L’Iguazú et ses chutes de légende

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo (affaire à suivre très, très prochainement) et des photos que j’avais prises les deux semaines qui ont précédé, je ne peux – sauf exception – illustrer cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

Puerto Iguazú, 16 septembre 2014

5h du matin : Partis de Salta hier après-midi à 16h, nous atteignons notre première escale après 13h de bus sans avoir fait une seule pause. Nous voilà à Resistencia, ville située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière paraguayenne. Nous changeons de bus et c’est reparti pour 6h de route jusqu’au prochain transbordement !

C’est dans la ville de Posadas, située sur les bords du Río Paraná au pied de l’excroissance argentine qui s’insinue – à l’évidence pour des raisons historiques et non géographiques – entre le Paraguay et le Brésil, que s’opère le dernier changement de bus. Je me retrouve une troisième fois à la même place mais cette fois – à ma grande joie – sans ronfleur à mes côtés. J’ai même les quatre sièges rien que pour moi !

11h : Pas de temps mort, on repart dans la foulée ! Contrairement aux deux précédents, le bus fait des crochets très fréquents pour se rendre aux gares routières des villes traversées. Peu de gens montent ou descendent ; le bus est presque vide. Le paysage se tropicalise à mesure que l’on remonte vers Puerto Iguazú. La végétation luxuriante tranche franchement avec la terre rouge brique qui borde parfois la route et recouvre les chemins. J’ai vraiment hâte d’arriver !

16h30 : Je débarque à Puerto Iguazú avec une petite demi-heure de retard par rapport à l’horaire annoncé. Rien de bien méchant après un voyage aussi long. 24h30 de bus : voilà un voyage à noter dans mes annales ! L’atmosphère au sortir du bus est chaude et humide. Bienvenue en zone tropicale ! Puerto Iguazú est une « petite » ville de 30 000 habitants, ostensiblement tournée vers le tourisme. Ce dernier gravite autour des célébrissimes Chutes d’Iguazú, situées à une vingtaine de kilomètres au Sud-Est, en pleine forêt tropicale. Je me mets en quête de trouver un hébergement dès ma sortie du bus. Je visite dans un premier temps trois hostals situés dans un quartier résidentiel à quelques encablures de la gare routière mais ne suis pas très emballé pour rester dans l’un d’entre eux. Les chambres sont très humides, sentent le renfermé et doivent grouiller de moustiques… La petite « balade » dans la moiteur tropicale le long de rues bordées d’arbres tropicaux me replonge en Guadeloupe.

Je garde ces trois adresses sous le coude et change de secteur. Je visite deux autres hostals, bien plus accueillants, le long de l’Avenue Córdoba, au nord de la gare routière. Mon choix finit par se porter sur l’un d’entre eux : l’hostal Garden Stone, situé à cinq minutes du centre-ville. Je réserve un lit dans un dortoir de six avec climatisation et casiers. Le petit-déjeuner est inclus et à volonté. Nous ne sommes que trois pour l’instant. Un petit jardin tropical sépare les chambres et dortoirs des autres parties communes (cuisine, salle à manger et salon), ouvertes sur la luxuriance du jardin.

En discutant avec le réceptionniste de l’hostal, j’apprends que les conditions météorologiques devraient se dégrader dans les jours qui viennent. Le retour de la pluie est prévu pour jeudi (après-demain)… Vraiment dommage. J’avais dans l’idée de me reposer demain avant de me rendre aux chutes. Si je ne change pas mes plans, je risque fort de me retrouver sous des trombes d’eau (sans possibilité de prendre la moindre photo) voire tout bonnement de ne pas pouvoir visiter les chutes que les autorités pourraient décider de fermer par précaution. C’est donc décidé, je visite les chutes – côté argentin – demain ! Pour m’y rendre, je prendrai le premier bus, à 8h20.

