Huahine, l’île sauvage et tranquille

18 octobre 2014, Huahine

L’avion atterrit à Huahine peu après 16h30, à l’issue d’une belle descente vers la piste d’atterrissage, construite à l’extrême nord de l’île. Assis côté hublot à gauche de l’appareil, j’ai tout loisir d’admirer la façade est de ce nouvel éden au cours de l’approche. L’île a l’air encore très sauvage ; ça promet de belles sensations !

Je récupère mon bagage de soute puis retrouve Christelle – la propriétaire du Camping Hiva Plage dans lequel j’ai réservé il y a quelques jours – à la sortie de l’aérodrome. Je grimpe dans son pick-up et nous voilà partis pour l’extrême sud de Huahine.

Nous arrivons très vite à Fare, le chef-lieu et le seul bourg véritablement constitué de l’île, situé à deux pas de l’aérodrome. N’ayant aucune provision et m’apprêtant à passer plusieurs jours au camping avec des possibilités de ravitaillement limitées (supérette sommaire à quelques pas du camping), je passe faire quelques courses au supermarché de Fare (encore un Super U), tandis que Christelle vaque à ses occupations. La taille du supermarché m’étonne un peu ; je n’ai rien vu d’aussi grand à Moorea. Du lait, du thon, du maïs, de la macédoine, du muesli, de l’emmental : pas très local tout ça mais, j’ai beau chercher, je ne vois pas trop ce que je pourrais prendre d’autre. Dommage que le rayon fruits et légumes soit aussi maigrichon et mal achalandé ! Surprenant dans une partie du monde aussi gâtée par Dame Nature…

Nous repartons au bout d’un petit quart d’heure en poursuivant notre route vers le sud, le long du littoral ouest de Huahine. Je tombe immédiatement sous le charme du paysage local. Même si Huahine présente un relief relativement peu prononcé – sa topographie n’excède pas 700 m d’altitude (669 m au Mont Turi) – elle m’apparaît d’emblée comme plus « sauvage » que Moorea.

Carte des Îles Sous-le-Vent (archipel de la Société)

Carte des Îles Sous-le-Vent figurant Huahine, en bas à droite (archipel de la Société)
Source : Wikipedia (2015), domaine public

Ici, pas de constructions en bandeau tout autour de l’île mais, au contraire, de longues portions de rivage totalement dépourvues d’habitations, comme abandonnées à une Nature qui s’exprime avec une opulence débridée. Les cocotiers sont omniprésents. J’ai rarement observé une telle luxuriance, une telle débauche de verts. Et comme à Moorea, le camaïeu végétal est en parfaite harmonie avec la palette du lagon.

Huahine présente la particularité d’être scindée en deux « presqu’îles » – Huahine Nui (Grande Huahine) et Huahine Iti (Petite Huahine) – reliée entre elle par un pont d’une centaine de mètres de longueur. Ce trait d’union enjambe un étroit chenal qui connecte la Baie Maroe et la Baie Bourayne, deux entailles pénétrant profondément à l’intérieur de l’île. Le lagon, connecté à l’Océan Pacifique par 5 passes, enserre l’île sur toute sa périphérie, à l’exception de sa partie la plus septentrionale. Huahine compte un peu plus de 6000 habitants, disséminés le long des côtes et sur les motus, pour une superficie de 74 km², ce qui en fait une île bien moins peuplée que sa voisine Moorea (16000 habitants et une fréquentation touristique bien plus forte).

Il nous faut une demi-heure pour parcourir les 20 kilomètres reliant Fare au camping, situé on-ne-peut-plus au sud de l’île, face au lagon. C’est un endroit paisible, bercé par le grondement sourd des vagues qui se brisent contre le récif, à 500 m de là. Christelle me fait rapidement faire le tour du propriétaire et me remet les clés de ma chambre, située dans une sorte de bungalow. Un lit, une commode, une table de chevet, deux fenêtres, une porte : c’est sommaire mais je m’en accommoderai sans problème.

