L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (3/3)

8 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Le mauvais temps qui a sévi pendant la nuit joue les prolongations ce matin… Les averses se succèdent, entamant durement ma motivation à mettre le nez dehors. Je commence en fin de matinée à regretter d’avoir loué un vélo pour quatre jours consécutifs. Heureusement, une accalmie se dessine vers midi. J’en profite pour grimper au Rano Kau pour aller visiter le site archéologique d’Orongo, le fameux village de l’Homme-Oiseau, situé à deux pas de la falaise au sud-ouest du cratère. Je monte piano piano avec mon vélo tout en me délectant de quelques goyaves bien mûres cueillies sur le bord de route.

Comme prévu, mon ticket est tamponné à l’entrée du site. Je ne pourrai visiter Orongo qu’une seule fois alors je vais prendre mon temps… J’ai la chance d’être le premier à visiter le site cet après-midi. J’avance lentement sur le sentier en m’arrêtant à chaque point d’intérêt pour lire la brochure que l’on m’a remise à l’entrée. Le village, magnifiquement restauré, est fait d’habitations ovales et basses construites en pierres plates, recouvertes d’herbe. Deux ruines ont été laissées dans leur état originel, permettant d’apprécier à sa juste valeur le travail de restauration effectué.

Village d'Orongo surplombant le Pacifique, à deux pas des falaises ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Village d’Orongo surplombant le Pacifique, à deux pas des falaises
Rapa Nui (Île de Pâques)

Habitations en pierre restaurées du village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Habitations en pierre restaurées du village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Motus Kau Kau, Iti et Nui ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Le Motu Kau Kau, le Motu Iti et le Motu Nui
Rapa Nui (Île de Pâques)

Coincé entre l’ancien chaudron du Rano Kau et les hautes falaises côtières, le village paraît en équilibre précaire. Je l’imagine sans mal disparaître un jour, inlassablement grignoté par le ressac et les furies du Pacifique. Que l’on porte son regard vers les profondeurs du Rano Kau ou sur l’immensité du Pacifique, le panorama est splendide !

Cratère de Rano Kau vu depuis le village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Cratère de Rano Kau vu depuis le village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plancher du cratère de Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plancher du cratère de Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Éventrement du cratère de Rano Kau vu depuis le village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Éventrement du cratère de Rano Kau vu depuis le village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Quelques visiteurs pénètrent à leur tour sur le site. Je fais la rencontre de Tanya, une allemande très sympathique, en voyage pendant six mois à travers l’Amérique du Sud. Elle aussi a opté pour le vélo comme moyen de transport ; une belle façon me dit-elle de découvrir ce bijou qu’est l’Île de Pâques. Je ne peux qu’être d’accord avec elle. On discute un moment sur le bord du cratère puis je reprends le cours de ma visite en observant quelques hiéroglyphes.

La visite terminée, je rejoins Hanga Roa en dévalant la pente sur le ruban d’asphalte. Heureusement que j’ai de bons freins ! Quelques minutes me suffisent pour rejoindre le bourg. Le vélo est vraiment un moyen de transport grisant et idéal sur cette île !

La suite du programme n’est pas très palpitante… Je passe en effet le reste de la journée au gîte, un endroit que je n’apprécie finalement guère. C’est trop sombre, trop humide et l’entretien laisse à désirer. Le gîte se révèle également infesté de cafards. Je retrouve chaque matin plusieurs de ces bestioles mortes – pour une raison qui restera un mystère – dans ma salle de bain. Pas très ragoûtant au réveil ! Quant à la connexion internet, c’est au petit bonheur la chance avec un débit toujours très faible. Bon, je n’ai pas trop à me plaindre quand même : je suis à l’Île de Pâques, c’est déjà beau d’avoir accès à Internet. J’aurais bien aimé changer d’endroit pour avoir plus de confort mais, ayant déjà payé l’intégralité de mon séjour à Martín (c’était le deal), je n’ai pas vraiment le choix.

9 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Le temps est à nouveau à la pluie ce matin. Rrr ! J’avais prévu de passer la journée sur la Péninsule de Poike aujourd’hui pour en faire tout le tour et monter au sommet du volcan. Mes plans sont bien partis pour tomber à l’eau ! Je passe la matinée miné et frustré…

Heureusement, la météo s’améliore un peu en milieu de journée. Tiendra, tiendra pas ? Je décide de tenter le coup malgré tout et mets les voiles aux environs de 14h. Je rejoins l’Ahu Tongariki en une petite heure et abandonne mon vélo après l’avoir cadenassé à un poteau de clôture barbelée. Même si j’aperçois quelques grains vers le large, la météo tient bon. C’est parti pour le tour de la Péninsule de Poike, la partie la plus sauvage de l’île !

Caracara chimango à l'affût sur un poteau de clôture barbelée (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Caracara chimango à l’affût sur un poteau de clôture barbelée ; au fond : le Maunga Puhi
Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Sur la route côtière méridionale ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Sur la route côtière méridionale…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai intact, face contre terre, arrêté net dans sa progression vers le rivage ; Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai, face contre terre, stoppé net dans sa progression vers le rivage…
Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Il n’y a aucun chemin, aucun sentier. J’attaque donc le tour de la péninsule à vue, en grimpant une pente raide couverte d’une végétation m’arrivant parfois à la taille. Arrivé à mi-pente, un caracara chimango – ce petit rapace très présent sur l’île – sorti de nulle part me charge. Zut, il défend probablement une nichée. Le bougre me « frôle » à seulement un ou deux mètres, feignant des attaques. Je me défends comme je peux en essayant de l’effaroucher avec ma polaire ou une branche. Il finit par abandonner après une bonne dizaine de tentatives. Je vais me méfier de ces mignonnes petites bêtes désormais…

Une fois en haut de la pente, je commence à longer la péninsule vers l’est en admirant les falaises et le Motu Morotiri. Seul au monde, au bout du bout du monde, je ressens ici un sentiment étrange et délicieux.

J’atteins rapidement une vaste zone totalement dénudée, coincée entre la falaise et un mince cordon de végétation arbustive. Le sol est à vif. La péninsule de Poike, défrichée et surpâturée par le passé, souffre d’une érosion féroce. Le spectacle est impressionnant ; je n’ai jamais vu une chose pareille ! Des rigoles, des goulots voire des petits canyons se sont peu à peu formés, canalisant les eaux de pluie qui grignotent le sol et le charrient inéluctablement vers les falaises puis dans l’océan, une centaine de mètres plus bas.

Première zone décapée par l'érosion au sud-ouest de Péninsule de Poike ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Première zone décapée par l’érosion au sud-ouest de la Péninsule de Poike
Rapa Nui (Île de Pâques)

La partie orientale de la péninsule est la plus touchée. L’érosion y a déjà ravagé plusieurs dizaines d’hectares. Un cordon de forêt issu de plantations d’eucalyptus semble limiter l’extension du phénomène vers l’intérieur des terres. Sans cela, on imagine assez bien l’érosion poursuivre son patient travail destructeur jusqu’à transformer la péninsule entière en désert.

Terre décapée vers l'océan via d'impressionnantes ravines de ruissellement ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Terre décapée vers l’océan via d’impressionnantes ravines de ruissellement
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Des filaos, issus de campagnes de plantations successives, peinent à retenir le sol. La terre végétale a, elle, depuis longtemps déjà disparu au pied des falaises. La reprise des plants est assez hétérogène. Même si la réussite de l’opération ne semble pas garantie, c’est une belle initiative pour tenter de lutter contre cette érosion.

Les ravines s'apparentent parfois à de véritables petits canyons ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Les ravines s’apparentent parfois à de véritables petits canyons.
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Un paysage d'érosion comme jamais je n'en ai vu ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Un paysage d’érosion comme jamais je n’en ai vu…
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Deux ravines se rejoignant puis se jetant dans le Pacifique ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Confluence de deux ravines avant le grand saut dans le Pacifique
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je traverse ces terres dénudées en enjambant les goulots, tellement larges parfois que je suis obligé de passer au fond. J’atteins le nord de la péninsule, pour l’instant épargné par le phénomène. Je n’ai jusque-là croisé que chevaux et vaches en semi-liberté, au son des grillons qui peuplent généreusement la prairie et des cris perçants de ces petits faucons dont j’ai appris à me méfier. Le ciel, partiellement nuageux, tient toujours bon.

J’atteins après deux bonnes heures de marche le Maunga Parehe, un mamelon volcanique perché au-dessus de la falaise, englouti aux trois quarts par le Pacifique. L’érosion occasionnée par les vagues sur le trait de côte est flagrant ici. Deux autres mamelons – le Maunga Tea Tea et le Maunga Vai Heva-, remarquablement alignés avec le précédent, subiront un jour le même sort…

La vue sur les falaises, hautes de près de 200 m au sommet du Maunga Parehe, et la côte nord est splendide.

Paysage côtier au nord ouest de la péninsule (en haut à gauche : le Maunga Parehe) ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Paysage côtier (en haut à g. : le Maunga Parehe)
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je décide de rejoindre le point culminant de la péninsule – le sommet du Poike (370 m) – en grimpant sur le Maunga Tea Tea puis le Maunga Vai Heva. Je pourrais les contourner très facilement mais ces deux rebonds m’appellent. Leurs pentes très courtes (20 à 30 mètres de dénivelé) mais raides m’obligent à utiliser les mains.

L’ascension du Poike – « ascension » étant un bien grand mot pour un sommet de cet acabit – ne représente aucune difficulté. Je suis déçu en arrivant à destination.  Le cratère n’est qu’une faible dépression occupée par un bosquet d’arbres chétifs… Seul le panorama présente vraiment un intérêt.