La décision étant prise, je me libère rapidement de mes affaires puis ressors pour me rendre en toute légèreté au centre-ville afin d’y trouver un endroit pour manger. Qu’il est bon de pouvoir sortir en short et en T-shirt le soir sans ressentir le moindre inconfort à cause de la température ! Vive les tropiques ! Après avoir tourné-viré un peu dans les rues du centre-ville, je me pose dans une pizzéria pour dîner. Une adresse à oublier… Ce n’est pas terrible mais ça nourrit son homme. Un jeune garçon vient me quémander de l’argent pendant que je suis en train de manger. Je lui offre une part de ma pizza qu’il accepte volontiers…

De retour à l’hostal, je passe un petit moment sur mon ordinateur avant de m’endormir sans trop de mal, malgré l’excitation de découvrir les chutes demain.

17 septembre 2014, Puerto Iguazú

Je suis debout ce matin à 6h45 pour prendre mon petit-déjeuner dès 7h et pouvoir ainsi partir au plus tôt. Je quitte l’hostal vers 7h30 après avoir acheté à la réception un ticket pour la « Gran Aventura », un circuit en véhicule tout-terrain dans la forêt semi-tropicale suivi d’une remontée du Río Iguazú jusqu’aux chutes. Même si ce n’est pas donné (430 pesos soit un peu moins de 40€), je me dis qu’approcher et découvrir les chutes par la rivière doit vraiment valoir le coût ! Je passe dans un premier temps acheter mon ticket de bus au terminal. L’aller-retour me coûte 80 pesos (environ 7€). La nourriture et l’eau étant bien évidemment hors de prix dans l’enceinte du parc, je me mets ensuite en quête de trouver de quoi boire et manger : une grande bouteille d’eau, quelques bananes (paradoxalement très chères ici) et un paquet de cacahuètes devraient faire l’affaire.

8h20 : Le bus part. Il ne lui faut pas plus d’une petite demi-heure pour rejoindre le site. Voyager en basse saison a du bon : il n’y a pas la moindre queue devant les portiques. Le ticket d’entrée me coûte 215 pesos (près de 20€). Le parc, immense, a des airs de Jurassic Park. Je me rends tout de suite au point Info pour demander une carte et retirer mon ticket pour la Gran Aventura en présentant le « voucher » acheté ce matin auprès de l’hostal. Le prochain départ est à 9h, soit dans seulement quelques minutes.

J’embarque dans un véhicule tout terrain – une sorte de truck-minibus à ciel ouvert – qui emprunte bientôt une piste sinueuse au beau milieu de la forêt tropicale. Jurassic Park me revient à nouveau à l’esprit, et je ne suis pas le seul ! Un T-Rex va-t-il soudainement émerger des fourrés et nous poursuivre sur la piste ? Notre guide alterne les explications sur le milieu naturel en Espagnol puis en Anglais, au rythme lent de notre véhicule. Nous avons la chance de pouvoir observer furtivement quelques jolis oiseaux. L’air est doux, l’ambiance sonore magnifique… J’exulte de plaisir à l’idée de me trouver ici, si près des chutes d’Iguazú, au beau milieu de la « jungle » tropicale.

9h30 : Nous atteignons le terminus de la piste, sur la rive ouest du Río Iguazú. Nous enfilons tous un gilet de sauvetage avant d’embarquer sur un zodiac. L’atmosphère dans le bateau est électrique. Les gens sont surexcités par les émotions fortes qu’ils s’apprêtent à vivre et je ne fais pas exception… Le groupe qui nous suivait nous rejoint dans l’embarcation qui compte à présent une bonne quarantaine de personnes. Le zodiac met les gaz, c’est parti ! Nous remontons à toute vitesse la rivière, un large cours d’eau aux eaux troubles et aux berges jonchées d’énormes rochers que surplombe l’épaisse forêt tropicale. J’ai enlevé mon t-shirt prévision de la douche que je risque de prendre. Malgré un soleil généreux, je frissonne.

Soudain, au détour d’un méandre, après environ 5 kilomètres, elles apparaissent comme par magie. Les voilà enfin, les Chutes d’Iguazú ! Il n’y a pas de mot pour exprimer l’émotion ressentie au moment d’apercevoir cette merveille… Le zodiac se dirige vers l’attraction principale des chutes : la fameuse Garganta del Diablo (Gorge du Diable), un immense gouffre en forme de fer à cheval allongé où se déversent, sur une longueur de plus d’un kilomètre et une hauteur de plus de 80 mètres, des dizaines – si ce ne sont pas des centaines – de chutes d’eau ! Un endroit où Mère Nature exprime avec force et fracas toute sa puissance et sa majesté. Nous approchons très près du Salto de los Tres Mosqueteros (saut des trois mousquetaires) et nous faisons rincer en beauté par le nuage de gouttelettes généré en continu au pied de la chute. Que c’est beau !

