Le Far West bolivien (1/2)

Tupiza, 3 septembre 2014

6h30 : Je grimpe dans un taxi appelé par la réceptionniste de l’hostal pour rejoindre la nouvelle gare routière de Potosí, trop éloignée du centre-ville pour que je puisse m’y rendre (raisonnablement) à pied. La course me coûte 10 bolivianos, un prix assez élevé que seul cet horaire plutôt matinal semble justifier… Je me suis bien habillé ce matin car l’air est vif à 4070 m d’altitude ! Le nouveau terminal est à dix mille lieues de celui dans lequel j’ai débarqué hier ; c’est une grande bâtisse au look très moderne qui détonne franchement dans le paysage urbain quelque peu défraîchi de Potosí.

Je trouve sans mal un bus en partance pour Tupiza en faisant le tour des compagnies assurant ce trajet. Le départ est à 8h00 ; j’ai donc devant moi près d’une heure et demie à tuer ! Le seul café-restaurant du terminal est fermé. J’aimerais bien me poser quelque part pour prendre un semblant de petit déjeuner… Je trouve mon bonheur devant le terminal, dans un petit stand de rue tenu par une mère et sa fille. Je m’y pose en compagnie d’une poignée de locaux avec qui j’échange quelques mots en espagnol. L’atmosphère est chaleureuse, attisée par le contact humain et le poêle de la cuisinière !

Je quitte après vingt minutes la petite assemblée pour retourner dans l’enceinte du terminal. Le hall n’est pas chauffé. On se les pèle ! Les rabatteurs des différentes compagnies hèlent en boucle, tel un mantra, les prochains départs. Leurs voix font écho dans l’immense bâtisse. Toute une ambiance !

8h30 : Le bus met apparemment du temps à faire son plein de voyageurs et part avec trente minutes de retard par rapport à l’horaire annoncé… C’est parti pour 6h de voyage ! Six heures d’un défilé de collines desséchées s’enchaînant à l’infini… Ce paysage quelque peu monotone s’égaye à l’approche de Tupiza, une jolie petite ville du sud bolivien environnée de superbes reliefs rougeâtres forgés par une érosion féroce.

Je débarque aux environs de 14h. Le centre-ville de Tupiza n’est qu’à deux pas du terminal. Le ciel est toujours aussi bleu mais il fait en revanche bien plus chaud qu’a Potosí. J’ai présélectionné deux hébergements dans mon guide : l’Hotel Mitru et l’Hotel La Torre, situés à seulement quelques pas l’un de l’autre. Je commence par visiter le premier, supposément plus cher car c’est le mieux côté de la ville. Le réceptionniste me propose deux options : une chambre double avec salle-de-bain privée pour 150 Bs. et une chambre « twin » avec salle-de-bain partagée à 80 Bs., le petit déjeuner à volonté étant inclus dans les deux cas. Mon choix est vite fait : ce sera la chambre twin ! Je suis chanceux : la chambre, en plus d’être propre et confortable, donne sur une très jolie cour intérieure, à deux pas de la piscine (chauffée !) de l’hôtel. La salle-de-bain n’est qui plus est partagée qu’avec la chambre d’en-face. Comme quoi, il ne faut hésiter à prospecter dans les hébergements supposés être (un peu) au-dessus de son budget…

Je pose mes affaires et ressors illico pour me renseigner sur les tours en 4×4 permettant de découvrir le Lípez et le Salar de Uyuni, deux attractions naturelles phares du pays, et même d’Amérique du Sud ! Je décide de me rendre dans un premier temps à l’agence Grano de Oro, celle qui, d’après mes recherches sur la Toile, a reçu ces dernières années les meilleurs échos. Je la trouve à deux rues de l’hôtel après avoir tâtonné un peu ; une petite agence sans prétention d’apparence un peu « vieillotte ». J’ai très envie de réaliser le circuit de 5 jours qui permet, le dernier jour, de réaliser l’ascension du Tunupa (5321 m), un volcan situé sur la rive nord du Salar. Mais voilà, je suis seul et il me faut, comme à chaque fois, soit me rattacher à un groupe soit casser la tirelire. Aucun départ pour ce tour de 5 jours n’est prévu prochainement. Trois personnes se sont en revanche inscrites pour le tour classique (4 jours). Le départ est après-demain, ce qui me ferait patienter seulement un jour…