Maunga Tea Tea vu depuis le Maunga Vai Heva ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Le Maunga Tea Tea, observé depuis le Maunga Vai Heva
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

L’Ahu Tongariki en ligne de mire (à 3 kilomètres précisément), j’entame alors la descente vers mon point de départ tout en admirant le paysage.  Je prends garde de ne pas trébucher sur les roches disséminées un peu partout, invisibles dans les grandes herbes. L’atmosphère est délicieuse : il n’y a pas un seul bruit parasite pour venir troubler la quiétude de ce petit bout de Terre.

Je fais une pause à mi-pente pour écouter le « silence », bercé par le chant des grillons, quelques cris d’oiseaux et le bruit sourd, presque inaudible, des lames qui se brisent sur le rivage. Des rideaux de pluie glissent très lentement sur l’océan en direction d’Hanga Roa, au sud-ouest de l’île. Je suis bel et bien passé entre les gouttes… pour le moment tout du moins ! Je prends une photo pour immortaliser ce petit moment d’exception.

Rideau de pluie non loin de l'Ahu Tongariki (en bas à dr.) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Rideau de pluie non loin de l’Ahu Tongariki (en bas à dr.)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Après quelques minutes hors du temps, je me remets en route. Je galère un peu dans la végétation au niveau de la rupture de pente séparant la péninsule du reste de l’île. Je n’ai pas choisi le bon endroit visiblement mais j’évite au moins de déranger une seconde fois le petit faucon de tout à l’heure. Je retrouve mon vélo là où je l’avais laissé, au prix de quelques lacérations aux jambes… rien de bien méchant. C’est reparti pour une vingtaine de kilomètres à vélo ! Je commence à connaître le chemin ; c’est en effet déjà la troisième fois que je parcoure la route côtière dans ce sens. Ayant les faveurs du vent, je rentre sans pousser exagérément sur les pédales.

19h30 : La nuit a déjà commencé à tomber lorsque je rejoins le gîte. Voilà une après-midi bien rempli au cours de laquelle je me suis régalé et bien dépensé. Même si j’aurais aimé passer une bonne grosse journée sur la péninsule de Poike, je suis vraiment heureux d’avoir réussi à en avoir fait le tour.

La soirée se résume à peu de choses : une bonne douche suivie d’un dîner rapide et, hop, sous les draps !

10 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Une journée « off », un mauvais jour. Je ne sors presque pas, me morfonds et broie du noir toute la journée dans mon repaire. Il faut dire que le temps ne se prête pas particulièrement à vivre au grand air aujourd’hui. Je passe plusieurs heures sur Internet à lire des avis sur des reflex numériques et me mets à rêver du jour où j’aurai de nouveau entre les mains un appareil photo digne de ce nom.

Ma motivation à écrire dans mon journal est au point mort ces derniers temps. C’était si facile de garder le cap quand j’avais mon ordinateur et la possibilité de partager régulièrement mes aventure sur le blog. Aujourd’hui, écrire « à l’ancienne » muni d’un papier et d’un stylo me semble si lent et laborieux. Je me rends compte que je ne suis en fait pas du tout habitué à écrire à la main. Du coup, je suis très en retard dans mon récit. Pour preuve, j’ai à peine commencé à raconter mon séjour sur l’île [j’écrits ces lignes alors que j’attends mon vol pour Tahiti…]. C’est dommage car les journées, souvent si riches en souvenirs, se brouillent parfois entre elles, m’obligeant à passer encore plus de temps à la tâche pour tout remettre dans l’ordre. La procrastination n’a jamais été très rentable…

Frustré, démotivé et fatigué, rien ne me retient après 20h, heure d’extinction des feux ce soir.

11 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je pars ce matin vers 9h30 en direction de la côte nord-ouest de l’île. Mon objectif est de rejoindre la plage d’Anakena à pied en longeant la côte puis de revenir à Hanga Roa en faisant au passage « l’ascension » du Mont Terevaka, le point culminant de l’île. La météo est plutôt engageante ; je devrais être épargné par les passages pluvieux, fréquents ces derniers jours.

Superbe moai rencontré sur le site de Tahai ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai rencontré sur le site de Tahai
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je rejoins dans un premier temps l’Ahu Tupai, un petit ahu que j’avais découvert le deuxième jour. Sachant que je ne dois pas traîner si je veux atteindre mon objectif, je marche d’un bon pas en serpentant dans les chaos de roches. Plusieurs bateaux de pêcheurs cabotent au pied de la falaise à la recherche de je-ne-sais-quel butin. Mon regard ne cesse de se perdre dans le bleu du Pacifique…

Je m’arrête vers midi au niveau d’une anse pour pique-niquer puis reprends ma route vers le « cap nord », un repère cartographique impossible à identifier précisément sur le terrain. Je me rends compte petit à petit que mon objectif initial était ambitieux ; je suis parti malheureusement trop tard. Je décide donc de bifurquer directement vers l’intérieur de l’île, en direction du Terevaka. N’ayant aucune idée de l’endroit où se trouve précisément le sommet, je monte à vue en me fiant au relief. En essayant de mettre systématiquement un pied au-dessus de l’autre, je devrais bien arriver au faîte de l’île !

Le panorama évolue à mesure que je m’élève et m’éloigne des falaises. Les pâturages, plus jaunes que verts, tranchent admirablement avec le bleu de l’océan. Les pentes sont douces et, malgré les chaos de roches disséminés un peu partout, je progresse rapidement.

Chaos de roches « dévalant » les pentes douces du Mont Terevaka sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Chaos de roches « dévalant » les pentes douces du Mont Terevaka sur la côte ouest
Rapa Nui (Île de Pâques)

Un énième moai « perdu » au milieu de nulle part sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Un énième moai « perdu » au milieu de nulle part sur la côte ouest…
Rapa Nui (Île de Pâques)

J’atteins bientôt un gros et beau cairn, faisant parfaitement corps avec le rocher sur lequel il a été érigé. C’est bien le premier de cette taille que j’observe sur l’île ! Je me demande bien ce qu’il fait là, au milieu de nulle-part. J’y fais une courte pause pour boire et manger un morceau puis reprends ma progression vers ce fameux point culminant, toujours caché derrière les rebonds du microrelief.

Gros cairn à mi pente sur le flanc ouest du Mont Terevaka ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Gros cairn à mi pente sur le flanc ouest du Mont Terevaka
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je finis sans trop m’en rendre compte par atteindre les hauteurs du Terevaka. J’ai toutefois du mal à identifier clairement le point culminant. Il y a en effet trois petits cônes volcaniques proches les uns des autres et de hauteur comparable. Je fais le tour de deux d’entre eux. Les cratères ne sont que de simples dépressions, profondes de seulement quelques mètres. Il n’y a pas grand-chose à voir finalement… si ce n’est la vue !

Je me rends compte, en balayant des yeux le panorama, que je ne suis pas très loin de la « forêt » de l’île, une vaste plantation d’eucalyptus couvrant 4000 à 5000 hectares. J’aperçois Hanga Roa en direction du sud-sud-est, à 8-9 kilomètres à vol d’oiseau. Souhaitant couper à travers champs plutôt que de suivre la piste, je profite de ce point de vue dominant pour définir un itinéraire de retour jusqu’à Hanga Roa. J’essaie de viser l’Ahu Akivi, représenté sur ma carte (plutôt imprécise) mais que je ne parviens pas à voir.

Je traverse plusieurs pâtures abandonnées, enjambant sans difficulté les clôtures barbelées en piteux état qui les délimitent. La progression dans la végétation n’est pas toujours aisée en raison des roches qui se dissimulent parmi les hautes herbes. Après quelques kilomètres de ce hors-piste, j’atteins enfin une route goudronnée. Je sais que l’Ahu Akivi n’est pas loin mais je n’ai aucune idée de la direction à prendre, ma carte étant bien trop imprécise. Tant pis pour aujourd’hui ! Je reviendrai demain en vélo pour le découvrir. Je continue ma progression vers le bourg en contournant un cône volcanique éventré sur son flanc ouest, le Vaka Kipu Te Poko.

16h30 : J’atteins les premières maisons au nord d’Hanga Roa. Le bourg étant très étalé (près de 4 kilomètres), la route est encore longue jusqu’au centre. Fatigué, cette perspective m’enchante guère. Heureusement, un couple de retraités au look baba cool, en route pour le centre, me propose gentiment de grimper dans leur pick-up. J’accepte volontiers. Une fois au centre, je fais quelques courses avant de remonter au gîte.

Avec cette marche à mon actif, je me rends compte qu’hormis la portion allant du Cap Nord à la plage d’Anakena (environ 6 km) j’ai parcouru, à l’aide de mes deux jambes (à pied ou à vélo), tout le tour de l’île en longeant la côte soit environ 65-70 km.

12 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je loue ce matin un vélo pour faire une dernière fois le grand tour de l’île par la route et revoir les principaux sites d’intérêt, en y ajoutant celui de Puna Pau et l’Ahu Akivi que j’ai manqué hier.

11h : Je me mets en route et visite dans un premier temps le site de Puna Pau, à l’est d’Hanga Roa. Cette ancienne carrière située entre deux cônes volcaniques – le Maunga Tangaroa et le Maunga Vai Ohao – était la seule source de scorie rouge servant à la confection des pukaos. On est loin de l’atmosphère de la Carrière des Moais. Je ne m’éternise pas.

