La Cordillera Blanca : joyau nacré du Pérou

Caraz, 10 juillet 2014

4h : je suis debout avant les poules ce matin ! Mon sac étant déjà prêt de la veille, je suis dans les starting blocks en moins de 20 minutes. Une demi-heure plus tard, je grimpe dans un taxi recommandé par l’hôtel Colonial pour me rendre au terminal de la compagnie America Express. Mon chauffeur joue du klaxon à presque à chaque intersection, pour annoncer son passage. Eh oui, même à 4h30 du mat’ ! Les péruviens sont vraiment des fous du klaxon… La gare routière est assez éloignée du centre-ville et le taxi met un bon quart d’heure avant d’arriver, prenant des raccourcis dans des rues sombres et peu fréquentées… Je me mets à imaginer ce qu’on doit ressentir quand on se rend compte qu’on vient de se faire piéger par un chauffeur malhonnête et qu’on sait qu’on va se faire dépouiller de toutes ses affaires… Je ne peux m’empêcher d’éprouver un soulagement en arrivant au terminal.

5h : je grimpe dans le bus. Direction : Chimbote, ville portuaire située à 130 km au sud de Trujillo. Il faut environ 3 heures pour rejoindre le terminal de la ville qui, à mon grand soulagement, centralise de nombreuses compagnies dont Yungay Express, celle que je dois prendre pour rejoindre Caraz. J’avoue que je suis content de ne faire que traverser cette ville et de ne pas avoir à changer de terminal. C’est un endroit glauque qui ne donne franchement pas envie de s’y aventurer. Une odeur nauséabonde de poisson pas frais envahit toute la ville. Un ciel laiteux et bas ajoute à l’atmosphère sinistre du lieu. Les déchets et gravas inondent la ville, c’est écoeurant. J’aperçois sur le mur d’une école un message écrit à l’évidence par les enfants : « Queremos vivir en un mundo sano y limpio. ¡Cuídalo! » « Nous voulons vivre dans un monde sain et propre. Prends-en soin ! ». Juste devant le mur : un océan de déchets immondes où viennent picorer des chiens errants et des aigrettes au plumage terni… Que c’est triste ! J’aurais aimé saisir cette aberration avec mon reflex mais impossible depuis le bus… Un peu plus loin, j’aperçois une femme seule en train de balayer la chaussée. C’est visiblement son travail. L’effort me semble si vain dans un tel taudis… mais c’est un début !

Chimbote, rue

On a pas franchement envie de débarquer…
Chimbote

Nous arrivons au terminal central de Chimbote aux environs de 8h. Je dois attendre une petite heure pour grimper dans le second bus. Le temps de prendre un café et de manger un morceau dans le seul endroit à peu près potable que je trouve… Le second bus me coûte 25 soles (un peu moins de 7€) et dois me conduire à Caraz en passant par le fameux Cañón del Pato : un canyon apparemment très impressionnant. J’ai hâte de voir ce que ça donne !

Je redécolle en fin de matinée, content de quitter cette ville qui ne m’a vraiment pas laissé une bonne impression. Peu après le départ, le bus s’arrête dans une rue pour laisser monter des vendeuses ambulantes ; elles se pressent frénétiquement dans l’allée du bus pour proposer nourriture et boissons en prévision du long voyage qui attend les voyageurs. Gélatines, conchitas (pop-corns), sodas, haricots géants… De petites portions à 50 cts ou 1 sol. J’ai rarement vu des gens déployer une telle énergie pour vendre un produit… C’est leur gagne-pain, je me mets à leur place.

Après être sorti de la ville, le bus prend la direction de l’Est pour pénétrer dans le Cañón del Pato. L’asphalte laisse place à une route non revêtue, forcément un peu plus cahoteuse et poussiéreuse… Que le spectacle commence ! Je ne tarde pas à être enchanté par ce que je vois. Un relief et une aridité incroyables ! Ce canyon est un véritable désert au fond duquel se contorsionne le Río Santa, ponctué de ça de là par quelques oasis de végétation maigrichonnes.

