La Isla del Sol, perle du Titicaca

Yumani, 22 août 2014

7h30 : Je quitte Puno et le Pérou où j’aurai passé en tout et pour tout un mois et demi (pile poil !). Le bus contourne le Titicaca en longeant sa rive ouest. Ce lac est vraiment immense, une véritable mer intérieure, au même titre que la Mer Morte… Lac, mer ? Il n’est pas salé, voilà probablement pourquoi il ne peut prétendre au titre de mer. Nous atteignons la frontière bolivienne vers 9h45. Je passe faire tamponner le formulaire de sortie au poste de Police Judiciaire puis mon passeport à l’Immigration. C’est officiel, j’ai quitté le Pérou ! Je traverse la frontière, délimitée par un arc en pierres, et reçoit le tampon d’entrée sur le territoire bolivien. J’ai 30 jours devant moi. Si jamais j’envisageais de rester plus longtemps sur le territoire, il me faudrait demander une prolongation de séjour dans l’une des principales villes du pays (acte gratuit). Le bus repart vers 10h30, après que chaque passager ait accompli les formalités de sortie et d’entrée.

Je débarque à Copacabana vers 11h, petite ville sans grand charme bondée de touristes… Première étape : avancer ma montre d’une heure ! Je ne suis plus décalé que de 6h par rapport à la mère patrie. Je dois ensuite changer mes derniers soles contre des bolivianos, la nouvelle monnaie avec laquelle je vais devoir me familiariser. J’obtiens 336 bolivianos contre les 140 soles que j’avais encore en poche (le taux de change est actuellement de 2,40 Bs. pour 1 sol) : un euro correspond grosso modo à 10 bolivianos, un dollar à 7 bolivianos. Les billets ont des couleurs bien distinctes ; c’est pratique pour les repérer rapidement dans le porte-monnaie. On dirait qu’ils sortent tout droit d’un jeu de société… Apparemment, les faux-billets sont peu courants ici (contrairement aux soles que tout le monde inspecte avant de les accepter) et faciles à détecter. Tant mieux !

J’ai décidé de filer directement sur la Isla del Sol, une île qui m’a été chaudement recommandée depuis le début de mon voyage. Mon arrivée par le bus coïncide parfaitement avec le prochain départ vers l’île (13h30). L’aller en bateau coûte 20 Bs., soit environ 2€. Je passe retirer des bolivianos au distributeur pour compléter mon pécule puis me pose dans un snack (Snack 6 de Agosto) recommandé par mon guide. Mais là, zéro pointé pour le restaurant (et le guide !). Une truite franchement dégueulasse ! Je paye le repas 15 Bs., à contrecœur. Je n’y reviendrai pas, c’est clair.

J’essaie de trouver à manger en prévision des jours à venir, pour le pique-nique du midi notamment. Mission difficile : toutes les boutiques vendent exactement les mêmes produits, essentiellement des gâteaux secs bourrés d’huile de palme (on finit par en être dégoûté à force), des chips, des boissons gazeuses, quelques bananes ou des pommes sans goût importées de je-ne-sais-où… Les marchés de fruits et légumes équatoriens, riches en couleurs et en variétés, me manquent. Je ne trouve ni pain ni thon qui me permettrait de faire un semblant de pique-nique. Je trouve les prix par ailleurs plutôt chers… Je m’attendais à une baisse sensible par rapport au Pérou mais suis loin de l’observer ici. Copacabana ne m’inspire décidément pas. Petit coup de mou, j’accuse une légère baisse de moral.

13h : Je me poste sur le port pour attendre le bateau. Il y a beaucoup de monde, trop à mon goût naturellement. Tout autour de moi, on parle français, anglais, espagnol, italien, allemand… Des backpackers (routards) pour la plupart, munis tout comme moi de leurs deux sacs (un devant, un derrière). Je suis un peu en mode « ours » et reste dans mon coin à observer les uns et les autres. Quand le moral n’est pas bon, difficile d’être ouvert et d’aller vers les autres… 13h30 : Je vois une queue se former devant un bateau amarré à l’un des pontons. Je me presse de rejoindre la file, un peu tendu car la structure ne m’a vraiment pas l’air solide (de simples planches de bois usagées grossièrement clouées à de maigres poteaux…). Nous sommes plusieurs dizaines sur le ponton. Et si il s’effondrait ? Ce serait bien sûr une catastrophe car j’ai avec moi mes deux sacs et tout le matériel électronique à l’intérieur… Je pensais qu’il y aurait plusieurs bateaux pour embarquer tout ce monde mais non. On va être serré ! Ça promet sur l’île…