Je découvre l’Ahu Akivi cinq minutes plus tard, au terminus de la route asphaltée que j’avais traversée hier. Restaurée en 1960, cette plateforme se démarque nettement des autres sur plusieurs points. Tout d’abord, contrairement aux autres ahus, ses sept moais ont une taille et une apparence comparables. Ensuite, ils ne regardent par vers l’intérieur des terres mais vers la mer, un fait unique sur l’île. Outre le fait d’avoir été construit loin des côtes (2.5 km), l’ahu présente enfin la particularité de faire exactement face au coucher de soleil lors de l’équinoxe de printemps et, inversement, d’être parfaitement dos au lever du soleil au moment de l’équinoxe d’automne.

Je reste un petit moment à admirer les moais avant de reprendre mon vélo pour rebrousser chemin et reprendre la route d’Anakena. Je croise Tanya, l’allemande que j’avais rencontrée à Orongo, dans la descente vers la plage. Nous discutons un bon moment sur le bord de la route.

L'Ahu Akivi et ses sept moais restaurés ; Rapa Nui (Île de Pâques)

L’Ahu Akivi et ses sept moais restaurés
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je découvre peu après la plage d’Ovahe, un petit coin de sable lové au pied d’une falaise. Avec pour toile de fond la côte déchiquetée, la péninsule de Poike et l’infini de l’horizon, l’endroit ne manque pas de charme. Je ne suis pas seul : une famille rapanui arrive pour pique-niquer. Je me pose pour savourer mon sandwich et l’endroit puis repars en grimpant au sommet du Maunga Puha, un cône volcanique éventré par l’érosion des vagues. De là-haut, j’ai droit à une vue superbe sur la côte et les eaux diaphanes du Pacifique. Je récupère mon vélo en bas de la pente – très raide et glissante – puis fais un saut à Anakena pour admirer une dernière fois la plage et le bel Ahu Nau Nau.

Ahu Nau Nau, vu de biais ; Plage d'Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Ahu Nau Nau, vu de biais
Plage d’Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais portant le pukao, vus de dos (Ahu Nau Nau) ; Plage d'Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais portant le pukao, vus de dos (Ahu Nau Nau)
Plage d’Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Côte nord vue depuis le sommet du Maunga Puha ; Site d'Ovahe, Rapa Nui (Île de Pâques)

Côte nord vue depuis le sommet du Maunga Puha
Site d’Ovahe, Rapa Nui (Île de Pâques)

Prochaine étape : l’Ahu Tongariki. Je reste une bonne heure adossé à un rocher face aux quinze sentinelles de pierre, à noircir mon journal de bord tout en savourant ce lieu d’exception. J’ai de la chance, il y a peu de monde.

Je repars peu après 18h, persuadé que les 20 derniers kilomètres restant à parcourir pour rejoindre Hanga Roa seraient une formalité. Que nenni ! J’ai le vent de face cette fois-ci. La progression est de fait rendue vraiment pénible. Je peste contre ce satané vent qui s’évertue à me ralentir, même dans les descentes. Mon rythme est saccadé ; j’ai besoin de faire des pauses car mes jambes n’en peuvent plus. Je mets ainsi plus d’une heure pour arriver à Hanga Roa ! De retour au village, je passe vite fait au supermarché avant de remonter au gîte.

Trois moais de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai de l'Ahu Tongariki portant le pukao ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai de l’Ahu Tongariki portant le pukao
Rapa Nui (Île de Pâques)

Une bonne douche et me voilà frais et dispo pour mon dîner avec Pauline, une suisse francophone fraîchement débarquée sur l’île et rencontrée ce matin au petit déjeuner. Nous cuisinons un plat de pâtes agrémentées de légumes variés revenus à la poêle. S’ensuit une sympathique petite soirée jusqu’à 23h, à parler principalement de voyage. La solitude commençant à me peser ces derniers temps, je suis très heureux de partager ce moment avec elle.

13 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

C’est déjà mon onzième et dernier jour sur l’Île de Pâques… Que le temps passe vite !

Je me lève vers 8h30, soit une demi-heure après le soleil, prends mon petit déjeuner puis réorganise mes deux sacs pendant une bonne heure et demi. J’éprouve un certain plaisir à refaire mon sac, à remettre les choses à leur place en vérifiant que tout y est. Une façon de se remettre dans le bain, de se préparer à repartir vers l’inconnu !

Ma chambre au gîte de Martín ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Ma chambre au gîte de Martín
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

11h : Je vide la chambre, dépose mon gros sac dans la salle-à-manger du gîte puis prends le chemin du centre-bourg pour poster trois cartes postales, rendre le vélo et acheter quelques provisions. Après un déjeuner rapide, je me rends d’un bon pas (environ 1h15) jusqu’au cratère du Rano Kau en empruntant un sentier. Il faut impérativement que j’admire ce monument naturel une toute dernière fois !

L’émerveillement est intact, à chaque fois renouvelé. Ayant du temps devant moi, je décide de longer le cratère, comme la première fois, en direction de son « extrémité » sud-est, jusqu’au bord de la zone d’effondrement. J’éprouve déjà une certaine nostalgie à l’idée de partir ce soir. C’est toujours une déchirure de quitter un endroit qui nous a profondément marqué en se disant qu’on ne le reverra probablement jamais…

Je reste une bonne demi-heure à contempler le panorama, au son des lames qui se brisent trois cents mètres plus bas. Que c’est beau ! Je rebrousse ensuite chemin jusqu’au nord du cratère et entame ma descente en empruntant la route de manière à réaliser une boucle, mais surtout pour pouvoir croquer dans quelques goyaves bien mûres glanées dans les fourrés.

18h30 : Je suis de retour au gîte après avoir écoulé mes derniers pesos chiliens dans une supérette pour m’acheter de quoi dîner. Je discute un moment avec Pauline, revenue d’une longue journée de marche.

20h15 : Martín me conduit en voiture à l’aéroport, peu avant l’ouverture de l’enregistrement. L’avion décollant dans un peu plus de trois heures, j’ai du temps devant moi pour écrire et rattraper mon retard. Le hall de l’aéroport est infesté de moustiques, tous plus insidieux les uns que les autres… Quelles sales bêtes !

Juste avant de grimper dans l'avion pour Tahiti ! ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Juste avant de grimper dans l’avion pour Tahiti !
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

23h30 : L’avion décolle ! Adieu petit bout du monde…

Je vois s’évanouir dans la nuit les lumières d’Hanga Roa puis c’est le noir total, celui du Grand Bleu. C’est parti pour 6h de vol jusqu’à Papeete, 4250 km plus à l’ouest ! L’excitation à l’idée d’arriver dans seulement quelques heures à Tahiti est énorme, cette destination faisant partie depuis longtemps de mes grands favoris. L’avion LAN assurant le vol est au top avec des écrans tactiles dernier cri offrant un très large choix de vidéos. Je regarde un documentaire sur les photographes de National Geographic puis un film (Godzilla, une nouvelle version venant de sortir cette année) avant de fermer les yeux pour quelques heures, histoire de récupérer un peu. Notre avion doit atterrir à Papeete vers minuit et demi, heure locale. Il sera alors 5h30 du matin à Hanga Roa et midi et demi en France. Les décalages horaires, fatigants mais tellement fun !

L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (2/3)

6 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je loue ce matin un vélo pour quatre jours consécutifs dans une location de vélos du centre d’Hanga Roa. Ce n’est pas donné – 10 000 CLP les 24h, soit environ 13 € – mais j’ai une bonne bécane, un casque et un antivol (eh oui, on a beau être sur l’Île de Pâques, on n’est apparemment pas épargné par les voleurs…).

Je fais un saut à la banque et réussis enfin à retirer de l’argent au distributeur. Gros soulagement. Mon plafond de retrait hebdomadaire avait dû été dépassé… Je vais pouvoir payer Martín et passer la fin de mon séjour sur l’île sans plus avoir à me soucier de ma situation financière.

Mon objectif du jour : longer la côte sud par la route pour découvrir les autres ahus qui s’égrainent à l’est du site de Vahiu (découvert hier), visiter la carrière des moais sur les flancs du Rano Raraku et, enfin, aller admirer l’Ahu Tongariki, sans conteste le plus impressionnant de l’île.

Je visite la carrière des moais en début d’après-midi, après m’être arrêté plusieurs fois en chemin pour  observer des ahus.

Un bébé moai ? Quelque part sur la côte sud ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Un bébé moai ? Quelque part sur la côte sud…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai couché sur le dos (cas rare) sur la côte sud ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai couché sur le dos (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Encore et toujours, des moais déchus, face contre terre... (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Encore et toujours, des moais déchus, face contre terre… (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Ce site d’exception tient ses promesses. C’est un univers à part, empreint de mystère et suscitant à la fois émerveillement et tristesse. Plusieurs dizaines de moais sont enfouis dans le sol à des degrés divers ; certains le sont jusqu’au cou voire davantage. Abandonnés là depuis des centaines d’années, ils subissent l’érosion inéluctable du volcan. Année après année, elle les ensevelit un peu plus. Je lirai d’ailleurs plus tard que certains moais auraient déjà disparus sous terre… Ces sculptures d’un autre temps ne rejoindront jamais l’ahu auquel on les destinait, tous comme les moais disséminés à l’intérieur des terres, arrêtés net dans leur lente reptation vers la côte.