Je garde cette option sous le coude et file rendre visite à la seconde agence sur ma liste : Tupiza Tours, qui récolte elle aussi globalement de bons avis. Elle se trouve dans l’enceinte de l’hôtel Mitru mais, contrairement à ce que j’ai cru au début, n’y est pas rattachée administrativement. Même rengaine : pas de tour de 5 jours prévu prochainement. Il faut dire que la haute saison est passée et ça se voit ; je n’ai pas vu beaucoup de touristes dans les rues de Tupiza depuis mon arrivée… Je peux néanmoins, si je le souhaite, partir dès demain pour le tour classique de 4 jours et 3 nuits qui s’achève, le dernier jour, par la découverte du célèbre Salar de Uyuni. Vues les circonstances, ayant très peu de chance de pouvoir embarquer pour le circuit long, je décide, un peu résigné, d’embarquer dès demain pour le tour classique. Son prix est de 1400 Bs., auquel il faudra rajouter 235 Bs. pour payer les divers droits d’entrée qui nous seront demandés au fil du parcours (dont pas moins de 150 Bs. pour l’entrée de la Réserve Eduardo Avaroa). Je sors retirer l’argent qu’il me manque dans l’un des rares distributeurs automatiques de la ville puis paye l’intégralité de la somme à l’agence. Me voilà inscrit pour un départ demain à 7h45. Voilà une sacrée bonne chose de faite ! Je peux enfin me poser et souffler un peu. Je troque ma tenue de « voyageur en transit » pour celle du voyageur en mode “on pique une tête !”. Les dix minutes passées dans la piscine me font un bien fou. Je me prends une bonne douche chaude ensuite et me pose un peu devant l’écran de mon ordinateur portable pour consulter mes mails et noircir quelques pages supplémentaires dans mon journal.

Je ressors en début de soirée pour dîner dans un petit restaurant local. Une journée encore bien remplie s’achève…

Quetena Chico, 4 septembre 2014

7h30 : Je file prendre mon petit déjeuner au restaurant de l’hôtel. C’est un buffet à volonté, alors je fais le plein (de mon estomac il va sans dire) ! Je me présente un petit quart d’heure plus tard devant l’agence Tupiza Tours pour embarquer dans le 4×4 que je vais partager avec deux couples (trois anglais et un irlandais). Notre chauffeur – et guide -, Freddy, nous salue avec le sourire. C’est bon signe, il a l’air sympa ! L’avantage d’être la cinquième roue du carrosse, c’est que j’ai le privilège d’être assis devant, à côté du chauffeur. J’aurai donc, au moins au début, une vue frontale et latérale sur le défilé de paysages qui m’attend.

8h : Et c’est parti pour un périple de 1400 kilomètres à travers les paysages fantastiques du sud-ouest bolivien ! Nous quittons le bitume dès la sortie de Tupiza pour une piste serpentant au milieu de paysages magnifiques, dignes du Far West américain. Nous faisons très rapidement un premier arrêt pour admirer les arêtes verticales rougeoyantes de la Quebrada de Palala. L’arrêt ne dure pas plus de 5 minutes… Un peu plus loin, Freddy s’arrête à nouveau pour que nous puissions nous extasier devant le Sillar, un superbe massif de roches érodées. Le périple commence on ne peut mieux ; nous ne sommes en effet qu’à quelques kilomètres de Tupiza et les attractions ont déjà l’air de s’enchaîner à merveille ! Nous ne sommes pas seul… Je me rends vite compte que nous sommes en fait 4 groupes – répartis dans 4 voitures – de la même agence à nous suivre. J’espère que l’on ne va pas croiser trop de monde par la suite…

Le Sillar : une érosion incroyable !

