Raiatea, l’Île Sacrée

22 octobre 2014, Raiatea

Il faut environ 20 minutes à notre avion pour parcourir les 47 kilomètres qui séparent les aérodromes de Huahiné et de Raiatea. Comme sur Huahiné, il n’existe qu’une seule piste et elle se trouve à l’extrême nord de l’île. Il fait nuit noire lorsque je sors de l’avion. Me voilà déjà sur la troisième île de mon itinéraire polynésien. Que le temps file !

Raiatea, l’Île Sacrée, doit son surnom au statut privilégié qu’elle occupe dans la culture traditionnelle. Considérée comme le berceau du peuple et de la culture polynésienne, elle serait ainsi Hawaiki Nui : l’île mythique où tous les peuples de Polynésie situent leur origine. Rien que ça ?! Je ne le savais pas mais la Polynésie couvre en fait un territoire immense ayant la forme d’un triangle – le triangle polynésien – entre l’archipel d’Hawaï, la Nouvelle-Zélande et l’Île de Pâques.

Ariititi – certains prénoms polynésiens sont à croquer -, émissaire de la pension Tepua dans laquelle j’ai réservé, est chargée de venir me chercher à l’aérodrome. Nous faisons un saut au supermarché d’Uturoa, chef-lieu de l’île, avant de rejoindre l’hébergement à deux petits kilomètres et demi de là en direction du sud-est de l’île. Je suis dans un dortoir pouvant accueillir 12 personnes mais nous ne sommes que trois pour l’instant. Je remarque avec plaisir que certains lits sont dotés d’une moustiquaire. Je choisis l’un d’entre eux, pose mes affaires et poursuis ma visite avec Ariititi. La pension est franchement agréable, je ne suis pas déçu. Ouverte sur une cour intérieure agrémentée d’une petite piscine, elle offre un accès direct au lagon via un ponton. Des kayaks et des vélos sont par ailleurs disponibles à la location. Le séjour s’annonce des plus agréables.

La visite achevée, je me pose dans la cuisine pour dîner – un cassoulet en boîte et des olives noires – tout en faisant connaissance avec l’un de mes deux collègues de dortoir : Frédérique, un français dans la cinquantaine en vadrouille autour du monde. Je trouve qu’il a une façon assez négative de voir les choses – il est peut-être dans l’un de ses mauvais jours – et je n’accroche pas du tout avec lui. J’espère que l’autre résident du dortoir sera plus engageant.

Je me mets à l’écriture après le repas pour consigner sur le papier mes dernières journées puis file prendre une douche avant de me glisser sous la moustiquaire. Il est 22h à l’extinction des feux.

23 octobre 2014, Raiatea

Et c’est reparti ! De la pluie, encore de la pluie… Cette météo tristounette qui dure depuis plusieurs jours dans l’archipel de la Société commence à peser sur mon moral. Profitant d’une éclaircie, je mets le nez dehors en fin de matinée pour rejoindre le bourg d’Uturoa à pied. J’y suis en une petite demi-heure à bon rythme.

Je passe à la pharmacie pour acheter des protections auditives et retrouve avec bonheur ma marque habituelle – Quies – et ses boules en mousse auto-gonflante si efficaces (Quies est au passage une marque française ayant près de 100 ans. Cocorico !). Depuis mon vol à Buenos Aires, j’ai dû composer avec des « bouchons d’oreille » de mauvaise qualité : pas génial quand on fréquente des dortoirs la plupart du temps…

Je décide ensuite de monter au sommet du Tapioi (300 m), un piton volcanique surplombant Uturoa au sud. Malgré la faible déclivité, je suis très vite en nage. L’atmosphère est vraiment saturée d’humidité ces jours-ci. Mes efforts sont récompensés par un panorama de toute beauté mais aussi par une agréable surprise. Je tombe en effet par le plus pur des hasards sur Virginie et Geoffroy, le couple de belges rencontrés à l’aéroport de Tahiti au début du mois. Tahaa, l’île sœur de Raiatea avec laquelle elle partage le même lagon, est bien visible au nord, tandis que l’on aperçoit Bora Bora au loin un peu plus à l’ouest. Nous restons un moment à discuter tous les trois face au paysage avant de prendre quelques photos souvenir sur fond de bleus.

