L’Île de Pâques : un rêve se réalise ! (3/3)

8 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Le mauvais temps qui a sévi pendant la nuit joue les prolongations ce matin… Les averses se succèdent, entamant durement ma motivation à mettre le nez dehors. Je commence en fin de matinée à regretter d’avoir loué un vélo pour quatre jours consécutifs. Heureusement, une accalmie se dessine vers midi. J’en profite pour grimper au Rano Kau pour aller visiter le site archéologique d’Orongo, le fameux village de l’Homme-Oiseau, situé à deux pas de la falaise au sud-ouest du cratère. Je monte piano piano avec mon vélo tout en me délectant de quelques goyaves bien mûres cueillies sur le bord de route.

Comme prévu, mon ticket est tamponné à l’entrée du site. Je ne pourrai visiter Orongo qu’une seule fois alors je vais prendre mon temps… J’ai la chance d’être le premier à visiter le site cet après-midi. J’avance lentement sur le sentier en m’arrêtant à chaque point d’intérêt pour lire la brochure que l’on m’a remise à l’entrée. Le village, magnifiquement restauré, est fait d’habitations ovales et basses construites en pierres plates, recouvertes d’herbe. Deux ruines ont été laissées dans leur état originel, permettant d’apprécier à sa juste valeur le travail de restauration effectué.

Village d'Orongo surplombant le Pacifique, à deux pas des falaises ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Village d’Orongo surplombant le Pacifique, à deux pas des falaises
Rapa Nui (Île de Pâques)

Habitations en pierre restaurées du village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Habitations en pierre restaurées du village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Motus Kau Kau, Iti et Nui ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Le Motu Kau Kau, le Motu Iti et le Motu Nui
Rapa Nui (Île de Pâques)

Coincé entre l’ancien chaudron du Rano Kau et les hautes falaises côtières, le village paraît en équilibre précaire. Je l’imagine sans mal disparaître un jour, inlassablement grignoté par le ressac et les furies du Pacifique. Que l’on porte son regard vers les profondeurs du Rano Kau ou sur l’immensité du Pacifique, le panorama est splendide !

Cratère de Rano Kau vu depuis le village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Cratère de Rano Kau vu depuis le village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Plancher du cratère de Rano Kau ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Plancher du cratère de Rano Kau
Rapa Nui (Île de Pâques)

Éventrement du cratère de Rano Kau vu depuis le village d'Orongo ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Éventrement du cratère de Rano Kau vu depuis le village d’Orongo
Rapa Nui (Île de Pâques)

Quelques visiteurs pénètrent à leur tour sur le site. Je fais la rencontre de Tanya, une allemande très sympathique, en voyage pendant six mois à travers l’Amérique du Sud. Elle aussi a opté pour le vélo comme moyen de transport ; une belle façon me dit-elle de découvrir ce bijou qu’est l’Île de Pâques. Je ne peux qu’être d’accord avec elle. On discute un moment sur le bord du cratère puis je reprends le cours de ma visite en observant quelques hiéroglyphes.

La visite terminée, je rejoins Hanga Roa en dévalant la pente sur le ruban d’asphalte. Heureusement que j’ai de bons freins ! Quelques minutes me suffisent pour rejoindre le bourg. Le vélo est vraiment un moyen de transport grisant et idéal sur cette île !

La suite du programme n’est pas très palpitante… Je passe en effet le reste de la journée au gîte, un endroit que je n’apprécie finalement guère. C’est trop sombre, trop humide et l’entretien laisse à désirer. Le gîte se révèle également infesté de cafards. Je retrouve chaque matin plusieurs de ces bestioles mortes – pour une raison qui restera un mystère – dans ma salle de bain. Pas très ragoûtant au réveil ! Quant à la connexion internet, c’est au petit bonheur la chance avec un débit toujours très faible. Bon, je n’ai pas trop à me plaindre quand même : je suis à l’Île de Pâques, c’est déjà beau d’avoir accès à Internet. J’aurais bien aimé changer d’endroit pour avoir plus de confort mais, ayant déjà payé l’intégralité de mon séjour à Martín (c’était le deal), je n’ai pas vraiment le choix.