La magie de l'eau : El Salto de los Tres Mosqueteros ; Chutes d'Iguazú

La magie de l’eau : El Salto de los Tres Mosqueteros
Chutes d’Iguazú

Je suis subjugué par tant de beauté, tant de puissance ; j’en aurais presque les larmes aux yeux… Les nuages effilés sur fond de ciel bleu et les oiseaux qui virevoltent dans les fumées d’eau émaillent à merveille ce tableau d’artiste [ci-dessus l’unique photo qui a réchappé au vol de mon reflex…]. J’aimerais que le zodiac aille plus en avant dans la Garganta del Diablo mais il fait bientôt demi-tour… pour notre plus grand bien, la gorge pouvant s’avérer très dangereuse. Un accident mortel est d’ailleurs survenu récemment lors d’une virée de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une petite déception : se trouver au cœur de cette débauche d’eau, encerclé par un défilé presque ininterrompu de chutes plus impressionnantes les unes que les autres doit être absolument fabuleux !

Après ce pur moment d’exception, nous changeons de secteur pour approcher le Saut San Martín, une chute d’eau gargantuesque située entre l’île San Martín (à ma grande déception fermée) et un long rideau de chutes en haut desquelles je pourrai visiblement accéder à pied plus tard. Un immense nuage de fines gouttelettes se renouvelle sans cesse au son du tonnerre des éléments. Un spectacle de toute beauté. Le capitaine du zodiac nous conduit au plus près du nuage pour un rinçage lui aussi de toute beauté ! Je suis trempé de la tête aux pieds. Nous rions tous aux éclats et en redemandons. Le deuxième passage finit de me tremper jusqu’aux os. La plupart des passagers se font prendre en photo sur une petite plateforme installée à cet effet à la proue du bateau. Je me passe volontiers de ce « selfie », préférant me concentrer sur le paysage de folie qui m’entoure.

Nous sommes débarqués peu après au pied du sentier inférieur. Je me pose une minute sur un rocher pour essorer mes chaussettes, sécher un peu sous le soleil du matin et renfiler mon T-shirt. Je commence ensuite ma visite à pied en parcourant le sentier inférieur. Jamais je n’ai vu une telle débauche d’eau ! Le nombre de chutes est tout bonnement ahurissant ! Je suis émerveillé, tout simplement émerveillé. Je multiplie les prises de vue avec des cadrages souvent identiques pour être sûr de capturer la « bonne photo », sans bougé et avec la meilleure combinaison oiseaux / filés d’eau possible car ces deux éléments évoluent en permanence. Comme à Machu Picchu, la grande majorité des gens ne font que se tirer le portrait et, comme à Machu Picchu, ça finit rapidement par m’agacer… Observez le paysage au lieu de vous regarder le nombril ! J’accède à un belvédère au pied du Saut Bossetti, un superbe rideau d’eau très régulier s’écoulant sur une belle hauteur. Mon reflex ne reste pas sec bien longtemps et je suis obligé d’essuyer l’objectif très souvent, pour ne pas dire après chaque prise de vue.

Chutes d'Iguazu, côté argentin

Chutes d’Iguazu, côté argentin (à droite : le Saut Bossetti)
Source : Chensiyuan, Wikipedia 2010 – GNU Free Licence

Je poursuis en empruntant plusieurs escaliers et passerelles pour accéder au niveau supérieur. Je me fais surprendre en chemin par un groupe de coatis à queue annelée, de petits mammifères omnivores de la taille d’un gros chat présentant, comme leur nom l’indique, un long appendice caudal annelé. Ils me rappellent vaguement la mangouste. Munis d’un long museau, ils sont dotés un odorat ultra-développé. Des panneaux mettent en garde les visiteurs contre ces adorables bestioles car elles présentent un comportement chapardeur et agressif. Ma banane à la main ne leur échappe pas en effet. Les voyant très vite humer l’air et commencer à trotter dans ma direction, je mets les voiles ! Un peu plus loin, c’est un petit singe – forcément adorable – qui s’approche de moi en fixant ma banane. Je me dépêche de l’engloutir tout en lui disant « ¡No tengo nada para ti chiquito! » (Je n’ai rien pour toi mon petit !). Désintéressé, il s’empresse de retrouver sa bande. Vraiment mignonnes ces petites bêtes, tellement proches de nous autres les humains…

J’atteins bientôt le niveau supérieur et son réseau de passerelles qui permettent de longer le haut des chutes en direction du Salto San Martín. Les sentiers sont tous balisés et bordés de glissières pour éviter à la fois les accidents et les errances dans le milieu naturel fragile. Le Río Iguazú, avant de faire le grand saut, effectue un impressionnant volte-face en dessinant un méandre en épingle à cheveux. De petites îles effilées ponctuent la largeur de ce cours d’eau aux allures de fleuve, en formant une sorte de peigne irrégulier en amont des chutes. La rivière, qui avant de plonger dépasse allègrement 1 kilomètre de largeur par endroit, est réduite à un mince filet d’à peine 200 m à l’aval des chutes.

Vue aérienne des chutes d'Iguazú

Vue aérienne des chutes d’Iguazú
Réalisation : N. Pettini, 2015

Des ponts ont été construits le long des passerelles pour passer d’île en île. Les structures ont l’air vraiment solides… et pourtant, certaines n’ont pas résisté à la dernière crue historique du Rio Iguazú. En juin 2014, la montée des eaux, qui a atteint des sommets (46 000 m3 par seconde soit 30 fois plus que le débit moyen de la rivière), a en effet détruit la passerelle d’accès au belvédère de la Garganta del Diablo ainsi que les plateformes d’observation elles-mêmes. C’est vraiment dommage car ce promontoire au-dessus du gouffre, l’attraction réputée comme étant la plus sensationnelle du côté argentin, avait de quoi faire rêver… Pour rajouter à la frustration, l’île San Martín est elle aussi inaccessible, probablement aussi à cause de cette crue centennale. Une excellente raison de revenir un jour quand tout sera – espérons-le – de nouveau ouvert !

Le panorama qui s’offre à la vue depuis le terminus du sentier supérieur est absolument splendide. Je suis notamment captivé par la vue plongeante sur le Salto San Martín et le gigantesque rocher flanquant le saut sur l’un de ses côtés. Un cadrage « parfait » attire mon attention. Je veux absolument obtenir l’effet de filé qui sied si bien aux photos de cascades. Un trépied m’aurait grandement facilité la tâche. Je dois cependant composer sans ce précieux support en cherchant le meilleur compromis sensibilité/vitesse/ouverture tout en m’efforçant de trembler le moins possible. Je prends un grand nombre de photos en rafale pour obtenir la meilleure combinaison filé / oiseaux / embruns possible. J’ai ma photo : deux oiseaux côte à côte en train de remonter la chute qui explose en un milliard de gouttelettes tel un feu d’artifice… [Un cliché qui, à mon grand regret, ne restera gravé que dans ma mémoire…]. Malgré cette frénésie photographique, je m’efforce d’oublier de temps en temps mon appareil photo pour m’imprégner de ces visions incroyables, d’une rare beauté, en faisant abstraction de l’agitation qui règne autour de moi…

Repu du spectacle (pour un temps) et un tantinet lassé par la foule et les gens qui se tirent interminablement le portrait, je redescends au niveau inférieur pour me rendre sur le sentier Macuco. J’ai besoin de faire une pause et de m’extraire un moment pour revenir « rafraîchi » auprès des chutes. Il me faut marcher un petit quart d’heure pour atteindre l’entrée du sentier, un large ruban s’enfonçant au cœur de la forêt tropicale. Le panonceau indique un temps de marche aller-retour de 2h30. Il est 14h ; je me donne deux heures.

