Zumbahua : enfin la campagne !

C’est parti pour la grande boucle du Quilotoa !

Zumbahua, 20 juin 2014

5h30. Le réveil sonne. Je termine de préparer mon sac, prends mon petit déjeuner en compagnie de Viola, fais quelques courses au supermarché du coin et retire quelques dollars pour compléter ma cagnotte (pas de distributeurs là où je vais), avant de prendre la direction de la gare routière. Je grimpe tout de suite dans un bus pour Zumbahua. Ici, on se préoccupe peu des horaires des bus. Il en part un généralement bien assez souvent ! Je prends place à côté d’une jeune femme au fond du bus. On commence à discuter. Elle a 20 ans, s’appelle Blanca et vit avec sa famille entre le village de Zumbahua et le cratère de Quilotoa. Nous passons tout le trajet (1h30) à bavarder de chose et d’autre, tant et si bien qu’on s’échange nos numéros de téléphone et qu’on décide de se revoir le lendemain (puisque je serai dans le secteur). Le parcours en bus est un vrai bonheur. Enfin je quitte les secteurs urbanisés, surpeuplés, pollués et dégradés par les constructions qui s’étalent en tous sens. Enfin je prends de la hauteur et m’enfonce dans la campagne équatorienne, celle qui m’a conduit à faire figurer ce petit pays sur ma liste des pays à visiter (ça et les volcans bien sûr !).

11h30. Je débarque à Zumbahua, petite bourgade tranquille environné de montagnes et de collines, parées d’une fine mosaïque de champs et de prairies. Un profond canyon file vers le nord. Ce paysage m’enchante, je sens que je vais me plaire ici. Je me présente directement à l’hostal Condor Matzi, qui fait face à la place centrale où aura lieu le marché hebdomadaire du samedi. Par chance, c’est demain ! 7$ la nuit pour une chambre à trois lits dans laquelle je serai finalement seul. Une bouchée de pain. Je rencontre trois américains dans la petite salle à manger de l’hostal : Jessica, Ida et Mark, tous trois étudiants en médecine et menant une enquête sanitaire sur la population locale. Je sympathise rapidement avec eux et on se met d’accord pour manger ensemble vers 14h. Je file faire un tour dans le village. Les gens ont l’air plus ouverts ici qu’à Latacunga ou Quito. Certains me serrent même la main après les salutations d’usage.

La faim faisant, je m’arrête à la table d’un petit stand de rue pour manger un morceau (frites et œufs brouillés). Je suis seul entouré de locaux ; les regards sont un peu intimidants mais je commence à m’y faire. J’échange quelques mots avec un homme qui s’installe à côté de moi puis reprend ma promenade. 14h arrive. Je retrouve les américains et fait la connaissance de Clay, qui fait partie du groupe. Nous nous installons à la table de l’un des rares restos du village et commandons l’« almuerzo ». Une soupe (avec morceaux de viande) suivi d’un plat à base de riz et de poulet (le « pollo » est cuisiné à toutes les sauces ici !). 2,50$ pour l’ensemble…

Enfants rentrant de l'école, Zumbahua

Enfants rentrant de l’école
Zumbahua

Je pars dans l’après-midi me balader, sac sur le dos pour transporter mon reflex (que je n’ose pas exhiber). Direction : le canyon qui me fait de l’œil depuis que je suis arrivé. J’emprunte un chemin de terre au pied d’un versant couvert de petites parcelles cultivées. Des maisons isolées s’égrainent de part et d’autre du chemin. Je croise des enfants qui rentrent de l’école par petits groupes. Ici, pas de ramassage scolaire, il faut marcher pour aller s’instruire. La plupart des enfants me saluent, certains semblant un peu intimidés par ce « gringo » qui semble s’être égaré…

Récoltes, Zumbahua

C’est la période des récoltes dans les campagnes
Zumbahua

Le canyon est vraiment impressionnant, avec ses décrochés vertigineux. Et dire que c’est ce mince filet d’eau tout au fond qui a creusé l’ouvrage !

Canyon, Zumbahua

Un profond canyon entaille le plateau
Zumbahua

La plupart des gens que j’aperçois devant les maisons me renvoient poliment mes « Buenas tardes ». Quelques uns s’arrêtent même pour échanger quelques mots. Deux femmes en train de faucher du blé à l’aide de serpettes attirent mon attention. L’une porte du bleu, l’autre du rouge ; l’occasion est trop belle il faut que je les prenne en photo. Je m’en approche et leur demande l’autorisation de les photographier. Elles acceptent mais je sens malgré tout que ma présence les gêne.