9 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Le temps est à nouveau à la pluie ce matin. Rrr ! J’avais prévu de passer la journée sur la Péninsule de Poike aujourd’hui pour en faire tout le tour et monter au sommet du volcan. Mes plans sont bien partis pour tomber à l’eau ! Je passe la matinée miné et frustré…

Heureusement, la météo s’améliore un peu en milieu de journée. Tiendra, tiendra pas ? Je décide de tenter le coup malgré tout et mets les voiles aux environs de 14h. Je rejoins l’Ahu Tongariki en une petite heure et abandonne mon vélo après l’avoir cadenassé à un poteau de clôture barbelée. Même si j’aperçois quelques grains vers le large, la météo tient bon. C’est parti pour le tour de la Péninsule de Poike, la partie la plus sauvage de l’île !

Caracara chimango à l'affût sur un poteau de clôture barbelée (côte sud) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Caracara chimango à l’affût sur un poteau de clôture barbelée ; au fond : le Maunga Puhi
Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Sur la route côtière méridionale ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Sur la route côtière méridionale…
Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai intact, face contre terre, arrêté net dans sa progression vers le rivage ; Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Moai, face contre terre, stoppé net dans sa progression vers le rivage…
Côte sud, Rapa Nui (Île de Pâques)

Il n’y a aucun chemin, aucun sentier. J’attaque donc le tour de la péninsule à vue, en grimpant une pente raide couverte d’une végétation m’arrivant parfois à la taille. Arrivé à mi-pente, un caracara chimango – ce petit rapace très présent sur l’île – sorti de nulle part me charge. Zut, il défend probablement une nichée. Le bougre me « frôle » à seulement un ou deux mètres, feignant des attaques. Je me défends comme je peux en essayant de l’effaroucher avec ma polaire ou une branche. Il finit par abandonner après une bonne dizaine de tentatives. Je vais me méfier de ces mignonnes petites bêtes désormais…

Une fois en haut de la pente, je commence à longer la péninsule vers l’est en admirant les falaises et le Motu Morotiri. Seul au monde, au bout du bout du monde, je ressens ici un sentiment étrange et délicieux.

J’atteins rapidement une vaste zone totalement dénudée, coincée entre la falaise et un mince cordon de végétation arbustive. Le sol est à vif. La péninsule de Poike, défrichée et surpâturée par le passé, souffre d’une érosion féroce. Le spectacle est impressionnant ; je n’ai jamais vu une chose pareille ! Des rigoles, des goulots voire des petits canyons se sont peu à peu formés, canalisant les eaux de pluie qui grignotent le sol et le charrient inéluctablement vers les falaises puis dans l’océan, une centaine de mètres plus bas.

Première zone décapée par l'érosion au sud-ouest de Péninsule de Poike ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Première zone décapée par l’érosion au sud-ouest de la Péninsule de Poike
Rapa Nui (Île de Pâques)

La partie orientale de la péninsule est la plus touchée. L’érosion y a déjà ravagé plusieurs dizaines d’hectares. Un cordon de forêt issu de plantations d’eucalyptus semble limiter l’extension du phénomène vers l’intérieur des terres. Sans cela, on imagine assez bien l’érosion poursuivre son patient travail destructeur jusqu’à transformer la péninsule entière en désert.

Terre décapée vers l'océan via d'impressionnantes ravines de ruissellement ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Terre décapée vers l’océan via d’impressionnantes ravines de ruissellement
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Des filaos, issus de campagnes de plantations successives, peinent à retenir le sol. La terre végétale a, elle, depuis longtemps déjà disparu au pied des falaises. La reprise des plants est assez hétérogène. Même si la réussite de l’opération ne semble pas garantie, c’est une belle initiative pour tenter de lutter contre cette érosion.

