Mendoza, Santiago y Valparaíso

Remarque : En raison du vol de mon appareil photo à Buenos Aires, je ne peux malheureusement illustrer le début de cet article qu’avec quelques images glanées sur Internet (merci à leurs auteurs).

25 septembre 2014, Mendoza

10h30 : J’arrive enfin à Mendoza, quatrième ville d’Argentine derrière Buenos Aires, Córdoba et Rosario, après un voyage de près de 15h. J’ai réussi à me reposer sans trop de mal. Vive les bus argentins ! Je fais un saut rapide au point Info de la gare routière pour dégoter une carte de la ville puis j’achète dans la foulée un ticket de bus pour Santiago (du Chili !), ma prochaine destination. Je réserve une place dans un bus prévu samedi à 8h45 (300 pesos), sans assurance de pouvoir partir ce jour-là, le col entre Mendoza et la capitale chilienne au beau milieu de la Cordillère des Andes étant fermé jusqu’à demain inclus pour cause de mauvais temps. Pas de chance ! Décidément, la roue semble avoir tourné depuis quelques jours…

Je me mets ensuite en route pour le centre-ville et le premier hébergement sur ma liste : l’hostal Alamo, côté numéro un sur TripAdvisor. Sans mon précieux Footprint, je m’en remets intégralement à ce site d’avis et de conseils touristiques réputé dans le monde des voyageurs. Il me faut une demi-heure à bon rythme pour rejoindre l’adresse en question – située rue Necochea – que je trouve sans mal grâce à la carte que l’on m’a remise. Mendoza me plaît d’emblée. C’est une jolie ville, ornée de toutes parts d’impressionnantes allées de platanes. Je n’ai jamais vu une chose pareille : toutes les rues sans exception semblent avoir été plantées d’arbres ayant aujourd’hui atteint de belles dimensions. On dirait une ville « forêt»  tellement les arbres dominent le paysage urbain. Incroyable !

Mendoza, une ville « forêt »

Mendoza, une ville « forêt »
Source : C. Quezada Valdés ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

La nuitée en dortoir de quatre avec le petit déjeuner inclus coûte 130 pesos. Située à seulement quelques rues du cœur de la ville – la Place de l’Indépendance – l’auberge est bien positionnée. Elle semble par ailleurs conviviale et bien tenue. Adjugé, vendu ! Je n’ai de toute façon aucune envie de continuer à arpenter les rues avec mes sacs. Je pose donc mes valises à l’hostal Alamo. La chambre est petite mais très propre et confortable. Un lit superposé est déjà occupé. J’investis le second en optant pour le lit inférieur.

Allégé, je ressors rapidement pour trouver un endroit où déjeuner car j’ai les crocs. Je trouve mon bonheur dans un petit resto self-service situé le long de la rue Mendocinas, non loin de la place centrale. 30 pesos me suffisent pour satisfaire ma faim avec un menu entièrement végétarien. Le ventre plein, je retourne à l’hostal et m’allonge deux bonnes heures en m’abritant des regards derrière mon couvre-lit que j’ai coincé entre le matelas du dessus et l’armature des lits superposés. Pratique ! Le moral n’est pas vraiment bon ; cette histoire de vol m’a scié les pattes pour un moment…

Je m’octroie après la sieste une petite séance sur l’unique ordinateur de l’hostal pour aller sur Internet, très frustré de ne plus pouvoir le faire sur ma propre « bécane ». La frustration est d’autant plus forte que les autres voyageurs présents dans la salle pianotent tranquillement sur leurs ordinateurs portables. Certains doivent certainement être en train de bichonner leur blog… Dur dur.

Je fais la rencontre en fin de journée de l’un de mes colocataires, un jeune allemand de 19 ans. Il m’invite ce soir à le rejoindre pour dîner avec un petit groupe dont il a fait la connaissance aujourd’hui. J’accepte en me disant que ça devrait m’aider à me changer les idées. Je me retrouve avec cinq jeunes ayant à peine la vingtaine, avec qui j’ai l’impression de ne pas avoir grand-chose en commun… Je ne peux m’empêcher de penser : « Mais, qu’est-ce que je fous là ?».

Nous dînons dans un immense restaurant de type self-service, offrant un impressionnant éventail de plats. Les viandes sont bien entendu à l’honneur ; nous sommes en Argentine ! Le repas à volonté coûte 100 pesos sans les boissons. Il faut ajouter à cela les propinas (pourboire) que ne manquent pas de demander de façon parfois insistante les cuisiniers postés derrière leurs fourneaux. Le buffet étant à volonté et représentant un extra dans mon budget, j’ai du mal à contenir ma gourmandise et finis par trop manger. L’addition payée, j’attends avec impatience que l’on décolle mais une personne du groupe se fait désirer en prenant tout son temps pour finir son assiette… Je finis par quitter prématurément l’assemblée pour rentrer car je n’en peux plus. J’ai vraiment du mal à voir le bon côté des choses ces derniers temps. Un rien m’agace…

Il est minuit passé lorsque je peux enfin me glisser sous les draps et rejoindre les bras de Morphée.