En route pour le Rano Raraku et la Carrière des Moais ; Rapa Nui (Île de Pâques)

En route pour le Rano Raraku et la Carrière des Moais !
Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue aérienne du Rano Raraku et de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue aérienne du Rano Raraku et de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

La Carrière des Moais, au sud du Rano Raraku ; Rapa Nui (Île de Pâques)

La Carrière des Moais, au sud du cratère de Rano Raraku
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai « décapité » couché sur le dos non loin du Rano Raraku ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai « décapité » couché sur le dos non loin du cratère de Rano Raraku…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais à demi enfouis sur le flanc sud du Rano Raraku ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais à demi-enfouis sur le flanc sud du cratère de Rano Raraku 
Rapa Nui (Île de Pâques)

La Carrière des Moais... un endroit vibrant de mystère ; Rapa Nui (Île de Pâques)

La Carrière des Moais… un endroit vibrant de mystère
Rapa Nui (Île de Pâques)

Les moais présents ici ont souvent des formes très allongées par rapport à ceux que l’on rencontre le long des côtes. D’après mes lectures sur le sujet, les pascuans de l’époque auraient été pris d’une sorte de folie des grandeurs en voulant sculpter des oeuvres de plus en plus monumentales, chaque clan cherchant à prouver sa supériorité sur les autres. Cette apogée de « l’art moai » se serait terminée brutalement lors de violents conflits inter-tribaux. Nombreuses sont en effet les sculptures qui n’ont jamais rejoint leur destination, comme coupées net dans leur élan par un événement soudain et brutal. Certains moais, toujours ancrés à la roche dans laquelle ils étaient sculptés, n’ont même pas été terminés !

Un moai de la « dernière génération », très allongé<br />  <span class="legende_lieu">Rapa Nui (Île de Pâques)</span>

Un moai « dernière génération », très allongé
Rano Raraku (Rapa Nui)

J’avance lentement sur le sentier, en prenant mon temps pour observer les détails et m’imprégner de ce lieu incroyable. Je m’arrête pour admirer à distance – interdiction oblige – El Gigante (Le Géant), le plus grand et le plus lourd moai jamais sculpté. Il mesure 21,6 mètres, pour un poids estimé à plus de 150 tonnes ! Les scientifiques estiment qu’il eut été peu probable que les rapanuis, avec les moyens dont ils disposaient à l’époque, aient réussi un jour à ériger un tel monument…

« El Gigante », le plus grand et le plus lourd moai jamais sculpté ; Rano Raraku (Rapa Nui)

El Gigante, le plus grand et le plus lourd moai jamais sculpté
Rano Raraku (Rapa Nui)

Je découvre un peu plus loin deux moais couchés tête-bêche, comme endormis à tout jamais dans leur berceau de roches. Pensif, je les admire longuement en imaginant les artisans à l’œuvre et en m’interrogeant sur les circonstances qui les ont conduits à abandonner ainsi leur travail.

Deux moais tête-bêche encore soudés à la paroi du cratère ; Rano Raraku (Rapa Nui)

Deux moais tête-bêche encore soudés à la paroi du cratère…
Rano Raraku (Rapa Nui)

Je tombe encore un peu plus loin, au pied de la pointe sud du cratère, sur un moai de taille modeste, très différent de tous les autres, agenouillé en position de prière. Son nom est Tukuturi. Outre son aspect très inhabituel, il présente la particularité d’avoir été taillé – comme les pukaos – dans la scorie rouge du cratère de Puna Pau.

Un moai très atypique, à genoux : Tukuturi ; Rano Raraku (Rapa Nui)

Un moai agenouillé très atypique : Tukuturi
Rano Raraku (Rapa Nui)

J’aperçois à environ un kilomètre l’Ahu Tongariki, un attrait culturel majeur de l’île. Même à cette distance, il en impose. J’ai hâte de le voir de plus près en fin d’après-midi.

L'Ahu Tongariki, vu depuis la Carrière des Moais ; Rano Raraku (Rapa Nui)

L’Ahu Tongariki, vu de la Carrière des Moais
Rano Raraku (Rapa Nui)

Après avoir terminé mon (premier) tour de la carrière, je me rends à l’intérieur du cratère de Rano Raraku via un sentier s’y faufilant par l’ouest. Un petit lac partiellement envahi de plantes aquatiques orne le plancher du cratère. J’aperçois à quelques centaines de mètres d’autres moais situés dans une zone inaccessible au public. Pour des raisons évidentes de protection du site, le tour du cratère est interdit. Un peu frustrant mais tout à fait judicieux.

Ambiance sympathique à l'intérieur du cratère. ; Rano Raraku (Rapa Nui)

Ambiance sympathique à l’intérieur du cratère…
Rano Raraku (Rapa Nui)

Je ressors du cratère et entame un nouveau tour de la carrière pour m’imprégner encore un peu plus de ce lieu très atypique. Il y a peu de monde ; le pic touristique est pour plus tard (décembre à février). Même si la pluie est souvent de la partie, le printemps pascuan m’apparaît comme une époque propice à une visite paisible de l’île…

Je m’attarde une bonne heure et demie sur le site pour en profiter un maximum, sachant que mon ticket ne me permettra d’y d’accéder qu’une seule fois (une façon de réguler le flux touristique). Je verserais presque une larme en quittant les lieux, me disant que je n’y reviendrai sans doute jamais…

Je reprends mon vélo, que j’avais cadenassé à un arbuste sur le parking, pour rejoindre l’Ahu Tongariki. J’y suis en moins de cinq minutes. Les quinze moais alignés sur le plus long et le plus imposant ahu de l’île ont de quoi impressionner. Les hautes falaises de la péninsule de Poike et le Motu Marotiri agrémentent à merveille le tableau, une image que j’avais en tête depuis le début de mon aventure. Elle a d’ailleurs longtemps été mon fond d’écran… Je ne suis vraiment pas déçu : cet endroit est une pure merveille.

Les Quinze ont des apparences très diverses. Ils sont en général bien conservés pour leur âge et les vicissitudes de leur longue histoire. Des efforts de restauration importants ont notamment été entrepris dans les années 90, environ 30 ans après le passage d’un tsunami dévastateur qui avait sérieusement endommagé la structure (déjà très affectée par les guerres tribales). Deux moais se démarquent par leur taille plus imposante. Celui qui porte le pukao, avec son poids de 86 tonnes, serait le plus lourd spécimen jamais érigé.

Imposants et superbes : les quinze moais de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Imposants et superbes : les quinze moais de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques)

Des moais très hétérogènes (dimensions, expressions et état de conservation) ; Ahu Tongariki (Rapa Nui)

Des moais très hétérogènes (dimensions, expressions et état de conservation)
Ahu Tongariki (Rapa Nui)

Un ahu majestueux devant les hautes falaises de la Péninsule de Poike ; Ahu Tongariki (Rapa Nui)

Un ahu majestueux devant les hautes falaises de la Péninsule de Poike
Ahu Tongariki (Rapa Nui)

La péninsule de Poike, qui s’étend à l’est de l’Ahu Tongariki, m’attire par son aspect sauvage et son isolement. Située à l’autre bout de l’île par rapport à Hanga Roa, elle est dépourvue de routes ou de sentiers. J’y dédierai, c’est certain, un jour cette semaine pour en faire le tour et grimper au sommet du volcan qui l’a fait naître (Maunga Puakatiki ou, plus simplement, Poike).

Je me pose un petit moment face à l’ahu puis reprends mon vélo pour rentrer au bercail, en empruntant la même route qu’à l’aller. Je ne croise pas grand monde et les rares personnes que je croise se trimbalent toutes en voiture. Je suis le seul à avoir opté pour le vélo… Dommage que les gens – au moins les plus jeunes – ne soient pas un tantinet plus sportifs et sensibles à l’environnement. Le vélo est résolument le mode de transport idéal sur un territoire aussi sauvage parcouru de routes aussi accueillantes !

Les animaux sont plus nombreux. Vaches et chevaux en semi-liberté peuplent gaiement la campagne pascuane. J’observe également très fréquemment des petits rapaces peu farouches appartenant à la famille des faucons. Il s’agit du Caracara chimango (Milvago chimango), une espèce originaire d’Amérique du Sud introduite pour réguler les populations de rongeurs importés par inadvertance (au grand dam des humains !). Il s’est à l’évidence fort bien adapté à son nouvel environnement…

Ayant le vent dans le dos, je pédale à vive allure tout en me régalant du paysage côtier, délicieusement sauvage. Je rejoins, à l’issue d’une longue grimpette en pente douce accompagnée d’une bonne suée, la route reliant Anakena à Hanga Roa. Il ne me reste alors plus qu’à me laisser porter par la gravité jusqu’au village.

Je fais quelques courses dans l’une des supérettes avant de retourner au gîte. C’est une bien belle journée qui se termine…

7 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

J’ai décidé aujourd’hui de réaliser le « tour » de l’île par la route avec mon vélo. J’emprunterai dans un premier temps le Camino Vaitea Anakena pour rejoindre la plage d’Anakena. Malgré son nom, ce n’est pas (plus) un chemin mais une route asphaltée. Elle permet de rallier Anakena depuis Hanga Roa en passant au cœur de l’île (environ 17.5 km). Je prendrai ensuite la direction de l’Ahu Tongariki en longeant la côte nord puis en coupant par l’intérieur des terres au pied de la Péninsule de Poike (environ 10 km). Il ne me restera alors plus qu’à reprendre, comme la veille, la route côtière méridionale jusqu’à Hanga Roa (environ 20 km).

