Huayhuash : me voilà ! (1/2)

Huaraz, 15 juillet 2014

10h30 : je quitte l’hostal Caraz Dulzura en remerciant chaleureusement Carlos et Olivia pour leur accueil. J’éprouve un petit pincement en laissant derrière moi cet endroit où j’ai tout de même passé 5 nuits. Quelques jours de plus et je sens aussi que Carlos et moi aurions facilement pu devenir amis. Un chic type ce Carlos !

De nouveau chargé de mes deux sacs, je rejoins après 10 bonnes minutes de marche le terminal de colectivos situé en bas de la ville. Je grimpe dans le premier véhicule en partance pour Huaraz, ma destination pour les 10 prochains jours.

12h30. Me voilà fraîchement débarqué à Huaraz, « capitale » de la Cordillera Blanca comptabilisant 130 000 âmes. La ville est réputée pour être la Mecque péruvienne des alpinistes et des trekkeurs, une base parfaite pour partir à l’assaut des sommets ou initier une randonnée.

Le premier hostal sur ma liste s’appelle Akilpo, situé en plein centre-ville, à côté du marché couvert. Et je tire un bon numéro ! Il est géré par trois frères très sympas avoisinant la trentaine : Esteban, Benjamin et Leonardo. Je suis reçu par Esteban qui me dégotte une chambre privée avec salle-de-bain pour 35 soles située face au marché. C’est très bruyant mais la chambre est sympa et le lit très confortable. Après m’être débarrassé de mon fatras, je me mets en quête d’un endroit pour manger. Je croise en descendant l’escalier de l’hostal deux filles, Diana et Barbara, qui ont le même objectif que moi. Elles me proposent de me joindre à elles. Diana est allemande, Barbara hongroise ; toutes les deux voyagent en solitaire depuis plusieurs mois à travers l’Amérique latine et partagent un petit bout de chemin ensemble. Comme quoi, des filles parties en solo pour un long voyage, ce n’est pas si rare que ça… Nous nous posons dans un petit resto bon marché et discutons dans la langue de Shakespeare. J’accroche rapidement avec Diana, moins avec Barbara.

L’après-midi est réservée à la recherche d’une agence de voyage proposant le fameux trek autour de la Cordillera Huayhuash que je veux absolument réaliser depuis le début de mon projet de voyage. J’éprouve une certaine fascination pour cette petite cordillère. Sauvage, isolée au sud de la Cordillera Blanca, elle a été rendue célèbre par le film-documentaire Touching the Void (La mort suspendue) : l’histoire vraie de deux alpinistes partis à l’assaut du Siula Grande, l’un des plus hauts sommets de la cordillère ; l’un d’eux se casse une jambe lors de la descente puis tombe dans une crevasse où il va rester coincé deux jours, avant de réussir à en sortir pour rejoindre le camp de base en rampant sur le glacier… Un film que j’ai vu plusieurs fois et qui m’a mis dans la tête des images de pics immaculés recouverts de ces somptueuses cannelures de neige et de glace.

Le problème c’est que je suis seul et qu’il me faut trouver un groupe… Nous sommes aujourd’hui mardi et j’aimerais idéalement partir jeudi pour ne pas perdre trop de temps. Ça risque de ne pas être facile.

Esteban, l’un des trois frangins, m’aide à dégoter une agence (Monttrek) qui organise justement un trek de 9-10 jours pour un départ jeudi. Ma chance ! Je file sans tarder à l’agence, située à quelques pâtés de maisons de l’hostal. Pocho, le patron, me reçoit et me confirme qu’un groupe est bien prévu pour Huayhuash dans les jours à venir. Un couple de français est déjà inscrit. Cependant, le départ n’est pas pour jeudi mais pour vendredi… Bah, un jour de décalage, ce n’est pas si grave. Nous échangeons sur les détails du trek. Le trek se fait généralement en 8 jours, nous avons 2 jours supplémentaires pour prendre notre temps et réaliser, si on le souhaite, des digressions en chemin… Le prix me semble élevé – 570 dollars – mais l’agence m’a l’air sérieuse et les prestations de qualité (recommandée par mon guide). C’est tout de même un gros trek et 60$ par jour, c’est dans l’ordre des prix conseillés par mon guide (la qualité a un prix). Le temps presse, je dois donner une réponse à Pocho dans la soirée si je veux partir vendredi. Je retourne à l’agence vers 21h (elles sont ouvertes jusqu’à tard le soir) pour valider ma participation. Je donne un acompte de 50 soles à Pocho et lui demande confirmation que je partirai bien vendredi, qu’il n’y aura pas de lézard… « Vous partirez bien vendredi, c’est sûr !». On échange une poignée de main. C’est signé. Génial, j’ai réussis ! Je pars pour Huayhuash !!!