Femmes récoltant de l'orge, Zumbahua

Femmes récoltant l’orge bien mûr
Zumbahua

Je croise un peu plus loin un homme au volant d’un pick-up. Il s’arrête pour me mettre en garde contre des voleurs qui séviraient dans le coin… Il a l’air louche, je sens qu’il cherche simplement à me faire peur (sentiment confirmé un peu plus tard en interrogeant les habitants). Je continue d’avancer puis vers 16h, me décide à rebrousser chemin.

 

17h30. Je suis de retour à l’hostal. Les américains ne sont pas là ce soir. Je prends une bonne douche puis me pose un peu. Je me vois offrir à dîner ce soir à l’auberge.

20h30. Au lit, comme les poules, car le lever demain matin se fera aux aurores pour assister au marché local.

Zumbahua, 21 juin 2014

5h30, le réveil sonne. La place du village est déjà bien animée. Klaxons et musiques criardes vocifèrent à tue-tête. Je suis près pour 6h. La place s’est métamorphosée pendant la nuit. Des stands ont bourgeonné côte à côte pour envahir tout l’espace. Vêtements, chaussures, fruits et légumes, viandes, farines, graines, bestiaux, peaux de bestiaux… La diversité des produits ne manque pas. Il manque juste l’artisanat local. C’est à l’évidence un marché local, pour les locaux.

Cuisine au marché local, Zumbahua

On cuisine dès l’aube au marché local
Zumbahua

De nombreux stands proposent de la nourriture à prendre sur place, chacun disposant d’une table et d’un banc. De grosses marmites laissent échapper des effluves de barbaque en train de cuire. Des abats la plupart du temps. Un lève-coeur de bon matin ! Je me pose à un stand pour prendre des empanadas (beignets) et un café (sucré, je n’ai pas le choix). Il est bon de ce poser un peu au milieu de ce beau foutoir. Joli brouhaha de vois et de couleurs.

Un peu submergé par toute cette agitation, et peut-être un peu intimidé par les regards (je suis le seul gringo en immersion pour le moment), je décide de sortir du village pour prendre de la hauteur. Accompagné de mon reflex, je me mets en quête d’aller au sommet d’une colline surplombant le village. J’y vais à vue en empruntant un chemin de terre jonché de détritus. A l’évidence, la conscience écologique n’a pas encore frappé les campagnes ici.

20140621-12

Je croise sur le chemin une vieille dame se rendant au marché. Je lui demande la route, échange quelques mots avec elle, et en profite pour la prendre en photo.

Vieille dame, Zumbahua

Vieille dame se rendant au marché
Zumbahua

Qu’il est agréable de se balader au milieu des cultures ici. C’est un véritable patchwork de couleurs et de textures. De petites parcelles de papa (pomme de terre), avena (avoine), cebada (orge), chocho (lupin) ou encore haba (fève) alternent avec des lopins de terre labourés ou enherbés (non cultivés). Chacun semble disposer ici de quelques parcelles autour ou à proximité de l’habitation. De quoi faire pousser les vivres utilisés pour la cuisine quotidienne ou qui seront vendus sur le marché. C’est comme un saut dans le temps. Je m’imagine facilement la France fonctionner comme ça avant la révolution agricole et industrielle.

Diversité des cultures, Zumbahua

Diversité des cultures
Zumbahua

Les champs de lupin sont un régal pour les yeux. Je ne savais pas qu’on pouvait consommer ses graines ! C’est une culture que l’on rencontre fréquemment ici. Malheureusement, les champs accueillent eux aussi leur lot de détritus, souvent apportés par le vent…

Je prends quelques photos du village, en pleine effervescence, puis redescend pour une nouvelle immersion dans le marché.

Marché local sur la place centrale du village, Zumbahua

Marché local sur la place centrale du village
Zumbahua

J’avoue que je ne suis pas tout à fait à l’aise au milieu de toute cette foule de locaux. Le reflex autour du coup, je me mets en quête de photographier le marché. Un homme en train de coudre à la machine attire mon attention. Il me demande 1$ pour pouvoir le photographier. J’accepte volontiers car la scène est à mon goût plutôt originale…

Homme à la machine à coudre, Zumbahua

Homme à la machine à coudre
Marché de Zumbahua

Je continue à parcourir les allées et réussis à prendre quelques clichés sympas.