Lagon au nord-est de l'île ; Raiatea

Îlot situé dans le lagon au nord-est de l’île
Raiatea

Photo souvenir avec Virginie et Geoffroy au sommet du Tapioi ; Raiatea

Photo souvenir avec Virginie et Geoffroy au sommet du Tapioi
Raiatea

Lagon au nord-est de Raiatea et à l'est de Tahaa ; Raiatea

Portion de lagon située au nord-est de Raiatea et à l’est de Tahaa
Raiatea

Repu du spectacle, nous redescendons vers Uturoa en partageant nos récentes découvertes polynésiennes. Pleuvra, pleuvra pas. Les nuages et la brume gagnent du terrain. Je décide de rentrer en faisant du stop. Un pick-up m’embarque après seulement quelques minutes d’attente. Trois minutes plus tard, me voilà déjà devant la pension, avec une bière à la main offerte par l’équipage. Vraiment accueillants ces polynésiens !

Je passe une bonne partie de l’après-midi à discuter avec Nina, une voyageuse américaine dans la cinquantaine. Elle en est, me dit-elle, à son quatrième tour du monde en solitaire ! C’est une fumeuse invétérée de ganja. Elle a un look de hippie avec ses dreadlocks parsemés de babioles et parle avec une voix rauque qui sied si bien aux gros fumeurs : un vrai personnage cette Nina ! Elle aurait financé deux de ses périples avec l’argent de procès intentés suite à de petits incidents. Les américains ont recours à la justice pour tout et n’importe quoi, c’est bien connu… Une réputation qui, à l’évidence, n’est pas totalement infondée. Je n’adhère pas du tout à ses pratiques douteuses mais discuter avec Nina s’avère plutôt instructif et, malgré tous ses « défauts », je la trouve plutôt attachante.

24 octobre 2014, Raiatea

Le ciel est toujours à la pluie. Les averses se succèdent, démotivant les troupes. Je passe une grande partie de la journée cloîtré bien au sec dans la pension. Dommage car j’étais bien tenté pour faire le tour de l’île en stop aujourd’hui !

Je sors en fin de matinée avec un vélo que me prête gentiment Ariititi, sachant qu’ils sont normalement loués 1000 XFP par jour. C’est la première fois que je teste un vélo à rétropédalage et j’avoue ne pas être emballé du tout par le système. Sans possibilité de changer de vitesse, ce genre de biclou n’est bon qu’à faire du plat ! Je parviens tant bien que mal à rejoindre Uturoa et son marché couvert. Il y a bien peu de diversité dans la halle des fruits et légumes. Ce n’est pas la saison je présume.

Le marché artisanal, situé à l’étage, offre en revanche un bel éventail d’objets : des bijoux en forme d’hameçons polynésiens taillés dans des coquillages, des colliers produits à base de perles ou de conques de nacre, des paréos aux couleurs chatoyantes ou encore des tikis. Ces dernières attisent ma curiosité. Très sylées, elles sont à l’effigie du personnage mythique mi-homme mi-dieu qui, selon la légende, engendra les humains. J’en ramènerais bien une avec moi si leur prix n’était pas si élevé (sans parler de l’encombrement). Lors d’une prochaine visite en Polynésie peut-être…

Je rentre à la pension après cette visite pour y passer le reste de la journée. Je fais la rencontre en fin d’après-midi de deux paloises (habitants de Pau) fort sympatiques dans la cinquantaine : Joëlle et Gisèle. Elles viennent d’arriver à Raiatea et, comme la plupart des voyageurs, n’y passeront que quelques jours. J’accroche rapidement avec elles et nous discutons un bon moment tous les trois.