Ma petite chambre au Camping Hiva Plage ; Huahine (Polynésie française)

Ma petite chambre au Camping Hiva Plage
Huahine (Polynésie française)

Je suis content de disposer de ma propre moustiquaire car la chambre n’en a pas et je constate que les petits vampires ont déjà pris leurs quartiers. Il y a deux autres chambres attenantes à la mienne : l’une est occupée par Christophe, un marseillais installé de longue date à Tahiti, et Vinciane, une noirmoutrine (habitante de Noirmoutiers) en pleine immersion dans la douce culture polynésienne. Je retrouve également avec plaisir Béa et Armand, le couple de marseillais fraîchement rencontrés au camping Nelson sur l’île de Moorea. Contrairement à Christophe, Vinciane et moi, Béa et Armand dorment sous la tente. Nous ne sommes que tous les cinq et il n’y a pas d’arrivée prévue pour les prochains jours. L’ambiance est très décontractée ; je sens que je vais beaucoup me plaire ici.

La nuit commençant déjà à tomber, je décide de m’installer dans ma chambre. Mais c’est la catastrophe en dézippant mon sursac ! Mon sac de randonnée est recouvert d’une sorte de crème de café poisseuse. Je découvre bientôt l’ampleur des dégâts en constatant que la poudre s’est aussi insinuée à travers les fermetures éclair du sac. Quel idiot ! Mais pourquoi fichtre ais-je laissé une boîte de café soluble presque pleine dans l’une des poches externes de mon sac alors que je prenais l’avion ?! La poudre s’est répandu partout, se transformant en cet affreux emplâtre à l’odeur particulièrement désagréable. Sérieux manque d’anticipation sur ce coup Nico ! Je n’ai pas le choix, il faut que je vide le sac intégralement pour pouvoir le nettoyer à grande eau. Je passe ainsi plus d’une heure devant le lavabo pour rattraper ma bourde. Il y a mieux comme soirée…

Je me couche peu après cet épisode imprévu, protégé de mes assaillants nocturnes derrière les mailles de ma moustiquaire…

19 octobre 2014, Huahine

Je me lève tôt ce matin car j’ai prévu de faire tout le tour de l’île à vélo aujourd’hui, soit un peu moins de 50 km. Je déchante cependant rapidement en voyant l’état des deux vélos mis à disposition par le camping pour ses résidents. Ce ne sont que de vieux biclous tout rouillés et brinquebalants, tout juste aptes à rouler… Peu de chance que je parvienne à faire le tour complet de l’île avec ce genre de vélo, en sachant en plus qu’il y a apparemment une bonne côte à monter sur Huahine Nui (on l’appelle d’ailleurs ici « le mur »). Je suis déçu mais je décide malgré tout de tenter ma chance avec le vélo qui me semble le moins « amoché ».

7h : Me voilà parti vers la façade est de Huahine Iti. Mon objectif – revu à la baisse vu l’état du vélo – est de faire le tour de la Petite Huahine. L’atmosphère est bien différente de celle de Moorea. Je ne croise presque personne et ne traverse qu’une poignée de zones habitées où les maisons s’égrainent le long de la route. Le calme est impressionnant et d’autant plus plaisant.

Je progresse tranquillement sur le ruban de bitume en admirant sur ma droite le lagon et sur ma gauche l’opulente végétation dévalant le relief. Les cocotiers sont partout, formant ça et là de petites cocoteraies qui, dans les zones planes, baignent dans de véritables bourbiers. Il a à l’évidence beaucoup plu dernièrement et le sol est souvent recouvert d’une eau croupissante infestée de moustiques. L’air est moite, le soleil brûlant.

Route circulaire faisant le tour de Huahine Iti ; Huahine (Polynésie française)

Route circulaire faisant le tour de Huahine Iti
Huahine (Polynésie française)

Mon vélo est vraiment une antiquité : selle défoncée, vitesses passant très mal voire pas du tout, roue voilée, freins à peine fonctionnels… Je suis contraint de rester sur une seule et même vitesse et, n’étant pas la plus dure, elle m’oblige à mouliner davantage. J’avance tant bien que mal, pestant parfois contre mon biclou.