Les ravines s'apparentent parfois à de véritables petits canyons ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Les ravines s’apparentent parfois à de véritables petits canyons.
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Un paysage d'érosion comme jamais je n'en ai vu ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Un paysage d’érosion comme jamais je n’en ai vu…
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Deux ravines se rejoignant puis se jetant dans le Pacifique ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Confluence de deux ravines avant le grand saut dans le Pacifique
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je traverse ces terres dénudées en enjambant les goulots, tellement larges parfois que je suis obligé de passer au fond. J’atteins le nord de la péninsule, pour l’instant épargné par le phénomène. Je n’ai jusque-là croisé que chevaux et vaches en semi-liberté, au son des grillons qui peuplent généreusement la prairie et des cris perçants de ces petits faucons dont j’ai appris à me méfier. Le ciel, partiellement nuageux, tient toujours bon.

J’atteins après deux bonnes heures de marche le Maunga Parehe, un mamelon volcanique perché au-dessus de la falaise, englouti aux trois quarts par le Pacifique. L’érosion occasionnée par les vagues sur le trait de côte est flagrant ici. Deux autres mamelons – le Maunga Tea Tea et le Maunga Vai Heva-, remarquablement alignés avec le précédent, subiront un jour le même sort…

La vue sur les falaises, hautes de près de 200 m au sommet du Maunga Parehe, et la côte nord est splendide.

Paysage côtier au nord ouest de la péninsule (en haut à gauche : le Maunga Parehe) ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Paysage côtier (en haut à g. : le Maunga Parehe)
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je décide de rejoindre le point culminant de la péninsule – le sommet du Poike (370 m) – en grimpant sur le Maunga Tea Tea puis le Maunga Vai Heva. Je pourrais les contourner très facilement mais ces deux rebonds m’appellent. Leurs pentes très courtes (20 à 30 mètres de dénivelé) mais raides m’obligent à utiliser les mains.

L’ascension du Poike – « ascension » étant un bien grand mot pour un sommet de cet acabit – ne représente aucune difficulté. Je suis déçu en arrivant à destination.  Le cratère n’est qu’une faible dépression occupée par un bosquet d’arbres chétifs… Seul le panorama présente vraiment un intérêt.

Maunga Tea Tea vu depuis le Maunga Vai Heva ; Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

Le Maunga Tea Tea, observé depuis le Maunga Vai Heva
Péninsule de Poike, Rapa Nui (Île de Pâques)

L’Ahu Tongariki en ligne de mire (à 3 kilomètres précisément), j’entame alors la descente vers mon point de départ tout en admirant le paysage.  Je prends garde de ne pas trébucher sur les roches disséminées un peu partout, invisibles dans les grandes herbes. L’atmosphère est délicieuse : il n’y a pas un seul bruit parasite pour venir troubler la quiétude de ce petit bout de Terre.

Je fais une pause à mi-pente pour écouter le « silence », bercé par le chant des grillons, quelques cris d’oiseaux et le bruit sourd, presque inaudible, des lames qui se brisent sur le rivage. Des rideaux de pluie glissent très lentement sur l’océan en direction d’Hanga Roa, au sud-ouest de l’île. Je suis bel et bien passé entre les gouttes… pour le moment tout du moins ! Je prends une photo pour immortaliser ce petit moment d’exception.

Rideau de pluie non loin de l'Ahu Tongariki (en bas à dr.) ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Rideau de pluie non loin de l’Ahu Tongariki (en bas à dr.)
Rapa Nui (Île de Pâques)

Après quelques minutes hors du temps, je me remets en route. Je galère un peu dans la végétation au niveau de la rupture de pente séparant la péninsule du reste de l’île. Je n’ai pas choisi le bon endroit visiblement mais j’évite au moins de déranger une seconde fois le petit faucon de tout à l’heure. Je retrouve mon vélo là où je l’avais laissé, au prix de quelques lacérations aux jambes… rien de bien méchant. C’est reparti pour une vingtaine de kilomètres à vélo ! Je commence à connaître le chemin ; c’est en effet déjà la troisième fois que je parcoure la route côtière dans ce sens. Ayant les faveurs du vent, je rentre sans pousser exagérément sur les pédales.