Le soir venu, j’accompagne Nina à une représentation de danse polynésienne dans un restaurant situé de l’autre côté de la baie. De jeunes polynésiens revêtus de tenues traditionnelles dansent au rythme des tam-tams joués par un petit groupe de musiciens locaux. La musique, composée uniquement de percussions, me donne la chair de poule tellement elle me « prend aux tripes ». Nous faisons la rencontre de deux insulaires pendant la représentation. Elles nous embarquent à l’issue de la soirée dans un bar d’Uturoa pour aller danser. Je partage quelques danses avec elles, puis Nina et moi nous faisons redéposer à la pension.

Représentation de danse et de musique traditionnelles ; Raiatea

Représentation de danse et de musique traditionnelles
Raiatea

Il est près de minuit lorsque je me mets au lit.

25 octobre 2014, Raiatea

Je loue l’un des kayaks de mer de la pension ce matin (1500 XFP la journée) pour découvrir la partie orientale du lagon de Raiatea. J’ai dans l’idée de me rendre jusqu’à la Baie de Faaroa, une profonde échancrure située à une dizaine de kilomètres plus au sud. Mon objectif me semble ambitieux mais je me dis qu’en partant tôt et en emmenant de quoi boire et manger, je devrais pouvoir y arriver. Si je ne suis pas trop fatigué, je pourrai peut-être même remonter un petit bout de la rivière Apomau qui débouche dans la baie ; sait-on jamais…

Cependant, le lagon est loin d’offrir aujourd’hui un terrain de jeu idéal pour ce genre de randonnée sur l’eau. Au bout d’une heure, le vent se lève, agitant sensiblement la surface du lagon. Mon kayak est chahuté et, le vent venant de face, la progression devient difficile. Bien que j’ai pris soin de l’envelopper dans un sac poubelle, mon sac à dos finit par prendre l’eau. Ce n’est pas très grave car la seule chose qui craigne vraiment l’eau de mer est mon appareil photo et il est protégé dans plusieurs sacs zip étanches. Les vagues ont tôt fait de remplir mon kayak à ras-bord, si bien que je me retrouve baignant dans un bain d’eau de mer à 30°C jusqu’au nombril. Heureusement que ces embarcations sont faites pour continuer à flotter ! J’ai beau écoper de temps en temps, l’eau finit toujours par revenir.

Lutant contre le courant et les vagues pour progresser vers mon objectif, je réussis à parcourir environ 6 km. Mais le vent ne faiblit pas. La baie, que je ne devine pas encore, me semble à mille lieues de ma position. Au bout d’un peu plus de deux heures, fatigué et n’éprouvant plus aucun plaisir à pagayer dans ces conditions, je décide d’abandonner et de rebrousser chemin. Ayant le courant de mon côté, je suis beaucoup plus rapide au retour. J’alterne progression active et passive en donnant 100 coups de pagaye puis en me laissant dériver vers le nord. Je suis déçu de ne pas avoir pu rejoindre la baie mais me fais une raison : c’était trop ambitieux dans ces conditions…

Je suis de retour à la pension peu avant midi, après 3h30 de kayak. GoogleEarth me dira que j’ai parcouru environ 12 km… Pas si mal ! Je me repose quelques heures puis ressors vers 15h pour une nouvelle sortie sur le lagon, cette fois en direction du nord. Le lagon s’est assagi depuis ce matin et la progression sur le miroir bleu est un vrai régal. Je me rends vers un motu flanquant la passe Teavarua, en face de la baie, puis file droit vers le passage Tearea Rahi, le chenal de 3 km de largeur qui sépare Raiatea de Tahaa. Je fais le tour d’un minuscule îlot à l’est du chenal et assiste, au passage, à l’arrivée d’un tanker dans le port d’Uturoa.

Le jour commence à décliner. Je retourne caboter à l’ouest du petit motu et aperçois à plusieurs reprises un aileron perçant la surface de l’eau à une dizaine de mètres de moi. Waouh, un requin ! C’est une première pour moi. Même si la taille de l’aileron laisse penser qu’il s’agit d’un jeune individu, la vision de cet animal de légende n’en reste pas moins impressionnante.

J’essaie de l’approcher pour tenter de l’apercevoir sous l’eau mais en vain. Il fait presque nuit lorsque j’accoste mon kayak le long du ponton de la pension, peu après 18h. Je viens de parcourir 9 km en trois heures ce qui, avec les 12 km de ce matin, fait un total de 20 km aujourd’hui.

26 octobre 2014, Tahaa

J’entame ce matin ma dernière journée sur l’île de Raiatea. Pour finir en beauté ce séjour un peu gâché par la météo, j’ai décidé de partir à l’assaut du Plateau Temehani. Là-haut, j’espère pouvoir découvrir le Tiare apetahi, une espèce de tiaré extrêmement rare, endémique de l’île de Raiatea et de ses hauts plateaux. Il ne resterait, d’après mes recherches sur Internet, que cinq pieds en tout et pour tout dans le monde, présents exclusivement à l’état sauvage (la transplantation ayant systématiquement échoué).

Les gens de la pension m’ont dit qu’on ne pouvait pas se rendre sur le plateau sans l’assistance d’un guide. Celui que j’ai tenté de joindre n’était pas disponible aujourd’hui malheureusement. Qu’à cela ne tienne, j’essaierai de m’y rendre seul ! Je dispose de peu d’infos : je sais juste que le plateau se trouve à l’ouest de la pension et qu’un sentier permettant de s’y rendre devrait se trouver au terminus d’une petite route non loin de là…

Je pars vers 8h30 en longeant la route en direction d’Uturoa puis bifurque rapidement sur ma gauche au niveau d’un supermarché. Le temps est moite ce matin et le ciel partiellement couvert. Je ne suis pas à l’abri d’une bonne douche ! Je poursuis le long d’une petite route desservant quelques habitations jusqu’à atteindre une bifurcation. Mmmh, quelle direction prendre à présent ? Une voiture passe à ce moment-là ; c’est le moment de demander confirmation !

L’information prise, je bifurque à droite, traverse un ruisseau puis commence gentiment à m’élever le long d’un chemin s’enfonçant dans la touffeur de la jungle polynésienne. Je passe un panonceau réglementant l’accès au plateau. Il faut visiblement demander l’autorisation à la commune d’Uturoa pour pouvoir s’y rendre. J’hésite un petit peu à m’engager. Je n’ai pas de portable avec moi, ni même le numéro de la commune. Tant pis, je brave l’avertissement car j’ai vraiment très envie de prendre de l’altitude, m’éloigner du bord de mer et surtout découvrir ce fameux tiaré. Pour peu que je réussisse à le dénicher, je ne lui ferai aucun mal de toutes façons ! J’espère juste ne pas tomber sur un guide ou une personne qui pourrait me causer des ennuis.

Je poursuis donc mon ascension. Les dernières pluies tombées ces jours-ci ont rendu le chemin très boueux et glissant par endroit. L’atmosphère du sous-bois est saturée d’humidité. Je dégouline de partout, sans pourtant faire de gros efforts. Je m’essuie le visage sans arrêt avec ma casquette et suis obligé de m’arrêter fréquemment pour enlever la sueur de mes lunettes de vue.

Envahi par la végétation, le chemin est à l’évidence peu fréquenté. Je fais osciller une branche devant moi pour ôter les toiles d’araignées tendues en travers de mon passage car il n’y a rien de plus désagréable que de se prendre dans leurs filets (surtout au niveau du visage). Leur présence est toutefois une bonne nouvelle : je suis le premier à monter ce matin ! Pas un bruit incongru ne vient parasiter le calme de la forêt. Je ne croise personne, dans un sens ou dans l’autre. Tant mieux car ce pourrait être un guide qui risquerait de me sermonner ou pire…

Chemin forestier vers les hauteurs du Plateau Temehani ; Raiatea

Chemin forestier serpentant vers les hauteurs du Plateau Temehani
Raiatea

Après une bonne heure et demie, j’atteins le terminus du chemin et le début d’un vrai sentier qui file tout droit vers les hauteurs de l’île. La pente est très raide par endroit et je dois même escalader passage rocheux très raide et glissant, heureusement aidé d’une corde de sûreté. Ce sentier m’évoque certaines traces guadeloupéennes du Sud de la Basse-Terre, notamment celles des Monts Caraïbes.