Les rares personnes en voiture, à vélo ou à pied que je croise me saluent presquent tous d’un signe de la tête, quand ce n’est pas d’un chaleureux Bonjour ou d’un Ia Orana. Que c’est agréable ! Je m’arrête régulièrement pour prendre des photos : une fleur de tiaré ornée de gouttes de rosée par-ci, de jolis cocotiers par-là…

Le Tiare tahiti, petite perle fleurie au parfum envoûtant ; Huahine (Polynésie française)

Le Tiare tahiti, petite perle fleurie au parfum envoûtant
Huahine (Polynésie française)

Cocotiers... Des perches parfois très élancés ; Huahine (Polynésie française)

Cocotiers… Des perches parfois très élancées !
Huahine (Polynésie française)

Pénis de Hiro ; Huahine (Polynésie française)

Te moa o Hiro (traduction : Pénis de Hiro…)
Huahine (Polynésie française)

N’étant pas sûr de pouvoir faire le tour de Huahine Iti avec ce vélo, je m’étais fixé comme objectif de rouler pendant 1h30 avant de faire demi-tour. Je réussis néanmoins à rejoindre le nord de la « presqu’île » dans ce laps de temps. Je vais quand même l’avoir mon tour ! Je longe la Baie Maroe et atteins bientôt le fameux pont qui enjambe le chenal séparant la Petite Huahine de sa grande soeur.

Il ne me reste alors plus qu’à « redescendre » en longeant la côte ouest en direction du sud. Je peine comme un diable dans une montée en lacets qui ne me poserait pas la moindre difficulté en temps normal. Rah, ce vélo ! Je m’arrête quelques minutes dans une échoppe en rive sud de la Baie Haapu pour acheter une boisson fraîche – un jus d’ananas de la marque Rotui, produit en Polynésie, et vendu ici 113 XFP – et quelques bananes naines.

10h : Me voilà de retour au camping après trois petites heures de balade. Je suis content de moi car, malgré l’état déplorable du vélo, j’ai réussis à faire le tour de Huahine Iti ; ça relève du petit exploit. Dommage de ne pas pouvoir faire le tour complet de l’île ; j’en avais tellement envie. Qu’à cela ne tienne, je le ferai en stop et en marchant !

11h : Je me rends avec mes quatre collègues du camping – Armand, Béa, Christophe et Vinciane – au restaurant Chez Tara, situé à un bon quart d’heure de marche au nord-ouest du camping, pour déguster un repas tahitien préparé au four traditionnel. Même si j’arrive à l’improviste, le resto m’accepte quand même. 3500 XFP le repas (environ 30€) sans les boissons : ce n’est pas donné mais je me voyais mal manquer une si belle opportunité de goûter à la cuisine locale et partager un bon moment avec mes compagnons de camping.

Nous assistons tous les cinq à l’ouverture du four polynésien, une grande fosse rectangulaire accueillant toute une panoplie de plats. La plupart sont enveloppés dans des feuilles de bananiers pour une cuisson à l’étouffée. Leur quantité est impressionnante et les effluves qui s’en dégagent donnent l’eau à la bouche. J’observe la préparation d’un dessert à base de bananes et de lait coco – le po’e banane – puis m’installe autour d’une table avec Armand et Béa dont j’apprécie vraiment la compagnie.

Préparation d'un dessert à base de bananes et de lait coco : le po'e banane ; Huahine (Polynésie française)

Préparation d’un dessert à base de bananes et de lait coco : le po’e banane
Huahine (Polynésie française)

Extraction des plats cuits à l'étouffé dans le four polynésien ; Huahine (Polynésie française)

Extraction des mets cuits à l’étouffé dans le four polynésien
Huahine (Polynésie française)

Le buffet est ouvert ! Nous passons à tour de rôle devant une grande table exposant la large gamme de mets qui ont lentement cuits dans le four. Cinq vahinés sont chargées du service. Nous avons le choix entre une quinzaine de plats différents, à base de poisson cuit ou cru voire fermenté (le fafaru), de viande de porc ou de veau, de banane, de fruit à pain ou encore d’épinards. Le lait coco est quasi omniprésent dans toutes ces recettes. Mon assiette est pleine à ras bord à la fin du service ; l’appétit est à son comble. Béa et Armand ne se font pas prier non plus et remplissent généreusement leurs assiettes de ces victuailles alléchantes. Nous rejoignons notre table : que le festin commence !