Je m’applique à marcher avec lenteur à l’aller pour observer la faune et la flore. Il y a peu de monde. Je tombe après quelques centaines de mètres sur ma première belle découverte : une fourmi de couleur noire, gigantesque. Je n’ai jamais rien vu de tel ; elle doit bien faire entre 2 et 3 cm de longueur ! Je découvrirai a posteriori, via une petite recherche sur Internet, qu’il s’agissait très probablement d’un spécimen de Paraponera clavata, l’une des plus grandes fourmis au monde ! Présente en Amérique du Sud et atteignant jusqu’à trois centimètres, elle est l’espèce d’hyménoptère (ordre regroupant entre autres les abeilles, les guêpes et les frelons) dont la piqûre est réputée la plus douloureuse dans le monde. On l’appelle d’ailleurs fourmi balle de fusil ! Elle est aussi utilisée en Amazonie lors de rituels initiatiques particulièrement sadiques… Heureusement que j’ai su tenir mes distances avec elle ; cette « petite » bête m’aurait gâché le reste de la journée à coup sûr !

Je croise un peu plus loin d’immenses papillons aux ailes bleu métallique voletant furtivement dans le sous-bois. Je les reconnais : ce sont des morphos. Certaines espèces peuvent atteindre jusqu’à 20 cm d’envergure ! J’entends des oiseaux chanter ou crier dans les feuillages, sans parvenir à les apercevoir. D’autres papillons attisent ma curiosité en produisant un son étrange m’évoquant des crépitements électriques… Cette balade ravive en moi le désir de me rendre un jour au cœur de la forêt équatoriale, loin des routes, des villes et des centres touristiques, pour « vivre la jungle », la vraie.

J’atteins, après une bonne heure de marche, l’objectif de la balade : une chute d’eau au cœur de la forêt. Des gens se baignent à ses pieds. Réminiscence d’une randonnée jusqu’aux Chutes Moreau, au cœur de la forêt humide guadeloupéenne… J’irais bien me rafraîchir moi aussi mais l’heure tourne ! Il est 15h10. Je fais demi-tour en pressant cette fois-ci le pas pour retrouver les chutes d’Iguazú au plus vite et pouvoir en profiter jusqu’à la dernière goutte avant fermeture (18h).

Je parcours une boucle que je n’avais pas encore empruntée puis redescends sur le sentier inférieur où je prends le plus beau cliché de cette journée. Le cadrage est parfait ; la photo a un air de monde perdu… Je retourne une seconde et dernière fois au terminus du sentier supérieur pour reprendre quelques vues avec la belle lumière de fin d’après-midi mais surtout pour emmagasiner un peu plus… Je suis l’un des derniers à prendre la direction de la sortie, un peu triste de devoir quitter un lieu aussi vibrant en sachant bien que je n’y reviendrai pas de si tôt…

18h15 : Je franchis le portique et grimpe, 10 minutes plus tard, dans un bus en partance pour Puerto Iguazú. Je viens de passer une journée d’une rare intensité… J’apprends ce soir en consultant Internet qu’il existait un peu plus au nord des chutes tout aussi incroyables, sinon plus, dont le débit était le plus important au monde. La Cascade des Sept Chutes – en réalité un complexe de 7 groupes de chutes regroupant 19 cascades principales et près de 300 sauts mineurs – a malheureusement été englouti en 1982 suite à la mise en eau du réservoir du barrage d’Itaipú, construit sur le cours du Río Paraná (dont l’Iguazú est un affluent). Un autre « monde perdu » rasé de la carte au profit du développement. Les hommes font parfois de drôles de choses…

18 septembre 2014, Puerto Iguazú

Je ne sors presque pas de l’hostal aujourd’hui, météo oblige. Le temps, comme prévu, est à la pluie qui se met à tomber en fin de matinée et empire au fil des heures. L’épisode pluvieux se transforme rapidement en tempête tropicale ! L’orage gronde tout l’après-midi et jusque dans la nuit, accompagné d’impressionnantes trombes d’eau… J’ai vraiment fait le bon choix en visitant les chutes hier !

J’en profite pour rattraper mon retard sur le blog en éditant l’article « La Paz et son marché aux sorcières ». Je ne fais qu’une grosse pause en milieu de journée pour sortir déjeuner au centre-ville avec Nam, un voyageur australien d’origine vietnamienne, et Eduardo, un porteño (habitant de Buenos Aires) en vacances dans le secteur. Nous nous posons sur la terrasse d’un café-resto du centre-ville, protégés de la pluie derrière un écran plastique transparent. Je passe un très bon moment en leur compagnie à discuter de choses et d’autres (dans la langue de Nam, l’anglais).

19 septembre 2014, Puerto Iguazú

La pluie a fait rage toute la nuit, accompagnée de coups de tonnerre violents. Quand il pleut, il pleut ici ! Ça me rappelle les trombes d’eau qui s’abattaient fréquemment sur le toit de tôles de ma petite maison au pied de la Soufrière…

Même schéma que la veille ; je travaille comme un acharné sur le blog et réussis à éditer « Sucre et le cratère de Maragua » avant de peaufiner mon récit sur ma folle épopée dans le Far West bolivien.

Je déjeune de nouveau avec Nam aujourd’hui. Teresa, une allemande très sympa, et son amie nous accompagnent dans un restaurant du centre-ville. Ce soir, c’est à l’hostal que je prends mon dîner (pâtes à emporter), toujours en compagnie de Nam.

Même si la météo a été exécrable, je viens de passer deux jours « off » très agréables et surtout très productifs !

20 septembre 2014, quelque part entre Puerto Iguazú et Buenos Aires

La suite du programme s’annonce chargée. La météo étant de nouveau favorable, j’ai décidé de visiter ce matin le côté brésilien des chutes d’Iguazú. Ayant déjà acheté mon billet pour Buenos Aires (départ à 17h ce soir), j’aurai relativement peu de temps pour profiter de la visite.

8h : Mon petit-déjeuner dans le ventre, je grimpe dans le premier bus en partance pour le côté brésilien des chutes. Comme la dernière fois, l’aller-retour me coûte 80 pesos (environ 7€). A mon grand étonnement, le bus est presque vide : nous ne sommes que cinq ! Tant mieux, le passage de la frontière n’en sera que plus rapide ! Il faut tout de même compter une heure pour atteindre l’entrée du site, les formalités de sortie et d’entrée de part et d’autre de la frontière faisant perdre un peu de temps…

Changement de décors discret mais notable en passant le pont Tancredo Neves (ou pont International de la Fraternité) qui enjambe la rivière entre Puerto Iguazú et Foz do Iguaçu : la langue ! On passe en effet comme par magie de l’Espagnol au Portuguais. La monnaie est également différente. Au Brésil, on paye avec le Réal ! L’entrée du site n’étant payable qu’en réaux brésiliens (R$), je dois retirer des billets dans un distributeur automatique sur place. Pressentant que je risque d’être à court de dollars américains au cours de mon séjour en Argentine et sachant qu’il m’est possible d’échanger des réaux auprès de la réception de l’hostal à un taux avantageux, je retire une belle liasse de billets au distributeur (800 R$, soit près de 270 US$). L’entrée du parc national me coûte 50 R$ (une quinzaine d’euros).

Les chutes étant situées à une dizaine de kilomètres de l’entrée du parc, il faut emprunter une navette (gratuite) pour rejoindre le site même des chutes. Je ne m’attendais pas à une telle configuration… Le trajet me semble interminable (20-25 min). Il est déjà près de 10h lorsque je débarque sur place. Le calcul est vite fait ; je n’ai que deux heures devant moi pour profiter de la visite car je dois impérativement prendre le bus retour de 13h pour Puerto Iguazú. Hors de question de le rater, je manquerais mon départ pour Buenos Aires…

J’emprunte dans un premier temps un sentier longeant la rive est qui offre de merveilleux points de vue sur le fabuleux rideau de chutes émaillant le côté argentin. Le spectacle est grandiose. Je me retrouve face au Saut des Trois Mousquetaires, au pied duquel le zodiac nous avait conduits trois jours plus tôt. Surmonté par d’autres chutes, il est absolument sublime en vue plongeante. Les deux rideaux de chutes successifs forment une sorte de « double marche » géante, à couper le souffle. Le clou du spectacle reste toutefois à venir…

Car me voilà bientôt dans la Gorge du Diable ! Et là, il est difficile de décrire ce que l’on peut ressentir face à une telle puissance, une telle majesté. J’emprunte une passerelle pour rejoindre une plateforme permettant de s’approcher au plus près du gouffre. J’ai pris soin d’enfiler ma veste de pluie pour parer aux embruns vaporisés en continu par les tonnes d’eau qui s’abattent tout autour. J’atteins la plateforme en me faisant asperger d’un seul côté (le gauche) et me fraye – tant bien que mal – un chemin jusqu’à la glissière, au plus près de la gorge.

L'incroyable Garganta del Diablo ou Gorge du Diable, Chutes d'Iguazú

L’incroyable Garganta del Diablo ou Gorge du Diable
Chutes d’Iguazú (côté brésilien) – Source : Martin St-Amant – Wikipedia 2007 [licence CC BY-SA 3.0]

Le spectacle est époustouflant. Je me trouve au bord du précipice, au beau milieu de la double marche qu’emprunte la rivière pour passer du niveau supérieur au niveau inférieur, encerclé par une débauche presque ininterrompue de chutes d’eau. Un spectacle de toute beauté, rare et précieux. Je suis captivé.

La foule qui s’agite autour de moi (selfies et compagnie) m’agace un peu mais il en faudrait plus pour vraiment venir gâcher cette féerie. Je prends beaucoup de photos, en essuyant la lentille frontale de mon objectif entre chaque prise, tout en m’efforçant de vivre l’instant présent et de m’imprégner de ce lieu magique. Je reste de longues minutes ainsi face au défilé de chutes, comme perché en équilibre au-dessus de celle qui déverse ses flots juste sous mes pieds… Rares sont les endroits sur Terre où la Nature s’exprime avec tant de majesté.

Des oiseaux virevoltent par centaines, peut-être par milliers, au cœur de la gorge. J’en vois certains passer comme par magie derrière les chutes, tour de passe-passe uniquement possible aux endroits où le filet d’eau n’est pas trop dru. J’apprendrai un peu plus tard que ces voiliers hors pair sont en fait des martinets à tête grise (Cypseloides senex) et qu’ils nichent sur les parois, derrière les chutes. Je resterais bien là pendant des heures mais les gens sont nombreux à vouloir s’émerveiller.

Je quitte à reculons la plateforme et me fais de nouveau rincer par les embruns, cette fois-ci du côté droit. Je m’aperçois qu’il est possible d’emprunter un ascenseur pour atteindre un belvédère panoramique. Naturellement, il faut faire la queue. L’heure tourne mais ça devrait le faire ! Je suis en haut un bon quart d’heure plus tard. La vue est sublime, forcément. Un arc-en-ciel apparaît par intermittence au pied de la chute la plus proche, au gré des caprices du soleil. Il apporte une touche parfaite à mon cadrage. Quel bonheur je vais prendre à développer toutes ces photos ! [et quelle frustration j’éprouverai à toutes les perdre sauf une…]

12h10 : Il est temps de « décrocher » pour prendre une navette et rejoindre l’entrée du parc. Je quitte les chutes avec un petit pincement au cœur, un peu frustré par cette visite « express » (2h) et déjà nostalgique… Je grimpe, comme prévu, dans le bus de 13h (Cruzero del Norte) permettant de rentrer à Puerto Iguazú. Mon passeport s’est noirci de quatre nouveaux tampons aujourd’hui ! De retour en ville, je passe me remplir l’estomac avant de rentrer à l’hostal pour y faire mes sacs et changer mes réaux contre des dollars américains. Je quitte les lieux peu avant 16h30 pour me rendre à la gare routière.

17h : Le bus part. ¡Adiós Puerto Iguazú! Je reviendrai. S’ensuit un long trajet vers la capitale argentine. Le bus est très confortable et le service impeccable : j’ai droit à un dîner chaud, un oreiller et une couverture et – c’est rare – de bons films. Comme à mes habitudes, j’ai opté pour un siège à l’étage, au premier rang, côté fenêtre, à la seule exception près qu’il s’agit d’un siège cama (inclinable à un angle facilitant le sommeil, sans être totalement à l’horizontale).

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2 commentaires

  1. Merci Kéline ! Je confirme : il faut vraiment les mettre sur ta TO DO LIST 😉 J’espère que tout va bien de ton côté.

    Grosses Bises
    Nico

  2. Chouette article, ça donne vraiment le ton ! On m’avait déjà dit que c’est un site magnifique, mais là c’est joliment confirmé.
    TO DO LIST ! (peut être par le Brésil, un jour … ).
    Bye bye Nico

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