Une heure et demie plus tard, je débarque sur la Isla del Sol. J’ai choisi de me rendre directement à l’hostal Inti Kala, recommandé par mon guide de voyage. Je dois, pour cela, grimper jusqu’en haut de la colline en empruntant l’escalier des Incas. Chargé comme je le suis, avec les effets de l’altitude – je dois grimper jusqu’à plus de 4000 m soit envion 200 mètres de dénivelé -, la montée est vraiment éprouvante. J’atteins l’hostal après 20 bonnes minutes en demandant régulièrement mon chemin aux habitants que je croise et en suant à grosses gouttes. La récompense après cet effort intense est de taille : la vue depuis le haut du village est absolument splendide. Le panorama s’étire sur près de 180° et offre un tableau somptueux sur les eaux placides du lac Titicaca. A l’horizon, des collines ocres au doux relief s’étalent tout autour du lac. Une presqu’île ponctuée d’un sémaphore complète cette toile qui n’appelle qu’à une seule chose, la contemplation. L’effort en valait vraiment la peine. Je sens que je vais me plaire ici. Le moral fait un énorme bon en avant !

Un petit massif enneigé apparaît dans le lointain, vers l'Est, Yumani, Isla del Sol

Un petit massif enneigé apparaît dans le lointain, vers le Sud-Est
Isla del Sol

La Cordillère Royale s'étire magistralement au sud-est du lac, Isla del Sol

La Cordillère Royale s’étire magistralement au sud-est du lac
Isla del Sol

Ma première impression en découvrant l’hostal Inti Kala est excellente ; je choisis d’y rester. La chambre avec vue sur le lac, salle de bain privée, lit double et petit-déjeuner inclus est à 90 Bs. (9€). Le prix me semblant correct, je ne tente pas de négocier (je le ferai le lendemain car j’ai décidé de rester deux nuits de plus et qu’une ristourne me semble de rigueur…). J’abandonne mon gros sac et file explorer les environs du village. La vue de l’autre côté de l’île vaut aussi son pesant d’or : on voit se dessiner parfaitement à l’horizon les pics enneigés que je pouvais déjà apercevoir au loin depuis les îles Taquile et Amantani… Je parcours une petite boucle en coupant à travers des terrasses agricoles desséchées et en passant par le point haut de l’île, où un belvédère a été construit. Je croise en chemin un australien en vadrouille à durée indéterminée… On discute un petit moment tout en marchant. Mon anglais n’est pas trop rouillé ; que j’ai hâte d’attérir au pays des kiwis pour blablater dans la langue de Shakespeare à longueur de journée !

Je tombe au nord du village sur une femme aux grandes nattes jointes par de jolis pompons. Elle est à l’évidence en train de chercher quelque chose… Son nom est Luisa et elle a perdu la trace de ses trois ânes, lâchés ce matin sur les terrasses en contrebas du village. Je décide de l’accompagner dans sa recherche, tout en discutant un peu avec elle. Il est 18h. Le soleil décline dans le ciel et ne tardera pas à se coucher. Nous croisons d’autres locaux en train de reconduire leurs bêtes vers leurs quartiers nocturnes. Partager un petit bout de leur quotidien n’a pas de prix. Nous finissons par retrouver la trace des trois bêtes de sommes de Luisa, en train de brouter tranquillement sur une terrasse. Hop, hop, on remonte les petits ! Je m’arrête à plusieurs reprises dans la montée pour prendre des photos. Luisa me sème, je ne la reverrai plus…

Mais que cherche donc cette femme, Yumani, Isla del Sol

Mais que cherche donc cette femme ?
Yumani, Isla del Sol

Luisa, à la recherche de ses trois ânes perdus de vue, Yumani, Isla del Sol

Luisa, à la recherche de ses trois ânes perdus de vue…
Yumani, Isla del Sol

Je dîne ce soir avec un couple de coréens forts sympathiques rencontrés à l’hostal : la belle Mi Young et son mari Wook Bae. Ils ont déniché une adresse d’exception à Yumani : Las Velas, un petit restaurant situé un peu à l’écart du village, face au Titicaca. Il n’est éclairé qu’à la lumière de quelques bougies disposées sur les tables. Ambiance romantique à souhait ! Pablo, chef cuisinier et propriétaire du restaurant, travaille seul et sans électricité dans sa toute petite cuisine. Nous devons attendre une bonne heure l’arrivée de nos plats mais le résultat en vaut franchement la peine. Je déguste une délicieuse truite du lac, cuite au four (papillote) dans un jus à base de vin rouge, accompagnée d’une généreuse assiette de légumes (chou-fleur, brocolis, carottes) et de quinoa. Je me délecte autant du repas que de la compagnie de Mi Young et de ses superbes traits asiatiques. Wook Pae, qui ne maîtrise à l’évidence pas très bien l’anglais, reste en retrait. Nous quittons le resto vers 21h dans le froid sous un ciel magnifiquement étoilé et rejoignons l’hostal à la lumière de nos frontales.

Je me couche heureux, bercé par un calme olympien.

Yumani, 23 août 2014

7h : Je me réveille, frais et dispos après une longue nuit de sommeil. J’ai dormi dans mon sac de couchage pour être sûr d’avoir suffisamment chaud. Avec le froid qui règne sur l’île pendant la nuit, pas sûr en effet que les seules couvertures auraient suffi… Je file prendre mon petit-déjeuner à la table de l’hostal, après m’être donné un bon coup de tondeuse à cheveux. C’est le deuxième rafraîchissement que j’opère depuis mon départ le 14 juin. Qu’est ce que ça fait du bien !

Je passe une bonne partie de la matinée sur mes photos et mon journal, posé devant le fabuleux panorama qui fait face à l’hostal. Mon dieu que c’est beau et paisible !

Panorama visible depuis ma fenêtre de chambre : j'ai vu pire, Yumani, Isla del Sol

Panorama visible depuis ma fenêtre de chambre : j’ai vu pire…
Yumani, Isla del Sol

Mais je ne vais pas rester assis là toute la journée ! Ce paysage m’appelle. Je décide de partir randonner aujourd’hui jusqu’à l’extrémité du bras de l’île situé face l’hôtel (visible depuis ma fenêtre de chambre), qui me fait de l’œil depuis mon arrivée. J’apprendrai un peu plus tard qu’on l’appelle ici Wich’inc’ha (La Queue). J’estime à vue d’œil – je n’ai pas de carte – l’aller à deux bonnes heures de marche en y allant piano piano. Il fait un temps absolument splendide, presque estival si on oublie la température frisquette de ce matin…

12h : Je passe prendre une pizza dans un petit resto situé à deux pas de l’hostal et déguste ma pitance en terrasse, face au panorama, tout en discutant avec deux libanais installés juste à côté. J’apprends que le Français est régulièrement parlé dans ce petit pays de l’arc méditerranéen dont je ne connais pas grand chose si ce n’est son fameux Cèdre…

Port de plaisance secondaire, à l'ouest du village, Yumani, Isla del Sol

Port de plaisance secondaire, à l’ouest du village
Yumani, Isla del Sol

Une petite demi-heure plus tard, me voilà parti pour ma balade. Je suis un chemin longeant le versant ouest du corps de l’île. Il me faut débourser 15 Bs. pour accéder aux parties médiane et sud de La Isla del Sol. Tiens, ce droit d’entrée me rappelle vaguement l’accès aux différentes tronçons du trek de Huayhuash… Je quitte le chemin principal pour bifurquer à gauche sur un sentier descendant gentiment vers la rive du lac. J’aperçois en contrebas deux personnes en train de farfouiller minutieusement dans les eaux peu profondes près de la berge. Je me demande bien ce qu’ils sont en train de pêcher… Je traverse un peu plus loin l’anse séparant la pointe du corps principal de l’île. Trois locaux sont en train de bêcher la terre à l’aide d’une sorte de grosse griffe que je n’ai encore jamais vue. Je demande mon chemin à l’un d’entre eux ; juste un prétexte pour engager la discussion. J’avoue cependant être un peu mal à l’aise car je me promène alors que lui travaille durement… Ne voulant pas trop le déranger dans sa tâche, je ne m’étale pas en palabres et poursuis rapidement mon chemin. Je croise 200 mètres plus loin un homme en train de récolter depuis sa barque des joncs pour, je présume, nourrir ses bêtes. Il est accompagné de son fils qui me regarde en souriant. Je demande à ce monsieur l’autorisation de le photographier. Il accepte gentiment. Je m’amuse à observer quelques vaches les pieds dans l’eau, en train de brouter paisiblement les roseaux du lac.

Récolte des joncs du lac pour nourrir le bétail, Isla del Sol

Récolte des joncs du lac pour nourrir le bétail
Isla del Sol

Qu'est-ce t'as toi à me regarder quand je mange, Isla del Sol

Qu’est-ce t’as toi à me regarder quand je mange !
Isla del Sol

Juste à côté, deux jeunes filles se baignent toutes habillées dans les eaux glacées du lac, sans montrer le moindre frisson (je me retiens de prendre la photo, craignant une mauvaise interprétation de mon geste…). Les locaux ont vraiment une grande tolérance au froid ! J’en suis grosso modo à la moitié du chemin et cela fait un peu plus d’une heure que je suis parti ; mon estimation du temps de marche m’a l’air correcte. Je remonte vers l’échine de la presqu’île en coupant à travers des bosquets d’eucalyptus. Cette essence, importée d’Australie, a été abondamment plantée sur l’île pour pourvoir aux différents usages qui en sont fait, dans la construction notamment. C’est pour ainsi dire la seule essence d’arbre que l’on rencontre ici. Cette partie étroite de l’île est vraiment très sèche, hébergeant seulement quelques espèces croissant péniblement sur un sol très rocailleux.

Des bosquets d'eucalyptus ponctuent régulièrement l'île, Isla del Sol

Des bosquets d’eucalyptus ponctuent régulièrement l’île
Isla del Sol

J’évolue sur la crête en enchaînant quelques petits dénivelés. Rien de bien méchant mais, à cette altitude, l’effort est plus intense. J’aperçois un condor faisant sa ronde au-dessus de ses terres. Quel voilier hors pair !

Le Condor, un voilier hors pair, Isla del Sol

Le Condor, un voilier hors pair
Isla del Sol

15h15 : J’atteins le sémaphore posé à l’extrémité de la pointe. J’ai bien mérité une petite pause. Mes pieds dans l’eau (pas bien chaude en effet), je savoure l’instant. Agréable sensation d’avoir atteint un petit bout du Monde… Je couche ensuite sur le papier mon début de journée au son du clapotis du lac. Pas un bruit incongru ne vient parasiter mes pensées. Quel beau moment d’exception !

16h : Je commence à rebrousser chemin. Quatre vautours survolent à présent la presqu’île à basse altitude. Je n’aimerais pas être leur proie… J’ondule une bonne heure et demie sur la crête qui présente de jolis à-pics rocheux.

Pointe Wich'inc'ha (La Queue), Isla del Sol

Pointe Wich’inc’ha (La Queue)
Isla del Sol

Le soleil décline rapidement dans le ciel. Me dirigeant vers le nord-ouest, je l’ai en pleine face pendant toute la progression vers le point haut de cette partie de l’île (Cerro Chequesani, 4076 m). Plutôt qu’un simple aller-retour, je décide de réaliser une boucle en rejoignant le chemin principal parcourant l’île du nord au sud. Il ne me reste alors plus qu’à suivre ce fil d’Ariane jusqu’à l’hostal.