Un buffet orné de délices typiquement tahitiens ; Huahine (Polynésie française)

Un buffet orné de délices typiquement tahitiens
Huahine (Polynésie française)

Que le festin commence ; Huahine (Polynésie française)

Que le festin commence !
Huahine (Polynésie française)

Et nous ne sommes vraiment pas déçus : c’est un pur régal, copieux et goûtu à souhait. Seul le fafaru – du poisson cru que l’on laisse mariner pendant plusieurs heures dans une macération d’eau de mer et de chevrettes (crevettes d’eau douce locales) ayant préalablement fermenté pendant plusieurs jours – me laisse une impression mitigée.

Trois musiciens agrémentent l’ensemble du repas de jolis airs tahitiens, qui accompagnent à merveille le chant de nos papilles. Mon estomac est déjà bien rempli lorsque je retourne à la grande table pour me faire resservir. Une bonne et une mauvaise idée car je termine cette deuxième assiette totalement rassasié. Béa et Armand ont fait de même et accusent aussi le coup de cette fringale : la digestion est à l’oeuvre et les paupières sont lourdes.

Un trio de musiciens - chanteurs bien sympa ; Huahine (Polynésie française)

Un trio d’artistes bien sympa !
Huahine (Polynésie française)

Et zut, le dessert !? Impossible de ne pas y goûter ! Nous faisons une pause pour laisser un peu de répit à nos estomacs avant de retourner une dernière fois à la grande table de service. La plupart des desserts sont à base de banane et donc plutôt consistants. Je me régale et termine littéralement gavé. J’ai rarement autant mangé de ma vie.

14h : Après avoir assisté aux dernières notes du trio musical, nous quittons le restaurant pour retourner au camping. Je ne suis pas dans mon assiette… (c’est le cas de le dire !) ; j’ai bien trop mangé et je regrette un peu ma boulimie. Pas trop quand même cependant, vus le prix et la qualité du repas. Le reste de la journée se fait en mode off pour tout le monde, un peu à la manière des lions après une boustifaille de zèbres. Mission : digestion ! Je n’avale naturellement rien, ne serait-ce qu’une miette, du reste de la journée…

20 octobre 2014, Huahine

C’est ma journée « stop » aujourd’hui et je compte bien faire tout le tour de l’île ! Je pars sur le coup de 9h, à pied, en direction de la façade est de Huahine Iti. Même s’il fait plutôt beau ce matin, le temps semble assez instable et je ne pense pas être à l’abri de quelques bonnes douches tropicales. Le soleil tape dur dès qu’il pointe entre les nuages et, l’air étant saturé d’humidité, je suis en nage en un rien de temps.

J’ai décidé de marcher une demi-heure avant de commencer à lever le pouce. Je ne croise qu’une ou deux voitures pendant tout ce temps… Ça pourrait bien s’avérer plus difficile que prévu si le taux de passage horaire est aussi faible. Que c’est calme et apaisant !

Martine, une infirmière originaire de Lyon et installée à Huahine depuis 11 ans, est la première personne à me prendre gracieusement en stop. Débutant tout juste sa tournée, elle me dépose deux petits kilomètres plus loin devant la maison de son premier patient, de l’autre côté de la Baie Mahuti. Voilà une rencontre brève mais fort sympathique.