Dans le feu de l'action, Zumbahua

Dans le feu de l’action
Zumbahua

Conciliabule de femmes au marché, Zumbahua

Conciliabule de femmes au marché
Zumbahua

Tenue vestimentaire typique des femmes d'ici, Zumbahua

Femme revêtue de la tenue traditionnelle
Zumbahua

Vers 10h30, je pars avec le groupe d’américains (Jessica, Ida, Mark, Clay… et Jon, que j’ai rencontré au petit matin). Nous partons tous les 6 pour le Quilotoa. On négocie une « camioneta » (nom donné ici au pick-up) pour 4$. Le voyage à l’arrière du pick-up est une expérience nouvelle. Pendant le trajet, Jessica me propose de les aider demain matin pour une action de volontariat médical. Je saute sur l’occasion et accepte volontiers. Je resterai donc une nuit de plus à Zumbahua. Nous nous faisons déposer 15 minutes plus tard à l’entrée du site : un hameau peuplé quasi-exclusivement d’hostals et de restaurants. Visiblement très touristique.

Nous grimpons au mirador. Le panorama sur le cratère et sa lagune est absolument sublime. Eaux vert émeraude quand le soleil y plonge ses rayons. Mais ce qui me fascine le plus, c’est la couleur de l’eau le long de la rive : une nuance que je n’ai de mémoire jamais observée.

De sublimes nuances de vert, Laguna de Quilotoa

De sublimes nuances de vert
Laguna de Quilotoa

Quilotoa

Le cratère et sa lagune (au fond, son point culminant à 3940 m)
Quilotoa

Nous prenons quelques photos souvenir puis entamons la descente vers le fond du cratère en suivant un chemin parfaitement dessiné mais très sableux et donc glissant.

Un Nico dans son élément..., Mirador du Quilotoa

Un Nico dans son élément…
Mirador du Quilotoa

Le vent souffle, chargé de particules fines. Tant et si bien que mes yeux n’en peuvent plus. Je suis contraint de jeter mes lentilles de contact et de repasser aux lunettes. La paire n’aura pas fait long feu ce matin… La descente ne nous pas prend pas plus de 40 minutes. Au fond du cratère se trouve une petite plage. Jon me propose de faire du kayak sur le lac avec lui. Je laisse mon sac de rando et mon reflex à Jessica et grimpe dans le kayak. C’est parti pour une demi-heure de glisse sur les eaux calmes du lac. Discussion sympa avec Jon. Nous décidons d’aller au centre du lac pour ressentir toute la magie de ce lieu si particulier. Moment d’exception.

Kayak sur la lagune du Quilotoa

Kayak avec Jon sur le lac de cratère
Quilotoa

La remontée vers le hameau de Quilotoa se fait piano piano car les jambes se font lourdes et le souffle court. Passage au marché permanent de Quilotoa. Dès que je m’approche d’un stand, je me fais alpaguer par la vendeuse (ou sa fille) qui me déballe illico ponchos, écharpes, gants et chaussettes en laine d’alpagua, tentant de me convaincre d’emporter « un recuerdo » (un souvenir) de Quilotoa. Je n’achète qu’un châle que j’offrirai à ma petite maman.

Vers 14h30, nous reprenons une camioneta en direction de Zumbahua. Jon, Clay et moi nous faisons déposer en chemin car nous sommes invités à manger chez Blanca (rencontrée dans le bus la veille). Le monde est petit : il se trouve que Jon est hébergé chez elle pendant son séjour à Zumbahua. Pour atteindre la maison, il faut couper à travers champs. Blanca est aux fourneaux quand nous arrivons. Au menu : un plat typique à base de pommes de terre et de tripes baignant dans une soupe. Moi qui raffole des abats, je suis comblé… Je me force malgré tout à manger par politesse.

Clay et Jon

Clay et Jon
Chez Blanca, Zumahua

Après le repas, Blanca, son petit frère (Jorge), Jon et moi partons nous balader vers le canyon.

Canyon, Zumbahua

Canyon
Zumbahua

Comme la veille, je m’extasie devant cette œuvre sculptée par les éléments. Jorge, avec l’insouciance de ses 12 ans, court comme un petit fou le long du précipice… Les bords ne m’ont pas l’air très stables, je tends un peu le dos ; une chute et c’est la mort assurée.

Jorge n'a visiblement pas peur du vide !, Zumbahua

Jorge n’a visiblement pas peur du vide !
Canyon de Zumbahua

Nous passons un super moment tous les 4 à longer le canyon puis passons chez les grands-parents de Blanca qui habitent une toute petite maison non loin de là.