19h30 : La nuit a déjà commencé à tomber lorsque je rejoins le gîte. Voilà une après-midi bien rempli au cours de laquelle je me suis régalé et bien dépensé. Même si j’aurais aimé passer une bonne grosse journée sur la péninsule de Poike, je suis vraiment heureux d’avoir réussi à en avoir fait le tour.

La soirée se résume à peu de choses : une bonne douche suivie d’un dîner rapide et, hop, sous les draps !

10 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Une journée « off », un mauvais jour. Je ne sors presque pas, me morfonds et broie du noir toute la journée dans mon repaire. Il faut dire que le temps ne se prête pas particulièrement à vivre au grand air aujourd’hui. Je passe plusieurs heures sur Internet à lire des avis sur des reflex numériques et me mets à rêver du jour où j’aurai de nouveau entre les mains un appareil photo digne de ce nom.

Ma motivation à écrire dans mon journal est au point mort ces derniers temps. C’était si facile de garder le cap quand j’avais mon ordinateur et la possibilité de partager régulièrement mes aventure sur le blog. Aujourd’hui, écrire « à l’ancienne » muni d’un papier et d’un stylo me semble si lent et laborieux. Je me rends compte que je ne suis en fait pas du tout habitué à écrire à la main. Du coup, je suis très en retard dans mon récit. Pour preuve, j’ai à peine commencé à raconter mon séjour sur l’île [j’écrits ces lignes alors que j’attends mon vol pour Tahiti…]. C’est dommage car les journées, souvent si riches en souvenirs, se brouillent parfois entre elles, m’obligeant à passer encore plus de temps à la tâche pour tout remettre dans l’ordre. La procrastination n’a jamais été très rentable…

Frustré, démotivé et fatigué, rien ne me retient après 20h, heure d’extinction des feux ce soir.

11 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je pars ce matin vers 9h30 en direction de la côte nord-ouest de l’île. Mon objectif est de rejoindre la plage d’Anakena à pied en longeant la côte puis de revenir à Hanga Roa en faisant au passage « l’ascension » du Mont Terevaka, le point culminant de l’île. La météo est plutôt engageante ; je devrais être épargné par les passages pluvieux, fréquents ces derniers jours.

Superbe moai rencontré sur le site de Tahai ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai rencontré sur le site de Tahai
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Je rejoins dans un premier temps l’Ahu Tupai, un petit ahu que j’avais découvert le deuxième jour. Sachant que je ne dois pas traîner si je veux atteindre mon objectif, je marche d’un bon pas en serpentant dans les chaos de roches. Plusieurs bateaux de pêcheurs cabotent au pied de la falaise à la recherche de je-ne-sais-quel butin. Mon regard ne cesse de se perdre dans le bleu du Pacifique…

Je m’arrête vers midi au niveau d’une anse pour pique-niquer puis reprends ma route vers le « cap nord », un repère cartographique impossible à identifier précisément sur le terrain. Je me rends compte petit à petit que mon objectif initial était ambitieux ; je suis parti malheureusement trop tard. Je décide donc de bifurquer directement vers l’intérieur de l’île, en direction du Terevaka. N’ayant aucune idée de l’endroit où se trouve précisément le sommet, je monte à vue en me fiant au relief. En essayant de mettre systématiquement un pied au-dessus de l’autre, je devrais bien arriver au faîte de l’île !

Le panorama évolue à mesure que je m’élève et m’éloigne des falaises. Les pâturages, plus jaunes que verts, tranchent admirablement avec le bleu de l’océan. Les pentes sont douces et, malgré les chaos de roches disséminés un peu partout, je progresse rapidement.

Chaos de roches « dévalant » les pentes douces du Mont Terevaka sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Chaos de roches « dévalant » les pentes douces du Mont Terevaka sur la côte ouest
Rapa Nui (Île de Pâques)

Un énième moai « perdu » au milieu de nulle part sur la côte ouest ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Un énième moai « perdu » au milieu de nulle part sur la côte ouest…
Rapa Nui (Île de Pâques)

J’atteins bientôt un gros et beau cairn, faisant parfaitement corps avec le rocher sur lequel il a été érigé. C’est bien le premier de cette taille que j’observe sur l’île ! Je me demande bien ce qu’il fait là, au milieu de nulle-part. J’y fais une courte pause pour boire et manger un morceau puis reprends ma progression vers ce fameux point culminant, toujours caché derrière les rebonds du microrelief.

Gros cairn à mi pente sur le flanc ouest du Mont Terevaka ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Gros cairn à mi pente sur le flanc ouest du Mont Terevaka
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je finis sans trop m’en rendre compte par atteindre les hauteurs du Terevaka. J’ai toutefois du mal à identifier clairement le point culminant. Il y a en effet trois petits cônes volcaniques proches les uns des autres et de hauteur comparable. Je fais le tour de deux d’entre eux. Les cratères ne sont que de simples dépressions, profondes de seulement quelques mètres. Il n’y a pas grand-chose à voir finalement… si ce n’est la vue !

Je me rends compte, en balayant des yeux le panorama, que je ne suis pas très loin de la « forêt » de l’île, une vaste plantation d’eucalyptus couvrant 4000 à 5000 hectares. J’aperçois Hanga Roa en direction du sud-sud-est, à 8-9 kilomètres à vol d’oiseau. Souhaitant couper à travers champs plutôt que de suivre la piste, je profite de ce point de vue dominant pour définir un itinéraire de retour jusqu’à Hanga Roa. J’essaie de viser l’Ahu Akivi, représenté sur ma carte (plutôt imprécise) mais que je ne parviens pas à voir.

Je traverse plusieurs pâtures abandonnées, enjambant sans difficulté les clôtures barbelées en piteux état qui les délimitent. La progression dans la végétation n’est pas toujours aisée en raison des roches qui se dissimulent parmi les hautes herbes. Après quelques kilomètres de ce hors-piste, j’atteins enfin une route goudronnée. Je sais que l’Ahu Akivi n’est pas loin mais je n’ai aucune idée de la direction à prendre, ma carte étant bien trop imprécise. Tant pis pour aujourd’hui ! Je reviendrai demain en vélo pour le découvrir. Je continue ma progression vers le bourg en contournant un cône volcanique éventré sur son flanc ouest, le Vaka Kipu Te Poko.

16h30 : J’atteins les premières maisons au nord d’Hanga Roa. Le bourg étant très étalé (près de 4 kilomètres), la route est encore longue jusqu’au centre. Fatigué, cette perspective m’enchante guère. Heureusement, un couple de retraités au look baba cool, en route pour le centre, me propose gentiment de grimper dans leur pick-up. J’accepte volontiers. Une fois au centre, je fais quelques courses avant de remonter au gîte.

Avec cette marche à mon actif, je me rends compte qu’hormis la portion allant du Cap Nord à la plage d’Anakena (environ 6 km) j’ai parcouru, à l’aide de mes deux jambes (à pied ou à vélo), tout le tour de l’île en longeant la côte soit environ 65-70 km.

12 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

Je loue ce matin un vélo pour faire une dernière fois le grand tour de l’île par la route et revoir les principaux sites d’intérêt, en y ajoutant celui de Puna Pau et l’Ahu Akivi que j’ai manqué hier.

11h : Je me mets en route et visite dans un premier temps le site de Puna Pau, à l’est d’Hanga Roa. Cette ancienne carrière située entre deux cônes volcaniques – le Maunga Tangaroa et le Maunga Vai Ohao – était la seule source de scorie rouge servant à la confection des pukaos. On est loin de l’atmosphère de la Carrière des Moais. Je ne m’éternise pas.

