, qui représentaient chacun un clan et un roi potentiel, devaient désescalader une falaise de 180 m de haut puis nager jusqu’à l’îlet, situé à plus d’un kilomètre du rivage. Ils devaient alors patienter – parfois pendant plusieurs semaines – jusqu’à l’éclosion du premier œuf d’« hirondelle de mer » (sterne) puis rapporter le Saint Graal, naturellement sans le casser, en nageant à nouveau jusqu’au pied de la falaise qu’ils n’avaient alors plus qu’à escalader à mains nues !

Celui qui arrivait le premier – pour peu qu’il soit parvenu à éviter requins, noyade ou dégringolade tout en gardant l’œuf intact bien entendu – était alors proclamé Homme-Oiseau (Tangata manu) de l’année et faisait élire son chef de clan comme souverain de l’île. Sa récompense pour sa bravoure : être considéré comme l’incarnation vivante du dieu Maké Maké, créateur de l’Univers, et à ce titre, avoir le privilège de passer une année entière reclus dans une grotte à l’écart des autres hommes. Il bénéficiait ensuite d’un statut particulier au sein de ses semblables, sa réputation d’avoir été un jour désigné Homme-Oiseau le suivant jusqu’à sa mort.

Le cratère du Rano Kau : une pure merveille ! ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Le cratère du Rano Kau : une pure merveille !
Rapa Nui (Île de Pâques)

Une végétation luxuriante en pourtour du plancher humide ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Une végétation luxuriante en pourtour du plancher humide
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Myriade d'îlets flottants au fond du cratère ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Myriade d’îlets flottants au fond du cratère…
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Je bifurque sur ma gauche pour rejoindre le bord du cratère, laissant pour plus tard la découverte du village d’Orongo. La progression à travers la végétation dense est difficile mais je finis par atteindre mon but.

Le cratère est un enchantement pour les yeux. Immense et de forme remarquablement circulaire, il s’étire en tous sens sur environ 1,5 km de diamètre. Son plancher, situé 300 mètres plus bas (diamètre avoisinant le kilomètre), est constellé d’une pléiade de laquets de toutes formes. Un cordon de végétation dense l’encercle presque en totalité. Autre caractéristique remarquable : le cratère est éventré dans sa partie méridionale suite à des effondrements répétés provoqués par les assauts du Pacifique.

Il y a un vent à écorner les bœufs dès que je m’approche un peu trop près du bord ; c’est à peine si j’arrive à prendre des photos… Je commence à longer le cratère vers l’est et m’arrête quelques centaines de mètres plus loin dans un secteur sans vent, face à l’éventrement, pour manger un bout. Moment d’exception face à ce merveilleux paysage. Je ne vois presque personne se promener autour du cratère. Je trouve ça un peu bizarre, surtout par une si belle journée…

Je reprends ma course vers l’extrémité sud-est du cratère, jusqu’à atteindre le bord de l’éventrement. Au-delà, il est impossible – ou alors extrêmement dangereux – de progresser (on ne peut donc pas faire le tour complet du cratère). Le panorama est grandiose, avec à ma droite le cratère et son plancher de laquets miroitant sous le soleil et de l’autre les trois îlets baignant dans le bleu intense du Pacifique… Moment d’exception à nouveau.

Après m’être repu de ce spectacle, je commence ma descente sur le flanc est du volcan, en longeant la falaise qui plonge dans l’océan. Les vues sur la côte sud, l’intérieur de l’île et la Péninsule de Poike, à l’autre bout de l’île, sont superbes. C’est une bien petite île tout de même pour pouvoir être observée ainsi presque de bout en bout…

Vue sur les motus Nui et Iti à travers l'éventrement au sud du cratère ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Vue sur les motus Nui et Iti à travers l’éventrement au sud du cratère
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Entre deux (au milieu : zone d'effondrement infranchissable) ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Entre deux (au milieu : zone d’effondrement infranchissable)
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Vue aérienne du cratère de Rano Raraku, Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue aérienne du cratère de Rano Raraku
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Côte sud (au fond : la Péninsule de Poike) ; Admirée depuis le Rano Kau (Rapa Nui)

Côte sud (au fond : la Péninsule de Poike)
Admirée depuis le Rano Kau (Rapa Nui)

J’atteins les ruines d’un ahu – l’Ahu Vinapu – au bas de la pente. Je prends le temps de découvrir le site avant de poursuivre le long de la côte sud, toujours en direction de l’est.

Moai « décapité » de l'Ahu Vinapu (côte sud-ouest) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai « décapité » de l’Ahu Vinapu (côte sud-ouest)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Blocs parfaitement imbriqués de l'Ahu Vinapu : un travail d'une grande précision ! ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Blocs parfaitement imbriqués de l’Ahu Vinapu : un travail d’une grande précision !
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je passe plusieurs ruines d’ahus – la côte en est vraiment truffée – jusqu’à atteindre le site de Vahiu et ses huit moais couchés, remarquablement alignés, face contre terre. Superbe et triste à la fois.

Deux des huit moais déchus du superbe Ahu Vahiu (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Deux des huit moais déchus du superbe Ahu Vahiu (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais déchus de l'Ahu Vahiu (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais déchus de l’Ahu Vahiu (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

L'érosion dissous et enterre progressivement les moais... (Ahu Vahiu) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

L’érosion dissous et enterre progressivement les moais… (Ahu Vahiu)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je me pose un peu là pour m’imprégner du lieu puis entame le chemin du retour en empruntant la route côtière. Je réussis à me faire embarquer par une famille rapanui au troisième lever de pouce ; ils me déposent même devant le gîte !

Une très belle journée de rando s’achève…