Je fais un arrêt entre Hanga Roa et Anakena pour grimper au sommet d’un petit cône volcanique aux pentes très abruptes et situé à droite de la route : le Maunga Pui (altitude 302 m). La vue doit être vraiment belle au sommet ! La grimpette, heureusement assez courte, est tellement raide que je dois par moments m’aider des mains pour ne pas glisser. Une fois en haut, je fais rapidement le tour du cratère en luttant contre le vent qui souffle comme un diable. Le panorama sur l’intérieur de l’île est superbe. C’est bien là tout l’intérêt de cette petite ascension, le cratère en lui-même – une dépression peu profonde au fond tapissé d’herbe bien verte – présentant peu d’intérêt.

Vue sympathique vers la côte sud depuis le sommet du Maunga Puhi ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue sympathique vers la côte sud depuis le sommet du Maunga Puhi
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je redescends et poursuis ma route vers Anakena en me laissant porter par la gravité dans la longue pente filant jusqu’à la côte. Je fais attention toutefois à bien user des freins. L’ukrainienne qui réside au gîte a en effet chuté pas plus tard qu’hier dans cette même descente à cause d’un mauvais freinage et s’est sérieusement blessée (fractures et plaies multiples). Venir à l’Île de Pâques et terminer au bout de deux jours aux urgences de l’hôpital local, c’est vraiment pas de chance !

J’aperçois dans la descente des goyaviers portant quelques fruits mûrs. Stop ! Hors de question de passer à côté de l’occasion. Je m’arrête sur la bas-côté pour faire la razzia sur les goyaves mûres et me délecter de leur chair orange saumon à la saveur si caractéristique. Réminiscence de la Gwada… Un pur délice tropical !

Le site d’Anakena tient ses promesses. La plage est magnifique, agrémentée d’une superbe cocoteraie mais surtout d’un ahu supportant sept moais (dont 4 avec pukao), situé à environ 150 m de la plage au pied d’un mini cône volcanique. C’est l’Ahu Nau Nau. Comme c’est presque toujours le cas, les moais tournent le dos à l’océan. Le sable, qui pénètre jusqu’à 200 m à l’intérieur des terres, forme une petite dune contre la partie postérieure de l’ahu, lui donnant encore plus de cachet.

Un peu plus loin, à une centaine de mètres, un moai solitaire, plus massif que les autres et comme comprimé verticalement, veille lui aussi sur les terres pascuanes. Il s’agit de l’Ahu Ature Huki.

Ahu Nau Nau, les « pieds » dans le sable ; Plage d'Anakena (Rapa Nui)

Ahu Nau Nau, les « pieds » dans le sable
Plage d’Anakena (Rapa Nui)

Moai solitaire de l'Ahu Ature Huki ; Plage d'Anakena (Rapa Nui)

Moai solitaire de l’Ahu Ature Huki
Plage d’Anakena (Rapa Nui)

Ambiance côtière tropicale ; Plage d'Anakena (Rapa Nui)

Ambiance côtière tropicale…
Plage d’Anakena (Rapa Nui)

Plage d'Anakena ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plage d’Anakena
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plage d'Anakena vue depuis un petit cône volcanique la surplombant à l'est ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plage d’Anakena vue depuis un petit cône volcanique la surplombant à l’est 
Rapa Nui (Île de Pâques)

La plage d’Anakena, l’endroit de l’île le plus facilement accessible par la mer, serait l’endroit où les fondateurs de la civilisation rapanui auraient débarqués. Les oasis sableuses sont une denrée rarissime sur l’île. Il n’y a en effet que deux plages véritablement constituées : celle-ci et celle d’Ovahe, située à moins d’un kilomètre de la première vers l’est, de l’autre côté du Maunga Puha (cône volcanique).

Impression

Vue aérienne des plages d’Anakena et d’Ovahe, les deux seules plages de l’île
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Je me pose un peu sur la plage. Des gens se baignent ; je ne fais que tremper les pieds. Même si l’eau – loin d’être aussi chaude que sous les tropiques – est propice à la baignade, il fait plutôt frais à l’extérieur… Le vent souffle en effet très fort et la température s’en ressent. Je prends mon pique-nique assis sur le sable, observe un peu l’animation de la plage puis reprends mon vélo en direction de l’est.

La côte nord est truffée de sites archéologiques. J’y découvre un sanctuaire, plusieurs ahus ruinés, des pétroglyphes, ainsi qu’une pierre percée que les anciens utilisaient comme trompette invocatrice de pluie (la trompette du dieu Hiro). Le site de Te Pito Kura est particulièrement intéressant. On y rencontre en effet Paro, l’un des moais les plus lourds (85 tonnes pour une taille de 11 mètres) jamais transportés et érigés par les pascuans. Etrangement, lors de sa chute (provoquée), la sculpture s’est rompue au niveau du torse, et non du cou comme c’est très souvent le cas. Son pukao, d’une hauteur avoisinant 2 mètres pour un poids d’environ 10 tonnes, n’a pas roulé bien loin. Paro serait également, d’après le récit d’Abel Du Petit-Thouars (un explorateur français qui visita l’île en 1838), le dernier moai érigé vu par des occidentaux. Il finira malheureusement face contre terre comme tous les autres…

Dans un excès de zèle photographique (probablement à cause d’une lumière trop crue ou d’un cadrage peu convainquant), je ne prends aucun cliché de ce géant, me disant que je reviendrai sur le site dans les jours à venir. Mauvais calcul : je n’y repasserai finalement pas. Comme quoi, il faut bien ne jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour-même !

A quelques pas de notre moai se trouve le fameux sanctuaire de Te Pito Kura : un gros rocher très lisse de forme ovoïde ressemblant à un gros œuf, entouré de 4 pierres qui devaient probablement servir de sièges. Un muret de pierres encercle l’ensemble. Le rocher aurait été apporté par Ariki Hotu Matua’a – le premier roi de l’île – et serait porteuse du mana, une énergie spirituelle octroyée par les dieux. Des touristes en visite guidée s’amusent bêtement à toucher la pierre pour vérifier les dires de leur guide. Quel manque de respect ! On ne touche pas les moais – et par extension toute ruine -, c’est une règle et on se doit de la respecter scrupuleusement, par principe mais surtout par respect pour les rapanuis, d’hier et d’aujourd’hui…

Sanctuaire de Te Pito Kura, sur la côte nord ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Sanctuaire de Te Pito Kura, sur la côte nord
Rapa Nui (Île de Pâques)

La route pique à présent droit vers le sud en coupant par l’intérieur des terres, en marge ouest de la péninsule de Poike. Je commence à avoir quelques kilomètres dans les pattes et les 30-40 m de dénivelé à grimper pour passer de l’autre côté de l’île m’arrachent quelques gouttes de sueur… Très bonne surprise dans la descente : il y a des tas de goyaviers de chaque côté de la route ! Je m’arrête naturellement pour me délecter à nouveau de ces fruits délicieux et j’en ramasse même quelques-uns pour plus tard. Le Tongariki n’est plus qu’à deux minutes en vélo. Je m’arrête 500 mètres avant l’ahu pour me balader près de la côte, sur un chaos de roches et de galets. J’y découvre un moai sans tête, isolé, abandonné aux éléments… Je passe ensuite un long moment à admirer l’Ahu Tongariki, posé face à ses quinze sentinelles de pierre alignées côte à côte. Quelle merveille !

Vingt kilomètres plus tard, je suis de retour à Hanga Roa. Quelle superbe journée je viens de passer ! Cette boucle à vélo – totalisant un peu moins de 50 kilomètres – est désormais pour moi un incontournable de l’Île de Pâques, un moyen à la fois écologique et délicieusement grisant de « faire le tour » de l’île. C’est sûr, je remettrai ça d’ici quelques jours !

L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (1/3)

3 octobre 2014, de Santiago à Hanga Roa (Rapa Nui)

3h30 du matin : Je me lève pour être près à la réception de l’auberge à 3h50, un taxi partagé étant censé passer me prendre à 4h00. Mon avion pour l’Île de Pâques décolle à 8h30 et je dois, d’après LAN – la compagnie aérienne assurant le vol – arriver trois heures avant le départ. Ça me semble exagéré mais, bon, mieux vaut prévenir que guérir… et puis, de toutes façons, je préfère arriver le plus tôt possible. Manquer un vol aussi important – mon exutoire hors du tumulte urbain – serait une catastrophe personnelle.

L’auberge dort à point fermé à cette heure-ci et le gardien de nuit – jamais vu jusqu’à aujourd’hui – ronfle sur sa chaise, la bouche entre-ouverte. Je me pose sur le sofa du salon et grignote quelques gâteaux secs qui font mon petit-déjeuner, tout en observant avec une anxiété croissante les minutes défiler sur l’horloge.

4h10, toujours pas de taxi ! Ça commence à être inquiétant. Je décide de réveiller le gardien de nuit. Il commence à ouvrir les yeux après trois ou quatre tentatives. Le pauvre est dans le gaz… Son accent ne laisse planer aucun doute sur ses origines : c’est un porteño (habitant de Buenos Aires). Je lui fais part de mon inquiétude mais il n’a pas l’air de prendre mon problème très au sérieux. Je sens même une petite pointe de mépris dans son attitude.

Bon, je l’ai réveillé, d’accord… mais tout de même, c’est son travail. Je lui demande prestement d’appeler le taxi partagé – ce qu’il fait – et l’entends bientôt hausser le ton avec son interlocuteur. Ma veine ! La compagnie a mal pris la réservation faite l’avant-veille – j’étais pourtant là au moment où la réceptionniste avait appelé – et m’a tout bonnement zappé !