Le paysage évolue très rapidement. Je me retrouve à présent dans une végétation basse de type « fourrés », typique des plateaux tropicaux d’altitude copieusement arrosés. Les points de vue sur l’intérieur de l’île, le lagon de Raiatea-Tahaa et sur la lointaine Bora Bora se multiplient.

Piton volcanique couvert de fourrés d'altitude ; Raiatea

Piton volcanique couvert de fourrés d’altitude
Raiatea

Bora Bora, captivante... (admirée depuis le Plateau Temehani) ; Raiatea

Bora Bora, admirée depuis le Plateau Temehani
Raiatea

Bora Bora et le lagon de Raiatea-Tahaa vus depuis le plateau Temehani ; Raiatea

Bora Bora et le lagon de Raiatea-Tahaa vus depuis le plateau Temehani
Raiatea

Lagon de Raiatea, vers l'ouest ; Raiatea

Lagon de Raiatea, en direction de l’ouest
Raiatea

Je croise soudain deux hommes puis deux femmes, en train de courir dans l’autre sens. Ce sont des « trailers », des coureurs des montagnes. J’échange quelques mots avec l’une des deux femmes – une métropolitaine résidant à Raiatea – et en profite pour lui demander si elle sait où l’on peut trouver le Tiare apetahi. Elle m’indique gentiment l’itinéraire à suivre pour rejoindre une station. Génial, la chance me sourit.

J’ondule à présent sur le plateau en suivant mon fil d’Ariane au milieu du maquis d’altitude. Même si les branches basses me râpent les jambes, j’avance sans trop de difficultés, en veillant toutefois à rester très prudent car le terrain est traître, surtout en descente.

Il règne là-haut un calme olympien, bercé par le crissement de quelques cigales. Oui, des cigales ! J’imaginais les cigales exclusivement inféodées aux zones chaudes et sèches du bassin méditerranéen. Eh bien pas du tout ! Il en existe un peu partout dans le monde. La Cigale de Raiatea (Raiateana oulietea) est la seule espèce du groupe répertoriée en Polynésie française : une rareté… et un petit bijou pour les yeux d’après les quelques photos que j’ai pu glaner sur Internet. Raiatea héberge décidément des trésors de biodiversité !

cigale-raiatea-tuihana-2014 (tahitiheritage.pf)

La Cigale de Raiatea (Raiateana oulietea), endémique de l’île
Raiatea [Source : Tahiti Heritage – www.tahitiheritage.pf]

J’ai beaucoup de chance car le ciel tient bon et m’offre même de belles éclaircies. Heureusement que le plafond nuageux est plus haut que les jours précédents, car sinon je serais dans la purée de poix à coup sûr !

Je bifurque au niveau d’un panneau d’information dédié au Pétrel de Tahiti, là encore une espèce très rare et menacée. Après avoir enjambé quelques jolis bourbiers, j’arrive bientôt au niveau d’un ruisseau courant au pied d’un piton volcanique. J’imagine que c’est celui dont m’a parlé la femme tout à l’heure. Je traverse le filet d’eau puis commence à escalader le piton, vraiment très abrupt et glissant. Je redouble de prudence.

Cours d'eau parcourant les fourrés d'altitude du plateau Temehani ; Raiatea

Cours d’eau parcourant les fourrés d’altitude du plateau Temehani
Raiatea

J’aperçois soudain à mi-pente un écriteau posté devant une sorte de petit enclos (ruban) protégeant un trésor. Génial, j’ai trouvé un Tiare apetahi ! L’écriteau met en garde les visiteurs contre toute atteinte à l’intégrité du spécimen. La chance continue de me sourire : le tiaré porte une fleur – une seule – totalement épanouie. Ses cinq pétales d’un blanc pur, recourbés et étalés en demi-lune, confèrent à la corolle un aspect très original. On a l’impression que la fleur a été coupée en deux. Contrairement au Tiaré tahiti, elle ne présente pas de parfum particulier. Mission accomplie : j’ai vu de mes propres yeux cette petite merveille !