 26 septembre 2014, Mendoza

J’enfile short et baskets ce matin après le petit-déjeuner pour aller me défouler un peu. Je prends en courant la direction du Parc San Martín, situé une dizaine de rues à l’ouest de la Plaza Independencia. Il fait frais au sortir de l’hostal mais le soleil et surtout l’effort font rapidement monter le thermomètre ! J’ai la pêche ce matin et envie de m’en mettre plein les pattes. Je cours environ 45 minutes à bon rythme et m’octroie même une petite séance de taekwondo sur la rive du bassin artificiel ornant le parc. Même après cinq mois d’inactivité, je suis toujours capable d’effectuer les huit premiers poomsés sans trop de difficultés !

Je suis de retour à l’hostal vers 9h30. Je ressors après la douche en direction de la Plaza Independencia, le sourire aux lèvres d’avoir réussi à me dépenser un peu ce matin. Rien de telle qu’une séance de course à pied pour bien démarrer sa journée et se sentir planer pendant quelques heures… Je retourne au terminal en fin de matinée pour demander à la compagnie de reculer d’une journée mon départ pour Santiago.

Elle accepte sans rechigner et sans frais supplémentaire. Bonne nouvelle ! Je pars donc pour le Chili dimanche matin à 8h45 et non samedi comme c’était prévu au départ ! Pourquoi ce changement ? Parce qu’il va m’éviter de devoir passer un dimanche complet à Santiago, ville qui m’intéresse uniquement parce que j’espère pouvoir y acheter un nouvel ordinateur et un nouvel appareil photo. En arrivant dimanche soir, j’évite ainsi les temps morts et pourrai faire le tour des magasins dès lundi matin.

Je déjeune à nouveau au petit self de la rue Mendocinas. Vingt pesos me suffisent aujourd’hui pour manger à ma faim. Quelle bonne adresse ! Je visite ensuite plusieurs librairies pour dégotter un livre sur l’Île de Pâques, destination vers laquelle je m’envolerai – si tout se passe comme prévu – avec hâte d’ici une semaine. En vain, je rentre bredouille…

La tristesse et la frustration ayant repris le dessus, je me réfugie dans mon lit en début d’après-midi pour y faire un semblant de sieste. À part écrire un peu dans mon journal – à l’ancienne (style sur papier) – et répondre à quelques mails, je ne fais pas grand-chose du reste de l’après-midi…

19h30 : Jacqui, la très sympathique argentine que j’avais rencontrée à Machu Picchu et qui habite justement dans le coin, me rejoins devant l’hostal. Je suis vraiment content de la retrouver ! Ça fait du bien de voir un visage amical connu. Nous nous rendons à pied jusqu’à l’appartement de son frère en faisant quelques courses en route pour le « goûter »  (il est déjà 20h !). Ah les argentins, de vrais espagnols ! Nous mangeons vite fait chez son frère (absent) puis ressortons, cette fois-ci en voiture, pour retrouver un couple d’amis de Jacqui : María Navidad et Franco.

J’assiste dans le froid à la fin d’un match de hockey sur gazon artificiel dans lequel joue Franco. Nous dînons ensuite dans un endroit un peu spécial ressemblant vaguement à une auberge espagnole où l’on ferait la fiesta en permanence. Nous passons tous les quatre un agréable moment, même si j’avoue avoir du mal à suivre efficacement toutes les conversations à cause du bruit ambiant. Je suis fatigué et, même si j’essaie de faire bonne figure, le spleen ne me lâche pas.

Il est 1h du matin passé lorsque Jacqui me dépose devant mon hostal. Nous nous quittons en nous promettant de nous revoir au moins une fois avant mon départ dimanche matin. Je file au lit sans demander mon reste !

 27 septembre 2014, Mendoza

Et une très mauvaise journée de plus à mon compteur ! J’ai le moral à zéro aujourd’hui, rongé par les idées noires. Je tente de courir à nouveau ce matin mais abandonne au bout d’une vingtaine de minutes car, contrairement à hier, la motivation n’y est pas. Je finis par rentrer à pied jusqu’à l’hostal depuis le Parc San Martín.