Une rivière... et un relief incroyable, Cañon del Pato

Une rivière… et un relief incroyable !
Cañon del Pato

Un véritable désert où survit une végétation maigrichonne, Cañon del Pato

Un véritable désert où survit une végétation maigrichonne…
Cañon del Pato

Le bus grimpe, grimpe, grimpe en enchaînant les virages… et les tunnels. On en traverse 35 au total ! Des tunnels à vif dans lesquels on ne se croise pas. La remontée du canyon est une sacrée expérience ! Étant le seul gringo dans le bus, je suis à l’évidence le seul béat à m’enchanter du spectacle. Les locaux dorment pour la plupart…

Cañon del Pato, tunnels

Les tunnels… toute une expérience !
Cañon del Pato

Bus, Cañon del Pato

Euh… ça passe pas là !
Cañon del Pato

J’aperçois, dans le dernier tiers du parcours un petit cône tout de blanc immaculé, au loin, sur les hauteurs. Un petit bout de cette fameuse Cordillera Blanca que je rêve de découvrir depuis le début de mon voyage et qui figure en tête de ma liste des merveilles à ne pas manquer…

15h. Je débarque à Caraz, petite ville de 20 000 âmes situé au pied de la cordillère. Les pics enneigés pointant vers le ciel, parfaits dans leur écrin de blancheur, confèrent une aura très particulière à cette chaîne de montagnes. Je suis fasciné… et un peu paumé à la sortie du bus car je n’ai avec moi aucun plan de la ville. J’ai pré-sélectionné un hostal mais n’ai aucune idée d’où il se trouve. Je grimpe dans une moto-taxi qui, pour 2 soles, me conduit dans la partie haute de la ville au pied de l’hostal. Rouler dans cet engin est, là encore, une expérience nouvelle franchement sympa. « Marrantes », c’est le mot qui me vient en premier lieu à l’esprit pour désigner ces drôles de bécanes. Elles sont ici le moyen de locomotion principal, loin devant les voitures que l’on ne croise que de temps en temps.

Je teste pour la première fois la moto-taxi : sympa, Caraz

Je teste pour la première fois la moto-taxi : sympa !
Caraz

Malheureusement, l’hostal pré-sélectionné est fermé (une première !). Plan B. Je prends la direction du centre-ville et, en demandant mon chemin, me fait indiquer un hostal : Caraz Dulzura. Je décide de m’y rendre, on verra bien. Olivia, la belle-fille du propriétaire, m’accueille d’un large sourire. Elle est anglaise et nous passons à la langue de Shakespeare assez naturellement. L’hostal a l’air sympa, calme et sûr et l’accueil me plaît bien. La nuit est un peu chère (45 soles soit environ 12 euros) mais inclut le petit-déjeuner (que j’estime à une dizaine de soles). J’ai pour moi tout seul une chambre a deux lits et une salle de bain ! Les lits ont l’air confortables en plus. Nickel ! Olivia me demande combien de nuits je compte passer à l’hostal. Deux au moins… J’avoue que je ne sais pas trop encore comment je vais organiser les 15 jours que j’ai prévus de passer dans la Cordillère Blanche…

Je rencontre aussi Carlos, le mari d’Olivia. Il est péruvien mais ses traits diffèrent un peu des autres gens du pays. Je l’aurai facilement pris pour un népalais (il me dira plus tard qu’il a du sang asiatique…). Carlos est, comme sa femme, très accueillant et le courant passe très vite. Il aime à l’évidence les montagnes, ça se sent à sa façon de parler. Il me donne plein de conseils pour les jours à venir et surtout pour réaliser un projet qui me tient à cœur : faire le tour de la Cordillera Huayhuash, une « petite » chaîne de montagnes isolée au sud de la Cordillère Blanche. Carlors me recommande trois endroits dans le secteur de Caraz pour occuper les jours à venir : la Laguna 69, la Laguna Parón et le belvédère de Winchus. Je choisis de consacrer la journée de demain à la Laguna 69 !

Je pars dîner en centre-ville, à 10 bonnes minutes à pied de l’hostal. L’ambiance de cette petite ville me plaît. Elle n’est à l’évidence pas très fréquentée par les touristes : je ne croise qu’un ou deux autres membres de mon espèce… Il n’y a presque pas de voitures et donc peu de pollution. Ce sont les moto-taxis qui ici règnent en maîtres, parcourant la ville en long en large et en travers pour le transport des biens et des personnes. Elles sont toutes plus ou moins stylées ! Il y a la moto-taxi de base, sans grand artifice, tout juste fonctionnelle, à l’air souvent vieillot. Il y a, à l’autre bout de la chaîne, la moto-taxi de compét’, « tunée » à outrance, avec souvent une sono digne d’une discothèque et des lupiottes qui clignotent… Elles filent silencieusement dans les descentes (on coupe les gaz !) et peinent bruyamment dans les montées. Qu’elles sont marrantes ces bécanes !

Moto-taxi "de base", vieillote, Caraz

Moto-taxi « de base », vieillote
Caraz

Moto-taxi de compétition, Caraz

Moto-taxi de compétition !
Caraz

Moto-taxi sympa, Caraz

Moto-taxi sympa…
Caraz

Caraz, 11 juillet 2014

6h : le jour se lève et moi avec lui. Je prends mon petit déjeuner à l’hostal ce matin (une commodité bien agréable…) puis file vers le terminal principal des colectivos ou combis, ces mini-bus qui abondent dans le secteur. 7h : je grimpe dans le premier colectivo en partance pour Huaraz. Pour seulement 2 soles et 10 minutes plus tard, me voilà à Yungai, toujours au pied de la Cordillère mais un peu plus au sud. Je ne suis pas plutôt arrivé au terminal que je remonte déjà dans un colectivo à destination de la Laguna 69 (je négocie les deux heures de trajet pour 12 soles au lieu de 15…). Qu’il est facile de se déplacer dans ce pays ! Le système des colectivos est vraiment génial et plutôt bon marché. Le colectivo part quand il est presque bondé, processus qui ne prend généralement que quelques minutes. Nous grimpons sur les contreforts cultivés de la Cordillère avant de pénétrer dans une impressionnante quebrada (vallée encaissée) : la Quebrada de Llanganuco. Le chemin, plutôt en bon état au début, se dégrade franchement à l’entrée de la vallée. Le dos en prend un coup car ça secoue vraiment !

Il est près de 9h lorsque le colectivo me lâche au départ du sentier. C’est parti pour trois heures de montée (temps annoncé). La température est frisquette à cette altitude (3900 m) mais le franc soleil et le ciel bleu rendent l’atmosphère des plus agréables. Je suis en pleine forme ce matin et grimpe bon train. Je ne peux de toute façon pas trop traîner car le dernier colectivo redescend vers 15h et je ne peux pas me permettre de le manquer (il me faudrait un temps fou pour redescendre à pied les 2h de montée en voiture…). Le paysage montagnard est absolument superbe : le Huascarán (6768 m, plus haut sommet de la Cordillère) et son confrère le Chopicalqui me font de l’œil avec leurs glaciers tout de blanc immaculé.

Face immaculée du Huascarán, Cordillera Blanca

Face immaculée du Huascarán
Cordillera Blanca

Mais c’est surtout le Chacraraju, en surplomb de la lagune, qui me fascine. La neige qui colle aux parois y prend des formes verticales particulières, les fameuses ice flutes (cannelures de glace), typiques des Andes tropicales. Un spectacle à chaque regard.

Fabuleux "ice flutes" ou cannelures de glace sur le Chacraraju, Yungay

Fabuleux « ice flutes » ou cannelures de glace sur le Chacraraju
Yungay

Des pics immaculés apparaissent tels des mirages derrière les montagnes…

Pic enneigé derrière montagne, Yungay

Une apparition sur le sentier de la Laguna 69…
Yungay

Ne ressentant pas vraiment les effets de l’altitude, j’atteins le lac en seulement 2h. Il me faut renfiler polaire et coupe-vent car à 4700 m d’altitude, eh bien, ça caille ! La couleur de l’eau m’arrache un « j’y crois pas » ! Un bleu inouï. Sublime.

Laguna 69 : une eau d'un bleu inouï, Yungay

Laguna 69 : une eau d’un bleu inouï…
Yungay

Pris par l’ivresse des hauteurs, je continue de grimper au-dessus de la lagune pour varier les poins de vue. Je me pose une bonne demi-heure sur les hauteurs pour admirer ce bijou, niché dans son écrin minéral, au pied du Chacraraju, ce géant de neige et de glace. Moment d’exception. Des randonneurs arrivent entre temps au bord de la lagune.

Un morceau de ciel tombé sur Terre, Laguna 69, Yungay

Un morceau de ciel tombé sur Terre…
Laguna 69, Yungay

Je redescends pour visiter la rive et prendre quelques photos. J’ai le privilège d’assister à une avalanche sur le Chacraraju. Du spectacle, encore du spectacle !

Avalanche sur le Chacraraju, Yungay

Avalanche sur le Chacraraju !
Yungay

13h. Il est temps de commencer à redescendre. Je croise en chemin un alpiniste suédois. On discute en chemin. Il m’avoue avoir « chopé » le mal de l’altitude (ou soroche) lors d’une ascension il y a une dizaine de jours. Depuis, il peine à retrouver la santé et se contente de petites randonnées pendant que ses camarades de grimpe s’éclatent sur les sommets. Ça doit être vraiment difficile pour lui moralement. Je me demande aussi s’il est très prudent de monter à 4700 m dans cet état, ce mal pouvant être très dangereux (certains en meurent…). Nous atteignons ensemble notre point de départ. Ouf, deux colectivos appartenant à deux agences de voyage différentes sont là, attendant le retour de leurs clients. Je poireaute une bonne heure en discutant avec Feliciano, un péruvien très sympa de l’agence Andy Toors (je négocie mon retour avec lui pour 12 soles).

Retour au bercail vers 18h30. Fin d’une grosse et magnifique journée !

Caraz, 12 juillet 2014

Je me mets en mode « off » aujourd’hui pour écrire et me poser un peu. Après une grosse matinée sur mon clavier passée dans ma chambre, je mets le nez dehors pour prendre l’air. Segundo, employé de l’hostal, est en train de s’occuper de ses animaux dans le jardin attenant à l’hostal : une soixantaine de cochons d’Inde (le fameux cuy) accompagnent quelques volatiles et cochons. Tout ce petit monde est destiné aux assiettes du restaurant de l’hostal qui se trouve en centre-ville (testé le premier soir : sans grand plus)… Quatre ou cinq personnes sont réunies dans une petite pièce attenante à l’hostal et prient. Nous sommes Samedi aujourd’hui et ce jour est pour eux, Évangélistes, le dernier de la semaine ! Leur religion leur interdit de travailler le samedi, réservé au repos et à la prière…

Je file manger en ville ensuite puis remonte à l’hostal pour me replonger dans mes récits et dans mes photos. Écrire prend du temps mais c’est important ! Une façon d’assimiler tout ce que je vis et de faire partager un petit bout de mon aventure…

Je rencontre dans l’après-midi Paul et Catherine, deux suisses allemands de Berne fort sympathiques. Nous nous mettons d’accord pour prendre ensemble un taxi qui nous mènera demain au belvédère de Winchus, dans la Cordillera Negra (située plus à l’ouest, face à sa grande sœur la Blanca). De là-haut, il paraît qu’on a une vue panoramique sur 120 km de la Cordillère Blanche et qu’on peut admirer les fameux puyas raimondi… Affaire à suivre.

Caraz, 13 juillet 2014

Je reviens tout juste du marché de Caraz et j’avoue que j’ai été très surpris. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi étendu, fréquenté et animé ! Le nombre de moto-taxis a explosé depuis hier : je pense qu’elles dépassent allègrement la centaine. Ça circule dans tous les sens. Il y a même une station de moto-taxis où ces bécanes se placent en file indienne pour attendre leurs clients. Les stands se comptent par centaines, les visiteurs probablement par milliers.

On marchande au rayon légumes, Marché dominical de Caraz

On marchande au rayon légumes
Marché dominical de Caraz

Marché dominical de Caraz, il y a foule

Il y a foule !
Marché dominical de Caraz

Le marché s’étale sur plusieurs rues autour de deux grands marchés couverts. Les ambiances sont très différentes d’un endroit à l’autre. Il se vend de tout et de rien : un supermarché à ciel ouvert où chacun vient vendre sa spécialité et acheter ce dont il a besoin. Les étals de légumes, la plupart du temps à même le sol, ont ma préférence. Ils sont tous tenus par des femmes alignées de part et d’autre de la rue, la plupart revêtues de l’habit traditionnel. Une véritable explosion de couleurs. Certaines femmes sont vraiment magnifiques et je meurs d’envie de leur tirer le portrait… Mais j’avoue que j’ai du mal à photographier car je sens une certaine réticence. Une femme m’assène même de payer pour prendre une photo d’un stand vide en face du sien ! Plutôt agressive, je passe mon chemin. Je demande peu après l’autorisation à une femme de la photographier mais elle refuse, même en échange de quelques soles… Dommage car elle avait un vrai « quelque chose ». Je réussis tout de même à arracher quelques jolies photos de ce joli capharnaüm…

Femme vendant des grains et des épis de maïs, Marché dominical de Caraz

Femme vendant des grains et des épis de maïs
Marché dominical de Caraz

La pomme de terre, marché dominical de Caraz

La pomme de terre : il s’en vend à la pelle !
Marché dominical de Caraz

Femmes vendant leurs légumes, Marché dominical de Caraz

Femmes vendant leurs légumes
Marché dominical de Caraz

Je teste également la glace de glacier, la vraie de vraie. Des gens vendent pour 1 sol un gobelet de glace fraîchement râpée sur un gros morceau de glacier, aromatisée au sirop. Ma préférence va pour le glacier Huandoy ; le Huascarán était un peu trop sucré…

Jeune garçon râpant la glace d'un véritable morceau de glacier, Caraz

Jeune garçon râpant la glace d’un véritable morceau de glacier (le Huandoy)
Caraz

Pendant plus de 2h, je vadrouille d’une rue à l’autre, en discrète admiration devant ce spectacle, si banal pour la population locale. Pendant 2h, je ne croise pas un seul touriste ! Les locaux me regardent souvent d’un drôle d’œil ; quelques un me disent discrètement bonjour et je ne réussis à entrer en conversation qu’avec une poignée seulement. Comme à Zumbahua, il est clair qu’ils ne sont pas habitués à voir défiler des gringos dans leurs rangs.

Quelques scènes me révulsent ou me dérangent… De bon matin, la vision d’un cochon entier, cuit et baignant dans son jus, n’a vraiment rien de ragoûtant… Les viandes sont manipulées sans gants et sans réelle précaution quand à la propreté. Beurk ! Des femmes vendent des poulets ou des cochons d’Inde vivants séquestrés dans des filets à mailles, entassés les uns sur les autres. Pauvres bêtes…

L’après-midi est réservée comme prévu à la découverte du belvédère de Winchus. 13h30 : après un petit loupé sur la réservation du taxi (Carlos nous sauve heureusement le coup!), Paul, Catherine et moi grimpons dans un taxi qui nous conduit après deux heures de route non asphaltée et de paysages grandioses au niveau de ce fameux point de vue. Carlos ne s’y est pas trompé : le panorama est splendide, magnifié par les pics qui émaillent en toile de fond la Cordillera Blanca.

Le Huandoy émerge derrière la colline, Caraz

Le Huandoy émerge derrière la colline…
Caraz

Relief tourmenté de la Cordillera Negra, Caraz

Relief tourmenté de la Cordillera Negra
Caraz

Une chose m’attriste cependant : les glaciers sont à l’évidence en train de disparaître à petit feu. On voit clairement apparaître au pied de ces géants les zones qu’ils recouvraient il y a peu… Le réchauffement climatique a mis à nus plusieurs centaines de mètres d’une roche rugueuse et grisâtre, abrasée par l’action séculaire de ces machines vivantes. Encore quelques siècles (décennies ?) à ce rythme et il faudra rebaptiser la cordillère (la Cordillera Gris peut-être, la Negra existant déjà…).