Fleur du rarissime Tiaré apetahi, une corolle très atypique ; Raiatea

Fleur du rarissime Tiare apetahi : une corolle très atypique
Raiatea

Je prends quelques photos au zoom en me contorsionnant un peu pour garder mon équilibre dans la pente puis reprend mon ascension vers le sommet du piton. Vais-je tomber sur d’autres spécimens ?

Arrivé en haut, j’ai droit à une jolie vue sur le lagon et sur une cascade dévalant une paroi rocheuse. Qu’est-ce que je fais à présent ? Je redescends par là où je suis monté, au risque de glisser, ou je tente d’emprunter la sente à peine marquée qui descend en pente plus douce de l’autre côté du piton ? J’opte pour la seconde option, espérant parvenir à me frayer un chemin dans les fourrés jusqu’à la rivière.

Cascade dévalant l'une des parois du plateau Temehani ; Raiatea

Cascade dévalant l’une des parois du plateau Temehani
Raiatea

J’arrive, au prix de quelques écorchures, à rejoindre le cours d’eau que je traverse sans enlever mes chaussures pour avoir plus d’adhérence. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun autre spécimen de tiaré apetahi, ce qui semble bel et bien corroborer le fait que c’est une espèce rarissime. De nouveau sur le sentier, je rebrousse chemin pour entamer ma longue descente vers la pension. Elle me prendra un peu moins de deux heures.

Quelle belle rando ! Je ne regrette vraiment pas d’avoir tenté le coup.

Je suis de retour à le pension peu après 14h. J’ai une faim de loup et me prépare une tambouille mixant pommes de terre et oignons frits, le tout relevé de curry : un repas trop copieux par des températures pareilles… Je passe un petit moment dans la piscine – dont je n’ai pas encore profité – après le repas. Le soleil, très généreux aujourd’hui, fait un bien fou au moral.

17h : Le temps est venu de mettre les voiles pour Tahaa, l’Île Vanille ! Je quitte la pension en disant au revoir à Joëlle et Gisèle qui m’invitent gentiment à venir leur rendre visite un jour dans le Sud-Ouest, si jamais je passais par là. Je sens leur invitation sincère et ça met du baume au cœur.

Les gens de la pension me conduisent en cinq petites minutes jusqu’au port d’Uturoa, où je suis censé prendre une navette pour Tahaa à 18h (Tahaa Transport Rapide). Je recroise avec plaisir Nina, qui vient de passer la journée sur l’île Vanille. Nous nous souhaitons respectivement bon vent pour la suite de nos périples respectifs. Elle a prévu de se rendre à Bora Bora puis Maupiti, avant de s’envoler pour d’autres îles du Pacifique puis l’Asie.

Je quitte Raiatea sans trop de regret si ce n’est celui de ne pas avoir fait le tour complet de l’île en stop ou, encore mieux, à vélo.

18h10 : La navette quitte l’embarcadère avec un peu de retard. Elle file droit vers le port de Vaitoare, situé au sud de l’île, à 6 km de là. Le soleil est sur le point de disparaître à l’horizon tandis qu’un quatre-mats vogue paisiblement entre ciel et mer. Le lagon est d’huile, l’air d’une douceur incroyable… Et moi, je vais droit vers une destination inconnue, un nouveau joyau de la Polynésie, une nouvelle aventure !

Moment de grâce.

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2 commentaires

  1. Rétrolien:POLYNÉSIE-FRANÇAISE: Bilan et conseils | Le Monde à Portée De Mains

  2. « Moment de grâce », c’est le mot juste. Même longtemps après ton voyage, tu nous fais rêver. Continuer ton blog est une nécessité pour toi, comme pour tous ceux qui te lisent. Bisou mon fils, tu es vraiment doué pour écrire. Je t’aime très fort

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