Mon resto étant malheureusement fermé aujourd’hui, je déjeune dans un fast-food (Kingo) aux airs de MacDo situé au coin de la Plaza Independencia. Je passe une grande partie de l’après-midi à me morfondre et à manger des cochonneries. Je publie le tout dernier article de mon blog, celui que j’ai intitulé « Sucre et le Cratère de Maragua »  et que j’avais intégralement édité à Puerto Iguazú avant le vol. J’accompagne la publication d’un petit message pour annoncer à mes lecteurs que cet article sera le dernier. Après tous les efforts que j’avais consentis pour accoucher de ce « bébé » puis l’alimenter au fil de mon périple, être contraint de le laisser en plan de la sorte est un crève-cœur. J’éprouve un douloureux sentiment d’échec, mêlé d’une profonde haine pour les voleurs qui m’ont piégé.

Je me pose en début de soirée à la terrasse d’un café du Paseo Sarmiento, rue piétonne attenante à la place centrale. La tristesse que je ressens doit se lire facilement sur mon visage ; le moral est au plus bas.

19h45 : Je retrouve Jacqui au coin de la rue San Martín et de la rue Lavalle et passe une très bonne soirée en sa compagnie à la table d’un immense restaurant comparable à celui dans lequel j’ai mangé avant-hier. Le repas à volonté coûte ici 125 pesos. C’est naturellement sans compter les boissons. On se régale et on se confie aussi… Passer ma soirée ce soir avec Jacqui est un vrai réconfort. Je la serre fort dans mes bras au moment de lui dire au revoir en me disant que je ne la reverrai probablement jamais… Jacqui fera définitivement partie des plus belles rencontres de ce voyage.

Minuit : Extinction des feux !

28 septembre 2014, Santiago

Je quitte l’hostal Alamo ce matin vers 7h45. Il me faut une demi-heure à bon rythme pour rejoindre la gare routière. ¡Hasta siempre linda Mendoza! Adieu, jolie Mendoza ! Tes jolies rues ornées de ces superbes avenues arborées vont me manquer…

Je réussis à changer les 144 pesos argentins qu’il me restait en poche contre des pesos chiliens (5600 CLP) auprès de l’une des compagnies de bus du terminal. Le taux est très médiocre mais je préfère me débarrasser de tous mes pesos argentins, probablement très difficiles à échanger ailleurs vue la conjoncture actuelle. Je retrouve avec plaisir des pièces dans mon porte-monnaie. En Argentine, c’est devenu une denrée rarissime et je n’ai – sans exagérer – manipulé que deux pièces de monnaie pendant tout mon séjour dans le pays. Les billets, souvent très fatigués (surtout les petites coupures), sont pour ainsi dire devenus la seule monnaie d’échange. Je fais les gros yeux quand on me remet mes premiers pesos chiliens. C’est en effet la première fois que je vois des pièces de 500 ! Les chiliens aiment les zéros visiblement. Il va désormais falloir que je m’habitue à compter en milliers : le billet de 1000 pesos ne vaut en effet pas plus d’1,30€…

9h : Le bus part enfin avec un petit quart d’heure de retard. Profitant d’un bus à moitié plein, je réussis à changer de siège pour me retrouver à ma place favorite : premier étage, premier rang. Je vais pouvoir me régaler du paysage montagnard à travers le pare-brise panoramique ! Nous quittons rapidement Mendoza pour nous enfoncer bientôt au creux de la Cordillère des Andes en empruntant une profonde vallée entaillée par le Río Mendoza.

Le paysage est splendide, surmonté d’un magnifique ciel bleu. La vallée, dominée par de très hauts sommets enneigés, est bordée d’à-pics vertigineux et d’éboulis gigantesques. L’échelle est vraiment démesurée ! Je sais que l’Aconcagua, le plus haut sommet des trois Amériques réunies (6 962 m), trône quelque part plus au Nord. Mais j’ai beau le chercher, il ne daigne pas se montrer.

Nous atteignons après trois petites heures de route le complexe transfrontalier réunissant les services d’immigration argentins et chiliens. Il y a encore de la neige à cette altitude (près de 3000 m) et des gens dévalent même une piste de ski à quelques centaines de mètres de là.

Le bus se met en file d’attente derrière d’autres véhicules de tous acabits. Il y a beaucoup de monde devant nous et ça n’avance franchement pas vite. Des enfants braillent dans le bus… Ma patience va être mise à dure épreuve, je le sens ! Mon moral, au quatrième sous-sol, ne m’aide en rien à relativiser la situation. L’attente est interminable. C’est de loin le pire passage de frontière que j’ai réalisé jusqu’à présent ! Un véritable calvaire. Il ne faut au final pas moins de 4h pour faire tamponner nos passeports et être contrôlés (bagages à main) avant de pouvoir enfin redécoller et commencer à entamer la descente vers Santiago…

16h : Nous quittons enfin le poste frontière. Quel soulagement ! Je souffle de nous voir enfin repartir et quitter cet enfer. Mais, à mon grand agacement, le bus s’arrête à nouveau une demi-heure plus tard, bloqué devant l’entrée d’un passage couvert pour laisser passer une file interminable de véhicules de toutes sortes (dont beaucoup de camions) arrivant dans l’autre sens. Nous sommes arrêtés 40 minutes supplémentaires !