Nous passons un col à plus de 4000 m puis redescendons de l’autre coté, sur une route cette fois-ci asphaltée qui serpente comme un diable sur le versant. Nous atteignons rapidement le site des puyas raymondi : plantes géantes de la famille des Broméliacées pouvant atteindre une hauteur de 12 m et produisant en fin de vie une inflorescence regroupant 8 à 10 mille fleurs (floraison qui marque la mort de la plante). Malheureusement, la floraison est passée depuis longtemps et il ne subsiste que quelques inflorescences fanées. Les immenses touffes de feuilles acérées comme des couteaux valent cependant à elles seules le détour.

Touffe de feuilles acérées d'un puya raymondi, Winchus, Caraz

Énorme touffe de feuilles acérées d’un puya raymondi (le mouton donne l’échelle…)
Winchus, Caraz

Nous faisons plusieurs arrêts lors de la descente pour prendre des photos. Il est aux environs de 18h lorsque le taxi nous dépose à l’hostal. Ce tour nous as coûté en tout et pour tout 130 soles (partagés en trois) mais ça valait vraiment le coup…

Caraz, nichée au pied de la Cordillera Blanca, Vue depuis la route de Winchus

Caraz, nichée au pied de la Cordillera Blanca
Vue depuis la route de Winchus

Impressionnant relief, Campagne entre Caraz et Yungay

Impressionnant relief cultivé !
Campagne entre Caraz et Yungay

Je dîne ce soir au restaurant Entre Panes, près de la Plaza de Armas, en compagnie de mes deux compagnons d’un jour.

Demain, je pars pour la Laguna Parón, située à une trentaine de kilomètres au-dessus de la ville de Caraz. Une grosse journée en prévision !

Caraz, 14 juillet 2014

Je pars ce matin avec le VTT de Carlos qu’il ma gentiment prêté pour me rendre à la Laguna Parón et surtout en redescendre. Je rejoins peu avant 7h le petit terminal de colectivos pour Parón et trouve rapidement un véhicule pour nous mener, mon vélo et moi, jusqu’au pied de la quebrada d’où je vais devoir pédaler pour rejoindre le lac ! Le chauffeur ne m’entourloupe pas : 7 soles (2€), c’est bien le tarif usuel. Il installe mon vélo sur le toit du véhicule tandis que le colectivo se rempli peu à peu. Quelques minutes plus tard, nous voilà parti pour une petite heure et demi de montée sur une route non asphaltée et naturellement très sinueuse… Je discute en chemin avec une certaine Maria, dont la mission aujourd’hui est de vérifier l’assiduité des enfants à l’école. En cas d’absentéisme exagéré, les mamans se voient confisquée une aide de 100 soles par mois… Ce système doit être plutôt efficace à mon avis car 100 soles (environ 26 €) ce n’est pas une petite somme par ici…

8h20. Le colectivo me lâche à l’entrée de la route pour la laguna. Je monte en selle et commence à pédaler. J’en sue d’avance : une douzaine de kilomètres pour rejoindre le lac, ça va être dur ! Le chemin est en piteux état et se contorsionne comme un damné au fond de la quebrada, un impressionnant défilé de falaises verticales comme rarement j’ai pu en voir.

Le chemin serpente comme un diable au fond de la Quebrada Parón, Caraz

Le chemin serpente comme un diable au fond de la quebrada Parón
Caraz

Le soleil commence à monter dans le ciel et l’ombre des parois recule avec lui. Je me mets naturellement à chauffer et à transpirer. La pente n’est pas trop prononcée (heureusement) mais j’ai pourtant beaucoup de mal à pédaler. Le vélo est donc souvent à côté de moi, surtout dans les virages en épingle à cheveux. Au kilomètre 25, après une bonne heure et demi de grimpette sur ce régime et seulement 6-7 misérables petits kilomètres parcourus, j’entends une voiture qui approche… C’est un 4×4. Le chauffeur s’arrête à mon niveau et me propose de grimper avec mon vélo sur le toit. L’aubaine ! C’est ainsi sans le moindre effort, sur le toit de l’engin, que je parcours les 7-8 derniers kilomètres. Il m’aurait fallu près de 2h pour les parcourir à pied/vélo ; il ne faut que 20 bonnes minutes au 4×4 pour les avaler. Sensation grisante d’être perché sur un 4×4 avec son biclou, totalement à l’improviste ! Je suis vraiment content aussi car je gagne une heure de temps pour profiter de la balade autour du lac…

10h30. Me voilà fraîchement débarqué à l’extrémité ouest du lac. Je remercie chaleureusement Eric, le chauffeur, qui refuse les 5 soles que je voulais lui donner en échange de son geste. Je confie ensuite mon vélo à un vieux monsieur, en garde de la petite centrale électrique installée à l’entrée du lac et me mets en route. Le première image du lac est un enchantement : un plan d’eau bleu turquoise surmonté par un pic aux formes pyramidales, le bien nommé Nevado Pirámide Garcilazo.

Laguna Parón & Nevado Pirámide de Garcilazo, Caraz

Laguna Parón & Nevado Pirámide de Garcilazo
Caraz

Mon objectif est de rejoindre la tête du lac en empruntant le seul sentier existant (rive droite), puis de monter jusqu’où je pourrai en direction du glacier de l’Artesonraju, situé au fond à gauche de la vallée. J’ai malheureusement peu de temps devant moi : je me suis donné comme objectif d’entamer la descente en vélo vers 15h pour arriver à Caraz avant la nuit. J’ai donc 4h30 pour faire l’aller-retour. J’atteins la tête du lac en 1h environ en me noyant constamment dans ses eaux bleu turquoise ondulant doucement sous le ciel d’Azur… tout en admirant les formes épurées du Garcilazo et les superbes touffes de lupins qui agrémentent tout le parcours.

Lupins en fleurs en rive droite de la Laguna Parón, Caraz

Lupins en fleurs émaillant la rive droite de la Laguna Parón
Caraz

Laguna Parón, Nevado Pirámide de Garcilazo & Glacier Groggi, Caraz

Laguna Parón, Nevado Pirámide de Garcilazo & Glacier Groggi
Caraz

Glacier Broggi, Caraz

Glacier Broggi
Caraz

Quel spectacle ! Je croise peu de monde en chemin. En remontant le ruisseau Parón au-dessus du lac, je tombe sur un campement d’alpinistes, en partance très certainement pour l’Artesonraju. Je quitte le ruisseau pour entamer la montée vers le glacier via un sentier peu marqué. Je croise en chemin une stèle érigée en mémoire de trois alpinistes ayant péri sur l’Artesonraju il y a 8 ans. Ils auraient mon âge aujourd’hui… Même si je ne les connaissais pas, j’éprouve une certaine tristesse. Ces géants de neige et de glace pardonnent rarement un faux pas… Je grimpe piano piano sur la frange d’une moraine, une douleur au genou m’obligeant à réduire la cadence. L’Artesonraju, intégralement recouvert de neige, est sublime.

Un monde minéral glacé et fascinant, Artesonraju, Caraz

Un monde minéral glacé et fascinant
Artesonraju, Caraz

Artesonraju, Caraz

L’Artesonraju, revêtu de ses neiges éternelles…
Caraz

Il est près de 13h lorsque je m’arrête de grimper. Je suis au-dessus d’un petit lac aux eaux turquoises, alimenté par une cascade partiellement gelée, issue des eaux de fontes du glacier. Je remets couche sur couche car la température est glaciale. Je passe de longues minutes à fixer dans ma mémoire la scène. J’aurais adoré monter plus haut mais il faut redescendre. Je refais une pause à la tête du lac car des nuages sont de passage dans le ciel et leurs ombres créent de jolis effets sur le plan d’eau…

Des jeux de lumières splendides, Laguna Parón, Caraz

Des jeux de lumières splendides…
Laguna Parón, Caraz

Je suis de retour à la station hydroélectrique comme prévu vers 15h. Mon vélo m’attend sagement. Je dis au revoir au vieux monsieur puis monte en selle. La descente ne va pas être drôle, contrairement à ce que j’avais espéré. Le chemin est vraiment en mauvais état, m’obligeant à freiner sans arrêt pour éviter les chutes. J’attrape d’ailleurs rapidement mal à la tête tellement ça secoue ! Je croise dans la descente un 4×4 des secours en montagne. Ils me demandent si je n’aurais pas aperçu deux alpinistes américains en me baladant… Ils n’ont visiblement pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. C’est mauvais signe : l’issue est souvent fatale dans des cas pareils… L’ombre s’empare de la quebrada pendant ma descente et la température chute drastiquement. Je renfile coupe-vent, bonnet et gants pour poursuivre ce petit calvaire. Je retrouve heureusement le soleil et une route en meilleur état dès la sortie de la vallée. Je quitte le monde sauvage pour le monde cultivé. Je croise toute une série de petites communautés en plein travail dans les champs, nommés ici chacras. On cultive ici beaucoup les fleurs, et les œillets plus particulièrement. Je me fais régulièrement courser par des chiens. Les plus petits sont généralement les plus teigneux… L’une de ces saletés m’agrippe même la chaussure à un moment… J’aurais été à pied, il se serait soit pris un bon coup de pied au derrière, soit un caillou sur le pif !

Mon estimation était bonne : il me faut bien trois heures pour rejoindre la ville de Caraz et retrouver avec le plus grand des plaisirs le bitume ! J’ai un peu le sentiment de rentrer chez moi lorsque j’arrive à la porte de l’hostal. La petite aiguille a presque fait le tour du cadran depuis mon départ ce matin. Exténué par cette journée, j’ai bien mérité une douche chaude et un bon resto. Je retourne à Entre Panes, près de la place, pour m’offrir un pollo a la plancha (poulet grillé), accompagné de frites, de riz et d’un bon jus de maracudja.

Fin d’une belle et riche journée. Demain matin, je dirai au revoir à Caraz pour me rendre à Huaraz où j’essaierai de trouver le moyen de partir pour un trek dans la Cordillera Huayhuash. Cet hostal et son accueil exemplaire vont me manquer…

 

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10 commentaires

  1. Que de couleurs, que de visages inconnus, que de paysages formidables que tu nous offres, c’est magnifique…. Que d’efforts aussi, car visiblement, tu ne ménages pas ta peine, fais attention à toi surtout. Merci encore de ce superbe récit. Ppjojo

  2. Kathrin Glauser

    Hola Nicolas
    Con mucho interés leímos tu articulo sobre la estancia en la región de Caraz. Que duro la subida a la laguna Parón. Estamos curioso por saber como te fuiste en la Cordillera Huayhuash.
    Kathrin y Paul

  3. Que du rêve pour nous, profite un max et viens tout nous raconter bisous!!!!!!!!!!!!

  4. Hello Nico !
    Splendide ! Impressionnant !
    Encore une fois, MERCI de nous faire partager ton voyage.
    Bonne continuation et à bientôt !
    Gros bisous
    Nad

    • Coucou Nadège, merci pour ce commentaire, ça met du baume au coeur ! Des bisous tout plein depuis Cuzco dont les charmes me font rester un peu plus longtemps que prévu…

  5. Nico,… que dire à part que tu nous fais voyager ! Tu décris et écris tellement bien les choses qu’on se les imagine au fil de la lecture… et les photos sont juste magnifiques ! Tu dois en prendre plein les yeux ! Tu pourrai même en faire un livre lol 😀 profites bien de tous ces moments qui seront, c’est sûr, inoubliables.. gros bisous de nous 3
    charlotte

    • Coucou Cha, c’est gentil ce petit mot. J’espère que ma petite cousine se porte comme un charme (et toi aussi !). Des bisous tout plein

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