Je continue à pied pendant un petit quart d’heure avant que Martine ne me reprenne à nouveau en stop pour me déposer à nouveau 2-3 km plus loin. Mon troisième stop s’avère beaucoup plus fructueux en terme de distance parcourue. Un groupe de trois amis navigateurs dans la cinquantaine m’embarquent dans leur petite voiture de location jusqu’à Fare, au nord-ouest de Huahine Nui. Nous faisons en chemin une pause au niveau du pont pour observer les poissons qui fréquentent le chenal séparant les deux baies. L’un d’entre eux travaille pour le ministère de la défense ; il est en mission dans l’archipel des Tuamotus me dit-il mais refuse naturellement de s’étendre sur le sujet… Je me dis que sa présence est peut-être liée aux essais nucléaires pratiqués par la France pendant 30 ans, de 1966 à 1996. J’apprendrai plus tard qu’il y aurait eu près de 200 essais aériens et souterrains dans les atolls de Mururoa et de Fangataufa..

Je ne m’attarde pas dans le bourg, faisant seulement un saut au supermarché puis deux tentatives de retrait dans deux distributeurs automatiques car je suis un peu à court pour payer mon séjour au camping. Aïe, mon plafond de retrait hebdomadaire a déjà été atteint. C’est la première fois que ça m’arrive (à moins que mon problème de retrait sur Rapa Nui ait aussi été dû à ça) ; j’espère que mes fonds seront débloqués d’ici deux jours ou je vais avoir un sérieux problème…

Je commence à sortir de Fare en marchant en direction du nord-est. Il commence à faire vraiment très chaud sur la route. Heureusement, je trouve rapidement un quatrième stop : le responsable de la Banque Socredo de Fare ! Il fait un petit détour pour me déposer devant le Fare Pote’e, une construction typique de l’habitat traditionnel polynésien sur pilotis, situé en rive sud du lac Fauna Nui. C’est vraiment très gentil de sa part. Les polynésiens sont décidément très accueillants !

Il n’est pas encore midi et me voilà déjà à Maeva, au nord-est de Huahine Nui ! Je visite le Fare Pote’e qui accueille un petit musée archéologique. Ancienne capitale de l’île, Maeva présente une grande richesse culturelle. On y trouve notamment plusieurs marae, terme désignant les plateformes, généralement construites en pierres volcaniques ou en corail, où avaient lieu les anciens cultes polynésiens.

Après cette brève visite, je me pose devant le musée pour manger un morceau puis me remets en route. Prochaine étape sur mon itinéraire : les Anguilles Sacrées de Faie, dont Béa et Armand m’ont parlé. Elles sont apparemment énormes et ont les yeux bleus ; il faut que je vois ça ! N’ayant pas de carte, je ne sais pas où se trouve exactement Faie ; un peu plus au sud, je suppose… La roue tourne : les rares voitures qui passent dans ma direction m’ignorent.

Ruine d'un marae (plateforme de culte) ; Huahine (Polynésie française)

Ruines d’un marae (plateforme de culte)
Huahine (Polynésie française)

Petit bateau protégé par un abri ; Huahine (Polynésie française)

Bateau hors d’eau protégé par un abri (on se croirait en Floride…)
Huahine (Polynésie française)

Après cinq kilomètres, je finis par atteindre mon objectif : les fameuses Anguilles de Faie. Elles valent le coup d’oeil ! Leurs dimensions sont impressionnantes : les plus grosses doivent bien faire un bon mètre de long pour un tour de taille de 20 cm. Elles ont bien les yeux bleus, un bleu électrique assez troublant… J’en compte onze au total, paisiblement couchées dans le lit du cours d’eau, à l’ombre de châtaigniers tahitiens (ou māpē).

Je poursuis ma route et quitte bientôt Faie, toujours en direction du Sud. La route quitte le littoral pour s’engager vers les hauteurs, au coeur de l’opulente végétation. Je grimpe une belle pente à 15% – j’imagine que c’est le fameux « mur » dont m’a parlé Christelle – en suant à grosses gouttes dans la touffeur tropicale de ce début d’après-midi. La déclivité est moins prononcé ensuite, heureusement. A part deux voitures, je ne croise pas âme qui vive jusqu’à un petit col offrant un joli point de vue sur la Baie Maroe.