4h20… Je demande au veilleur de nuit d’appeler un taxi « standard ». Tant pis s’il faudra payer quasiment le triple de ce que m’aurait coûté le taxi partagé. Le taxi arrive heureusement 5 minutes plus tard. Gros soulagement, je serai à l’heure ! J’arrive quinze petites minutes plus tard devant l’aéroport international de Santiago. Le trajet est moins long que ce à quoi je m’attendais et je suis donc largement en avance. Peu importe, mieux vaut ça qu’être à la bourre et stresser comme un diable ! D’autant plus que ce vol vers l’Île de Pâques, je l’attends depuis bien longtemps et ne veux surtout pas le manquer… Même si le taxi vient de me rendre un grand service en me permettant de rejoindre l’aéroport en pleine nuit, les 16 000 CLP (environ 20€) en moins dans mon porte-monnaie font mal au budget. Je mettrai ça dans la case des « imprévus », heureusement prévue !

Une fois dans le hall de l’aéroport, j’essaie dans un premier temps de retirer de l’argent dans l’un des distributeurs automatiques. « Fonds insuffisants » me répond la machine. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! Je teste à nouveau ma carte dans un autre distributeur. Même rengaine. Zut ! Et si ma carte Visa ne passait pas dans les rares distributeurs de l’Île de Pâques (il n’y en a que deux apparemment) ? J’ai avec moi une certaine somme – près de 200 000 CLP – mais pas de quoi couvrir tout mon séjour sur l’île (11 jours). Je me ferais moins de soucis si j’avais toujours deux cartes en ma possession…

Autre inquiétude : Et si ma carte Visa s’était déjà faite piratée dans l’un des distributeurs que j’ai utilisés depuis le début de mon voyage (et surtout depuis que mon autre carte a été volée) ? J’ai croisé un certain nombre de voyageurs malchanceux à qui c’est arrivé…

Et que se passerait-il si ma carte se faisait avaler par un distributeur lors des prochaines semaines ? J’ai demandé à ma banque d’envoyer une nouvelle carte MasterCard en poste restante à Auckland, la prochaine ville sur mon itinéraire où je suis sûr de pouvoir récupérer la carte en temps et en heure. Ce serait trop juste pour l’Île de Pâques et je n’ai pas envie de tenter ma chance en Polynésie sachant que je vais sauter d’île en île et passer peu de temps à chaque endroit.

D’ici là, pas le choix, il faudra composer avec une seule carte ! Si ma Visa se fait pirater, là, pour le coup, je serai dans de beaux draps ! Je n’ai plus qu’à croiser les doigts… Même si ces possibilités ne sont pas à écarter, les probabilités restent faibles et je tente donc de ne pas m’en faire outre mesure.

Je fais enregistrer mon gros sac vers 6h du matin pour m’en débarrasser. Je suis visiblement le premier à m’être présenté pour Rapa Nui ; il n’y a pas un chat devant le comptoir d’enregistrement. Trois heures avant, mon œil !

Je me mets ensuite en quête d’une connexion Internet pour pouvoir accéder à mon compte bancaire en ligne et voir si le problème au distributeur ne viendrait pas d’un fond insuffisant sur mon compte courant. On me dit au Point Info qu’il n’y pas de wifi dans l’enceinte de l’aéroport… Bizarre dans un endroit aussi moderne et voyant passer autant de monde !

Je me pose au rez-de-chaussée – étage des arrivées – dans un café encore désert à cette heure-ci et commande un chocolat chaud juste pour pouvoir m’asseoir et me poser un peu car je me sens à plat. 3,8$ le chocolat chaud ! Le prix me paraît exorbitant. Mon passage dans des pays vraiment bon marché, comme l’Équateur ou la Bolivie, a vraiment changé mon « référentiel de prix ». Je suis au Chili, pays très occidentalisé, et qui plus est dans un aéroport ; je ne dois pas l’oublier !

Au moment de régler mon addition, je demande au serveur si le café dispose du wifi ; on ne sait jamais. « Sí señor » me répond-t-il. Bonne nouvelle ! L’hôtesse du Point Info est à l’évidence très bien renseignée… J’entre la clé de sécurité et me connecte illico avec ma nouvelle tablette, qui prouve ici toute son utilité. J’effectue un virement de mon compte épargne vers mon compte courant pour le renflouer un peu puis envoie un petit message à la maison pour informer ma petite famille de mes avancées. Je remonte ensuite à l’étage des départs, tente à nouveau un retrait – toujours infructueux -, puis passe la sécurité pour rejoindre la salle d’embarquement. Bizarre, on ne vérifie ni mon passeport ni mon ticket…

8h30 : Je décolle enfin ! Énorme soulagement que de quitter Santiago et de laisser derrière moi les (très) mauvaises journées que je viens de passer… Enfin je progresse dans mon périple ; enfin je m’envole pour l’Île de Pâques, une destination vers laquelle j’ai rêvé de m’envoler depuis des années !

Très vite, l’avion quitte les terres chiliennes pour entamer sa longue traversée du Pacifique. 3680 kilomètres de bleu ininterrompu, c’est une sacrée distance tout de même. Dire que dans un peu moins de 6h, j’atterrirai sur un petit confetti de 163 km² (soit 1,5 fois la taille de Paris intra-muros) perdu au milieu du plus vaste océan de la Planète ! Je n’en reviens pas.

Rapa Nui, un confetti perdu au milieu du Pacifique ; Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Rapa Nui, un confetti perdu au milieu du Pacifique !
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Carte de Rapa Nui (Île de Pâques)

Carte de Rapa Nui (Île de Pâques)
Source : Eric Galba (2008), Wikimedia Commons

Je somnole une partie du vol, exténué par ce réveil matinal et les deux semaines de stress et de profonde déprime qui viennent de s’écouler.

On ne se rend vraiment compte de l’isolement de l’Île de Pâques qu’en survolant pendant des heures le tapis irisé, s’étirant à l’infini, de l’océan. Heureusement que les avions disposent d’un système de navigation sophistiqué pour trouver ce petit bout de terre ferme au milieu du grand bleu !

12h (heure locale, soit deux heures de moins qu’à Santiago) : Terre en vue mon capitaine !  Enfin la voilà ! J’aperçois un bout de relief dénudé à travers mon hublot et reconnais instantanément cette zone, ayant étudié avec délice la géographie de Rapa Nui : c’est la péninsule de Poike. Je jubile.

Peu avant l'atterrissage ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Peu avant l’atterrissage…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Notre embarcation suit sa course vers la piste d’atterrissage, située à l’autre bout de l’île, entre la péninsule du Rano Kau et le bourg d’Hanga Roa. Le paysage défile doucement à travers mon hublot. Le ciel est nuageux, renforçant l’austérité de cette terre du bout du monde. Dire que je vais passer 11 jours sur ce petit paradis !

L’avion atterrit vers 12h10 sur l’unique piste que compte l’île. Rallongée jusqu’à 3 kilomètres à la demande de la NASA en 1986 pour permettre l’atterrissage d’urgence de la navette spatiale américaine, ce serait la plus longue piste d’Amérique du Sud.

Premier ressenti à la sortie de l’appareil : il ne fait pas si chaud que ça. J’avais oublié que Rapa Nui, avec ses 27° de latitude sud, est localisée en dehors de la zone intertropicale. Bah, elle n’en est tout de même pas très éloignée (tropique du Capricorne : 23°26’14 » de latitude sud). L’air, bien que rafraîchi par le vent marin, reste relativement doux. La petite polaire n’est pas de trop ! Il tombe quelques gouttes éparses. Espérons que ça tienne si je dois marcher jusqu’au bourg avec mes deux sacs…

En attendant de pouvoir récupérer mon gros sac sur le carrousel à bagages, je fais le tour des cinq guichets tenus par les gérants de plusieurs hostals. Camping sous tente, dortoir, chambre privative : il y a le choix pour des prix pas si élevés que ceux que j’avais vus sur Internet. D’après mes recherches, je m’attendais en effet à un minimum de 35$ la nuit pour l’hébergement le moins cher. Comme quoi, en mode routard, ça paye souvent de voir directement sur place ! Un certain Martín, avec sa chambre privative à 120 000 CLP les 10 nuits, réussit à me convaincre de le suivre chez lui pour voir la chambre, sachant pertinemment que l’affaire est presque dans le sac…

Cette option sous le coude, je pars acheter mon ticket d’entrée pour le Parc national de Rapa Nui qui permet d’accéder à certains sites régulés. 30 000 CLP (soit près de 40€), ce n’est vraiment pas donné ! J’imagine que c’est une façon de réguler la pression touristique sur les sites majeurs et d’engranger des fonds pour restaurer et maintenir le patrimoine archéologique de cette île à part.

Cet achat effectué, je récupère mon gros sac puis grimpe dans la voiture de Martín en compagnie de deux autres touristes qu’il a réussit à convaincre, un couple d’Ukrainiens implantés à Buenos Aires depuis 10 ans. La femme parle bien espagnol, mais avec un horrible accent porteño. « Cho me Chamo » (Je m’appelle)… Je ne suis décidément pas très fan ! Son mari, qui semble mal maîtriser la langue, parle peu.

Hanga Roa, l’unique entité urbaine de l’île, que l’on pourrait qualifier de « bourg », est accolée à l’aéroport. Comptant 5000 habitants, elle s’étale sur environ 4 kilomètres le long de la côté ouest, au nord de la péninsule du Rano Kau.

Nous arrivons rapidement devant la maison de Martín, située rue Simon Paoa entre l’hôpital et le collège-lycée (qui se trouvent de l’autre côté de la route), à environ 250 m de l’église et 5 minutes du centre – un bien grand mot – de cette petite bourgade en apparence paisible. La propriété, très végétalisée, me plaît assez au premier abord. La chambre que me propose Martín est toute bleue et toute simple. Assez sombre et humide, elle sent le renfermé. Deux petits cadres photo aux couleurs délavées (l’un du Rano Kau, l’autre d’un moai du Rano Raraku) agrémentent des murs sales et font office de déco. La chambre dispose d’une petite salle-de-bain avec baignoire.

Ce n’est franchement pas la panacée mais, vu le prix auquel me la propose Martín (environ 20$ la nuit), je finis par accepter. La propriété dispose qui plus est du wifi – j’attends de voir ce que ça donne concrètement – et on peut accéder librement à la cuisine. Et puis, ça m’évitera de devoir dormir sous tente (il pleut souvent paraît-il à Rapa Nui) ou en dortoir. Je trouve par ailleurs Martín plutôt sympathique, malgré une certaine nonchalance que j’imagine propre aux gens d’ici. J’élis donc domicile chez lui, en me disant que je pourrai toujours déménager si je ne m’y plais finalement pas et trouve mieux ailleurs.

Je ressors rapidement pour partir à la découverte d’Hanga Roa à pied en prenant la direction du front de mer. J’y découvre mon tout premier moai, posté telle une sentinelle, le dos tourné à la mer comme l’immense majorité des habitants de pierre de l’île. Coincé entre le rivage et la route, face au stade de l’école primaire, il veille fièrement. Moment d’émotion face à l’un de ces géants mythiques qui m’ont tant fait rêver.

Mon premier moai, un grand moment ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Mon premier moai, un grand moment !
Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai tatoué du symbole de l'Homme-Oiseau ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai tatoué du symbole de l’Homme-Oiseau
Hanga Roa (Rapa Nui)

Je poursuis ma visite en longeant le front de mer vers le sud, admirant les lames qui se brisent sur la côte volcanique déchiquetée. Des surfeurs en combinaison jouent avec les vagues ; l’eau ne doit pas être bien chaude… Je tombe en chemin sur une banque et l’un des deux seuls distributeurs automatiques que compte l’île. Je teste immédiatement ma carte. Même rengaine qu’à l’aéroport de Santiago : « Fonds insuffisants ». Décidément ! Je verrai avec l’autre distributeur un peu plus tard, en croisant les doigts pour que ça marche.

Je poursuis ma course et longe bientôt un grand ensemble clôturé d’habitations basses en béton, plutôt laides vues de l’extérieur : l’Hanga Roa Eco Village & Spa, un hôtel de luxe. Devant la clôture se trouve une banderole, plantée là par un clan rapanui dénonçant le vol du terrain sur lequel est construit l’hôtel. Des tensions sont apparemment à l’œuvre au sein de la paisible communauté…

Je rejoins après quelques digressions le cœur du bourg où sont concentrés les principaux commerces. Je découvre avec horreur les tarifs pratiqués ici. Tout est hors de prix ! Je comprends mieux pourquoi le budget journalier moyen du voyageur est estimé à 45€ à l’Île de Pâques… Je fais quelques courses – trois fois rien – et m’en sors pour plus de 25€ ! Les prix affichés devant les restos me semblent exorbitants ; ils sont facilement 30 à 50% plus chers qu’à Santiago où, déjà, je les trouvais très élevés. C’est le prix à payer pour être dans l’un des endroits habités les plus isolés du monde !

Après une pause dans ma chambre, je retourne me balader dans le village en fin d’après-midi et découvre notamment le complexe cérémonial de Tahai, au nord d’Hanga Roa. J’y admire un superbe moai restauré, trônant en solitaire sur son ahu (Ko Te Riku). Il revêt le pukao, une sorte d’énorme cylindre de pierre taillée dans la scorie rouge du cratère de Puna Pau et représentant (en théorie) la coiffe que portait les ancêtres ayant inspiré l’édification de ces sculptures. Il porte aussi des yeux de corail blanc.

Moai solitaire magnifiquement restauré de l'ahu Ko Te Riku ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai solitaire magnifiquement restauré de l’ahu Ko Te Riku
Hanga Roa (Rapa Nui)

Moai solitaire du complexe cérémoniel de Tahai ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Un autre moai solitaire du complexe cérémoniel de Tahai
Hanga Roa (Rapa Nui)

Non loin de lui, un ahu supportant cinq moais partiellement détruits trône dos à la mer. Il s’agit de l’Ahu Vai Ure. Ces géants de pierre confèrent aux lieux un air très particulier, empreint de solennité et de mystère.

Silhouettes des cinq moais de l'Ahu Vai Ure ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Silhouettes des cinq moais de l’Ahu Vai Ure
Hanga Roa (Rapa Nui)

Une maison traditionnelle rapanui, intégralement recouverte de feuilles de palmier desséchées, a également été reconstituée sur le site. Sa forme imite celle d’une coque de bateau renversée.

Maison traditionnelle en forme de coque de bateau renversée ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Maison traditionnelle en forme de coque de bateau renversée
Hanga Roa (Rapa Nui)

De retour au gîte, je ne fais pas de vieux os et me couche tôt. Le soleil qui, sous ces latitudes et à cette période de l’année ne s’attarde pas après 20h, fait de même.

4 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je pars ce matin d’Hanga Roa en longeant la côte en direction du nord, décidé à aller le plus loin possible. Le ciel est gris et menaçant ; j’ai bien peur qu’il pleuve et d’être contraint de changer mes plans… Je repasse par le site de Tahai où j’avais manqué hier une magnifique sculpture représentant une énorme main brandissant un poignard, ainsi qu’un cercle de petites statues étranges faites de je-ne-sais-quel métal fondu, situées à deux pas du cimetière.

Mystérieuses statuettes faites de métal fondu ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Mystérieuses statuettes faites de métal fondu
Hanga Roa (Rapa Nui)

Superbe sculpture d'une main empoignant une arme ; Hanga Roa (Rapa Nui)

Superbe sculpture d’une main empoignant une arme
Hanga Roa (Rapa Nui)

Une bruine assez drue se met bientôt à tomber. Zut ! Je me mets à l’abri au fond d’une alcôve de roches basaltiques couleur ébène creusée par le perpétuel ressac du Pacifique en attendant que ça se calme. De grosses vagues se brisent contre les rochers, sans m’atteindre heureusement. Je décide de sortir carnet et stylo pour écrire un peu, tout en me délectant de l’atmosphère sauvage de ce lieu. Après les grandes villes, c’est plus qu’appréciable. Je me sens enfin apaisé. La côte, sombre et déchiquetée, s’étire loin vers le nord en une succession de petits caps. Juste sublime.

« Grotte » sur la côte noire déchiquetée, non loin d'Hanga Roa ; Rapa Nui (Île de Pâques)

« Grotte » sur la côte noire déchiquetée, non loin d’Hanga Roa
Rapa Nui (Île de Pâques)

Falaises côtières de l'ouest, au nord d'Hanga Roa ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Falaises côtières de l’ouest, au nord d’Hanga Roa
Rapa Nui (Île de Pâques)

La bruine cesse. Je repars en continuant à longer la côte. Il n’y a personne et c’est tant mieux car je veux ressentir à pleins poumons la « sauvagerie » de ces terres. Je dépasse deux îlets (Motu Tautara) et découvre plusieurs ruines d’ahus profanés. Les moais qui avaient été érigés là ont été renversés volontairement à l’époque des guerres tribales, il y a plusieurs centaines d’années. La plupart sont cassés, souvent au niveau du cou, la zone la plus fragile.

J’éprouve une certaine tristesse face à ces œuvres saccagées par la « folie » des hommes. Tant d’efforts pour les sculpter et les transporter jusqu’ici réduits à néant ! Le cratère de Rano Raraku, la fameuse carrière de moais où ont été extraits tous ces géants de pierre, se trouve en effet à plus de douze kilomètres à vol d’oiseau. C’est dire le travail qu’a dû représenter leur acheminement…

Tête de moai « décapité » sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Tête de moai « décapité » sur la côte ouest
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je dépasse l’Ahu Tepeu, toujours décidé à poursuivre ma route vers la « pointe » nord de l’île. Le paysage est tapissé de maigres prairies interrompues de vastes champs de roches volcaniques que délimitent des clôtures à l’abandon. Elles dévalent en pente douce les flancs du volcan Terevaka, le volcan le plus récent et le plus haut de l’île (507 m), pour se jeter dans le Pacifique en un décroché vertigineux.

Les falaises de basalte, dont la hauteur avoisine parfois 100 mètres, sont vraiment impressionnantes. Je longe le précipice au plus près, en veillant toutefois à faire attention où je mets les pieds car une chute serait bien sûr fatale. L’immensité du Pacifique qui s’étire à perte de vue captive mon regard. C’est une belle et vive émotion que celle de se sentir au bout du monde, « perdu » au milieu de cet océan gigantesque !

Après un kilomètre et demi, deux peut-être, la pluie se remet à tomber… à grosses gouttes cette fois. Vite, j’enfile ma veste imperméable, protège mon sac à dos en le portant contre la poitrine et cours me mettre à l’abri sous un arbre – spécimen plutôt rare sur ces terres dépouillées – situé à quelques centaines de mètres vers l’intérieur de l’île. Je veille en courant à ne pas me tordre une cheville dans le chaos de roches qui jonche le sol. Le vent souffle fort, donnant à la pluie une forte obliquité. Ça a l’air d’être parti pour durer… Et zut (pour rester poli) !