Superbe après-midi en compagnie de Blanca et Jon, Zumbahua

Superbe après-midi en compagnie de Blanca et Jon
Zumbahua

 

Blanca, Jorge et Jon, Canyon de Zumbahua

Blanca, Jorge et Jon
Canyon de Zumbahua

Ils élèvent des cochons d’Inde (le fameux cuy, symbole culinaire de l’Équateur) pour leur consommation personnelle dans une cabane au toit de chaume. J’aperçois une bonne vingtaine de bêtes à poil. Dire qu’ils finiront dans la marmite… Nous pénétrons dans la cahute, enfumée au point que ça en est difficilement respirable.

Cabane traditionnelle, Zumbahua

Cabane traditionnelle
Zumbahua

La grand-mère de Blanca y alimente un feu pour faire bouillir l’eau qui servira à faire sa toilette. Cette vieille dame me fait mal au cœur. Elle a l’air de souffrir horriblement du dos et ses conditions de vie sont vraiment précaires… Elle ne parle pas un mot d’Espagnol. Blanca lui parle en Kichwa (et non le Quechua que l’on rencontre au Pérou), dialecte parlé par les anciens dans les campagnes reculées de l’Équateur. Nous croisons aussi le grand-père de Blanca, appuyées sur ses deux cannes. Dur dur d’être un vieillard ici…

Retour chez Blanca à la tombée de la nuit. Il fait presque nuit noire lorsque nous nous dirigeons tous les trois vers la route pour rejoindre Zumbahua. Un bus arrive de Quilotoa. On lui fait signe. Il s’arrête. Qu’il est facile de se déplacer dans ce pays !

Ce soir, j’assiste en compagnie de Blanca, Jon et Clay à une fête traditionnelle sur la place centrale de Zumbahua. A tour de rôle, de jeunes couples procèdent à une danse folklorique autour d’un cercle de pétales de roses. Les pas sont pour la plupart peu assurés, on sent qu’ils n’ont pas beaucoup répété. Ça reste joli malgré tout.

Je quitte l’assemblée vers 21h30 pour mon lit, à quelques pas de là, toujours à l’hostal Condor Matzi. Magiques sont mes boules Quies qui transforment le brouhaha en un doux murmure… Une journée incroyablement riche se termine avec des souvenirs pleins la tête…

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7 commentaires

  1. Merci à tous pour vos commentaires qui me donne du baume au coeur !!! De gros bisous de Cuenca (toujours en Equateur) où je me trouve en ce moment…
    Nico

  2. Hassen et Aurélie

    Salut Nicolas,
    bravo, félicitations pour ton blog, il est tout simplement magnifique, et franchement ça donne envie d’aller par où tu es passé !! Tes photos sont superbes. Bonne route à toi, nous sommes en ce moment à Cali en Colombie, pays vraiment sensationnel… On continuera a suivre tes aventures et à voyager un peu plus longtemps avec toi.
    Suerte! que te vaya bien,
    Hassen y Aurélie

    • Merci à tous les deux pour ce petit mot. Sachez que j’ai vraiment passé une super journée en votre compagnie (article à venir) entre le cratère et Chugchilán ! Content de voir aussi que la Colombie vous plaît autant ! Que os vaya bien!!! Nico

  3. Arena Béatrice

    Coucou Nico,

    Avec Phiphi,on fait le tour du monde avec toi. Les commentaires sont très riches, les photos magnifiques. Merci de nous faire partager ce qui te tenait à cœur.
    On t’embrasse.
    Béa

  4. Les photos sont magnifiques dignes de toi mon fils. Tu n’imagines pas comme je suis fière d’être ta maman. Prends grand soin de toi je t’aime.

  5. Je ne sais quoi te dire… si ce n’est que tes photos sont magnifiques, magiques, et que tu sembles heureux… Alors je ne peux que l’être pour toi mon Nico !
    Prends soin de toi surtout, et prends encore de belles photos pour nous faire voyager avec toi !

    Ta petite soeur, qui t’aime très très très fort !

    A très vite ! TPSQTAALF !

  6. Bonjour Nico,
    Encore un grand merci de nous faire partager cette merveilleuse aventure que tu vis. Ces paysages magiques, ces gens que tu rencontres … C’est super !
    Bonne chance pour la suite et à très vite !
    Gros bisous
    Ta cousine, Nadège.

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