Avec tous ces retards, le stress commence sérieusement à monter car je vais arriver à Santiago bien après l’heure prévue et risque fort de devoir arpenter de nuit les rues du centre-ville. Cette idée m’enchante guère, d’autant que plusieurs passagers résidant à Santiago me mettent en garde : « Faites attention après 21h dans les rues du centre-ville car elles commencent à devenir mal famées !». Ma veine…

Santiago du Chili, by night

Santiago du Chili, by night
Source : Wikipedia 2015 [licence CC BY 2.0]

19h30 : Le bus atteint enfin sa destination finale, un terminal de bus qui m’étonne par sa taille vue celle de la ville. Il est tout petit et les bus sont serrés comme des sardines le long des quais. Je m’attendais à atterrir dans une gare routière immense, à l’instar de celle de Buenos Aires… Il me faut dix bonnes minutes pour récupérer mon gros sac placé en soute. Ouf, le cadenas n’a pas sauté au passage de douane ! J’essaie ensuite de retirer des pesos chiliens dans l’un des distributeurs – plutôt douteux – de la gare routière. Sans succès. Ils sont tous hors d’usage ou à sec. Super, les ennuis continuent ! J’espère que je pourrai retirer de l’argent plus tard sans trop de soucis.

Je prends le métro pour rejoindre le centre-ville, en ciblant la station la plus proche du premier hébergement sur ma liste, déniché sur le site Internet de Lonely Planet, une auberge de jeunesse située rue Mosquito (Andes Hostel). Je n’ai avec moi que deux adresses, sélectionnées en plein cœur de la ville pour des raisons purement logistiques : avoir accès facilement au métro et aux boutiques du centre-ville pour faire plus facilement les magasins. J’espère que le prix d’une place en dortoir sera correct.

L’auberge se trouve heureusement à deux pas de la bouche de métro et mon « transfert »  se passe sans encombre. La nuit en dortoir de six avec petit déjeuner inclus est à 23$ : ce n’est pas franchement donné (relativement à tous les hébergements dans lesquels j’ai séjourné) mais ça reste acceptable. Je me pose, vraiment soulagé d’être arrivé à bon port et de pouvoir me relâcher un peu après cette affreuse journée. La roue a vraiment tourné depuis ce dimanche maudit à Buenos Aires. En tout cas, c’est comme ça que je perçois les choses ces temps-ci. Miné par ce qui m’est arrivé, je suis toujours incapable de positiver et de profiter à nouveau du voyage. Tout m’agace, tout me fait broyer du noir… Marre des grandes villes et des concentrations humaines ! Vivement l’Île de Pâques, bon sang !

Je pose mes affaires dans le dortoir – content de constater qu’il est pour l’instant vide – puis ressors pour aller manger un bout et apaiser ma grande faim. Je me pose dix minutes dans un chinois pour avaler un bol de riz et boire une bière puis m’offre une grosse coupe de gelato chez un glacier situé juste à côté de l’auberge pour me remonter un peu le moral. J’ai vu plus « diet »  comme dîner mais tant pis.

Je me couche juste après la douche, vraiment soulagé que cette journée se termine !

29 septembre 2014, Santiago

Je me réveille vers 8h ce matin et prends mon petit déjeuner – copieux mais sans grand plus – à l’auberge, avant de sortir en ville pour commencer ma quête : remplacer mon matériel photographique et informatique, l’unique raison pour laquelle je suis forcé de rester quelques jours dans cette ville. Ma priorité reste cependant l’appareil photo, sans lequel je ne me vois pas poursuivre mon voyage.

Je visite trois magasins du centre-ville spécialisés dans la photo puis prends le métro pour me rendre au centre commercial Arauco, situé au nord-est de la ville, dans une zone peuplée de gratte-ciels. Quelle horreur cette ville, tellement grise et impersonnelle ! N’ayant pas de carte avec moi, je trouve le centre commercial en demandant mon chemin dans la rue à la sortie du métro. Il se trouve à vingt minutes de marche de la station dans une tour ultra-moderne, totem clinquant du consumérisme à l’occidentale. Beurk ! Je déteste être là.