Le Sillar : une érosion incroyable !
Tupiza

S’ensuit une longue chevauchée à vive allure sur une piste s’enfonçant dans un paysage immense et sauvage. Je suis surpris de la vitesse à laquelle roule Freddy, notre chauffeur ; nous oscillons entre 60 et 90 km/h avec des pointes à 100 km/h ! Je n’y connais pas grand-chose en véhicules tout-terrain, mais je pense que notre carrosse est vraiment d’excellente facture pour supporter pareil traitement. Il est par ailleurs très confortable. On ressent les secousses certes, mais sans que ça en soit gênant. Le système de filtration de l’air est, qui plus est, particulièrement efficace. Même si la ventilation est en marche, la poussière, abondamment soulevée par les autres voitures, n’entre pas dans l’habitacle. Enfin, quand les fenêtres sont toutes bien fermées…

Les collines s’étirent à perte de vue. J’aperçois parfois au loin, au gré des caprices du relief, des tronçons de pistes. Ça me donne une idée de notre cap. Çà et là, des troupeaux de lamas paissent paisiblement et en toute liberté. Ils portent tous de jolies boucles d’oreille aux vives couleurs, un signe distinctif entre propriétaires.

Troupeau de lama paissant dans la maigre végétation de l'altiplano bolivien

Troupeau de lama paissant la maigre végétation de l’altiplano bolivien
Lípez

12h : Nous atteignons San Antonio de Lípez, un village posé au milieu du désert. Les maisons sont construites en briques d’adobe et arborent de jolis toits de chaume. L’église du village, elle aussi construite en adobe, sort plutôt de l’ordinaire avec son clocher imitant la Tour de Pise. L’heure de la pause déjeuner a sonné. Modesta, une mama bolivienne bien en chair et au caractère bien trempé, sera notre cuisinière attitrée pendant le tour. Elle nous a concocté un repas tout simple fait de crudités, de pâtes et de viande. C’est loin d’être un repas gastronomique mais c’est bien suffisant pour repartir le ventre plein.

Habitation en briques d'adobe et toit de chaume

Habitation en briques d’adobe et toit de chaume
Village de San Antonio de Lípez (Lípez)

Tour de l'église, Village de San Antonio de Lípez

Tour de l’église
Village de San Antonio de Lípez

Fontaine et corde à linge ; Village de San Antonio de Lípez

Fontaine et corde à linge
Village de San Antonio de Lípez

Nous redécollons juste après le déjeuner. L’après-midi est avant tout dédiée à avaler les kilomètres pour rejoindre la Réserve nationale de faune andine Eduardo Avaroa. Le soleil tape vraiment dur en milieu de journée, du fait de l’altitude et d’un ciel parfaitement dégagé. L’ayant de mon côté toute l’après-midi, j’essaie de m’en protéger du mieux que le peux, craignant ses effets néfastes à une telle altitude…

Un regonflage s'impose après plusieurs heures de piste... Lípez

Un regonflage s’impose après plusieurs heures de piste…
Lípez

L'aventure ! Lípez

L’aventure !
Lípez

Nous faisons peu de pauses : un arrêt pour visiter un village fantôme en ruines suivi d’une halte pour admirer le lac Morejón, avec le volcan Uturuncu (6008 m d’altitude) en toile de fond.

Village ruiné ; Lípez

Village ruiné
Lípez

Des paysages immenses... ; Lípez

Des paysages immenses…
Lípez

Une diversité de textures et de couleurs incroyable ! Lípez

Une diversité de textures et de couleurs incroyable !
Lípez

Laguna Morejón et Volcan Uturuncu (6008 m) ; Lípez

Laguna Morejón et Volcan Uturuncu (6008 m)
Lípez

Descente vers Quetena Chico ; Lípez

Descente vers Quetena Chico
Lípez

Sur la piste... non loin de Quetena Chico ; Lípez

Sur la piste… non loin de Quetena Chico
Lípez

Nous roulons tout l’après-midi au rythme de mes salsas, bachatas et autres musiques préférées. J’ai en effet pensé à emmener avec moi une clé USB avec un pot-pourri de mes sons favoris. Mes compagnons de virée et mon chauffeur – qui nous a ce matin bercé avec ses chansons rétros (années 80-90 !) et latinos – semblent plutôt apprécier.

18h : Nous franchissons l’entrée de la réserve après que chacun a payé son ticket d’entrée (150 Bs. soit environ 16 €). Nous voilà enfin arrivés, après 10 heures de route, à Quetena Chico. Il fait presque nuit lorsque nous découvrons ce petit village de 800 âmes, situé à une altitude respectable de 4191 m d’altitude. Notre hébergement est plutôt spartiate ; rien d’étonnant vu le dénuement de cette contrée reculée. Je partage ce soir une chambre de 5 avec les membres de mon groupe : Annika, Barry, Ema et Paul. Avec trois anglais et un irlandais, la langue de Shakespeare est de rigueur. Ayant une oreille bien plus coutumière de l’accent américain, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre tout ce qu’ils disent. Je me débrouille cependant sans trop de mal à échanger avec eux. Pas de douche ce soir, l’hostal (ou ce qui s’y apparente) en étant dépourvu.

Volcan au nord du village de Quetena Chico peu avant le coucher du soleil ; Lípez

Volcan au nord du village de Quetena Chico peu avant le coucher du soleil
Lípez

Le dîner est précédé d’un petit goûter (quelques gâteaux arrosés de thé, chocolat ou café). Il règne autour de la table une très bonne ambiance. Je fais la connaissance des membres des autres groupes, tous franchement sympas : Abby et Chris (deux tasmaniens, espèce rarissime !) ; Pilar et Ricardo (deux espagnols) ; Charlette, Ben, Nadia et Joe (quatre néo-zélandais) ; et enfin Matthias et Tanya (deux allemands). A part Pilar et Ricardo, qui doivent être dans leur cinquantaine, nous avons tous entre 25 et 35 ans. Il y a deux cuisinières pour nourrir tous les affamés. Modesta cuisine pour neuf personnes : mon groupe et les quatre néo-zélandais ; sa collègue pour sept. Étant le seul de la tablée à maîtriser suffisamment l’espagnol, je suis rapidement désigné traducteur officiel de la tribu ! On me confie des petits services à demander à notre guide ou aux cuisinières. Adorant ces deux langues, ce n’est pas pour me déplaire.

Le froid tombant comme un couperet dès que le soleil a pris ses quartiers de nuit, la chaleur des couvertures nous appellent peu après le repas. Il n’est même pas 21h quand tout le monde est déjà bien au chaud, à l’abri dans son sac de couchage sous un maximum de couvertures…

Huaylljara, 5 septembre 2014

6h15 : Je me lève avant les autres ce matin pour assister au lever du soleil. Dur dur de s’extirper du sac de couchage ; il fait un froid de chien dans la chambre, non chauffée. Je m’habille en quatrième vitesse en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas troubler le sommeil de mes camarades de chambrée. Le thermomètre doit à peine dépasser le zéro entre les murs ; il est bien en-dessous à l’extérieur !  Le froid me saisit dès que je franchis la porte de l’hostal. C’est pas possible, on doit friser les -15/-20°C ! Brrr.

Volcan Quetena et le village qui porte son nom, Quetena Chico (Lípez)

Volcan Quetena et le village qui porte son nom, au petit matin
Quetena Chico (Lípez)

Je ne vois aucun point de vue intéressant dans les environs immédiats de l’hostal. Je décide donc de prendre de la hauteur en empruntant un petit sentier que j’aperçois au loin, plein est. Je dois pour cela enjamber un petit cours d’eau s’écoulant au pied de la colline. Sa surface est intégralement gelée, confirmant que le mercure a dû descendre bien bas cette nuit ! Après une petite montée rendue assez éprouvante par les effets combinés de l’altitude et surtout du froid, je découvre un immense plateau inondé de petites touffes de graminées aux couleurs chatoyantes dans le soleil levant. Je me pèle tout en me régalant de ce spectacle aussi joli qu’éphémère et en prenant quelques photos. Dix minutes plus tard, je redescends et rejoins l’hostal qui commence à s’agiter doucement.

Fabuleuse lumière du matin... ; Quetena Chico (Lípez)

Fabuleuse lumière du matin…
Quetena Chico (Lípez)

7h30 : La troupe est réunie autour d’un bon petit déjeuner et les discussions animées vont bon train. Le programme étant chargé aujourd’hui, nous suivons avec diligence les instructions de notre guide-chauffeur et sommes prêts au départ à 8h tapantes. C’est reparti pour une nouvelle journée de piste et de merveilleuses découvertes ! Des dires de Freddy, cette seconde journée va être beaucoup plus intéressante que la précédente (qui m’a déjà beaucoup plu). J’ai hâte de voir ça !

Nous voilà donc reparti à travers les somptueux paysages du sud-ouest bolivien. De jolis nuages effilés se promènent dans le ciel, agrémentant de leurs fines dentelles les fabuleux reliefs colorés de ce bout du monde. Notre soleil mène tranquillement sa course dans un bleu d’une pureté incroyable, que seules ces altitudes respectables semblent savoir peindre. Que c’est beau ! Je prends vraiment mon pied à parcourir du regard ces toiles qui s’enchaînent sans discontinuer.

Un ciel tout en poésie... Lípez

Un ciel tout en poésie…
Volcan Quetena (Lípez)

Volcan Quetena ; Lípez

Volcan Quetena
Lípez

Seul bémol à mon bonheur : les pistes générées par le passage répété des 4×4. Elles ternissent un peu le tableau par leur nombre et leur caractère désorganisé. Elles courent un peu partout dans le paysage, au gré des caprices des chauffeurs. Je le fais remarquer à Freddy, qui me répond que les véhicules sont parfois contraints de dévier de la piste principale pour contourner un obstacle, après de fortes pluies notamment. C’est tout à fait compréhensible mais, tout de même, oh combien de ces empreintes disgracieuses pourraient être évitées si les itinéraires – principaux et secondaires – étaient matérialisés une bonne fois pour toute et suivis par tous ! Des panneaux « interdisant » de s’écarter de la piste principale ont été placés çà et là. L’effort de sensibilisation est louable mais s’avère, à l’évidence, loin d’être suffisant.

Notre premier arrêt est une « pause lama ». Un troupeau est en train de paître tranquillement sur une zone humide. Souhaitant tirer le portrait de l’une de ces peluches, je jette mon dévolu sur un bébé lama, particulièrement mignon sur ses gambettes élancées. Je le traque gentiment avec mon objectif. Intimidé, il court se réfugier dans les jupes bien rembourrées de sa mère…

Bébé lama, tellement mignon sur ses longues gambettes... Lípez

Tout ce qui est petit est mignon
Lípez

Lamas paissant sur une zone humide ; Lípez

Lamas pâturant sur une zone humide
Lípez

Nous repartons. Je demande à Freddy de s’arrêter quelques kilomètres plus loin pour pouvoir photographier un corral bondé de lamas. L’élevage du lama semble être la seule activité pastorale existante dans ce vaste secteur.

Corral de lamas perdu au milieu de nulle part, Lípez

Corral de lamas
Quetena Chico (Lípez)

Le Sud Lípez, où nous nous trouvons à présent, est une gigantesque région volcanique peuplée de dizaines de monstres éteints (le sont-ils vraiment ?), arborant des formes et des couleurs diverses. On observe ou on devine régulièrement d’anciennes coulées de lave dans le paysage, sur les flancs des volcans ou à leur base. La diversité des formations rocheuses est époustouflante, pour ne pas dire délirante. J’aimerais avoir en poche un doctorat de volcanologie pour comprendre tout ce qui a pu se passer ici !

Volcan Quetena et anciennes coulées de lave, Lípez

Volcan Quetena et anciennes coulées de lave
Lípez

Nous nous arrêtons plus loin en surplomb du lac Hedionda Sur pour admirer le vaste panorama. Freddy nous conduit quelques minutes plus tard en pourtour du plan d’eau. Des flamants roses s’affairent frénétiquement à collecter, à l’aide de leur large bec spécialisé, les micro-organismes qui peuplent le lac. Dommage qu’ils ne soient pas plus près de nous… Les nuages se reflètent joliment dans le miroir d’eau, créant un joli tableau aux couleurs pastel.

Laguna Hedionda Sur, Lípez

Laguna Hedionda Sur
Lípez

Flamants sur la Laguna Hedionda Sur, Lípez

Flamants sur la Laguna Hedionda Sur
Lípez

Un peu plus loin, c’est sur les rives du Kollpa, un lac recouvert de cristaux de sel exploités, que nous faisons escale.

Nous traversons en milieu de matinée le Salar de Chalviri puis le Désert de Dali, une vaste étendue de sable ponctuée çà et là de quelques gros rochers. Ma photo n’est qu’un pâle reflet de ce paysage empreint de minimalisme et d’une pointe de mystère.

Traversée du Désert de Dali, Lípez

Traversée du Désert de Dali
Lípez

Toile minimaliste dans le Désert de Dali, Lípez

Toile minimaliste dans le Désert de Dali
Lípez

Apparaît peu après, derrière un pli du relief, un volcan que je reconnais d’emblée par sa forme conique presque parfaite : le Licancabur. Ayant lu récemment qu’il était situé à cheval sur la frontière séparant le Chili de la Bolivie, je sais à présent que nous avons atteint les confins du pays ! J’éprouve à ce moment-là une fabuleuse sensation de liberté : me voilà « perdu » au fin fond de la Bolivie, dans ce qui semble être l’un des endroits les plus dépeuplés et sauvages du globe !

Licancabur à 11h capitaine ! ; Lípez

Licancabur à 11h capitaine !
Lípez

Une harmonie de tous les instants entre ciel et terre... ; Lípez

Une harmonie de tous les instants entre ciel et terre…
Lípez

Freddy nous conduit en surplomb de la Laguna Verde (4400 m), un fabuleux lac aux eaux turquoise situé au pied du Licancabur (5916 m) et de son acolyte, le volcan Juriques (5704 m). J’aperçois non loin de là, à l’est, la Laguna Blanca, aux eaux sont d’une couleur plus claire. Il est apparemment interdit de descendre sur la rive du lac ; interdiction dont certains ne semblent pas avoir connaissance ou se fichent royalement… Je prends quelques clichés de cette nouvelle toile d’artiste, du mieux que je peux considérant le peu de temps qui nous est accordé. J’éprouve naturellement une grande frustration à passer en revue si vite tous ces paysages ou à ne pas pouvoir capturer une belle image passant trop furtivement par ma fenêtre. Je comprends cependant qu’il ne faut pas trop tarder, vu les kilomètres à parcourir chaque jour…

Laguna Verde et Licancabur (5916 m) ; Lípez

Laguna Verde et Licancabur (5916 m)
Lípez

Démesure (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques) Lípez

Démesure (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques)
Lípez

Couleurs surréalistes... (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques) ; Lípez

Des couleurs surréalistes… (Laguna Verde et contreforts du volcan Juriques)
Lípez

Freddy finit par nous faire rire car, à chaque arrêt, il nous accorde presque systématiquement cinq minutes, pas plus… « Bueno, amigos, tenemos 5 minutos. » (« Bien, les amis, nous avons 5 minutes. »). Vraiment sympa ce Freddy ! Nous outrepassons bien sûr assez souvent cette limite. Je suis toujours le dernier à remonter dans la voiture… en essayant cependant de ne pas trop abuser de la patience de mes compagnons de route et de notre guide.

Après avoir touché du regard ce petit bout du monde, nous rebroussons chemin en direction du nord – nous retraversons le Désert de Dali – pour rejoindre des bains chauds (Termas de Polques) situés sur la rive ouest de la Laguna Chalviri. Une vingtaine de 4×4 sont garés devant le restaurant ; ça promet ! Nous choisissons de déjeuner avant de faire plouf. Modesta se met aux fourneaux et nous prépare rapidement le repas. Nous avons ensuite vingt minutes pour profiter des eaux chaudes. La baignade dans une eau à 35°C, au beau milieu de nulle-part, a de quoi faire rêver… Nous profitons de chaque minute puis redécollons.

Lunchtime aux Termes de Polques ; Termas de Polques (Lípez)

Lunchtime aux Termes de Polques
Termas de Polques (Lípez)

Un cadre de baignade pour le moins insolite ! ; Termas de Polques (Lípez)

Un cadre de baignade pour le moins insolite !
Termas de Polques (Lípez)

Etant à présent sur l’axe Uyuni – San Pedro de Atacama (Chili), nous voyons défiler sur la piste principale les 4×4 de je-ne-sais-combien d’agences (probablement plusieurs dizaines). Nous n’étions qu’une poignée sur l’axe Tupiza – Laguna Verde ; il va désormais falloir s’habituer à voir beaucoup de monde sur les sites que nous « passerons en revue »…

Prochain arrêt : Sol de Mañana, une zone volcanique active peuplée de geysers, fumerolles et mares de boue. Le spectacle est vraiment au rendez-vous ! C’est la première fois de ma vie que j’ai l’opportunité d’admirer des mares de boue en ébullition. On n’a franchement pas envie de mettre un pied dedans ! Notre planète est loin d’être un corps mort… Nous n’y restons pas plus d’un quart d’heure. Là encore, je suis frustré de ne pas pouvoir y passer plus de temps… Nous avons atteint le point culminant de notre itinéraire : 5000 m ! Comme ça, sans faire le moindre effort…

Fumerolle ; Sol de Mañana (Lípez)

Une fumerolle particulièrement active
Sol de Mañana (Lípez)

Mares de boue bouillonnantes ; Sol de Mañana (Lípez)

Mares de boue bouillonnantes
Sol de Mañana (Lípez)

Bulle de boue à haute température sur le point d'éclater ; Sol de Mañana (Lípez)

Bulle de boue à haute température sur le point d’éclater
Sol de Mañana (Lípez)

Terrain miné : gare où l'on met les pieds ! ; Sol de Mañana (Lípez)

Terrain miné : gare où l’on met les pieds !
Sol de Mañana (Lípez)

Nous redescendons de plusieurs centaines de mètres d’altitude sans trop nous en rendre compte, toujours en direction du nord. Des vigognes, ces superbes petits camélidés des hauts plateaux sud-américains, égaient notre passage de leurs silhouettes élancées.

Vigognes non loin de la Laguna Colorada ; Lípez

Vigognes à proximité de la Laguna Colorada
Lípez

Nous atteignons en fin d’après-midi le clou du spectacle de cette journée : la Laguna Colorada (4278 m), un lac de teinte orangée aux eaux très superficielles (quelques dizaines de centimètres) accueillant une immense population de flamants. Un spectacle incroyable ! Ce ne sont pas des centaines mais des milliers de bêtes à plumes qui constellent le vaste plan d’eau.

Freddy nous conduit tout d’abord à Huaylljara, une minuscule localité ne comptant qu’une poignée d’habitations presque toutes mitoyennes. Nous prenons rapidement possession de notre chambre avant de nous rendre sur les rives du lac, situé à quelques kilomètres au nord de l’hébergement. Il est 16h et nous avons pour une fois du temps devant nous (1h30) pour profiter de ce lieu d’exception. Je ne perds pas de temps et me détache du groupe pour vadrouiller à ma guise et photographier le spectacle. Des lamas se promènent nonchalamment autour du lac, picorant les herbes jaunies par des mois de sécheresse dans le bandeau de végétation qui entoure le plan d’eau. Ils portent tous un épais manteau de fourrure, attribut indispensable pour supporter les températures glaciales qui règnent sur l’altiplano pendant les nuits d’hiver.

Lama joliment vêtu ; Laguna Colorada (Lípez)

Lama joliment vêtu
Laguna Colorada (Lípez)

Même si les lamas ne manquent pas d’attrait, mon centre d’intérêt ce soir, ce sont les flamants. Des dizaines de troupes sont éparpillées un peu partout sur le lac. Peut-on faire plus élégant que le flamant rose ? Je me rends compte que cet oiseau passe en fait la majeure partie de son temps à sonder les eaux saumâtres du lac à l’aide de son bec démesuré pour en extraire la riche substance (micro-organismes tels des algues ou de petits crustacés).

D’après mes recherches sur Internet, on peut rencontrer trois espèces de flamants dans la réserve : le Flamant des Andes, le Flamant du Chili et le Flamant de James. J’ai l’impression – a posteriori – de n’avoir vu que ce dernier, pour moi le plus élégant avec son plumage rose pâle orné de stries carmin autour du coup et sur le dos. La grâce de ces échassiers tranche nettement avec l’austérité du cadre dans lequel ils évoluent.

Conciliabule de flamants ; Laguna Colorada (Lípez)

Conciliabule de flamants
Laguna Colorada (Lípez)

Vol de flamants à fleur d'eau... ; Laguna Colorada (Lípez)

Vol de flamants à fleur d’eau…
Laguna Colorada (Lípez)

Dépôts de sel balayés par les vents ; Laguna Colorada (Lípez)

Dépôts de sel balayés par les vents
Laguna Colorada (Lípez)

Des flamants par centaine)... Laguna Colorada (Lípez)

Des flamants par centaines…
Laguna Colorada (Lípez)

La surface du lac est interrompue par de grandes étendues de sel aux contours généreux. Des rafales de vent arrachent à ces tapis immaculés des nuages de poussière. Les conditions sont vraiment rudes ici mais les flamants ont l’air de s’en contrefiche. Ils mangent paisiblement, sans se soucier du temps qu’il fait…

Il faut bien ça pour résister aux rigueurs du climat ! ; Laguna Colorada (Lípez)

Il faut bien ça pour résister aux rigueurs du climat !
Laguna Colorada (Lípez)

J’ai la chance, peu avant de rejoindre la voiture, de pouvoir tirer le portrait d’un lama paisiblement couché au-dessus du lac. Je sens qu’il m’observe attentivement, tout en gardant sa digne posture. Je l’imagine facilement se dire « Mais, qu’est-ce qu’y me veut celui-là ? »… Je l’approche à petits pas tout en lui chuchotant des mots doux pour qu’il garde la pause. Et hop, un joli portrait de lama dans la boîte !

Tu veux ma photo ?!... ; Laguna Colorada (Lípez)

Tu veux ma photo ?!…
Laguna Colorada (Lípez)

17h30 : Nous nous retrouvons comme convenu à la voiture. Chacun semble enchanté par l’heure et demie d’exception qu’il vient de passer. Freddy nous reconduit à Huaylljara. Comme la veille, nous avons droit à un petit goûter précédant le dîner. Comme la veille, pas de douche… Et comme la veille, une franche bonne ambiance autour de la table ! Le tour est un sans-faute jusqu’à présent ; je ne regrette vraiment pas mon choix d’être parti avec Tupiza Tours !

Il semble faire encore plus froid ici qu’à Quetena Chico. J’espère que mon sac de couchage (confortable en théorie jusqu’à 0°C) doublé des couvertures à disposition suffira. Par précaution, j’enfile tout de même les collants thermiques, le sous-pull et les chaussettes en laine d’alpaga que j’ai achetées dernièrement à La Paz (pas franchement solides mais chaudes !). Paré pour le froid…

21h et des poussières : Je rejoins les bras de Morphée, repu de ce festin de découvertes et de paysages incroyables.

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11 commentaires

  1. Ricardo Lafita

    Bonjour, Nico !

    Je suis Ricardo, qui partageais avec toi le tour de Sud Lípez- Salar de Uyuni.

    Très interessant ton récit sur ces incroyables lieux. Par rapport aux membres du groupe je voudrais seulement ajouter que, dans notre voiture (de Pilar et moi) venais aussi un couple des États Unis: Elizabeth et Johnny (lui, d’ascendence bolivienne), tous les deux parlant parfaitement espagnol.

    Buena suerte y un abrazo.

  2. Te lire de nouveau me replonge dans les angoisses que j’ai eu pendant ton voyage et ma fierté pour ce que tu as accompli est intacte bon sang que je t’aime mon fils

  3. Bonjour Nico,

    Je découvre ton site et je n’ai qu’un mot à dire : merci .
    Merci de partager ton ressenti…
    merci de partager tes superbes photos….
    Vite, je vais découvrir le reste…
    Jo

  4. Un grand MERCI à tous pour vos commentaires :)

  5. Toujours de très splendides photos et un récit palpitant !
    Pfff… dur dur de se remettre au travail … suis dans les nuages de ces déserts ! 😉

  6. Qu’il est agréable de retrouver tes photos et tes récits qui nous invitent à l’évasion l’espace d’un instant.
    Merci pour ce moment. Ca valait le coup d’attendre !
    J’ai hâte de découvrir la suite ! … en espérant qu’il ne faudra pas attendre à nouveau 9 mois … 😉

  7. Ahhh, le retour des belles photos et des récits qui donnent envie de partir !!

    Merci Nico :-)

  8. Nico que Lindas fotos, que maravilloso Viaje!!!!!
    Cada vez que veo tu blog tengo muchas ganas de tomar mi maleta y viajar… 😉
    Un abrazo grandote

  9. Quel Grand BONHEUR de retrouver ton blog !
    Toujours aussi riche en infos et des photos qui appellent au VOYAGEEEEEEE
    MERCI pour ce Partage … A très bientôt pour la suite

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