La Quebrada de Humahuaca

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo (affaire à suivre très prochainement) et des photos que j’avais prises les deux semaines qui ont précédé, je ne peux malheureusement illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

Humahuaca, 10 septembre 2014

9h30 : Je quitte le confort de l’hôtel Mitru, où je me sentais presque comme chez moi, en compagnie du quatuor avec qui j’ai dîné hier soir. Je serais bien resté encore une journée à profiter des commodités de l’hôtel et de la douce atmosphère de Tupiza, mais il faut que j’avance ! Direction : la gare routière, située à seulement quelques minutes de marche de l’hôtel. Nous partons tous pour Villazón, petite ville pelotonnée contre la frontière, tout comme son homologue argentin, La Quiaca, notre porte d’entrée en Argentine !

Nous nous faisons alpaguer dès notre arrivée par des rabatteurs répétant inlassablement leur mantra : « Villazón, Villazón, ya sale Villazón » ! Frénétiques, ils nous sautent presque dessus pour nous conduire vers leur combi, un peu comme si nous étions leur aubaine du jour. C’est la première fois que j’observe une telle ferveur chez des rabatteurs ! Nous remplissons cinq sièges ; il faut en combler deux autres pour que notre chauffeur se décide à décoller. Dix minutes d’attente plus tard, nous voilà partis pour une bonne heure de route. Les paysages sont toujours aussi jolis aux abords de Tupiza. J’aurais vraiment aimé passer plus de temps dans cette petite ville pour pouvoir découvrir les merveilles que recèlent ses environs. J’y reviendrai !

Le relief s’adoucit puis s’aplanit franchement à l’approche de Villazón. Le paysage perd tout de suite de son attrait… Notre taxi nous dépose vers 11h à proximité de la gare routière. Avant de passer la frontière, j’ai une chose très importante à faire : me procurer des dollars, beaucoup de dollars ! En effet, le taux de change officiel du dollar américain est actuellement d’un dollar ($) pour 8,4 pesos argentins (ARS) mais la chose à savoir, et qui peut rapporter gros, c’est que le taux sur le marché noir oscille entre 12 et 14 ARS pour 1$, soit 40 à 65% de plus que le taux officiel ! Autrement dit, avec 100 $ sur le marché noir on obtient 1200 à 1400 pesos, alors que dans les bureaux de change on n’obtient pas plus de 800 pesos… D’où l’importance d’apporter beaucoup de dollars avec soi en entrant dans le pays car, bien sûr – et contrairement aux pays que je viens de visiter-, les distributeurs automatiques ne délivrent pas cette monnaie tant recherchée… J’ai en poche l’adresse du seul distributeur de la ville à délivrer des dollars américains. Aucun problème pour trouver la banque, elle se trouve à deux pas de la gare routière. Mais voilà, le distributeur est hors service ! C’est bien ma veine ! Comment je vais faire maintenant pour obtenir ces fichus dollars ?

Je décide de retirer 1500 Bs. (en trois coups, la machine refusant de délivrer des montants supérieurs à 500 Bs.) puis de me rendre dans la Calle Argentina, où abondent les bureaux de change. Je crains un taux médiocre mais ce n’est pas si mal que ça : 7 Bs. contre 1$. Le taux officiel étant de 6,9 Bs. pour 1$, je perds 10 Bs. pour obtenir 100 $. Un petit euro contre 100 dollars, le sacrifice est raisonnable. De toute façon, je n’ai pas le choix. J’échange donc mes bolivianos contre des dollars puis retourne au distributeur pour retirer à nouveau, cette fois-ci 1800 Bs. de manière à obtenir au final un pécule de 500 $. C’est la somme que je compte, peu ou prou, dépenser pendant les deux prochaines semaines en Argentine. Le petit stress de ces allers-retours une fois passé – je balade en effet sur moi de jolies liasses de billets -, je retrouve le quatuor au bureau de l’immigration, côté bolivien. Je fais tamponner mon passeport par les autorités du pays sortant puis fais quelques pas pour me présenter au bureau situé juste à côté pour obtenir le droit d’entrée en Argentine. Un passage de frontière rapide et sans anicroche. Tant mieux !

Mes quatre camarades d’un jour grimpent dans un taxi posté juste après la frontière pour rejoindre la gare routière. Le chauffeur refusant plus de 4 passagers, je décide de me rendre au terminal à pied, sachant d’après la carte de mon guide (vraiment pratique ce guide Footprint !) qu’il n’est pas très loin. J’arrive un petit quart d’heure plus tard et me fait très vite houspiller par les rabatteurs. Tim, Stacey, Sam et Kate sont prêt à embarquer pour Salta. Leur bus, qui est sur le point de partir, passe par ma prochaine destination, Humahuaca. Je me dépêche de mettre mon sac à dos en soute. Pas le temps d’acheter un ticket, je grimpe dans le bus ; je paierai en cours de route. Le hasard faisant bien les choses, je me retrouve au premier étage, à côté de Stacey et Tim, au premier rang. La vue panoramique est franchement un gros plus !

Nouveau changement de fuseau horaire : j’avance ma montre d’une heure. Il est 14h à Buenos Aires !

Le paysage côté argentin n’est plus du tout le même. La route file en ligne droite sur des kilomètres au milieu d’une vaste étendue plane bordée de hautes collines. Le bus s’arrête au bout d’une heure pour un contrôle anti-drogue opéré par la Gendarmería Nacional Argentina (GNA). On nous fait tous descendre du bus, accompagnés de nos bagages à main mais aussi de nos bagages de soute, pour une fouille. Combien de temps ça va prendre tout ce bazar ? Étonnamment, moins que ce que je craignais. Comme la grande majorité des passagers, je ne suis pas retenu bien longtemps ; on fouille à peine mes affaires. Je n’éveille pas les soupçons visiblement. Il va falloir que je m’habitue à ces arrêts impromptus car ce genre de contrôle est fréquent m’a-t-on dit en Bolivie… Nous repartons après « seulement » une petite demi-heure.

16h : Me voilà fraîchement débarqué à Humahuaca, petite ville hébergeant 12 000 âmes, célèbre pour sa superbe quebrada (vallée encaissée) aux couleurs et aux formes incroyables. J’ai décidé de poser mes valises ici pour justement aller observer de mes propres yeux cette merveille. Je décide de poser mes bagages à l’hostal La Antigua ce soir. Quatre-vingt pesos (soit un peu plus de 7€) la nuitée pour un lit en dortoir avec le petit déjeuner inclus ; le prix me semble tout à fait correct. Je suis reçu par Ainitze, une jolie basque dans la trentaine, très accueillante. Elle vit et travaille ici depuis un an. Elle ne vient pas d’Espagne mais de la « partie conquise par l’Espagne ». Ce sont ses mots ; on sent que c’est une basque pure souche, à l’identité nationaliste bien affirmée. Elle utilise le « vos » pour dire « tu », typiquement argentin, et a – je suppose – perdu la « zeta », cette sonorité purement espagnole qui consiste à placer la langue entre les dents, un peu en zozotant, pour prononcer les z et les c. Il n’y a pas grand monde aujourd’hui à l’hostal : un groupe de cinq argentines de Buenos Aires et Sena, une turque qui parle l’espagnol avec un accent étrangement français (qu’elle ne parle pourtant pas). Je dors ce soir dans un dortoir de 6 que je partage avec Sena. Cet hostal a un petit air de maison de famille… je m’y sens bien.

Je dépose mes affaires, distribue mes dollars dans différentes cachettes (dont ma ceinture secrète !) puis file en ville pour me renseigner sur les options existant pour se rendre au « Cerro de los 14 colores » (Montagne aux 14 couleurs), le site d’exception qui m’a conduit à faire escale ici. Il n’y a que deux petites agences ici et toutes les deux proposent un simple transport vers le site pour un prix assez prohibitif, tout du moins si je pars seul. Mon seul espoir est de trouver demain d’autres personnes pour partager le taxi et les frais avec moi… On verra bien si la chance me sourit.

18h : Décidé à garder ma bonne résolution, je pars courir une bonne demi-heure sur une voie de chemin de fer désaffectée, bordée d’arbustes épineux dépouillés de leurs feuilles. Des chiens se mettent à aboyer ça et là sur mon passage. Toute une ambiance !

Je dîne à l’hostal ce soir (dîner préparé par Ainitze) puis raconte en détail à mon journal la journée qui vient de s’écouler… Il est 23h30 : extinction des feux !

Humahuaca, 11 septembre 2014

7h30 : Je me lève puis prends mon petit déjeuner à l’hostal avant de me mettre en quête de trouver un transport pour Uquía, un petit village qu’il me plairait de découvrir, situé à une dizaine de kilomètres au sud d’Humahuaca. Je me balade un peu dans la ville avant de partir et y découvre notamment le monument dédié aux Héros de l’Indépendance. Il trône en promontoire au-dessus de la ville, non loin de la petite place centrale qui ne manque pas de charme. Je dégotte vers 9h45 un bus en partance pour le sud s’arrêtant à Uquía. C’est parfait ! Se déplacer en Amérique du Sud de place en place est si facile !

Je débarque vers 10h à Uquía, petite bourgade construite presque intégralement en briques d’adobe. Le soleil inonde de ses rayons un magnifique ciel bleu. La température est idéale. Je me sens bien, comme un doux matin de printemps ensoleillé… Je visite l’église sans m’y attarder avant de me diriger vers la Quebrada de las Señoritas, une formation rocheuse rouge brique, aux formes d’érosion particulièrement étonnantes. De près, on a l’impression d’être face à d’immenses termitières faites d’innombrables galeries courant de bas en haut. La roche, incroyablement tendre, s’effrite sans peine entre les doigts. C’est très joli mais j’arrive un peu tard. Le soleil est déjà trop haut dans le ciel et la lumière est trop crue… Je me promène une bonne heure et demie dans le massif puis retourne vers le village. Je croise en chemin Pablo, un argentin de Buenos Aires en vacances dans le secteur d’Humahuaca et accompagné d’un ami français que je rencontre un peu plus loin. Trois minutes de discussion et me voilà déjà avec une nouvelle adresse à Buenos Aires. Les argentins sont décidément très accueillants (j’avais déjà obtenu spontanément deux adresses d’argentins rencontrés le jour de mon départ à Paris et Madrid).

Je me poste devant l’abri de bus situé face au village, le long de la Ruta Nacional 9 qui relie Buenos Aires à la frontière bolivienne (2000 km de long !). Il est midi. Étrangement, il y a peu de passages sur cette route… Un bus doit théoriquement passer tôt ou tard mais je décide de faire du stop pour gagner du temps. Bingo ! Une voiture s’arrête dès mon premier lever de pouce ! C’est un taxi. Il me demande 10 pesos pour rejoindre Humahuaca. J’enchéris par un « ¿Cinco? ». Il accepte. Cinq minutes plus tard, je suis de retour dans la petite cité tranquille. Je passe acheter des carottes, des tomates et des mandarines au marché couvert et en fais mon déjeuner tout en discutant avec deux jeunes argentines résidant à l’hostal. A 13h, Carlos, le fils de la propriétaire, m’annonce qu’un taxi part très prochainement pour le Cerro. Mais il est encore bien trop tôt ; la lumière ne sera pas bonne une fois sur place et, sans elle, les couleurs seront fades et mes photos médiocres… Je décline l’offre, en espérant que la chance me sourira un peu plus tard.

Je passe le début de l’après-midi dans mon dortoir. Je suis tout seul à présent, Sena ayant émigré vers la Bolivie ce matin. Je passe un moment très agréable dans « ma chambre », à écrire face à la fenêtre. Vers 15h, je vois un 4×4 se garer devant l’hostal. Yes ! Je sais qu’il vient pour moi et file au-devant du chauffeur. Il emmène un couple d’argentins sur le site et me propose de les accompagner. Ça me semble encore un tantinet trop tôt mais je me dis que l’occasion est trop belle pour la refuser ! «¡Vámonos! Ce service nous revient chacun à 100 soles (au lieu de 300 si je partais seul). Je suis aux anges, je vais enfin pouvoir admirer de mes propres yeux cette merveille géologique.

Il faut une petite demi-heure de piste cahoteuse pour atteindre le belvédère, situé à une altitude respectable de 4300 m ! C’est ébahi que je découvre cette longue enfilade de plissements en dents de scie incroyablement bariolée. Pour une merveille, c’est une merveille ! J’exulte de bonheur en voyant de mes propres yeux cette prouesse de la Nature qui, j’en a l’intime conviction, n’a pas son équivalent autre pas dans le Monde. Moises, notre chauffeur, nous accorde trois petits quarts d’heure pour profiter du panorama. La lumière est encore un peu crue à mon goût mais l’heure est en fait idéale car les ombres commencent à s’étirer sur le relief, ternissant un peu le tableau. Je photographie cette œuvre géante tout en me répétant à haute voix « Mais quelle merveille ! ».

Cerro de los Catorce Colores, une pure merveille géologique ; Humahuaca

Cerro de los Catorce Colores, une pure merveille géologique
Humahuaca (Source : Wikipedia, 2014 – Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International)

17h15 : Nous rebroussons chemin. Il ne faut à notre chauffeur qu’une petite demi-heure pour parcourir les 27 kilomètres nous séparant d’Humahuaca. La piste étant en mauvais état, ça secoue drôlement dans la voiture (qui ne va pas faire long feu avec un traitement pareil) ! De retour à l’hostal, je prends un goûter improvisé en compagnie des cinq étudiantes en médecine. Franches rigolades. Je leur propose de dîner ensemble. Elles acceptent volontiers.

Je retrouve les filles vers 21h30 pour sortir dîner dans le centre d’Humahuaca. Deux de leurs amis nous ont rejoints. S’ensuit une soirée sympathique autour de quelques pizzas. Je suis loin de tout comprendre car les discussions fusent à toute vitesse et je ne suis pas encore habitué à l’accent porteño (de Buenos Aires). La transformation du « ll » et du « y » en « ch » dans tous les mots me perturbe un peu. Par exemple, les gens de Buenos Aires ne disent pas « llamar » (appeler) mais « chamar ». Il faut s’y habituer…

Minuit : Je me glisse dans mon sac de couchage, content de pouvoir enfin rejoindre les bras de Morphée.

Humahuaca, 12 septembre 2014

Je me lève tôt ce matin pour retourner à Uquía et admirer avec la belle lumière du matin la Quebrada de las Señoritas. Je réussis sans problème à trouver un bus en partance pour le sud et arrive vers 8h10 dans le village, soit deux heures plus tôt qu’hier. Ces deux heures de différence changent tout. Le soleil est levé depuis peu et embrase de ses doux rayons les impressionnantes formations rocheuses de la quebrada. Je m’enfonce aujourd’hui beaucoup plus loin dans le paysage, jusqu’à atteindre un canyon très encaissé. Je suis émerveillé par ces formes d’érosion et m’aventure jusqu’où ma curiosité et ma prudence me dictent d’aller. Quelle bonne idée j’ai eue de revenir sur le site ! J’aurais manqué ce paysage de folie sinon… Je suis très prudent dans ma découverte car les parois de la structure sont vraiment très friables et le sol, fait de sables et d’alluvions grossiers, instable et glissant. Étant seul, je n’ai pas très envie de finir enseveli ou de me casser une cheville… Je redouble donc de prudence.

En redescendant le goulot dans lequel je m’étais aventuré, je tombe sur un passage très étroit et très profond. Il n’est pas sans m’évoquer certains canyons en fente que l’on rencontre aux États-Unis (Antelope Canyon étant de loin le plus connu). J’y rentre sans trop de difficulté en jouant des épaules et suis ébahit d’être au cœur de ce goulot creusé au fil des ans par les eaux torrentielles. En ressortant, j’aperçois un rocher coincé entre les parois à 6-8 mètres de hauteur… Cette vision m’évoque immédiatement le film « 127 heures », l’histoire vraie d’un jeune alpiniste américain parti s’aventurer seul dans les canyons de l’Utah et qui, par manque de prudence combiné à de la malchance, se retrouve le bras droit écrasé par un rocher au fin fond d’un canyon en fente pas plus étroit qu’un passage de porte, loin de tout. 127, c’est le nombre d’heures (soit 6 jours et 5 nuits) au bout desquelles, assoiffé et épuisé, persuadé que les secours ne viendront plus, il décide de s’amputer l’avant-bras à l’aide d’un couteau de poche, non sans mal…

Je rebrousse chemin peu avant midi. Je n’ai pas vu l’heure passer tellement j’ai été absorbé par cet endroit. 12h30 : je grimpe dans un taxi pour Humahuaca (et paye à nouveau la course 5 pesos).

L’après-midi est dédiée en grande partie à l’écriture. J’achète aujourd’hui à Ainitze un joli bracelet rouge portant quatre perles, pour 30 pesos (un peu moins de 3 €). Elle me le fabrique sur commande en direct. Je suis impressionné par sa rapidité d’exécution et la qualité du résultat : elle a tout appris seule en suivant des tutoriels sur la Toile ! Je sais déjà à qui je vais offrir ce petit bijou…

Je dîne ce soir à l’hostal en compagnie de Soledad et Florencia, deux des cinq argentines en volontariat médical à Humahuaca. Les trois autres sont parties passer le week-end à Salta. Nous sortons acheter pommes de terre, poivrons, oignons, courgettes et riz pour préparer un plat végétarien. Je passe un très bon moment à cuisiner puis partager le repas avec elles. J’ai en revanche toujours du mal à comprendre les porteños lorsqu’ils parlent normalement : trop rapide et il faut s’habituer au « ch »… J’éclate de rire quand je les entends appeler le cebolla (oignon), « cebocha » (phonétiquement très proche de « ces beaux chats » en français).

Le rythme argentin est décidément bien différent des pays que j’ai visités précédemment. Je suis de nouveau au lit vers minuit…

Salta, 13 septembre 2014

Je quitte l’hostal La Antigua ce matin à 9h15 après avoir dit au revoir à Ainitze, Carlos, Soledad et Florencia. Petit pincement au cœur en laissant derrière moi cette maison où je me sentais bien… Direction : Salta, située 230 km plus au sud. J’ai entendu et lu beaucoup de bien sur cette ville (on la surnomme d’ailleurs « Salta la Linda » qui signifie « Salta la Belle ») ; j’espère qu’elle tiendra ses promesses…

9h45 : Le bus part avec un petit quart d’heure de retard. J’ai décidé sur les conseils d’Ainitze de faire le trajet en deux étapes en changeant de bus à mi-course, à San Salvador de Jujuy, afin d’éviter les contrôles intempestifs et chronophages opérés sur les bus en provenance de la frontière. Le trajet se déroule sans encombre et j’arrive à la gare routière flambant neuve de Salta aux environs de 16h30. Je récupère une carte au point Info puis quitte le terminal pour rejoindre le centre-ville et trouver un hébergement. Les deux premières auberges de jeunesse sur ma liste affichent complet. Ça commence bien ! Il faut dire que Salta est en fête ces jours-ci : on y célèbre le Seigneur et la Vierge du Miracle – traduction : Jésus et la Vierge Marie – pour qui on attribue l’arrêt soudain (un 15 septembre) d’une série de tremblements de terre survenus au 17ème siècle. Depuis plus de 300 ans, des idoles à leur effigie sont brandies chaque année à cette même période dans le cœur de la ville. Je ne l’ai appris que ce matin, dans le bus, en lisant le topo sur la ville fourni par mon guide. Ça m’apprendra à fouiller un peu plus les infos sur mes futures destinations ! J’espère que je vais trouver un hostal sans trop de mal tout de même…

Quelque chose de très correct se présente au quatrième essai : El Quara, une auberge de jeunesse. Ce n’est vraiment pas le grand luxe (un lit en dortoir 11 places avec petit-déj inclus), mais le prix est tout doux : 80 pesos (environ 7,5 €). Vus les tarifs que j’observe depuis mon entrée dans le pays, je vais devoir m’habituer à dormir en dortoir, dans les auberges de jeunesse dont je ne raffole pas. Certes elles permettent de faire beaucoup de rencontres, mais elles sont souvent bruyantes et pas franchement faites pour se reposer…

17h30 : Je pose mes affaires et prend un maté en compagnie de Virginia (de la réception) et Fabio, un jeune français posé ici depuis trois semaines. Il est temps ensuite pour moi de partir à la découverte du centre-ville et de sa place centrale. Salta est la première ville au look vraiment européen que je visite depuis le début de mon voyage. Personnellement, je ne lui trouve pour le moment rien de bien spécial. C’est une jolie ville, certes, mais sans plus.

Je fais un petit tour sur la place et dans quelques rues proches puis retourne à l’hostal pour lire mes mails et commencer à éditer le prochain article pour mon blog. Je suis très en retard ; il faut que je rattrape tout ça !

Je ressors vers 20h30 pour trouver un endroit où manger. Mission difficile. Les prix sont décidément vraiment plus élevés ici qu’en Bolivie… Il y a du monde dans le cœur de la ville, en particulier devant la Cathédrale où une messe est donnée et retranscrite sur des écrans géants et par l’intermédiaire de haut-parleurs. Ambiance garantie ! Je fais le tour de la place en longeant ses quatre côtés puis m’engouffre dans une rue attenante… Mauvaise idée ! Je fais demi-tour pour éviter de me faire engloutir par une procession religieuse prenant toute la largeur de la rue.

Toujours pas de resto dans mes prix ; je reprends le chemin de l’hostal et finis par trouver quelque chose d’abordable dans un petit resto sans prétention : un sandwich contenant bifteck, jambon, œuf, tomate, salade et fromage fondu, le tout accompagné d’une petite assiette de frites. Un drôle de mélange mais le goût est plutôt au rendez-vous et mon estomac ne crie plus famine ; exactement ce dont j’avais besoin. Je profite du temps mort de la préparation pour écrire.

De retour à l’hostal, je finis d’éditer l’article « Le lac Titicaca… côté Pérou ! ». Je me glisse dans mon drap de sac (les draps du lit m’ont l’air louche…) vers minuit et demi et finis tant bien que mal par trouver le sommeil.

Salta, 14 septembre 2014

8h : Je me lève vraiment tard ce matin par rapport à mes habitudes. L’hostal s’est couché peu de temps avant mon réveil. Visiblement, c’était soirée « beuverie » cette nuit…

Je sors en milieu de matinée pour renflouer mon porte-monnaie avec des pesos. On m’a dit qu’il y a avait des « vendeurs de pesos » sur la place, pratiquant un taux de change oscillant entre 13 et 13,5 ARS pour 1 $. Le ciel est couvert aujourd’hui, comme s’il allait se mettre à pleuvoir. J’atteins le cœur de la ville après 5 minutes de marche. La place s’est remplie de monde depuis hier. Des pèlerins affluent de tous les alentours, à pied ou à vélo, pour venir célébrer le Seigneur et la Vierge du Miracle. Des idoles au kitsch clinquant sont exhibées à la queue leu leu dans les rues de la ville. Toute une atmosphère !

Je parviens sans mal à échanger 100 dollars en coupures de 10 et 20 contre 1300 pesos, soit environ 450 de plus que ce que j’aurais obtenu dans un bureau de change ! J’avoue être un peu mal à l’aise en échangeant les billets ; l’impression de m’approvisionner auprès d’un dealer de je-ne-sais-quoi… Mon malaise est d’autant plus grand lorsque mon dealer se met à hausser le ton avec une passante, visiblement outrée par ce genre de pratique, alors même qu’il recompte ses billets. On m’a dit à l’hostal que ces « passes » d’argent étaient tolérées par les autorités, alors je ne m’en fais pas trop quand même. Tous les étrangers y ont recours, du moins tous ceux que j’ai rencontrés et qui ont visité le pays… Voilà une bonne chose de faite !

Mes 1300 pesos en poche, je peux à présent me rendre à la gare routière pour acheter un ticket (que je sais très cher) vers ma prochaine destination : les Chutes d’Iguazu ! J’opte pour un départ dès demain, Salta ne m’appelant pas franchement à rester plus longtemps contrairement aux Chutes qui me crient de venir les rejoindre. Je choisis de partir avec la compagnie de bus Tigre Iguazú (la deuxième assurant le voyage étant Flecha Bus). Le temps de trajet me fait peur – 24h – et le prix aussi : 965 pesos soit près de 90 euros ! C’est de loin le ticket le plus cher jamais payé depuis le début de mon voyage. Moi qui ne voulait plus dépasser 12h de bus d’affilée, je vais me retrouver avec le double !

Je passe une grande partie du reste de la journée à publier sur mon blog et à développer mes photos, un gros travail car il faut sélectionner les photos à publier parmi des centaines puis les travailler une par une sur Lightroom, mon logiciel « chambre noire ». Je publie en milieu de journée mon 15ème article : « Le lac Titicaca… côté Pérou ! » et enchaîne en éditant le 16ème.

Je m’octroie une bonne pause en milieu d’après-midi pour échanger à nouveau 100 $ contre des pesos. Je crains d’avoir sous-estimé mon budget en Argentine et de manquer de dollars en fin de séjour… on verra bien ! Je visite brièvement la Cathédrale de Salta, au centre des célébrations. Elle est bondée de pèlerins en train de prier d’une façon très solennelle. Je n’ai jamais assisté, de mémoire, à une telle ferveur religieuse. Je dois faire la queue à pas de fourmi pour faire le tour de la nef et rejoindre, avec une pointe de soulagement, la sortie. Ce genre d’événement n’est résolument pas ma tasse de thé ; je quitte les lieux et rentre à l’hostal.

Je ressors de nouveau en soirée pour manger un morceau. Mission difficile. Aucun supermarché n’est ouvert car nous sommes dimanche. Je dégote dans une boutique un petit sandwich et quelques gâteaux secs pour la modique somme de 20 soles. Rien de bien transcendant. Manger sainement avec un budget « routard » est mission quasi-impossible ici. Je me dis qu’il va bel et bien falloir me résoudre à faire de vraies courses pour pouvoir cuisiner moi-même…

L’hostal ce soir est un véritable capharnaüm. Un groupe de 25 pèlerins (principalement des enfants) est arrivé pendant mon absence… Les 11 lits de mon dortoir sont occupés, comme tous ceux de l’hostal a priori. J’imagine que tous les hébergements de la ville enregistrent complet ce soir, demain étant le 15 septembre (jour du fameux miracle). Les auberges de jeunesse ne sont décidément pas faites pour se reposer en paix. Je rêve ce soir d’une petite chambre rien que pour moi, juste pour avoir mon intimité et être tranquille…

Salta, 15 septembre 2014

Je me lève tôt ce matin pour aller me dégourdir les jambes. Je prends rapidement mon petit-déjeuner à l’auberge et enfile illico short, t-shirt et baskets pour aller courir en direction du Cerro San Bernardo, la colline surplombant Salta à l’est. Je monte et descends deux fois un long escalier de pierre, comptant un peu plus de 1000 marches, pour accéder au sommet de la colline. Il fait un temps sublime, ensoleillé et doux, comme un beau matin de printemps… J’alterne course et marche rapide (pour monter mille marches en courant non-stop, il me faudrait un peu plus d’entraînement…) et m’en mets plein les pattes. Courir « à la fraîche » de bon matin, c’est incomparable ! Le sommet de la colline, accessible également en voiture et en téléphérique, est paré d’un joli jardin à l’atmosphère tropicale. Les oiseaux chantent ; il y a peu de monde ; on domine toute la ville… Que c’est agréable ! Si j’habitais à Salta, je ferais à coup-sûr ces allers-retours au moins deux fois par semaine !

Je me décrasse pendant pratiquement une heure et demie puis retourne à l’hostal en trottinant pour prendre une bonne douche et libérer mon lit car le check-out est à 11h ce matin. Je me rends ensuite une dernière fois au centre-ville pour faire quelques courses en prévision du long trajet en bus qui m’attend. Je trouve heureusement un supermarché digne de ce nom ouvert en ce jour férié, le fameux jour du Miracle. J’en profite aussi pour acheter quelques denrées qui feront mon déjeuner ce midi : un pique-nique urbain pris sur un banc dans une rue piétonne du centre-ville…

De retour à l’hostal, je passe deux petites heures sur mon blog avant de mettre les voiles. Il est 15h20. Marcelo, le garde de nuit propose gentiment de me déposer à la gare routière avec sa vieille voiture brinquebalante. J’avais prévu d’y aller à pied mais un tel geste ne peut se refuser. Il me confie pendant le trajet avoir été avocat et avoir tout perdu suite à une « affaire ». Il se retrouve aujourd’hui gardien de nuit dans une auberge de jeunesse où il semble avoir établi ses quartiers (il a son coin à lui dans le dortoir). Les revers de fortune…

16h : Le bus pour Puerto Iguazú part. C’est parti pour un long périple routier de près de 1500 km et (surtout) 24h non-stop ! Préférant sacrifier le confort d’un siège cama au rez-de-chaussée pour pouvoir jouir des centaines de kilomètres de « pampa » qui vont défiler sous mes yeux, j’ai opté pour un siège semi-cama à l’étage avec la vue panoramique. Le déplacement est à la base du voyage alors je ne veux pas me priver de pouvoir l’apprécier comme il se doit. Je me réjouis de n’avoir personne à côté de moi les premiers kilomètres, espérant que ça dure au moins quelques heures car j’ai envie de calme. Mais ça ne dure malheureusement pas… Après une heure, le bus embarque d’autres passagers et je me retrouve avec un vieux ronfleur à quelques dizaines de centimètres de mon oreille gauche. Mes boules Quies ont beau être de marque française (la marque Quies justement !) et drôlement efficaces (auto-gonflantes), elles ne parviennent pas à étouffer totalement les ronronnements de mon voisin. Heureusement, les deux passagers assis à côté de nous descendent quelques heures plus tard. Je saute sur l’occasion pour changer de siège et gagner en confort.

Les kilomètres défilent sur une route presque toute droite filant vers l’est et traversant un paysage extrêmement plat et monotone. Mes pensées vont bon train… accompagnées d’une excitation grandissante à l’idée d’être bientôt face aux célébrissimes Chutes d’Iguazú !

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2 commentaires

  1. Je confirme. Même sans les photos, on ne se lasse pas de voyager avec toi à travers tes récits.
    Vivement Iguazu ! 😉

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