Je découvre l’Ahu Akivi cinq minutes plus tard, au terminus de la route asphaltée que j’avais traversée hier. Restaurée en 1960, cette plateforme se démarque nettement des autres sur plusieurs points. Tout d’abord, contrairement aux autres ahus, ses sept moais ont une taille et une apparence comparables. Ensuite, ils ne regardent par vers l’intérieur des terres mais vers la mer, un fait unique sur l’île. Outre le fait d’avoir été construit loin des côtes (2.5 km), l’ahu présente enfin la particularité de faire exactement face au coucher de soleil lors de l’équinoxe de printemps et, inversement, d’être parfaitement dos au lever du soleil au moment de l’équinoxe d’automne.

Je reste un petit moment à admirer les moais avant de reprendre mon vélo pour rebrousser chemin et reprendre la route d’Anakena. Je croise Tanya, l’allemande que j’avais rencontrée à Orongo, dans la descente vers la plage. Nous discutons un bon moment sur le bord de la route.

L'Ahu Akivi et ses sept moais restaurés ; Rapa Nui (Île de Pâques)

L’Ahu Akivi et ses sept moais restaurés
Rapa Nui (Île de Pâques)

Je découvre peu après la plage d’Ovahe, un petit coin de sable lové au pied d’une falaise. Avec pour toile de fond la côte déchiquetée, la péninsule de Poike et l’infini de l’horizon, l’endroit ne manque pas de charme. Je ne suis pas seul : une famille rapanui arrive pour pique-niquer. Je me pose pour savourer mon sandwich et l’endroit puis repars en grimpant au sommet du Maunga Puha, un cône volcanique éventré par l’érosion des vagues. De là-haut, j’ai droit à une vue superbe sur la côte et les eaux diaphanes du Pacifique. Je récupère mon vélo en bas de la pente – très raide et glissante – puis fais un saut à Anakena pour admirer une dernière fois la plage et le bel Ahu Nau Nau.

Ahu Nau Nau, vu de biais ; Plage d'Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Ahu Nau Nau, vu de biais
Plage d’Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais portant le pukao, vus de dos (Ahu Nau Nau) ; Plage d'Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais portant le pukao, vus de dos (Ahu Nau Nau)
Plage d’Anakena, Rapa Nui (Île de Pâques)

Côte nord vue depuis le sommet du Maunga Puha ; Site d'Ovahe, Rapa Nui (Île de Pâques)

Côte nord vue depuis le sommet du Maunga Puha
Site d’Ovahe, Rapa Nui (Île de Pâques)

Prochaine étape : l’Ahu Tongariki. Je reste une bonne heure adossé à un rocher face aux quinze sentinelles de pierre, à noircir mon journal de bord tout en savourant ce lieu d’exception. J’ai de la chance, il y a peu de monde.

Je repars peu après 18h, persuadé que les 20 derniers kilomètres restant à parcourir pour rejoindre Hanga Roa seraient une formalité. Que nenni ! J’ai le vent de face cette fois-ci. La progression est de fait rendue vraiment pénible. Je peste contre ce satané vent qui s’évertue à me ralentir, même dans les descentes. Mon rythme est saccadé ; j’ai besoin de faire des pauses car mes jambes n’en peuvent plus. Je mets ainsi plus d’une heure pour arriver à Hanga Roa ! De retour au village, je passe vite fait au supermarché avant de remonter au gîte.

Trois moais de l'Ahu Tongariki ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Trois moais de l’Ahu Tongariki
Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai de l'Ahu Tongariki portant le pukao ; Rapa Nui (Île de Pâques)

Superbe moai de l’Ahu Tongariki portant le pukao
Rapa Nui (Île de Pâques)

Une bonne douche et me voilà frais et dispo pour mon dîner avec Pauline, une suisse francophone fraîchement débarquée sur l’île et rencontrée ce matin au petit déjeuner. Nous cuisinons un plat de pâtes agrémentées de légumes variés revenus à la poêle. S’ensuit une sympathique petite soirée jusqu’à 23h, à parler principalement de voyage. La solitude commençant à me peser ces derniers temps, je suis très heureux de partager ce moment avec elle.

13 octobre 2014, Hanga Roa (Rapa Nui)

C’est déjà mon onzième et dernier jour sur l’Île de Pâques… Que le temps passe vite !