Un véritable fouillis végétal ; Huahine (Polynésie française)

Un véritable fouillis végétal !
Huahine (Polynésie française)

Le temps se gâte au-dessus de la Baie Maroe ; Huahine (Polynésie française)

Le temps se gâte au-dessus de la Baie Maroe…
Huahine (Polynésie française)

Le ciel est à présent très chargé et le vent se lève. Il ne va pas tarder à tomber des cordes ; je le sens ! Je descends une côte très raide filant droit vers le rivage. Je me suis trompé : le voici le « mur » ! Je suis bien content de le prendre dans le ce sens-là…

Il commence à pleuvoir peu avant que j’atteigne la baie. Une pluie plutôt fine mais drue. Je m’abrite un petit quart d’heure sous un abri bus. La pluie ne semblant pas prête de s’arrêter, je décide de quitter mon refuge pour prousuivre ma route, en prenant soin de protéger mon sac à dos dans un sac plastique. Peu de chance pour qu’on me prenne en stop trempé jusqu’aux os… Il me reste tout de même 15 km à parcourir pour rejoindre le camping ; ça fait une petite trotte ! En marchant à bon rythme, je devrais y être en trois petites heures.

Je suis rapidement trempé, sans éprouver pour autant la moindre gêne. L’ambiance est vraiment très agréable. La première voiture que je croise – un pick-up – accepte de me prendre en stop, me permettant de gagner un petit kilomètre jusqu’à l’intersection de la route de Fare. Quelques minutes plus tard, un autre pick-up accepte de me prendre.

J’ai tiré le gros lot : le chauffeur insiste pour me conduire jusqu’au camping, bien au-delà de sa destination finale. Je discute tout le long du trajet avec un « australien », à l’arrière du pick-up. Il ne vient pas du pays des kangourous mais des Australes, l’archipel le plus méridional de la Polynésie française. Un oiseau rare quand on sait que l’archipel – constitué de 5 îles hautes principales (Tubuai, Rurutu, Rimatara, Raivavae et Rapa) – ne compte pas plus de 7000 habitants ! Il me dit être en vacances chez des proches dans l’archipel de la Société depuis un an et quelques mois… Une rencontre brève mais sympa.

15h : Je suis (déjà) de retour au camping, 6h seulement après le début de cette petite aventure. Bilan des courses : le stop marche à merveille à Huahine ! Je le recommande vivement. Comme partout, c’est un excellent moyen de faire des rencontres intéressantes et de se faire une idée de la population fréquentant un territoire (un échantillonnage aléatoire en quelque sorte).

Je passe le reste de la journée au camping, sans grande effusion. La recherche d’un hébergement à Tahaa et à Bora Bora commence à me donner du souci ; je n’ai toujours rien trouvé ! Le temps presse car j’ai prévu de me rendre sur l’Île Vanille (Tahaa) dans moins d’une semaine avant d’enchaîner sur la mythique Bora Bora… J’ai réussi à trouver un toit à Raiatea, mon prochain saut de puce, c’est déjà ça !

La pluie tombe en trombes par intermittence une bonne partie de la fin de journée et de la nuit…

21 octobre 2014, Huahine

Je ne fais rien de bien spécial aujourd’hui si ne c’est une petite sortie en mer avec le kayak monoplace mis gratuitement à disposition par le camping. Contrairement aux vélos, les kayaks sont en état et c’est tant mieux. Je m’amuse comme un petit fou à ramer sur les eaux presque lisses du lagon.

Je commence par m’approcher au plus près du récif, situé à près de 500 m du rivage, pour admirer les impressionnantes lames qui se brisent sur la barrière corallienne. Petit moment d’exception…

Je longe ensuite le motu Araara en direction du nord-est, en glissant sur l’onde diaphane de la piscine géante… Je croise au passage un pêcheur maîtrisant à l’évidence bien son art : il vient de capturer une belle aiguillette ! J’échange deux mots avec lui puis, constatant qu’il est concentré sur son travail, le laisse tranquille. J’observe ensuite furtivement, du haut de mon kayak, trois raies croisant sur le fond sableux du lagon. Joli !

Passé le motu, je me rends une seconde fois au plus près du récif (situé ici à 1,5 km du rivage) en faisant attention de ne pas chavirer ni m’échouer. Les coraux sont en effet de plus en plus superficiels à mesure que l’on s’approche de la barrière récifale et un naufrage serait dangereux… Je rentre ensuite au bercail, content de m’être aéré la tête avec cette sortie marine.

Vue aérienne du sud de Huahine Iti figurant l'emplacement du Camping Hiva Plage

Vue aérienne du sud de Huahine Iti figurant l’emplacement du Camping Hiva Plage
Huahine (Polynésie Française) [Réalisation : N. Pettini, 2015]

Il pleut abondamment toute la journée sous forme de grains interrompus de courtes éclaircies. La pluie, et bien, ça finit par lasser assez vite… qui plus est dans un endroit pareil !

22 octobre 2014, Raiatea

Je ressors ce matin aux environs de 8h avec le kayak pour aller encore plus loin qu’hier, en direction du Motu Muti Mahora, situé au nord-est de Huahine Iti. Le ciel, instable depuis avant-hier, agrémente ma course de quelques grains bien drus et rafraîchissants. Toute une ambiance sur le lagon !

Même si les eaux sont calmes, les centaines de coups de pagaye finissent par avoir raison de ma motivation à rejoindre le motu, situé tout de même à 6 km du camping par voie maritime. Je n’ai par ailleurs pas emmené d’eau avec moi et la soif commence à se faire sentir ; ce ne serait pas très prudent. Je décide donc de faire demi-tour après avoir fait une longue pause en plein milieu du lagon, face à la Baie Mahuti, pour vivre à fond cet « ici et maintenant » si insolite.

10h : Je suis de retour au camping. Je n’ai aucune idée de la distance que je viens de parcourir : 5 ? 10 km ? Les distances sont toujours difficiles à appréhender en mer. Google Earth tranchera pour moi : 7 km ! J’enchaîne, après cette petite séance sportive, avec une baignade dans le lagon depuis la plage du camping. J’y observe des poissons clowns, accompagnés de leurs sempiternelles anémones, ainsi qu’un banc énorme de poissons jaune citron rayés de noir.

Je retourne me baigner une seconde fois dans le lagon en début d’après-midi avant de me poser dans la partie commune du camping, à l’abri des grains qui ne cessent de s’enchaîner depuis hier. Décidément, le temps est à la pluie ces temps-ci dans l’archipel de la Société. Il me reste deux heures d’internet, hors de prix ici (17€ les 5h), alors autant en profiter !

17h : Je quitte le camping de manière précipitée avec Christelle pour rejoindre l’aérodrome. Mince, j’étais persuadé que nous devions partir à 17h30 ! Mon avion pour Raiatea décollant à 18h30, ça aurait été vraiment « limite ». En passant à Fare, je parviens à retirer de l’argent au distributeur et peut donc payer sans problème l’intégralité de mon séjour à Christelle. Ouf, un souci en moins ! Christelle me dépose devant l’aérodrome peu après 18h. J’enregistre mon bagage de soute dans la foulée et, après une courte attente, grimpe dans l’avion.

18h30 : Décollage. Au revoir belle Huahine ! J’ai vraiment apprécié les quatre jours que je viens de passer ici. Je retiendrai surtout de cette île son aspect sauvage, la gentillesse de ses habitants, son calme incroyable… et les deux belles glissades que j’aurai faites sur son lagon. Dommage toutefois de ne pas avoir pu arpenter l’intérieur des deux massifs, difficilement abordables sans l’assistance d’un guide (les rares sentiers existants seraient privés)…

Raiatea, me voilà !

Bookmarquez le permalien.

Un commentaire

  1. Bonjour
    deux heures de découverte avec vous comme guide cet après-midi
    Merci pour vos écrits et au plaisir de lire la suite
    Cordialement
    Jean-françois

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *