Le Far-West bolivien (2/2)

Atullcha, 6 septembre 2014

7h15 : Je me lève bien reposé et le sourire aux lèvres de savoir qu’une nouvelle journée de paysages grandioses m’attend. Modesta nous a préparé des pancakes pour le petit déjeuner… Miam !

8h : Nous quittons Huaylljara pour continuer notre remontée vers le Nord où nous attend bien sagement le fameux Salar de Uyuni, dernière étape de ce périple. Nous repassons près de la Laguna Colorada, dont la surface a partiellement gelé pendant la nuit. Les flamants semblent avoir déserté le lac ; je n’en vois presque plus. Mais où ont-ils bien pu passer ? Comment font-ils pour supporter un froid pareil sans l’épaisse fourrure des lamas ? Et comment parviennent-ils à s’alimenter quand, au cœur de l’hiver, les lagunes gèlent intégralement ? Autant de questions qui me viennent et restent sans réponse…

Reflets sur la Laguna Colorada ponctuée de quelques flamants, Lípez

Reflets sur la Laguna Colorada ponctuée de quelques flamants
Lípez

Laguna Colorada, depuis sa rive nord ; Lípez

Laguna Colorada, depuis sa rive nord
Lípez

Nous faisons un arrêt en surplomb du lac, sur la rive opposée à celle où nous étions hier. La vue est tout aussi splendide. Séance photo pour tout le monde.

J’aimerais rester là une journée entière pour admirer l’évolution du lac et de ses habitants au fil des heures… Mais non, il faut repartir. Direction : El Árbol de Piedra (L’Arbre de Pierre), un énorme rocher dont la forme très originale a été modelée par l’action de la pluie et du vent. Un arbre ? J’y vois plutôt un gros champignon en trompette, mais bon… Nous posons tous à tour de rôle à côté de ce géant puis reprenons la piste.

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El Árbol de Piedra
Lípez

Entrelacs impressionnant de pistes ; Lípez

Entrelacs impressionnant de pistes
Lípez

Nous traversons une vaste étendue désertique (le désert de Siloli), avec sur notre gauche un paysage d’une rare beauté. Il semble tout droit sorti d’un tableau impressionniste. Etant du mauvais côté de la voiture, je demande à Freddy de s’arrêter car il me faut impérativement une photo de cet endroit ! Je suis en extase tellement les couleurs et les lignes sont harmonieuses. Je rêverais de pouvoir m’approcher de ces volcans, arpenter leurs flancs, gravir leurs sommets, explorer leurs moindres recoins… mais il faut repartir. Grrr! Que c’est frustrant de passer ainsi en coup de vent !

Une véritable toile d'artiste... ; Désert de Siloli (Lípez)

Une véritable toile d’artiste…
Désert de Siloli (Lípez)

Encore une fois, une harmonie parfaite entre ciel et terre... ; Désert de Siloli (Lípez)

Toujours cette belle harmonie entre ciel et terre
Désert de Siloli (Lípez)

Après avoir quitté la Réserve Eduardo Avaroa, nous passons à proximité de la Laguna Ramaditas puis faisons escale sur les rives de la Laguna Honda. Au moment de repartir, nous avons la chance d’admirer à quelques mètres du 4×4 un renard des Andes. Peu farouche, ce bel animal est à l’évidence habitué à ce qu’on lui jette de la nourriture depuis la fenêtre… A défaut d’être vraiment exceptionnelle, cette rencontre inattendue n’en reste pas moins magique !

Renard des Andes ; Laguna Honda (Lípez)

Une jolie rencontre : le Renard des Andes
Laguna Honda (Lípez)

Nous passons un peu plus loin la Laguna Charcota pour débarquer juste après sur les rives de la Laguna Hedionda. Freddy nous accorde un bon quart d’heure autour du lac qui, contrairement au précédent, héberge une vaste population de flamants. J’ai le loisir d’en observer de près en m’aventurant à gué sur le bandeau de vase entourant le plan d’eau. Même constat que la veille : ces volatiles sur échasses ne pense qu’à manger !

Joli quatuor de flamants de James en plein festin ; Laguna Hedionda (Lípez)

Joli quatuor de flamants de James en plein festin !
Laguna Hedionda (Lípez)

Un flamant de James, tout en élégance ; Laguna Hedionda (Lípez)

Un flamant de James, tout en élégance…
Laguna Hedionda (Lípez)

La Vigogne, une petite perle au milieu du désert ; Laguna Hedionda (Lípez)

La Vigogne, une petite perle au milieu du désert de sel et de roche…
Laguna Hedionda (Lípez)

 

APARTÉ :

A partir d’ici et jusqu’au 1er octobre 2014 inclus, sauf exception, le récit ne sera malheureusement plus agrémenté de mes photos en raison du vol de mon appareil photo et de la perte d’une partie de mes précieuses images (dont celles qui étaient censées suivre). Vous en saurez plus prochainement. En espérant que le récit sans image ne vous semblera pas trop lourd à digérer…

 

Il est près de midi lorsque nous atteignons la Laguna Cañapa, comblée en grande partie par des sels et elle aussi envahie de flamants. Des nuages effilés paradent dans le ciel bleu, ajoutant du relief à un paysage qui est loin d’en manquer… Nous prenons notre pause déjeuner en surplomb du lac, face à un panorama somptueux. Pour ne rien gâcher, Modesta nous a préparé un copieux pique-nique (poulet, pommes de terre, riz et crudités). Nous repartons rassasiés.

La route est encore longue pour atteindre la rive sud du Salar de Uyuni, notre point de chute ce soir. Nous faisons un arrêt pour observer des vagues de lave pétrifiées puis poursuivons sur une large piste tirant tout droit, que l’on pourrait confondre facilement avec une route non asphaltée. Notre Freddy se lâche en y faisant des pointes à 100 à l’heure ! Autour de nous, des volcans tous azimuts. J’en compte à un moment donné plus de quinze ! Je suis béat, extatique, fasciné par un tel paysage, une telle démesure. Ça a dû être l’enfer sur Terre ici quand ces géants crachaient leur feu. Je pense ne pas me tromper en affirmant que le Lípez est l’une des régions volcaniques les plus vastes au monde… Un gigantesque champ de bataille volcanique !

Nous croisons au milieu de ce désert de laves et de scories un cycliste solitaire. Même si son périple semble fou (des pistes chaotiques, une signalétique quasi inexistante, des points de ravitaillement rares…), je l’envie. Au fond de moi, je nourris déjà l’espoir de revenir un jour dans ces paysages d’un autre monde pour les vivre autrement, d’une façon plus lente, plus douce… plus respectueuse aussi. En vélo, à pied ? La graine d’un périple un peu particulier serait-elle en train de germer ?

Nous traversons en milieu d’après-midi la voie de chemin de fer reliant Uyuni à Calama (Chili). Un trait d’union entre deux pays qui ne s’apprécient guère… La Bolivie nourrit en effet encore une vive rancune contre le Chili depuis la Guerre du Pacifique (19è siècle) qui l’a privée de sa façade côtière. La vision de cette voie de chemin de fer tirée au cordeau au milieu de nulle part est pour le moins insolite et intemporelle.

Nous faisons plus loin un arrêt au beau milieu d’une coulée de lave pétrifiée, tranchante comme du corail. L’endroit porte le nom évocateur de « Ejército de Corales » (Armée de Coraux). Impressionnant !

Nous poursuivons sur les étendues brunes et planes, entrecoupées d’oueds, du Salar de Chiguana ; un petit aperçu « en fausses couleurs » de son grand frère résidant plus au nord. Notre 4×4 crève en plein milieu de ce désert. Les centaines de kilomètres avalées sur des pistes chaotiques ont eu raison du pneu arrière gauche… Il ne faut pas plus de dix minutes à notre Freddy, rompu à ce genre d’exercice, pour le changer. Espérons que ce remplaçant, un pneu « légèrement » usagé, tiendra le coup… car nous n’avions que lui ! Nous reprenons la route. Notre pilote s’autorise quelques écarts de conduite et fait du hors-piste, souillant par la même un milieu naturel resté jusque-là intact. Je ne dis rien mais n’en pense pas moins…

17h : Nous atteignons une « île » posée au milieu du désert, ponctuée de cactus pétrifiés ressemblant vaguement à des coraux. Je me demande bien comment ces fossiles ont pu se former… Nous payons 20 Bs. pour pouvoir pénétrer sur le site et découvrir les deux principales attractions de l’île. Nous visitons dans un premier temps une petite grotte portant le nom étrange de Gruta de las Galaxias (Grotte des Galaxies). Les rideaux de dentelle qui la tapissent seraient des algues marines pétrifiées… On a un peu l’impression d’être au cœur d’un gruyère. Encore une fois, nous n’y restons pas plus de cinq petites minutes, c’est vraiment dommage. Nous découvrons juste après une caverne hébergeant une quinzaine de tombeaux creusés à même le sol (Cementerio de los Chullpas). L’endroit dégage une atmosphère étrange. Ces deux visites valaient le détour, je ne regrette pas d’avoir dépensé ces 20 Bs…

18h : Nous atteignons la localité d’Atullcha et notre troisième hébergement, situé sur la rive sud du Salar de Uyuni. Le grand désert de sel est là, face à nous, mais ce n’est pour l’instant qu’un pâle aperçu de ce qui nous attend. Le grand spectacle est pour demain ! Notre toit ce soir est des plus originaux. L’hôtel a été construit presque intégralement avec le matériau extrait du salar : le sel ! Les murs, les tables, les chaises, les tables de nuit, tout (ou presque) est ici fait de sel. Je ne peux m’empêcher de goûter à un petit bout de ma table de nuit, juste pour vérifier… C’est bien du sel ! C’est le grand luxe ce soir : j’ai une chambre à trois lits pour moi tout seul et nous avons tous droit à une douche bien chaude moyennant une dizaine de bolivianos (ils doivent avoir un sacré réservoir car nous sommes plus de 20 à en profiter…). Après trois jours sans se laver, ce coup de chaud et de frais fait un bien fou.

Le dîner qui s’ensuit clôture en beauté cette merveilleuse journée : une soupe de légumes suivie d’un bon plat de spaghetti, le tout agrémenté de discussions animées avec les différents membres du groupe élargi « Tupiza Tours ».

21h : Je me glisse dans mon sac de couchage, ravi par cette sublime journée qui s’achève et impatient de découvrir le Salar au petit matin.

Tupiza, 7 septembre 2014

6h : Nous sommes les premiers à quitter l’hôtel de sel pour partir à l’assaut du Salar. Le jour pointe tout juste à l’horizon. Il fait froid sous le ciel dégagé encore parsemé d’étoiles. Freddy empreinte une piste bien marqué à la lumière des phares, évoluant sur un terrain brunâtre et assez chaotique. Le Salar tel que je me l’imaginais apparaît comme par magie au bout de quelques kilomètres : plat comme une patinoire, intégralement recouvert de sel et s’étirant à perte de vue sur tous les horizons. Freddy met les gaz sur cette surface parfaitement plane et incroyablement homogène. Mais comment la nature a-t-elle pu niveler une aire aussi vaste (près de 11 000 km² soit plus de cent fois la superficie de la ville de Paris !) ? Dame Nature m’étonnera toujours ! Freddy lâche de temps en temps le volant, visiblement heureux de ne plus devoir être aussi attentif aux aspérités du terrain… Il suit une piste bien marquée par le passage répété des 4×4 mais peut en dévier à tout moment et faire sa propre trace dans le désert de sel.

J’apprends en surfant sur le Web que le Salar de Uyuni fut il y a de cela quelques millénaires un immense lac dont la profondeur avoisinait 100 m. L’évaporation du lac a progressivement concentré les sels et formé cette immense étendue immaculée que nous connaissons aujourd’hui. Le volume total de sel serait de 64 milliards de tonnes (avec une épaisseur variant de 2 à 120 m) ! Ça en fait des kilos de sel de table et des hôtels de sel ! J’ignore en revanche si le Salar continue à produire du sel… Si ce n’est pas le cas, au rythme actuel des exploitations (environ 25 000 t par an), il faudrait plus de 2,5 millions d’années pour épuiser la totalité des réserves. Ça va, il y a de la marge ! D’après Freddy, l’exploitation du sel est réservée au seul marché bolivien (sel alimentaire et matériau de construction). Notre guide nous apprend aussi que les constructions faites de sel se dégradent pendant la saison des pluies et qu’il faut en conséquence régulièrement les maintenir en l’état. Une maison qui fond quand il pleut, si c’est pas original ça !

Nous avalons les kilomètres sans trop nous en rendre compte tellement ce désert est immense. Notre cap ? Une île sombre posée au milieu de cette océan de blancheur. Le soleil ne va pas tarder à émerger sur notre droite. Freddy arrête la voiture au beau milieu de nulle-part et nous sortons dans le froid. Marcher sur le Salar… Une expérience aussi unique que celle de rouler dessus ! Je suis étonné de poser le pied sur une surface dure comme du béton ; je m’attendais à quelque chose d’un peu plus mou. Le Salar est une œuvre géante peinte par un mathématicien de génie. Des polygones ornent toute la surface. Ils ont, dans leur immense majorité, 5 à 6 côtés. Les carrés existent mais il faut vraiment bien les chercher ! Le plus extraordinaire peut-être, c’est qu’il n’y a pas un seul accroc dans cette maille gigantesque qui doit pourtant compter plusieurs milliards de polygones !

Les rayons du soleil levant effleurent de leur pâle lueur la surface du Salar, mettant en relief l’incroyable maille qui se propage dans toutes les directions. Quelle merveille ! Les volcans, visibles dans le lointain à l’horizon, entrent eux aussi en scène, rougeoyant dans cette belle lumière du matin. Tout le monde semble absorbé par la boule de gaz qui monte peu à peu dans le ciel ; moi, je suis dos à notre étoile pour profiter des doux rayons qu’elle darde sur ce paysage inouï.

Le spectacle ne dure que quelques minutes. Le Soleil ne nous attend pas, il grimpe, il grimpe dans le ciel bleu… Notre planète tourne vite tout de même (je viens d’apprendre que nous tournons tous autour du centre de La Terre à une vitesse de plus 1600 km/h) ! Nous remontons dans la voiture pour poursuivre notre route vers l’île qui grandit lentement mais sûrement devant nous. Il est près de 7h15 lorsque nous accostons sur ce confetti posé au milieu du désert de sel : l’île (ou pseudo-île) d’Inkawasi. Nous devons payer un droit d’entrée (30 Bs.) avant de pouvoir nous promener au milieu des magnifiques cactus candélabres qui ont colonisé ce petit bout du monde. Leurs dimensions m’impressionnent, aussi bien en hauteur qu’en largeur.

Les vues sur le Salar depuis ce promontoire sont superbes, même si elles sont souvent ternies par les nombreuses traces de 4×4 qui rayonnent dans toutes les directions. Le sol de l’île, recouvert de coraux pétrifiés, est très râpeux. Je me balade pendant une bonne heure, essayant de capturer quelques belles images de cet endroit on ne peut plus singulier, avant de descendre rejoindre mes camarades pour le petit déjeuner. Des tables de sel alignées au pied de l’île, face au Salar : sympa comme cadre pour prendre son petit déj’ ! Étant levé depuis 5h15 et n’ayant rien avalé depuis, j’ai la dalle ! Un bon café accompagné de quelques tranches de gâteau, de céréales et de yogourt me calent l’estomac pour quelques heures.

Rassasié, je quitte le groupe pour m’aventurer un peu sur le Salar avant que nous ne repartions. Les montagnes visibles à l’horizon semblent flotter telles des oasis au milieu du désert… Les polygones me fascinent. J’essaie de trouver des motifs originaux dans la maille et en dégote quelques-uns. Je tombe notamment sur le trèfle à quatre feuilles du Salar : le polygone à quatre côté, autrement dit le carré ! J’en dégotte un, un seul. Le Salar respire en quelque sorte par ces rides de sel incroyablement organisées. Encore une fois, Dame Nature fait drôlement bien les choses. Je me mets à imaginer que ces formes géométriques sont probablement une projection au niveau macroscopique de la structure atomique des cristaux de sel. Comment ça fonctionne ? Aucune idée mais j’aimerais bien qu’on me l’explique un de ces jours…

En saison des pluies (de décembre à mars voire au-delà), certaines parties du Salar se recouvrent d’une fine pellicule d’eau (quelques dizaines de centimètres d’épaisseur) et se transforment en véritables miroirs géants. J’ai vu des images de ce fabuleux spectacle ; c’est comme si la Terre devenait ciel et que tous les repères étaient abolis. Absolument incroyable. Il faudra que je revienne un jour à cette époque rien que pour voir ça !

Freddy passe me récupérer avec le 4×4 ; un homme seul perdu au milieu de ce désert est vite repéré ! Nous parcourons plusieurs dizaines de kilomètres sur une très large piste que les passages répétés de centaines de véhicules ont entaillé jour après jour. On pourrait presque parler d’autoroute du Salar. J’aperçois des nids de poule sur notre route. « ¡ Son ojos de sal ! » (« Ce sont des yeux de sel !») me dit Freddy. Nous stoppons à nouveau au beau milieu de nulle-part. Freddy s’agenouille au bord d’un de ces yeux de sel, de petits trous d’eau de quelques dizaines de centimètres de profondeur, et en sort un trésor : d’énormes cristaux aux formes incroyablement géométriques (cubiques). On croirait qu’ils ont été usinés dans un laboratoire de haute précision tellement ils sont parfaits ; je suis fasciné.

Nous passons ensuite à la traditionnelle séance « fotos locas », les fameuses « photos folles » que l’on voit défiler devant son écran lorsqu’on fait une recherche « images » du Salar sur Internet. Les repères étant abolis sur le Salar,  il est facile de créer des effets délirants. Nous finissons la séance par une photo de nous tous en train de bondir dans les airs… Plutôt réussie ! [la seule photo qu’il me reste de cet endroit d’exception suite au vol de mon appareil photo en Argentine…]

Photo de groupe ; Salar de Uyuni

Photo de groupe
Salar de Uyuni

Nous regrimpons dans le 4×4 pour rejoindre la rive est du Salar, en faisant une courte pause au niveau du premier hôtel de sel jamais construit et du monument érigé pour le Dakar qui, cette année, est passé en Bolivie. Il est midi passé, c’est l’heure du déjeuner. Mais avant de manger, on a droit à un petit tour dans le marché artisanal du coin. J’y retrouve par le plus pur des hasards Redora et Tobby, un couple d’australiens rencontrés pour la première fois à Riobamba (Équateur) et que j’ai déjà recroisés une fois par la plus pure des coïncidences au Pérou (dans un petit supermarché de Huaraz) ! Incroyable, je n’en reviens pas ! C’est la deuxième fois que nous nous retrouvons sur le Gringo Trail (l’axe qu’empruntent la plupart des voyageurs en Amérique du Sud) sans nous être donnés rendez-vous. Le monde est drôlement petit ! J’ai le sentiment qu’on risque de se recroiser une troisième fois, en Argentine peut-être…

A la fin du repas, nous avons le plaisir d’évaluer le tour, notre guide et notre cuisinière. Freddy remporte la médaille d’or avec un 10/10. Notre cuisinière, avec un 8/10, est quant à elle très déçue et visiblement vexée. Elle me le fait remarquer, me disant qu’elle risque de perdre des points auprès de l’agence pour ses prochaines « missions » à cause de cette mauvaise note (elle voulait au moins un 9). Je comprends son inquiétude vis-à-vis de l’agence mais je trouve qu’on l’a notée plutôt justement ; elle n’a tout de même pas toujours été des plus agréables… Je suis personnellement très satisfait du tour et me suis régalé. Tupiza Tours est donc une agence que je ne peux que recommander à ceux qui auraient envie de vivre cette belle aventure.

13h : Nous quittons définitivement le Salar pour rejoindre Uyuni, toute proche. D’après le peu que j’en vois, c’est une ville salle et triste, sans aucun charme. Je suis vraiment content d’avoir choisi la belle Tupiza comme base pour réaliser le tour. Rien à voir ! Nous déposons Emma, Barry, Annika et Paul qui restent à Uyuni ce soir. Freddy reçoit de chacun de nous la somme de 50 bolivianos (soit 250 Bs. au total, une jolie petite somme) pour la qualité de son service. Nous offrons également chacun 25 Bs. à Modesta pour la remercier. Je dis au revoir à tout le monde, non sans une pointe de nostalgie, avant de remonter dans la voiture. Freddy passe prendre un couple de Français fraîchement débarqués à Uyuni pour réaliser le tour depuis Tupiza demain.

S’ensuit un voyage retour d’un peu plus de 4h. Il n’existe aucune route asphaltée entre Uyuni et Tupiza. C’est donc encore une fois sur une piste, souvent très sinueuse, que nous avalons les 210 kilomètres restants. Un bus se serait renversé très récemment quelque part sur la piste et il y aurait eu des morts… Pas très rassurant. Même si le sommeil se fait parfois sentir, je résiste pour profiter pleinement de ce voyage. Des paysages d’une étonnante diversité se succèdent à nouveau. Les derniers kilomètres, à l’approche de Tupiza, sont les plus beaux. Le soleil de fin d’après-midi enflamme en effet les parois de roches rouges et les feuillages, créant des tableaux que je ne peux malheureusement pas toujours saisir avec mon reflex depuis le 4×4 (je sollicite quelques arrêts vers la fin du parcours mais j’évite d’abuser de la patience de Freddy et des deux autres passagers qui ont l’air pressé d’arriver à destination…).

1400 kilomètres parcourus en 4 jours quasiment sans fouler une seule fois l’asphalte et en traversant des paysages d’une diversité et d’une richesse inouïe. Voilà une bien belle aventure qui m’a profondément marqué et que je ne suis pas prêt d’oublier !

Vue aérienne de la zone parcourue

Vue aérienne de la zone parcourue
Réalisation : N. Pettini, 2015

Je retrouve, par chance, ma chambre à l’hôtel Mitru. Qu’il est bon de se poser un peu ! Je ressors après une douche bien chaude pour aller dîner en ville. Une fois rentré, je ne résiste pas bien longtemps à l’appel de mon lit et file me glisser sous les couvertures pour une bonne nuit de sommeil…

Tupiza, 8 septembre 2014

Une journée « off » pour récupérer du tour et surtout écrire, écrire, écrire… Il me faudrait trois jours pleins pour rattraper mon retard de ces dernières semaines. Je choisis de raconter, à chaud, les quatre jours que je viens de vivre. Je me collerai après aux semaines qui ont précédé…

Tupiza, 9 septembre 2014

Même schéma que la veille, je ne bouge pas beaucoup de l’hôtel. Ça fait du bien de se poser quelques jours et d’oublier un peu ses affaires… Je sors en fin de matinée faire un petit tour au centre-ville. La place centrale est vraiment très sympa, ornée de grands arbres. Je suis surpris d’y trouver une herbe drue et bien verte (ça me rappelle la pelouse de la maison au printemps…). Bien entendu, c’est sans compter un arrosage copieux quasi quotidien ! Plusieurs vendeurs de livres se partagent les sous-bois de la place. Il règne à Tupiza l’ambiance décontractée des petites villes de province… Les gens vaquent paisiblement à leurs occupations quotidiennes : passer à la banque, faire ses courses, racheter du crédit pour son téléphone portable, s’asseoir sur un banc pour faire une pause sur le chemin de la maison… Et moi, je les observe discrètement, me disant que j’ai bien de la chance d’être ici, maintenant, un peu hors du temps…

16h : Je décide d’utiliser aujourd’hui mes belles baskets jaune fluo pour ce à quoi elles sont normalement destinées : le sport ! Je sors courir une petite demi-heure dans les rues de Tupiza. Il est temps en effet que je me remette un peu en forme ; ces dernières semaines ont été trop pépères à mon goût…

Je dîne ce soir avec deux couples anglophones dans mes âges (Stacey et Tim, un couple de néo-zélandais ; Kate et Sam, un couple d’irlandais) et passe une soirée vraiment très agréable en leur compagnie. Les discussions tournent naturellement autour du voyage, de nos destinations passées et à venir, et des merveilles que comptent nos pays respectifs. Je remarque avec plaisir pendant la soirée que je suis capable de suivre et d’alimenter une conversation en anglais sans réelles difficultés… Que j’ai hâte d’atterrir en Nouvelle-Zélande et d’être baigné quotidiennement dans la langue de Shakespeare !

23h : Je me couche tard ce soir en comparaison des derniers jours écoulés… Demain, c’est décidé, je quitte les charmes de la belle Tupiza et de la Bolivie, pour ceux de l’Argentine ! Se profile donc un nouveau passage de frontière ! J’envisage de passer la nuit prochaine à Humahuaca, histoire d’aller admirer le lendemain sa fameuse « Quebrada » qui fait toute la réputation de cette petite localité du nord-ouest argentin. Il va falloir quitter le confort de l’hôtel – et quel confort ! – pour se remettre en mode « transit ». Un petit air d’aventure, de nouveau !

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Un commentaire

  1. Voilà un article qui confirme la présence de la Bolivie sur la liste de mes prochaines destinations phares !

    PS : même sans photo, la digestion de tes récits est toujours aussi agréable. Finalement c’est un peu comme lire un bon bouquin, on fait marcher notre imaginaire ! 😉

    Besitos.

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