Je recroise Diana à l’hostal ensuite. Elle me propose de l’accompagner demain à la Laguna Churup, non loin de Huaraz. Ça tombe à pic, j’ai deux jours à combler avant de partir pour Huayhuash et je ne savais pas trop quoi faire demain !

Je m’endors soulagé et fou d’impatience…

Huaraz, 16 juillet 2014

Je consacre une bonne partie de la journée à la Laguna Churup en compagnie de Diana, avec qui je discute longuement tout au long de la randonnée. Un joli lac mais rien de comparable aux deux merveilles vues les jours précédents (les lagunas 69 et Parón)…

Laguna Churup (4450 m), Cordillera Blanca

Laguna Churup (4450 m)
Cordillera Blanca

Je repasse en fin d’après-midi à l’agence Monttrek pour m’assurer que le départ est toujours prévu pour vendredi et voir si des gens ne se sont pas inscrits entre temps (ce qui ferait baisser le prix). Je me vois recevoir cette réponse de Pocho, le chef de l’agence : « Je suis vraiment désolé mais les Français qui étaient inscrits se sont désistés car ils sont tombés malades… Du coup, il n’y aura pas de départ vendredi, ni samedi. ». Ça sonne faux de sa bouche, je sens que c’est du flanc et que je me suis fais avoir. Énervé mais surtout très déçu ! Je récupère mon acompte et quitte l’agence sans remerciement. Je n’y reviendrai plus, c’est clair !

De retour à l’hostal, je discute avec Benjamin pendant un moment pour essayer de trouver une solution. Il me propose de partir seul avec un arriero, un péruvien connaissant parfaitement les lieux et menant deux ânes porteurs (certains sont parfois aussi cuisiner), ce qui me permettrait de faire en gros ce que je veux. Il me propose également de m’aider à organiser le trek. Bien sûr, cette option a un prix : il faut payer l’arriero (65 soles par jour avec deux ânes), la nourriture pour deux personnes (le client nourrit l’arriero, c’est la règle), la location de l’équipement que je n’ai pas et que me fournirait Benjamin (tente standard, tente de cuisine, nécessaire de cuisine, plaque de gaz, bouteille de gaz de 5L, tapis de sol, sac de couchage pour compléter celui que j’ai déjà car les nuits à Huayhuash sont réputées très froides…). Il faut également payer une série de taxes pour pouvoir accéder aux différents campements (195 soles soit environ 72$). Pour 9 jours, il m’en coûterait près de 570$, soit au final un prix identique à celui que me proposait l’agence. On en discute un long moment. Je suis un peu hésitant : trimbaler tout cet équipement (dont j’aurais l’entière responsabilité) jusqu’au départ du trek me semble compliqué et surtout risqué. Et si je perdais ou détériorais une partie des équipements en route ? Et si je me faisais tout voler en voulant rejoindre le bus ? Et si…, et si… La peur de l’inconnu, tout simplement. Mais le sentiment d’aventure et ma motivation à réaliser ce trek prennent le dessus. Je me jette à l’eau, on verra bien !

Ma décision étant prise, Benjamin contacte un arriero de Llamac, le village où s’initie le trek. Il s’appelle Nazario Marquez et aurait fait le tour de Huayhuash des dizaines de fois. Benji m’assure qu’il est sérieux. Hallelujah ! Nazario serait d’accord pour partir avec moi 9 jours (voire 10 si je le souhaite) à la date souhaitée. Ça commence à se mettre en place… Il est déjà tard et on remet l’organisation de la logistique à demain.

J’accompagne en fin de soirée Diana jusqu’au terminal de la compagnie de bus qu’elle a choisi pour se rendre à Lima. Elle quitte Huaraz et les trois frangins de l’hostal avec grands regrets… C’est reparti pour elle après 3 semaines de pseudo-sédentarité. J’espère qu’on se recroisera car j’ai vraiment apprécié sa compagnie.

Huaraz, 17 juillet 2014

Une journée longue et assez stressante je dois l’avouer. Il a fallu rassembler et vérifier les équipements avec Benji en prévision du départ pour le trek de Huayhuash demain matin. Il me loue du matériel de qualité, en très bon état. C’est bien mais ça ajoute au stress de perdre ou abîmer certains éléments… Il va vraiment falloir que je sois vigilant et que j’en prenne le plus grand soin car je n’ai vraiment pas envie de payer des réparations ou un remplacement… Coup de chance, Nazario, mon futur arriero, est à Huaraz ce matin. Benji me propose de le rencontrer à l’hostal. Même si l’échange est bref, je suis rassuré de pouvoir le voir et discuter un peu avec lui avant le départ : la cinquantaine passée, il a l’air sérieux et sympa.

Dans l’après-midi, Benji et moi partons acheter le nécessaire pour ne pas mourir de faim pendant le trek. Il a ses adresses et a déjà tout listé. Il se contente de confier une liste d’articles à rassembler à l’épicerie du coin et à la vendeuse de fruits et légumes. J’avoue que c’est un peu dérangeant de ne pas savoir à quelle sauce je vais manger pendant le trek mais Benji a l’air de savoir ce qu’il fait alors je lui fais confiance. Nous prenons ensuite un taxi pour rejoindre le terminal de la compagnie de bus pour Llamac afin que j’achète mon billet pour demain (30 soles soit un peu plus de 10$). J’en profite pour réserver le taxi qui passera me prendre demain matin à 4h40 devant l’hostal (impossible de me rendre au terminal à pied, chargé comme je vais l’être).

Ce n’est qu’en début de soirée, aux environs de 19h, que nous filons récupérer les denrées commandées en début d’après-midi. Les marchands restent ouverts jusque 20h voire davantage, heureusement. Je paye directement les commerçants. Il manque trois ou quatre articles que je vais acheter au supermarché (« supérette » serait un terme plus approprié car on ne trouve ici aucun supermarché digne de ce nom…). Le poste « nourriture » me coûte en tout et pour tout 330 soles (environ 120$). C’est un peu plus cher que ce que m’avait annoncé Benji mais ça reste raisonnable. De retour à l’hostal, il faut empaqueter toutes ces denrées dans deux caisses en bois que me prête Benji et qui seront directement harnachées sur le porteur à poils (l’âne !). Il y a dans le lot trois douzaines d’œufs que je vais devoir trimbaler à part. Aie aie aie, ça risque d’être compliqué : je me demande comment on va pouvoir garder des œufs intacts pendant dix jours ! Il est près de 21h lorsque le paquetage est prêt mais il me reste encore du boulot ! Je dois en effet préparer mon propre sac de randonnée et le sac que je vais laisser à l’hostal pendant mon absence. Je place en lieu sûr, une fois terminé, mon petit sac à dos chargé à bloc de tout ce dont j’estime ne pas avoir besoin pendant le trek (dont mes deux cartes bleues et mon passeport).

22h30. Je me couche, crevé par cette journée, excité par l’aventure que je m’apprête à vivre, mais inquiet… La nuit va être courte. Je dois en effet me lever bien avant l’aube pour être au terminal à 4h45 demain matin.

Huayhuash, 18 juillet 2014

3h45 : c’est parti mon kiki ! Je m’active pour boucler mon sac et quitter la chambre en vérifiant minutieusement, comme à chaque départ, que je n’oublie rien. Grosse montée de stress au moment de rassembler les affaires : une partie des équipements se trouve dans la salle d’accueil de l’hostal et la porte est fermée à clé ! Je n’avais pas anticipé ça hier… A cette heure-ci, tout le monde dort, y compris les trois frangins et je n’ai aucune idée d’où ils se trouvent. Que faire ?! Tans pis, je décide de sonner à la porte d’entrée de l’hostal, espérant que quelqu’un va se réveiller pour m’ouvrir cette fichue porte… J’entends peu après du bruit derrière la porte… qui s’ouvre sur un Benji aux petits yeux. Il dormait sur le sofa dans un sac de couchage car il est de garde cette nuit. Ouf ! Il m’aide à descendre les affaires jusqu’au hall de l’hostal. Je récupère également une carte topographique de la Cordillère Huayhuash, gentiment prêtée par Benji.

4h30 : me voilà fin prêt dans le hall de hostal, accompagné de tout mon équipement : mon sac de rando, un grand sac contenant tente, tente de cuisine et tapis de sol, les deux lourdes caisses de vivres, la plaque de gaz à deux brûleurs, la bouteille de gaz de 5L, les œufs, un carton rempli de petits pains et un sac regroupant les ustensiles de cuisine. Ouf, le chauffeur est là et en avance ! Le stress retombe. Il m’aide à charger sa petite voiture puis me conduit au terminal, situé à seulement deux minutes. Il vient de me rendre un grand service et a bien mérité les 10 soles qu’il me demande.

Le bus est déjà prêt à partir. Je charge mes affaires dans la soute mais garde avec moi mon reflex… et les œufs ! Je ne suis pas le seul gringo ce matin en partance pour Llamac. Deirdre et Feilim, un couple d’irlandais fort sympathiques, se rendent aussi à Huayhuash pour une randonnée de 4 jours. Nous partons comme prévu à 5h. Il faut 2h30 pour rejoindre Chiquián, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la Cordillera Blanca. Nous franchissons d’immenses étendues de páramo, ponctuées ça et là de petites fermes. La température extérieure est glaciale. Le bus n’étant pas chauffé, ça caille !

A Chiquián, il nous faut passer d’un bus standard à un micro (mini-bus) car la route qui nous attend est étroite et sinueuse. Nous avons 45 minutes pour prendre notre petit-déjeuner. Je partage un moment très agréable dans un petit restaurant en compagnie de Deirdre, Feilim et leur guide (Epi) avant de remonter dans le bus. Le soleil inonde de ses rayons le ciel bleu, réchauffant rapidement l’atmosphère. La route jusqu’à Llamac est spectaculaire. Nous traversons une enfilade de vallées très profondes ponctuées de chacras (petites parcelles agricoles délimitées par des haies). Même si la route n’est pas vertigineuse, elle est en tout cas très sinueuse et je comprends qu’un bus lambda puisse difficilement s’y aventurer. La piste s’enfonce profondément dans la vallée. Llamac semble être le bout du monde ! Il y a de l’ambiance à l’avant du bus, des rires francs qui font plaisir à entendre !

Nous atteignons le village peu après 10h. Je décharge mes affaires sur le trottoir avec l’aide du chauffeur. Aucun signe de Nazario qui devait m’attendre à la sortie du bus… Ça m’inquiète : je fais quoi sans mon arriero ? Un jeune homme m’aborde, Marco, le fils de Nazario. C’est lui finalement qui sera mon arriero pendant tout le trek. Je n’aime pas trop les changements de programme de dernière minute mais je n’ai pas vraiment le choix. Il est tout jeune (21 ans). Je comptais sur l’expérience du père… J’espère que ça se passera bien avec le fils. Nous transportons mes affaires jusqu’à la maison de ses parents : une petite bâtisse construite en briques d’adobe. Le confort est vraiment spartiate et l’endroit très poussiéreux (terre battue). Pas de salle de bain. Des toilettes turques. La cuisine est minuscule, adossée à la maison sous un toit de tôles. Les maisons les plus basiques en France offrent un confort incomparable… Marco prépare les deux ânes qui vont porter le gros de nos bagages : Negrito, un burro au pelage sombre et au caractère bien trempé, et Carablanca, au poil clair et au caractère plus tranquille. L’un portera les deux caisses de nourriture et la bouteille de gaz, l’autre tout le reste. Ils m’ont tous deux l’air bien chargés…

Nous sommes prêts à partir vers 11h. Direction : Quartelhuain, notre premier campement, situé bien plus haut dans la vallée, à 4170 m d’altitude (Llamac est à 3250 m). Il nous faut 5h de marche sur une piste pour atteindre cette première étape (930 m de dénivelé positif). Je paye en chemin mes deux premiers droits d’entrée, le premier à 10 soles (peu après Llamac) et le second à 20 soles (à l’entrée de Pocpa, village un peu plus haut sur la rivière). La vallée, encaissée sur les premiers kilomètres, s’ouvre dans la deuxième moitié du parcours sur des pâturages ondulant au pied de crêtes rocheuses. Les mouvements tectoniques ont ici créé un relief particulièrement tourmenté.

Un relief tourmenté..., Cordillera Huayhuash

Un relief tourmenté…
Cordillera Huayhuash

Des tentes sont déjà en place à notre arrivée. Nous montons Marco et moi les nôtres puis je pars en exploration avec mon reflex. J’ai repéré un point haut duquel je pense avoir un joli panorama. Une petite demi-heure de montée m’offre une très belle récompense : une vue sur des pics enneigés… Je reste une trentaine de minutes à admirer le paysage, et à profiter aussi des derniers rayons du soleil avant qu’il ne tombe derrière la montagne. Car une fois qu’il n’est plus là, la température chute brutalement.

Premiers pics enneigés au coucher du soleil..., Cordillera Huayhuash

Premiers pics enneigés au coucher du soleil…
Cordillera Huayhuash

Marco est aux fourneaux lorsque je rejoins le campement, aux environs de 17h30. Je fais un brin de toilette avant le repas au bord du ruisseau, histoire d’ôter les restes de crème solaire et l’odeur de rose que dégagent mes pieds. L’eau est glacée et je ne sens presque plus mes doigts. Ils reprennent de la couleur au contact de l’assiette de soupe chaude préparée par Marco. Le repas se poursuit en beauté avec une belle plâtrée de riz accompagnée de pommes de terre frites et de quelques morceaux de viande. Je discute un peu avec Marco qui ne m’a pas l’air très bavard… J’apprends qu’il est en fait étudiant en comptabilité à Lima et qu’il est à Llamac, chez ses parents, seulement pour les vacances. Ce trek constitue pour lui un job d’été, un moyen de rassembler un petit pécule pour financer ses études. Il me dit aussi qu’il a parcouru Huayhuash à plusieurs reprises au cours des trois dernières années, en tant que guide. Il a l’air de bien connaître les lieux, je lui fais confiance.

Marco préparant le dîner, Cordillera Huayhuash

Marco préparant le dîner dans la tente « cuisine »
Cordillera Huayhuash

Il est 20h lorsque je me glisse dans mes trois sacs : mon drap de sac en coton, mon duvet et le sac de couchage synthétique loué à Benji. Et ils ne sont pas de trop car il fait un froid de chien !

Huayhuash, 19 juillet 2014

6h : je me lève avec l’aube. Qu’il fait froid ! Heureusement, j’ai pris soin hier soir de fourrer mes vêtements dans le sac de couchage. Je me glisse en vitesse dans mes habits de la veille puis vide la tente. Je rejoins la « cuisine » pour prendre le petit-déjeuner préparé par Marco. Au menu : œufs brouillés, tranches de pain tartinées de beurre et de confiture de fraise, le tout arrosé d’un café bien chaud. Parfait pour bien démarrer la journée !

Je quitte le campement vers 7h30, seul. Marco part peu de temps derrière moi, après avoir démonté les tentes et bâté les ânes. Je grimpe à bon rythme jusqu’au col de Cacananpunta (4690 m). Le soleil est timide ce matin et les nuages ont l’air de gagner du terrain. J’espère que la pluie va nous épargner… Je fais la rencontre dans la montée d’Ani, une jeune anglaise de 19 ans voyageant en solo depuis un moment et n’ayant visiblement pas l’intention de s’arrêter… Je trouve admirable d’entreprendre un tel voyage à son âge ! C’est aussi un plaisir d’entendre ce bel accent british… Le panorama depuis le col est joli, même si les nuages sont omniprésents.

Panorama depuis le col de Cacananpunta (4690 m), Cordillera Huayhuash

Joli panorama depuis le col de Cacananpunta (4690 m)
Cordillera Huayhuash

Je descends, une fois passé le col, en direction du site de Janca. Je tombe à son niveau sur deux hommes qui me demandent de payer un nouveau droit d’entrée. C’est 40 soles cette fois-ci ! J’avoue que je n’aime pas ce système de taxe au compte-goûte qui s’apparente à du racket organisé. L’argent collecté par les communautés est censé être utilisé pour entretenir les campements. Enfin, c’est ce qu’on dit…

Je m’attarde ensuite à Tuctuc Pampa, une vaste étendue plane (probablement un lac comblé par les sédiments) gisant au pied des géants dont je n’aperçois malheureusement que des bribes. S’ensuit une longue et pénible montée jusqu’au col de Carhuac (4640 m). Je suis seul au début et peu rassuré car le sentier n’est pas très bien marqué et, comme c’est le cas sur l’ensemble du parcours, dépourvu de signalétique. Je rattrape heureusement peu avant le col Marco, qui m’avait devancé. Nous marchons rarement côte à côte car il ne fait aucune pause, son objectif étant d’arriver au campement le plus tôt possible pour trouver un bon emplacement. Je pense qu’il aime marcher seul aussi. Nous avons droit à une giboulée de grésil dans la montée. Rien de bien méchant. Je me pose au niveau du col pour manger un bout et me reposer un peu car je n’ai fait aucun véritable pause depuis le départ ce matin.

Marco passe le col et commence à descendre accompagné de ses deux bêtes de somme en direction de notre second campement : la Laguna Carhuacocha (4140 m). Je le seconde dix minutes plus tard.

En suivant un groupe d'arriero vers la Laguna Carhuacocha, Cordillera Huayhuash

En suivant un groupe d’arriero vers la Laguna Carhuacocha…
Cordillera Huayhuash

J’atteins le lac après une bonne heure et demie. Le campement se trouve en surplomb du plan d’eau et offre une vue splendide sur le glacier Yerupajá Este.

Glacier Yerupajá Este au-dessus de la Laguna Carhuacocha, Cordillera Huayhuash

Le superbe glacier Yerupajá Este
Cordillera Huayhuash

Les géants (Yerupajá et consorts) sont malheureusement perdus dans les nuages. Marco est déjà à l’œuvre avec les tentes à mon arrivée. Je lui donne un coup de main. Excellent timing : il se met à pleuvoir juste après que nous ayons terminé. Quelle poisse cette pluie… Elle va durer toute la soirée et une bonne partie de la nuit (pluie et neige mêlées). L’humidité aggrave naturellement la sensation de froid. Un froid de chien, vraiment !

Le dîner que nous prépare Marco est un vrai régal et apporte une chaleur très appréciable par un froid pareil. Je prends avant de me coucher un thé aux feuilles de Coca, très réputé ici pour combattre le mal de l’altitude (que je ne ressens pas heureusement). Bonne et mauvaise idée car ça oblige à se relever pendant la nuit pour satisfaire un besoin naturel… mission oh combien désagréable quand il faut s’extirper de ses trois sacs et sortir de la tente sous les flocons !

Le plancher de ma tente prend un peu l’eau pendant la nuit par infiltration mais rien de bien méchant. Je réussis heureusement à rester au sec et mes affaires, protégées dans des sacs zippés étanches, aussi.

J’entends gronder le tonnerre pendant la nuit… celui des glaciers qui travaillent. Impressionnant !

Huayhuash, 20 juillet 2014

6h : la sortie des songes ce matin est particulièrement difficile. Ma tente est gelée… littéralement gelée ! Il a neigé pendant la nuit et une fine couche de glace et de neige recouvre la toile. Le paysage est transformé, magnifié par cette poudre blanche.

Une fine couche de neige transforme le paysage..., Cordillera Huayhuash

Une fine couche de neige métamorphose le paysage à l’aube du troisième jour…
Cordillera Huayhuash

Je quitte la campement avant Marco, aux environs de 7h30, content de pouvoir marcher pour me réchauffer. Les nuages bouchent encore le ciel mais laissent apparaître des morceaux de ciel bleu. Je commence à contourner le lac Carhuacocha, attentif au panorama qui évolue sans cesse. Les montagnes se dégagent brièvement, me laissant enfin apercevoir les géants de Huayhuash : le Yerupajá (6635 m) et le Siula Grande (6345 m). Fabuleux spectacle ! La scène est brève mais d’autant plus magique.

Une apparition fugace et magique, Cordillera Huayhuash</span>

Une apparition fugace et d’autant plus magique…
Cordillera Huayhuash

Face est du fameux Siula Grande, Cordillera Huayhuash

Face est du fameux Siula Grande, entre deux caprices du brouillard…
Cordillera Huayhuash

Superbe Jirishanca, aperçu entre deux caprices du brouillard, Cordillera Huayhuash

Un croc acéré : le Jirishanca
Cordillera Huayhuash

J’aperçois au bord du lac, au pied de ces géants, des cabanes en pierres et quelques enclos. Dire que des gens vivent là en permanence…

Habitations en pierre et enclos au bord du lac Carhuacocha, Cordillera Huayhuash

Habitations en pierre et enclos au bord du lac Carhuacocha
Cordillera Huayhuash

Je monte en direction de la Laguna Siula (4290 m) en suivant par intermittence un groupe d’autrichiens (leur guide me sert en quelque sorte de guide). J’aperçois en surplomb de la lagune un petit col qui m’intrigue. Je grimpe et découvre à son niveau un superbe lac niché au fond d’un cirque glaciaire : la Laguna Gangrajanca. Un glacier, que j’entends craquer par moment, y déverse lentement ses eaux de fonte. Quel puissance ! La couleur du lac est un régal pour les yeux.

Laguna Gangrajanca, Cordillera Huayhuash

Laguna Gangrajanca, au fond d’une profonde cuvette morainique
Cordillera Huayhuash

Pose photo devant la Laguna Gangrajanca, Cordillera Huayhuash

Pose photo devant la Laguna Gangrajanca
Cordillera Huayhuash

Je me joins ensuite à un autre groupe, celui d’Ani et d’Alberto (il habite aux Îles Canaries) avec qui je sympathise tout en marchant. Nous longeons la Laguna Quesillococha (4330 m) avant de grimper jusqu’à un belvédère offrant un panorama sublime sur les trois lagunes que l’on vient de découvrir. J’avais bavé devant cette photo à plusieurs reprises et rêvais de voir ça de mes propres yeux. C’est chose faite. Même si les nuages gâchent un peu le spectacle, ça vaut son pesant d’or.

Superbe enfilade de lagunes, Cordillera Huayhuash

Superbe enfilade de 3 lagunes : Gangrajanca (au fond), Siula et Quesillococha
Cordillera Huayhuash

La montée se poursuit ensuite jusqu’au col de Siula Punta, à 4834 m. S’ensuit une descente d’environ deux heures jusqu’au Campement de Huayhuash (4345 m). Le grésil se remet à tomber. Décidément, nous n’avons pas de chance avec le temps !

La pluie refait son apparition dans la soirée puis se transforme en une neige collante. J’ai rarement connu un tel froid. Marco nous cuisine ce soir une délicieuse chaufa, un plat d’origine asiatique à base de riz, agrémenté de divers légumes. Un pied-de-nez au froid qui sévit ce soir. Je parviens enfin à avoir une conservation digne de ce nom avec mon arriero. Il me demande même de lui donner un petit cours d’anglais…

Je dois secouer par précaution ma tente à plusieurs reprises jusqu’à 21h pour éviter qu’elle ne s’effondre sous le poids de la neige… Ça commence à m’inquiéter : et si on se retrouvait demain avec 10 cm de poudreuse ! Mais, heureusement, ça ne dure pas. Un peu plus et on se retrouvait avec 10 cm de neige demain matin ! Le bonnet, le sous-pull, les collants thermiques et les deux sacs de couchage ne sont vraiment pas de trop cette nuit…

Huayhuash, 21 juillet 2014

Comme la veille, la glace a transi la toile de tente mais contrairement à ce que je craignais, il n’a pas tant neigé que ça. La neige a dû fondre pendant la nuit. Avec ce froid et cette humidité, le campement est sinistre ce matin. Pendant que je déjeune, Marco part à la recherche de ses deux ânes qui ont erré pendant la nuit à la recherche d’herbe à brouter. Pauvres petites bêtes, je me demande s’ils ressentent le froid autant que nous…

Negrito et Carablanca

Negrito et Carablanca
Campement de Huayhuash

Je pars en compagnie du groupe d’Ani et d’Alberto. Direction : le Portachuelo (petit col) de Huayhuash (4785 m). Le paysage est recouvert d’un magnifique voile blanc. Le brouillard, épais au petit matin, se dissipe lentement. Les sommets sont timides et ne s’offre à la vue que quelques secondes.

Une timide apparition, Cordillera Huayhuash

Une timide apparition…
Cordillera Huayhuash

Peu après le campement de Huayhuash, Cordillera Huayhuash

Peu après le campement de Huayhuash…
Cordillera Huayhuash

Un paysage transformé au petit matin, Cordillera Huayhuash

Un paysage transformé au petit matin…
Cordillera Huayhuash

Nous passons le col puis descendons vers le campement d’Atuscancha (4365 m), très attendu car on y trouve des bains chauds au beau milieu de nulle part ! Nous longeons en chemin la Laguna Viconga, qui s’étire au pied de la Cordillera Raura.

Laguna Viconga (au fond, la Cordillera Raura), Cordillera Huayhuash

Laguna Viconga (au fond, la Cordillera Raura)
Cordillera Huayhuash

Je fais la rencontre en chemin d’un troupeau d’alpagas. Des bouilles franchement sympas !

Troupeau d'alpagas aux environs de la Laguna Viconga, Cordillera Huayhuash

Troupeau d’alpagas aux environs de la Laguna Viconga : des peluches vivantes !
Cordillera Huayhuash

Nous atteignons le campement en début d’après-midi. Marco a déjà monté les deux tentes. Je déballe mes affaires puis file aux bains, qui se trouvent à deux pas de notre emplacement. Pur moment de bonheur ! Je me lave dans un petit bassin prévu à cet effet puis passe dans l’un des deux grands bains chauds. J’y passe une bonne heure et demi en compagnie de Marco et des autres randonneurs. Je suis invité ensuite à prendre le goûter (thé et pop-corns) dans la tente-tipi du groupe d’Ani.

Alberto et Ani, Cordillera Huayhuash

Alberto et Ani
Cordillera Huayhuash

Je retourne dans les bains juste après le dîner, à la nuit tombée. Étrangement, Marco et moi sommes les seuls à avoir cette idée… Moment d’exception que celui d’être dans un bain chaud naturel au beau milieu de nulle part, par un tel froid, sous le ciel étoilé ! Je reste une bonne heure dans l’eau puis file me glisser au chaud dans mes sacs de couchage.

Bookmarquez le permalien.

10 commentaires

  1. Très beau récit !!! ….. j’y vais dans un gros mois et j’ai quelques questions pratiques :
    – comment as-tu géré les batteries de ton APN ?
    – as-tu pu faire un peu de toilette et lessive durant le trek, y avait-il de l’eau par-ci par-là ?

    Merci de partager ton expérience :)

  2. Salut. Beau récit qui invite au voyage et à l’aventure. Je vais faire ce trek dans deux mois et je me demande vraiment quel duvet prendre ? Quelle température de confort privilégier ? Je viens d’acheter un sac en plume très léger mais avec confort +2 et limite jusqu’à -15. J ai du mal à evaluer. Mon trek sera à partir du 15.05. Merci d’avance pour tes conseils.

    • Salut Ivan. Merci pour ton commentaire. Concernant le matériel, je te conseille vivement de prévoir un sac de couchage suffisamment chaud ; pas forcément un « grand froid » mais a minima un sac dont la température de confort est de 0°C ou un peu en dessous (quand j’y étais, la température frôlait facilement les -10°C au creux de la nuit). J’avais loué un second sac de couchage dans lequel j’enfilais mon sac Warmth Boulder 450 (t°C confort -2°C) avec mon drap de sac. Certaines nuits très froides, j’enfilais en plus mes vêtements thermiques tellement il faisait froid… Pour vouloir sortir du sac en pleine nuit afin de se soulager, il fallait avoir très, très envie… Si tu pars avec une agence, ils te fourniront probablement le couchage mais la qualité de la chose va dépendre du sérieux de l’agence… Perso, j’emporterais dans tous les cas avec moi un sac « froid moyen » et des vêtements thermiques (collant et sous-pull en plus de la polaire chaude et de la veste bien sûr). Compte-tenu de la période à laquelle tu prévois de faire ce trek, les températures dans les Andes devraient être un peu plus clémentes (post saison des pluies)… Mais tout de même, prévois la tenue de combat !

      Ce trek est vraiment exceptionnel. Tu vas te régaler à coup sûr ! Alors, régale-toi bien 😉
      Nico

  3. Bonjour,

    Je pars en Amérique du Sud dans quelques semaines. Je souhaite lors de mon passage au perou faire un treck dans la cordillère huyhuash, j’ai une petite question concernant les taxes d’entrée, pour ton parcours tu n’a payé que 70soles?

    • Bonjour Diane,

      J’ai payé 195 soles pour les « taxes de passage » sur le parcours du trek de Huayhuash. Ca s’apparente à du racket et on se sent mal à l’aise chaque fois qu’il faut sortir le porte-monnaie. Cependant, n’hésite pas et fonce, ce trek est sublime !

      Mise en garde : Prépare-toi à ce que ce montant aie augmenté depuis. La tendance est toujours à la hausse !

      Bon voyage ; Régale-toi bien !

      Nico

  4. De retour d’Indonésie je retrouve avec plaisir le récit de ton voyage !
    Quelles merveilles et quelles expériences ! (Mais qu’est-ce qu’on fait encore en France ?)
    Merci encore de nous faire partager tout ça !
    Gros bisous.

  5. Woua ! Ces paysages sont magnifiques !
    Tu dois en avoir des choses plein la tête et ce n’est pas fini !!
    Profites en bien !

    GROS BISOUS !!!
    Cacilie

  6. Encore une fois, bravo Nico pour tes récits passionnants et tes superbes photos !
    Bonne continuation et à bientôt !
    Bises
    Nad

  7. Toujours aussi passionnant… Magnifique parcours mon Nini… Chapeau bas Gringo… Bisous tout plein et bon vent pour la suite !

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