Je visite un magasin Sony et deux « sections » de grandes enseignes locales (Falabella et Paris), tous les trois spécialisés dans le matériel photo. Les magasins Paris et Falabella, qui s’apparentent aux Galeries Lafayette, s’étalent chacun sur trois étages à chaque extrémité du centre commercial. Je prends quelques notes sur différents modèles de reflex et de compacts dans un petit carnet pour pouvoir comparer les prix et faire quelques recherches sur Internet. Je sens que je vais avoir du mal à faire un choix parmi tous ces modèles. Je passe deux bonnes heures dans le centre commercial puis retourne prendre le métro pour rejoindre le centre-ville.

Centre commercial ultra moderne à Santiago

Centre commercial ultra moderne à Santiago
Source : Xamuhinamorix ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

15h30 : Le moral est toujours très bas, mon aversion pour fourmilière très haute. Je me rends à la Poste Centrale, située Plaza de Armas, en fin d’après-midi pour retirer un colis envoyé en poste restante depuis la maison. Le colis est, à mon grand soulagement, bien arrivé et je peux le retirer rapidement en présentant simplement mon passeport. Me voilà avec un nouveau stock de lentilles de contact journalières pour les trois prochains mois !

La Place d’Armes, le cœur du cœur de la mégapole, m’apparaît ridiculement petite pour une si grande ville. Elle est en travaux et des cloisons temporaires empêchent de voir ce qui se trame en son centre. Les autres voyageurs m’ont souvent dit depuis le début de mon voyage que Santiago présentait peu d’intérêt, que c’était une mégapole sans grande saveur. Même si mon moral altère indéniablement mon jugement, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec cette description… C’est une ville terne en comparaison d’autres grandes cités que j’ai pu aborder précédemment en Amérique du Sud, comme Quito, Buenos Aires, Mendoza et même La Paz.

Ma soirée présente peu d’intérêt si ce n’est une discussion sympathique avec une américaine (Weddy) au moment du dîner (un plat de pâtes que je me prépare vite fait dans la cuisine de l’auberge). Elle est étudiante dans le domaine de l’immigration et voyage au Chili pour réaliser un volontariat. Elle m’a l’air particulièrement futée et ambitieuse ; je la verrais bien intégrer un jour les hautes sphères du gouvernement américain…

Je me mets au lit vers 21h30, rempli de tristesse. Je haie cette ville et cette étape de mon voyage. Vivement que les vents me soient à nouveau favorables. Vivement l’Île de Pâques !

30 septembre 2014, Santiago

La série noire continue. Je passe encore une fois une très mauvaise journée.

Je retourne dans l’après-midi au centre commercial (Parque Arauco), en empruntant le même itinéraire que la veille. La foule, le bruit, la pollution… Toutes ces nuisances de la ville m’insupportent au plus haut point et me minent profondément. J’ai parfois l’impression d’être en mode « survie » dans cette ville. Mes idées noires ne me quittent pas.

Ma mission : revisiter les mêmes magasins que la veille pour prendre les références d’autres appareils photos mais aussi pour acheter une tablette tactile afin de pouvoir me connecter à Internet plus facilement.

Je ne supporte plus l’ordinateur en libre-service de l’auberge de jeunesse (impossible de consulter Internet efficacement ; le navigateur se réinitialise au bout d’un rien de temps et l’auberge refuse de changer quoi que ce soit). Je m’imagine par ailleurs très mal continuer à « fonctionner » avec les antiquités que je trouverai presque invariablement dans les hébergements que je fréquenterai par la suite, pour peu qu’ils disposent bien d’un ordinateur en libre-service. J’ai abandonné l’idée de racheter un ordinateur portable car toutes les bécanes que j’ai rencontrées – sans exception – ont un clavier espagnol et les prix sont assez prohibitifs (j’avais acheté le mien sur Internet et avait pu bénéficier du meilleur rapport qualité/prix à ce moment-là). Je sens que cet achat – peut-être un peu compulsif – va me remonter le moral.

Je prends les références d’un compact numérique estampillé « expert » – le Cyber-shot DSC-RX 100 M2 – dans le magasin Sony du centre commercial pour pouvoir lire des avis à son sujet sur Internet. J’ai en effet également abandonné l’idée de me racheter un reflex pour me rabattre sur un compact. Même si la conjoncture est ici plus intéressante qu’en Argentine, les prix des reflex de qualité restent vraiment prohibitifs et le risque de me faire voler de nouveau au cours des neuf mois de voyage à venir n’est pas négligeable. Il me faudrait par ailleurs un sac à dos adéquat, accompagné idéalement d’un étui de protection. Cet achat attendra mon retour en France… L’idée m’enchante guère ; je sais que la frustration sera souvent là de ne pas pouvoir photographier avec un reflex, et ce même si le compact a ses avantages (légèreté, faible encombrement, prix inférieur et donc moins de stress à l’idée de me le faire voler…).