Cordillère Royale observée en fin d'après-midi, Isla del Sol

Cordillère Royale observée en fin d’après-midi
Isla del Sol

Pointe Wich'inc'ha, léchée par les rayons du soleil couchant, Isla del Sol

Pointe Wich’inc’ha, léchée par les rayons du soleil couchant
Isla del Sol

Qu'il est grisant d'admirer le chemin parcouru jusqu'à la pointe, Isla del Sol

Qu’il est grisant d’admirer le chemin parcouru jusqu’à la pointe !
Isla del Sol

J’atteins l’hostal peu avant le coucher du soleil, après un peu plus de 6h de marche. Ravi de la soirée que j’ai passé hier chez Pablo, je retourne dîner au restaurant Las Velas. J’y retrouve Mi Young et Wook Bae en train de manger en compagnie d’une troisième personne qu’ils ont dû rencontrée aujourd’hui. Préférant ne pas les déranger ce soir, je m’installe seul à une table et commande un filet mignon à Pablo… Je profite du temps de préparation pour écrire, à la lumière d’une bougie. Je me régale à nouveau du plat préparé par le chef. Une valeur sûre ce resto !

Fin d’une belle et riche journée.

Yumani, 24 août 2014

Deuxième réveil au paradis… La pointe, où j’ai posé mon drapeau imaginaire hier après-midi, est toujours aussi belle dans la douce lumière du matin.

La Pointe, entourée des eaux paisibles du lac Titicaca, Isla del Sol

La Pointe, entourée des eaux paisibles du lac Titicaca
Isla del Sol

10 h : Je me mets en route pour arpenter le corps principal de l’île après avoir acheté de quoi pique-niquer. Objectif : rallier l’extrémité nord de ce confeti aux contours biscornus. Je repasse le point de contrôle mais contrairement à hier, poursuis sur le chemin principal, véritable colonne vertébrale de l’île.

La colonne vertébrale de l'île : un très joli chemin de pierres, Isla del Sol

La colonne vertébrale de l’île : un très joli chemin de pierres
Isla del Sol

Je rencontre en cours de route Laure, une toulousaine de 30 ans en vacances depuis trois semaines au pays des lamais et du condor. Nous marchons ensemble jusqu’à atteindre les ruines situées au nord de l’île (labyrinthe et table de cérémonie). Après m’être extasié au cœur du Machu Picchu, j’avoue que ces ruines n’attisent pas beaucoup mon intérêt. La faim se fait sentir et je décide de me poser près du site pour avaler la boîte de thon et les quelques petits pains que j’ai achetés ce matin. Laure, que j’avais perdue de vue, vient se joindre à moi. Fous rires au menu ! Pendant notre pause pique-nique, nous assistons en direct, bien malgré nous, à une scène très cochonne (!) perpétrée par deux bêtes roses à la queue en tire-bouchon…

Ruines (labyrinthe) dans la partie nord de l'île, Isla del Sol

Ruines (labyrinthe) dans la partie nord de l’île
Isla del Sol

12h30 : Je repars, seul, pour rejoindre l’extrémité de la pointe nord de l’île. Les touristes empruntant presque tous le chemin principal, cette partie hors sentier est déserte. J’ondule au milieu des herbes desséchées jusqu’à atteindre le cap nord de l’île. Il fait face à un joli petit îlot dont j’ignore le nom. Je rebrousse chemin puis entame le retour vers Yumani, en empruntant le chemin qui longe le flanc est de l’île. Le lac Titicaca ressemble vraiment, en tout point, à une mer, avec ses anses aux eaux transparentes, ses plages de sable fin et ses vagues… Certaines parties de l’île m’évoquent la Corse et ses petites criques sauvages au creux desquelles j’aimais tant me balader… D’énormes cordons de roche blanche fortement inclinés parcourent l’île du nord au sud. 

Anse aux eaux transparentes dans la partie nord de l'île, Isla del Sol

Un petit air de l’Île de Beauté…
Isla del Sol

Un accès de turista – je n’en ai pas parlé jusqu’à présent mais oui, j’ai « attrapé » de temps en temps cette affection bien connue du touriste en vadrouille loin de chez lui – m’oblige à dévier de mon itinéraire pour satisfaire un besoin urgentissime… Rien de bien méchant, on évacue loin des regards et c’est reparti !

J’atteins vers 15h le village de Challapampa, bâtie sur l’isthme reliant une presqu’île – et là encore, zut, j’ai oublié son nom ! – au corps de l’île, en faisant quelques digressions en chemin. Adorant me rendre au bout du bout, je décide de rejoindre la pointe de la presqu’île, située à une petite demi-heure de marche du village. Je ne rencontre en chemin que vaches, ânes, lamas et brebis, accompagnées de leurs tout petiots. J’éclate de rire en voyant un agneau de quelques jours s’agenouiller pour brouter tellement il est haut sur ses pattes… Ces adorables peluches bêlent comme de vrais bébés et courent se réfugier dans les jupons de leur mère dès qu’ils la perdent de vue.

Une magnifique plage de sable fin, Challapampa, Isla del Sol

Une magnifique plage de sable fin…
Challapampa, Isla del Sol

Un bel eucalyptus isolé sur la rive, près du village, Challapampa, Isla del Sol

Un bel eucalyptus isolé sur la rive, près du village
Challapampa, Isla del Sol

Les rives du Titicaca sont loin d’être sans vie. J’observe avec délice tout un cortège d’oiseaux d’eau en train de mener tranquillement leur vie sur les rives du lac : canards, grèbes, poules d’eau, blongios, chevaliers… où ce qui s’y rapprochent d’après mes quelques connaissances en ornithologie. Les massifs de joncs bordant les berges du lac sont à l’évidence leur refuge.

Anse tranquille près du village, Challapampa, Isla del Sol

Anse tranquille près du village
Challapampa, Isla del Sol

Je rallie une petite heure plus tard Challa, village situé dans la partie médiane de l’île, puis entame la remontée vers Yumani. J’aperçois ça et là des lessives entières en train de sécher sur les rives du lac. L’eau étant rare sur l’île, nombreux sont les habitants à laver leur linge directement dans le lac !

L'eau étant rare sur l'île, on fait souvent sa lessive directement dans le lac, Challa, Isla del Sol

L’eau étant rare sur l’île, on fait souvent sa lessive directement dans le lac !
Challa, Isla del Sol

Je croise en chemin plusieurs troupeaux d’animaux conduits par leur propriétaire, parfois par des enfants. Je me délecte d’assister en direct au quotidien des habitants de l’île, comme ramener un fagot de branches d’eucalyptus pour faire la cuisine ou reconduire les troupeaux vers leurs quartiers nocturnes… J’aimerais beaucoup photographier ces scènes si authentiques mais je sens des réticences, exprimées (sans animosité) ou pas. La plupart resteront dans ma mémoire… Je parviens malgré tout à immortaliser, de dos, ce vieil homme en train de mener son petit troupeau vers Challa.

Vieil homme reconduisant ses bêtes au bercail, Challa, Isla del Sol

Vieil homme reconduisant ses bêtes au bercail
Challa, Isla del Sol

Je finis par boucler la boucle peu après 17h en rejoignant le point de contrôle franchi ce matin. L’hostal n’est plus très loin… Je ne m’y rends cependant pas tout de suite, préférant bifurquer vers l’une des pointes situées en contrebas du village de Yumani. Faire du hors sentier sur cette île est vraiment facile, la végétation étant souvent rase et éparse. J’atteins deux cents mètres plus bas une petite anse peuplée d’oiseaux d’eau qui batifolent paisiblement dans la douce lumière de fin d’après-midi.

Un immense cordon de roche blanche traverse toute l'île du nord au sud, Isla del Sol

Un immense cordon de roche blanche traverse toute l’île du nord au sud
Isla del Sol

Massif de jonc baigné par la douce lumière du soir, Yumani, Isla del Sol

Massif de jonc baigné par la douce lumière du soir…
Yumani, Isla del Sol

Je traverse une petite plage puis remonte de l’autre côté en direction du village en empruntant la crête délimitant l’anse au sud. Une bonne grimpette de 200 m qui fait du bien aux mollets, aux cuisses… et au cœur qui doit pomper plus fort que d’habitude ! J’arrive à l’hostal vers 18h15, juste après le coucher du soleil. Je viens tout de même de marcher plus de 8h presque sans discontinuer… Une belle rando rendue assez physique par les petits dénivelés accumulés à près de 4000 mètres d’altitude !

Une bonne douche et me voilà ressorti pour profiter une dernière fois de l’atmosphère et de la délicieuse cuisine du restaurant Las Velas. Je suis étonné et ravi de trouver Pablo seul ce soir. Je suis son seul client. Ma chance, j’ai le chef pour moi tout seul ! Nous discutons un petit moment avant qu’il ne file dans sa minuscule cuisine pour préparer les deux truites au four que je lui commande. Je déguste pendant ce temps-là un bon verre de vin provenant de la région de Tarija (sud de la Bolivie), tout en commençant à raconter cette superbe journée à mon journal.

Pablo m’apporte une bonne demi-heure plus tard deux truites en papillote accompagnées d’une généreuse assiette contenant quinoa, choux-fleur, brocolis et carottes. Un pur délice ! Je prends mon temps pour savourer pleinement ce repas. Je me ferai un plaisir de recommander la cuisine de Pablo aux gens que je vais rencontrer dans les semaines à venir, c’est clair ! La soirée se poursuit par une discussion très intéressante avec le chef sur des sujets divers et variés. Il fait de temps en temps des fautes de genre en Castillan ; pas étonnant puisque sa langue maternelle est l’Aymara, langue qui a précédé le Quechua avant l’arrivée des Incas. Il m’offre à la fin de la soirée un petit drapeau arc-en-ciel Wiphala représentant les Amérindiens de Bolivie. Vraiment sympa ce Pablo !

La photo n'est pas terrible... contrairement au repas préparé par Pablo, Yumani, Isla del Sol

La photo n’est pas terrible… contrairement au repas préparé par Pablo !
Yumani, Isla del Sol

22h : Je quitte le restaurant avec Pablo sous un magnifique ciel étoilé. J’aperçois au sud quatre étoiles assez brillantes formant un losange : la Croix du Sud veille dans la partie du ciel qui lui a donné son nom. Elle est mon seul repère sur cette voûte céleste où je suis perdu… Nos étoiles et nos constellations dans le Nord sont bien différentes… et n’ont rien à envier à l’Hémisphère Sud d’après moi !  Je rejoins l’hostal à la frontale dans une rue désertée à cette heure tardive puis me glisse dans me sac de couchage, sous une bonne épaisseur de couvertures. Morphée n’a pas besoin de me bercer ce soir…

Bookmarquez le permalien.

6 commentaires

  1. Toujours aussi magnifique ! Ton blog est comme une bouffée d’oxygène hors du temps. Une bulle de paix dans nos vies au rythme frénétique !
    Merci de continuer à nous faire rêver et voyager à tes côtés.

    Espero que todo te vaya bien.
    Besitos

  2. Toujours superbe !!
    Toujours autant de belles photos, de beaux textes et de belles envies de te suivre dans ta belle aventure !
    Abrazos muy fuertes y cuidate Guapo !

  3. C’est magnifique, surtout la photo du vieux monsieur en noir et blanc. Je suis en extase devant le respect que tu portes aux gens que tu croises quand tu les photographies. On sent ce respect dans le regard qui passe par l’objectif. Je t’aime mon fils et je suis très fière de toi.

  4. Magnifique, comme d’habitude…
    Bonne route à toi mon Nini…
    Enormes bisousssss… A bac…

  5. Precioso artículo, Nico, sobre la isla del Sol que Pilar y yo no pudimos visitar por falta de tiempo (tuvimos que estar con el amigo drogado y que casi se muere casi cinco días entre el hospital de Tupiza y el hotel Mitru). Sí que visité en su día la isla Taquile, en la parte peruana. Me encantó su atmósfera indígena y sus maravillosas vistas sobre unos Andes nevados.

    Ah, en Taquile estaban contentos porque tenían luz eléctrica por primera vez gracias a la instalación de paneles solares.

    Un abrazo y buen viaje,

    Ricardo.

  6. Absolument magnifique le condor !!!
    Des paysages et des couleurs à couper le souffle ! C’est trop beau ! Merci, merci, merci à toi Nico de nous faire partager ces merveilles.
    Prends soin de toi et à très vite !
    Gros bisous
    Nad

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