Je reste une bonne demi-heure assis au pied de l’arbre, relativement bien protégé par son tronc et une grosse branche en surplomb. Malgré ma frustration à ne pas pouvoir continuer ma route vers le nord, je savoure l’instant. Je suis sur l’Île de Pâques, loin de tout, face à l’immensité du Pacifique, abrité d’une averse sous un vieil arbre… La vie est belle ! Petit moment d’exception.

15h30 : Constatant que l’averse n’est pas prête de s’arrêter, je décide de prendre le chemin du retour en me protégeant du mieux que je le peux contre la pluie qui me fouette le visage. Mon pantalon et mes baskets sont rapidement trempés mais le haut reste au sec ; c’est l’essentiel. J’avais peur pour mon appareil photo mais il ne risque rien sous mon imperméable. J’essaie de tirer au plus court vers Hanga Roa, en coupant « à travers champs » et en enjambant plusieurs clôtures. La pluie cesse au bout d’une heure. Je rejoins la civilisation une demi-heure plus tard.

La pluie le premier jour, ça commence bien ! J’espère que la météo sera plus clémente demain…

Même si j’ai réussi à profiter de cette balade, je ne suis pas pour autant totalement guéri de mon mal-être de ces derniers temps. Le moral a décidément du mal à remonter…

 5 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

J’ai décidé aujourd’hui de partir à la découverte du cratère de Rano Kau et de faire le tour de la péninsule supportant le volcan.

10h : Je quitte le gîte et rejoins la côte en passant rapidement au second distributeur automatique de l’île pour tester ma carte. Ça ne passe toujours pas ! Ma veine, comment je vais faire pour retirer des pesos chiliens maintenant ? J’espère que je pourrai obtenir de l’argent directement au guichet demain avec ma carte…

En descendant vers le front de mer ; Hanga Roa (Rapa Nui)

En descendant vers le front de mer…
Hanga Roa (Rapa Nui)

Je longe la côte par la route pour sortir d’Hanga Roa puis emprunte une sente qui s’évanouit dans les grandes herbes après seulement quelques centaines de mètres. Bon, ben, je crois qu’il va falloir y aller à vue !

Je longe prudemment la falaise tout en admirant le Pacifique, l’escarpement du rivage et le vaste panorama qui s’étire vers le nord, au-delà d’Hanga Roa. Contrairement à hier, il fait un temps magnifique et je dois rapidement me badigeonner de crème solaire pour éviter de virer au rouge. Même si le soleil tape dur, je garde ma polaire car le vent souffle fort et rafraîchit considérablement l’atmosphère.

Je suis seul et heureux de l’être ! Mon moral s’élève à mesure que je progresse sur la pente douce du cratère. J’atteins à mi-pente une plantation d’eucalyptus de belles dimensions. L’île ayant été intégralement défrichée par le passé, probablement à la fin de « l’ère des moais », des campagnes ont été lancées au cours des dernières décennies pour reboiser certains secteurs. Dommage qu’on ne puisse pas le faire avec des espèces d’arbres ou de palmiers autochtones… (elles ont toutes disparues)

Falaises côtières à l'ouest de la Péninsule du Rano Kau, au sud d'Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Falaises côtières à l’ouest de la Péninsule du Rano Kau, au sud d’Hanga Roa
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plantation d'eucalyptus sur la péninsule de Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plantation d’eucalyptus sur la péninsule de Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Les trois îlets (Motu Nui, Motu Iti et Motu Kau Kau) au sud du Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Les trois îlets (Motu Nui, Motu Iti et Motu Kau Kau) au sud du Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois îlets font leur apparition un peu plus haut, à l’approche du sommet : Motu Nui, Motu Iti et Kari Kari. Le panorama est sublime. Le Motu Nui (le plus grand des trois) était au cœur du rite de l’Homme-Oiseau, une compétition entre clans rapanuis destinée à élire le « roi » de l’île, perpétrée jusqu’à la fin du 19ème siècle.

Au cours de cette compétition, les concurrents, qui représentaient chacun un clan et un roi potentiel, devaient désescalader une falaise de 180 m de haut puis nager jusqu’à l’îlet, situé à plus d’un kilomètre du rivage. Ils devaient alors patienter – parfois pendant plusieurs semaines – jusqu’à l’éclosion du premier œuf d’« hirondelle de mer » (sterne) puis rapporter le Saint Graal, naturellement sans le casser, en nageant à nouveau jusqu’au pied de la falaise qu’ils n’avaient alors plus qu’à escalader à mains nues !

Celui qui arrivait le premier – pour peu qu’il soit parvenu à éviter requins, noyade ou dégringolade tout en gardant l’œuf intact bien entendu – était alors proclamé Homme-Oiseau (Tangata manu) de l’année et faisait élire son chef de clan comme souverain de l’île. Sa récompense pour sa bravoure : être considéré comme l’incarnation vivante du dieu Maké Maké, créateur de l’Univers, et à ce titre, avoir le privilège de passer une année entière reclus dans une grotte à l’écart des autres hommes. Il bénéficiait ensuite d’un statut particulier au sein de ses semblables, sa réputation d’avoir été un jour désigné Homme-Oiseau le suivant jusqu’à sa mort.

Le cratère du Rano Kau : une pure merveille ! ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Le cratère du Rano Kau : une pure merveille !
Rapa Nui (Île de Pâques)

Une végétation luxuriante en pourtour du plancher humide ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Une végétation luxuriante en pourtour du plancher humide
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Myriade d'îlets flottants au fond du cratère ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Myriade d’îlets flottants au fond du cratère…
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Je bifurque sur ma gauche pour rejoindre le bord du cratère, laissant pour plus tard la découverte du village d’Orongo. La progression à travers la végétation dense est difficile mais je finis par atteindre mon but.

Le cratère est un enchantement pour les yeux. Immense et de forme remarquablement circulaire, il s’étire en tous sens sur environ 1,5 km de diamètre. Son plancher, situé 300 mètres plus bas (diamètre avoisinant le kilomètre), est constellé d’une pléiade de laquets de toutes formes. Un cordon de végétation dense l’encercle presque en totalité. Autre caractéristique remarquable : le cratère est éventré dans sa partie méridionale suite à des effondrements répétés provoqués par les assauts du Pacifique.

Il y a un vent à écorner les bœufs dès que je m’approche un peu trop près du bord ; c’est à peine si j’arrive à prendre des photos… Je commence à longer le cratère vers l’est et m’arrête quelques centaines de mètres plus loin dans un secteur sans vent, face à l’éventrement, pour manger un bout. Moment d’exception face à ce merveilleux paysage. Je ne vois presque personne se promener autour du cratère. Je trouve ça un peu bizarre, surtout par une si belle journée…

Je reprends ma course vers l’extrémité sud-est du cratère, jusqu’à atteindre le bord de l’éventrement. Au-delà, il est impossible – ou alors extrêmement dangereux – de progresser (on ne peut donc pas faire le tour complet du cratère). Le panorama est grandiose, avec à ma droite le cratère et son plancher de laquets miroitant sous le soleil et de l’autre les trois îlets baignant dans le bleu intense du Pacifique… Moment d’exception à nouveau.

Après m’être repu de ce spectacle, je commence ma descente sur le flanc est du volcan, en longeant la falaise qui plonge dans l’océan. Les vues sur la côte sud, l’intérieur de l’île et la Péninsule de Poike, à l’autre bout de l’île, sont superbes. C’est une bien petite île tout de même pour pouvoir être observée ainsi presque de bout en bout…

Vue sur les motus Nui et Iti à travers l'éventrement au sud du cratère ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Vue sur les motus Nui et Iti à travers l’éventrement au sud du cratère
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Entre deux (au milieu : zone d'effondrement infranchissable) ; Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Entre deux (au milieu : zone d’effondrement infranchissable)
Cratère de Rano Kau (Rapa Nui)

Vue aérienne du cratère de Rano Raraku, Rapa Nui (Île de Pâques)

Vue aérienne du cratère de Rano Raraku
Rapa Nui (Île de Pâques) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Côte sud (au fond : la Péninsule de Poike) ; Admirée depuis le Rano Kau (Rapa Nui)

Côte sud (au fond : la Péninsule de Poike)
Admirée depuis le Rano Kau (Rapa Nui)

J’atteins les ruines d’un ahu – l’Ahu Vinapu – au bas de la pente. Je prends le temps de découvrir le site avant de poursuivre le long de la côte sud, toujours en direction de l’est.

Moai « décapité » de l'Ahu Vinapu (côte sud-ouest) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai « décapité » de l’Ahu Vinapu (côte sud-ouest)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Blocs parfaitement imbriqués de l'Ahu Vinapu : un travail d'une grande précision ! ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Blocs parfaitement imbriqués de l’Ahu Vinapu : un travail d’une grande précision !
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je passe plusieurs ruines d’ahus – la côte en est vraiment truffée – jusqu’à atteindre le site de Vahiu et ses huit moais couchés, remarquablement alignés, face contre terre. Superbe et triste à la fois.

Deux des huit moais déchus du superbe Ahu Vahiu (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Deux des huit moais déchus du superbe Ahu Vahiu (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais déchus de l'Ahu Vahiu (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Moais déchus de l’Ahu Vahiu (côte sud)
Rapa Nui (Île de Pâques)

L'érosion dissous et enterre progressivement les moais... (Ahu Vahiu) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

L’érosion dissous et enterre progressivement les moais… (Ahu Vahiu)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je me pose un peu là pour m’imprégner du lieu puis entame le chemin du retour en empruntant la route côtière. Je réussis à me faire embarquer par une famille rapanui au troisième lever de pouce ; ils me déposent même devant le gîte !

Une très belle journée de rando s’achève…