La journée se termine mieux qu’elle n’a commencé. Je dîne en effet ce soir avec Christine, une fille sympathique originaire d’Amérique du Sud et rencontrée dans le dortoir. Nous passons tous deux un agréable moment dans un resto bien animé d’un joli quartier branché de Santiago. Pour la première fois depuis le début de mon séjour ici, j’ai l’impression de découvrir un coin sympa de la ville…

Extinction des feux vers 22h.

1er octobre 2014, Santiago

Je fais quelques recherches ce matin sur les compacts que j’ai vus dans les magasins prospectés ces derniers jours et finis par arrêter mon choix – parce qu’il le faut bien – sur le Sony Cybershot DSC RX 100 M2 (ils auraient pu lui donner un nom un peu plus sexy !) à 400 000 pesos chiliens, soit près de 530€ tout de même. Ce compact « expert » récolte de bons avis sur la toile ; j’espère que je ne serai pas déçu…

Je retourne donc une troisième fois au centre commercial Parque Arauco en milieu de journée. Le chemin, je commence à le connaître à force… La conseillère avec qui j’avais échangé hier à propos du compact n’est pas encore là. Je profite de ce temps mort pour aller acheter une pochette de protection pour ma tablette (13€) puis retourne chez Sony. Pas de chance… le modèle n’est plus en stock ! Je suis maudit.

Heureusement, un autre exemplaire est présent en vitrine. Il n’aurait soi-disant été placé en exposition que depuis trois jours. La vendeuse me propose de prendre celui-ci. Je lui demande une ristourne que refuse son chef. Il m’informe toutefois d’un bon plan : demander une carte touristique à l’accueil du centre commercial pour pouvoir bénéficier d’une réduction de 10% sur l’appareil photo (40 000 pesos soit près de 50€, ce n’est pas rien). Je m’empresse d’aller chercher la fameuse carte puis reviens procéder à l’achat de l’appareil. Je l’accompagne d’une seconde batterie – dont je ne regretterai pas du tout l’achat – et d’une carte mémoire de 16 Go pour un total de 403 000 pesos chiliens. Il ne me reste plus qu’à acheter un étui de protection pour mon nouveau joujou puis prendre la direction du retour. Il est 15h lorsque je quitte le centre commercial. J’espère ne plus jamais avoir à y remettre les pieds !

A mon retour à l’auberge, je subis une nouvelle déconvenue : le câble d’alimentation n’est plus dans la boîte. J’avais pourtant vérifié son contenu avec la vendeuse au comptoir du magasin ! Deux possibilités : soit je l’ai perdu, soit je l’ai oublié sur le comptoir. Je suis décidément « à côté de mes pompes » ces temps-ci… Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol ! N’ayant absolument aucune envie de retourner au centre commercial, je décide de dégoter le câble en centre-ville. J’en trouve un pour 5000 CLP dans un magasin spécialisé en informatique.

Mais, en rentrant une nouvelle fois à l’hostal, je me rends compte d’un nouveau problème : le chargeur ne peut pas être branché directement au secteur ; il me faut un adaptateur (objet que je n’ai pas encore racheté). Je ressors donc une énième fois et trouve le truc en question dans un petit magasin spécialisé en matériel électrique. J’effectue les branchements dès mon retour. Ouf, ça fonctionne ! Quel stress accumulé tout au long de la journée !

18h passé : J’enfile ma tenue de sport pour aller me dégourdir les jambes en ville et évacuer toute cette tension. Je découvre en courant un bel endroit au nord de l’auberge : le Parc métropolitain de Santiago, situé sur le Cerro San Cristóbal. La vue sur la capitale depuis le sommet est imprenable. Je n’imaginais pas Santiago aussi gigantesque et peuplée d’autant de gratte-ciels. Le temps est doux et ensoleillé, délicieusement printanier. C’est un bonheur de courir dans ces conditions, pour peu que l’on fasse abstraction du trafic routier ou de la nappe de pollution grisâtre qui plane au-dessus de la ville… Ah, les joies de l’urbanisation outrancière et des sur-concentrations humaines !