Je me lève vers 8h30, soit une demi-heure après le soleil, prends mon petit déjeuner puis réorganise mes deux sacs pendant une bonne heure et demi. J’éprouve un certain plaisir à refaire mon sac, à remettre les choses à leur place en vérifiant que tout y est. Une façon de se remettre dans le bain, de se préparer à repartir vers l’inconnu !

Ma chambre au gîte de Martín ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Ma chambre au gîte de Martín
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

11h : Je vide la chambre, dépose mon gros sac dans la salle-à-manger du gîte puis prends le chemin du centre-bourg pour poster trois cartes postales, rendre le vélo et acheter quelques provisions. Après un déjeuner rapide, je me rends d’un bon pas (environ 1h15) jusqu’au cratère du Rano Kau en empruntant un sentier. Il faut impérativement que j’admire ce monument naturel une toute dernière fois !

L’émerveillement est intact, à chaque fois renouvelé. Ayant du temps devant moi, je décide de longer le cratère, comme la première fois, en direction de son « extrémité » sud-est, jusqu’au bord de la zone d’effondrement. J’éprouve déjà une certaine nostalgie à l’idée de partir ce soir. C’est toujours une déchirure de quitter un endroit qui nous a profondément marqué en se disant qu’on ne le reverra probablement jamais…

Je reste une bonne demi-heure à contempler le panorama, au son des lames qui se brisent trois cents mètres plus bas. Que c’est beau ! Je rebrousse ensuite chemin jusqu’au nord du cratère et entame ma descente en empruntant la route de manière à réaliser une boucle, mais surtout pour pouvoir croquer dans quelques goyaves bien mûres glanées dans les fourrés.

18h30 : Je suis de retour au gîte après avoir écoulé mes derniers pesos chiliens dans une supérette pour m’acheter de quoi dîner. Je discute un moment avec Pauline, revenue d’une longue journée de marche.

20h15 : Martín me conduit en voiture à l’aéroport, peu avant l’ouverture de l’enregistrement. L’avion décollant dans un peu plus de trois heures, j’ai du temps devant moi pour écrire et rattraper mon retard. Le hall de l’aéroport est infesté de moustiques, tous plus insidieux les uns que les autres… Quelles sales bêtes !

Juste avant de grimper dans l'avion pour Tahiti ! ; Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

Juste avant de grimper dans l’avion pour Tahiti !
Hanga Roa, Rapa Nui (Île de Pâques)

23h30 : L’avion décolle ! Adieu petit bout du monde…

Je vois s’évanouir dans la nuit les lumières d’Hanga Roa puis c’est le noir total, celui du Grand Bleu. C’est parti pour 6h de vol jusqu’à Papeete, 4250 km plus à l’ouest ! L’excitation à l’idée d’arriver dans seulement quelques heures à Tahiti est énorme, cette destination faisant partie depuis longtemps de mes grands favoris. L’avion LAN assurant le vol est au top avec des écrans tactiles dernier cri offrant un très large choix de vidéos. Je regarde un documentaire sur les photographes de National Geographic puis un film (Godzilla, une nouvelle version venant de sortir cette année) avant de fermer les yeux pour quelques heures, histoire de récupérer un peu. Notre avion doit atterrir à Papeete vers minuit et demi, heure locale. Il sera alors 5h30 du matin à Hanga Roa et midi et demi en France. Les décalages horaires, fatigants mais tellement fun !

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3 commentaires

  1. Encore une très belle série d’articles qui nous emmène sur tes traces dans sur cette petite île perdue dans le Pacifique. C’est toujours un plaisir de te lire et d’admirer tes photos.
    Vivement la suite !

  2. Je te l’ai déjà dit mon Nico… Mais mieux vaut deux fois qu’une…
    Tu as les mots parfaits pour légender tes magnifiques photos & tu as le chic pour nous faire rêver et nous faire un peu voyager !

    Vivement le prochain chapitre de ta belle histoire !!

    Je t’aime Grand Frère !
    TPQTAF !!

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