Santiago du Chili, vue depuis le Cerro San Cristóbal

Santiago du Chili, vue depuis le Cerro San Cristóbal
Source : D. Alpern ; Wikipedia 2015 [licence CC BY-SA 3.0]

Je réussis à courir une bonne heure en tout, avec des pauses en marche rapide pour gravir la colline. Je me régale à monter-descendre en trottinant, et à plusieurs reprises, les escaliers menant à l’imposante statue de la Vierge (14 m de haut) qui trône au sommet. Cette séance sportive me fait un bien fou ! Mon moral remonte en flèche et je positive de nouveau. Ayant fini de reconstituer – tant bien que mal et du mieux que je le pouvais – mon équipement, j’ai ce soir l’impression de pouvoir me concentrer de nouveau sur mon voyage et être plus réceptif à ce qu’il y a autour de moi…

vierge_san_cristobal-1

Vierge trônant au sommet du Cerro San Cristóbal
Source : McKay Savage ; Wikipedia 2015 [licence CC BY 2.0]

Il fait presque nuit lorsque je rejoins l’auberge. Je rejoins la salle-à-manger juste après ma douche car un dîner gratuit y est organisé. Nous avons droit à une belle assiette de pâtes accompagnée d’un verre de vin. Plutôt cool ! Je discute un moment avec Yanna, une allemande, et Livia, une brésilienne toute mignonne, avant de remonter me coucher. La journée se termine mieux qu’elle n’a commencé.

2 octobre 2014, Santiago

[Mes photos reviennent enfin à compter de ce jour ! :-) ]

Je me lève tôt ce matin pour me rendre à Valparaíso, une ville portuaire très colorée située au nord-ouest de Santiago. Influencé par le film Diarios de Motocicleta – dans lequel le jeune Ernesto Guevara (le futur Ché) et son ami Alberto Granado font un bref passage dans la ville – j’avais prévu d’y faire étape depuis le début de mon voyage. Avec tout ce temps gâché à « faire les magasins », je n’aurai qu’un petit jour pour découvrir cette jolie ville réputée parmi les voyageurs… Dommage, mais c’est déjà ça.

Je prends mon petit déjeuner à 7h30 tapantes, heure d’ouverture du service. Œufs brouillés, céréales trempés dans du lait, tartines beurrées à la confiture, café… Ce n’est pas un petit déj’ de luxe mais ça nourrit son homme. Je quitte l’auberge peu avant 8h pour m’engouffrer dans les tunnels du métro et rejoindre la gare routière (Pajaritos).

Pas de temps mort : je grimpe dans un bus en partance pour Valparaíso dès mon arrivée au terminal. L’aller me coûte 6000 pesos (près de 8€). C’est cher mais ça ne m’étonne plus ici. Le temps est au brouillard ce matin, frais, avec un petit air automnal. Pas terrible pour profiter de la riche palette valparaisienne… La météo sera peut-être plus clémente là-bas, qui sait ?

10 h : Je débarque après une bonne heure et demie de route au terminal de Valparaíso. Pas de brouillard mais un ciel tout gris et bien bas. L’air est frais ici aussi ; je supporte la veste coupe-vent par-dessus ma polaire. Premières impressions : la ville est plus étendue que ce à quoi je m’attendais, s’étirant sur des kilomètres le long de la côte pacifique et grimpant sans pitié jusqu’au sommet des fameux cerros, ces collines aux maisons multicolores qui font toute la réputation de Valparaíso. C’est une ville portuaire d’importance visiblement – j’apprendrai un peu plus tard que c’est en fait le premier port du pays – dotée d’un vaste dock où d’énormes cargos viennent vider et recharger leur marchandise.

Je tombe sur un marché de produits frais peu après ma sortie du terminal et en profite pour me prendre un demi-kilo de fraises dont je me délecte en chemin. C’est un bonheur de manger des fruits frais. Ça change de Santiago où je n’ai pas trouvé grand-chose de bon à manger. Un euphémisme… Les santiaguinos raffolent à l’évidence des hot-dogs, burgers dégueu et autres cochonneries en tous genres, tant et si bien que cette malbouffe semble être la norme un peu partout dans les artères du centre-ville.

Aujourd’hui est un jour spécial car, outre le fait d’être mon dernier jour sur le continent sud-américain, je retrouve la joie de pouvoir prendre des photos. Mon nouvel appareil photo m’a tout l’air d’être un bon compact mais il ne remplace pas mon reflex, loin de là. Le petit zoom intégré me frustre rapidement. Mon objectif 18-105 mm va beaucoup me manquer… Tout comme le fait de ne pas avoir de viseur et de devoir allumer systématiquement l’appareil pour pouvoir cadrer, ce qui oblige à consommer de la batterie à chaque fois. La dynamique tonale ne me semble par ailleurs pas géniale et il est difficile d’apprécier les contrastes et tonalités dans certaines conditions de lumière (encore une fois l’absence d’un viseur fait cruellement défaut).

Je me balade dans les petites rues de Valparaiso au gré de mes envies. Ça monte, ça descend. J’emprunte de longs escaliers très pentus longeant de vieux funiculaires parfois hors d’usage : les fameux funiculaires de Valparaíso. On ne m’a pas menti ; c’est vraiment une cité à la fois jolie et très originale. Il semble que toutes les couleurs de la palette de l’artiste sont représentées au moins une fois dans cette ville ! Les murs arborent très souvent des graffiti divers et variés s’apparentant parfois à de véritables œuvres d’art. Le blanc laiteux du ciel adoucit les couleurs, leur conférant une belle tonalité pastel, tout en enveloppant la ville d’une certaine morosité. Il y a peu de monde dans les rues et les touristes se comptent presque sur les doigts de la main (ce qui n’est pas pour me déplaire).

Je déniche, dans une petite boutique du centre-ville, une carte de l’Île de Pâques qui me sera bien utile pour arpenter ce petit bout du monde qu’il me tarde tant de découvrir.

Une riche palette de couleurs ; Valparaíso

Une riche palette de couleurs
Valparaíso

Une bâtisse très originale : le musée d'art moderne Baburizza ; Valparaíso

Une bâtisse très originale : le musée d’art moderne Baburizza
Valparaíso

L'heure de l'enfouissement des lignes n'a pas encore sonné ; Valparaíso

L’heure de l’enfouissement des lignes n’a pas encore sonné !
Valparaíso

Graffiti couvrant un pan de mur entier ; Valparaíso

Graffiti couvrant un pan de mur entier
Valparaíso

Escalier flanquant l'un des nombreux funiculaires de la ville ; Valparaíso

Escalier flanquant l’un des nombreux funiculaires de la ville
Valparaíso

Les chats du Kafe ; Valparaíso

Les chats du Kafe
Valparaíso

Malgré le cachet général de la ville, certains recoins restent particulièrement sales et délabrées. De vieux immeubles aux façades sombres et délavées font vraiment grise mine dans le paysage urbain, dénotant une certaine pauvreté. Mais délabrement a parfois son charme…

Des immeubles qui ternissent un peu le tableau ; Valparaíso

Des immeubles délabrés ternissant un peu le tableau…
Valparaíso

Deçà delà, des atmosphères pseudo-tropicales ; Valparaíso

Deçà delà, des atmosphères pseudo-tropicales…
Valparaíso

J’ai beau avoir la possibilité de prendre des photos, les limites de mon nouvel appareil, conjuguées peut-être à la mélancolie du ciel, ont raison de ma bonne humeur matinale. Je replonge progressivement dans les mauvaises pensées. J’ai vraiment du mal à positiver depuis mon vol.  J’ai beau me répéter que ça pourrait être pire, j’ai vraiment perdu gros dans cette affaire ! Ce voyage était pour moi une véritable expérience « photo » et la voilà gâchée à cause d’une combinaison de malchance et de manque de discernement… Enfin, c’est comme ça, je me résous à verser dans le fatalisme et à me dire que c’est arrivé parce que ça devait arriver…

13h : Je me pose dans un restaurant du centre-ville, me laissant convaincre par un rabatteur… Mauvais choix : le repas (ceviche, merlu, purée) est vraiment médiocre. Je me sens particulièrement seul aujourd’hui. Naturellement, tout le monde autour de moi est accompagné. Je pars peu après la fin du repas, sans laisser de pourboire au serveur qui me mendigotait pourtant un petit bonus (qui se mérite…).

J’avais initialement prévu de rester à Valparaíso jusqu’en fin d’après-midi mais j’ai envie de rentrer à l’auberge. J’ai en effet l’impression d’avoir déjà fait le tour de la ville; ce qui est loin d’être le cas… La motivation n’y est plus tout simplement. J’ai le sentiment aujourd’hui d’être à mille lieues de l’entrain que j’avais pendant les trois premiers mois de mon voyage. Zut, zut et re-zut, c’est vraiment trop bête ! Je rejoins donc le terminal et achète un ticket retour (pour seulement 2500 pesos ! Allez comprendre la différence avec l’aller…) pour un départ à 15h.

17h : Je suis de retour à l’auberge. Je ressors rapidement pour faire quelques courses puis réorganise mes deux sacs en prévision d’un départ très matinal demain à 4h pour rejoindre l’aéroport. Je me couche aux environs de 21h, après un dîner de pâtes pris à l’auberge et une bonne douche.

Demain, si tout va bien, je m’envolerai enfin pour l’Île de Pâques ! J’ai réservé les services d’un taxi partagé via la réception de l’hôtel pour assurer mon transport jusqu’à l’aéroport. J’espère que tout se passera comme prévu…

Bookmarquez le permalien.

Un commentaire

  1. Voilà un bien triste épisode pour finir ce premier tome sur l’Amérique du Sud. On a envie de te prendre dans les bras pour te consoler.
    Heureusement, on retrouve enfin les photos de notre photographe préféré ! Lueur d’espoir pour que le prochain tome du Pacifique démarre sous de meilleurs hospices ! 😉

    Vivement ton récit sur l’île de pâques !
    Besitos

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *